‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 22 sur 214 · cf. Deut. xix, 21, et Lév. xxiv · texte numérisé non relu

cf. Deut. xix, 21, et Lév. xxiv

A. Babylone on poussait l'application du talion jusqu'aux ])lus absurdes conséquences : Si la lille d'un homme libre est frappée et en meurt, on tuera la fille de l'agresseur (!^ 210). Si une maison mal bâtie s'écroule et tue le propriétaire, on tuera rarcliitecle; si elle écrase le lils du propriétaire, on tuera le lils de l'architecte (§| 229, 23o). Le piincipe du talion est loin de l'idéal de la justice (cf. Matth. v, 38, 3y). A l'origine, il règle la vengeance regardée comme un devoir sacré. Peu à peu il fait place à l'usage très juste de l'indemnité pécuniaire, dont le code de Hammourabi et celui de Mo'ise nous offrent plusieurs exemples (Ex. xxi, 19, 22, 3o). Enfin, dans la loi pénale proprement dite, c'est au nom de la société et pour le bien général que le délinquant est puni.

La loi babylonienne est plus dure que celle d'Israël : elle menace de la peine de mort le voleur et le receleur d'un trésor volé au dieu ou au palais (§ 6).

l'homme qui achète ou reçoit en dépôt quoi que ce soit, sans témoins ni contrat (§ 7), celui qui s'approprie et vend un objet perdu (§ 9), celui qui aide un esclave à s'enfuir (§ i5), celui qui fait effacer la marque d'un esclave (§ 227)*, etc. En tout 35 crimes punis de mort. La peine barbare de la mutilation était fréquente aussi (§§ 192-195, 2o5, 218, 226, 253. 282). En Israël — abstraction faite de la peine du talion — elle ne se rencontre que dans un seul cas (Deut. xxv, n, 12).

Ces quelques rapprochements font entrevoir les points de contact et les différences des deux législations. L'une et l'autre, au lieu de procéder par principes généraux, se bornent à un choix de cas particuliers et concrets. Le code de Hammourabi est plutôt un code de droit civil et criminel. Il se place au point de vue utilitaire ; son but principal est de défendre la propriété. Affermage, irrigation et culture des terres, pi'ix de location d'hommes et d'animaux, salaire des ouvriers, honoraires des médecins, achat et vente des esclaves, transactions commerciales, dots, donations et héritages, tout cela est réglé par la loi. Cette savante organisation des affaires tlénote tine civilisation avancée. Telle disposition (§ 172) « attribuant à la femme non donataire une j)art dans la succession de son mari, n'est entrée dans notre législation que depuis la loi du 9 juin 1891 » (J. Amalric, 1. c, p. 26).

Le code babylonien ne légifère pas du point de vue moral. Nulle part il ne suppose l'amour du prochain; non seulement il ne réprouve pas la convoitise, les mauvais désirs, mais il autorise certaines pratiques immorales, telles que la prostitution sacrée (§ 181; cf. Hérodote I, 199; Bai-uch vi, 43, Vulg.). Jamais il ne s'inspire de motifs religieux pour interdire l'injustice. Il n'est pas juste, a-t-on dit, de voir là une infériorité par rapport à la loi d'Israël ; car à côté du code purement civil, il devait exister un code religieux pour les prêtres. Mais la grandeur de la Loi israélite est justement dans l'idéal et les motifs qu'elle propose en s'adressant au peuple. Elle est tout imprégnée d'un sentiment moral et religieux, même dans le Code de l'Alliance (Ex. xx, 23-xxiii, 33). plus voisin du code de Hammourabi par la date et par le sujet. Ainsi, la prohibition du prêt à intérêt, déjà formulée dans Ex. xxii, 25, est inspirée par la miséricorde envers le pauvre, sans influence babylonienne ou égyptienne (J. Hejcl, Das alttestamentliclte Zinsverbot im Lichte der ethnolog'-hen Jurisprudenz so^vie des altorienlalischen Zinsivesciis {Bi blische Studien, xii, 4)» 1907; cf. RB, 1908, p. 3o2). Plus encore, le Deutéronome contient des invitations pressantes à l'amour de Dieu et du prochain, de nouvelles dispositions pleines d'humanité pour la défense des faibles, esclaves, captifs, étrangers, veuves et orphelins; et même pour la protection des animaux (Deut. xxii, 6, 7; xxv, 4). H prohibe absolument les infâmes pratiques qui souillaient les cultes païens (Deut. xxui, 17, 18). En somme, par le principe qui la domine : la volonté divine à resjjecler; par l'esprit de justice et de charité qni l'anime, la Loi d'Israël est bien supérieure à celle des Babyloniens (cf. Laguangk, R/i, 1903. p. 5û-5i).

La Loi de Moïse (lé|)end-elle de celle de Hammourabi? C'est une question fort controversée. Quelques assyriologues, tel M. C. Joiinston, admettent facilement une dépendance réelle et directe. D'autres auteurs, qui ont étudié le sujet de très près, comme

1 . /.a .se-c-im, rapporté au verbe A'â«u/, est tratîu t « inaliénable » (Scheil), « qu'on ne pi^ut pas vendre » (WiNCKLrr. el IIaiu'er) ; avec .louNS et Pkiskr jo préfère le sens de (marque) « rendue invisible, elTacce ■>, du verbe sé'u.

BABYLOXE ET LA BIBLE

M. S.A. CooK, pensent que les parallèles et les analogies s'expliquent assez bien par la commune ori- ,i;ine sémitique des Babyloniens et des Israélites. En particulier, la loi du talion, où les rapprochements sont frappants, s'appuie sur un principe trop ancien et trop général, pour qu'on puisse parler d'origine et d'influence babyloniennes. Suivant le P. R. Louis, O. P., « les deux législations sont venues par deux chemins difTérents d'une source commune » {La BibJe et les documents Assyro-Bahyloniens, II. La législation, dans Revue pratique d'Apologétique, vol. Il, 1906, p. 439). M. C. H. W. Jonxs se prononce pour une dépendance indirecte : « Ressemblances et différences prouvent une codification indépendante d'anciennes coutumes siu" lesquelles la loi babylonienne aurait exercé une profonde influence » {DBH, Extra vol., p. 611-612). La Aérité, encore ici, paraît être dans un juste milieu : « Gardons-nous de conclure trop vite d'une ressemblance, même frappante, à une dépendance, surtout lorsqu'il s'agit des codes des sociétés primitives » (Ad. Lods, Rev.Ilist. des relig., t. LI, 1905, p. 101). D'autre part, ne redoutons pas d'admettre, comme probables ou prouvés, s'il y a lieu, quelques emprunts faits par l'auteur sacré. Le caractère inspiré des Livres saints n'en est pas compromis, comme le P. Ferd. Prat l'a montré, en apportant les ténîoignages des SS. Pères, dans ses savants articles sur « la loi de Mo'ise » {Etudes, 5 juillet 1898, t. LXXVI, p. 97).

Sans être obligé d'admettre, avec M. Coxder et M. Alfred Jeremias, que Moïse a écrit en cai-actères cunéiformes — hypothèse sans preuve, mais possible à la rigueur — on n'a plus le droit de traiter d'in- A'raisemblable son rôle de législateur. « Il ne faudra plus nier [avec Wellhausen et les critiques radicaux] la possibilité, la vraisemblance même d'une origine au temps de Moïse, ou à une époque voisine, pour un ensemble de lois comme le Livre de l'Alliance [Ex. XX, 23-xxiii, 33] » (S. Oettli, Bas Gesetz Hammurabis und die Thora Israels, igo3,p. 87). Enface du code de Hammourabi, on sent mieux l'arbitraire de certaines sentences pseudo-critiques, comme celle-ci : « L'erreur des écrivains de législation comparée, qui mettent en parallèle les lois du Pentateuque et celles des autres peuples, est de méconnaître ce point fondamental que les lois du Pentateuque ne sont pas des lois réelles, des lois faites par des législateurs ou des souverains, ayant été promulguées, connues du peuple, appliquées par des juges; ce sont des rêves d'ardents réformateurs, des Aoeux de piétistes... )i, etc. (Rexax, Hist. du peuple d'isiai'l, t. Il, p. 376-37';).

Religion et morale. — L'histoire de la religion l)abylonienne à travers les siècles offre aux recherches un champ immense dont une petite partie seulement a été explorée jusqu'à présent, malgré des travaux assez nombreux. De toute nécessité il faut nous en tenir ici à quelques indications sur les points les plus importants.

Monothéisme et polythéisme. — Depuis la première conférence de Fried. Delitzsch sur Babel und Bibel (1902) une controverse intéressante s'est engagée sur la question de savoir si le monothéisme, que l'on n'aAait pu découvrir encore parmi les religions anciennes en dehors d'Israël, ne se rencontrait pas, dans une certaine mesure, chez les Babyloniens. Sans l'afïïrmer catégoriquement. Delitzsch l'insinue; il send)le admettre, en particulier, qu'à Babylone « les esprits libres et éclairés i^rofessaient ouvertement » cette croyance, tandis qu'a un polythéisme grossier se perpétuait pendant trois mille ans dans la religion de l'Etat », où les prêtres, dit-il, fortement

organisés et très puissants contribuaient à le maintenir {BB, I, p. 4g, 5o). [Les prêtres cependant appartenaient à la classe la plus éclaii'ée; et n'est-ce pas à eux que l'on doit la conservation, souvent même la composition des textes où Delitzsch voit des conceptions voisines du monothéisme?] Dans une autre Ijrochure le savant assyriologue proteste contre les critiques et les théologiens qui l'ont accusé, bien à tort, dit-il, d'avoir représenté le monothéisme Israélite comme emprunté aux Babyloniens {BB, Ein Riichblick, 1904, p. 16-18. 23; cf. C.H.W.Johxs, dans l!.rp.T.,X\, Y>. 44)- Enfin, dans un troisième tract, il reconnaît que, sur ce point du monothéisme, a Babylone et la Bible restent en opposition poiu" toujours ». Puis, quelques pages plus loin, il semble oublier celte affirmation si nette, et, comparant lahvé à Chamos, à Melchom, à Asour, il écrit : « Israël est le peuple élu de lahvé, mais pas de Dieu dans notre sens uni- Acrsel, pas plus que les Assyriens, parce qu'ils étaient le peuple d'Asoui", maitre des dieux, n'auraient pu prétendre au titre de peuple élu de Dieu » {BB, m, 1905, p. 36-37, 39-41).

Sur de simples considérations a priori, Wixckler, en 1902, conclut en termes vagues à un certain monothéisme babylonien {KA T^, p. 208).

Un assyriologiie d'Amérique (quia publié en 1900 un ouvrage important sur l'histoire babylonienne des premiers temps), M. Hugo Radau, s'est avancé du premier coup incomparablement plus loin : il a découvert que « la religion babj'lonienne est une religion purement monothéiste » ou, plus exactement, « une religion monothéiste avec trinité » (préface d'un petit volume intitulé Bel, the Christ ofa/icient times, 1908, lequel est la simple reproduction d'un article iiublié dans The Monist, oct. i9o3).

M, A. Jeremias a remarqué des courants monothéistes au sein de la religion babylonienne, dan-, la doctrine ésotérique des prêtres, dans les sentiments exprimés par quelques hjinnes, dans la coî: ception d'un dieu suprême avec lequel tous les autre -. dieux semblent s'identitier {Monotheistische Stromui:gen innerhalb der babylonisclien Religion, 1904). L a^oue pourtant n'avoir rien découvert qui puisse être mis en parallèle avec la foi des Hébreux en un seul Dieu. De même M. Baextsch a étudié ces faits dans leur rapport avec l'origine du monothéisme Israélite {Altorientalischer und israelitischer Monotheismus. 1906). Il admet qu'à Babylone les savants, les prêtres surtout, se sont élevés parfois à des conceptions plu> ou moins proches du monothéisme; mais ces conceiitions sont restées dans le domaine de la spéculation, à l'usage exclusif des savants, et, par cela même, foncièrement différentes des crojances d'Israël qui s'adressaient à toutes les classes, au peuple tout entier.

Quelques mots, d'abord sur le polythéisme babylonien en général, puis sur les textes principaux où l'on a AU des tendances monothéistes.

Dans les temps les plus anciens la Babylonie n'étail pas un royaume un et homogène; elle se pai-tageai! « en une foule de petits royaumes indépendants formés par les diverses cités. Chacune de ces cités étai' consacrée à un dieu, qui était regardé comme sor Arai seigneur, et au nom duquel un roi ou pâtés exerçait le pouAoir » (Fr. Thureau-Daxgix, Bie Su mer. und Akkad. Kônigsinschriften, p. xiii). « Li dieu de la cité, dit à son tour l'assjriologue anglai L. W. KiNG, n'était qu'une image agrandie du patési.. Une nombreuse compagnie de dieux composaient s; maison, étaient à ses ordres comme serAÎteiu-s oi officiers d'Etat. Des dÎA inités spéciales exerçaien auj^rès de lui les fonctions d'échanson, de gardien d; < harem, de conducteur du char; d'autres étaient mus -

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ciens, ou chanteurs, ou encore berg^ers, intendants, architectes ou inspecteurs de la pèche et de l'irrigation. Des divinités plus importantes étaient conseillers d'Etat... Et si l'on considère que, même aux époques historiques les plus anciennes, beaucoup d'autres divinités étaient l'objet d'un culte dans la plupart des villes, en plus du dieu de la cité, et que chacune de ces divinités avait sa maison et ses ministres divins, on comprendra le grand nombre de dieux dont les noms, lors même que leiu" origine et leurs fonctions restaient obscures, étaient connus des Babyloniens et des Assyriens dans les derniers temps >. (Cr, part. XXIY, p. 5).

Au cours des siècles, quand des Etats plus considérables se formèrent, plusieurs divinités dont la nature et les attributs offraient les plus grandes ressemblances se fondirent en un dieu unique. L'importance d'un dieu se mesurait à celle de la ville dont il était le patron spécial; le dieu principal de la cité qui, entre toutes, avait conquis la domination devenait le dieu suprême du royaume ; ainsi Mardouk à Babylone au temps de Hammourabi. Mais cela n'empêchait pas une foule de divinités secondaires de subsister à côté du dieu principal. Leur nom s'est conservé surtout dans les incantations, d'autant plus efficaces qu'elles invoquaient un plus grand nombre de dieux : la série Siirpii en nomme environ cent cinquante (Morris Jastroav jr. Religion ofBabylonia, dans DBH, Extra vol., p. ôS^'^).

Malgré les simpliOcations qui ont pu se faire dans les derniers siècles par suite de l'encombrement du panthéon, les Babyloniens et les Assyriens ne se sont jamais élevés à l'idée d'un Dieu unique. Ainsi pensait l'historien des religions C. P. Tiele, qui a étudié l'assyriologie à fond aOn de mieux se rendre compte de la religion de ces peuples; il écrivait en i888 : « Quoiqu'ils aient approché très près du monothéisme, ils n'ont pas pu faire le dernier pas si important, p.is plus que les Egyptiens, et ils ont gardé jusqu'à la lin un polythéisme monarchique » (/ïahvlonisch-assrrisclie Geschichte, p. S^g, 54o). Plus tard, dans Geschichte der Religion im Altertuni (I, i8g5, p. 21 5), le savant auteur n'a pas modifié ce jugement qui, semble-t-il, reste encoi-e exact aujourd'hui.

Comme preuve d'un certain monothéisme chez les Babyloniens, Fried. Delitzsch a fait appel à plusieurs noms propres de l'époque de Hammomabi, composés de ilu, dieu: Ilu-ittia, « Dieu avec moi »; Ilii-abi, « Dieu est mon père » ; A\'èl-ilu, « Serviteur de Dieu » ; « Dieu a donné », etc. Cette interprétation m'a toujours paru fort douteuse : « Ne doit-on pas, demandais-je, traduirclesexemplcscités : « un dieu adonné '^, « un dieu est avec moi «, ou, mieux encore, « le dieu a donné », c'est-à-dire, le dieu ins'oqué, le dieu protecteur principal de la ville, de la famille ou de l'individu »? {Etudes, 20 déc. 1902, t. XCIII, p. ^ô^). C. Bezold, Ed. KôNiG, d'autres encore ont fait les mêmes objections. M. Hermann Uanki:, dans un ouvrage spécial sur les noms de personnes du temps de llammouraI)i s'exprime ainsi : u II n'y a, dans l'état présent de nos connaissances, aucune raison suffisante de penser que ilu, <> (le) dieu », dans ces noms ne se rapitorlcrail pas à un dieu parliciilier — au dieu protccleur de rcnfant ou de celui qui donne le nom — de même que ///, <( mon dieu », et ilu.su, « son dieu » (fîarly /latiyloniau Personal Names. Hammuruhi dxnasty, iyo5, p. 21/i, note 3). « Lorscpul'ànie se trouve en présence de son dieu, remarque justement le P. Laora.noe, ce dieu fût-il innomé.ou I quand bien même on indiquerait sa généalogie, elle i lui prodigue toutes les épilhèles qui conviennent à h« divinité <-l le met sans hésiter au-dessus de tous l's dieux » {i:RSi, p. 21). Tout récenunent, au Con-

grès des religions à Oxford, à propos de la religion des anciens Egyptiens, M. Flixders Pétrie disait aussi : « Le Dieu sous lequel un homme était né et vivait était pour lui le dieu... Les appellations copimunes de « Dieu » ou de « Grand Dieu » dans les inscriptions religieuses désignent naturellement le dieu local » (Transactions of the third international Congress for the History of religions, vol. I, igo8,

Delitzsch s'était appuyé aussi sur un texte (publié par T. G. PixcnES en 1896, et de nouveau par L. W. KiNG, CT, part. XXIV, pi. 5o, p. 9 transcr. et trad.), où Ton voit plusieurs grandes divinités présentées comme de simples manifestations de Mardouk :

Ninib = Mardouk (en tant que dieu) de la force. Nergal =: Mardouk » de la guerre.

Zamama= Mardouk » de la bataille.

Enlil = Mardouk » de la domination

et du gouvernement.

Nabou = Mardouk » de la santé.

Sin = Mardouk, illuminateur de la nuit, etc.

PixcHES estime, sans raison suffisante, que ce texte peut remonter à 2.000 ans aA'. J.-C. {The religion of liubvlonia and Assyria, 1906, p. 118). Zimmerx (KA T-\ p. 60g) et A. Jeremias {Munoth. Stroniungen , p. 4 et 26) le datent de la basse époque babylonienne (vers le vi*' siècle av. J.-C). Jkxsen et Bezold semblent trop sévères contre l'interprétation de Delitzsch. D'autres assyriologues, se refusant à voir là l'expression d'un monothéisme proprement dit, y reconnaissent pourtant une sorte d'hénothéisnie ou même la tendance à une conception monothéiste (Zim.meux, KAT'^, p. 609; C. H. W. Jou.Ns, Exp. T., t. XV, p. 45: Morris Jastrow jr, DBH, Extra a'oI., p. 55o'' ; L.^^'. KiNG^ CT, XXIV, p. 9). 11 faut remarquer, aver Bezold, que d'autres listes analogues identifient diverses divinités avec Éa, ou Bel, ou Ninib, on Nergal, etc., ce qui paraît indiquer, dans les différente centres religieux, une tendance à simplifier le panthéon, à tout rapporter au dieu principal, sans qu'on puisse savoir au juste le sens de ces spéculations. Mais il y a loin de là au monothéisme qui proclame un Dieu unique, et regarde comme néant tous les autres dieux. N'oublions pas que le culte de la déesse Istar a toujours été en grand honneur en Babylonie et en Assyrie; tandis C{ue les Hébreux n'ont pas même un mot dans lem- langue pour signifier déesse. Les derniers rois de NiniAC et de Babylone dans leurs inscriptions inAoquent pieusement les dieux et les déesses; de même les simples particuliers dans leurs lettres, à la même époque : <i Salul au roi mon maître! Que Asour, Bêlit, Sin, Samaé. Adad, Mardouk, Zarpanitoum, Nabou, Tasuu'toun:, Istar de NiniAC et Istar d'Arbèle, Ninib, Nergal, Laz, les grands dieux du ciel et de la terre, et les grand> dieux gardiens du pajs d'Assouret du pays d'Akkad bénissent le roi mon maître abondamment, aboi!daunnént! » (11. F. llxnvF.ii, Assyria n and hahyloniai: I.eilers, n. 358; cf. 11. Campbell TuoMrsox, Laie bubylonian f.elters, 190G).

Examinons un autre document cunéiforme, proA^enant des récentes fouilles de Ta'annek en Palestine, et trop rapidement expU)ité dans plusieurs otivrages de ces dernièn^s années. C'est une lettre de ro|)oque d'El-Amarua (vers 1400 av. J.-C), où un certain Ainiaini, cananéen, s'exprime ainsi : <> QwQ le maître des dieux garde la vie... »; puis il est «jucstion de vulgaires affaires, et un peu plus loin, lignes i3-20 : « Pleure-t-on encore (la perte de] tes villes, ou es-tu rentré en leur possession? Au-dessus de ma tête il y a quelqu'un qui est au-dessus des villes; eh bien, vois sil veut le faire du bien! De plus : s'il montre sa

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face (ou sa colère), ils (les ennemis) seront confondus et la victoire sera grande. » Au jugement de M. E. Sellin, directeur des fouilles de Ta'annek, c'est là une monolàtrie, telle quon peut la supposer chez les Israélites de cette époque (Tell Ta'anneA, dans Denkschriften der k. Akad.der lVissenschafien,V\'ien, 1904, t. L, p. 108).

Dans son travail déjà cité, AJtorient. und israelit. Moiiotkeismus {i<jo6), Baentsch revient plusieurs fois sur ce texte (p. 4o, 56-5^, 86); il le considère comme sur, il en fait le plus grand cas, et lui fait jouer un rôle important dans l'histoire religieuse des anciens Cananéens. Paul Volz s'en sert également dans son étude siu" Moïse (Mose, 190^, p. 27). Dans ATAO^ (1906), p. 323-324, -^- JEREMiAscitele fameux passage et ajoute : « Elle aurait pu écrire en ces termes au roi de Tyr, et Elisée au roi de Damas. L'auteur de cotte lettre connaît le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux... Il y a là plus qu'un courant latent de monothéisme. » Tout le monde suit, avec une pleine confiance, la traduction de Fr. Hrozxy, l'assyriologue qui le premier a interprété cette tablette ; et l'on ne tient aucun compte de sa remarque expresse que, poiw tout le passage traduit plus haut, pour les lignes i3-20 « en partie mutilées d'une façon notable, et dont le sens est difficile, la transcription et la traduction doivent malheureusement être regardées comme douteuses » {Tell Ta'annek, 1. c. supra, p. 116). — Mais, en supposant la traduction exacte, s'agit-il, dans ces lignes, d'un dieu suprême? et non pas plutôt du Pharaon, ainsi que M. Sellin avoue l'avoir pensé dabord? De fait, les lettres d'El-Amarna contiennent bien des appels au roi d'Egypte en des termes analogues qui le feraient prendre pour un dieu.

Donc, transcription, traduction et interprétation douteuses. Il faudrait une base plus ferme pour appuyer des conclusions scientifiques.

En présence des sentiments élevés, exprimés dans les prières dont il sera question plus loin, il ne faut pas non plus se hâter de conclure au monothéisme de celiïi qui parle. Un dieu, Mardouk ou un autre, est imploré comme le plus puissant, exalté parfois si haut que les autres dieux sem]>lent disparaître (cf. Lagraxge, un peu plus haut). Chez les Assyriens, le dieu Asovu' occupe un rang tout à fait à part : il n'a ni père, ni enfant; mais d'autres dÎAinités sont invo- <juées en même temps. « Jamais on n'a tenu Asour ni Mardouk poui- un dieu qui n'en souffre point d'autres à côté de lui, en le concluant comme conséquence logique de la croyance qu'il ne peut y avoir qu'une seule Puissance dirigeant l'univers et de laquelle viennent toutes choses » (Morris Jastrovv jr, DBH, Extra vol., p. 55o^, cf. p. 54';'').

La haute idée de l'Etre divin expi'imée dans les hymnes ne doit pas nous faire oul)lier l'idolâtrie réelle et générale, dont quelques prophètes hébreux ont dénoncé l'absurdité. Suivant plusieurs auteurs rationalistes, Dlhm entre autres et plus récemment Delitzsch, ces satires bibliques du culte païen porteraient à faux; elles supposeraient à tort l'identification des dieux et de leurs images. A cela on peut répondre que les prophètes, spécialement ceux du temps de l'exil, avaient vu les choses d'assez près, tandis que dans les textes c'est plutôt le beau côté de la religion qui se montre à nous; pour l'Assyrie et la Chaldée, comme pour l'Egypte, les docmnents nous font connaître surtout le culte officiel; sur le culte populaire et les idées du vulgaire nous sommes très peu renseignés. De plus, si le culte des pierres et des arbres sacrés confondus avec la divinité a été si fréquent dans l'antiquité, on peut bien penser que les statues des dieux n'étaient pas regardées comme de pures représentations : on les croyait habitées.

animées par le dieu; et de là le peuple pouvait passer facilement à l'idolâtrie proprement dite (cf. A. CoxDAMix, Le Livre d'Isaïe, p. 283, 284). Les Babyloniens « allaient jusqu'à prier les fleuves, les canaux, les temples, les villes sacrées, leurs portes ■», V. g. : « Que le Tigre, l'Euphrate, le canal Mekalkal. le canal Durkiba, le canal Shitar, le canal Arahtum. cher à Marduk, t'absolvent... que la porte, et le nom de la porte, et Je maître de la porte et le génie tutélaire de la porte t'absolvent, te délivrent! )>(Fr. Martin, TB, 1903, p. xiii).

Concluons avec le P. Lagrange : en dehors des Hébreux « le véritable monothéisme : il n'y a qu'un Dieu, et il est luon Dieu, ne se retrouve nulle part » (ÉRS^, p. 439).

Le nom de Lahvé. — Les assyriologues Sayck, Pin- CHES, Delitzsch pensent que le nom du Dieu d'Israël, lahvé, était connu en Babylonie au temps de Hanimourabi, 2000 ans av. J.-C. Impossible d'entrer dans la discussion détaillée de cette question si souvent traitée depuis une dizaine d'années. (Voir les articles du P. Lagrange dans BB, 1903, p. 3^6; 190'j, p. 383- 386; Sayce et Hommel dans Exp.T., IX, p. 622; X, p. 42 ; XI, p. 270: XYII, p. 26; XYIII,p. 332; XIX, passim; Babel und Bibel, L p. 4/ ; H, p. 20; A'.^r^^p. ^gg; ZA, XYI, p. 4o3, l\ib\ XVII, p. 2'ji ss.)Avec les assyriologues Zimmern, Bezold, Ranke, Hilprecht et S. Daicues — ce dernier vient de discuter de nouveau la question dans Z.4,XXII (nov. 1908). p. 126 ss. — je pense qu'on n'a pas encore démontré la probabilité de la présence du nom de lahvé dans les noms Ia--PIilu, la-PI-ilu, du temps de Hammourabi. H. Ranke, qui a fait une étude approfondie des noms propres de cette époque, estime que pour ce nom babylonien « la lecture, la prononciation et le sens sont incertains, et que par conséquent on ne saurait guère y appuyer des conclusions importantes. Qu'il faille y voir le nom du Dieu d'Israël, lahvé..., cela me semble très improbable, même si l'on suppose sûre la lecture laluvi-ilu )> (/. c, p. 234, note 5). C'est aussi la conclusion de la récente étude de Daiches.

Dans le nom la-u-um-ilu, que l'élément Iau{m) réponde à la forme abrégée, laou, du nom de lahvé, c'est plus vraisemblable, mais ce n'est pas prouvé non plus pour L'époque de Hammourabi. C. F. Lehma>'N est convaincu que. pour ce qui est des textes d'alors, les deux noms n'offrent rien de commun {Babyloniens ; Kulturmission einst und jetzt, 1903, p. 3^).

Plus tard, vers le v^ siècle av. J.-C, le nom de lahvé se rencontre dans un bon nombre de noms juifs inscrits sur des tablettes cunéiformes; après l'exil et le long séjour des Israélites à Babylone, il n'y a rien là d'étonnant.

Quant à l'interprétation du nom de Ahi-iami (vers i4ooav. J.-C, voir plus haut, col. S^o) c'est un exemple de la façon dont on asseoit parfois de belles théories sur une conjecture aventurée. M. Hrozny commence par dire que, dans la seconde partie de ce nom, on ne peut guère s'empêcher de voir le nom de lahvé ; et il transcrit d'abord Ahi-ia-mi, puis hardiment, dans la traduction, Ahi-Ja»i. Après lui, M. Sellin se déclare convaincu delà possibilité de cette lecture « qui ouvre un horizon tout à fait étonnant » ; il exprime cependant des doutes et demande qu'on se serve de cette tablette avec circonspection — recommandation trop négligée, comme nous l'avons déjà au pour In question du monothéisme. Cependant la lecture JA/- Jawi, au lieu de Ahi-iami, déjà révoquée en doute avec beaucoup de raison par K. Marti en 1906 {Dii Religion desAlten Testaments, p. 6), a été généralemen' repoussée; et M. Sellin lui-même écrit en 1908 : « Ei vérité la présence du nom [de lahvé] sur des tablette;

BABYLONE ET LA BIBLE

<'unéiformes cananéennes, de provenance soit babylonienne (vers 2000) soit palestinienne (Ta'annek vers iji5o), est très incertaine ^^ {Die alttestamentliche Relii;ion im Rahmen der arideni altorientalischen, p. 61).

Messianisme. — Dans les Inscriptions cunéiformes et l'Ancien Testament. 3* édition de l'ouvrage primitif de ScHRADER, totalement refondue et différente par le fond, la forme et l'esprit, M. Zimmern se livre aux rapprochements les plus risqués entre les conceptions polymorphes du panthéon babylonien et les croyances religieuses de l'Ancien et du Nouveau Testament. A propos de Mardouk on voit apparaître le Christ, Rédempteur du monde, la plénitude des temps, le Christ envoyé par son Père, la Passion, la mort du Sauveiu' des hommes, sa résurrection et son ascension. A côté de la déesse Istar on place la Vierge Mai'ie, Mère de Dieu. Ces rapprochements se fondent sur des ressemblances superticielles, purement extérieures, matérielles ou verbales. Quel rapport véritable y a-t-il, par exemple, entre Anou. le dieu babylonien du ciel, voisin de tant d'autres dieux qui peuplent le ciel et la terre, et l'idée des Hébreux qui se représentent le ciel comme l'habitation de Dieu, son royaume, le royaume des cieux? {KAT^, p. 352, 353). Parfois la doctrine juive ou chrétienne est mal comprise, déflgxirée, dans ces parallèles forcés; parfois aussi le texte cunéiforme est mal interprété, comme quand M. Zimmern donne pour prototype du SerAiteur de lahvé souffrant un personnage qui se dit juste, mais qui souffre sans résignation, et qui n'a pas la moindre idée d'expier les crimes des autres, c'est-àdire qui manque des notes caractéristiques du Serviteur de lahvé dépeint par Isaïe. Tout au plus peut-on comparer ce personnage, comme on l'a fait, à Job. Il <'st d'ailleurs légitime de louer la haute poésie de ce poème du Juste souffrant. Plutôt que d'en citer quelpie fragment, mieux Aaut renvoyer à la traduction iTiiplète que j'en ai donnée dans les Etudes (mars, . yo3, t. XCIV, p. 8o3-8o6) et à celle du P. Dhorme {Choix de textes..., p. 872-379).

On peut dire avec assurance que rien, jusqu'ici, n'a clé retrouvé dans les textes cunéiformes qui puisse passer pour le prototype ou la source, pour le pendant ou l'analogue de l'espérance messianique d'Israël. La méthode de comparaison, ainsi conçue et ainsi appliquée, n'a rien de scientifique : souvent elle procède a priori ; elle trouve ce qu'on ce»/ trouver; pres- <iue toujours elle table sur des données insuffisantes : connaissance objective insuffisante, pour ce qui conerne la religion babylonienne, où il reste tant à déouvrir et à interpréter; connaissance subjective iicomplète, du côté de la religion Israélite, pour plu- ■'ieurs assyriologues peu compétents danscette partie. Vussi est-ce un conseil très sage que des savants, ses ais, ont donné à M. Hugo Radau, en le priant de intinuerle déchiffrement des tablettes de Nippour, ' l de remettre à plus tard la publication de son article sur h la Trinité babylonienne, prototype de la lirétienne w (Bel,the Christ..., 1908, préface). D'autres ^syriologues, Delitzsch, Zimmern, Jensen, devraient iissi rester sur leur terrain où ils rendent des sériées éminents, et résister à la démangeaison des "mparaisons.

Prophétisme : divination, sorcellerie. — « Les asipi -■ic] ou « prophètes » formaient une classe à part. A luelques points de vue ils ressemlilaient aux prophètes d'Israël. » Ainsi parlait M. A. H. Sayce dans ^es Gifford Lectures, publiées en 1902, sous le titre ^he religions ofAncient Egypt and Babyloniu. Et plus "in : « Jusqu'à quel degré le prophète babylonien

sseniblait-il au prophète hébreu, il est pour le mo-

ment impossible de le dire. Mais ils différaient certainement en deux points « : d'abord, le prophète babylonien était membre d'un corps sacerdotal, tandis que les fonctions de prêtre et de prophète étaient indépendantes en Israël; de plus, à Babylone, « le prophète était intimement uni au magicien et au nécromancien » ; il en était, au contraire, essentiellement distinct chez les Hébreux (p. 463-466).

Quelques remarques sur ces assertions. D'abord le personnage babylonien qui semblerait se rapprocher le plus du prophète n'est pasl'rtii/)», lequel est plutôt exorciste, chargé des conjurations et des expiations, mais le hdrii. « Le devin par excellence, l'interprète de la volonté des dieux, le prêtre chai'gé de rendre les oracles, c'est le bàrù », dit le P. Lagrange dans une excellente étude sur les textes publiés par Zimmern (Beitrage zur Kenntnis der bab. Religion, 1896igoi). « La traduction littérale de bàrù serait voyant, mais ce mot identique, d'après l'usage, une vision intérieure, le don de la prophétie; le bàrù regardait surtout l'avenir dans le foie des victimes » {liB, 1901, p. 4o4. 4o5). Voir aussi les pages substantielles de M. Fr. M.\rtix, Textes religieux assyriens et babyloniens, 1908, introduction.

Déjà sous Hammourabi il existait un collège de ces prêtres-devins. On les retrouve au temps des derniers rois assyriens et babyloniens : Sennachérib les consulte pour savoir la cause de la mort violente de son père Sargon. Asarhaddon est encouragé, par les bons oracles qu'ils lui communiquent, à rebâtir Babylone; ils exercent encore leurs fonctions sous Nabonide. Des prières et des consultations adressées à Samas, le dieu-soleil, par l'intermédiaii'e du irtr«,pour obtenir la révélation de l'avenir ou de quelque dessein secret, ont été publiées par J. A. Knudtzon {Assyrische Gebete an den Sonnengott... 1898). Elles sont datées des règnes d'Asarhaddon et d'Assourbanipal.

En voici un spécimen :

« O Samas, grand seigneur, à ma demande dans ta faveur lidèle daigne répondre ! Depuis ce jour, le troisième jour de ce mois, du mois de Arou jusqu'au onzième jour du mois de Abou de cette année, dans ces cent jours et ces cent nuits, espace de temps lixé (pour limite) à l'oracle du prêtre-devin (bàrù); dans cet espace de temps fixé est-ce que Kastariti avec ses troupes, ou les troupes desCimniériens,ou les troupes des Mèdes, ou les troupes des Mannéens, ou tout autre ennemi, réussiront dans leurs projets? Soit d'assaut, soit par force, soit par les armes et la bataille, soit par une brèche, une mine, ou à l'aide des machines de siège..., soit par la famine, soit en Aertu des noms du dieu et de la déesse, soit par des pourparlers et des transactions amicales, soit par tout autre moyen et stratagème usité pour la prise des villes, prendront-ils la ville de Kisassou, entreront-ils dans les murs de cette ville de KiSassou? S'enipareront-ils de celte ville de Kisassou, tombera-t-clle entre leurs mains? Ta grande divinité le sait. La prise de cette ville de Kisassou, par quelques ennemis que ce soit, depuis ce jour jusqu'au (dernier) jour du temps fixé, est-elle ordonnée, résolue, par l'ordre et les arrêts de ta grande divinité, ô Samas, grand seigneur? Est-ce ([u'on le verra? Est-cequ'on l'entendra dire? " (Knudtzon, I. c, n" I ; cf. Jastrow, Die Religion Bab. und Assyr., Il, p. 177).

Là, comme en général dans Ihabitude d'interroger les oracles, se manifeste laferine croyancedes anciens que la divinité dirige tout ici-bas et connaît d'avance le résultat des actions humaines. Mais devant celte consultation compliquée, où les formules synonymes sont multipliées, de peur, semble-t-il, que le dieu ne comprennede travers ou n'élude la question, on songe

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tout naturellement au mol de TEvangile : « putant cnim qiiod in multiloquiosuo exaudiantur «Qlat.vi, 7). Comparez un passage de la Bible où, dans la consultation de lalivé par le moyen de Téphod sur un sujet analogne, la manière de procéder est bien plus simple et plus franche (I Sam. xxiii. 9-12).

Est-ce à dire que l'on puisse mettre en parallèle les prophètes Israélites et les prêlres-devins de la Chaldée, ou de l'Assyrie, comme ont fait H. Wi.vckler {KAT^, p. 171) et Delitzsch? {BB. II, p. 18). En peu de pages, le savant Ed. Konig a fait bonne justice de cette manière de voir qui néglige des différences profondes, pom- s'en tenir à quelques traits superliciels d'analogie {Der altère Prophetismits, 1905, p. 3-6). La première et essentielle différence entre le vrai prophète et le devin échappera toujours à quiconque refuse d'admettre le siu-natuiel, la prédiction authentique : car entre des fonctions de même ordre et purement humaines, à supposer qu'il y ait sincérité de part et d'autre, il ne peut y avoir cpi'une différence de degré. Si les prophètes d'Israël ont été favorisés de révélations divines proprement dites, il est clair qu'ils sont incomparablement au-dessus des devins de l'antiquité (voir La mission surnatutelle des prophètes d'Israël, dans Etudes, 5 janv. 1909, p. 5-32). Cependant il faudrait remarquer au moins, avec Sayce — ce serait un premier pas vers la vérité complète — que le devin de Babylone a perpétuellement recours à la magie (rites complif(ués, incantations, etc.); tandis que le prophète hébreu est l'ennemi déclaré des pratiques magiques : la révélation lui vient directement de lahvé, sans ])asser par les entrailles des victimes. Les prophètes hébreux, surtout ceux du temps de l'exil, connaissent bien et réprouvent hautement cette magie chaldéenne. « Le roi de Babylone, dit Ezéchiel, se tient à la bifurcation de la route pour consulter le sort [pour savoir la direction qu'il doit prendre]; il mêle les flèches [bélomancie] ; il interroge ses dieux domestiques; il inspecte le foie [hépatoscopie] ■. (Ez. XXI, 26, Vulg. 21).

... Un malheur fondra sur toi [Babylone],

que tu ne sauras conjurer...

Garde donc tes enchantements

et tes sortilèges nombreux,

où tu peinas dès ta jeunesse I Peut-être ils pourront te servir;

peut-être liste rendront terrible! (Is. XLvii, 11, 12).

Dans les versets suivants le prophète, avec une exactitude remarquable, décrit en quelques mots l'astrologie et l'art d'interpréter les présages, qui avaient pris à Babjlone un développement prodigieux. (Voir spécialement R. Campbell Thompson, The reports of the magicians and astrologers ofyinet'e/< and Bahylon, 2 vol. 1900.)

En Chaldée la puissance attribuée aux sorciers, et surtout aux sorcières, était considérable, allant jusqu'à bouleverser la naliu-e, déchaîner contre un homme une armée de mauvais génies, influer même sur les décisions des grands dieux, changer les destinées d'ici-bas. L'envoûtement, les potions magiques, certaines manipulations bizarres, ou plus simplement le « mauvais œil », la susm-ration de quelques paroles sinistres suflisaient à opérer ces prodiges. Contre ce pouvoir malfaisant les exorcistes étaient appelés à lutter au moyen de leurs incantations. Plusieurs séries de ces incantations ont été publiées: la série Maqlù par Tallqvist, la série Surpu par ZiMMERx (la 2' tablette Siirpii a 210 lignes!), les séries Utukki limniiti, etc., sur les mauvais esprits, par Campbell Thompsox, d'autres textes par L. W. KiNG, Babylonian Magic and Sorcerr, 1896.

Rien de pareil chez les Hébreux, sinon sous forme d'abus immédiatement réprouvé par les prophètes. Les diverses sortes de dix ination, augures, sorcellerie, incantations et consultation des esprits, sont expressément prohibées par le Deutéronome (xviii, 10, 11).

Prières, hymnes, psaumes de pénitence ; idée du péché. — Ainsi l'ancien Babylonien nous apparaît comme entouré de démons malfaisants et de génies protecteurs, exposé à l'influence de nombreuses puissances invisibles, sous le contrôle des divinités supérieures. Il sent profondément sa dépendance, et il est religieux. Les Assyriens n'étaient point, non plus, comme Renan l'imaginait, « presque indifférents en religion » (Ilist. du peuple d'Israël, t.III, p. i5). Tout d'abord les noms propres de personnes en font foi. En Babylonie et en Assyrie, comme chez les Hébreux, ces noms traduisent un sentiment de confiance, de reconnaissance, de respect pour tel ou tel attribut delà divinité, ou encore un souhait, une bénédiction: Marduk-nhal-iddin, Mardouk a donné un fils; Sinahc-erba (Sennachérib), Sin a multiplié les frères; Isme-Sin, Sin a entendu; Béli-ismeanni, Mon Maître m'a exaucé; Ila-Damiq, Le dieu est favorable; Bêlimuranni, Bel m'a regardé (favorablement); Mâr- Samas owApil-Samas, Fils de Samas; Màr-Istar, Fils d'Istar ; Apil-ilisu, Fils de son dieu; Ilusu-abusu, Son dieu est son père; Arad-Ea, Serviteur d'Ea; Adadnirari, Adad est mon aide; Narâm-Sin,ChéTi de Sin; Manum-hala-Sin,Ç)\\\[çe\ii exister] sans Sin? Manumki-Sin, Qui est comme Sin? Manum-sanin-Samas, Qui est égal à Samas? Ana-pàni-ili, En présence du dieu; Pân-Bêl-ad a g{g)al , Jevois {ou verrai) la face de Bel; Ana-Samas-tér, Tourne-toi Aers Samas; et tant d'autres noms qui otTrent un parallélisme frappant avec ceux de la Bible. Ici et là une piété spontanée s'est rencontrée dans des expressions identiques, alors qu'elle différait infiniment dans son objet. Monothéisme ici, et là polythéisme; mais, de part et d'autre, idée d'une Providence qui régit ce monde et dont l'homme dépend dans la jouissance des biens matériels, et avec laquelle on peut se mettre en relation par la prière.

Les Assyriens et les Babyloniens ont une dizaine de synonymes pour désigner la prière. Elle semble avoir été fréquente chez eux, si l'on peut en juger par les formules de la correspondance épistolaire. Un fils écrit à son père : <( Tous les jours je prie Nabou et Nanà pour la vie de mon père; et. à l'intention de mon père, je porte mes hommages à Ezida [temple de Nabou à Borsippa] » (R. F. IIarper, Assrrian and hahrlonian Letters, n° 219). Un fonctionnaire écrit à la mère du roi : « Que Bel et Xabou bénissent la mère du roi, ma souveraine ! Tous les jours je prie Nabou et Nanà d'accorder la vie et de longs jours au roi des pays, mon souverain, et à la mère du roi. ma souveraine. Que la mère du roi, ma souveraine, soit protégée! » {ibid., n* 324). On litdans une lettre de Iddina-apli à la dame Qoudasou : « Je prie tous les jours Bel et Nabou pour la vie et la longévité et le bonheur de ma dame. Par la faveur des dieux moi je vais bien, ainsi que tous ceux qui sont avec moi. Mais tu ne t'es pas informée de mes peines, tu n'as pas reçu de mes nouvelles. Depuis le mois de Sivan j'ai été en voyage vers le pajs de Pa-ni-ra-ga-na (?); prie Bel et Bèlit pour moi... » (R. Campbell Thompson, Late bab. Letters, i\"6). XiUeiiTs : « Par la faveur des dieux je vais bien. Si je prie les dieux, j'obtiendrai ce que je désire. » (ibid., n"* i94)-

« Je prie tous les jours... >/ est une formule qui revient souvent dans ces lettres. Il est vrai que le souhait ordinaire est « bon état du cœur et bon état

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du corps », c'est-à-dire bonne humeur et santé, joie et bien-être; mais c'est déjà beaucoup de reconnaître sur ce point sa dépendance par rapport à l'Etre divin.

Si des manifestations de la piété particulière nous passons à la louange officielle des dieux, nous en trouvons de magniOqnes expressions dans un grand nombre d'hymnes. Voyez les traductions françaises données par Scheilcu 1897 dansla Be^nie de Vliistoire des religions, et par M. Fr. Martin dans deux aoIumes de Textes religieux assyriens et babyloniens, 1900 et 1908; et le recueil plus complet de St. Lang- DON, SBP, 1909.

Quelle que soit l'élévation des sentiments, justement admirée dans ces pièces d'une poésie splendide, la note religieuse n'est pas la même que dans les chants sacrés des Hébreux. On trouverait difficilement dans la littérature babylonienne un chant religieux à l'uniciue (in de célébrer la gloire des dieux, de leur témoigner le respect et la reconnaissance, l'amour et la confiance, sans aucune mention des intérêts de leurs pieux clients. Les hymnes commencent d'ordinaire par de magnitif[ues louanges de la divinité ; ils exaltent ses attributs en stjde pompeux ; ils se terminent régulièrenient par une requête.

On sent que la préoccupation principale du suppliant est d'apaiser les dieux, de gagner leurs bonnes grâces, poiu" leur faire accueillir favorablement une demande. Un trait aussi caractéristique n'apas échappé à M. Jastrow, l'auteui* qui a consacré à cette religion l'étude jusqu'ici la plus complète. Il signale le lien étroit qui unit les prières et les incantations, et il en donne la raison suivante : « Les Babyloniens comme tes Assyriens ne se tournaient Aers les dieux que quand ils désiraient en ol)tenir quelque chose, protection ou guérison, délivrance d'un mal, ou bien faveur'... La pure louange des dieux sans autre intention n'existe pas dans le culte babylono-assyrien » {Die Religion Babyloniens and Assyriens, t. II, p. i38, igoG).

Au contraire, il arrive à l'Israélite pieux de perdre complètement de vue ses propres intérêts. Le psaume XXIX (Vulg. xxviii) ne se borne-t-il pas à célélirer la puissance de lahvé? Bon nombre d'autres ont pour unique objet d'exalter les bienfaits divins ; ainsi les psaumes cv, cvii, cxi (Vulg. civ, cvi, ex), et la plupart de ceux qui commencent par les mots : « Louez lahvé! )) {Alléluia). Un poème d'assez longue haleine, le psaume civ (Vulg. cm) chante l'œuvre créatrice et providentielle de lahvé, Maître absolu de l'univers; le poète ne sort pas un instant de ce sujet. Sans doute l'Israélite, autrefois comme aujourd'hui, n'était pas désintéressé des biens de ce monde. Cependant, grâce à la haute idée de Dieu qui caractérisait sa religion, il tournait facilement sa prière vers un plus noble idéal; il demandait comme un bien suprême de se rendre agréable à lahvé par l'observation de ses commandements. Voyez les psaumes XIX, cxix (Vulg. xviii, cxviii), etc. Et si l'on dit que ces sentiments sont le fruit d'une évolution tardive où la pensée religieuse s'est épurée, qu'on nous montre en Babylonie, après plus de trois mille ans de civilisation, une évolution et une épuration pareilles. Mais chez les Hébreux, l'idée de la sainteté de la Loi dérivait en droite ligne de l'enseignement des plus anciens prophètes et du fonds primitif de la législation mosaïque sur la sainteté de lahvé. Ceci nous amène à parler de l'idée de péché chez ces anciens Sémites.

\ maintes reprises, la Loi inculque la nécessité pour le peuple élu d'être saint parce que son Dieu • st saint (Ex. xix, 6; Lév. xi, ^î ; xix, 2; xx, 26, etc.). Si la Loi est une manifestation delà sainteté de lahvé,

le péché, violation de la Loi, offense cette souveraine sainteté. Pénétré de cet enseignement, l'Israélite envisage le péché sous un tout autre aspect que ses voisins polythéistes, n'en déplaise à Delitzsch, qui prétend qu'on se trompe fort en attribuant à Israël une conception plus profonde de la nature du péché. Car les Babyloniens pieux, dit-il, expriment dans leurs plaintes, en même temps que leurs maux extérieurs, la douleur de l'âme causée par le péché {BB, IIL p. 26). Il aurait fallu ajouter — c'est le point principal — poiu- quelle raison, de quel point de atic, utilitaire ou moral, le péché causait cette douleur. « La grâce du dieu miséricordieux, dit M. Fr. Jerk- MiAS, résultat recherché et espéré de la prière, n'est que la délivrance de la maladie. C'est ce que signiGe la rémission des péchés. Guérir et pardonner sont des synonymes. C'est en partant de là qu'il faut juger les concepts de faute et de péché, de miséricorde et de pardon >. (dans le Manuel d'histoire des religions de Chaxtepie de hx Saussaye, trad. franc., 190/1, p. i5i). ÏIELE jugeait aussi que les Babyloniens et les Assyriens « n'étaient pas encore arrivés à distinguer nettement entre le péché et les suites du péché » {Geschichte der Religion im Altertum, vol. I, iSgS, p. 21 5). En elïet, ils sentent que tel mal est le châtiment d'une faute; ils i-egrettent donc d'avoir commis la faute, cause du mal; ils s'humilient pour apaiser le dieu irrité. C'est la crainte servile, et non le pur repentir d'avoir déplu à la divinité. A côté des gémissements et des supplications du coupable, on ne voit pas la promesse de mieux faire, la demande d'un secours pour y réussir. On le constatera aisément en comparant par exemple au psaume li (Vulg. l) les plus beaux passages des hjnines que l'on a appelés « psaumes pénitentiaux babyloniens » {Babylonische Busspsalmen, publiés par Zimmerx en i885) :

Les fautes que j'ai faites, je ne les connais pas...

Le Seigneur dans la colère de son cœur m'a regardé,

Le dieu dans la fureur de son cœur m'a visité...

Je cherche (du secours); nul ne me tend la main;

Je pleure, et près de moi je ne trouve personne.

Je crie; personne ne m'entend.

Triste, gisant à terre, sans lever les yeux,

Vers mon dieu miséricordieux je me tourne en gémissant.

Le suppliant est convaincu que le mal physique dont il souffre est un effet du mal moral — cette pensée se rencontre souAcnt dans l'Ancien Testament, surtout dans le livre de Job; — parfois il ne sait pas de fjuelle faute il s'est rendu coupable : « Ma petitesse, je ne la connais pas; le crime que j'ai commis, je ne le sais pas » (Fr. Martin, TR, 1900, p. i5). Ou bien il ignore quelle divinité il a offensée, et, pour ne point risquer d'omettre justement celle-là dans ses invocations, il implore le « dieu inconnu », la « déesse inconnue «.

Le pénitent Israélite s'élève plus haut :

En moi, ù Dieu, crée un cœur pur.

Et renouvelle en moi un esprit ferme.

'Xe me rejette pas loin de ta face,

Va ne retire pas de moi ton espi'it saint!... .■Vux impies j'enseignerai tes voies,

Et les pécheurs retourneront i\ toi... (Ps. m, Vulg. l).

M. Fr. Martin a raison de souligner la ressemblance frappante entre le texte suivant traduit par lui cl divers passages des psaumes hébreux {TR, 1903, p. xxvi) :

Qu'ils meurent, eux ; que moi, je vive; Qu'ils jiassent, eu.K ; que moi je prospère; Qu'ils soient anéantis, eux; que moi, je reste debout; Qu'ils s'afl'aihlissent, eux; que moi, je nie fortifie! O dieu du feu, le puissant, le plus élevé dos dieux... Toi, tu es mon dieu; toi, tu es mon maitre; Toi, tu es mon juge; toi, tu es mon sauveur; Toi, tu es mon vengeur.

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Ce sont sans doute des i-essemblances de ce f^enre qui ont entraîné l'assjriolo^ie et critique PaulHAti'T à ces conclusions d'un radicalisme éhonté : <( J'ai établi que la majorité des psaumes hébreux appartient à l'époque macchabéenne (i;0-"0 av. J.-C). Je n'ai pas découvert un seul psaume datant d'avant l'exil. Les prototj-pes des hymnes contenus dans le psautier hébreu sont les hymnes et les psaumes pénitentiaux des textes cunéiformes ^> (American Journal ofSemitic Languages and Literatiires,t. XXI, oct. 1904juil. 1905, p. 13^). Ainsi, à côté du Cantique de Débora, que les critiques sont unanimes à regarder comme un des morceaux les plus anciens de la littérature hébraiqiie — le jugement contraire de M. Maurice Verxes n'a point de valeiu", — les Israélites n'auraient eu pendant des siècles aucun chant sacré! Très tard, après l'époque des prophètes, pour apprendre à chanter les louanges de lahvé, ils se seraient mis à l'école des Babyloniens !

Il faut signaler l'hymne à Istar, au sentiment de Jastrow, « le plus beau spécimen peut-être de ces psaumes pénitentiaux ». C'est un long texte de 1 13 lignes (y compris le colophon ou attestation finale du copiste), admirablement conservé, de la plus haute poésie religieuse. Il appartient à la série qui a pour titre : « Prières de l'élévation de la main ». KiNG l'a publié et traduit le premier. Le P. Dhormf. en donne aussi le texte et la traduction (sans les prescriptions finales et le colophon, 1. 106-1 13). J'en cite quelques lignes d'après ces auteurs (en modifiant la traduction de la 1. 4i« où je laisse indéterminé le sens de issir la isaru, qui peut s'entendre au physique ou au moral ; King prend plutôt le premier sens ; Dhorme donne le second qu'il dit « limpide » : « L'injuste devient juste en voyant ta face ! >»).

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