Prise de Babylone par Cyrus
Pour la chronologie babylonienne, le document capital est la tablette 33, 332 du Brilish Muséum. C'est une liste des rois de Babylone depuis la première dynastie jusqu'à la période néo-babylonienne. « Les noms des rois sont inscrits par colonnes, un nom sur chaque ligne; devant le nom de chaque roi un nombre indique, en années ou en mois, la durée de son règne. A la fin de chaque dynastie la colonne est coupée par une ligne transversale, et une note donne la somme des années pour la durée de la dynastie, le nombre des rois et le nom de cette dynastie » (L, W. King). Cette tablette importante,
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liiulilée aux deux exti'émités, présente des lacunes • iui ont pu être comblées par d'autres documents en -rande partie, mais pas d'une façon complète (la Tiste de la première dynastie, qui a disparu totalement, est connue par ailleurs). La plupart des assy- : iologues, dans leur supputation chronologique, supîiosaient que les dynasties babyloniennes de ce Canon royal » étaient successives. Or, des textes emment publiés et interprétés par M. Kixg proui lit que la deuxième dynastie est simultanée et parallèle en partie à la première et en partie à la troisième dynastie : contemporaine de la première pendant 177 ans, de la troisième pendant 44 ans, entre les deux elle a régné à Babj'lone pendant i^T ans. Le début de la Ke dynastie peut se placer, conformément à une donnée de BiiROSE, en 2282 (d'après Fr. Thureau-Dangix, Zeitschrift fur Assrriologie, janv. 1908, p. 176-187, à propos de l'ouvrage le King, Chronicles concernius; earlj Babylonian hings, 1907). Ces derniers résultats sont fort intéressants pour l'apologiste, comme on le verra plus loin, en ce qui concerne l'époque d'Abraham et l'historicité du ch. XIV de la Genèse.
Au temps de la première dynastie de Babylone (xxiue-xx'= siècle av. J.-C), la civilisation avait atteint depuis bien des siècles déjà, semble-t-il, un haut degré de développement. Cette époque nous offre une littérature extrêmement riche : poèmes mythologiques, légendes, hymnes, incantations, textes astronomiques, astrologiques, mathématiques. Le code de Ilammourabi, comme on a pu le constater par des documents plus anciens, a codillé des lois et des usages depuis longtemps en vigueur. M. Fr. Thureau- Dangin a publié un mémoire intéressant sur la comptabilité agricole en Chaldée au troisième millénaire ; M. Léon Hel'zey a décrit une villa royale chaldéenne vers l'an iÛOO avant notre ère ; M. Oppeut, l'administration des domaines, les comptes exacts et les faux nu cinquième millenium avant l'ère chrétienne. (Ces lieux derniers chiffres sont à diminuer, comme on va \ uir.)
La chronologie de cette époque reculée s'appuyait en partie sur une inscription de Nabonide, dernier roi de Babylone, qui place Naràm-Sin, fils de Sargon l'ancien, roi d'Agadé (:= Akkad, Babylonie du Nord) en 8760 av. J.-C, 8200 ans avant Xabonide. Les dates de ce genre, dans les inscriptions assyriennes et babyloniennes, paraissent en général exactes, calculées d'après des données sérieuses. Celle-ci est devenue suspecte, un peu parce qu'elle est beaucoup plus élevée que toutes les autres, mais surtout parce qu'elle oblige d'admettre dans l'histoire une lacune d'un millier d'années, lacune persistante malgré tant de textes découverts. D'après l'assyriologue et historien (J. F. Lehmann, il y aurait dans le texte de Nabonide une erreur de mille ans; il faudrait lire 2200, au lieu de 8200 {Znei llauptprobleme der altorientalischen Chronologie, i8y8). Lehmann est suivi par A. Jkhe- MIAS. Pourtant bien des assyriologues ont ajouté foi jusqu'à ces derniers temps au chiffre de Naf)onidc : H. Uadau (1900). Bezolo (1908), Sayce (190G). IIil- PRBCHT vient de modifier sur ce point ses anciennes positions : « 11 n'estime plus possible, dit-il, de concilier la donnée de Nabonide avec certains faits bien connus, établis par les recherches assyriologicpies » {Mathematical. Metrological and Chronological Tablets from the Temple l.ibrary of Nippur, 1906, p. 4 1-45). Un autre assyriologue, L. W. King, qui admettait encore, il y a peu d'années, la date 8760, pense aujourd'liui qu'il faut la réduire {Chronicles concerning early Babylonian kings, 1907, vol. I, p. 17). M. Fr. Thl'reau-Daxgin juge aussi que « cette date I st sûrement trop élevée ».
En 1896, Hilprecht n'hésitait pas à « dater la fondation du temple de Bel et les premières constructions de Nippour de 6000 à 7000 ans avant Jésus- Christ et peut-être même plus tôt » {The babylonian expédition of the University of Pennsylvania, vol. L part. II, p. 28, 24). En 1906, dans l'ouvrage cité un peu plus haut, il maintient cette estimation et il ajoute : «. Les savants babyloniens des derniers temps pouvaient retracer l'histoire chronologique de leur pays au moins jusqu'au quatrième millénaire avant notre ère » (p. 3). D'autre part les fouilles nous révèlent, depuis quelques années, la très haute antiquité de la civilisation élamite. a Les plus anciens textes découverts à Suse, dit Scheil, sont certainement antérieurs à 4ooo a^ant Jésus-Christ, comme il ressort du caractère de l'écriture. » Si ces textes, trouvés à quinze mètres de profondeur, ont six mille ans d'existence, que penser des fragments de poterie situés à vingt mètres au-dessous de ces tablettes archaïques? (Cf. J. de Morgax, La délégation en Perse, 1902, p. 81, 82, io5).
En face de ces faits, et d'autres d'un ordre différent, les exégètes, les historiens et les apologistes les plus autorisés ont renoncé avec raison au système ai-tificiel de « chronologie biblique », construit avec des pièces disparates, mal conservées parfois ou mal comprises, à l'aide duquel on remontait jusqu'au jour précis de la création du monde (28 octobre 4oo4 avant Jésus-Christ).
Histoire. — D'abord quelques remarques sur la valeur des documents historiques contenus dans les textes cunéiformes.
Il faut distinguer trois sortes de textes historiques. Au premier rang, les Annales des rois, où les grands événements de chaque année d'un règne sont relatés dans l'ordre chronologique. En second lieu, les récits de guerres, où l'ordre réel est souvent sacriûé à un groupement artificiel des faits concernant le même objet. Enfin les Fastes, inscriptions triomphales et laudatives, moins sûres, au point de Aue historique, que les précédentes, mais les complétant parfois par d'utiles détails. Ce sont là des documents officiels, écrits pour la gloire de souverains extrêmement soucieux de transmettre leur nom à la postérité; il n'y faut donc chercher que la mention des actions glorieuses ; les défaites sont passées sous silence. (Notez le caractère essentiellement difl'érent de l'histoire d'Israël, où les revers sont enregistrés avec beaucoup d'humilité et de sincérité, comme des châtiments divins et des leçons pour l'avenir.) Les historiographes assjriens ont dû exagérer les hauts faits du grand roi, surtout dans les inscriptions laudatives; ils ont pu aussi se tromper, ou modifier à dessein certains détails, ou suppléer par l'imagination au défaut de quelques renseignements précis. Pourtant leurs relations, contrôlées de diverses manières, api>araissent généralement exactes. C'était la rédaction des notes, prises, au cours des opérations militaires. j)ar les scribes officiels, témoins oculaires ou très bien informés, que maints bas-reliefs représentent dans l'exercice de leurs fonctions, sur un champ de bataille. (Pour le classenu'ut et la critique des texte-, historiques, voir C. P. Tikle. nabylonisch-Jssyrische Geschichte. 1886, p. 12-87; cf. aussi S. Kahppe, Les documents historiques de la Chaldée et de l Assyrie et la vérité, dans la Bévue sémitique, 1894, p- 347- 36i. Ce dernier auteur me semble abaisser un peu trop la valeur des monuments assyriens.)
Ces textes ont l'avantage d'être assez souvent contemporains, ou à i)eu près, des faits qu'ils rapportent, et de n'avoir pas été altérés dans des transcriptions successives. Ainsi, le Prisme de Taylor qui raconte
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les huit campagnes de Sennachérib, de 70^ à 691, est daté de l'éponymat de Bel-émom-ani (691). Un autre texte daté de l'éponymat de Mitounou (700) relate en termes identiques, sauf quelques variantes, et quelques détails en plus, les premières campagnes de ce règne jusqu'à celle de 701 inclusivement. Ce récit a donc été écrit un an à peine après les événements de 70 j (invasion de Sennachérib en Palestine, blocus et délivrance de Jérusalem).
On a souvent idusieurs exemplaires d'un même texte, et il est possible de les contrôler l'un par l'autre. Des lectures d'abord douteuses peuvent ainsi devenir certaines (le même mot est écrit là en idéogramme et ici phonétiquement, etc.). Les copistes assyriens et babyloniens semblent avoir été très fidèles dans leurs transcriptions. Quand l'original présentait un passage mutilé ou effacé, ils écrivaient en général, à la place, en petits caractères, hi-bi (ou hi-pi), effacé; et ils se gardaient bien de suppléer par conjecture, même pour les lacunes faciles à combler. A la fin des copies on trouve souvent la formule : liîma lahi- 1 isu, conforme à Voriginal.
L'histoire biblique a été, sur bien des points, confirmée ou éclairée par les monuments de l'Assyrie et de la Chaldée. Il faut se borner ici à une revue rapide des faits principaux.
Abraham. — Les assjriologues identifient en général Our des Chaldéens, Ur-Kasdim, la patrie d'Abraham d'après Gen., xi, 28, 3i ; xv, 7, avec Muqayyar dans la Babylonie du Sud ou Chaldée, à 225 kilom. environ au sud-est de Babylone. On a trouvé en effet à Muqayyar plusieurs inscriptions et plusieurs sceaux royaux avec le nom de la ville, Uni. Contre cette identification plusieurs critiques font des objections iirées du texte biblique, qui semble placer dans le nord de la Mésopotamie la patrie des ancêtres d'Abraham (cf. Gen., XI, 10-26) ou d'Abraham lui-même, suivant une des sources du récit (cf. Gen., xii, 1 ; xxiv, 4, 7, cf. le V. 10, et Jos., xxiv, 2, 3). Cette question sera peut-être un jour définitivement tranchée par l'assyriologie, si l'on explore à fond les ruines de Muqayyar.
Au chapitre xiv de la Genèse, l'histoire d'Abraham est mise en contact direct avec l'histoire babylonienne. « Amraphel, roi de Sennaar, Arioch, roi d'Ellasar, Chodorlahomor, roi d'Elam, et Thadal, roi de Goïm », au cours d'une expédition aux environs de la mer Morte, s'étaient emparés de Lot et de ses biens. Abraham, avec ses gens, poursviit les conquérants, délivre les prisonniers et reprend le butin. L'historicité de ce récit a été souvent et violemment attaquée par les rationalistes, Sôrensen, Hitzig, Nol-
DEKE, ReUSS, WeLLHAUSEN.
Dans ce texte, Gen. xiv, i, Sennaar désigne sûrement la Babylonie. Amraphel représente assez bien, pour l'équivalence du nom au point de vue linguistique, Hammourabi, roi de Babylone, si célèbre, surtout depuis la découverte de son code. L'identification des deux noms et des deux personnages est généralement regardée comme plausible depuis le mémoire de Eb. ScHRADER lu en 1887 devant l'Académie de Berlin. — Arioch, roi d'Ellasar, est probablement Arad-Sin, roi de Larsa (en distinguant, avec Fr. Taureau-Dangin, deux fils de Koudour-Maboug, qui ont régné successivement, Arad-Sin et Rîm-Sin; le nom Arad-Sin peut être lu en sumérien Eri-Akou =: Arioch). Pour Thadal, roi de Goïm, rien de clair n'aété trouvé jusqu'ici. Si le nom de Chodorlahomor n'a pas été lu non plus, d'une manière sûre, dans les inscriptions cunéiformes, du moins c'est bien un nom élamite, Koudour-Lagamar : la première partie de ce nom, koudour, signifie « serviteur », et entre dans la com-
position de plusieurs noms de rois élamites bien connus Koudour-Maboug, Koudour-Nahhounte. Quant à Lagamar, c'est le nom d'une divinité élamite, attesté aussi par les inscriptions.
Les objections des critiques sont tirées surtout des « invraisemblances historiques ». Qu'au temps d'Abraham quatre rois des rives du golfe Persique aient fait une razzia jusque dans la péninsule du Sinaï, qu'ils aient attaqué, en passant, cinq roitelets des bords de la mer Morte, enfin, qu'Abraham avec trois cent dix-huit serviteurs ait arrêté les vainqueurs et délivré les prisonniers, « ce sont simplement, disait-on, des impossibilités ». Mais les textes ont fait A'oir que, plusieurs siècles avant Abraham (en toute hypothèse, cf. supra), Sargon d'Agadé étendit ses conquêtes jusqu'aux bords de la mer Méditerranée. La nouvelle Chronique, publiée par L. W. King en 1907, confirme un texte déjà connu, suivant lequel Sargon « installa ses images en Occident », c'est-àdire fit sculpter son image sur les rochers voisins du rivage ou dans le Liban.
Il ressort du récit biblique que Chodorlahomor est le chef de l'expédition ; il semble en résulter que les rois ses alliés, y compris le grand Hammourabi, sont ses vassaux ou, tout au moins, en quelque manière, sous son influence. Cela s'accorde avec les données de l'histoire élamite et babylonienne maintenant connues par les monuments. L'expédition en Occident a pu prendre place dans la période des trente premières années du règne de Hammourabi, lorsque durait encore la suzeraineté élamite, fruit de la conquête de Koudoui'-Nahhounte (2280 av. J. C).
La principale difficulté à l'identification d' Amraphel et de Hammourabi était la chronologie. Abraham et Amraphel vivaient, semblait-il, au moins deux siècles après Hammourabi que l'on plaçait au xxiii* siècle. Mais, comme on l'a vu plus haut, les nouveaux textes qui établissent la contemporanéité partielle des premières dynasties de Babylone, permettent d'abaisser de 221 ans la date de Hammourabi. Diverses données conduisent à la date approximative 2o5o av. J.-C. pour Hammourabi =: Amraphel et Abraham (voir, pour plus de détails, l'article « Jlammonrabi-Amraphel » par le P. Dhorme, O. P., dans la Bévue biblique, avril 1908, et celui du P. A. CoNDAMiN dans les Etudes, 20 mai 1908, sur le même sujet). j
Moïse. — WiNCKLER, ZiMMERN, A. Jeremias, après d'autres, mettent en parallèle le récit de l'exposition de Moïse enfant sur les eaux du Nil et les légendes sur l'enfance de Sargon l'ancien, de Cyrus, de Romulus et de Rémus, etc. Voici le passage le plus saillant du texte relatif à Sargon l'ancien (traduction de M. Fr. Thureau-Dangin citée par M. E. Cosquin) :
(Ma) mère la prêtresse (?) me conçut; dans le secret elle
[me mit au monde.
Elle me plaça dans une couffe de roseaux; avec du bitume
[elle boucha ma porte.
Elle m'abandonna au fleuve qui n'était pas...?... Le fleuve me porta; à Akki, le « verseur d'eau » il m'amena... Akki, le « verseur d'eau », m'éleva comme son enfant ; Akki, le (( verseur d'eau », fit de moi un jardinier.
Si la ressemblance avec le récit de l'Exode se borne à peu près à l'exposition et à la découverte de l'enfant, qui est ensuite élevé par son sauveur, de pareils faits arrivent trop souA^ent et sont trop naturels pour qu'on les croie copiés l'un sur l'autre. Ils ont pu se produire souvent dans la réalité, et souvent aussi dans le roman. M. Emm. Cosquin montre fort bien les différences notables qui séparent le récit de l'Exode et la légende de Sargon : motif de l'exposi-
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tion. Imt de la mère, etc. {Re<,ue des Questions historiques, avril 1908, p. 393-396; cf. p. 372-373).
Les Ilabiri et l'Exode. — La collection d'El-Amarna (voir plus haut) contient un bon nombre de lettres adressées au roi d'Eg-ypte, dans lesquelles les gouverneurs des diverses Ailles de la Palestine, alors province égyptienne, implorent instamment son secours contre des envahisseurs qui ravagent le pays et s"en emparent peu à peu. Abdihiba, gouverneur de Jérusalem (/^>«<sa/i/H)^crit : '( Les Habiri pillent tous les pays du roi. Si des troupes sont là cette année, les pavs sont au roi, (mon) maître; si des troupes n'y sont pas, les pays du roi, mon maître, sont perdus. » Et dans un post-scriptum il s'adresse directement au scribe roj'al qui lira la tablette : « Dis-le en termes clairs au roi, mon maître : Tous les pays du roi, mon maître, vont être perdus » (éd. Knudtzon, n. 286, 1. 56-64)- Ce cri d'alarme, ce pressant appel pour un secours immédiat contre les Habiri est répété dans plusieurs autres lettres du même gouverneur : « Gazer, Asqalon et Lakis ont fourni des vivres aux ennemis » ; le roi est trahi par ses gouAcrneurs (ibid. n. 287). « Les Habiri s'emparent des villes du roi... il faut des troupes cette année même » (n. 288, 289, 230).
S'agit-il là de la conquête du pays de Canaan par les Hébreux, de leur étaljlissenient dans la région de Jérusalem? Le nom des « Hélu'eux » peut fort bien être représenté — tout le monde en convient — par le mot Ifubiru, Habiri, qui revient sept fois, uniquement dans les lettres d'Abdihiba. Conder etZiMMEux ont, les premiers, proposé cette identification. Elle est admise comme plausible par les assyriologues WiNCKLER. Bezold, Li.ndl, Knudtzox, par les historiens Ed. Meyer, Gutue, C. Niebuhr, A. R. Gordon. Les Habiri, dit Nôldeke, « sont ou les Hébreux — et jusqu'à preuve du contraire c'est l'opinion la plus vraisemblable — ou un autre peuple dont il n'est jamais plus question ensuite » {ZA, 190^, p. 96). L'identité de ces envahisseurs avec les Héljreux est i ombattue ou contestée par Stade, Corxill, Hommel, Jastrow jr, Laoraxge {RB, 1899, p. 127-132), Sayce, W. Max MiiLLER, le P. Vixcent {Canaan, p. 449). G. A. Smith, et surtout A.-J. Delattre {Les Pseudo- Hébreux dans les lettres de Tell el-Aniarna. dans la Revue des Questions historiques, avril 1904, p. 353- 382). L'hypothèse de Zimmerx, contre laquelle on !i'a pas apporté, me semble-t-il, de preuve décisive, ! este possible, vvi l'équivalence proîiable des noms l de la substance des faits, malgré quelques dillii ultés.
Bien plus contestable est l'identification (affirmée par WiNCKLER,etc.) des IJabiri-Hébreux avec les envaliisseurs,bandils et pillards désignés par l'idéogramme SA-CAZ, ou seulement GAZ (écrit par d'autres : '•AS) dans plusieurs lettres de la même collection. Le danger est signalé au roi d'Egypte par Abimilki, gouverneur de Tyr. par Zimriddi, gouverneur de Sidon, etc., et surtout, dans une trentaine de lettres par Itib-Addi, gouverneur de Gubla(Gel)aïl, Byblos). Ces S A-GAZ attaquent donc la Phénicie septentrionale; on les trouve aussi dans la région de Damas. Cela saccorde mal avec la tradition des Hébreux sur la conquête de Canaan.
S'il était dénumtré que les Habiri sont les Hébreux, il faudrait placer l'exode non i)lus sous Ménephtah, < omnie on le fait généralement sans raison péremploire (ff. VuiouROLx, Hn.W, II, p. 288). nuiis deux siècles plus tôt. Thoulmès III serait le Pharaon oppresseur .les Hébreux, et Aménophis II le Pharaon 'le l'exode (cf. E. Lixdl (eath.), Cyrus. p. 39, 4o). Pour plus de détails sur la date de l'exode voir rarliele lu P. Mallox, L'Egypte et la Bible.
Passons à l'épocpie des Rois.
I Reg. XX, 34 nous apprend que le roi d'Israël Achab Ut alliance avec Benhadad H, roi de Damas, après l'avoir battu près d'Aphec. Une inscription de Salmanasar H confirme cette donnée d'une façon intéressante : le roi d'Assyrie pai- la victoire de Qai qar en 854 triomphe d'une coalition où Achab dlsraël {A-Ija-ab-bu mat Sir-'-la-ai) avec 10.000 hommes et 2.000 chars combattait à côté de Benhadad II do Damas (appelé dans le texte assyrien Dad'idri (=: Hadad-idri, Hadadezer) d'après Schrader ; ou Bir'idri, suivant ^VIXCKLER).
La Bible est complétée sur un autre point par l'obélisque noir de Salmanasar II qui mentionne « le tribut de Jéhu, fils d'Omri » (Amri (ou Omri) étant le fondateur de Samarie, les Assyriens appelaient le royaume d'Israël Bit ou niàt Huniri, Maison ou pays d'Omri); et Jéhu ou son ambassadeiu- est représenté prosterné la face contre terre devant le grand roi (842 av. J.-C). Le même monument parle de 1.121 chars et de 470 chevaux pris la même année à « Hazaël de Damas », qui est en effet nommé dans I Reg. xix, i5, 16, comme roi de Damas et contemporain de Jéhu.
Adadnirari III (812-783) se vante d'avoir soumis le littoral de la Méditerranée, Tyr, Sidon, le pays d'Omri (le royaume d'Israël), Edom, les Philistins. Cette campagne se place probablement en 8o3.
Vers le milieu du vui"^ siècle nous rencontrons le grand conquérant assyrien Téglathphalasai* lU (745- 727). A lire simplement dans la Bible les passages relatifs à Phul et à Téglathphalasar III, il semblerait que ce sont deux rois d'Assyrie différents. Ainsi l'ont compris tous les commentateurs avant la découverte des inscriptions cunéiformes. Voir II Reg. xv, 19 et 29, et surtout I Chr. v, 26. Cependant ce sont deux noms différents d'un même personnage : Téglathphalasar, roi d'Assj^'ie et conquérant de la Chaldée, est appelé Poulou (Phul) comme roi de Babylone. L'identification, suggérée d'abord par H. Rawlixsox en i863, est devenue tout à fait certaine depuis la découverte de la Chronique babylonienne, qui donne la série des rois et nomme Téglathphalasar juste à la place où se trouve Pula (Phul) dans la liste des rois de Babylone et Hci/ssç (=: Pulu) dans le Canon de Ptolémée.
738. — Dans ses Annales, Téglathphalasar III éniimère ainsi les princes qui lui ont payé tribut la huitième année de son règne : '< Tribut de Koustaspi de la ville de Koummouh, de Rason du pays de Damas, de Menahem de la yille de Samerina, de Hirom de la ville de Tyr, de Sibittibi'li delà ville de Gebaïl »,elc. Ces lignes se rapportent à la huitième année du règne de Téglathphalasar, 738. Très probablement Menahem {Menihimme) nommé là est Manahem(héb. Menahem) de Samarie, dont il est dit, II Reg. xv, 19. qu'il paya un tribut de mille talents d'argent à Phul. roi d'Assyrie. Très probablement, dis-je, et pas certainement, malgré l'opinion générale, parée que ce Menahem de Samerina ressemble beaucoup, par son nom et jiar la place (pi'il occupe, à un Menahem de Samsimourouna, tributaire de Sennachérib en 701 et sûrement différent de Manahem d'Israël mort vers 736.
735-732. — C'est à ce même Téglathphalasar que le roi de Juda Achaz écrivit en 735 : « Je suis ton serviteur et ton fils; viens, et délivre-moi du roi d'Aram et du roi d'Israël qui se sont levés contre moi (H Reg. XVI, 7). On connaît l'entrevue célèbre où le prophète Isaie condamne cette politique néfaste (Is. vu). Téglathphalasar accourait l'année suivante et, pour prix de ses services, il inqiosait à Achaz un lourd tribut. Dans une inscription. « Achaz de Juda » est enregistré parmi les tributaires de 734; cf. II Reg. XVI, 8. — II Reg. XV, 29 est d'accord avec le texte
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(malheureusement mutilé) des Annales de Téglathplialasar qui raconte la campagne de 733-732 contre les royaumes d'Israël et de Damas. Par la conquête de Damas en 732, et l'installation d'un gouverneiuassyrien à la place du roi, la prédiction d'Isaïe xvii, 1-3, est parfaitement réalisée, pourvu que l'on tienne compte de FLyperbole poétique du début (voir Le Livre d'Isaïe, p. i23, i24).
II Keg. XV, 3o, où il est dit que Osée, fils d'Ela, conspira contre Phacée, fils de Romélie, et le tua, a été confirmé et expliqué par une autre inscription assyrienne : « Ils renversèrent leur roi Pliacée; je leur donnai pour roi Osée; je reçus 10 talents d'or, I?] talents d'argent... » (Inscr. de Téglatliplialasar 111, trad. RosT, p. 80-81).
722/21. — « On a beaucoup agité la question de savoir si Samarie fut prise par Salmanasar, comme l'écrivain hébreu semble le croire (II Rois xvii, 3-6 ; XAiii, 9-10), ou par Sargon, comme le disent les scribes assyriens » (Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, t. III, p. 216, note). Peut-être, suivant Hommel, la ville fut-elle prise peu de jours avant la mort de Salmanasar, et la nouvelle en arriva en Assyrie après l'avènement de Sargon ; cela suffisait pour que Sargon inscrivît ce succès en tête de ses Annales. Quoi qu'il en soit, lors même que Salmanasar serait mort quelques jours ou quelques semaines avant le résultat définitif, l'historien biblique a pu, sans commettre une erreur formelle, lui attribuer cette conquête : Salmanasar l'avait entreprise et poursuivie pendant trois ans ; et Sargon, alors en Assyrie selon toute probabilité, n'a pas en personne conduit le siège de Samarie à bonne fin. (Dans The American Journal of Setnitic Languages and I.iieratures, avr. 1905, t. XXI, p. 179-182, M. A. T. Olms- TEAD pense que la prise de Samarie a eu lieu vers la fin du règne de Salmanasar; mais il s'appuie surtout sur la lecture bien peu probable Samara' in ^= Samarie, au lieu de Sahava'in. dans Chron. bah. B, i, 28.)
En 7 1 1 nouvelle campagne des Assyriens en Occident, pour réprimer la révolte d'Asdod, à laquelle Juda, Moab, Edom et le Pharaon d'Egypte Sabacon avaient pris part. L'Egypte n'ose pas résister : lamani, chef des rebelles d'Asdod, est liAré à Sargon par le roi de Meluhha (Ethiopie), c'est-à-dire par Sabacon qui régnait alors sur l'Ethiopie et l'Egypte. Ainsi se réalisait la pai'ole d'Isaïe : « Ceux qui comptaient sur l'Ethiopie et qui étaient fiers de l'Egypte seront consternés et confus. Les habitants de ces côtes diront ce jour-là : Les voilà donc ceux sur qui nous comptions, vers qui nous voulions fuir, chercher refuge et protection contre le roi d'Assyrie!... » (Is. xx, 5,6).
Isaïe s'élève avec force et persévérance contre l'alliance avec l'Egjpte :
Le secours do l'Egjpte est vanité, néant xxx. 7). Malheur à ceux qui vont en Egypte chercher protection, et qui comptent sur le? chevaux'.... i^xxxi, 1).
La grande tentation était d'obtenir de l'Egypte des chevaux pour lutter contre la cavalerie assyrienne, si redoutable suivant Is. v, 28 et le témoignage des monuments. Le Rabsaqê de Sennachérib dans son défi à Ezéchias (701) dit fort justement : «... Tu as pris pour soutien ce roseau brisé qui perce et blesse la main de celui qui s'y appuie. Tel est le Pharaon... Eh bien, fais cette gageure avec le roi mon maître : .le te donnerai deux mille chevaux, si tu peux fournir autant de cavaliers pour les monter » (Is. xxxvi, 5-8; cf. XXX, 16).
Le même prophète nous fait une peinture très exacte des Assyriens acharnés au pillage : x, 5-i !\ ; XXXIII, i-g. « Dévaster, c'est le cri de son cœurl » (x, 7). N'est-ce pas, en eftet, le refrain perpétuel des -
récits de guerres dans les inscriptions assyriennes ahbul, aqqur, ina isâti asrup, <( je détruisis, je ravageai, j incendiai » ?
705. — Mérodachbaladan, roi de Babylone, connu surtout, jusqu'au milieu du siècle dernier, par l'épisode de son message auprès d'Ezéchias (II Reg. xx et Is. xxxix), se révèle à nous, dans les inscriptions cunéiformes, comme le héros de l'indépendance chaldéenne. Nous comprenons beaucoup mieux aujourd'hui le cai'actère de ce personnage très entreprenant, d'une persévérance indomptable, le sens et la portée de son ambassade auprès du roi de Juda, laquelle eut lieu probablement en 705, un peu après la mort de Sargon.
701. — Les textes assyriens éclairent singulièrement l'histoire de la lutte dramatique de Sennachérib contre Ezéchias, et le rôle d'Isaïe dans 1 immense danger couru alors par le royaume de Juda. Dans le récit détaillé des historiographes de Ninive (Prisme, de Tarlor, KB, t. II, p. 80 ss.), on voit la coalition des petits princes syriens se fondre brusquement à l'approche de Sennachérib. Les uns fuient, les autres, chargés de présents, viennent baiser les pieds du ' conquérant. Les villes de Phénicie sont soumises, bientôt celles de Philistie; puis le pajs de Juda est envahi, « quarante-six places fortes » sont prises. Ezéchias paie un tribut « de 3o talents d'or et 300 talents d'argent >■> d'après la Bible, « de 3o talents d'or et 800 talents d'argent « d'après le texte assyrien (on n'a pas expliqué d'une façon pleinement satisfaisante cette différence, d'ailleurs peu importante). Ezéchias est bloqué dans Jérusalem; Senna-i chérib se vante de l'y avoir enfermé « comme uni oiseau dans une cage ». Longtemps à l'avance Isaïe; a prédit ces malheurs; maintenant que tout semblt perdu, il promet le salut, il empêche la capitulation contre toute Aiaisemblance il annonce à mainte; reprises, la ruine de l'armée assyrienne. Cette catas , trophe, qui enlève à Sennachérib 1 85. 000 hommeft et rol)lige à partir précipitamment, est racontée dan^ la Bible (II Reg. xix, 35, 36; Is. xxxvii, 36, 87), e signalée aussi, quoique expliquée autrement, dan: un passage d'HÉRODOTE (II, i4')- " Jamais prophèti n'avait fait une prédiction plus hardie, et jamai: prédiction ne s'était réalisée d'une façon plus éclaj tante » (Driaer, Jsaiah, lus life and times, p. 82)f Evidemment Sennachérib ne se vante pas de ce échec dans l'histoire de ses guerres. Cependant malgré le silence gardé sur ce point et quelque arran gement des faits destiné à déguiser le malheur final on peut, à travers les lignes du texte cunéifornu entrevoir la vérité : Sennachérib ne dit pas qu'il pris Ezéchias, qu'il a conquis et pillé la ville, comm il ne manque pas de s'en glorifier toutes les fois qu' a réussi. Il ne raconte pas, comme ailleurs, le exploits accomplis en route, au retour; le récit s termine brusquement. Il est fort probable que le tr but, payé avant la tentative contre Jérusalem, a él placé à la fin pour donner à l'expédition une concli sion honorable, une apparence de succès : ainsi pei sent ScHRADER, Fried. Delitzsch, Me Clrdy. La ph' part des historiens (Stade, Maspero, etc.) estimei donc avec raison que la guerre de 701 s'est termint pour les Assyriens par un désastre. Jérusalem éta sauvée miraculeusement : ainsi s'accomplissait \i prophétie d Isaïe ^
1. H. WiNCKLER pense que II Reg. xix, 8-37 se raj porte à une expédition de Sennachérib différente de ceJ de 701. Son opinion, telle quelle ou légèrement modifié est admise comme plus ou moins probable, par Hom.me Bf.nzingef, Kbali., Pinches, Glthe, Li>dl, Schei A. Jeremias, Prasek. Cette hypothèse d'une double cai. pagne en Palestine ne semble pas suffisamment fondéj
BABYLOXE ET LA BIBLE
fîi
Pendant cette campagne, d'après II Reg. xviii, i4, i-j ; Is. XXXVI, 2, Sennachérib a campé un certain temps à Lachis. Si l'on s'en tenait au prisme de Taylor où Lachis n'est pas nommée, on chicanerait peut-être sur cette donnée biblique. Heureusement nous avons un magniûque bas-relief qui représente Sennachérib assis sur un trône près de Lachis, au milieu des vignes et des Gguiers, sur une colline. Debout devant le roi, les officiers rendent compte du siège et de la prise de la ville. Derrière les officiers, les prisonniers s'avancent, les mains jointes, et se prosternent à genoux. Juste au-dessus de la tête des olficiers, une inscription porte : « Sennachérib, roi du monde, roi d'Assour, est assis sur son trône et passe en revue le butin de Lachis. »
Le récit de Sennachérib nous apprend un détail typique omis dans la Bible : l'extradition de Padî, roi d'Accaron ; Ezéchias, à qui les Philistins l'avaient envoyé et qui le tenait enfermé dans Jérusalem, est obligé de le livrer à Sennachérib. Les omissions de ce genre montrent que l'historien inspiré ne veut pas composer ex professa l'histoire complète d'Israël : il choisit, selon son but, les événements principaux.
« Alors Sennachérib, roi d'Assyrie, leva le camp et s'en retourna; et il resta à Ninive. Et pendant qu'il priait dans le temple de Nesrok (?) son dieu, Adrammélek et Saréser, ses fils, le frappèrent avec l'épée; et ils s'enfuirent au pays d'Ararat. Et son fils, Asarhaddon, lui succéda » (Is. xxxvii, 3';j-38 ; = II Reg. XIX, 36-87). ï^- WiNCKLER objecte : dans la Chronique babylonienne « il n'est question que c?'h« seul fils, contre la teneur actuelle du texte biblique qui en nomme deux, Saréser et Adrammélek » {KAT^, p. 84). — Mais le document babylonien a fort bien pu mentionner seulement le chef principal de la conjuration. ScuEiL remarque justement : « Le nom du principal meurtrier se retrouve seul dans Abydenus sous la forme de Adramelus » ; le savant assjTiologue a découvert dans un texte cunéiforme inédit le même nom sous une forme un peu différente (^ZA, XI, p. 425-428; RB, 1897, p. 207).
WiNCKLEU donne pour « tout à fait sûr « que Sennachérib a été assassiné à Babylone {KAT'\ p. 85). A. Jeremias suit fidèlement cette manière de voir, et en conclut qu'il y a une lacune, dans le texte biblique, entre les deux versets (ATAO^, p. 53 1). Fr. Martin préfère également l'opinion de Winckler {Bulletin critique, 5 iuin igob, p. 3o6). "Winckler s'appuie sur un texte obscur des Annales d'Assourbanipal (col. IV, 1. 70-78), que la plupart des assyriologues expliquent dans un sens tout différent (Jensen, KB, II, p. igS; Tiele, Bab.-assrr. Gesch., p. 882; Meissner, ZA, X, 80, 81 ; C.H. W. 3oHys,Encyclopaediabiblica, i33i ; Miss-Arnolt, Dict. aux mois kispu et sapanu). Lors même que l'on traduirait ce texte comme Winckler, il ne s'ensuivrait nullement que Sennachérib a été tué à Babylone (C. F. Lehmanx, ZA, XIV, 1899, P- 376). Aussi, avec C. F. Lehmann, Maspbro {Histoire cincieinie des peuples de l'Orient classique, t. III, p. 346), Rooers (Ilist. of Bab. a. Assyr., t. II, p. 214-217), G. S. Goodspeed {Hist. of the Bab. a. Assyr., p. 286), etc., j'admets plutôt (jue Sennachéiib a été tué à Ninive; et cela, non seulement à cause du texte biblique, qui pourrait à la I igueur s'interpréter autrement, mais à cause de la Chronique babylonienne, col. III, 1. 84-87 : « 3' Le 20
Oeorge Smith, W. Roberison Smith, Di.litzsch, Schrx-
DER, TiELK, DUNCKER, SaïCE, MaC ClRDY, MasPERO,
•vEjfT, Goodspeed, Oettli, ne l'ont pas acceptée. L'expli- ' ution de Winckler est expressément lejelée par Meinhold, ^Ki.^NER, Marti, Rogers, Kittei., H. Preserved Smith, Pato>(, Nagei., St. Langdon, Jensen, Wilke, Flinders l'tTRiE Brème.
du mois de Tebet Sennachérib, roi d'Assyrie, 3i> fut tué par son fils dans une insurrection (si-hi). [?] ans Sennachérib 36 régna en Assjrie. Depuis le 20 Tebet jusqu'au ^'2 Adar l'insurrection {si-Iji) en Assyrie triompha (ou fut organisée) » {KB, II, 280-282). II est extrêmement probable, pour ne pas dire sûr, que « l'insurrection » qui commence le 20 Tebet a en Assyrie » (I. 86-87) ^^^ la même que l'insurrection » mentionnée deux lignes plus haut, où Sennachérib fut tué, le 20 Tebet. Donc le meurtre eut lieu en Assyrie et, selon toute probabilité, à Ninive.
A propos du roi impie Manassé, emmené captif à Babylone par les Assyriens, puis ramené dans son royaume (II Par. xxxiii, 11 -18), il est excessif de dire : « Les inscriptions d'Assurbanipal confirment, autant qu'il est souhaitable, le récit des Paralipomènes » {DBV,iy, col. 642). Les inscriptions ne tranchent pas la question de savoir si les Paralipomènes rapportent là un fait strictement historique. Comme le remarque avec raison Driver (dans Authority and Archaeology, ouvrage publié sous la direction de M. HoGARTH, 189g, p. II 4-1 16), elles nous apprennent : i* que Manassé paya un tribut aux rois Asarhaddon et Assourbanipal; 2° que Samassoumoukîn entraîna dans sa révolte contre Assourbanipal les rois de l'Ouest parmi lesquels Manassé se trouvait probablement. Nous ne savons pas si Assourbanipal les châtia. D'autre part, les inscriptions d' Assourbanipal offrent un exemple de clémence tout à fait parallèle à celui dont parlent les Paralipomènes. Néchao, roi de Memphis et de Sais, vaincu et conduit à Ninive, les fers aux mains et aux pieds, fut renvoyé en Egypte, revêtu des insignes de la royauté, et rétabli sur son trône. Pareille chose pw^ arriver au roi de Juda; cela paraît maintenant très vraisemblable, à ne considérer que le caractère d' Assourbanipal; mais les monuments n'en disent rien. Et il reslela difficulté signalée par les critiques, à savoir le fait étrange que la captivité et le repentir de Manassé soient complètement passés sous silence par le Livre des Rois (IV Reg. xxi, 1-18; xxiii, 26; XXIV, 3, 4). (]yà énumère les crimes de ce roi et leur attribue le châtiment du peuple, l'exil de Babylone; et par Jérémie, qui parle dans le même sens (xv, 4). Peut-être sommes-nous en présence d'un fait historique, grossi un peu par la tradition populaire en ce qui concerne le repentir du roi. En tous cas, dire qu'il n'y a point de passage biblique « que l'assjriologie venge et justifie d'une manière plus éclatante, quoique indirecte » {BDM^, t. IV, p. 89), ou simplement parler de « justiûcation éclatante » (Pelt, Hist. de l'A. T.^ p. 262), c'est, semblet-il, exagérer la note apologétique.
Une des principales difficultés du livre de Judith, est le nom de Nabuchodonosor qui se présente vingt fois, « toujours avec la qualification de roi des Assyriens. Dans ces conditions, en bonne critique, il faudrait faire remonter la leçon à l'auteur lui-même, car on ne s'explique pas comment les copistes auraient opéré partout une substitution si singulière. D'un autre côté, on ne comprend pas davantage comment un écrivain, qui paraît versé dans l'histoire et la géographie assyrienne, a pu dater son récit d'un Nabuchodonosor, roi de Ninive et vainqueur des Mèdes » (Ferd. Prat, dans DBV, t. III, col. 1829). Aucune solution « de tons points satisfaisante ».
Sur le Nabuchodonosor du livre de Daniel, et, dans le même livre, sur Darius le Mède, Astjage, etc., voir dans nict. Théoi, Bigot, art. Daniel. Ezéchiel (xxix, 18-20) annonce que l'Egypte sera livrée à Nabuchodonosor en récompense des services qu'il a rendus contre Tyr. Or sur un petit fragment d'inscription cunéiforme on lit que, la 87' année de son règne.
BABYLOiNE ET LA BIBLE
Nabucliodonosor alla en Egypte; aussi les historiens TiELE, Mac Clrdy, Maspero, Rogers, Winckler, etc., ont-ils admis la réalité de cette expédition, qui avait été contestée par plusieurs critiques.
Quelques mots sur Cyriis. Avant le déchiffrement des inscriptions cunéiformes Cyrus n'était connu que par le roman de Xénophon (la Cyropédie), les récits plus ou moins légendaires d'Hérodote et de Ctésias, et divers passages de la Bible. D'après le témoignage clair des documents babjloniens, Cyrus n'est pas le « monothéiste fervent », « l'ennemi implacable des idoles y> que l'on croyait ; M. Vigouroux le remarque fort justement {BDM^, t. IV, p. 4 1 3). Les anciens commentateiu's de la Bible ont été sans doute induits en erreur par quelques passages des prophètes, pris au pied de la lettre trop facilement, et sui-tout par le texte Is. XLI,25, « Du Levant il invoquera mon nom », c'est-à-dire il adorera lahvé. Mais très probablement, d'après le parallélisme de xli, 2; xlv, 4> i3; xlii, 6, il faut ponctuer le verbe autrement, et lire « // est appelé par son nom » (voir A. Coxdamin, Le Livre d'Isaie, p. 249).
Quant à la prise de Babylone,nous sommes avertis par les inscriptions qu'il ne faut pas prendre au pied delà lettre les détails de la mise en scène dans l'annonce de cet événement par les prophètes (Is. xiii; XLVi, 1,2; XLvn; Jér. l, li). Les conquérants sont entrés à Babylone sans coup férii- (bala saltiim); le changement de souveraineté s'est opéré sans secousse, et l'installation de Cyrus dans sa nouvelle capitale s'est faite, semble-t-il, d'une façon pacifique et toute naturelle. On peut constater à quelques joiu*s près la succession des règnes svu" de nombreux contrats de cette époque, publiés parle P. Strassmaier. Dans les tableaux poétiques des passages cités, sous les images et les métaphores, deux faits souverainement importants pour le peuple élu ont été prédits d'après la révélation divine : la chute de la dynastie qui régnait alors à Babylone, et la fin de la captivité juise. Cette double prophétie s'est exactement réalisée (voir Etudes, t. XCIII, p. 448-453).
Cette énumération n'a pas la prétention d'être complète, loin de là ; il faut nécessaii-ement se borner à quelques exemples. En A^oici encore deux ou trois, avant de passer à un autre sujet.
Un mot d'Ezéchiel était le plus ancien témoignage sur la ville de Helbon, au nord de Damas, et sur son vin fameux (Ez. xxvii, 18). Or, le vin de Hilbunu se trouve mentionné dans une inscription de Nabuchoilonosor et dans une liste de vins sur une tablette ])ilingue. — Il y aurait une foule de rapprochements intéressants à faire entre les noms géographiques donnés par la Bible, et ces mêmes noms retrouvés dans les inscriptions. Mais ce sujet ayant une portée apologétique moins considérable, on ne saïu-ait entrer ici dans le détail. Le lecteur pourra consulter les articles du P. DnoRME sur Les pays bibliques au temps d'El-Amarna, RB, oct. 1908, p. ôoo-Sig; janv. 1909, p. 50-73.
Obstiné dans l'étrange théorie dont j'ai parlé plus haut (col. 333), M. Maïu-ice Vernes n'a pas voulu profiter des rudes leçons que lui infligeait l'assyriologie. Il prenait en pitié les savants qui n'ont pas su voir dans le livre de Jérémie « une composition libre, d'un caractère franchement pseudéjngraphe ». A propos de Jér. vu, 18; vin, 2, il déclai-ait avec une parfaite assm-ance : « Les allusions au culte de « la reine du ciel » et à l'astrolàtrie nous transportent en plein paganisme syro-phénicien ou syro-grec » {Du prétendu polythéisme des Hébreux, 2' partie, p. 44i).
Voici le passage du prophète :
Les enfants ramassent du bois,
les pères allument le feu, Les femmes pétrissent la pâte
pour faire des gâteaux à la reine du ciel...
Au lieu de nous transporter dans le monde syrogrec, les expressions de Jérémie rappellent, à n'en pouvoir douter, un usage du culte babylonien. « La reine du ciel », c'est la déesse Istar : sarrat samé est justement un des noms sous lesquels on l'invoque. L'offrande de gâteaux fait réellement partie de son culte. Le mot hébreu kan'àn, gâteau cuit, employé seulement ici et dans un passage parallèle (xliv, 17- 1 9), est identique au mot babylonien kamânu, kawânu, usité, pour le même rite, avec le même sens (Jensen). Ce terme technique, si bien saisi et conservé par Jérémie, a été emprunté à Babylone en même temps que le culte de la déesse (Zimmerx, KAT^, p. 440- Quant à l'astrolàtrie, pas n'est besoin pour l'expliquer de descendre à l'époque grecque, attendu que les divinités astrales étaient en honneur à Babylone depuis un bon nombre de siècles.
Enfin, à côté de l'histoire, de la géographie et de l'archéologie, l'étude de la langue babjlonienne el assyrienne est pleine d'intérêt, même du point de vue qui nous occupe. Il suftit, pour s'en rendre compte, d'ouvrir les dictionnaires hébreux de Gesexius-Buh:. ou de Gesexius-Browx. On peut voir quelques exenples dans Etudes, t. XCIII, p. 434-436.
Le Code de Hammourabi et la Loi mosa'ique. — Le code de Hammourabi, découvert à Suse en dt cembre 1901-janvier 1902, est daté par le fait mêm qu'il a pour auteur ce grand roi de Babylone (voir plus haut, col. 352). C'est la codification, avec additions et modifications, des lois et coutumes qui, vers 2o5o avant Jésus-Christ, existaient en Babjlonie depuis un certain temps. Plusieurs dispositions et formules juridiques du code se trouAcnt déjà dandes contrats antérieurs à l'épocpie de Hammourabi
ScHEiL déchiffra aussitôt ce document incomparable, le traduisit et en donna une admirable édition dans l'espace de cjuelques mois (grande édition en 1902; édition de vulgarisation en 1904 : je m'en servirai beaucoup dans les pages suiAantes). C'étai' l'année même où éclatait la controverse Babel une Bibel ; et l'on vit paraître bientôt toute une sérit d'études sui' cette législation comparée à la législa tion mosaïque. Un des plus importants travaux es celui de M. Stanley A. Cook, The Laws of Moses ant The Code ofHammurabi, igo3. Signalons encore ceu: de D. H. MÛLLER et de H. Gri.mme. On ne peut songe à faire ici cette comparaison en détail. Il suffira d' s'en tenir aux points principaux, à ceux qui metten le plus en relief l'analogie ou la différence des deu: codes. Moise — quelle que soit l'époque exacte d l'Exode (voir plus haut, col. 353) — a vécu plusieur siècles après Hammourabi. De plus, sa législation reçu, au cours des siècles (au sentiment même de exégètes catholiques les plus conservateurs, tel qii M. Hoberg), des compléments et modifications asse considérables. Il n'est pas nécessaire, pour le but i( visé, de distinguer ces diverses couches, et de leu assigner une date; il resterait toujours la ditficull de savoir si telle loi, avant d'être codifiée, n'éta pas en usage depuis un temps plus ou moins long.
(Le signe § indique les articles du code de Hai mourabi.)
Le mariage et la famille.
Le mariage. — Chez les Babjloniens, c'est le pè' qui choisit une femme pour son fils (§§ i55, i56, 16C D'après un contrat du temps de Cyrus, un jeur homme, à l'insu de son père, avec l'appui de son frèi
BABYLONE ET LA BIBLE
et d'un officier du roi, avait épousé une jeune fille. Le père porte l'affaire devant le tribunal ; le mariaf;e est déclaré nul ; la tablette du conti-at est brisée (BA, t. IV, p. II).
Le mariage est un contrat ; acte doit en être dressé sous peine de nullité (§ 128).
Outre les cadeaux qu'il peut faire, le fiancé doit payer une somme d'arg-ent {tirliatu) au père de la fiancée (§§ i63, i64, 166). On a pensé généralement que chez les Babyloniens, comme chez les anciens Israélites et les Arabes de nos jours, cette somme à payer représentait un prix d'achat. Contre cette manière de voir M. Edouard CuQ, professeur à la Faculté de Droit de Paris, a fait valoir de fortes objections. En particulier, la tlrhatu, ainsi comprise, ne s'accorde guère avec la seriqtii, dot (=; trousseau, dans la première édition de la traduction de Scheil), remise au mari par le beau-père. « On ne conçoit pas que le père remette de l'argent au mari pour subvenir aux besoins de la fille qu'il lui a vendue... » De \A\\?,, la tirhatu n'est pas indispensable (^ iSg); elle est remise lors des fiançailles et parait être devenue une simple garantie contre la rupture des fiançailles (§ 159). Enfin, la femme n'est pas traitée par la loi comme un objet (le propriété; elle n'est pas dépourvue de capacité juridique (§§ i46, i^/. i5i , 162, i63, etc.). Ainsi, « l'existence du mariage par achat, à Babylone, au temps de Hammourabi, n'est rien moins que démontrée... La tirhatu n'est plus qu'un souvenir de l'époque où le mariage par achat était usité » {RB, 1906, p. 35 1- 368). Contre l'abus qu'on fait de l'argument d'analogie M. Cuq remarque avec raison : « Certains auteurs semlilent croire que l'histoire comparative du droit fournit des arguments décisifs pour expli- <fuer les points obscurs des lois anciennes ou pour en combler les lacunes. On ne saurait trop protester contre cette appréciation » (p. 36o).
Chez les Hébreux, ce sont également les parents fjui choisissent la fiancée (Gen., xxxviii, 6; xxiv, 4; xxi, 21; Ex., XXI, 9, 10). Parfois le jeune homme prend une épouse de son choix, malgré le déplaisir des parents (Gen., xxvi, 35; xxvii, 46; Jud., xiv, 3). Pas plus que chez les Babyloniens le consentement de la jeune fdle n'est ordinairement requis. Le rnéhar payé par le fiancé peut être considéré, dans une certaine mesure variable sans doute suivant les temps, comme un prix d'achat (Gen., xxxiv, 12; Ex., xxii, 16). La jeune fdle est donnée parfois en récompense d'un exploit (Jos., XV, 16; I Sam., xviii, 25) ou pour prix d'un service rendu (Rachel et Lia, Gen., xxix. 18, 27).
L'homme qui a séduit une vierge doit l'épouser en payant la somme ordinaire (Ex., xxii, 16, 17; Deul., XXII, 28, 29). Cette dernière loi n'a point d'équivalent dans le code baliylonien.
Hammourabi ne signale qu'un petit nomijre de cas d'unions illicites pour cause de parenté. Si, après la mort du père, il y a conunerce entre le fils et la mère, les deux coupables sont brûlés (§ 15^); si c'est entre le lils et la femme principale (rabttii, suiv. Lehmann) de son père (hu|uelle ne sérail pas sa mère), ce fils est seulement chassé de la maison palcM-nelle (§ i58). La peine est légère aussi pour l'homme qui a commerce avec sa lille : il est chassé de la cité (§ i5^). Si un père al)use de la femme qu'il a donnée à son (Ils et cela après la consomnuilion du mariage, le 'oupable est lié et jeté à l'eau (lire inaddusu, au lieu le inaddusi, § i55); si avant, le mariage est dissous i i5G).
Le législateur hébreu énumère douze cas d'iuter-
iclion de mariage entre parents; des peines sévères
"nt édictées contre les coupables (Lév., xviii, G-18; ^x, II. 12. 19-21 ; Deut., xxii, 3o; xxvii, 20, 22. 23). >i 1 union criminelle d'un père avec sa lille n'est pas
mentionnée dans cette liste complète de Lév., xvni, c est plutôt par suite d'une omission de copiste que par sous-entendu.
Polygamie, bigamie, monogamie. — « Nulle pari dans le monde sémitique nous ne trouvons la polygynie aussi restreinte qu'en Babylonie » (S. A. Cook, /. c, p. ii4, ii5). Voici quelques lois sur ce sujet : '( Si un homme a épousé une SAL-3IE*, et si elle a donné à son mari une servante qui produise des enfants; si cet homme se disposée prendre une concubine, on ne le lui permettra pas; qu'il ne prenne pas une concubine t> (§ i44). « Si un homme a épousé une SAL-ME, et si elle ne lui a point donné d'enfants, et s'il se dispose à prendre une concubine, il peut prendre une concubine et l'introduire dans sa maison. Cette concubine ne sera pas mise au même rang que la SAL-ME » (§ i45).
« Si un homme a épousé une SAL-ME, et si elle a donné à son mari une servante qui lui enfante des enfants ; si ensuite cette servante veut devenir l'égale de sa maîtresse; parce qu'elle a eu des enfants sa maîtresse ne peut plus la vendre; elle lui fera une marque et la comptera parmi les esclaves » (§ i46). C'est exactement le cas de la rivalité d'Agar et de Sara (Gen., xvi, 3, 4). Rachel et Lia donnent aussi chacune leur servante à Jacob pour qu'il en ait des enfants (Gen., xxx, 1-1 3).
En Israël — sans parler des Juges ou rois polj-games, Gécléon, David, Salomon — la bigamie paraît avoir été en usage, et pas seulement chez les gi'ands ; cf. l'histoire d'Elqana (I Sam., i, i). et surtout la loi du Deutéronome, xxi, 15-17, et encore, semble-t-il, la façon de parler de l'Ecclésiastique, xxxvii, 1 1 . Cependant la bigamie n'était pas l'idéal; les ligures des prophètes qui représentent la nation d'Israël comme l'épouse de lahvé supposent la monogamie comme type normal et parfait de l'union conjugale (S. A. Cook, p. ii5).
Adultère. — Chez les Babyloniens, l'homme et la femme pris en flagrant délit d'adultère sont jetés à l'eau, « à moins que le mari ne laisse vivre sa femme, et que le roi ne laisse vivre son serviteur » (§ 129). Quant à la femme qui a fait tuer son mari pour en prendre un autre, elle est empalée (§ i53). Incriminée d'adultère sans preuve convaincante, la femme peut se disculper par un serment (§ i3i) ou par l'épreuve de l'eau, en se plongeant dans le fleuve (§ i32). De même en Israël, peine de mort pour flagrant délit d'adultère (Deut., xxii, 22). En cas de soupçon, la femme doit subir le jugement des eaux amères (Xum.,
1. Le sens de ce mot SAL-ME est discuté : ScHi 11 . WiNCKLER, Peisi R, Hakper traduis^eiit « femme « ; Sclicil confirme ce sens par l'inscription d'une statue du Louvre qu'il veut bien me signaler, où la reine .\apir-asu, femme de i'ntd -GALest appelée deux fois SAL-ME. (S'il s'agit du texte publié dans Tcxira rlamitfs-aiizanite/i,'2" série, 190'i, p. 2, il porte : S.iL-ME Napir asu rutit Unta.s G AL, « Dame A'apir-asoii, épouse de Ountai^-GAL ». Ce texte serait plus décisif si, au lieu de riitii =^ épouse, il disait SAL-ME de Uiitas-G.AL.) Selon Fr. Tul'heai-Dangin, dont une obligeante communication me fournit les renseignements suivants, le sens d' « épouse » parailexclu parle texte de Goudéu Cyl. B, XI, 3, où les sept filles du dieu Nin-girsou et de la déesse Baou sofit appelées S-ti-.VA", et par la Phique ovale d'Ourou-kagina, col. v, lO sq., où lune de ces déesses est désignée comme la SAL-ME chvv'xc de Xin-girsou (qui est son père!). En employant tantiM assalitni, lantiM SAL-ME, le rédacteur du Code de Hammourabi distinguerait deux sortes d'épouses de rangdifférent : SAL-ME, orditiairemenl jeune fille, vie ri^e ^scvailici nnc fille de condition 'cf. Fr. Tiiireau-Danci.n, Les inscriptions de Sumer et d Ahkad, ly05, p. 90, n. 3; édition allemande, p. 56). — Le sens donné par C. H. \V. JoiiNS, dans ces §§ du Code, « votary x, c est-àdire femme consacrée par vœu à quelque divinité, n'est pas probable (\oir Johns DBH^ Extra vol., p. 591»^.
BABYLONE ET LA BIBLE
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V, I i-3i). Dans l'épreuve subie à Babylone k il fallait un véritable miracle pour sauver l'innocent, ici, au contraire, l'épreuve était inoffensive et l'intervention miraculeuse était nécessaire pour punir la coupable » (J. Amalric, La condition de la femme dans le Code d' Hammourabi et le Code de Moïse, p. 52).
Répudiation. — Le pouvoir de répudier une épouse découle assez naturellement de l'idée que la femme est un bien utile : si le mari, qui en a payé le prix (là où c'est l'usage), découvre ensuite en elle certaines tai-es, il n'est pas tenu de la garder. — Le droit de répudiation est limité dans le code de Hammourabi; incidemment quekpies motifs de divorce sont indiqués : la stérilité de la femme (§ i38), ou sa mauvaise conduite (§ i4i). Le mari n'a pas le droit de renvoyer sa femme pour raison de maladie; il doit la garder chez lui et la nourrir; mais il peut en prendre une autre (§ i48). De son côté, si elle est notablement négligée par son mari, la femme est libre de divorcer (§ i^a). Plusieiu's lois règlent les arrangements de biens à faire en cas de divorce (§§ i3^-i42).
Chez les Hébreux aussi la répudiation est permise et réglée par la loi (Deut. xxiv, i-4). Les motifs qui légitiment le divorce sont exprimés là par un terme très général qui a suscité de nombreuses discussions : i< Si le mari découvre dans sa femme quelque chose à' inconvenant « (on traduit de diverses façons : « repoussant », « honteux », « réi^réhensible »), soit au point de vue physique, soit surtout au point de vue moral. Cette permission du divorce est accordée par Dieu à cause de la dureté de cœur du peuple d'Israël (Mat. xix, 8; Marc, x, 5); c'est plutôt une tolérance; la désapprobation divine est nettement marquée par Malachie (ii, i3-i6).
Devoirs envers les parents. — Le code de Hammourabi ne répète pas les anciennes lois sumériennes, suivant lesquelles le fils qui renie son père est vendu comme esclave, celui qui renie sa mère est chassé de la maison et de la ville. Il dit seulement : « Si un fils a frappé son père, on lui coupera les mains » (i^ 196). Le père ne doit pas renier aussitôt son fils pour un crime grave qui mériterait ce châtiment; une première fois il fermera les yeux; s'il y a récidive, il pourra sévir (§ 169).
Dans la loi hébraïque c'est uniformément la peine de mort pour le fils qui frappe son père ou sa mère (lîx. XXI, i5) et pour celui qui maiulit son père ou sa mère (Ex. xxi, 17; Lév. xx, 9). Le fils rebelle, débauché et incorrigible, s'il est accusé par ses parents et condamné par les anciens de la ville, est lapidé (Deut. XXI, 18-21). Chez les Hébreux plus qu'ailleurs la dignité et l'autorité de la mère sont sauvegardées par la loi ; comparez les livres sapientiaux : Prov. iv, 3 ; XXIII, 22; XXXI, io-3i ; Eccli. m, 2, etc.
Le code de Hammourabi ne mentionne la veuve que pour fixer la part de biens qui lui est due après la mort du mari (§ l'jz), et, dans le cas où elle veut se remarier, pour régler la tutelle des biens qui reviennent aux enfants du premier lit (§ l'j'j). Le code hébraïque, sans contenir des dispositions juridiques aussi savantes, témoigne d'une plus grande sollicitude : « Vous n'affligerez point la Acuve » (Ex. xxii, 22). Tous les trois ans une partie de la dîme lui est réservée; elle aie droit de glaner et de grappiller après les récoltes (Deut. xiv, 28-29; xxiv, 19, 20).
L'adoption juridique ne semble pas avoir été en usage dans l'ancien Israël, tandis qu'elle était fréquente à Babylone, comme l'attestent les lois et les contrats.
Esclavage. — Un bon nombre de lois de Hammourabi s'occupent des esclaves, mais toujours dans l'in- Urèt du maître. Elles déterminent les conditions de vente, d'affranchissement, de restitution ou répara-
tion en cas de dommage, etc. Le maître est autorisé à couper l'oreille à l'esclave qui se révolte (§ 282). Rien ne protège l'esclave contre un traitement cruel. C^hez les Hébreux, si le maître, en frappant son esclave homme ou femme, lui crève un œil ou lui fait tomber une dent, il doit, en compensation, lui donner la liberté (Ex. xxi, 26, 2'j). Le Deutéronome recommande : « Tu ne livreras pas à son maître l'esclave fugitif réfugié auprès de toi » (xxiii, i5, 16). C'est considérer dans l'esclave l'homme qui souffre, c[ui probablement veut se soustraire à un maître trop dur. Le code babjdonien prononce la peine de mort contre tout homme qui abrite chez lui un esclave en fuite (§ 19). Ici on ne voit dans l'esclave qu'une propriété : le receleur d'un bien quelconque est puni de mort (cf. § 7). Grande ressemblance, au contraire, pour le cas suivant :
« Si un homme a contracté une dette, et s'il a donné comme esclaves, pour de l'argent, femme, fils ou fille, ils serviront durant trois ans dans la maison de leur acheteur et maître ; la quatrième année ils seront remis en liberté »
« Quand tu achèteras un serviteur hébreu, il servira six années; la septième il s'en ira libre, sans rien payer » (Ex. xxi, 2; cf.
Lév. XXV, 39, 40; Deut. xv, 12).
Quelques comparaisons en matière de justice
Vol et brigandage. — « Si un homme a volé ou bœuf, ou mouton, ou âne, ou porc, ou barque, si c'est au dieu ou au palais, il restituera au trentuple; si c'est à un moiichhînou (classe de citoyens mal définie), il compensera au décuple » (§ 8).
« Si le voleui' n'a pas de quoi payer, il sera mis à mort » (ibid.).
« Si un homme a perforé une maison, on le tuera et on l'enterrera devant cette brèche » (§ 21).
<i Si un homme a exercé le brigandage et a été pris, cethomme sera mis à mort»
Dommages. — « Si un bœuf, en passant dans la rue [Ungnad.Z^, avr. 1904, p. 16, et Harper], a frappé delà corne ettuéun homme, cette cause ne comporte pas de réclamation » (§ 250).
« Si le bœuf d'un homme a l'habitude de donner des coups de corne, et si le maître, averti de cette habitude vicieuse, n'a pas couvert les cornes ni entravé son bœuf, si ce bœuf a frappé et tué le fils d'un homme libre, le maître j«aiera une demi-mine d'argent » (§ 251).
M Si c'est l'esclave d'un homme libre (qui est tué), on paiera un tiers de mine d'argent » (8 252).
Dépôt mal gardé. — « Si un homme a versé, pour emmagasinement, son blé dans la maison d'un autre, cl si dans le grenier un déc'ict s'est produit, soit que le maître de la maison ait (luvert le magasin et ait
Ex. XXII. « 1 Si un homme a volé un bœuf ou un mouton, s'il l'a tué ou vendu, il restituera cinq bœufs pour un bœuf et quatre moutons pour un mouton.
* Si ce qu'il a volé, bœuf, âne ou mouton, se trouve vivant entre ses mains, il restituera le double.
'■^^ S'il n'a rien, il sera vendu pour (payer) ce qu'il a volé.
2 Si le voleur est surpris en délit d'effraction, et ?i, frappé, il en meurt, on n'est pas responsable du sang.
3» Mais si le soleil est levé, on est responsable du sang, il faut compenser. »
Ex. XXI. « -* Si un bœuf frappe de sa corne un homme ou une femme, et que la mort s'ensuive, le bœuf sera lapidé; on n'en mangera pas la chair; mai» le maître du bœuf sera ac-, quitté. I
29 Mais si le bœuf aTaitf déjà l'habitude de frappei de la corne, et si son maître averti ne l'a pas surveillé le bœuf sera lapidé, s'il tiu un homme ou une femme et son maître aussi mis i mort. 30 Si une rançon es fixée, il paiera pour le ra chat de sa vie tout ce qu est fixé. 31 Si le bœuf frappi un fils ou une fille, la lo sera appliquée. 32 S'il frappa un serviteur ou une ser vante, on paiera au maîtr de celui-ci trente sicles d'aï gentetlebœuf sera lapidé. '
Ex. XXII, 7-9 : « Si u homme donne en garde i un autre de l'argent ou de meubles, et si on les vol dans la maison de celui-ci
BABYLONE ET LA BIBLE
pris du blé, ou soit qu'il conteste sur la quantité totale du blé qui a été versée chez lui, le propriétaire du blé poursuivra son blé devant le dieu, et le maître de la maison doublera la quantité de blé qu'il a prise et la donnera au propriétaire du blé » (§ 120, trad.
du p. ScHEiL, modifiée dans les derniers mots : avec JOHNS, Harper et Peisek, jetraduis ustasanania « doublera », au lieu de « remplacera »).
le voleur, si on le découvre, restituera le double. Si le voleur n'est pas découvert, le maître de la maison se présentera devant Dieu, (pour qu'on sache) s'il n'a pas mis la main sur le bien de son prochain. Quel que soit le corps du délit, bœuf, âne, mouton, vêtement, tout objet perdu, dont on dira :
C'est cela ! la cause des deux parties sera portée à Dieu, et celui que Dieu aura condamné restituera le double à son prochain. »
On a beaucoup discuté sur l'expression « devant Dieu », Ex. XXII, 8; Graf, rejetant avec raison l'anrienne interprétation, qui entendait par Elohim les juges, pensait qu'il s'agit là d'une sentence divine, d'un oracle donné par le sort, analogue à Ouriin et Thouinmim {ZDMG., l. XVIII (i864), p. 3ii). Cette explication, adoptée depuis par bien des auteurs, semble condamnée par le code de Hammourabi, où le jugement « devant Dieu » comporte l'audition des témoins et l'examen des témoignages (§ g, cf. §§ io6, 10^), qui seraient inutiles si l'on s'en remettait au sort. Suivant le P. Lagrange, ce jugement de Dieu consiste en ce que le serment est déféré au défendeur par le demandeur : Dieu est juge, étant mis en demeure de punir le parjure {RB, igoS, p. 47-48). Mais comment distinguer le coupable sur-le-champ, et lui imposer la somme à payer? Il me semble qu'après l'audition des témoins et le serment prêté une sentence précise devait être prononcée par les prêtres, au nom de Dieu (cf. Br. Meissner, Beiiiàge zum altbab. Pri\alrecht, § 4)-
Peine du talion. — « Si un homme, dans un procès en matière capitale, ne peut pas justifier le témoignage qu'il porte, il est passible de mort » (§ 3). « Si c'est «n matière de blé ou d'argent, il portera la peine de ce procès » (§ 4).
« Si un homme a crevé l'œil d'un homme libre, on lui crèvera un œil » (§ 196).
« S'il a brisé un membre d'un homme libre, on lui brisera un membre » (§ 197).
« Si un homme a fait tomber une dent à un homme de même condition (|ue lui, on lui fera tomber une dent » i§ 200).
i< Le témoin est-il un faux témoin qui a porté un faux témoignage contre son frère, vous lui ferez subir ce qu'il avait dessein de faire subir à son frère » (Deut. xix, 18-19).
« S'il y a dommage (irréparable) tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure » (Ex. xxi.