‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 40 sur 214 · DOCTRINES · texte numérisé non relu

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les Tcheou, religion — III. Sous les Tcheou, innovations. — ÏV. Sous les Tcheou, adultérations. — V. Fin des Tcheou. Lao-tse et Confucius. Dissidents. — VI. Sous les T'sin. Destruction des anciennes archives.— VU. Sous les Han. Taoïsme magique, alchimique, diététique, politique. — VIII. Les Tsin. Grande anarchie. Bouddhisme. — IX. Soei et T'ang. Restauration. Jeu de bascule. — X. Sous les Sang. Taoïsme héroïque. Xéo-confucianisme. — XI. Sous lesSong. Le Tchouhisme. — Xll. Yuen, Ming, T'sing. Temps modernes. Règne des Lettrés.

I. A l'origine. — Ceux qui, vers l'an trois mille avant J.-C, ou plus tôt, fondèrent dans le bassin du fleuve Jaune ce qui est devenu depuis l'empire chinois, arrivèrent-ils par le nord-ouest ou par le sudouest, vinrent-ils de la Chaldée ou de l'Inde, étaient-

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ils Ariens ou Dravidiens? Cette question n'ayant pas encore reçu sa solution définitive, on ne peut pas dire non plus d'où ils apportèrent leur religion et leur civilisation. A leur entrée dans l'histoire, vers 2698 s'il faut en croire la chronologie chinoise oilicielle, ils apparaissent comme un peuple distinct, relativement peu nombreux, ayant ses idées et ses mœurs propres, étal)li par stations parmi un autre peuple aborigène, d'idées et de mœurs ditlerentes. Les Chinois ne rendaient de culte qu'au ciel et aux mânes; les Miao aborigènes étaient fétichistes. C'est tout ce qu'on sait de ces temps reculés.

II. Avant les Tcheou, religion primitive. — Pour la période historique (jui précéda iavènement de la dynastie Tcheou, xxiv' au xii* siècle avant J.-C, voici les notions que les anthologies confucéennes, Odes et Annales, seuls documents existants, nous ont conservées. Nous supposons que Confucius les a fidèlement rapportées, et que la postérité ne les a pas altérées... Au-dessus de tout, les Chinois plaçaient un Etre supérieur, qu'ils appelaient Sublime Ciel, Ciel, Sublime Souverain, ou Souverain.

Ces termes sont strictement et parfaitement synonymes. LeCiel.leSublimeSouverain, donne, conserve, ou ravit l'existence. Il est l'auteur de toutes les relations, de toutes les lois. Il considère les hommes et les juge. Il récompense et punit, selon le mérite et le démérite. De lui viennent la disette ou l'abondance, l'adversité ou la prospérité. L'empereur est son mandataire. Le Ciel prédestine à longue échéance, prépare son élu durant des siècles d'avance... Etant donné ces attributs, il est impossible d'admettre que les anciens aient considéré le Ciel comme une voûte matérielle, ou le Sublime Souverain comme un ancien héros. Ces interprétations sont également inconciliables avecles textes, les commentaires et la tradition... Le culte qu'on rendait au Ciel, au Sublime Souverain, était simple et expressif. On lui immolait des victimes, ordinairement un bœuf. On l'avertissait des événements majeurs, en allumant un bûcher sur la cime d'une montagne. La fumée était censée porter au Ciel la communication qu'on voulait lui faire. On s'inquiétait beaucoup de savoir s'il était content ou mécontent, favorablement ou défavorablement disposé. Pour cela, on examinait les corps célestes et les météores terrestres; on flambait des écailles de tortue, et l'on conjecturait d'après les craquelures produites. Le choix de ce dernier mode de divination fait bien comprendre ce que l'on prétendait. La carapace dorsale bombée de la tortue figurait le ciel, sa plaque ventrale plate la terre, l'animal entre les deux figurait l'homme. On voulait apprendre la voie du Ciel, disent les textes; ce que le Ciel préparait, ce qu'il désirait.

Dès la même époque, divers êtres transcendants étaient l'objet d'un culte secondaire. Les textes énumèrcnt les c/ien du ciel et les k'i de la terre, spécialement ceux des monts et des fleuves, le patron des terres et le patron des moissons, etc. C'étaient les mânes d'hommes illustres, considérés comme bienfaiteurs et protecteurs. — La grande affaire, c'était le culte des Mânes. La survivance de l'âme hunuiine était crue généralement et fcrnunnent. Un texte célèbre de l'an i4oo parle au long de l'élysée céleste, de l'effet des bénédictions ou des malédictions des ancêtres. Jamais aucune allusion à un jugement après la mort, à un purgatoire ou à un enfer... l'nc tablette en bois servait do médium entre le défunt et ses descendants. C'est devant cette tablette qu'on offrait au défunt des mets et des étoffes. On l'invitait, en déclamant des adresses, en chantant des odes, en faisant de la musique. Non que l'on crût <iu'il viendrait,

qu'il mangerait réellement, disent les commentateurs tout d'une voix. On espérait seulement que l'ancêtre, informé de la peine que ses descendants se donnaient pour l'honorer, leur enverrait sa béné-, diction, qui leur porterait bonheur. Cependant on parlait et on agissait comme si on avait espéré la venue réelle du défunt. Fiction i-ituelle, disent les commentateurs : le cœur humain est ainsi fait ; il prend ou feint de prendre ses désirs pour des réalités. Parfois, dans les occasions très solennelles, pour donner plus de vie à la scène, on habillait un descendant du défunt avec ses vêtements soigneusement conservés, et c'est à ce représentant muet, médium vivant, qu'on offrait les mets et les chants.

m. Sous les Tcheou, innovations. — Notons d'abord, outre l'ancicu procédé de conjecture par l'écaillé de tortue, deux autres systèmes de divination, l'un par les nombres, l'autre par les diagrammes. — Attribuée à l'empereur Yu le Grand, le fameux canalisateur du xxiii= siècle, exposée en l'an 1122 par l'oncle du dernier empereur de la dynastie Yin, la divination par les nombres, basée sur les chiffres simples i à 9, n'eut d'abord que peu de vogue. Plus tard on perfectionna le système. On ajovita le chiffre 10. On construisit deux dessins. On raconta qu'ils avaient été copiés sur le dos d'un dragon, d'une tortue. Les lettrés de la période Ilan s'en occupèrent. Ceux de la période Song en firent le jeu d'esprit à la mode. Ils crurent au dragon et à la tortue, à un dessin céleste rond et à un dessin terrestre carré. Le ciel et la terre, les deux principes, les cinq éléments et les nombres combinés, formèrent un système ignoré de l'antiquité et oublié depuis. — La divination par les diagrammes joua, dans l'histoire de la Chine, un rôle plus important. Elle est basée sur huit figures dites /oa, formées chacune de trois lignes entières ou brisées. On a voulu voir, dans ces trigrammes, des caractères cunéiformes; plaisanterie! Les trigrammes ne figurent rien. Chacun porte un nom conventionnel. Ces noms sont empruntés à la natiu-e, ciel, terre, soleil, tonnerre, vent, montagne, eau stagnante, eau courante. Tout le système est basé sur ces noms. Primitivement on tirait au sort, d'abord un premier trigramme, puis un second, et l'on conjecturait, par rapport à la question proposée, d'après le changement que le second sens semblait apporter au premier. De là le nom /, Mutations, que porte le système. Par exemple, supposons qu'on conjectural sur l'avenir prochain de l'empire. Le premier trigramme tiré au sort ayant été montagne, notion de solidité, et le second ayant été tonnerre, notion d'ébranlement ; on concluait que, à la tranquillité actuelle, succéderait une révolution. Il est évident que, dans ces interprétations, la marge laissée aux devins était très large et les consultations que l'histoire nous a conservées, prouvent qu'ils en usaient largement. Plus lard on conq)liquales figures graphiques, probablement pour mettre dans le système plus de mystère apparent. Les 8 trigrammes furent combinés en 64 hexagrammes, numérotés, et l'on tira la mutation de la comparaison des deux hexagrammes, le procédé restant d'ailleurs le même. Le tirage au sort successif (les deux numéros se faisait par une série de coupes, avec un jeu de brins d'achillée... Quant à l'origine de ce système de divination, encore enq)loyé de nos jours, il est moralement certain que ce fut, non pas l'empereur légendaire Fou-hi, niaisleduc T'changde Tcheou, père du fondateur de la dynastie impériale Tcheou, plus connu sous son litre posthume Wcn-wang, qui l'inventa entre ii44 et ii42 avant J.-C. Son fils Tan, duc de Tcheou, le perfectionna. Les deux ajoutèrent aux diagrammes d'ineptes sentences. Confucius

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admira leur œuvre, et y ajouta sa prose... En résumé, deux idées successives tirées au sort, pour conjecturer sur une question donnée. Si la seconde modifie la première en bien, c'est faste, avancez ! Si la mutation est en mal, c'est néfaste, reculez ! Pas plus de mystère que dans le jeu de l'oie. — Durant la même période, l'astrologie officielle se développa aussi considérablement. Aucune décision importante ne se prenait, sans avoir auparavant demandé aux sorts la voie du Ciel... La mentalité chinoise est ainsi faite: hésitation a^ant, résignation après. Plutôt que de se tourmenter, on jette les sorts. Ensuite, le gouvernement se repose, le peuple s'apaise. Si tout va mal, c'est que cela devait être ; tout ira bien, une autre fois. — Du reste, pendant toute cette période, les textes des Odes et des Annales, relatifs au Ciel et au Sulîlime Souverain, textes nombreux et clairs, montrent que, sur ce point, la croyance de ces quatre siècles fut la même que celle des siècles précédents. Même constatation pour ce qui est des cultes secondaires rendus aux êtres transcendants. Même constatation pour ce qui concerne le culte des mânes. Cependant dans le rituel Tcheou-Ii de la dynastie, apparaissent des nouveautés, pas substantielles, mais importantes, à cause des suites qu'elles eurent... Quelles furent les causes de ces innovations? Les critiques chinois en énoncent deux : l'ambition séparatiste de certains feudataires; la contamination des Chinois par les aborigènes, dont l'absorption commença durant cette période. J'en ajoute une troisième : l'importation probable d'idées hindoues... Omettons les points de moindre importance, pour ne nous attacher qu'aux deux principaux, (7/// <jr Souverains et Sorcellerie.

Les Lettrés affirment unanimement, que les Cinq Souverains ne sont pas des souverains autres que le Sublime Souverain, le Souverain universel. « Alors que sur la terre il ne saurait y avoir deux empereurs, comment au ciel y aurait-il six souverains? » Les Chinois comptent cinq éléments, et cinq régions de l'espace, nord, sud, est, ouest, centre. Les Cinq Souverains sont, pour eux, le Sublime Souverain agissant par les cinq éléments, dans les cinq régions de l'espace. Nous dirions qu'ils sont sa quintuple action. « L'homme, qui est un, agit par sesquatre membres. Le Sublime Souverain, qui est un, agit par les cinq éléments dans les cinq régions. Quand on considère son immensité, on l'appelle Sublime. Parce qu'il habite le ciel, on l'appelle Azuré. Quant à son être, on l'appelle Ciel. Quant à son pouvoir, on l'appelle Souverain. Les Cinq Souverains sont sa quintuple manifestation. Ce ne sont pas cinq chen dist incts, ses ministres, comme certains l'ont imaginé. » Les certains anonymes visés dans ce texte, sont divers imposteurs dont le premier fut Sin-yuen-p'ing (i65 avant J.-C), qui personnifièrent les Cinq Souverains, les peignirent de la couleur des cinq éléments et des cinq régions, et leur donnèrent des attributs absolument identiques à ceux des Tchatiir Maharadjas, rois des quatre éléments et régions, du Brahmanisme et du Bouddhisme. Il en fallut cinq en Chine, le système chinois étant quinaire... Aucun doute n'est possible sur les interprétations données ci-dessus. La question a été traitée magistralement par les Lettrés les plus célèbres, K'oang-heng en Sa avant J.-C, Wang-sou en 266 après J.-C, etc. Si elle fut souvent reprise, ce n'est pas qu'elle fût obscure; c'est que, à toutes les époques, les Taoïstes firent rage pour arriA'er à loger leurs chen dans le ciel des Lettrés, sous le couvert des Cinq Souverains. Finalement, en l'an 1067, l'empereur Chcn-tsoung des Song trancha la question par l'édit suivant : '< Le rituel Tcheou-li se sert des trois termes, Splendide Ciel, Sublime Sou-

verain, Cinq Souverains. Ces dénominations diverses désignent toutes un seul et même Souverain. » Cette décision impériale ayant été insérée au rituel olQciel, depuis lors il n'a plus été question des Cinq Souverains... Bien avant les tentatives des Taoïstes, des princes avaient rendu un culte à l'un ou à l'autre des Cinq Souverains. Mais la nature de ces faits est très ditférenle. Les entreprises des Taoïstes furent hérétiques, celles des princes ne furent que schismatiques. Les Taoïstes voulurent faire de nouveaux dieux, les princes tirèrent à eux celui de l'empire. L'empereur seul avait le droit de sacrifier au Sublime Souverain. En 'j^o avant J.-C, le comte Siang de T'sin, pratiquement rebelle, se donna son culte à lui. N'osant tout de même pas s'approprier le Sublime Souverain, ce qui aurait excité l'animosité universelle, il éleva un tertre au Souverain Blanc, c'est-à-dire au Sublime Souverain en tant que protecteur de l'Ouest, région dans laquelle se trouvaient ses domaines, et dont la couleur est le blanc dans le système quinaire chinois. Le culte séparatiste rendu plus tard par d'autres princes à d'autres Souverains, eut la même origine.

Pour ce qui est de la sorcellerie, qui s'introduisit, se répandit, et acquit même une situation olhcielle durant la jjériode qui nous occupe, les Lettrés aflirment unanimement que les Chinois l'acceptèrent des aborigènes absorbés par eux. Il est probable qu'ils reçurent aussi, médiatement ou immédiatement, des superstitions venues de l'Inde. Ainsi la théorie des éclipses, les pratiques pour délivrer le soleil ou la lune, sont si absolument identiques dans l'Inde et la Chine à cette époque; le génie noir des Chinois est si incontestablement le Rahu des Brahmanes, qu'il est impossible de ne pas penser à une communication, à un emprunt... Les sorciers et sorcières étaient considérés comme possédés par un chen. Ils devaient obtenir la pluie en cas de sécheresse, conjurer les calamités, préserver des microbes, guérir les maladies, expulser les lutins malfaisants qui font leur première apparition à cette époque. Pour ces diverses opérations, ils se servaient de tambours, de verges et de balais, de formules et de gestes tout à fait semblables aux tantras et aux mudras de l'Inde.

IV. Sous les Tcheou, adultérations. — Cette ])ériode s'étend du ïx° au vi' siècle avant J.-C. Les textes sont nombreux et explicites. Certains traits des notions primitives s'accentuent, d'autres s'altèrent. — La notion primitive de l'Etre supérieur, du Sublime Souverain, reste ce qu'elle était, s'accentue même, sans dégradation. Il devient de plus en plus personnel. Il règne, gouverne, récompense et châtie. Il apparaît en songe. Les opprimés lui portent plainte. Il fait droit à leiu-s requêtes et leur rend justice. On ne le trompe pas. Nul n'échappe à sa vindicte. Il bénit et exalte les hommes de bien. — La notion primitive des êtres transcendants se précise aussi, mais se dégrade. La distinction des chen et des Ai s'efface. Les k'i sont oubliés. Les chen sont des défunts illustres et puissants. Ils bénissent ou maudissent comme jadis. Mais ils mangent, tandis que les chen anciens ne mangeaient pas. Ils revêtent des formes animales. Leur catégorie s'élargit, poiu* recevoir des êtres malfaisants d'origine hétérodoxe, ondins, dryades, et autres qui ressemblent singulièrement aux nagas et aux prêtas indiens. — La notion primitive des mêmes se précise aussi, mais s'altère. La survivance est crue plus fort que jamais. De rares incrédules qui se demandent si les défunts sont doués de connaissance, sont blâmés. Les ancêtres bénissent, maudissent ; les défunts apparaissent, avertissent. Mais eux aussi ont, à cette époque, appris à manger; si bien même que, si on ne les nourrit pas, ils souffrent de la faim, volent les

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aliments offerts à d'autres, et punissent leiu-s descendants négligents... En 689, premier cas certain de suttéisrae, hommes, chevaux et chars envoyés dans l'autre monde avec leur maître défunt... Des hommes se tuent, pour aller porter une nouvelle aux morts... En 535, fait capital, affirmation de la duplicité de l'àme humaine. L'ànie inférieure, p'ai, qui anime le corps et dirige les opérations végétatives, est issue du sperme qui a donné naissance à l'embryon. Après la naissance, l'àme supérieure, hoen, est formée peu à peu, par condensation intérieure de l'air respiré. A la mort, l'àme inférieure suit le cadavre dans la tombe, où elle unit par s'éteindre. L'àme supérieure ne s'éteint pas. Après sa séparation d'avec le corps, elle est d'autant plus transcendante, plus capable, qu'elle a mieux mangé et plus appris durant la vie. Si les descendants lui font les offrandes rituelles, elle se tiendra tranquille. Sinon, elle les molestera... Ce texte est resté classique jusqu'à nos jours. Nous verrons que les philosophes Song le modifièrent, mais en mal, pas en bien. — Divination et sorcellerie, comme durant la période précédente. Les sorciers servent de médiums entre les vivants et les défunts. La croyance aux songes s'accentue. — D'où provinrent les adultérations de cette période, surtout la dernière, la plus grave, la distinction de deux âmes? De l'introduction du dualisme, de la théorie philosophique j/« et r«"^, deux principes contraires, évolution circulaire continue, l'un portant en soi le germe de l'autre, l'apogée de l'un appelant sa ruine par l'autre. Le premier texte, qui expose le système, peut remonter à l'an 816. Le dualisme abstrait trouva dans le couple ciel et terre sa formule concrète, binôme dont nous verrons les Taoïstes tirer monts et merveilles... Cette forme de chthonisme fut-elle autochtone? Il est bien plus probable qu'elle vint de l'Inde. Echos avestiques et védiques.

V. Fin des Tcheou. Lao-tse et Confucius. — La version actuellement la plus commune, quoiqu'elle soit plutôt légendaire qu'historique (voyez Chixe (Sages DE la), Lao-tse), fait de ces deux hommes des contemporains. Lao-tse Unissait, quand Confucius débutait. Ils se virent et ne se comprirent pas. Cela devait être, car leurs vues étaient diamétralement opposées. Les critiques chinois modernes les ont admirablement résumées en ce peu de mots : « Les anciennes croyances et institutions n'étaient plus qu'une ruine. Lao-tse voulut la déblayer, faire place nette. Confucius voulut la restaurer, tout reconstruire. Lao-tse s'éleva dans les nuages, Confucius s'aplatit contre terre. »

I. Système de Lao-tse. — Lao-tse fut un philosophe. Il spécula sur l'origine des choses. Ses spéculations démolirent la religion antique. Son système est une sorte de panthéisme. Il distingua tao, le principe primordial, le tout, l'unité, force évoluant en deux périodes yin et yan^, progression et régression; et k'i, le souffle pi-imordial, matière subtile, le substratum des évolutions, des progressions et des régressions. Le principe n'eut pas de principe. Il fut toujours, et de lui-même. Il fut avant le Souverain (le Sublime Souverain, le Dieu de la religion primitive, laquelle se trouve rejetée en bloc par celte unique assertion). Il produit tous les êtres. « L'espace médian entre le ciel et la terre est semblable au sac d'un immense soufflet, dont le ciel et la terre seraient les deux phinches. De lui émanent tous les êtres. Ils sont produits par l'aclion du principe sur le souffle. Le principe est au souffle, ce que le mâle est à la femelle. Du principe uni au souffle sont issus le ciel

et la terre, tous les êtres. » Ces êtres paraissent et s'agitent pour un peu de temps sur la scène du monde, puis vont se cacher et se reposer dans de mystérieuses coulisses. La vie n'est rien, ce qui la suit est tout. Attendre en paix le repos stable d'outre-tombe, voilà la sagesse; se démener dans la vie pour arriver à quelque chose, c'est folie. — De ces principes théoriques découlent les applications pratiques suivantes, quiétude, abstention, laisser la roue tourner. Rien ne profite, rien ne dure, alors à quoi bon s'agiter et peiner? Voir, ouir, goûter, désirer, autant d'illusions ; sage est celui qui les méprise et qui remplit son ventre. Au lieu d'apprendre, il faut se vider. Agir, contrarie le cours naturel des choses. Pas de lois, pas de règles! Suivre l'instinct inné, voilà la voie. Les gouvernants doivent appliquer ces principes au peuple. Ils doivent isoler leurs sujets, pour pouvoir les tenir dans l'ignorance la plus absolue. Ils doivent éteindre en eux toute ambition, tout désir. « Videz les têtes et remplissez les ventres, débilitez les esprits et fortifiez les os! » Instruire le peuple, c'est ruiner l'Etat... Ajoutons que Lao-tse maudit la guerre, avec une très grande énergie. — L'ensemble de ces principes, qu'on a appelé Taoïsme, a eu sur la Chine une influence prodigieuse. De là ces innombrables politiciens, qui prônèrent ce principe unique, que nourrir le peuple doit être le seul souci, parce que « quand son ventre est plein, le peuple est sage ». De là le système gouvernemental de l'abstention et de l'expectative, appliqué jusqu'à nos jours : « laisser leur libre cours à toutes choses, n'intervenir qvie par nécessité et à regret, mettre le doigt le plus rarement possible dans l'engrenage ciel et terre, de peur de déranger son fonctionnement normal ». De là enfin l'horreur de la guerre, et le mépris du métier des ai-mes. — Il me reste à citer un texte, qui fut aussi gros de conséquences. Il fait suite à la comparaison du soufflet universel. « L'homme peut arriver à ce que le principe vital contenu dans le sperme qui lui a donné naissance, survive à la séparation d'avec le corps, à la mort. Il peut, en nourrissant ce principe vital par une respiration douce et réglée, combiner l'air avec le sperme, et concevoir en soi, comme la poule conçoit son œuf, l'embryon de son être futur. » Cet embryon, les interprètes le décrivent, et les images le représentent, comme un enfançon nimbé d'une gloire. 11 doit arriver à peser sept onces, pour être viable. A la mort, il transmigre dans l'autre monde. Le cadavre, qui reste, est un vêtement ôté, une défroque usée... Voilà l'origine de l'étrange gymnastique respiratoire dite kong-fou, par laquelle tant de Chinois travaillent encore à se procurer l'immortalité.

2. Système de Confucius. — Confucius fut un politique. Non seulement il ne spécula sur rien, mais il réprouva toute spéculation abstraite, toute recherche transcendante. Pas même de morale théorique. Chez lui tout est concret, tout vise à la formation de gouvernants pratiques et de gouvernés dociles. Le grand objectif de Confucius, fut de réformer les abus administratifs des princes féodaux de son temps, et les superstitions introduites depuis la décadence des Tcheou. 11 pensa comme les anciens, et crut comme eux; à preuve, c'est lui qui nous a conservé tout ce qui nous reste d'eux. Comme eux il crut au Ciel, au Sublime Souverain, à une Providence, et il prouva sa foi par ses paroles et par ses actes. Comme eux il crut à la divination, et cultiva les Mutations, pour apprendre à connaître la t'o/c du Ciel. Comme eux il crut fermement à la survivance de l'àme humaine, mais resta absolument muet sur les sanctions d'outre-tombe. Comme eux il crut aux chen, et prêcha

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leur omniprésence, pour obtenir que les hommes se conduisissent bien, en tout temps et en tout lieu. Il connut et ne contredit pas le dualisme d'introduction récente. Il crut aux mânes, et insista énergiquement sur leur culte, qu'il interpréta raisonnal)lement. Réagissant directement contre la multiplication des superstitions, il voulut que le culte se bornât strictement aux pratiques anciennes, et fût plutôt respectueux qu'ïiimant. Sa morale, Confucius l'a résumée lui-même en ces deux mots : loyauté et bénignité. Au peuple, il veut aussi qu'on procure d'abord le bien-être ; mais l'élevage quasi bestial de Lao-tse ne lui suffît pas. Il exige que les gouvernants fassent instruire le peuple; mais seulement de ses devoirs, des choses qui peuvent lui être utiles; et cet enseignement doit être tout positif et pratique, réduit en maximes, sans accompagnement de raisons que le peuple ne saurait comprendre. Il faut surtout préserver le peuple de tout enseignement hétérodoxe, le plus dangereux des fléaux... Confucius détesta les armes et la guerre, presque autant que Lao-tse... Tout cela paraît très simple, et pas bien neuf. Où donc est le Confucianisme i'il git dans les deux principes suivants : constitution familiale, opportunisme au joiu? le jour... On sait avec quelle intensité, avec quelle exagération voulue, Confucius a insisté siu" la piété filiale, bonté des parents pour leiu-s enfants, dévotion des enfants à leurs parents. C'est que, pour lui, la famille était la molécule type. La principauté, l'Etat, agrégations de molécules, devaient vivre et fonctionner à l'instar. En expliquant les lois de la famille, Confucius entendait édicter les lois de l'Etat. Le rêve de sa Aie, utopie irréalisable, fut que tout revint au temps où les hommes, encore en petit nombre, A-ivaient sous le régime patriarcal. Il ne se douta pas que, pour les grandes agglomérations, ce doux régime ne suffit pas... Pour ce qui est de l'opportunisme, c'est la A-raie marque du Confucianiste, la devise de l'école. « L'opportunisme est le trait distinctif du Sage. Excès et défaut, sont deux A-ices également nuisibles. Tout plan préconçu, totlt parti pris d'aA'ance, est un grand mal. Il faut suivre en tout une voie moyenne, marcher sans intention déterminée, ne rien embrasser aAcc passion, ne rien repousser par antipathie, faire ce qui couAient le mieux pour le moment, dans le cas donné, au fiu- et à mesure. Peu d'iiommes atteignent cet idéal, peu s'y maintiennent durant un mois entier. » Ces paroles du Maître, amplifiées par ses disciples, surtout par son petitfils TsE-SE, ont fait la Gliine confucianiste, la Chine des Lettrés. Pas d'idéal, pas de plan, pas de programme; ni patriotisme, ni politique, ni amour, ni haine. Depuis 25 siècles, gouvernement et peuple « passent les jours » comme on dit en ce pays. Ils se courbent dans l'adA'ersité, se redressent dans la prospérité, s'en tirent toujours. On ne peut comparer cet état, ni à un char, ni à un A^aisseau. Un bouchon flottant sur l'eau à l'aventiu-e, est ce à quoi il ressemble le plus. Quand la vague passe, il plonge; quand elle a passé, il émerge. Croyez l'article Chine (Sages de la), Confucius.)

Lao-tse et Confucius eurent des disciples. La filiation des disciples de Lao-tse est moins connue, celle des disciples de Confucius l'est daAantage. Les disciples déA-eloppèrent les idées de leurs maîtres. De là le Taoïsme et le Confucianisme, doctrines qu'il faut se garder d'appeler des religions, vu que ce furent des politiques assises sur quelque peu de philosophie naturelle, l'une niant Dieu, l'autre le négligeant. — Les Taoïstes, surtout, Lie-tse et Tchoang-tse, au ive siècle, exposèrent la doctrine de Lao-tse dans un style magnifique, mais sans rien ajouter au fond. Les Confucianistes Tseng-tse, Tse-se, surtout Mong-tse

Aulgo Mexcius, rendirent, du a ' au m' siècle, le même serAice à la doctrine de Confucius.

A la fin du a^ siècle et au commencement du ia<= siècle, A'écurent deux philosophes qu'il faut connaître. Ya>g-tchou qui prêcha l'égoïsme et le séparatisme systématiques, et Mei-ti qui i^rêcha l'altruisme uni- A-ersel et la fusion des peuples. Le premier fut immédiatement traité en ennemi par les Confucianistes, dont la dcAise est bénignité. Le second fut d'abord traité par eux en ami. Mais dès la fin du ia'* siècle, la Jjénignité confucéenne deAcnant de plus en plus chose froide et pharisaïque, les Confucianistes commencèrent à se moquer de la charité chaude et déA-ouée de Mei-ti. Leuxs descendants, les Lettrés de nos jours, ont appelé Mei-ti le Jésus de la Chine, et traitent les chrétiens de sectateurs de Mei-tse. Mei-ti lutta aussi aAec énergie pour la foi en la ProAidence et en la surA'iAance. C'est la plus noble figure de la galerie des philosophes chinois... Citons encore Siun-k'oang qui Aécut au m' siècle. Plutôt sti-atégiste que philosophe, il fut pourtant le père d'une théorie qui fit du bruit. Il déclara l'homme foncièrement mauA'ais, et toutes ses œuA-res essentiellement aIcieuses. La morale est chose purement couA-entionnelle, tout extérieure ; une sorte de corset lacé sur la nature, qui fixe l'homme dans une attitude forcée qu'on appelle le bien.

VI. Sous les T'sin, destruction des anciennes archives. — En l'an 2 1 3 avant J.-C, Tcheng de T'sin, le destructeur des Tcheou et le conquérant de l'empire, deA'enu l'empereiu' Che-hoang-ti, fit brûler tous les anciens écrits, annales, rituels, chants, chroniques, registres, et tout spécialement les anthologies compilées par Confucius poiu* ses disciples. Deux motifs expliquent cet acte barbare. D'abord l'empereur était la dupe des Taoïstes. Puis les Confucianistes prouAaient par leurs liAres, que ses lois étaient des innoA ations contraires à l'antiquité. L'empereur brûla les bibliothèques pour faire oublier l'antiquité. Il y réussit assez bien. Il ne nous reste, en fait de moniunents anciens authentiques, que fort peu de chose. Au point de Aue chronologique, historique, statistique, la perte est immense. L'est-elle autant, au point de vue religieux et philosophique? C'est douteux. En fait d'idées,' les liAres modernes, très a'oIumineux, contiennent peu de chose. En fut-il autrement dans l'antiquité? On peut penser que, dans ce qui est par A-enu jusqu'à nous, nous aA-ons l'essentiel.

VII. Sous les Han. Taoïsme magique, alchimique, diététique, politique. — Cette période s'étend pratiquement de l'an 2i3 aA^ant J.-C. à l'an 3oo après J.-C. Trois faits la caractérisent : i. Introduction du Bouddhisme ; 2. Développement et organisation du Taoïsme, qui devient une grande puissance; 3. Latence du Confucianisme.

1. Bouddhisme. — Les choses de l'Inde étaient assez connues en Chine depuis longtemps. Le contact intime de la Chine aAec l'Inde, dans le bassin du Tarim, depuis le 11* siècle aAant J.-C, les fit connaître mieux encore. En l'an 65 après J.-C, l'empereur Ming euA^oya quérir les liAres bouddhistes, et des bonzes poui' les expliquer. Deux Hindous, Kashiapa Matanga et Dharma Aranya, se fixèrent à la capitale. Le Bouddhisme s'implanta, mais ne se répandit pas, parce que les patrons politiques, qui font le succès des sectes en Chine, lui manquèrent provisoirement.

2. Taoismk. — Des Taoïstes aux allures exoticp^ies gouAcrnèrent l'empereur Che-hoang-ti des Tsin, qui espéra échapper, par leurs bons soins, à la loi de la

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mort. Sous les Nan, leur crédit alla croissant d'âge en âge. En i65 avant J.-C, le magicien Sin-yuex-p'ing s'empare de l'esprit de l'empereur Wen. De 1 53 à 1 12, l'empereur Ou fut la dupe des alcliimistes Li-chao- KiUN. Chao-avong, Liuen-ta, et autres, qui lui promettaient la conversion du cinabre en or, et la drogue d'immortalité. Miao-ki lui lit introduire le culte du Suprême Un, équivalent taoïste du Sublime Souverain des Confucianistes. L'empereur chercha à se mettre en relations avec cette déité, sur la cime du mont Tai-chan, le 17 mai iio. Puis il éleva la Tour des communications célestes. La magie, l'alchimie, les évocations, les conjurations, les charmes, les maléfices et l'envoûtement, furent à l'ordre du jour durant tout ce long règne. Ce fut une fureur. Elle coûta à lempereur Ou son propre fils le prince Kiu, désigné pour lui succéder, et nombre de fidèles sujets. Assagi par le malheur, il finit par découvrir qu'on s'était joué de lui durant 02 ans. Son proche parent, le prince Lieou-nax, mort en 122, ajouta à la littérature taoïste l'important traité naturaliste et alchimique, connu sous le nom de Hoai-nait-tse, dont l'odeur est franchement exotique. En 61, l'empereur Siuen autorisa des pratiques taoïstes magicjues venues de l'Ouest. En i4. l'empereur T'cheng se convertit du Confucianisme au Taoïsme. En 5 avant J.-C, l'empereur Xai, le fameux sodomite, confirme 700 lieux saints, et autorise 87.000 sacrifices taoïstes par an. Des dcA ins taoïstes lancèrent la révolution qui renversa l'usurpateur Wang-mang, et rétablit les Han. Un prophète taoïste mit sur le trône, en 26 après J.-C, l'empereur Koang-Ou, qui se montra reconnaissant. En 166, l'empereur Hoan élève un temple à Lao-tse dans sa capitale, et lui sacrifie avec le rituel des sacrifices au Ciel. En i84. grande rébellion des Turbans jaunes, qui s'étaient associés et organisés petit à petit, comme l'ont fait presque tous les rebelles depuis lors, sous le couvert de dévotions taoïstes. Ils pratiquaient en commun certaines cérémonies superstitieuses, qui les liaient entre eux. Ils pratiquaient certaines bonnes œuvres, qui leur attachaient le peuple. Quand ils se crurent assez forts, ils tirèrent le sabre. Dans les années qui suivirent, les sectes analogues pullulèrent. Une surtout est à noter, non à cause de son importance, mais parce que c'est d'elle que date la fameuse légende du pape des Taoïstes. Il s'agit de l'aïeul de Tchang-lou, Tchang-ling dit Tchang-tao-ling, qui vécut à la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, et fut favorisé d'apparitions de Lao-tse. Y eut-il dès lors, dans cette famille Tchang, une transmission héréditaire de certains secrets et d'une certaine autorité sur la secte? le fait est douteux pour cette époque, mais plus tard il en fut ainsi. Vers ^23, un certain K'kol-k'ien-tcuk achèvera de faire du Taoïsme une secte hiérarchisée, puissante, malfaisante et redoutée. C'est lui qui fit conférer à feu Tchang-taoling, le titre de Docteur céleste, qu'ont porte depuis tous ses successeurs plus ou moins authentiques. Il mit en vogue la forme diététique du Taoïsme, gymnastique respiratoire, drogue d'immortalité, régime des Immortels, consistant à ne manger que des pétales de fleurs et à ne boire que de la rosée. Simagrées superstitieuses destinées à donner le change sur la nature révolutionnaire de la secte. Les devins taoïstes furent les principaux fauteurs des troubles qui agitèrent le commencement du 111° siècle. Aussi l'un des premiers actes du fondateur de la nouvelle dynastie Tsin, fut-il de prohiber leur métier.

3. CoNnciANisMi:. — Le soleil de la faveur ne luisit pas pour lui, durant cette période. Le foiulaleur des Han méprisa les Lettrés. En 191 avant J.-C, le décret prohibant les livres cessa d'avoir force de loi, sans

avoir été abrogé. En i^o, les harangues de Tong- TCHOXG-cHou à l'empcreur Ou, prouvent que les Lettrés ont fait du dualisme leur principe fondamental. De i55 à i3o, le prince Hiex, frère de l'empereur Ou, recueille et restaure les vieux écrits échappés au désastre de l'an 21 3. Ils furent enfouis dans la bibliothèque impériale. En 5i, on se souvint enfin de leur existence. En 7 avant J.-C, on les classa. En 79 après J.-C, on les revisa... Vers go après J.-Ç., mort du philosophe Wang-t'choxg, lettré transfuge, dont les attaques contre ses anciens confrères nous fournissent un très bon catalogue de leurs thèses. Incontestablement, à celte époque, les Confucianistes avaient subi l'influence du milieu taoïste dans lequel ils vivaient. Ils avaient oublié la notion anticjue du Ciel Sublime Souverain, que Wang-t'chong relève. Ils considéraient comme le grand pouvoir supérieur, le binôme ciel et terre, le ciel et la terre étant matériels, faits d'une substance ténue, semblable à la vapeur ou à la fumée. Ils attribuaient pourtant à ce binôme les attributs que les anciens donnaient au Ciel Souverain, le gouvernement, la Providence, la rétribution du bien et du mal. Ils l'interrogeaient par la divination. Ils lui faisaient des offrandes. Wang-t'chong attaque a\'ec verve leur inconséquence. « Si le ciel et la terre sont matériels, avec quels j^eux nous voientils, avec quelles oreilles nous écoutent-ils, avec quelle bouche mangent-ils? )i D'un autre côté, Wang-t'chong nous apprend que les Confucianistes croyaient encore à la survivance des âmes, que lui-même nie : <( Si les âmes survivaient, comme le veulent les lettrés, étant donné le nombre d'hommes qui ont passé sur la terre, à chaque pas j'en écraserais une. » — En 170, persécution sanglante des Lettrés, par les eunuques alors tout-puissants à la cour. Nombreuses victimes; dix-mille, dit l'histoire officielle. — Vers le milieu du iii^ siècle, Wang-sou compile le recueil d'anecdotes confucianistes Kia-yu, et en 817 Mei-hi ajoute aux Annales ig chapitres qu il fabriqua en cousant ensemble des centons de toute provenance.

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