CONDAMNATIONS CRIMINELLES CHEZ LES FONCTIONNAIRES
1" série (avant 1885) 2* série (après 1885)
total 162 total 63
La moyenne annuelle par 100.000 individus, dans la deuxième période, serait inférieure à celle de la première, d'une manière invraisemblable, si nous acceptions les chiffres que le recensement le plus voisin de cette période, celui de 1891, a donnés officiellement pour la population des fonctionnaires ; car il en compte 35o.ooo. Avec un tel nombre, la moyenne annuelle, par 100.000 personnes, tomberait à 6, au lieu de 80!
On a beau supposer que des hommes nouveaux étant arrivés à la direction des affaires, et y faisant régner avec eux toutes les passions de leur parti, ont cru devoir désormais dérober autant que possible leurs fonctionnaires aux sévérités de la justice, l'écart est si grave qu'ils ne peuvent vraiment l'avoir provoqué par le seul effet de leurs manœuvres : ce ne serait plus de la partialité mensongère, ce serait de la folie é\'idente. Il y a certainement une autre explication : c'est que le dénombrement de 1891 a classé, parmi les fonctionnaires publics, des personnes qu'on avait placées jusque-là dans une autre catégorie, où, d'îiilleiu's, le Ministère de la Justice et, par conséquent les statistiques criminelles, les ont encore maintenues.
Mais, d'autre part, il est indiscutable que l'effectif de ce groupe s'est beaucoup accru depuis 1880 : le doute n'existe que sur l'importance précise de cet accroissement.
On a vu donc apparaître, pour les fonctionnaires de l'Etat, le même phénomène que pour les instituteurs laïques : le nombre des crimes a diminué chez eux,et de beaucoup, alors que la population du groupe augmentait considerablement.il était de 162, en trois ans, quand le groupe comptait 66.900 membres. II n'est plus que de 63 en trois ans aussi, alors que le groupe est devenu, sinon quintuple comme le prétend le recensement de 1891, du moins un certain nombre de fois plus nombreux.
Et ce phénomène extraordinaire s'est manifesté justement à l'époque même qui le vit se produire chez les instituteurs!
CLERGÉ (CRIMINALITÉ DU
4° Ce qu'on doit conclure. — La conclusion s'impose : c'est l'Administration qui a opéré le changement; elle a faussé les résultats, de propos délibéré. Il ne faut donc pas ajouter foi aux chiffres otTiciels qui concernent les instituteurs laïques, dans les statistiques qui ont suivi l'année i884.
Mais dùt-on y croire, fallùt-il même accepter ceux de la série 1 898-1 go i, qui sont de beaucoup les plus favorables, le groupe qui comprend le clergé et les congrégations tiendrait toujours le premier rang en moralité, parmi tous les autres. Car la moyenne annuelle, par 100.000 personnes, des condamnations de ce groupe n'atteint pas, même dans cette série, la moitié de celle du groupe voisin, le groupe favori, celui des instituteurs laïques (3, 01 contre 6,33).
Le clergé reste donc ce qu'il était, au point de vue moral : l'honneur du pays.
IV. Les crimes contre les mœurs chez les instituteurs laïques et dans le clergé
C'est principalement sur les crimes contre les mœurs que les journaux antireligieux aiment à revenir dans leurs attaques. Ils ont même écrit parfois que nous n'oserions pas établir, devant le public, à ce point de vvie spécial, la criminalité comparée des gens d'Eglise et des autres professions, notamment des maîtres de l'enseignement laïque.
Il faut relever le défi.
Notons d'abord que, lorsqu'il s'agit de la nature des crimes, le Ministère de la Justice ne publie que les accusations; il ne publie pas les condamnations. La comparaison n'en reste pas moins, d'ailleurs, aussi caractéristique.
Il s'agit donc ici des accusations criminelles. Le Ministère de la Justice les partage en deux catégories ; celles qui concernent les crimes contre les personnes, et celles qui concernent les crimes contre les propriétés. Négligeons maintenant ces dernières; ne parlons ni des vols qualifiés, ni des abus de confiance, ni des faux, etc.
Il reste les accusations pour crimes contre les personnes. Or, si l'on excepte ceux qui privent de la vie, assassinats, coups et blessures suivies de mort, infanticides cl avortements, les crimes contre les personnes comprennent surtout les grandes fautes contre la morale proprement dite : les viols et les attentats à la pudeur.
Evidemment, les brutalités criminelles qui enlèvent la vie sont une quantité négligeable dans l'ensemble des accusations qui pèsent sur les membres de l'enseignement, aussi bien du côté des laïques que du côté des congréganistes; parmi eux, le nombre des assassins est insignifiant.
Les crimes contre les personnes se confondent donc sensiblement, pour le personnel qui enseigne, avec les crimes contre la morale ; d'autant que ses membres sont constamment en rapport avec des enfants au-dessous de treize ans; or, à l'égard de ces enfants, tels actes qui, accomplis envers des adultes, passeraient souvent inaperçus ou seraient punis d'une peine légère, sont qualifiés de crimes et envoient leurs auteurs devant le jury, qui i)eut à son tour les envoyer aux travaux forcés; car le Code a des sévérités spéciales pour les instituteurs et les ministres du culte, à raison même de leurs fonctions. Ce n'est ([ue justice assurément, mais, dans les jugenu-ntsque Voinnion porte parfois, elle a tort pourtant de roul)licr.
Comparons donc, puisqu'on nous en défie, le nombre de ces accusations pour innuoralité. chez les maîtres laïques et chez les maîtres congréganistes, ainsi que dans le clergé.
C'est en 1867, on l'a vu, que les statisticiens du
Ministère de la Justice ont commencé à distinguer ce qui regarde le personnel laïque de l'enseignement et le personnel congréganiste et ecclésiastique, car ils comprennent les séculiers aussi bien que les réguliers sous la rubrique : instituteurs et professeurs congréganistes. Remontons donc jusqu'au début de cette statistique, pour descendre jusqu'à l'année 1901, après laquelle la comparaison devient impossible, nous avons dit pourquoi. Nous connaîtrons ainsi tous les résultats qui ont été publiés, sans en excepter un seul. Notre jugement et celui de nos adversaires pourront être dès lors pleinement édifiés. Car toutes les pièces du procès, absolument toutes, seront sous nos yeux et sous leurs yeux.