Proposition assumée, non démontrée
3. Cette loi pratique n'est pas à confondre avec l'impératif catégorique, appelé lui aussi loi (improprement). Elle lui est antérieure.
pourquoi Kant a jugé bon de lui adjoindre deux autres formules. Malgré leur inutilité relativement à la solution du problème fondamental, nous en devons parler ici, parce qu'elles font entrer en jeu certaines notions capitales de la philosophie Kantienne.
Seconde formule de l'impératif moral. Les fins en soi. — Nous pouvons encore partir de ce fait que l'iiomnie agit toujours (subjectivement) pour une fin, et chercher, en fonction de ce fait, quelle doit être la maxime de sa conduite. Or il apparaît tout de suite, dit Kant, qu'il nous faut écarter toutes les fins matérielles : celles-ci ne sauraient fonder une maxime universelle, puisqu'elles ne déterminent qu'en vertu de leur rapport à une faculté appétitive du sujet ^ {Fond., p. i48). Il reste ce qui est fin non pour nous, mais en soi, c'est-à-dire ce dont la valeur n'est pas relative à l'utilité qu'on en pourrait tirer, mais absolue {Fond., p. i5o; rapprocher Crit.^, p. 15^, 239). Avant même de savoir s'il existe de pareilles fins, nous pouvons dire que la maxime sera non de se procurer ces fins ou de s'en servir (ce qui serait contradictoire), mais de les respecter; c'est-à-dire que la maxime sera négative, elle définira la légalité plus que la moralité. (Sur ces notions, voir Crit. ~, 126 sqq., 145.)
Mais y a-t-il des fins en soi? oui, les êtres raisonnables et eux seuls"-. L'homme se reconnaît spontanément une dignité qui l'empêche de se considérer comme un moyen; même par rapport à soi. C'est ce qui distingue les personnes des choses. Ainsi la maxime sera : « agis de telle sorte que tu ne fasses servir l'humanité, tant dans ta personne que dans celle d'autrui, qu'à titre de fin, jamais comme simple moyen » {Fond., p. i5i). Cette maxime sert par exemple à proscrire l'esclavage, le suicide, le mensonge (ib.).
Troisième formule de limpératif moral. L'autonomie {Fond., p. i54 sqq.). — On a vu que, pour agir moralement, l'homme doit accomplir la loi pour elle-même : c'est dire, en d'autres termes, que le motif de son action ne doit pas être étranger à la loi. Or le motif sera nécessairement étranger à la loi, tant que la loi sera extérieure à la volonté {Fond., p. 167), car en ce cas je ne puis obéir que par intérêt. Il reste donc que, s'il y a un devoir, il dérive de la volonté même.
Ce paradoxe nous amène à reconnaître que l'obligation tient à la natm-e hybride de la volonté, qu'elle naît d'une sorte d'opposition entre la volonté en tant qu'intelligible et la volonté en tant que sensible. Intelligible, la volonté veut nécessairement la loi; sensible, elle est attirée par des mobiles étrangers à la loi. Si elle n'était qu'intelligible, la volonté ne serait pas libre 3, mais aussi elle ne serait pas obligée; ce serait, dit Kant, une « volonté sainte », telle celle de Dieu {Fond., p. 122 sqq.; 169; 196; Crit.'-, p. 62 sq.): la sensibilité introduit dans les décisions de la volonté un élément d'indétermination et de contingence : par ses attraits irrationnels, elle donne occasion à vin choix. C'est cette dualité qui engendre
1. Notons au passage, que le raisonnement de Kant tombe, si l'on comprend sous le nom de bonheur ce qui répond non à un appétit quelconque, mais à l'appétit profond qui sourd de la nature humaine en tant que telle (Zeller : Ueber das Kantische MoraJprincip... Vortrdge und Abhandlun°-en, III, p. 173).