Voir supra, col. 739; Prolog., p. 121, en termes exprès
CRITICISME KANTIEN
essentielle, que le Kantisme, en tant que Kantisme, ne saurait dès lors exister, et qu'il est obligé poui- vivre de se transformer, malgré la volonté de son auteur, en pur idéalisme, comme la philosophie postérieure l'a historiquenaent démontré (v. infra, col. 707). Cette contradiction intime n'a par personne été mieux mise en relief que par le contemporain et rival de Kant, le philosophe Jacobi; celui-ci fut le premier qui la dénonça : « D'une part, dit-il, il est contraire à l'esprit de la philosophie Kantienne de parler d'ol)jets dont l'action sur les sens évoquerait des représentations; d'autre part, sans ce postulat, on n'arrive pas à comprendre qu'une voie reste ouverte à cette philosophie... Je dois avouer que cette difliculté ne m'a pas peu retenu dans l'antichambre...; pendant des années, à plusieurs reprises, je dus recommencer la « Critique de la raison pure » : Sans la supposition des choses en soi, je ne pouvais entrer dans le système, — AVEC cette supposition, je ne pouvais y rester. » (Jacobi, ïf'erke, Leipzig, 1812, II, p. 3o3.)
Pour épargner à Kant cette contradiction, on a tenté diverses voies. (Voir Riehl, Kritik., I, p. 4^2; B. Erdmanx, Prolog., lui, lxiv; Krit., p. 4o sqq. ; K. Fischer, Kr.d. Kant. Philosophie,]). 24 sqq. ; Bou- TRoux, Revue des Cours, mars igo5, p. 2o5; Delbos, La phil. pratique de Kant, p. 197 à 2o3.) On a nié que Kant ait admis l'existence de choses en soi (FiciiTE;et de nos jours, entre autres, Cohen : Kanls Théorie der Erfahrung, 2' éd., p. 168 à 170; Konimentar zal. Kants Kritik, Leipzig, Diirr'scheBuchh., 1907, p. 22 sqq. et passim). S'il y a, en particulier dans la Critique de la raison pure, des passages équivoques où l'on peut disputer sur la question de savoir de quels objets il s'agit (par ex. CritJ, •2>-- éd., p. 287 sqq.), d'autres endroits sont assez clairs pour écarter tout doute. Voici les principaux : Crit.^, pp. 89, 63, 80; Proleg., pp 71, 72. 80, 124, 125; Fond., pp. 188, 2o4 ; Crit.'-, p. 6. (En faveur de l'interprétation idéaliste, on peut citer, Crit. ', p. 286 sq.) — Aussi bien Kant a protesté expressément contre les déformations de sa pensée par des disciples qui prétendaient s'attacher à l'esprit plus qu'à la lettre; il a maintenu, non sans irritation, que les expressions de la critique doivent être prises « à la lettre » (voir sa Déclaration relative à la Doctrine de la science de Fichte, 7 août 1799; cité par Vaihinger, Commentar, II, p. i5). L'objection de Jacobi porte donc à plein contre le Kantisme *. — Il ne nous appartient pas de suivre celui-ci dans son évolution idéaliste^.
//) Indications concernant quelques points secondaires de la Critique de la Raison pure.
I. Esthétique transcendantale. — La preuve transcendantale (voir supra, col. 787) de la subjectivité du temps et de l'espace (c'est-à-dire de leur non-réalité comme attributs des choses en soi), se fondant tout entière sur la théorie des jugements synthétiques a priori, est réfutée avec cette théorie même (voir supra, col. 7^0).
Quant aux arguments spéciaux ou métaphysiques qu'y ajoute Kant, on peut en voir la teneur et la critique dans n'importe quel manuel. H. Vaiiiinger résume les principales controverses auxquelles ils
1. On peut encore donner à 1 objec tien de Jacobi une autre forme : Kant se sert du principe : « Pour apparaître, il faut être » afin d éviter ce qu'il appelle, avec raison, une absurdité, et pouvoir affirmer lexistence des choses en soi (voir supra, col. 7:}Hi. Or il n'a pas le dioil (l'employer ce principe, car on ne peut savoir qu'il existe des cbo-es en soi, si l'on ignore tout de leur nature. Ainsi raisonne E. Zi;lm:r contre Kant; \<>iv Cesc/i. d. deuischen Phit., Miinchen, Oldenbourg-, 1873, p. 514.)