L'impératif catégorique ne s'adresse à personne
— Il semble évident que Kant n'est pas arrivé à dominer l'idée qu'il se faisait des rapports de l'obligation avec la volonté et la liberté. Telle qu'elle se présente à nous, sa doctrine est grosse de contradictions : la clarifier, c'est la détruire.
C'est le noumène qui est libre, et c'est lui sans doute qui est l'obligé. Les actes qui se succèdent dans le temps sont la monnaie de l'acte nouménal ; la série est libre, les éléments ne le sont pas. Cela revient à dire que l'obligation n'a rien à voir avec notre monde, qu'il n'y a pas de morale pour nous qui en parlons.
— Ou bien l'on pose, ce qui semble moins conforme à la pensée kantienne, que c'est le phénomène qui est obligé. On aboutit alors à ces contradictions : c'est le noumène qui est libre et le phénomène qui est obligé, lequel d'ailleurs ne saurait l'être, n'étant pas libre. — Que si enfin, quelqu'un s'avisait de soutenir que c'est l'homme à la fois nouménal et phénoménal qui est le sujet indivisible de l'obligation, il est clair que celui-là ne dirait rien 2.
2. La moralité est déterminée d'une façon incohérente. — Kant détermine en principe la moralité des actes par l'aptitude de leur maxime à être érigée en loi universelle; en fait, il ne peut se tenir à ce point de vue, et il juge de la moralité par les conséquences. (Ce point est bien mis en relief, avec plus de développements que nous ne pouvons en donner, par Wix- DELBAND, Gesc/i. d. ueueren Philosophie,'2^éà., i^ol\,\\, p. ii5 sqq.; Zeller, Vortrâge, pp. 16") sqq. 179; Cathrein, Moralphilosophie, 1^ éd., I, p. 207 sq.)
— Comment reconnait-on en effet qu'une action est susceptible d'être érigée en loi universelle? « A cette question, le principe de Kant ne donne aucune réponse, et même il ne peut en donner, car il est un principe purement formel, étranger à toute considération d'un but ou d'un résultat » (Zeller, /. c). Il faut donc recourir à l'expérience, et Kant ne fait pas autre chose quand il s'agit de déduire des devoirs nouveaux déterminés. Le critérium, essayé d'abord, et placé dans la contradiction logique qu'impliquerait l'universalisation d'une maxime, est souvent trompeur : l'égoïsme, par exemple, transformé en loi, n'a rien d'absurde ; il est pourtant — et de l'aveu même de Kant, — immoral.
3. L'autonomie kantienne ne peut rendre compte de l'obligation. — Selon Kant, le fondement ou la source de l'obligation est dans la nature humaine ellemême, dans la nécessité morale où se trouve l'homme