I. — Histoire sommaire de la critique biblique
I. Les origines. — Entendue au sens large du mot, celui que suggère l'étyinologie, la critique biblique est aussi ancienne que l'étude de la Bible ; son histoire se confond avec celle de l'exégèse et de l'apologétique. De tout temps, l'on a senti qu'avant d'acquiescer à l'autorité d'un texte, il faut savoir de qui il est et dans quel état il s'est conservé.
a) Au seuil du 11'= siècle, S. Ignace, Pliilad., 8, rencontre déjà des chrétiens qui n'entendent se rendre qu'au témoignage des plus anciens exemplaires de l'Evangile (J. B. Lightfoot, Apostolic Fathcrs, 1889-, II, p. 271, interprète auti-ement vj toX^ àpystotç) • et qui soulevaient la question d'authenticité ou d'interprétation, quand on leur montrait le passage. Ce texte, rapproché d'une citation scripturaire de S. Polycarpe, Philip., 1 (cf. Act., II, 24) et d'une réflexion de S. Iré- NÉE, lll, II, I, fait assez voir que, dès cette époque, l'exégète et l'apologiste avaient à tenir compte des menues variantes présentées par les différentes copies du Nouveau Testament. Cf. R. Cornely, LList. et crit. Introd. in ['. T. Libros sacros, i885, I, p. 292, not. 3. Dès lors aussi, on savait donner à la comparaison des textes l'attention convenable ; cf. S. Irénée, V, XXX, I. Vers le même temps, Jean l'Ancien, dont parle Papias, avait à faire l'apologie de l'exactitude de l'évangile de S. Marc; cf. Eusèbe, HE, III, xxxix. Papias lui-même se documentait, de son mieux, auprès des presbytres qu'il rencontrait; car il mettait, nous dit-il, plus de confiance dans la tradition vivante (jne dans les liAres. Ibid .
Les apologistes, qui vinrent immédiatement après: S. Justin, S. Irénée et Tertullien, en appellent résolument au texte inaltéré de l'A. T., dont ils pensent avoir exactement la teneur dans la version grecque des Septante ; à l'enconlre des récentes traductions judaïsantes d'AnuiLA, de Tiiéodotion et de Symmaque. Ils protestent aussi contre les retranchements faits au N. T., et notamment aux Evangiles, par les Marcioniles. S. Irénée, I, xxvii, 2; III, xii, 12; Tertul., L>e carne Christi, 2; Ad\\ Marc, iv, 2-4. D'autre part, le fragment dit de Muratori, lin. 64 et 82, leur reproche d'augmenter indûment le Canon des Ecritures d'une collection de psaumes et d'une lettre de S. Paul Ad Alexandrinos. S. Irénée, lil, xi, 9, sait que des adversaires excessifs du montanisme font opposition au quatrième évangile. Du milieu du 11' siècle au milieu du iri<', les évècpics orthodoxes veillent à ce que la bonne foi de certaines Eglises ne soit pas surprise par des colporteurs d'apocryphes, mis à fort sous le nom de quelque apôtre. Voir Canon. Pour faire ce discernement, ils ne se réclament pas seulement de l'autorité dogmatique du sentiment commun dans l'Eglise, ils font encore appel à la valeur historique de sa tradition. Cf. S. Irénée, III, m, i ; Tertul., De praescript., 28; Eusèbe, HE, VI, xii. Du reste, il n'est pas prouvé, quoi qu'on ait dit, qu'au commencement du m' siècle, Tertullien, De praescript., 36, n'en appelait pas encore aux autographes mêmes de S. Paul.
Le travail colossal d'ORiGÈNE, connu sous le nom d'ILexaples, représente le premier essai méthodique de critique textuelle ; il s'étendait aux originaux et aux versions grecques de l'A. T. Pour venger le récit biblique du reproche de puérilité et d'absurdité, le grand polémiste chrétien ressuscita l'apologétique de l'école judéo-alexandrine (Aristobule et Philon), en recourant à l'allégorisme littéraire. Cinquante ans plus tard, S. Pamphile et Eusèbe de Césarée réussiront à vulgariser quelques-uns des résultats obtenus par Origène, dont ils avaient atténué les excès. A ce même moment, Lucien d'Antioche et Hésychius d'Egypte reprenaient la critique des textes, inaugurée par Origène. Il est difficile de dire aujourd'hui d'après quelle méthode ils ont travaillé, et avec quel succès. Le décret dit de Gélase (495) les condamne sévèrement en ce qui concerne les Evangiles.
Vers la fin du iv siècle, S. Jérôme, après avoir revisé sur le grec le N. T. latin, eut l'ambition de donner aux Occidentaux une meilleure version latine de l'Ancien; il traduisit tous les IIatcs dont l'original hébreu ou chaldéen existait encore, ou du moins lui était accessible. De son côté, S. Augustin, que l'ignorance des langues avait tenu à distance des textes, donnait corps aux procédés courants de l'exégèse traditionnelle, dans le traité intitulé De doctrina christiana, P. /.., XXXIV, i5. Ses deux beaux livres: De Genesi ad litteram et De consensu Evangelistaruni, P. L., XXXIV, 219, io4i, ont été longtemps le répertoire des apologistes. Plusieurs des applications qui s'y rencontrent ont vieilli, mais la plupart des préceptes gardent encore leur valeur. Le moyen-àge ût effort pour rendre à la version de S. Jérôme sa physionomie primitive ; de là les « Correctoires » de la Bible latine. Voir Vulgate (Histoire de la). Il se trouva même alors un franciscain, Roger Bacon (y 1294), pour plaider la cause de l'hébreu. Cf. Dict. de la théol. cath. (Vacant), II, p. 23-3i. Les grandes controverses dogmatiques entre catholiques et protestants, qui remplissent les xvi* et xvii« siècles, furent l'occasion d'une renaissance des études bibliques, qui rappela l'âge d'or des iv et v siècles.
b) L'aperçu qui précède, bien qu'on n'y ait retenu que les faits les plus saillants, donne suffisamment à comprendre qu'un examen rationnel des titres historiques de la Bible a toujours été dans les habitudes de l'apologétique chrétienne. Cependant, catholiques et protestants s'accordent assez pour reconnaître que la critique biblique est relativement moderne ; volontiers, ils lui assignent pour fondateur l'oratorien français, Richard Simon (-j- 17 12). Cf. R. Cornely, Ilist. et crit. Introd. in U. T. Libros sacros, i885, I, p. 692; A. JiiLicHER, Einleit. in das V. T., igoS^, p. 8. Ces deux assertions ne sont pas contradictoires. Tant que l'on discuta dans l'Eglise sur les livres deutéro-canoniques du N. T., les questions d'authenticité furent agitées; l'origine apostolique de ces écrits étant alors considérée comme le critère, tout au moins le critère de fait, de. leur canonicilé. Voir Inspiratio.n (Critère de 1'). Admettre (|ue le Ouatrième évangile et l'Apocalypse étaient de Cérinlhe, et non de l'Aitôtre Jean, c'était s'interdire, d'avance, de les tenir pour canoniques. Quand l'accord se fut fait dans l'ensemble des églises sur le Canon, les questions d'aulhenticifé perdirent Ijcaucoup de leur intérêt. Voir plus loin, III, i, a. Dans les controverses qui suivirent, catholiques et héréli(jues s'entendaient sur l'origine divine et humaine de ces livres, c'était uniquement sur leur interprétation qu'ils disputaient. Même avec les infidèles, ce n'est qu'exceptionnellement que les apologistes chrétiens eurent à élablir l'authenticifc de leurs textes. Il semble bien, en effet, que Celse, Porphyre et Julien l'Apostat n'aient pas porté l'attaque de ce
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côté; c'est à la vérité du contenu de ces livres qu'ils s'en prenaient. Quant au problème littéraire : comment les Livres Saints avaient été composés, c'est un point sur lequel l'attention des anciens ne parait pas s'être arrêtée. S. Acgustix a consacré quelques lignes seulement à la question des évangiles synoptiques, que les modernes discutent depuis un siècle. Cf. De cons. Evangelist., I, ii, 4; P- L., XXXIV, io44- Un certain nombre de Pères ont, en passant et d'un mot, représenté Esdras comme le k restaurateur x des Ecritiu'cs; mais ils étaient bien loin de poser la question des origines de l'A. T., comme on le fait aujourd'hui. Cf. Fr.DE HuMMELAUiîR, Comment, in Deuteron., igoi, p. g. OuiGÈNE, S. JÉRÔME et S. Augustin avaient, il est vrai, relevé dans la Bible des différences de style, que volontiers ils mettaient au compte du génie particulier et du milieu des hagiographes ; en exégètes délicats, ils tenaient compte de ces constatations pour mieux interpréter les textes, mais ils ne s'étaient pas avisés d'en faire un point de départ pour dater leur composition. S. Jérôme sait que plusieurs, avant lui, ont contesté Tautlienticité de l'épître aux Hébreux et de la II<' de Pierre, à cause de la dilliculté qu'ils trouvaient à les attribuer respectivement à S. Paul et à S. Pierre, « propter styli sermonisqiie dissonantiam >'. De \ir. ill., i-v, P. L., XXIII, 609-617; toutefois, il ne semble pas que ces oppositions faites au nom du critère interne aient tenu beaucoup de place dans les controverses des anciens. Or, c'est précisément aux indices révélateurs, fournis par les textes eux-mêmes, que les critiques modernes se sont attachés. Ils ont prétendu trouver sur ce terrain un point d'appui suffisant pour contrôler et, au besoin, réformer le témoignage de la tradition au sujet des origines de la Bible.
c) C'est surtout par ce dernier aspect que la critique biljlique est moderne ; mais, même envisagée de la sorte, elle a été précédée d'une époque de préparation. Déjà, lors du concile de Vienne (i3ii), Clément y avait érigé des chaires de langues orientales dans les principales Universités : Rome, Paris, Oxford, Salamanque, Bologne. L'humanisme du xv* siècle provoqua, par contre-coup, un renouA-eau des études bibliques. Sur ce terrain, les premières recherches des savants chrétiens, qui s'étaient mis à l'école des rabbins, furent d'ordre philologique; on fit des grammaires et des dictionnaires de la langue hébraïque. Qu'il suffise de rappeler les noms de J. Reuchltn (~ 1622), et du dominicain Xantes-Pagnixi (~ i54i). Avec la connaissance de la langue originale, l'ambition vint à plusieurs de traduire à nouveau l'A. T. ; du côté des protestants : Osiander, Munster, Casta- Lio, etc. ; du côté des catholiques : Xaxtes-Pagnixi, Cajetan, Arias Montanus, Malvenda, Isidore Cla- Rius. Puis, on imprima sur colonnes parallèles les textes el les versions; en l'espace d'un siècle (i5i4i65-) parurent successivement les polyglottes d'Alcala (XiMÉNÈs), d'AuA'ers (Arias Montanus), de Paris (J. Mohin), de Londres (Walton).
Pendant la seconde moitié du xvi' siècle, on reprend, avec plus d'ardeur que jamais, le travail commencé par Erasme (-J- i536) : la comparaison des manuscrits, l'amendement des versions d'après les textes originaux, à l'effet d'obtenir un texte grec du N. T. plus correct et une version latine plus fidèle. Les éditions du texte données successivement pai* Robert Estienxe et par Th. de Bèze devaient aboutir au Textits receptiis de i633; tandis que les éditions de la vulgate latine du même Robert Estienne et de J. Henten allaient permettre aux rcAiseurs romains de préparer la bible dite Sixto-Clémentine (1692). — La critique du texte de l'A. T. eut son tour, mais avec des résultats plus modestes. Les travaux de Louis
Cappelle, Critica sacra, i65o, des deux Buxtorf (le père ~ 1629 et le fils y i664), de J. Morin et de Vossius se bornaient à des remarques philologiques ; on y disputait encore sur la question de savoir si dans le texte des Massorètes les points-voyelles étaient inspirés ou non. — La critique textuelle de la Bible était fondée, mais elle devait attendre presque deux siècles avant d'avoir une méthode et un champ d'observation suffisant. Voir Textes bibliques (Critique des). A cette même époque se rattache la publication des Critici srtc/v' (1660), dans laquelle les anglais Jean et Richard Pearsons ont réuni les principaux commentaires protestants. Il convient de mentionner encore les Horae hebr. et talmudicae de J. Lightfoot (t 16,5).
Ces premières recherches sur l'A. T. avaient fait toucher du doigt la nécessité d'étudier les langues apparentées avec l'hébreu. Ce fut l'origine de l'orientalisme en Occident. On se mit à étudier, plus que par le passé, le syriaque et l'arabe. Les deux foyers les plus actifs de l'orientalisme furent Leyde et Paris; en Hollande : Erpenius (y 1624), Louis de Dieu (y 1642), Leusden (y 1699 Amsterdam), et plus tard, Schultkns (-f- 1760) et Schroeder (y 1 798) ; en France : d'HERBELOT (y 1669); l'oratorien J. Morin (y 1609) et A. Galland
d) C'est en 1678 que paraît à Paris la première
édition de V Histoire critique du Vieux Testament par Richard Simon. L'auteur s'y occupe des textes et des versions. Les huit premiers chapitres présentent, au point de vue qui nous occupe, un intérêt particulier. On y avance que le Pentateuque, les Livres historiques et même les Prophètes n'avaient pas dû avoir, à l'origine, l'unité littéraire que la tradition leur a reconnue depuis. Moïse n'a pas écrit tout le Pentateuque, et même dans les parties qu'il a écrites, il s'est servi de sources et de sources multiples. Il y aAait, sans doute, chez les Juifs, des historiographes officiels, qui n'étaient autres que les Prophètes, et ceux-ci avaient le droit d'ajouter au texte sacré ou d'en enlever. On peut voir dans l'article Pentateuque comment R. Simon s'j' prenait pour établir sa thèse. Du reste, il essaj^ait de faire voir qu'elle n'était pas si nouvelle qu'elle paraissait de prime abord; en glanant à travers la patrologie chrétienne et la tradition rabbinique du moyen âge (par ex. Ibn Esra y 11 67), il avait réussi à coUiger quelques témoignages en sa faveui". L'originalité de VHistoire critique consistait moins dans ses conclusions sur le Pentateuque et les Prophètes que dans sa méthode, c'était la première étude d'ensemble ayant la prétention de dater un livre biblique d'après l'analyse littéraire et historique de son contenu. De ce point de vue, Richard Simon n'est pas tributaire de Spinoza, bien que le traité Théologico-politique (1670) de celui-ci ait précédé de quelques années VHistoire critique. Ce n'est pas en littérateur, ni même en historien, que Spinoza révoquait en doute l'authenticité du Pentateuque et des Prophètes, mais bien plutôt en philosophe panthéiste, qui rejette comme inauthentique tout ce qu'il ne juge pas être conforme aux données de la raison. Cî.^ixwGixAi., Essai sur Richard Simon, 1900, p. I25; Mangenot, L'auth. mosaïque du Pentateuque, 1907, p. 21; et, d'autre part, Westphal, Les sources du Pentateuque, I, Le problème littéraire, 1888, p. 69. Il faut en dire autant de Hobbes, Le\-iathan, i65i. En réalité, Hobbes et Spinoza ne furent que des précurseurs du rationalisme en matière de critique biblique, tandis que Richard Simon a été le fondateur de la critique historique des Livres Saints, au sens moderne du mot. On a prétendu aussi, mais bien à tort, que Richard Simon relevait des principes et des travaux protestants. Il est vrai que les Sociniens et les Armi-
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niens, s'étant relâchés de la conception rigide de la théopnevistie, telle que les premiers Réformateurs l'avaient enseignée, apportaient à Télude de la Bible des procédés philologiques et historiques dont leur exégèse n'avait pas tardé à se ressentir. R. Simon connaît les commentaires de l'arminien Grotius (de Groot, -^ i645), et en fait assez de cas, toutefois sans lui épargner la critique, p. 443. Mais il est évident par tout le contenu de V Histoire critique (et l'auteur en fait plus d'une fois l'observation expresse, p. i3, 35^, 427, 478)» f^^e l'œuvre tend à ruiner la prétention des Protestants de faire de l'Ecriture la règle unique de la foi. Cf. A. Sabatikr, Les religions d'autorité et la religion de l'esprit, i(jo4, p. 320-321. C'est ce dont convenait Bossuet lui-même. Cf. Margival. lac cit. C'est un fait, que les Protestants furent les premiers à réfuter l'Histoire critique. Ils le firent d'abord par la piume de Jean Lk Clerc (Clericus), un arminien de Hollande, dans une série de publications qui s'ouvre en 1680, par les Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur VHist. crit. du V. T. de Richard Simon. Vint bientôt après la Défense des Sentiments..., 1686; et enfin Ars critica in qua ad studia ling. lat. grœc. et hebr. via munitur, 1697. Du reste, la critique de J. Le Clerc sur le Pentateuque était encore plus radicale que celle de R. Simon. Du côté des Catholiques, VHistoire critique ne reçut pas un meillem" accueil. On sait comment elle fut condamnée à Paris dabord, puis à Rome. C'est pour la réfuter que Bossuet a écrit sa Défense de la Tradition et des Saints /^ères (publiée seulement en i743). Cependant, si, à plus de deux cents ans de distance, on compare la position prise par R. Simon dans la question du Pentateuque avec la récente réponse de la Commission biblique, on constate qu'elle se trouve satisfaire aux exigences du décret du 27 juin 1906.
e) Ce n'est qu'un siècle plus tard que le problème littéraù-e concernant le Pentateuque devait être repris. 11 le fut par un autre catholique français, J. AsTRUc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il parait que Jloïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 1753. Voir l'article Astruc dans le Dict. de la Bible (Vigouroux). Le mémoire d'Astruc fut réfuté sur-le-champ par les protestants J. D. MicHAELis et J. F. W. Jérusalem, qui le prenaient de très haut avec le médecin de Montpellier. C'était pourtant l'époque où Lowth en Angleterre et Herder en Allemagne mettaient en honneur les études littéraires sur la Bible.
2. L'Ancien Testament et la critique depuis un siècle. — rt) La lin du xviii* siècle fut marquée en Allemagne par une activité philosophique et littéraire sans précédent dans l'histoire de ce pays. Les études bil)liqucs devaient s'en ressentir. On commença par l'Ancien Testament. Les idées de R. Simon et d'Astruc furent reprises par J. G. Eicuuoux, Einleitung in das A. T., 1780-1788, qui du reste ne nommait pas même Astruc; et peut-être en clfet ne le connaissail-il (pie par la réfutation de Michaelis. Les travaux d'Eiclihorn furent suivis de près par ceux d un prêtre catholique anglais, Alex. Geddes (1792), qui concluait dans le même sens. Désormais, la (piestion du Pentateuque est à l'ordre du jour, et elle y restera pendant un siècle. C'est sur ce terrain, on peut le dire, que s'est édiiiée la critique bil)lique moderne. Les universités allemandes en ont eu pendant plus de cinquante ans le monopole. Toutefois, il ne faut pas oublier que E. Rkuss, dit le Nestor de la criticiue, qui enseignait à l'université de Strasbourg, restée française jusqu'en 1871, semble avoir ouvert la voie dans laquelle on marche encore. De l'Allemagne, la ques-
tion passa dans les écoles de la Hollande, de 1" Angleterre et de la France.
On peut voir dans l'article Pentateuque par quelles vicissitudes et au milieu de quelles polémiques l'hypothèse '( documentaire » d'AsTRUc-EicHuoRX s'est acheminée vers l'hypothèse dite du « développement» de Reuss-Graf-Wellhausex (on dit encore Gr.\f- KuE^"E^-^^'ELLHAUSE^"), couramment reçue aujourd'hui. Voici à quoi elle revient. Le Pentateuque (ovi plutôt l'Hexateuque, car Josué fait littérairement corps avec les livres précédents), date, dans sa forme actuelle, d'après l'exil; — on ne s'accorde pas pour fornmler une date plus précise. Cette rédaction se fonde néanmoins sur des documents fragmentaires plus anciens, à savoir : P = le Code sacerdotal (appelé tout d'abord Eci-it fondamental, Livre des origines, ou Elohiste tout court); E ^ l'Elohiste (ou encore le second Elohiste, par opposition au précédent); J = le Jéhoviste (ou le Livre de l'alliance); D z= le Deutéronome. Or, P serait du \i'^ ou même du v» siècle, E du vii<= ou du viii<=, D du VII'', J entre le vin« et le x*". Selon qu'ils donnent ou non à ces portions intégrantes de l'Hexateuque des sources écrites plus anciennes, et surtout qu'ils reconnaissent à ces documents une valeur histoiùque plus ou moins grande, les critiques sont dits relativement conservateurs ou radicaux. Tandis que Dillmaxx et Noeldeke placent la composition de la plupart de ces sources au ix<= ou au x' siècle, et même certains fragments à l'époque mosaïque, Wellhausex ne veut pas remonter au delà du viii' siècle; à l'entendre, le Décalogue daterait du temps du prophète Michée. Dans sa phase actuelle, la critique de l'Hexateuque ne donne plus qu'une importance secondaire au critère littéraire ; l'argument historique lui-même, celui qui résulte de l'analyse du contenu de ces écrits, se fonde avant tout sur le développement progressif des institutions et des doctrines bibliques. Pour préciser ce développement, on prend comme point de repère le Deutéronome, qui aiu-ait été composé au vu'' siècle, du temps du roi Josias. Cette date est tenue pour certaine.
Les représentants les plus connus de l'école critique, dont les conclusions vont s'écartant toujours davantage des données traditionnelles, sont : Allern., EicHHORX, Ilgex, de Wette, h. Ewald, Vater, Vatke, Knobel, Graf, Hupfeld, Schrader, Noeldeke, Welliiausex, Stade, Budde, Fried. Delitzsch, Holzixger; HolL, Kuenex; France. E. Reuss; Angl., Geddes, Rob. Smith {Encycl. hritannica), et Encycl. biblica (Ciieyne). — L'école conservatrice protestante peut se réclamer, en Allemagne, de Hexgstex- BERG, LïicKE, Keil, Haeverxick, Ed. Koemg, Jul. BoHM. Sam. Oettli, Franz Delitzsch qui devait se rallier, peu avant sa mort, à des conclusions plus avancées: et. en Angleterre. de Bissel,Green, Baxter, Orr. — Entre ces deux extrêmes il existe une école intermédiaire : Allem., Bleek, Kamphausen, Dill- MANX. Kittel, Baudissix, Strack, Klostermann, Con- MLL. Kautzscii; langue angl., Colexso, A. B. Davidson. Driver, Rylk, B. W. Bacon, Briggs, Dict. of tlie /?(7y/e (Hastings); langue franc., IIalévv, Brustox, Westpiial, L. G.vutier. 11 va sans dire que cette classitîoation n'a rien d'absolu, la complexité du problème et la Aariété des solutions qu'il a reçues, ne permettent pas de prétendre à plus de précision. Cf. Westpiial. Les sources du Pentateuque, l. Le problème lilléraire, 1888; II, Le problème historique, 1892; Cli. Briggs, Tlte higher criticism of the Hexateuch, édit. de 1S97: IL HoLzi.VGKK, Einleit. in den Hexateuch, i8.,3.
Du côté des catholiques, le problème littéraire du Pentateuque excita tout d'abord peu d'intérêt. Les quelques Allemands qui s'en sont occupés pendant
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la première moitié du xix« siècle se montrèrent plutôt favorables aux résultats de la critique moderne; on peut citer Movers, Haneberg, Reixke, etc. Toutes les forces vives de l'apologétique catliolique étaient alors dépensées à faire face aux attaques dirigées contre la chronologie Jjiblique au nom de l'égyptologie, et contre les premiers récits de la Genèse au nom des sciences natvirelles : la géologie, l'astronomie et la paléontologie. Cependant, vers le milieu du siècle, les auteurs d'Introductions à l'Ecriture Sainte (Herbst etWELTE, i84o; Glaire, :843; Sciiolz, i845) commençaient à faire à la critique du Pentateuque un peu de place; Kaulex, 1876, Ubaldi, 1877, Corxely, i885, devaient lui donner plus de développements. M. Vi- GOUROUX, S. S., a été le premier à vulgariser en France la question sous sa foruîe actuelle, d'abord dans le Manuel biblique, I, i8;8; puis dans les Lisi-es Saints et la critique rationaliste, III, 1886. Comme ses devanciers, il s'en tient au sentiment traditionnel. A vingtcinq ans de distance, on peut observer un changement de position dans la dernière Introduction spéciale à l'A. T. sortie d'une plume catholique : Fr. Gigot, S. S., Spécial Introd. to the study of tlie Old Testament, 1901. Je le cite. « Un certain nomljre de saA'ants catholiques, qui apparemment ira en croissant, — tels que Bickell, Von Hummelauer, S. J., en Allemagne; Vox HuEGEL, Rob. Clarke, en Angleterre; Lagraxge, O.P., à Jérusalem; Loisy, Robert et d'autres, en France, etc. — acceptent comme solidement établis la plupart des plus importants résultats de la recherche critique », p. 45; cfr. p. 110, 187, i^o. Depuis, il a paru deux ouvrages dans lesquels on soutient le sentiment traditionnel : James Orr (protestant écossais), The problem of the Old Testament, 1906; et E. Maxgexot, L'authenticité mosaïque du Pentateuque, '.907. Il faut joindre à ces monographies J. Brucker, L'Eglise et la critique biblique, igo8, p. 103-189. D'après ce dernier, on peut ramener à trois points ce qu'il est permis de retenir de la théorie documentaire : 10 La constitution définitis'e du Pentateuque peut être postérieure à l'exil; et donc les écrits dont il se compose auraient existé jusque là séparément. 2° Il est possible que Moïse ait fait rédiger ces textes par des écrivains sous ses ordres. 3" La rédaction des écrits d'origine mosaïque peut se fonder elle-même sur des documents plus anciens.
b) Tous les autres livres de l'A. T. ont été soumis successivement à l'épreuve de la critique histoi-ique. Du reste, il est facile de s'apercevoir que, par contrecoup, l'attitude prise vis-à-vis du Pentateuque change déjà, à elle seule, toute la perspective de l'A. T. : histoire, institutions et doctrines.
Il y a cinquante ans, on se demandait s'il fallait abaisser la date de la composition de quelques psaumes à l'époque des Macchabées; aujourd'hui, écrit Wellhausex, on se demande s'il y a des psaumes datant d'avant l'exil. Voir l'article Psaumes. De Delitzscii (1860), qui maintenait encore au compte de David 44 psaumes (sm- ^3 qui lui sont attribués par les titres), à Bakthgex (1897), qui ne lui en conserve plus que 3, on peut mesurer le chemin parcouru. Pour Driver, res non liquet, tandis que Duhm et Cheyxe se rangeraient volontiers à la formule de Wellhausen. La plupart des catholiques : Patrizi, Vax Steexkiste, Lesètre, Crampox, Filliox, PanxiER maintiennent que le plus grand nombre des psaumes datent d'avant l'exil et que beaucoup sont de David; mais ils accordent que les autres sont de l'époque du second Temple, et même que quelquesuns pourraient bien avoir été composés sous les Macchabées. Dans ces conditions, le psautier n'aurait été définitivement clos que peu de temps avant la composition du prologue de l'Ecclésiastique grec, vers 1 3o.
D'autres cependant, par exemple le P. Zenner, Die Psalmen nach dem Urtext, 1906, I, p. 20, se rapprochent plutôt des conclusions de Bathgen. Il faut bien convenir que la date, même approximative, de la plupart des psaumes devient très difficile à déterminer, du moment que l'on n'accorde pas de valeur historique aux titres qui les attribuent respectivement à David, à Asaph, à Coré, etc.
c) Les livres historiques, n'étant datés d'aucune façon, laissent une porte largement ouverte aux conjectui'es. Assez généralement, on place la composition des deux premiers livres des Rois (autrement dit de Samuel) entre le viii" et ai' siècle. On se contente d'assigner aux deux autres l'époque qui a précédé l'exil, sans préciser davantage. M. M. Vernes, Précis d'histoire juive, 1889, p. 478-820, place au iv^ siècle la composition des quatre livres des Rois; mais son opinion est restée sans écho. Esdras et Néhémie seraient du IV* siècle, les Paralipomènes (ou Chroniques) auraient été rédigées après la construction du second Temple, entre 3oo et 260. Les livres des Macchalîées sont du 11' siècle. Rien de précis sur l'âge de Ruth, de Job, de Tobie, de Judith, d'Esther et de Jouas. On discute même sur leur genre littéraire. — Le caractère de l'histoire biblique fait l'objet de vives controverses. Pour les tenants les plus avancés du « criticisme )>, cette histoire est d'un bout à l'autre foncièrement pragmatique, c'est-à-dire destinée à justifier les institutions et les doctrines du temps présent, en les reportant dans le passé par fiction littéraire. En somme, les auteurs de ces prétendus livres historiques auraient été avant tout des poètes. C'est la thèse plus que paradoxale de M. Vernes, loc. cit. Les autres, tout en admettant que l'histoire biblique est tendancieuse, estiment qu'elle met au service de la cause qu'elle entend défendre, non pas une pure fiction poétique, mais une tradition populaire, dont la valeur est de moins en moins historique à mesure que l'on remonte vers les origines. Le Pentateuque, à partir de l'Exode, serait l'épopée du peuple d'Israël, tandis que la Genèse représenterait sa mythologie. Avec les Rois seulement on prendrait pied sur le terrain ferme de l'histoire. Cf. Ryle, The early A'arratives of Genesis, 1892; IL Guxkel, Genesis, 1901, dans le Ilandkommentar zuni A. T. de W. Nowack, et plus brièvement dans Die Sagen der Genesis, 1901 (tiré à part de la première livraison du précédent commentaire); A. Loisy, Etudes bibliques, 1901, p. 61. Toutes les Histoires d'Israël publiées depuis cinquante ans relèvent plus ou moins de la critique littéraire et du mouvement d'idées dont nous venons de parler. Il faut citer celles de Eavald i843, Graetz 1 853- 1875, HiTziG 18G2, Reuss 1877, Le- DRAix 1879, Stade 1887, Kittel 1888, Vernes 1889, Renan i 887-1 891, Wellhacsen 1894, Kent 1896,
CORNILL 1898, PiEPENBRING l8y8, GUTHE 1899.
Pour les catholiques, le récit biblique reste VHistoire Sainte. Tout en convenant qu'il a été conçu et conduit en vue d'un enseignement religieux à donner, ils lui reconnaissent un caractère historique proprement dit. Quelques-uns pourtant ont fait exception pour les récits primitifs de la Genèse. Voir plus bas III, 2 b. M. ViGouRoux, a publié quatre volumes, plusieurs fois réédités, La Bible et les découvertes modernes, 1877, pour justifier l'exactitude du récit biblique. M. Lesï:tre, Histoire Sainte, 1908^ (qui est à compléter par Les récits de l'Histoire Sainte dans la Revue pratique d'Apologétique, avril 1906 et suiv.) ; et M. GiGOT, S. S., Outlines ofthe jewish historryiSgj, (commençant avec Abraham) ont tenté d'écrire un précis d'Histoire Sainte, en tenant compte des résultats certains ou du moins acceptables de la critique moderne.
CRITIQUE BIBLIQUE
d) L'authenticité des Prophètes a résisté davantage à la critique, car on peut négliger le paradoxe de E. Havet et de M. Veuxes, qui voient dans leurs écrits des compositions pseudépigraphiques des quatre siècles qui ont précédé immédiatement notre ère. On s'accorde assez à dater du aiii' siècle : Amos, Osée, Isaïe (la première partie, sauf quelques chapitres), Michée; — du vii= siècle : Nahum, Sophonie, Jérémie (l'intégrité est contestée), Baruch, Haljacuc; — du vi« siècle : Ezéchiel (Deutéro-Isaïe), Aggée, Zacharie (l'unité littéraire est contestée); — du V^ siècle : Malachie. On reste indécis au sujet de Joël et d'Abdias (du x^ au vi^ siècle, ou même à une époque plus basse en ce qui concerne Joël); ceux qui admettent le caractère historique du livre de Jonas en placent la composition au viii« siècle, et quelques-uns au v«. Il va sans dire que le très grand nombre des critiques dits indépendants n'admettent pas la possibilité de la prophétie, et que ce préjugé a exercé son influence aussi bien sur leur ci-itique littéraire que sur leiu" critique historique. Voir l'article Propiié-
TISME.
e) L'histoire littéraire de l'Ancien Testament a été écrite, du côté des rationalistes et des protestants, par Th. NôLDEKE, Hist. littér. de l'A. T. (trad. franc, de Derenbourg et Soury, 1878); J. Wellhausen, Prolegomena ziir Geschichte Israi'ls, 1878; R. Kittel, Die Anfange der hebr. Geschichtschreibung im A. T., 1896; B. DuHM, Die Entstehung des A. T., 1897; E. Kautzsch, An oiitline of the Literature ofthe O.T. (trad. angl., 1899); G. F. Moore, Ilistorical Littérature ofO. T., dansVEncrcI. biblica (Cheyne), col. 2076; BuDDE, Geschichte der althebr. Literatur, 1906. — Du côté des catholiques, on peut citer W. Bakry, The tradition of Scripture, 1908. La plupart des Introductions à l'Ecriture Sainte font une part i)lus ou moins large à l'histoire et à la critique littéi*aire.
Les plus connues de ces Introductions sont : 1° du côté des catholiques, celles de Jahx, 1793, Heubst- AVelte, i84o-i844) ScHOLz, i843-i848, Haneberg, i845, Reuscu, i859,Kaulex, 1876, 1899 % avec Compend. 1S97 (Allem.); Ubaldi, 1877 (lat.); Vigouroux, 1878- 1880', 1906'- (franc.); Cornely, 1885-1887, Conipend. 1889' (lat.), 1907 édit. franc.; Trociiox, 1886, Conipend. 1889 (franc.); Ciiauvix, 1897 (franc.); Gigot, 1899-1906 (angl.); Cellixi, 1908-1909 (lat.) ; — 2" du côté des Protestants, celles de Haeverxick, i836- (8^9, rééditée par Keil, i853 (allem.); Blekk cIKamphausex, 1860, rééditée jiar Wellhausex, 1878, 1886, i8g3 (allem.); Kuexex, 186 i-i865 (hoUand.); Driver, 1891, 1898' (angl.); Koexig, 1898, Strack, 1894'' (allem.); Corxill, 1891, 1905'' (allem.); Briggs, 1899 (angl.); Baudissix, 1901 (allem.).
Sous le titre d'Histoire de la révélation de VA. T., ou simplement Histoire de l'Ancien Testament, Haxeberg, i85o (trad. franc, de Goschler i856), Daxko, 1862, ZscHOKKE, 1872, 1894 s et le D' M. Scuôpfer, 1894, 1906 ', ont écrit des ouvrages dans lesquels on traite tout à la fois de l'histoire d'Israël, de l'origine de ses Ecritures et même de ses croyances. L'œuvre du D"' Schôpfer a été traduite en français et assez profondément remaniée par M. J. B. Pelt, 1896, 1904 ''; et celui-ci, à son tour, vient d'être traduit en italien et adapté par M. Rouselle, Storia deli Antico Testamento, 190G.
f) C'est surtout dans l'histoire des doctrines et des institutions religieuses de l'Ancien Testament que le préjugé rationaliste s'est fait sentir. Sur ce terrain, des travaux considérables ont été entrepris sous le titre général de Théologie de l'Ancien Testament par V.\TKE, i835, Kl'exex, 1869-1870, IL Scuultz, 1869, J. F. Oeiiler, 1873-1874, A. Kayser, 1886, Piepex- BuixG, 1886, Alexaxder, 1 888, E. Riehm, 1889,
A. DuFF, 1891, Smexd, 1898, DiLLMANX, 1896 (édité par Kittel), W. H. Bexxett, 1896, A. B. Davidsox, 1904 (édité par Salmond), Stade, 1906. Ces théologies peuvent se distribuer en deux types : le type ancien, représenté par Yatke, dépend d'une conception hégélienne de la conscience religieuse; le type nouveau, représenté par Stade, se fonde sur la théorie de l'évolutionisme religieux. Le texte biblique nous fait connaître les expériences religieuses du peuple d'Israël aux différentes époques de son histoire, notamment en ce qui concerne le monothéisme, qui est le fond même de sa religion et le messianisme, objet et terme de ses aspirations. Dans une théologie biblique, on entend pi-éciser ces manifestations de la conscience du plus religieux des ijeuples de l'antiquité, marquer les étapes qu'elles ont franchies, et même en déterminer les causes. Pour la plupart des auteurs cités ci-dessus, ces causes sont exclusivement d'ordre naturel, les protestants libéraux et les « modernistes » font en outre appel aux interventions vagues et mal définies d'une providence spéciale sur Israël. L'histoire religieuse de ce peuple, culte et doctrines, vient d'être écrite de ce point de vue par E. Kautzsch, Religion of Israël, 1904, dans TExtra-Vol., p. 62, du Diction, of the Bille (Hastings). Dans une brochure intitulée Die bleibende Bedeulung des Alten Testaments, 1902, le même auteiu" ramène la valeur permanente de l'A. T. aux points suivants : la Bible reste un admirable monument d'esthétique, encore qu'il soit inégal, et un document dhistoire ancienne de premier ordre; par-dessus tout, elle est le livre du salut, où l'on apprend comment Dieu est venu à l'homme et comment l'homme doit aller à Dieu. S. R. Driver, The higher criticism, igoô, p. 11, met la principale valeur du prophète dans ses aspirations morales et religieuses, plutôt que dans ses prédictions. Cf. W. G. JoRDAX, Biblical criticism and modem Thoiighf, 1909.
La théologie biblique est un genre moderne. CL Revue des Sciences philos, et théolog. ,jginy. 1907, p. i3o. Des anciens, tels que Noël Alexaxdre, 1676, Bvs- XAGE, 1704, D. Calmet, 1718, avaient bien écrit des dissertations historiques et théologiques sur les principaux faits de l'A. T., mais sans faire l'histoire des doctrines. Les premières théologies proprement dites, écrites du point de vue catholique, sont celles de H. ZsciioKKE, Théologie der Propheten des A. T., 1877, et du P. M. Hetzexauer, O. P., Theologia biblica, t. I, Vêtus Test., 1908. L'une et l'autre sont trop schématiques, c'est-à-dire rédigées d'après les cadres d'une théologie systématique; elles ne donnent pas sulTisamment à connaître les progrès de la révélation de l'A. T. Sur ce développement progressif, cf. J. Brucker, L'Eglise et la critique biblique, 1908, p. 289.
Les croyants, qu'ils soient catholiques ou jjrolestants conservateurs, comme il s'en trouve encore beaucoup en Angleterre (cf. Mgr Batifeol, dans Le Correspondant, t. CCXX, p. 21), estiment que l'histoire et la religion d'Israël ne s'expliquent pas suffisamment, tant que l'on ne fait pas appel à la révélation divine, spécialement en ce qui concerne le monothéisme et le messianisme. Les prophètes ne sont pas les créateurs du monothéisme, le messianisme est autre chose qu'un désir de revanche contre les Gentils ou encore un rêve de domination universelle. Le développement historique de la littérature, des institutions religieuses et des croyances chez les Juifs est très réel; mais loin de s'opposer à une activité surnaturelle, il la suppose. Voilà pourquoi, les critiques croyants estiment que le préjugé rationaliste n'est logiquement lié ni à la méthode critique ni à plusieurs des résultats obtenus par son moyen, encore que ce préjugé ait, de
CRITIQUE BIBLIQUE
fait, influé sur le mouvement d'études dont l'A. T. est l'objet depuis un siècle.