PREFACE
Ue même que tout ce qui tient à l'art oratoire, l'éloquence de la chaire a eu son enfance, sa jeunesse et sa virilité. Elle n'est arrivée que lentement et par degrés, au point oii elle est aujourd'hui. C'est environ depuis deux siècles qu'elle a acquis, en France, cette noblesse, cette majesté qui en sont le principal caractère. Avant ce temps, les orateurs sacrés, ayant à lutter à la fois contre l'ignorance des siècles oii ils vivaient, contre le mauvais goût qui en était la suite inévitable , enfin contre les difficultés, que présentait sous le rapport du style, une langue qui n'était pas encore fixée, ne pouvaient manquer de tomber sous ces divers rapports dans de graves inconvéniens. De là ce mélange bizarre du sacré et du profane qui se rencontrait dans leurs discours, de la, ces citations puisées indistinctement dans l'écriture sainte et dans les auteurs payens ; de là , ce style
confus et entortillé, en un mot, ce défaut de jugement, de méthode et d'élévation dont aucun d'eux ne sut se préserver.
Quand au commencement du dix-septième siècle , les progrès de la langue eurent rappelé en France le bon goût, les orateurs sacrés commencèrent à s'affranchir des vieilles routines, et à parler d'une manière digne des sublimes vérités qu'ils étaient chargés d'annoncer. Mais il n'était réservé qu'à la fm de ce même siècle de produire de ces hommes supérieurs qui devançant la marche lente du temps , font faire à l'art qu'ils cultivent des progrès immenses et révèlent des beautés qui étaient restées inconnues k leurs devanciers. Ces grands génies furent précédés dans la carrière de la chaire par Jean Le jeune qui prêchait autant par ses vertus que par ses paroles et par Claude de Lingendes qui avait je ne sais quoi cV insinuant qui allait à V âme. Ce prédicateur célèbre composait en latin les sermons qu'il devait
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prononcer en français. Ses sermons ont même été imprimés dans cette première langue et il n'en existe en français qu'un petit nombre, lesquels ont été traduits depuis peu. Ce n'est point d'après ces traductions qu'on pourrait juger de li^ manière d'écrire de ce prédicateur; le traducteur leur a prêté son style et y a d'ailleurs réformé beaucoup de choses pour les assimiler , autant que possible, aux sermons des prédicateurs modernes, car le père de Lingendes , quoique bien supérieur sous le rappport du goût , à tous ceux qui l'avaient précédé, citait encore par fois Aristote, et hérissait ses matières de ces nombreuses sous-divisions qui rendent le discours plus sec sans ajouter à sa clarté. Bientôt après parurent les pères Giroust, Castillon, Cheminais, de la Roche, Hubert, GrifFet, de la Boissière, ainsi qu'Antoine Anselme , Charles Boileau , Jean Louis de Fromentières, Soanen , etc. dont les sermons formèrent, pour ainsi dire.
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la première dpoque de Téloquence de la chaire en France. Elle devint alors tonte autre qu'elle n'avait été dans les siècles précédeus, ou, pour parler d'une manière plus juste 5 ce lut alors qu'elle commença véritablement d'exister. Cependant ces orateurs estimables , dont les discours offrent des beautés, n'étaient pas exempts de nombreux défauts; le plus distingué d'entre eux, le père Charles Frey de Neuville, fut loin de montrer un mérite égal dans tous ses sermons : il restait à l'éloquence sacrée un grand pas à faire lorsque Bourdaloue et Massillon la portèrent au plus haut point de perfection auquel elle put atteindre. Revêtue, par ces deux orateurs, de tout l'éclat dont elle était digne, elle brilla en France plus qu'elle n'avait jamais fait chez aucune autre nation. Vers le même temps, Bossuet, Fléchier, Mascaron, firent admirer dans leurs oraisons i'unèbres, un talent jusqu'alors inconnu. Après ces grands hommes , commença
pour l'éloquence de la chaire, une nouvelle époque dans laquelle elle perdit un peu de sa splendeur. Leurs successeurs , non moins zélés sans doute , mais d'un lalent plus ordinaire, ne purent, malgré leurs efforts , atteindre à leur hauteur. Cependant, s'ils ne sont pas parvenus à égaler des hommes d'un talent aussi sublime, la plupart d'entre eux n'en méritent pas moins d'être cités avec éloge.
Le père de la Rue, L'abbé du Jarry, le père Bretounneau, Molinier, de la Parisière , André Gaspard Terrasson, Perrin, Clément , le père le Chapelain , et beaucoup d'autres annoncèrent la parole de Dieu d'une manière digne de leur ministère.
La fin du dix-huitième siècle admira l'éloquence persuasive de l'abbé Poulie , et des vieillards se rappellent encore les accens mâles et énergique dont le père Bridaine faisait retentir les voûtes sacrés de nos temples. Encore aujourd'hui l'éloquence de la chaire a de puissans soutiens : les
Frayssinoiis, les Guillons, les Boulogne et tant d'autres , ont prouvé et prouvent que le talent de la chaire ne s'éteint point en France. Cependant il est à désirer que de jeunes orateurs se forment sur ces modèles, comme ces derniers se sont formés sur les traces de ceux qui les avaient précédés ; il est nécessaire qu'ils aillent , comme eux, puiser dans les sources abondantes que présentent les deux derniers siècles. Un ouvrage faisant connaître ces sources et donnant des détails satisfaisans sur tous les sermonnaires qui se sont acquis en France une réputation méritée, était indispensable non seulement aux jeunes élèves qui se destinent à la prédication, mais encore h toutes les personnes pour qui l'éloquence de la chaire a quelque attrait. Cet ouvrage manquait a notre littérature sacrée. Sentant l'utilité , ou plutôt la nécessité d'un pareil travail, nous avons entrepris de l'exécuter. On ne s'est mis en devoir de le commencer qu'après avoir
fait toutes les recherches et s'être muni de tous les renseigncmens qu'exigeait une matière de cette importance.
Il parut dans le dernier siècle un Dictionnaire portatif des prédicateurs, à Lyon, chez Pierre Bruysset; mais indépendamment de ce que cet ouvrage est très-incomplet, il oflre un vide de soixante-cinq années, puisqu'il ne va pas au delà de 1757; d'ailleurs, l'édition en est totalement épuisée. Le Nouveau Dictionnaire des prédicateurs, plus fort des deux tiers que le précédent, contient tous les détails omis dans ce premier ouvrage , tous les articles des prédicateurs antérieurs à 17^75 qui n'y avaient point été insérés, enfin, tous les articles des prédicateurs morts postérieurement à 1757. Ne pouvant suivre le plan de ce premier ouvrage , qui était trèsdéfectueux, on a du en créer un nouveau qui renfermât tout ce qui doit naturellement entrer dans un recueil de ce genre ; nous espérons que les recherches multi-
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pliées auxquelles nous notis sommes constamment livrés depuis un assez long espace de temps , nous ont mis à portée de ne rien omettre de ce qu'on a droit de s'attendre a trouver dans le travail que nous publions. Il renferme toutes les notions précises et authentiques qu'il a été possible de se procurer siu* la vie des prédicateurs classés dans ce dictionnaire , une énumération exacte de leurs ouvrages, et autant que possible 5 les époques auxquelles ils ont été publiés; des citations fréquentes, propres h en faire connaîtrel'esprit etle genre; enfin des particularités curieuses, relatives à un grand nombre d'entre eux, et que peu de personnes connaissent. Notre premier 6oin , avant de commencer ce travail , a été de faire une recherche scrupuleuse des prédicateurs de mérite dont il n'avait été fait mention nulle part, et nous n'avons pas laissé d'en découvrir an certain nombre dont on a fait les articles que nous avons classés a leurs lettres parmi les autres. On
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a pris soin que les noms se trouvassent reproduits avec exactitude, et on a renvoyé aux noms propres, pour tous ceux qui, dans d'autres ouvrages , sont désignés par des surnoms qui laissent ignorer le nom véritable. Nous avons aussi toutes les fois que la circonstance le permettait, indiqué ceux des discours qui ont principalement contribué à la réputation de leurs auteurs. Non seulement les prédicateurs pourront profiter de cet ouvrage, mais encore tous ceux qui désirent connaître les meilleurs morceaux d'éloquence, afin de se former ou de se perfectionner dans cet art. Les personnes qui se destinent , ou qui sont employées au ministère de la chaire, seront sans doute flattées de trouver réunies dans un seul volume des notions exactes sur tous les sermonnaires qui ont prêché dans notre langue j et, de leur côté, les gens du monde ne seront pas fâchés d'y rencontrer des détails curieux sur ceux de ces hommes, qui, comme orateurs, ont fait le plus d'honneur
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à l'éloquence française. Il serait bien étonnant que , dans un siècle oîi il paraît continuellement (le nouveaux dictionnaires, oii l'on se fait une sorte de devoir de transmettre à la postérité jusqu'aux moindres écrits cjui paraissent ainsi que les noms de leurs auteurs, on laissât dans l'oubli les prédicateurs et leurs ouvrages. Cette omission serait d'autant moins excusable que déjà un assez grand nombre de personnes ont témoigné le désir de posséder un dictionnaire tel que celui que nous publions, c'est-à-dire , qui put mettre chacun à portée de connaître et les meilleurs prédicateurs qui ont existé en France depuis le dix-septième siècle , et les meilleures productions c£ui sont sorties de leurs plumes. Ce travail, ainsi que nous avons lieu de l'espérer, remplira ce double but qui n'avait encore été atteint que très-imparfaiment jusqu'à ce jour. La matière étant en elle-même assez vaste , nous nous applaudissons d'être parvenus à ne faire qu'un
seul volume, sans avoir pour cela omis aucun des détails que l'on pouvait désirer. De cette manière, chacun pourra se procurer notre ouvrage à moins de Trais , et nous aurons la douce satisfaction d'avoir travaillé dans l'intérêt du public et de la religion. Ce que nous avons dit doit suffire pour faire connaître et la nature de notre travail, et le but que nous nous sommes proposé.