‹ Dictionnaire biographique et bibliographique des prédicateurs et sermonnaires françaisChapitre 56 sur 78 · NEU · texte numérisé non relu

NEU

» goûter les" belles choses que vous me dite». » ( On cile lin mot, à-peu-près semblable , dit par le même prince à Massillon , qui s'était arrêté quelques instans avant de reprendre la suite de son discours. ) Ce prélat mourut en juin 1727. Il avait fait quelques vers dans sa jeunesse. Se?, Discours et Sermons, Paris, 1754, 1 vol, in-13, sont écrits du style d'un homme du monde, c'est-à-dire aveo. une simplicité noble, et en même temps avec cette négligence par laquelle les gens de qualité affectaient de se distinguer des écrivains rotu-riers. On n'y trouve point cette onction qui touche l'âm© cl caractérise le véritable orateur chrétien.

I. NEUVILLE ( Pierre-Charles Frey de ) , né à Grauville , en 1692, d'une fanïille noble , établie en Bretagne, entra de bonne heure dans la société des jésuites. Ayant le génie de l'administration, il obtint tous les grades de son ordre, et fut nommé deux fois provinciaî. 11 avait quelques talens pour la chaire et l'art oratoire. Ses Sermons , au nombre de seize, ont été publiés par les abbés Querbeuf et May, ex-jésuites, et imprimés à Rouen, 1778,2 vol. in- 12. ils sont moins brillans q>ie ceux de son cadet, mais ils sont plus solides A[)rès la destruction de sa société , Neuville se reiira à Rennes, oij il mourut en 1775, regrelté de tous ceux qui l'avaient coniiu. On lui doit encore Observations sur {'institut de ta société des jésuites , Avignon , 1771 , in-12.

H. NEUVILLE ( Anne-Josepli-Claude Fret de), de la s,ûciélé de Jésus, frère di; piécédenl , naquit à Vitré,. U aa octobre «6g5v Ayant montré de bonne heure les-

plus heureuses disposilions pour l'étude, ses pareus l'envoyèrent au collège de Rennes , pour les cultiver encore mieux. Le jeune de Neuville ne tarda pas à se distinguer, et il fut aisé d'apercevoir qu'il parcourrait dans la suiîe une brillante carrière. Il joignait à beaucoup de pénétration une heureuse lacililé, de la finesse, de la grâce dans la manière de s'exprimer et de rendre tous les sujets qu'il traitait. Ou remarquait en lui tout ce qu'on peut désirer du côté de l'esprit ; mais, ce v]ui valait encore mieux, un cœur pur, droit et sensible, un goût pour la vertu et pour la piélé , qu'il savait dèslors concilier avec l'amour du travail , avec une sorte de passion pour la lecture. Voilà , dit l'abbé Querbcuf , dans la Préface des sermons du ^. de Neuville , voilà ce que cet enfant ofTrit aux soins de ses maîtres , et ce qu'ils réussirent à pcrfccîionner. Dans la nombreuse école où il était , le jeune de Neuville se fit remarquer par son application et par les progrès les pins rapides dans les sciences. Il y puisa , avec la connaissance des langues savantes , de rhisloire ancienne et de la géographie , ces principes de goût si propres à régler Tiinagination et à perfectionner la raison, et ces principes de religion et de piété, si nécessaires pour contenir et enchaîner les passions. Frappé de la beauté et de la vérité des maximes évangéliques , il résolut d'en faire l'unique règle de sa conduite ; et pour les pratiquer plus sûrement lui-même, pour les enseigner aux autres avec plus de fruit, il demanda à ses parens , et il en obtint la permission , d'entrer chez les jésuites. Il se rendit donc à leurnoviciiit de Paris au mois de septem- . ^r^ 1710 j il y apporla , avec une ame pk'ine de feu et

d'aclivité, des înœnrs innocente» et un cœr.r qui n'avait senti de vive impression <|ne celie d'une louable émulation. Après le temps d'épreuve , le J*. de lî^euvil'e passa par tous les exercices ea usage dans l'étal qu'il avait embrassé. Près de dix-huit fins furent consacrés , Roil à SCS propres études , soit à donner dos leçons de beHes-Ictties et de philosophift. Pendant sa tliéuîo^ie , il donna des preuves frappantes de la ius'csso , de la supériorité et de réle:ulue de son esprit ; et (juand il l'eut Hnie, l'histuire devint l'objet favori de ses lectures et de ses réflexions. Il ainiait à discuter, à comparer, à éclaircir les faits, à rassembler tout ce qu'il trouvait d'anecdotes sûres et intéressantes, à fouiller dans ces archives plus aiïligeantes qu'honorables pour l'humanité. Une critique saine et judicieuse, un grand discernement, une plume facile et élégante , doivent faire regretter (ju'il n'ait pu so livrer uniquement à celle partie importante et instructive des connaissances humaines, îl avait rassemblé ci mis en état de voir le jour trois volumes d'observations critiiiues et historiques. Quoiqu'il n'eût cherché que la vérité , quoiqu'il eût présenté les objets avec sagesse e*; inspartialité , la craLr\te ipTon ne le jugeât avec prévesjlion , qu'on ne lui prêiât des motifs qu'il n'avait pas, qu'on ne trouvât même dans son ouvrage toule autre chose que ce ou'il voulait dire , le détermina à le jeter au feu quelques, mois avant sa mort, sans consulter personne que luimême pour celte démarche, qui lui alîi.-ales plaintes et les reproches de ses amis. Il crut se juslifier en leur répondant qu'il ne voulait pas que, même après sa \novi, ceux à qui i! aurait confié ses manuccrifs fus-

sent iiiquiéîés ou compromis à son occasion. Quelques sermons détachés qu'il prêcha pendant qu'il enseigna la philosophie, furent si bien reçus, et annoncèrent ua talent si marqué pour ce ministère , que ses supérieurs se déterminèrent à l'y destiner. Il reçut leurs cirdres aven respect, et s'y conforma avec soumission ; mais il scî fit un nouveau plan d'étude: TEcriture-Sainte , les Pères , les dogmes fondamentaux de la religion , l'Histoire ecclésiastique, voilà quel fui l'objet continuel de son travail et de ses méditations ; il lisait avec soin et faisait des extraits de ce qui l'avait frappé, de ce qu'il croyait propre à toucher, à instruire ses auditeurs. Après avoir rassemblé d'aussi bons matériaux, après s'êlre lui-mêiire pénétré et convaincu des vérités qu'il allait être chargé d'annoncer, il se permit de parcourir tout ce que , dans les temps anciens et modernes, les ennemis de la religion ont fait d'objections contre le culte et le dogme. « Il paraît , dit l'abbé Querbenf, que le » P. de Neuville lisait la plume à la main , et faisait des » extraits ou des réflexions sur ses lectures.» Non content de ce travail préliminaire , lorsqu'il s'était décidé à traiter une vérité, il l'éludiait de nouveau ^ il relisait tout ce qui pouvait servir à Téclaircir, à la démontrer; il traçait ensuite le plan de son discours , il le portait dans la tète deux ou trois mois, s'en occupait sans cesse, le méditait , l'envisageait sous tous ses diflerens rapports, et ce n'était qu'alors qu'il prenait la plume. Lorsqu'on l'entendit à Paris, pour la première fois , en 1736 , il excita la curiosité et fixa l'attention de presque ^oute la capitale. On accourait àses sermons avec cet çrnpressemenf qu'on y a, plus qu'ailleurs., pour tout

N E U iSJ

ce qui est nouveau , pour tout ce qui a de la vogue ; et, en effet , le P. de Neuville avait de quoi faire impression sur l'esprit de ses auditeurs. Personne ne connut mieux le cœur de l'homme, et ne le peigtiit avec plus de vérité. Son Oraison funtbrc du cardinai Fictivy , quoique ce fût son essai dans ce genre ^ et celle du marcchal de Betle-IsU , quoique faite dans un âgé avancé , ont le mérite de ses autres productions. La première, [)rononcce dans l'église de Paris, fit la plus vive impression ; elle serait un chef-d'œuvre, si l'auteur y avait fait quelques petits changemens. On pourra s'en faire une idée parle passage suivant :ali n'est donc plus, » dit-il , ce ministre si puissant , si respecté ! Il est » encore. Il n'est plus parmi nous ; il est dans les pro- » fondeurs de l'éternité. La terre a reçu la terre; l'esprit I) était venu de Dieu , il est retourné à Dieu : Rcvertalur » puivis in terrain suam ; undc erat spiritus , re^ j) deat ad Deum qui fecit iltum. Kous avons suivi le 1) cardinai de Fleuri dans les divers événemens dont fut Il composé le tissu de sa vie sur la terre ; continuons de » marcher sur ses pas. Osons le suivre lorsqu'il entre « dans les [)rofondeurs de l'éternité. Le voilà S3ul avec » Dieu seul : quelle révolution soudaine d'idées et de » senfinicns ! Exemple rare des prospérités humaines, » qu'il ait possédé une faveur sans vicissitudes, sans » déclin ; que sa mémoire soit honorée par les regrets, » de son maître. Ah ! que lui importe ce qu'il fut , et » ce qui se paisse sur la terre ! L'immense étendue de ï l'éternité qui s'ouvre à ses yeux , l'attente terrible 1! des jugcniens de Dieu , la destinée, le sort immuable ^ d'une vie nouvcHequi commence po.'u- ne finir jamais;.

» concevez, si vous pouvez , .l'impression profonde de » craintes pénétrantes , d'agitalions tumultueuses et » rapides, (jue de pareils objets font dans son âme » épouvantée et consternée! La religion avait appris au » cardinal de Fleuri, que les fortunes, les disgrâces du » temps ne sont que des songes frivoles; qu'il n'y a de n vrai bonheur, de véritable malheur que dans Pélerj> nilé : la religion le lui avait appris, il le croyait ; le » voile est déchiré, il le voit, il le sent, il réprouve. » Bientôt, Rlessieurs , nous le verrons, nous l'éprou- » verons comme lui. Quelques jours , quelques années » peut-être, termineront notre course ici-bas: le ciel » nous eût-il compté , préparé des siècles , ignorons- » nous que la vie la plus longue n'est qu'un instant ? » Mesurée sur l'éternité , la durée du cèdre du Liban » ne .sera pas moins courte que la durée du fragile ar- » brisseau qui croît à son ombre. Je ne vois pour » l'homme que naître et mourir ; l'espace qui sépare » ces deux termes est si peu de chose , qu'il n'est rien. » Esprit, talens , opulence, crédit, aulori'.é , réputa- » tion , ces dons, ces trésors de la nature ou de la for- » tune , souvenons-nous qu'ils sont renfermés dans uu » vase d'argile : il tombe , il se brise, il ne reste que » des ruines cl des débris. Accoulumons-nous à penser s» comme nous penserons dans l'éternité, à juger comme 1) nous jugerons dans l'éternité. Nous laisserons l'homme » profane s'égarer dans des espérances et des félicités » trompeuses ; loin d'envier ses prospérités , nous dé- V plorerons son illusion funeste- Que sert à l'homnie » de gagner le monde entier , s'il vient à perdre son a âme ? » Obligé de paraître quelqucfoi'; dans le grand.

monilc , il s'y monlia toujours en digne niinislre rie l'Evangile , qui connaît les éj^ards qu'il doit au rang et à la naissance , et qui ne s'avilit jamais par de Idclies consplaisances pour les faiblesses et pour le» travers des grands. Il avait une sorte de gaîlé grave fit modesîe j mais agréable et piquante ; il parlait bien de tout, se prêtait d'abord dans les entretiens à tout ce qui ne blessait ni l'honnêteté ni la décence , et les ramenait adroitement, et sans afTectalion , à quelques points solides et iiisfructifs; en sorte qu'en le quittant , on rapportait des lumières svir ses devoirs , et souvent aussi le désir et la résoluliou d'y être plus fidèle. Cette manière douce et paisible d'instruire , d'averiir, de reprendre dans le particulier, achevait le bien qu'il n'avait fait que préparer dans la chaire. Il se chargea aussi de la direction des âmes, et il recevait également les grands et les petits qui demandaient à se confesser à lui. L'abbé de Voisenon, dont la vie avait éié presqu'entièrement consacrée au monde et au théâtre, se sentant assez sérieusement malade pour penser à se confesser, envoya chercher le P. de Neuville : « Mon Père, lui dit-il en le voyant près » de son lit , je ne veux point aller en enfer , c'est un » logement trop incommode. — Vous avez raison , mon » cher abbé, luiiéponditle P. de Neuville ; mais si vous » persistez à faire vos opéras-comiques, cela pourrait » bien vous arriver. Ce n'est pas le tout d'aller eu » enfer , mon cher ami , vous y seriez encore silïlé. » Cette réplique prouve comment il savait faire une remontrance , tout en se conformant au ton dont on lui parlait. Son attrait particulier était pour les personnes ^ffî.igées. S'agissait-il de les consoler, de les secourir.

il quittait alors sa solitude avec une espèce d'empressement ; il volait partout où il y avait des larmes à essuyer ; il prodiguait ses visites et ses soins, et il ne se rebutait de rien. Par sa constance , par sa douceur insinuante, par sa sensibilité il gagnait la confiance, et après avoir pleuré lui-même avec les malheureux, ii les amenait au pied des autels y puiser les consolation» de la religion. Telles furent les occupations du P. de INeuviile jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. Ses dernières années furent remplies de chagrins , qu'il supporta avec résignalion , et qui furent adoucis par le» bienfaits du Pioi. Ayant obtenu la permission de se retirer à Saint-Germain, on le pressa de profiler du loisir dont il jouissait, pour revoir ses sermons. Il éîait alors dans sa soixante-dix-huitième aiuiée ; il avait un corps usé par les travaux, lechagrin et les infirmités, mais la lête ferme, l'imagination encore brillante, la mémoire sûre; aucune des facultés de son âme ne paraissait ressentir les outrages du temps. Vers la fin de 1771 il avait associé à son travail l'abbé Querbeuf et l'abhé May ; et c'est à eux que l'on doit ses sermoiis , que sa mo(iestie l'empêchait de publier. Il n'y en avait encore que quinze de retouchés et de mis au net , lorsque le Père de Neuville tomba malade au mois de juillet 1774- Après avoir satisfait à tous les devoirs de la religion et avoir remis ses manuscrits à l'abbé Querbeuf, il mourut le samedi i5 juillet, vers sept heures du soir, dans la quatre-vingt-unième année de son âge. Les Sermons du P. de Neuville furent publiés à Paris, chiz Mérigot le jeune, en 1776, 8 vol. in-12. Quelques-uns de ses discours j-onl rtmarquabies par la bcaulé des plans^l*

ODË 189

vivacité des idées , l'heureuse applicâtioD de l'Ecriture, la singulière abondance d'un style pittoresque et original. 11 n'a manqué au V. Neuville que d'avoir su resserrer son éloquence dans de justes bornes, d'avoir évité les écueils du bel-esprit et Taffectation de l'antithèse. On a encore de ce Jésuite : I. Quelques volumes de Lettres cdifiantes et curieuses. II. Fie de Jean- François Régis, de la compai;nie de Jésus, Paris, 1737, in-12. III. Morale du Nouveau Testament, partagée en réflexions pour tous ies jours del' année; Paris, 1758,4vol. in-12.

NICOLAS ( le Père ), capucin et prédicateur, né à Dijon et mort à Lyon en 1694 , après avoir été plusieurs fois définiteur et provincial de son ordre, a laissé uù grand nombre de Sermons, qui ont été imprimés à Lyon , de i685 à 1696. Les plus estimés sont ceux qu'il composa sur les Evangiles du Carême; ils furent d'abord traduits en italien , et parurent à Venise sous le titre de Carême du P. Nicolas , i73o, 2 vol. in-4. Les sermons de ce prédicateur portent le cachet de son temps-

ODEAU ( N. ) , prêtre et prédicateur du dix-septième siècle, a fait imprimer en 1694 un Avent intitulé : V Illustre criminel , ou les Inventions merveilleuses de la colère de Dieu, dans la punition du pécheur ^ représenté par le roi Baltliazar. Il y a vingt-un discours sur les grandes vérités de la religion ; Lyon, in-8. Cet auteur avait donné, l'année d'auparavant , des jPa-

négyriques des fondateurs des ordres religieux} Paris, in-8 , et il fit encore publier dans la suile des Pané' gyriquesdela Sainte-Vierge. Toutes les production» d'Odeau sont depuis longtemps oubliées cl méritent, à juste litre , de l'être.

OGIER (François ), néà Paris et mort en 1670, embrassa l'état ecclésiastique , et suivit le comte d'A vaux j lorsqu'il alla signer la paix en 1648. La chaire l'occupa autant que le cabinet, et il y parut même avec éclat. On a de lui Actions puMiques; c'est-à-dire , le recueil de ses Sermons, Panégyriques et Oraisons funèbres ; Paris , 2 vol. in-4 , i652. Tous ces discours , assez médiocres , furent applaudis dans le temps. On lui doit aussi quelques poésies qui n'ont pas survécu à l'auteur.

OLIER ( Jean-Jacques ) , était fils d'un maître des requêtes, et naquit à Paris le 20 septembre 1608. Pourvu de bonne heure de l'abbaye de Pébrac et d'un canonicat de Brioude , il étudia en Sorbonne , fut reçu bachelier en théologie , et se mit du nombre des ecclésiastiques que Vincent-de-Paul réunissait tous les mardis à Saint-Lazare , pour leur donner des conférences sur des matières relatives à leur état. Ordonné prêtre en î635 , Olier alla présider à des missions dans son abbaye de Pébrac , et parcourut lui-même, en missionnaire, l'Auvergne et le Vêlai. Bientôt il résolut d'établir une compagnie de prêtres zélés , qui se consacreraient à l'éducation des jeunes ecclésiastiques , et commença l'exécution de son projet en 1641 , à Vaugirard ; l'année suivante il devint curé de Saint-Sulpice, sans cesser

Page 1