V. ce mot. (jl
SANGSUE. Sanguisuga. annel.
Nom générique qui a été réservé par les naturalistes modernes à un petit groupe d’Annelides qui renferme la Sangsue employée en médecine et quelques autres espèces voisines. Savigny place ce genre dans sa famille des Sangsues ( Hirudines ), en lui assignant pour caractères dislinctifs :
ventouse orale peu concave, à lèvre supérieure très - avancée , presque lancéolée; mâchoires grandes, trèscomprimées , à deux rangs de denticules nombreux et serrés. Dix yeux disposés sur une ligne courbe, les quatre postérieurs plus isolés ; ventouse anale obliquement terminale. Les Sangsues proprement dites diffèrent des Branckellions par l’absence de branchies saillantes; elles partagent ce caractère avec les Albiones et les Hcemocharis; mais elles s’en distinguent suffisamment pat leur ventouse orale de plusieun pièces, non séparée du corps par ui étranglement, et à ouverture trans— !
verse. Elles se rapprochent davan-i tage des Bdelles, des Hœmopis , des Néphélis et des Clepsines ; mais les»
Sangsues ont des mâchoires finement!
denticulées, et celte seule particularité ne permet pas de les confondre;!
En étudiant avec plus de soin les ca-*: ractères propres aux Sangsues, on voit , suivant Savignÿ, qu’elles out le corps obtus en arrière, rétréci graduellement en avant, allongé, sensi-t blement déprimé , et composé de scg4 mens quiués, c’est-à-dire ordotinéjti cinq par cinq, nombreux, courts a égaux, saillans sur les côtés et trèsl < distincts. Le vingt-septième ou vingt
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huitième , et le trente-deux ou trentetroisième portent les orifices de la génération. Ce corps n’offre aucune trace d'appendices dans toute son étendue; mais il est terminé en arrière par une ventouse anale, et en avant par une autre ventouse qui porte le nom d’orale. La ventouse anale est moyenne, sillonnée de légers rayons dans sa concavité , et obliquement terminale. La ventouse orale, formée de plusieurs segmens , est peu concave et non séparée du corps; elle a une ouverture transverse et à deux lèvres : la lèvre inférieure est rétuse; la lèvre supérieure, très-avancée et presaue lancéolée lorsqu’elle s’allonge , devient très-obtuse quand elle se raccourcit ; elle est formée par les trois premiers segmens du corps , dont le terminal paraît plus grand et obtus. La bouche , qui est située dans son fond, est grande relativement à la ventouse orale , et munie de mâchoires dures, fortement comprimées , et armées sur leur tranchant de deux rangs de denticules très-fins et très-serrés. Les yeux , au nombre de dix , sont disposés en ligne très - courbée : six rapprochés sur le premier segment , deux sur le troisième , et deux sur le sixième ; ces quatre derniers sont plus isolés.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur l’organisation extérieure des Sangsues, et nous ne dirons rien de leur anatomie et de leur physiologie; ces détails trouveront mieux leur place dans l’article suivant. Nous nous bornerons à parler ici sous d autres points de vue des espèces que l’on emploie en médecine. Ces espèces ont été d’abord confondues sous le nom de Sangsue médicinale ; mais on a distingué depuis la Sangsue officinale , et quelques auteurs en admettent un plus grand nombre, tandis que d’autres ne les considèrent que comme des variétés produites souvent par les localités que ces Animaux fréquentent. Quoi qu’il Çn soit, les Sangsues ont entre elles .es Plus grands rapports quant à leurs habitudes. Elles habitent dans
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les étangs, les marais, les ruisseaux, et elles sont très-abondantes au nord comme au midi de l’Europe ; les autres continens en sont aussi pourvus, mais on les a moins observées et nous n’avons presque rien à en dire.
La France en fournit une trèsgrande quantité, et elles sont pour plusieurs départemens une branche de commerce importante. La récolte en est très-simple; des hommes, des femmes et des enfans entrent nu - jambes dans l’eau , et saisissent avec les mains ou prennent avec des filets les individus qu’ils rencontrent et qui viennent quelquefois s’attacher à leur corps. On se sert aussi quelquefois pour appât de chair ou de cadavres d’Animaux.
Dans les départemens ou le commerce des Sangsues se fait en grand et où la récolte a lieu d’une manière régulière, par exemple dans celui du Finistère, on évite d’épuiser les étangs par de trop fréquentes pêches, et on sait repeupler ceux qui se trouvent trop appauvris en y transportant des œufs qui sont contenus dans des cocons du volume d’une trèsgrosse olive. Des détails curieux ont été communiqués sur ce procédé à une séance du mois de mars 1822 de la Société d’Agriculture du département de Seine-et-Oise. «Vers le mois d avril ou de mai , suivant la rigueur de la saison, a dit un des membres, à l’occasion des cocons que le docteur Le Noble croyait avoir le premier découverts , les habitans de la Bretagne envoient des ouvriers munis de bêches et de paniers , dans les petits marais fangeux qu’ils savent en contenir en abondance. Ces ouvriers enlèvent, des parties de vase qu’ils reconnaissent renfermer des cocons semblables à ceux qui vous ont été présentés, les déposent dans des pièces d’eau préparées pour les recevoir , laissent sortir les petites Sangsues de ces cocons, et, six mois après, retirent ces Sangsues pour les placer dans des étangs plus vastes.
Alors (sans doute pour augmenter leurs moyens de nourriture et hâter.
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leur accroissement) ils commencent à leur livrer des vaches et des chevaux en les faisant paître sur les bords de ces étangs , et ce n’est qu’au bout de dix -huit mois qu’ils les fournissent au commerce.»
Dans un voyage que nous avons fait en Bretagne en 1822 , nous avons recueilli quelques renseignemens sur le commerce des Sangsues ; elles sont abondantes clans les lacs et les marais des environs de^ Nantes; la récolte s’en fait toute l’année et surtout en été. Pour les transporter à la ville et îusqu’à Paris , on les entasse au nombre de cinq cents dans des sacs de toile très-serrée, que l’on maintient humides en les plaçant dans des paniers de mousse imbibée d’eau. Pendant la saison favorable, il arrive chaque jour à Nantes jusqu’à cinquante mille individus, et on les dirige par centaines de mille sur la capitale. Les paquets peuvent être beaucoup plus considérables; car, en 1820 , un seul droguiste de Paris , Bourguignon , nous dit eh avoir reçu d’un pharmacien de Moulins cent trente mille dans des sacs entourés de paille humide, et qui en contenaientchacun quatorze mille. Parmi le gwnd nombre de Sangsues qui affluent de toutes parts à Paris , il se rencontre souvent des individus qui ne mordent pas ; tout le monde sait que cela a toujours lieu lorsqu’elles sont gorgées de sang’, et l’on a remarqué qu’elles étaient également privées d’appétit à l’époque où elles changeaient de peau. Souvent aussi on trouve mêlées aux Sangsues médicinales les Sangsues de Cheval , et cette espèce , à laquelle on attribuait les accidens inflammatoires qui se montrent quelquefois à la suite de l’application des Sangsues , refuse constamment de se fixer sur la peau de l’Homme et ne l’entame jamais ; mais dans une foule d’autres cas', plusieurs Sangsues , quelque moyen que l’on emploie, ne prennent pas , sans qu’on ait pu encore en savoir la cause.
Divers procédés sont mis en usage pour la conservation des Sangsues :
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on les tient ordinairement renfermées dans des vases remplis d’eau el on a soin de renouveler fréquemment ce liquide ; mais ou a souvent reconnu que ce procédé n’était pas le meilleur , et quelques pharmaciens ont imaginé de placer au fond du vase de la mousse et quelques corps étrangers pour que les Sangsues puissent, en glissant entre eux, se débarrasser des mucosités qui revêtent leur peau et qui s’accumulent quelquefois en assez grande abondance.
Nous avons vu à Rochefort en 1822 le pharmacien en chef de l’hôpital de la marine , en conserver dans de l’argile simplement humectée ; les Sangsues s’y faisaient des trous ou galeries, et y vivaient des années entières. Enfin, dans ces derniers temps, on les a parquées dans des bassins, et on les y a vu se reproduire.
Savigny admettait trois espèces de Sangsues, mais ce nombre s’est accru depuis.
La Sangsue médicinale , Sanguisuga medicinalis , Hirudo medicinalis de Linné, Millier, Cuvier, Lamarck, Savigny , Leach , Moquin-Tandon.
Elle vit dans les eaux douces de l’Europe, et est employée en médecine sous le nom de Sangsue. On la reconnaîtra aux caractères suivans : corps long de quatre à cinq pouces dans son état moyen de dilatalion , mais susceptible de se raccourcir ou de s’allonger de plus de moitié; formé (la ventouse antérieure toujours comprise ) de quatre-vingt-dix-huit segmens trèségaux , faiblement carénés sur leur contour, hérissés sur ce même contour de petits mamelons grenus qui se manifestent et s’effacent à la volonté de l’Animal : il n’eu reste aucune trace après la inoi’t. \ enlouses inégales ; la ventouse orale plissée longitudinalement sous la lèvre supérieure ; l’anale double de 1 autre, à disque un peu radié. Couleur, vert foncé sur le dos , avec six bandes rousses ; trois «le chaque côté. Les deux bandes intérieures plus écartées, presque sans taches; les deux mitoyennes marquées d’une chaîne
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de mouchetures et de points d’un noir velouté; les deux bandes extérieures absolument marginales, subdivisées chacune par une bandelette noire.
Ventre olivâtre largement bordé et entièrement maculé de noir.
Savigny a reconnu que, sous le nom de rnedicinalis , ou avait confondu une autre espèce que l’on emploie également en médecine; ilia distingue sous le nom de :
Sangsue officinale , Sanguisuga officinalis , Sav.; Hirudo provinciales, Caréna; vulgairement Sangsue verte.
Corps de même grandeur que dans la Sangsue médicinale, formé du même nombre de segmens , également carénés et susceptibles de se hérisser de
fietites papilles sur leur carène; coueur d’un vert moins sombre , avec six bandes supérieures disposées de même , mais très-nébuleuses et trèsvariables dans leur nuance et dans leur mélange de noir et de roux; le dessous d’un vert plus jaune que le dessus, bordé de noir, sans aucune tache. Les six yeux antérieurs sont très-saillans , et paraissent être propres à la vision.
La troisième espèce mentionnée par Savigny est :
La Sangsue granuleuse , Sanguisuga granulosa, Sav., Moq. Corps formé de quatre-vingt-dix-huit segmens, garnis sur leur contour d'un rang de grains ou tubercules assez serrés. Trente-huit à quarante de ces tubercules sur les segmens intermédiaires. Mâchoires et ventouses des deux précédentes. Couleur générale , vert-brun, avec trois bandes plus obscures sur le dos. Leschenault l’a rapportée de Pondichéry ou les médecins l’emploient au même usage que la Sangsue médicinale.
Depuis Savigny, la liste des espèces s’est beaucoup accrue par les recherches de plusieurs naturalistes.
| Moquin-Tandon ( Monographie des I Hirudinées ] a décrit et représenté deux espèces qu’il croit nouvelles.
La Sangsue ouscure , Sanguisuga 1 obsoura. Longueur, un à deux pou- 1 ces; corps brun foncé sur le dos;
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ventre verdâtre , avec des atomes noirs , nombreux et peu saillans ; segmens garnis , sur leur contour, de mamelons grenus. Cette espèce, qu’on trouve aux environs de Montpellier, offre deux variétés.
La Sangsue interrompue , Sanguisuga in/errujjla , Moq. Longueur, trois à quatre pouces ; corps verdâtre, marqué supérieurement de taches isolées; bords orangés; ventre jaunâtre, quelquefois largement maculé de noir ; ayant sur les côtés deux bandes noires en zig-zag (segmens tuberculeux ). Cette espèce nouvelle a présenté deux variétés. Moquin-Tandon l’a trouvée chez plusieurs pharmaciens de Montpellier. Elle présente aussi deux variétés.
Moquin-Tandon considère encore comme espèce distincte :
La Sangsue^du lac Majeur , Sanguisuga verbana de Caréna.
Blainville admet une seule espèce bien distincte de Sangsue, YHirudo rnedicinalis , L., et il établit cinq variétés sous les noms de Sangsue médicinale ' grise, Sangsue médicinale verte, Sangsue médicinale marquetée, Huz. ; Sangsue médicinale noire, et Sangsue médicinale couleur de chair.
Cependant le même auteur regarde comme des espèces tranchées les Sanguisuga verbana et granulosa , et il propose , mais probablement sans succès, de changer le nom de Sangsue proprement dite en celui de J atrobclella.
Les anciens confondaient sous le nom de Sangsue, Hirudo , plusieurs espèces qui , mieux étudiées depuis , ont été rapportées à des genres différens. Ainsi V Hirudo branchiata d’Archibald Menzies ( Trans. JLinn.
Soc.H. I, p. 188, t. 17, fig. 3) paraît appartenir au genre Branchellion.
L 'H. bioculala de Bergman ( Act.
Stock/l., aun. 17.67, n. 4, tab. 6, f. 9-11), de Bruguière, de Muller et de Gmelin , VH. heteroclyta de Linné, que Muller nomme IL- hyalina, VH.
tcssulata de ce dernier auteur, enfin Y H. complanala de Linné, qui 11e
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diffère pas de VH. sexoculata de Bergman et de VH. crenala de Kirby ( T/ans . Litin. Soc. T. n , pag. 3i8, t. 29 ) , sont des Clepsines. Peut-être iaut-il aussi rapporter à ce genre VH.
circulons de Sowerby (Br U. Miscell.) qui est assez imparfaitement connue.
U II. geomelra de Linné (Faun. Suec., n. 283) ou V II. piscium de Müller , de Grnelin, de Roesel , de Bruguière, et V II. marginata de Müller , de Grnelin, de Bosc, qui est la même espèce que 1 II. cephalota de Caréna (Monographie des Hirudo, Méin. de l’Acad. de Turin, T. xii, pag. 298, fig. 9, et Suppl. , pag. 336 ), doivent être rapportées au genre Hœmocharis. UH. marina de Rondelet (Histoire des Poissons, part. 2, pag.
77), ou VH. muricata de Linné, de Grnelin et de Cuvier, et VH. piscium de Baster ( Opusc. subs. T. 1, liv. 2, pag. g5 , tab. 10, fig. 2), de Bruguière , sont des Albiones. UH.
sanguisuga de Linné, de Müller , de Bosc , ou VH. sanguisorba de Lamarck , ou bien encore la Sangsue de cheval, fait partie du genre Hæmopis. L’H. vulgaris de Müller (Hist.
verm. T. 1, part. 2, pag. 4o, n° 170), et de Grnelin , et VH. atomaria de Caréna , sont des Néphélis , etc. , etc.
Enfin, plusieurs espèces rapportées par les auteurs au genre Sangsue proprement dit , sont encore trop imparfaitement connues pour qu’elles puissent être définitivement admises; telles sont : la Sangsue d’Egypte (Larrey); la Sangsue du Japon ( Bosc); les Sangsues Swampine et de Ceylan (Bosc); la Sangsue troctine ( Johnson ) , etc. (aud.)
S ANGSDE VOLANTE, mam. Syn.
de Phyllostome. V. ce mol. (b.)
SANGSUES. Hirudines. annei,.
Savigny (Syst. des Annelides)a établi dans la classe des Annelides un quatrième ordre sous le nom d’Hirudinées, Hirudineœ ; il comprend une seule famille, celle des Sangsues, Hirudines. Cette famille , dont il va être question, renferme, outre les Sangsues proprement dites, plusieurs au-
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très genres, et elle correspond à la famille des Hirudinécs, fondée antérieurement par Lamarck. Ses caractères distinctifs sont, suivant Savigny : coips terminé à chaque extrémité par une cavité dilatable, préhensible , faisant les fonctions de ventouse. Bouche située dans la ventouse antérieure ou orale, pourvue de trois mâchoires.
La famille des Hirudinées étant ainsi circonscrite, nous allons nous
occuper d’une manière générale et rapide de tout ce qui nous paraît le plus intéressant à connaître sur l’histoire naturelle des Animaux qu’elle renferme. Les Sangsues employées en médecine, étant les mieux connues, serviront de type à nos descriptions ; mais nous tâcherons de les rendre comparatives en présentant les faits qui ont été recueillis sur des espèces et des genres différens.
Les Sangsues ont été connues trèsanciennement; il paraîtrait même que l’Animal dont il est fait mention dans la Bible , au chap. 3o , vers. i5 des Proverbes de Salomon , sous le nom hébreu d ' Haluca/i ou Gnaluka , était une Sangsue. Au reste , les auteurs grecs font mention des Sangsues sous le nom de Bdella; et les auteurs latins en parlent sous celui d 'Hirudo et de Sanguisuga ; mais il serait difficile de dire à quelle espèce ces noms s’appliquaient. A la renaissance des lettres, on employa le nom de Sangsue d’une manière un peu plus précise; mais 011 ne s’entendit réellement sur son acception qu’à l’époque où l’on vit naître les classifications , et où l’on assigna des caractères distinctifs aux espèces.
Linné en décrivit huit(7:'aü«n Suecica , p. 5o5 ) , et , depuis lors , on eu augmenta considérablement la liste t| sans beaucoup d’examen , et sans chercher à reconnaître dans les espèces qu’on y rapportait les caractères que Linné avait assignés à ceul genre. La classification n’éprouva | pendant long-temps aucun change- ; ment , et l’on conserva intact le genre ; Hirudo fondé par Ray et adopté pat!
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Linné , jusqu’à ce qu’on eut reconnu enfin la nécessité de subdiviser ce groupe formé par des Animaux trèsdifféreus les uns des autres. Ce fut alors que Lcach, Okeu, Savigny, Dutiochet, Johnson, Lamarck , etc., créèrent chacun de leur côté de nouvelles divisions aux dépens du genre Hirudo. Quelques-unes de ces divisions , étant synonymes, furent supprimées afin d’éviter le double emploi, et le tableau qui termine cet article présentera ceux qu’on adopte généralement. Tous ces genres réunis constituent la famille des Sangsues sur laquelle nous pourrions beaucoup nous étendre , mais que les bornes de cet ouvrage nous obligent de traiter d’une manière très- concise. Nous nous contenterons d’offrir les particularités les plus curieuses de son histoire, en nous attachant aux auteurs les plus exacts , et en nous permettant quelquefois de puiser dans des observations qui nous sont profites (F . la préface d’une Thèse sur les Cantharides, soutenue à la faculté de médecine de Paris ; 1826 J, et que nous avions compté faire connaître lorsque i’excellente Monographie des Hirudinées de Moquin-Tandon , qui a paru 'en 1827, a rendu inutile, pour le moment , notre publication. Cet habile naturaliste a su réunir avec art et méthode les faits épars sur l’organisation des Sangsues, et il nous a prévenu sur une foule d’autres qu’il a très-bien vus par lui-même et trèsbien décrits : c’est une justice que nous nous sommes déjà empressé de lui rendre.
Le corps des Sangsues est mou , contractile, revêtu d’une viscosité généralement abondante, et composé d’anneaux nombreux extensibles , quelquefois très-peu marqués et difficiles à compter; en avant, il est terminé par une cavité plus ou moins profonde , qui quelquefois est simple, et qui ordinairement est formée par un certain nombre de segmens. C’est la ventouse orale , Capula de Savio"y, au fond de laquelle est située la bouche. En arrière, on remarque
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une autre cavité ayant la forme d’un disque, et qui est formée par une expansion du dernier anneau du corps : on la désigne sous le nom de ventouse anale, Cotyla de Savigny.
Toutes deijx sont préhensiles et servent à l’Animal pour se fixer alternativement en avant et en arrière.
Le corps des Sangsues est encore caractérisé par la présence des yeux, ou du moins de points noirs ayant l’aspect d’yeux, par l’ouverture anale située à l’opposite de la bouche, sur le dos , à la naissance de la ventouse anale, et par les ouvertures des organes génitaux, mâle et femelle, placés sous le ventre vei’5 le tiers antérieur du corps , à une petite distance l’un cle l’autre. — Les tégumens des Hirudinées n’ont encore été étudiés anatomiquement que dans un petit nombre d’entre elles. On a remarqué qu’il était possible de distinguer dans la peau de la Sangsue médicinale trois parties, l’épiderme, la couche colorée et le derme. L’épiderme est trèsmince et parfaitement incolore, mulique, c’est-à-dire se renouvelant , et cela tous les quatre ou cinq jours dans la saison chaude. Il adhère intimement à la peau, mais non pas dans toute son étendue; car il est souvent libre entre les interstices des anneaux dont le corps de la Sangsue est formé. Lorsqu’on l'a détaché , on remarque qu’il est parfaitement transparent dans les points qui adhéraient à la couche colorée., et légèrement opaque , ou même d’une couleur blanchâtre dans ceux où il était resté libre en passant d’un segment à l’autre. Le miscroscope montre qu’il est percé d’une infinité de petits trous par lesquels sort une liqueur gluante qui lubréfie la peau, et dont nous verrons plus bas l’origine. La couche colorée, ou la tunique colorée, ou bien encore le pigmentum , situé immédiatement au-dessous de l’épiderme , adhère fortement au derme qu’il recouvre.
Les couleurs qu’il présente sont trèsdifférentes dans les diverses espèces de Sangsues; quelquefois la couleur est unie , noire et généralement plus
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foncée sur le dos que sous le ventre ; d’autres fois il existe sur le fond des lignes ou bien des taches diversement colorées ; souvent enfin le pigmentum est d’une teinte claire ou même incolore, et alors on voit au travers de la peau , et assez distinctement , tous les organes situés à l’intérieur du corps. Le derme ou la couche la plus profonde de l’enveloppe cutanée offre une organisation curieuse; c’est une tunique assez épaisse , à aspect mamelonné et à articulations distinctes et circulaires qui donnent au corps de l’Animal l’aspect froncé ou plutôt annelé qu'on lui observe. Les intervalles qui existent entre ces sortes d’anneaux sont recouverts par l’épiderme , et semblent destinés à faciliter les raouvemeus en tous sens de la Sangsue.
On peut regarder comme une dépendance du derme les organes particuliers de sécrétion qui, semblant contenus dans son intérieur , le traversent et viennent aboutir à la surface de la pea‘u. Ces organes, qu’on a désignés sous le nom de cryptes , consistent en des espèces de petits sachets dont les ouvertures se voient plus ou moins distinctement sur chacune des rides de la peau , où ils font, dans certains cas, une légère saillie.
La liqueur qui en sort est onctueuse et gluante ; si on l’enlève avec un linge , elle ne tarde pas , ainsi qu’on le sait, à se renouveler. D’autres ouvertures se remarquent à la face inférieure du corps. Ce sont des petits trous placés régulièrement de chaque côté de cinq anneaux en cinq anneaux , et ordinairement au nombre de quinze à vingt; ils fournissent un fluide clair et gluant; ce sont aussi ces orifices que l’on considère comme l’entrée des poches pulmonaires , ainsi que nous le verrons plus loin.
Au-dessous du derme sont situés les muscles; on en voit d’abord une couche dont les fibres sont transversales ; elle adhère intimement au de iinc , et, suivant Moquin-Taudon , on ne doit pas l’en distinguer. Cette couche recouvre d’autres muscles
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dont la direction est longitudinale, et au-dessous de ces derniers on en retrouve encore quelques-uns qui sont transversaux. Indépendamment des mouvemens généraux et variés qui résultent de cette complication de moyens , les Sangsues sont pourvues, ainsi qu’il a déjà été dit, de deux ventouses placées à Fextrémilé du corps. Si l’Animal est sur terre ou au fond de l’eau , ou même quelquefois à la surface de ce liquide , et qu’il veuille changer de place, il lui suffit de fixer d’abord sa ventouse anale , et d’allonger ensuite son corps pour aller attacher aussi avant que possible sa venlouse antérieure ou orale. Alors il fait lâcher prise à la ventouse postérieure, et , se contractant, il la ramène et la fixe près du point d’appui qu’il vient de prendre, puis il détache bientôt sa ventouse orale, et s’allonge pour la porter de nouveau en avant.
Le canal digestif des Sangsues commence à la partie antérieure et un pe*u inférieure du corps au fond de la ventouse orale. Cette ventouse , formée de deux lèvres extensibles, l’une supérieure, ordinairement grande, et quel- ; quefois presque lancéolée, et l’autre inférieure , moins avancée , constitue i une sorte d’avant-bouche qui, susceptible de varier de forme, s’applique
firéliminairement et avec force sur ' es corps que l’Animal veut entamer avec ses mâchoires. Celles-ci, qui manquent rarement , sout placées au fond de la ventouse , et généralement au nombre de trois , disposées en triangle et fixées sur autant de petits tubercules; leur consistance est très- légèrement cartilagineuse ; leur forme est presque lenticulaire , et leur bord libre et tranchant est quelquefois uni, mais souvent aussi garni d’une double rangée de rlenticules plus on moins nombreux suivant les j enreset même les espèces; une sorte 'anneau cartilagineux , qui souvent entoure la base des tubercules denti- ‘ fères, indique l’entrée du canal intestinal ; il débute par une sorte d’œso- | pliage plus ou moins étroit , offrant
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quelquefois des plis longitudinaux , mais jamais aucun renflement latéral en forme de poche ; au contraire , l’estomac qui le suit présente ordinairement dans toute son étendue des boursouflures qui sont d’autant plus sensibles que l’Animal a pris plus de nourriture. Il existe même des espèces où ces appendices qui sont latéraux ae s'effacent jamais; tels sont entre mtres les Clepsines aplatie et binocle jue nous avons eu occasion de disséjuer , et dont nous parlerons ici parce jue nous ne les croyons pas encore décrites sous ce rapport. L’estomac les premières est assez semblable à elui de la Sangsue officinale; les rolongemens qui le garnissent sont e véritables cæcums au nombre e neuf de chaque côté. Ils naismt vis-à-vis les uns des autres et assemblent à des doigts de gants de mgueurs différentes. La sixième et septième paires sont les plus cour- •S; la première est aussi peu déveppée , mais les autres sont très- •’ endues transversalement, ce que ;îrmet au reste la largeur assez grande i t corps de cette petite Sangsue, estomac de la Clepsine binocle, ou Mirudo bioculata de Bergmann , est As-analogue à celui de la Clepsine latie; il existe également de chaque lé uue rangée de cæcums qui livrent en face les uns des autres qui , plus longs que larges et cylinoïdes, ressemblent assez bien à des igts de gants ; mais on n’en compte e huit paires bien distinctes. Les ux premières , qui indiquent la ter- - liaison de l’œsophage et l’origine de | îlomac, sont grêles, dirigées obliement en avant, et assez distantes :t » autres dont la direction est par- : | teincnt transversale; leur longueur -J ’ie ; la cinquième paire nous a paru [ e la plus longue; les autres vont Hmairement en diminuant tant en 1ère qu en avant, mais surtout dans 4\ dernier sens. Moquin-Tandon et ilfl sieurs anatomistes qui ont décrit ’ana| intestinal de certaines espè— de Sangsues , et particulièrement ni de la Sanguisuga ojjicinalin cl de