TOME XV
SAP
chaque côté et à chaque mâchoire , ce qui porte Je uombre total des dents à trente-six ; ongles aplatis ; point d’abajoues ni de callosités ; queue longue, fortement musclée et prenante, c’est-à-dire pouvant s’enrouler autour des corps et les saisir , à l’instar d’une main. Ce dernier caractère est le seul qui soit propre aux Sapajous ou Hélopithèques ,et qui les distingue des Sagouins ou Géopithèques : encore peut-on considérer le genre Sapajou proprement dit ou Sajou (Celus ) dont la queue est entièrement velue et faiblement prenante, comme formant un passage entre les deux groupes , et les liant de la manière la plus intime. Les Sapajous et les Sagouins sont donc très-rapprocliés les uns des autres par leur organisation , et ne sont véritablement que deux sections d’une même famille naturelle. Presque toutes les considérations générales que nous pourrions présenter sur les uns , étant ainsi également applicables aux autres , nous renverrons au mot Singes le petit nombre de remarques que nous aurons à faire sur ces deux groupes, et nous nous attacherons principalement, dans cet article, à faire connaître l’organisation et les moeurs de chacun des genres dont nous avons à nous occuper. Ces genres seraient , suivant l’état présent de, la science , au nombre de quatre; mais un cinquième parfaitement distinct , et très-remarquable par plusieurs anomalies, doit être ajouté ; nous en exposerons les caractères sous le nom d 'Eriodes. Parmi les cinq genres qui se trouveront ainsi décrits dans notre article, les quatre premiers, Stentor , dteles, Èriodes et Lagothrix , ont la queue nue et calleuse en dessous vers son extrémité, et forment une première section à laquelle on peut donner avec Spix le nom de Gymnures. Le cinquième compose à lui seul une seconde section que caractérise sa queue entièrement velue; c’est le genre Cebus , que l’on nomme en français Sapajou proprement dit , ou mieux Sajou. Nous décrirons
d’abord les genres de la première section :
§ I. Sapajous a queue nue et calleuse, Gymnuri , Spix.
Si l’on excepte les Cétacés et les Kanguroos, il n’est point deMamtnilères chez lesquels la queue acquière une aussi grande force, et remplisse d’aussi importantes fonctions. Celte partie, qui n’existe ordinairement que rudimentaire, et qui n’a presque toujours que des usages tcut-à-fait secondaires , ou même entièrement nuis , devient, chez ces Sapajous , un instrument tout-puissant de préhen- J sion ; c’est , en quelque sorte , une I cinquième main à l’aide de laquelle l’Animal peut, sans mouvoir son corps, aller saisir au loin les objets qu’il veut atteindre , ou se suspendre lui-même aux branches des arbres. | L’étendue de la partie calleuse de la queue, toutes choses étant égales d’ailleurs, paraît se trouver dans un rapport assez exact avec la force de préhension de cet organe , et comme elle est très-constante pour chaque espèce , elle pourrait fournir d’excel-j) lens caractères spécifiques. ToutefoisîC elle n’est sujette qu’à de bien légèreal variations, non-seulement d’une espèce à l’autre , mais même entre deus genres différens. Ainsi la partie nuuj!
et calleuse comprend toujours le tiersH environ de la queue chez les Hur-ti leurs et les Alèles , et les deux cim' quièmes chez les Eriodes. Un autr< trait commun à tous les Sapajous dt cette première section , consiste dans le peu de largeur de leur nez; les narines sont ouvertes latéralement corn me chez tous les autres Singes amé-j) ricains , mais elles sont en générab beaucoup plus rapprochées que ches'j les Sapajous à queue velue et che?
tous les Singes américains à queu« j non prenante ; et nous verrons mêtnffl que ce caractère est tellement exagéré dans notre genre Eriodes, qui la disposition de ses narines le ren« véritablement plus voisin des Sing<t | Catarrhinins que des Platyrrhiuind Cette remarque très-curieuse a déj
SAP
SAP 1 3i
été faite à l’égard d’une espèce , par Spix ; elle doit être étendue à tous les Eriodes. Quant aux formes du crâne, elles sont très-variables dans cette première section des Sapajous; cependant tous les genres ont cela de commun , que la portion postérieure delà boîte cérébrale est très-peu développée, et que los molaire ou jugal est constamment percé d’un trou très-considérable dans sa portion orbitaire , au lieu du trou plus ou moins petit qui existe ordinairement. La grandeur de ce trou n’est pas sans quelque importance, parce que, d’après l’analogie, il doit donner passage , à une branche du principal nerf de la face , le trij urneau ; et il est à remarquer que tout au contraire le trou sous-orbitaire est très— pe lit , ou plutôt se trouve remplacé par plusieurs ouvertures très-petites ; ce qui , au reste, est un caractère très-général dans la famille des Singes. Une autre condition organique qui est commune à tous les Sapajous à queue nue, consiste dans leur hyoïde trèsdéveloppé. C’est même dans l’un des genres de ce groupe , celui des Hurleurs , que le corps de c.et os arrive à son maximum de développement, ainsi que nous allons le montrer en présentant l’histoire de ces Singes.
f Les Hurleurs ou Alouates, Stentor.
Ce genre, très-naturel et très-bien circonscrit, est caractérisé par ses membres d’une longueur moyenne, et tous terminés par cinq doigts ; par son pouce antérieur de moitié moins long que le second doigt, très- peu libre dans ses mouvemeus et à peine opposable, et surtout par les modifications très-remarquables de son crâne et de son os hyoïde. La tête est pyramidale, le museau allongé, le visage oblique. L’angle facial est seulement de trente degrés , et le plan du palais forme , avec celui de la base du crâne, un angle tel , que lorsqu’on pose la tête osseuse d’un Hurleur sur les bords dentaires de la mâchoire supérieure, c'est-à-dire lorsqu’on
met le palais dans un plan horizontal , le trou occipital se trouve placé au niveau delà partie supérieure des orbites. Ce trou est d'ailleurs remarquable par sa position; il est reculé tout en arrière et dirigé verticalement au lieu de l’être horizontalement , en sorte que bien loin d’être compris dans la base du ci âne, il lui est perpendiculaire. La mâchoire inférieure est développée à l’excès , soit dans son corps, soit surtout dans ses branches; celles-ci sont tellement étendues en largeur et en hauteur que leur surface est presque égale à celle du crâne tout entier. Elles forment ainsi deux vastes parois, comprenant entre' elles une large cavité dans laquelle se trouve logé un hyoïde modifié d’une manière non moins remarquable. Le corps de l’os est transformé en une caisse osseuse à parois très-minces et élastiques , présentant en arrière une large ouverture sur les côtés de laquelle sont articulées deux paires de cornes, et figurant à peu près, lorsqu’elle a atteint son dernier degré de développement , une moitié d’ellipsoïde.
Cette caisse avait , dans l’un des hyoïdes que nous avons examinés, deux pouces environ dans son diamètre antéro-postérieur, un et demi dans son diamètre transversal , et deux antérieurement dans son diamètre vertical, et il n’est pas rare d’en voir de plus volumineux encore. Aussi, ce qui est une suite de cet énorme accroissement , le corps de l’hyoïde dépasse en bas la mâchoire inférieure , et forme audessous d’elle une saillie recouverte extérieurement et cachée par une barbe longue et épaisse. La grande influence qu’exerce dans la production de la voix cette conformation singulière de l’hyoïde des Hurleurs n’a point encore été expliquée d’une manière entièrement satisfaisante; mais elle ne peut être révoquée en doute. Le larynx ne diffère de celui des Sajous que par l’existence de deux poches membraneuses dans lesquelles s’ouvrent les ventricules, et qui se pov-
SAP
lent vers l'hyoïde. Ces poches ont été décrites par Camper et Vicq-d’Azyr , et plus tard par Cuvier (Anal. comp.
T. xv) , qui , d'après de nouvelles recherches , a relevé quelques erreurs qui s’étaient glissées dans les observations de ses illustres prédécesseurs, et qui a fait connaître quelques faits fort inléressans. Ainsi ce dernier anatomiste nous apprend que dans l’individu qu’il a disséqué , la poche droite occupait à elle seule presque toute la cavité de l’hyoïde , la gauche se terminant au moment même où elle allait y pénétrer ; en sorte que les organes vocaux n’étaient pas symétriques et présentaient une exception remarquable à l’un des caractères les plus généraux des appareils qui appartiennent en propre à la vie animale. Quoi qu’il en soit, au reste , de cette observation que nous nous bornons à présenter ici , il est certain que c’est aux modifications anatomiques de leur hyoïde, que les Hurleurs doivent la force extrême de leur voix qui se fait entendre à plus d’une demi-lieue à la ronde , ainsi que l’assurent tous les voyageurs. Celte voix est rauque et désagréable ; Azara la compare au craquementd’une grande quantité de charrettes non graissées, et d’autres voyageurs, aux hurlemens d’une troupe de bêtes féroces. Ces Singes se font entendre de temps en temps dans le courant de la journée ; mais c’est surtout au lever et au coucher du soleil, ou bien à l’approche d’un orage, qu’ils poussent des cris eflrayans et prolongés; ceux qui n’y sont pas accoutumés croient alors , dit un voyageur , que les montagnes vont s’écrouler. Marcgraaff donne aussi à ce sujet quelques détails que nous rapporterons, sans toutefois nous porter garant de leur exactitude : il assure qu’un individu se fait d’abord entendre seul , après s’être placé dans un lieu élevé, et avoir fait signe aux autres de s’asseoir autour de lui et de l’écouter : « Dès qu’il les voit placés, dit le voyageur saxon , il commence un discours k voix si haute et si précipitée , qu’à
l’entendre de loin , on croirait qu’ils crient tous ensemble ; cependant il n’y en a qu’un seul , et pendant tout le temps qu’il parle, tous les autres sont dans le plus grand silenoe; ensuite, lorsqu il cesse, il fait signe de la main aux autres de répondre; et à l’instant tous se mettent à crier ensemble jusqu’à ce que, par un autresigne de main„illeur ordonne le silence. Dans le moment ils obéissent et se taisent; alors le premier reprend son discours , et ce n est qu’api ès l’avoir encore écoulé bien attentivement qu’ils se séparent et rompent l’assemblée. »
Quelques voyageurs assurent que les Hurleurs se taisent lorsqu’on approche d eux; quelques autres affirment, au contraire , qu’ils redoublent alors leurs cris , et font un bruit épouvantable qui devient leur principal moyen de défense quand on les attaque. Ils cherchent en même temps à éloigner l'agresseur en lui jetant des branches d’arbres , et aussi en lançant sur lui leurs excrémens , après les a voir reçus dans leurs mains. Au reste , ces Animaux , dont le nombre est si considérable , que , suivant un calcul de Humboldt , ily en a , dans certains cantons, plus de deux mille sur une lieue carrée, sont assez rarement attaqués par les chasseurs.
Leur peau est, il est vrai, employée quelquefois au Brésil, dans les Cordillères, pour recouvrir les selles et le dos des Mulets: mais leur chair paraît être d’un goût peu agréable, quoiqu’on l’ait comparée à celle du Lièvre et à celle du Mouton. Comme ils se tiennent toujours sur les branches élevées des grands arbres , les flèches et les armes à feu peuvent seules lesatleindre ; encore, avec leur secours même, a-t-ou beaucoup de peine à se procurer un^ certain nombre d’individus , parce que, s’ils ne sont pas Lues sur le coup, ils s’accrochent avec leur queue à une branche d’arbre, et y restent suspendus, même après leur mort.
Les femelles des Hurleurs , de même que celles des autres Singes américains , ne paraissent point su-
SAP
jettes à l’écoulement périodique, et elles ne font qu’un seul petit qu’elles portent sur leur clos. Azara assure i que, lorsqu’on pousse près d’elles de grands cris, elles abandonnent leurs petits pour s’enfuir plus rapidement, et quelques autres voyageurs rapportent aussi des observations d’où il résulterait que l’instinct de l’amour maternel a sur elles beaucoup moins de pouvoir que sur toutes les autres femelles de Singes. Cependant, nous trouvons , dans le grand ouvrage de Spix sur les Singes du Brésil , un fait dont ce voyageur nous dit avoir été lui-même témoin, et qui tendrait à faire adopter une opinion toute contraire. Ayant fait à une femelle une blessure mortelle , il la vit continuer à porter son petit sur son dos jusqu’à ce qu’elle fût épuisée par la perte de son sang ; se sentant alors près d’expirer , elle rassembla le peu cle force qui lui restait, pour lancer son'précieux fardeau sur les branches voisines , et tomba presque aussitôt ; trait qui, ajoute Spix, suppose une sorte de réflexion. L’auteur de l’Histoire des Aventuriers , Oexmelin , affirme aussi que les femelles sont remarquables par leur attachement pour leurs petits , et qu’on ne peut se procurer de jeunes individus qu’en tuant leurs mères. Ce dernier auteur ajoute que les Hurleurs savent s’entr aider et se secourir mutuellement pour pass.er d’un arbre ou d’un ruisseau à l’autre , et que , lorsqu’un inj dividu est blessé, on voit les autres s’assembler autour de lui, mettre leurs doigts dans la plaie, comme pour la sonder ; alors , si le sang coule en abondance , quelques-uns ont soin de tenir la plaie fermée, pendant que d’autres apportent des feuilles qu’ils mâchent, et poussent adroitement dans l’ouverture de la plaie.
« Je puis dire , ajoute Oexmelin , avoir vu cela plusieurs fois , et l’a- Cf voir vu avec admiration. » Les Hurleurs , comme la plupart des Singes, vivent en troupes et se tiennent habituellement sur les arbres; on a meme prétendu qu’ilsn’en descendent
SAP 1 33
jamais. Spix affirme qu’ils sont monogames; mais le contraire semble résulter des observations d’ Azara.
Ils sautent avec agilité d’une branche à l’autre, et se lancent sans crainte de haut en bas, bien certains qu’ils sont de ne pas tomber jusqu’à terre, et de s’accrocher où il leur plaira , au moyen de leur queue à la fois longue, bien flexible et robuste. Ils se nourrissent de différentes espèces de fruits et de feuilles , et l’on assure qu’ils mangent quelquefois aussi des Insectes. Bieu loin de redouter le voisinage des grands amas d’eau , comme lè font un grand nombre de Singes , ils se plaisent dans les forêts les plus rapprochées des fleuves et des marais ; c’est ce qui a été vérifié également au Paraguay par Azara , au Brésil par Spix , et à la Guiane par un observateur que Buffon cite sans le nommer, et qui est très-vraisemblablement le voyageur Delaborde.
Suivant ce dernier, on trouve communément des Alouates [Stentor Seniculus) dans les îlots boisés des grandes savanes noyées , et jamais sur les montagnes de l’intérieur. Enfin Huraboldt, dont l’autorité suffirait seule pour établir ce fait, l’a constaté également dans plusieurs parties de l’Amérique espagnole. Dans les valtées d’Aragua , à l’ouestdeCaraccas , dans les Llanos deLapuré et du Bas-Orénoque, et dans la province delà Nouvelle-Barcelone , on trouve des Hurleurs partout où des mares d’eau stagnante sont ombragées par le Sagoutier d’Amérique. On ne doit donc pas s’étonner, quoique la plupart desSinges appartiennent exclusivement aux régions continentales, que quelques îles renferment des Hurleurs. Telle est, d’après le voyageur Legentil, l’île Saint-George, située à deux lieues du continent. Eufin , en terminant ce qui concerne les habitudes des Hurleurs , nous dirons que ce sont des Animaux tristes, lourds, paresseux, farouches, et d’un aspect désagréable. Il est rare, pour cette raison , et sans doute à cause de leur voix , qu’on cherche à les apprivoi-
1 34 , SAP
ser , et il est plus rare encore qu’on y réussisse. Ils paraissent en effet s’habituer très-difficilement à vivre en domesticité , et c’est ce qui nous explique pourquoi on ne les amène jamais vivans dans nos climats , malgré la fréquence des relations commerciales de l’Europe avec plusieurs des régions américaines ou ils sont le plus communs.
Ce genre qui est, comme on a pu le voir par ce qui précède, répandu dans presque toute l’Amérique méridionale , avait d’abord été établi sous le nom de Cebus par Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, dans le Mémoire qu’ils ont publié en commun sur la Classification des Singes (Magaz. Encyclop.); mais le nom de Cebus ayant été depuis transporté au genre des Sajous ou Sapajous proprement dits, nous adopterons, à l’exemple de Humboldt , de Desmarest (Dictionn.
des Scienc. natur.) , et de plusieurs autres auteurs , le nom de Stentor proposé par Geoffroy Saint-Hilaire.
Ce nom , déjà ancien dans la science, rappelle d’une manière heureuse le trait le plus remarquable des Hurleurs ; et nous le préférons aux noms d ' Alouata et de Mycetes créés l’un par Lacépède , l’autre par Illiger. Le nombre des espèces déjà connues , ou du moins indiquées par les auteurs , est assez considérable.
Humboldt et Geoffroy en admettaient six , et depuis la publication de leurs travaux, quelques autres ont été annoncées par plusieurs auteurs , tels que Kuhl et Spix. Au surplus , il est très-possible que le nombre réel des espèces soit beaucoup moindre qu’on ne l’a pensé. Il est certain que les Hurleurs sont sujets à un grand nombre de variétés dépendant du sexe et de l’âge, et il est probable que plusieurs de ces variétés auront été érigées en espèces , comme on est porté a le faire toutes les fois qu’on n’a sous les yeux qu’un petit nombre d’individus. Pour nous , après l’examen de vingt crânes et de plus de quarante peaux, nous n’avons pu parvenir à déterminer, d’une manière exacte,
SAP
que quatre espèces , savoir : les Stentor Senicidus et niger de Geoffroy, le Stentor ursinus de Humboldt, et une espèce non encore décrite que npus ferons connaître sous le nom de Chrysurus.
L’Alouate , Buff. T. xv, Stentor Senicu/us , Geoff. St.-Hil. ; Simia Seniculus , L. , auquel on a quelquefois donné le nom de Hurleur roux ; nom que nous ne pouvons adopter parce qu’il convient également à plusieurs espèces. Il se distingue de la plupart de ses congénères par la nudité presque complète de sa face où l’on remarque seulement des poils trèscourts et très-clairsemés au-dessous des yeux et entre les orbites, sur la ligne médiane. Le corps est , en dessus, d’un fauve doré très-brillant qui, vers la base de la queue et près des cuisses et des épaules , se change en roux brillant. La barbe , les joues , les bras, les cuisses, et la partie supérieure des jambes sont d’un marron clair très-brillant, et le reste des membres, le dessus de la tète et la queue sont d’un marron très-foncé , tirant un peu sur le violet. Lès poils de la partie antérieure de la tête naissent du front, et se portent d’avant en arrière et de dedans eu dehors.
Un autre centre de poils se remarque vers la fin du col. Il y existe en effet un pointa partir duquel les poils du côté droit se portent à droite, ceux de gauche à gauche, ceux du dos ou les postérieurs en arrière, ceux du col ou les antérieurs en avant. Les poils du col et de la partie postérieure de la tête marchent ainsi précisément en sens inverse de ceux de la partie antérieure, d’où résulte, à l’endroit où ils se rencontrent, une crête dont la direction est transversale , et la forme demi-circulaire.^ Les poils des joues se portent en avant et en bas; ceux de la queue , des membres postérieurs et des bras descendent; ceux de la face externe de l'avant-bras re- ■ montent au contraire, comme chez l'Homme : caractères remarquables !
qui se trouvent chez tous les Hur- ] leurs , quoique inégalement pro- ;
SAP
nonces. La longueur d’un individu adulte, mesuré du bout du museau à l’origine de la queue , est de deux pieds environ , et la queue est un peu longue. Les jeunes individus ont le i corps uniformément d’un roux brunâtre. Cette espèce habite la Guiane , ) où on la connaît sous le nom de Singe ; rouge et de Mono Colorado.
Le Huicleur. a queue dorée, i Stentor Chry surus , INôb . Cette espèce paraît avoir été confondue avec la précédente dont elle diffère moins par la nuance que par la disposition : de ^es couleurs. La dernière moitié
: de la queue et le dessus du corps de-
puis l’origine de la queue jusqu’un peu en arrière des épajules , est d’un fauve doré très-brillant; le reste de la queue est d’un marron assez clair , et le reste du corps , la tête tout entière et les membres sont d’un marron très-foncé, principalement sur les membres ou il prend une teinte ' violacée. La face est un peu moins i nue que dans l’espèce précédente.
; Llle se distingue d’ailleurs très-facilement de celle-ci ; en effet , la tête et les membres sont d’une seule couleur, et la queue et le dessus du i corps de deux couleurs chez le Stentor Chrysurus, tandis que chez le Stentor Seniculus , la tête et les membres sont de deux couleurs, et la queue et le dessus du corps d’une seule. De i plus, le Stentor Chry surus est sensiblement plus petit , et il diffère même un peu par ses proportions ; sa queue forme seulement la moitié de sa lon- -gueur totale, et elle est par conséquent un peu plus courte que chez le Stentor Seniculus, et sa partie nue est proportionnellement un peu plus étendue. Cette espèce nous est connue par trois individus, dont deux adultes, entièrement semblables , et un jeune différant seulement par la nuance un Ç>eu moins claire de sa queue ; peutetrele premier âge est-il généralement brunâtre comme dans l’espèce précédente. C’est par l’examen de leurs i pelleteries que nous les avons d’a- >ord déterminés , comme se rappor- | bot à une espèce non encore décrite ;
SAP 1 55
depuis, la comparaison de leurs crânes avec ceux de leurs congénères, nous a confirmé dans notre opinion.
Il existe en effet plusieurs différences dont les plus remarquables sont les suivantes. La partie antérieure de la tête a moins de largeur que dans le Stentor Setiiculus , et se détache ainsi davantage de la portion moyenne.
Par suite de cette modification , le palais devient plus étroit; mais, en revanche, il s’étend davantage en arrière , d’où il suit que les arrière-narines sont plus couvertes , et que leurs orifices sont placés dans un plan presque vertical , au lieu de l’être dans un plan très -oblique. Les rangées des dents , plus longues que chez les autres espèces, sont parallèles entre elles , principalement à la mâchoire inférieure. La symphyse de celte mâchoire est aussi remarquable par sa direction très-oblique en arrière , et son bord inférieur est tellement sinueux qu’elle ne peut soutenir sa tête sur un plan horizontal, tandis que, chez le Seniculus , la mâchoire inférieure , en posant sur la symphyse et son bord inférieur, fournit à la tête une base très-solide. Enfin , les apophyses zygomatiques sont plus larges que chez aucun autre Hurleur. Cette espèce, sous le nom d ' Araguato , a été envoyée des Antilles au Muséum royal d’histoire naturelle par feu Plée. il est cependant certain qu’elle n’habite pas cet archipel où il n’existe point de Singes, comme nous l’apprennent tous les voyageurs , et comme nous l’a confirmé Moreau de Jonnès dans une note qu’il a bien voulu nous communiquer sur les Singeaméricains. Ce n’est que tout récems ment que nous sommes parvenu à connaître la patrie du Stentor Chrysurus : cette patrie est la Colombie.
L’Ourson , Stentor ursinus , Gcoff.
St.-Hil. , a été décrit et figuré pour la première fois par Humboldt dans son grand ouvrage zoologique , sous le nom de Si/nia ursina. Son pelage, composé de poils plus longs et plus abondans que dans les autres espèces, est d’un roux doré à peu
1 56 SAP
près uniforme, la barbe èlant seulement plus foncée , et renfermant à son centre des poils d’un noir profond. Ses proportions sont les mêmes que celles del’Alouate; mais il est lin peu plus petit. Sa face est beaucoup jdus velue que celle des espèces précédentes; des poils abondans se remarquent au-dessous des yeux jusqu’auprès de la ligne médiane , et il n’y a guère que le tour de la bouche et le tour des yeux qui soient entièrement nus. Ces caractères sont les seuls que l’on puisse assignera cette espèce , dans laquelle la nuance dû pelage, et même la quantité proportionnelle des poils de la face, sont très-variables. Les jeunes individus sont bruns. L’Ourson est commun au Brésil , et c’est d’après un individu originaire de cette contrée , qu’Humboldt l’a figuré dans son grand ouvrage. Il existe aussi, suivant Humboldt , dans le voisinage de l’Orénoque , et il est connu dans la Terre- Ferme sous le nom d ’Araguato. Ce nom est aussi celui de l’espèce précédente; ce qui prouve que les deux Hurleurs sont confondus dans leur patrie , ou bien qu Araguato est une dénomination que l’on donne en commun aux diverses espèces de Hurleurs , et non une dénomination qui appartienne en propre à telle ou telle espèce. Cette remarque peut servir à montrer , par une preuve de plus , combien l’usage qui semble prévaloir depuis quelques années, d’adopter des noms de pays pour noms spécifiques , est nuisible aux intérêts de la science , et propre à amener dans la synonymie une dangereuse confusion.
Le Hurleur brun , Stentor fuscus, Geoff. St.— Hil. , est d’un brun marron ; le dos et la tête passant au marron pur, et la pointe des poils étant dorée. Il habite le Brésil comme l’Ourson , et, comme lui , est sujet à un grand nombre de variétés; aussi est-il extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible , de le distinguer d’une manière nette et précise des autres espèces, et surtout de l’Our-
SAP
sou. C’est à cette espèce qu’on rapporte l’Ouarine de Buffon et le Simia Beelzehul de Gmelin qu’il faut bien se garder de confondre avec l’Atèle Belzébuth.
Le Hurleur aux mains rousses , Stentor rujimanus , Desm.; Mycetes | rufimanus , Kuhl , est généralement noir , avec les quatre pieds , et la dernière moitié de la queue , de couleur rousse. La face etle dessous du corps sont nus. Cette espèce , à laquelle on doit , suivant Spix , rapporter le Guariba de Marcgraaff que tous les autres auteurs réunissent au Stentor fuscus , présente aussi un grand nombre de variétés. INous pensons qu’on doit lui réunir le Mycetes discotor de Spix , décrit et figuré (pl . 55) dans le grand ouvrage que ce naturaliste a publié sur les Singes et les Chauve- Souris du Brésil. Ce Hurleur habite les forêts voisines de la rivière des Amazones, et a , suivant la description de Spix , le pelage généralement brun , avec les mains rousses. La patrie de l’individu de Kuhl n’est pas connue; mais l’espèce existe trèsvraisemblablement dans plusieurs parties du Brésil.
Le Hurleur a queue noire et jaune , Stentor flavicartdatus , Geoff.
St. -Hil. ; Simia flavicauda , Humb.
Cette espèce , distinguée par Humboldt , habite par bandes les rives de l’Amazone , dans les provinces de Jaën et de Maynas, et est connue sousle nom de Cnoro. Elle est généralement d’un brun noirâtre, avec deux:
stries jauues sur les côtés de la qneue ; la face , d’un brun jaunâtre, est pei»
garnie de poils. La queue est plus courte que le corps.
Le Hurleur noir , Stentor niger ij Geoff. St. -Ilil., est très-probablemenli le Caraya d’Azara. Le mâle adulte est généralement noir; seulement lié queue est couverte à sa face infc-f| rieure de poils jaunes à pointe noireM La face est couverte presque partout dd poils, mais ces poils sont très-court* cl très-peu abondans. Les jeunes e|| les femelles diffèrent beaucoup de»
mâles : ils sont d’un jauue de pailkl
SAP
à la face inférieure du corps , sur les lianes, sur les membres (à l’exception des mains)et sur la tête. Le dos est couvert de poils noirs, avec la pointe jaune, paraissant dans leur ensemble d’uu fauve cendré. Cette espèce habite le Brésil , et se distingue, outre les traits distinctifs que nous venons d’indiquer, par sa taille (elle n'a qu’un peu plus d’un pied et demi du bout du museau à l’origine de la queue) et par la callosité de sa queue qui comprend moins du dernier tiers.
'Son crâne nous a présenté les caractères suivans : le museau est étroit comme chez le Stentor Chrysurus , mais seulement en avant; il suit delà que le palais est beaucoup plus large en arrière qu’en avant , et que les deux rangées de dents, bien loin d’être parallèles comme chez le Chrysurus, se rapprochent beaucoup antérieurement. Nous pensons que l’on doit rapporter à cette espèce le Mycetes barbatus de Spix (/oc. cil., pl. 32 et 33), qui différerait cependant, suivant les observations de ce voyageur,
: par l’étendue plus considérable de : la callosité de la queue , et l’Arabate , Stentor stramineus de Geoffroy et de tous les auteurs français qui , d’après l’examen comparatif que nous avons fait des pelleteries et des crânes de plusieurs individus , nous paraît être la femelle ou le jeune. Peut-être le Stentor Jlavicaudatus n’est- il 1 u i— meme qu’un double emploi , et ne repose-t-il que sur des individus différant par l’âge de ceux que nous avons examinés.
ff Les Atèles , Ateles.
Ce genre, établi par Geoffroy Saint- Hilaire (Ann. du Mus. T. vu), se distingue au premier aspect de tous les autres Singes américains (à l’exception du genre suivant) par l’état rudimentaire du pouce aux mains antérieures. Liés de la manière la plus intime, soit avec les Hurleurs qui les précèdent, soit avec les Lagotbrichcs et les Sajous qui vont les suivre, ils eu diffèrent cependant
une manière bien remarquable, en
SAP i3f
ce qu’ils manquent du caractère essentiel, non-seulement de la famille des Singes , mais même de tout l’ordre des Quadrumanes. Les Atèles n’ont point de pouces, ou n’ont que des pouces excessivement courts aux; mains antérieures; ou, pour parler plus exactement, ils ont des pouces tellement rudimentaires , qu’ils restent entièrement ou presque entièrement cachés sous la peau : d’où, leur nom d’Atèles, c’est-à-dire Singes imparfaits , Singes à mains impar~ faites. Déjà chez les Hurleurs nous avions trouvé aux mains antérieures des pouces courts, peu libres dans leurs mouvemens , peu opposables aux autres doigts , et par conséquent de peu d’usage dans la préhension.
Chez les Alèles, leur usage devient tout-à-fait nul, aussi bien lorsque leur extrémité paraît à l’extérieur que lorsqu’ils sont entièrement cachés sous les tégumens. Il semble que dans ces deux groupes de Sapajous, quelques-unes des fonctions qu’exerce ordinairement la main , aient été dévolues au prolongement caudal , et que l’extrême développement de ce dernier organe soit lié nécessairement à l’atrophie plus ou moins complète des pouces.
La loi du balancement des organes , dont de nombreuses applications ont déjà été faites dans nos articles , semble donner la clef de ces faits; mais surtout elle nous explique d’une manière frappante et toute directe ceux que nous allons indiquer. Chez les Hurleurs les membres sont proportionnés au corps, et les pouces ne font que s’atrophier; chez les Atèles les membres, et plus spécialement les mains , sont d’une excessive longueur , et les pouces avortent presque complètement. Et il est si vrai que ces deux conditions organiques sont liées l’une à l’autre, que chez les Lagotbriches , dont l’organisation répète presque en tout point celle des Atèles , nous verrons en même temps les pouces reparaître et les mains se raccourcir. Au reste , si les membres ont une longueur considérable chez
«58 SAP
SAP
Jes Atèles, ils sont aussi excessivement grêles ; d’où l’on a quelquefois donné à ces Animaux le nom de Singes Araignées , et d’où résultent pour eux des habitudes et des allures trèsremarquables. Leur marche, ainsi qu’il résulte des observations de Geoffroy Saint- Hilaire (Ann. du Mus.
T. xiii), ressemble à celle des ürangs [V- ce mot), qui ont aussi des membres très - longs et très - maigres.
Comme ces derniers , ils sont obligés, lorsqu’ils veulent marcher à quatre pieds , de fermer le poing et de poser sur la face dorsale des doigts. Dans quelques cas, les Atèles, ce qui est aussi une habitude commune aux Orangs , ont un autre mode de progression un peu plus rapide : après s’être accroupis , ils soulèvent leur corps au moyen de leurs membres antérieurs, et les projettent eu avant comme font les gens qui sc servent de béquilles , ou bien encore comme le font les culs-de-jatte. Ce mode de locomotion, qui rappelle aussi celui des Kanguroos lorsqu’ils marchent à quatre pieds , est très-remarquable , en ce que les membres de derrière ne jôuent qu’un rôle absolument passif, et que la longueur considérable de ceux de devant, qui est en général une cause de gêne et de lenteur dans la progression , devient ici une circonstance extrêmement favorable.
Les Atèles, semblables aux Orangs par leurs membres longs et grêles et par leur mode de progression , se rapprochent aussi à divers égards des autres genres qui tiennent avec les Orangs le premier rang parmi les Singes de l’Ancien-Monde. Quelques rapports entre eux et les Gibbons ont été signalés par Desmarest , et aussi entre eux et les Semnopithèqucs par Fr. Cuvier; et il est certain , comme l’a remarqué Geoffroy, qu’il existe quelque ressemblance entre leur crâne et celui du Troglodyte.
La boîte cérébrale est arrondie et volumineuse , et forme près des deux tiers de la longueur totale du crâne.
L’angle facial est de soixante degrés
environ. Les orbites, larges et profondes , sont en outre remarquables chez les vieux individus par une sorte de crête existant à la portion supérieure et à la portion externe de leur circonférence. La mâchoire inférieure est assez haute , et ses branches sont larges, quoique beaucoup moins que chez les Hurleurs.
L’ouverture antérieure des fosses nasales est de forme ovale; et il est à remarquer qu’une partie de leur contour est formée par les apophyses ascendantes des os maxillaires , les intermaxillaires ne montant pas jusqu’aux os du nez, et ne s’articulant las avec eux , comme cela a lieu chez a plupart des Singes , et particuièrement chez les Hurleurs , les Lagothriches , les Sajous , et même chez quelques espèces jusqu’à ce jour confondues avec les véritables Atèles , et que nous décrirons plus bas sous le nom d’Eriodes. Tous ces caractères ont été vérifiés sur plusieurs individus, et nous les avons constamment retrouvés sur tous les crânes que nous avons examinés. C’est au contraire sur un seul, appartenant à un mâle presque adulte de Y Ateles pentadactylus , que nous avons trouvé un fait que nous ne pouvons regarder que comme une anomalie, celui de l’existence de sept molaires au côté droit de l une et de l’autre mâchoire. On verra plus bas que Geoffroy Saint-Hilaire a déjà signalé chez un très-vieux Sajou une semblable exception à l’un des caractères les plus généraux des Singes platyrrhinins , puisqu’il se rencontre non-seulement dans les cinq genres du groupe des Hélopithèques, mais aussi chez les Géopitnèques. Enfin , pour terminer ce qui concerne le système j osseux , nous dirons queles vertèbres caudales sont au nombre de plus de trente, et quelles forment plus de la moitié du nombre total des vertèbres ; qu’elles sont (principalement les premières) hérissées de nombreuses et fortes apophyses; que les os longs des membres sont au contraire grêles , et ne présentent sur leur
SAP
! .orps ni crêtes ni aspérités ; ce dont la i oi du balancement des organes rend très-bien compte, vu leur extrême llongement en longueur; enfin que es phalanges sont courbes, leur onvexité étant en dessus : ce qui est in rapport de plus , et un rapport rès - remarquable avec les genres )rang et Gibbon. L’hyoïde ressemble aussi à celui d’un grand nombre le Singes de l’Ancien-Monde , tels ,jue les Guenons et les Cynocéphales, ion corps est une lame très-étendue le haut en bas, et recourbée sur Ile-même d’avant en arrière. C’est I n petit un arrangement analogue à i elui qui caractérise d’une manière i remarquable les Hurleurs. Au i este . celte ressemblance anatomiue, quoique très-réelle , n’entraîne oint une ressemblance dans la voix, i ]elle des Atèles, aussi bien que celle : les genres suivans , est ordinairement une sorte de sifflement doux et lûté qui rappelle le gazouillement i les Oiseaux.
Nous passons maintenant à l’exalen de quelques caractères qui dis—
. inguent plus particulièrement les Atèles, soit des Lagothriches , soit urtout du genre auquel nous douions le nom d’j En, odes. Leurs mo- 1 aires sont aux deux mâchoires pe- ;j ites et à couronne irrégulièrement rrondie; et, ce qui est surtout à .! emarquer, les incisives supérieues sont de grandeur très-inégale, elles de la paire intermédiaire tant à la fois beaucoup plus longues et beaucoup plus larges que ; elle de la paire externe. Les inféi ieures, rangées à peu près en dei ni-cercle de même que les supérieues , sont au contraire égales enlre ; I Hes, et, toutes assez grandes, elles I urpassent sensiblement en volume es molaires. Les ongles sont élargis t en gouttière comme chez presque ous les Singes ; leur forme est à peu ! )rês demi-cylindrique. Les oreilles ont grandes et nues. Les narines, le forme allongée , sont disposées °mme chez les Hurleurs; elles sont ssez écartées l’une de l’autre et tout-
SAP 109
à-fait latérales , c’est-à-dire placées exactement sur les côtés du nez. On a déjà vu , et il importe de le rappeler ici , que les ouvertures osseuses qui leur correspondent sont de forme ovale, et circonscrites dans une portion de leur contour par les apophyses montantes des os maxillaires.
Le clitoris est excessivement volumineux ; aussi arrive-t-il très-fréquemment que l’on prend des femelles pour des mâles. Cet organe avait j usqu’à deux pouces et demi de long sur une femelle de Belzébuth récemment morte à la Ménagerie, et sa grosseur était considérable. La structure du clitoris ne présente d’ailleurs rien de particulier, et il est nu comme à l’ordinaire. Les parties du corps et de la queue , voisines des organes sexuels , n’offrent également rien d’insolite , et sont plus ou moins velues. La queue, beaucoup plus longue que le corps , est nue en dessous dans son tiers terminal. Enfin la nature et la disposition des poils offrent des caractères que nous ne devons pas omettre, parce qu’ils permettent de distinguer , au premier aspect et avant tout examen , les Atèles des deux genres suivans. Le pelage est soyeux et généralement long comme chez lesHurleurs. Cependant, comme cela a lieu aussi chez ces. derniers , le front est couvert de poils ras qui se dirigent, au moins en partie, d’avant en arrière. Au contraire tous les autres poils de la tête sont trèslongs et se portent d’arrière en avant ; d’où résulte , au point de rencontre des uns et des autres , une sorte de crête ou de huppe plus ou moins prononcée , et dont la disposition varie suivant les espèces.
Les Atèles sont généralement doux, craintifs, mélancoliques, paresseux et très-lents dans leurs mouvemens.
On les croirait presque toujours malades et souffrans. Cependant, lorsqu’il en est besoin , ils savent déployer beaucoup d’agilité, et franchissent par le saut de très-grandes distances. Ils vivent en troupes , sur les branches élevées des arbres , et
SAP
se nourrissent principalement de fruits. On assure qu’ils mangent aussi des racines, des Insectes, des Mollusques et de petits Poissons , et même qu’ils vont pécher des Huîtres pendant la marée basse, et en brisent les coquilles entre deux pierres.
Dampicrre , auquel nous empruntons ce fait, et Dacosta rapportent encore quelques autres faits propres à nous donner une haute idée de l’intelligence et de l’adresse de ces Animaux. Ils affirment que lorsque des Atèles veulent passer une rivière ,fou passer sans descendre à terre sur un arbre trop éloigné pour qu'ils y puissent arriver par un saut, ils s’attachent les uns aux autres par la queue , et forment ainsi une sorte de chaîne qu’ils mettent en mouvement et font osciller, jusqu’à ce que le dernier d’entre eux puisse atteindre le but où ils tendent, se fixer à une branche , et tirer à lui tous les autres. Leur queue, outre sa fonction la plus habituelle , celle d’assurer la station en s’accrochant à quelque branche d’arbre , est employée par eux à des usages très-divers. Ils s’en servent pour aller saisir au loin divers objets sans mouvoir leur corps , et souvent même sans mouvoir leurs yeux ; sans doute parce que la callosité jouit d’un toucher assez délicat pour rendre inutile dans quelques occasions le secours de la vue. Quelquefois ils s’enveloppent dans leur queue pour se garantir du froid auquel ils sont très-sensibles ; ou bien ils l’enroulent autour du corps d’un autre individu. Du reste, nous n’avons jamais vu aucune espèce se servir de sa queue pour porter à sa bouche sa nourriture, suivant une habitude que les voyageurs attribuent aux Atèles. Leurs mains, que l’absence du pouce, leur étroitesse et leur extrême longueur rendent d’une forme désagréable, mais qui sont loin d’être sans adresse , remplissent constamment celte fonction.
Ce genre, répandu dans une grande partie de l’Amérique du sud , renferme aujourd’hui un assez grand
SAP
nombre d’espèces , toutes très-voisi- i nés les unes des autres et se ressemblant même pour la plupart par les couleurs de leur pelage. Ce serait, sans aucun doute, rompre d’une manière très-fâcheuse les rapports na- n turels , que de séparer générique- l| ment les espèces qui ont aux mainslil antérieures un rudiment de pouce, Jil de celles que l’on a coutume de dé— kl signer comme tétradactyles. Nousil avons déjà dit que le pouce existent en rudimens chez celles-ci commell chez les premières. Or, que le pouceilï soit entièrement caché sous la peau, ij ou qu’il vienne porter à l’extérieur I son extrémité , qui ne voit que c’est H là une circonstance qui ne peut H avoir aucune influence sur les habi-M tudes d’un Animal, et par consé-Jp quent que c’est là un caractère sans aucune valeur générique? Nous ne croyons donc pas devoir adopter le genre Court -Pouce, Brachyteles l proposé par Spix dans son ouvrage déjà cité sur les Singes du Brésil. Ce* genre , qui serait formé du Chamek, de l’Hypoxanthe et d’une antre espèce , romprait doublement les rapports naturels , savoir : en associant} au Cliamek l’Hypoxanlhe qui appartient , comme nous le démontrerons bientôt, à un genre très-différent, et de plus , en séparant le premier du.
Coaïta et le second de F Arachnoïde ,j si rapprochés d’eux par leur organisation, que ce n’est guère que par l’absence ou la présence du pouce qu’on distingue les uns des autres.
Le Coaïta , Buff. , tab. i5 , pl. i a Ateles paniscus , Geoff. St.-Hil., Ann.
du Mus. T. vu; Simia paniscus „ L. C’est l’espèce la plus anciennement connue. Daubenton en a donné l’anatomie, et Buffon l’a figurée?
mais il avait été confondu avec d’au-l très espèces. Son pelttge est noir ; Sîfj face de couleur de mulâtre ; ses maiu3 antérieures sont télradactyles. Il al un pied neul pouces du bout dtl> museau à la queue, et celle-ci a deu* pieds et demi. Il habite la Guian<i où on le connaît sous le nom dj Coaïta ou Coata.
SAP
SAP i4i
Le Cn A mek , Ateles pentadactylus, Geoff. St. -Hil. , se distingue seu- ! emcnl du Coaïla par sa queue un oeu plus longue et par ses portes antérieurs, qui paraissent au-dcîors sous la forme de tubercules ou 'i le verrues sans ongles. Cette espèce été connue de Bufion , mais conondue parlui avec le Coaïta. Geofroy Saint-Hilaire est le premier qui ait établie. Elle habite la Guiane, l, suivant Bufion , le Pérou.
LeCAYou, Ateles ater, Fr. Cuv. , l lamm. lith. , ne se distingue du ioaïta que par la couleur entièreicnt noire de sa face. Il paraît haûter également la Guiane. Geoffroy ■aint-Hilaire , qui l’a le premier indiqué, le considérait comme une impie variété.
L’Atèee a face encadrée, Ateles mrginatus , Geoff. St. -Hil. , Ann. du lus. T. yiii , est généralement noir omme les espèces précédentes; mais ; i se distingue par une fraise de poils fanes qui entoure la face. Sa taille - st à peu près la même que celle des litres espèces, mais sa queue est n peu plus courte. Il est à reraaruer que chez les jeunes individus la aise blanche n’existe pas tout enère. Cette espèce habite le Brésil, t se trouve aussi dans la province e Jaën de Bracarnoros , d’après iumboldt. En effet, le Chuva de ! et illustre voyageur ne diffère pas , iiuvant la plupart des auteurs et sui- •ant Humboldt lui-même , de l’Alemarginal us.
Le Bklzébuth, Briss.,Règ. Anim.;
1 lleles Belzebuth, Geoff. St. -Hil., est énéralement noir, avec le dessous I u corps et la face interne des mcmi res d’un blanc plus ou moins jaunâtre. Il est à remarquer que cette spèce n’est pas d’un noir pur comme précédentes , mais d’un noir bru- ?,tre. Sa taille est aussi un peu Joindre. Sa face est noire , avec le )ur des yeux couleur de chair: Sa eau est noirâtre , même sous le | entre. Quelques auteurs indiquent | uelques différences entre le mâle et i femelle; mais ces différences ne
sont pas constantes , comme nous l’avons vérifié nous-même par l’examen de plusieurs individus adultes, de sexes différens , et cependant semblables par leurs couleurs. Cette espèce , qu’il ne faut pas confondre avec le Simia Beelzebul de Linné (qui est le Stentor fu'scus), habite les bords de l’Orénoque. C’est l’un des Quadrupèdes les plus communs dans la Guiane espagnole, où on le connaît, suivant llumboldt ( Obs.
zool. T. i), sous le nom de Marimonda.
L’Atêle MélanochÉiee , Ateles Melanochir. Desmarest a décrit sous ce nom , dans la Mammalogie de l’Encyclopédie, deux Atèles femelles que possède le Muséum, et dont le pelage est varié de gris et de noir.
L’un d’eux a le dessous du corps et la face interne des membres blanchâtres; le reste des membres et la queue presque partout noirâ tres ; enfin le dessus du corps couvert de poils blancs dans leur première moitié , bruns dans la seconde. L’antre individu a les quatre mains, les avant-bras , les genoux et le dessus de la tête noirs ; le dessus de la queue brunâtre; le reste du pelage grisâtre. Ces deux Atèles, dont l’origine est inconnue, sont évidemment de jeunes sujets , et if semble, d’aprèsladisposition irrégulière de leurs couleurs, qu’ils soient en passage de l’état de jeune âge à l’état adulte.
Peut-être appartiennent-ils à Y Ateles Belzebuth , auquel ils ressemblent par leurs proportions et la disposition générale de leurs couleurs , ou bien à Y Ateles marginatus , dont ils se rapprochent aussi à quelques égards.
Malheureusement le peu de îenseignemens que l’on possède sur le premier âge de ces espèces nous oblige à laisser dans le doute cette question.
L’Atèee métis , Ateles hybridus , Nob. , est une espèce nouvelle due aux recherches du voyageur Plée, et qui habite la Colombie où on la connaît sous le nom de Mono zambo (Singe métis) , à cause de sa couleur
SAP
SAP
semblable à celle des métis du Nègre et de l’Indien. Il paraît qu’il est aussi connu, aussi bien que le Belzébuth, sous le nom de Marimonda , nom commun à un grand nombre de Singes dans l’Amérique espagnole. Le principal caractère de cette espèce ■consiste dans une tache blanche placée sur le front et de forme à peu près semi-lunaire, qui a environ un pouce de large sur la ligne médiane, et se termine en pointe, de chaque côté , au-dessus de l’angle externe de l’œil.
Le dessous de la tête , du corps et de toute la queue jusqu’à la callosité, et la face interne des membres, sont d’un blanc sale; et les parties supéîieures sont généralement d’un brun cendré clair qui , sur la tête , les membres antérieurs, les cuisses et le dessus de la queue, passe au brun pur , et qui , au contraire , prend une nuance jaune très-prononcée dans la région des fesses , sur les côtés de la queue et sur une partie du membre inférieur. Cet Atèle est à peu près de même taille que la plupart de ses congénères ; sa longueur, depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue, est d’un pied dix pouces; mais sa queue, plus courte que chez les autres espèces , mesure seulement un peu plus de deux pieds.
Cette espèce nous est connue par l’examen d’un jeune mâle et de plusieurs femelles adultes. Le premier diffère seulement par la teinte plus claire des parties supérieures de son pelage qui sont d’un cendré roussâtre. Comme 1 ' Ateles hybridus ne no;:S est point encore connu à l’état de mâle adulte , et comme d’un autre côté il paraîtrait (d’après les remarques que nous avons faites dans le paragraphe précédent) que quelques Atèles , cendrés dans leur premier âge , deviennent noirs dans leur état adulte , on pourrait supposer que les différences sur lesquelles nous avons basé notre détermination , ne sont que des différences d age ou de sexe , et que nos individus, par suite des développemcns de l’âge, auraient pu prendre les caractères de 1 une des
espèces précédentes. Celte suppo-i
fondée i
sition ne serait nullement Il est très-probable que Y Ateles hy± bridus ne devient jamais noir; ca> i les femelles des espèces précédente* sont bien connues, et toutes souli noires comme leurs mâles; et d’ail leurs aucun de nos individus, paj même le jeune mâle, ne présente la plus légère trace de poils noirs. Mail il y a plus ; en admettant même qu4 ces individus appartiennent à un* espèce noire dans l’état parfait di{ pelage , il 11’en serait pas moins certain qu’ils appartiennent à une espèce distincte de toutes celles déji connues. Il en est deux seulemen avec lesquelles il serait peut-être pos» sible de la confondre alors , Y Atelert Belzebuth, et Y Ateles marginatus. Or le Belzébuth n’a point de tache blan cheau front, et les poils du côté d< la tête et du col sont disposés un pet différemment. Leur principal centrd’origine est toujours chez le Bel zébuth , à l’occiput ou à la régioi supérieure du col. Chez l’Atèl métis, il est toujours à sa région in ferieure. Dans Les deux espèces , l’e»
veille est en grande partie cachéj par les poils; mais chez le Belzé bulh c’est par de très-longs poiE naissans sur toute la joue depuis 1 commissure des lèvres et se dirit géant en arrière. Chez l’Atèle métis c’est par des poils assez courts qil naissent du centre commun d’ori gine et se portent en avant. Quant
Y Ateles marginatus, il suffirait pies»
que de dire qu’on en connaît le jeur» mâle et la femelle; car cela seu prouve qu’on ne saurait attribuer l’intluence de l’âge ou du sexe 1(J différences qui nous ont servi de c3 ractères. Nous ajouterons cependai:
que la portion du dessus de la têtd qui est couverte dq poils blancs 4 courts, est beaucoup plus étemh|i chez Y Ateles marginatus que élut
Y Ateles hybridus ; aussi la pet il huppe qui résulte de la rencontre d<»
poils du front et de ceux du reste 4 la tête, est-elle placée sur le miliel du crâne chez le premier, et , tout al
SAP
ion traire, très-rapprochée des orbites .liez le second.
fff Les Ériodes , E /iodes.
Les espèces que nous réunissons ous ce nom générique , ont jusqu’à :e jour été confondues avec les véri- .ables Atèles, auxquels elles ressem- )lent par l’extrême longueur de leurs membres , par l’état rudimentaire de eurs pouces antérieurs, toujours enièrement ou presque entièrement caillés sous la peau; enfin par queljues autres conditions organiques l’une importance secondaire. Touteois si le nouveau genre que nous oroposons aujourd’hui n’a point été iitabli plus tôt , c’est sans doute parce que les espèces qui doivent le composer, ont été jusqu’à ce jour peu J itudiées, soit parce qu’elles sont en «général assez rares et connues depuis ] ieu de temps, soit par d’autres cau- J es. En effet , les caractères qui dis— J inguent nos Ériodes des Atèles sont J i la fois très-nombreux, et pour la Ibluparl très-importans , comme le irouvent les détails suivans (1), et omme chacun pourra s’en assurer rès - facilement , la description que ! îous avons donnée des Atèles ayant t;té faite sous un point devvue comîaratif, et de manière à faire saisir u premier coup-d’œil les caractères iistinctifs de l’un et de l’autre genre.
. jes molaires des Ériodes sont généralement très -grosses et de forme [uadrangulaire. Les incisives sont, ux deux mâchoires, rangées à peu >rès sur une ligne droite , égales enre elles, et toutes fort petites : elles ont beaucoup moins grosses que les molaires: caractères qui suffiraient :our distinguer les Ériodes de tous es autres Sapajous , les Hurleurs exeptés. Les ongles ressemblent au- 1 ant à ceux de plusieurs Carnassiers , els que les Chiens , qu’à ceux des Hèles et de la plupart des Singes :
(0 Ce3 détails sont extraits d’au Mémoire ncore inédit , qui doit paraître dans les Mémoires du Muséum, et qui est actuellement sous ■resse.
SAP j 43
ils sont comprimés , et on peut les regarder comme composés de deux lames réunies supérieurement par une arête mousse. Les oreilles sont assez petites et en grande partie velues. Les narines , de forme arrondie, sont très-rapprochées l’une de l’autre , et plutôt inférieures que latérales , à cause du peu d’épaisseur de la cloison du nez ; disposition que Spix a déjà remarquée dans une espèce, et qui fournit à notre genre Eriodes l’un de ses caractères, sinon les plus appareils , du moins les plus remarquables. Les Eriodes tiennent véritablement le milieu , par la conformation de leur nez , entre les Singes de P Ancien-Monde ou Catarrhinins , et ceux du Nouveau- Monde ou Platyrrhinins ; et il est même exact de dire qu’ils sont, par ce caractère , plus voisins des premiers que des seconds. Les ouvertures osseuses des fosses nasales , qui sont à peu près cordiformes , présentent aussi une différence importante à l’égard des Atèles. Les intermaxillaires montent jusqu’aux os propres du nez et s’articulent avec eux, en sorte que les maxillaires ne concourent point à former l’ouverture. On serait porté, au premier abord, à croire cette disposition liée d’une manière nécessaire avec celle que présentent les narines des Eriodes, d’autant mieux qu’elle se trouve aiiSSÎ chez les Singes de l’Ancien-Monde.
Il n’en est rien cependant; car cet arrangement existe aussi presque toujours chez les Singes américains , et les Alèles sont même les seuls, à notre connaissance, qui ne le présentent pas. Le clitoris, moins volumineux chez les Ériodes que chez ces derniers , nous a présenté un caractère très-remarquable en lui-même, et que sa rareté rend plus remarquable encore. Il esl couvert sur ses cîeux faces de poils soyeux , un peu rudes, très-serrés les uns contre les autres, noirâtres , longs d’un demi-pouce environ à la face postérieure, et de près d’un pouce à l’antérieure. La disposition de ces poils est telle , que
i 44 SAP
le clitoris ressemble à un pinceau élargi transversalement; et il est à ajouter que ceux de la face postérieure , se portant obliquement de dehors eu dedans vers la pointe de l’organe, laissent d’abord entre eux un petit espace triangulaire qui semble continuer le sillon de l’urètre.
Il n’est pas douteux, au reste, que l’urine coule entre ces poils , nonseulement parce que leur disposition l’indique , mais parce qu’ils sont comme agglutinés les uns aux autres.
Cette disposition du clitoris se lie évidemment avec la disposition suivante : au-dessous de l’anus on remarque un espace triangulaire correspondant à la région périnéale et plus ou moins étendu, qui se trouve nu ou couvert de poils excessivement courts et de même nature que ceux du clitoris; et tout le dessous de la base de la queue, dans la portion qui correspond à cet espace et qui s’applique sur lui lorsque l’Animal rapproche sa queue de son corps , est couvert de poils excessivement ras, dirigés de dehors en dedans et formant, au point où ils rencontrent ceux du côté opposé, une sorte de petite crête longitudinale. L’aspect gras et luisant de toutes ces parties semble annoncer la présence d’un grand nombre de follicules sébacés ; mais n’avaut vu que des pelleteries desséchées , nous n’avons pu constater leur présence. Nous n’avons pu également , faute de sujets , et à notre grand regret , examiner chez le mâle le pénis et les parties environnantes.
Nous ne doutons point que nous n’eussions trouvé chez lui quelque chose d’analogue à ce que présente le clitoris , mais avec de notables différences ; car on concevra facilement combien un gland pénieu hél issé de poils rudes , comme l’est le gland du clitoris de la femelle , serait une condition défavorable pour l’acte de l’accouplement. Enfin , en outre de toutes ces conditions organiques dont l’importance ne saurait être contestée , les Ériodes diffèrent encore des Atèles par leur queue un
SAP
peu plus courte et nue dans ses deux cinquièmes postérieurs, et surtout i par la nature de leur pelage. Tous [ leurs poils sont moelleux, doux au | toucher, laineux et assez courts; I ceux de la tête, plus courts encore !
que ceux du corps et delà queue, sont J dirigés en arrière; caractères préci- jfl sèment inverses de ceux que présen- H tent les Atèles, et qui donnent aux il Eriodes une physionomie toute diffe— À rente. C’est à la nature laineuse de H leurs poils que se rapporte le nom I générique que nous avons adopté R pour ces Singes , et par lequel nous | avons cherché à rappeler le pins ap- | parent de leurs traits distinctifs.
Ce genre est, dans l’état présent de | la science , composé de trois espèces , toutes originaires du Brésil , et encore très-peu connues; aucune d’elles n’a jamais été , du moins à notre connaissance, amenée vivante en Europe, depuis un individu qu’Edwards vit à Londres en 1761, et qu’il a mentionné sous le nom de Singe-Araignée, sans nous transmettre à son sujet aucune remarque intéressante. Les Ériodes ont été également trèspeu observés dans l’état sauvage; Spix , auquel on doit la découverte* de l’un d’eux, nous apprend seulement que ces Singes vivent en trou-* pes, et font, pendant toute la jour-t née, retentir l’air de leur voix claquante, et, qu’à la vue du chasseur,, ils se sauvent très-rapidement eu sautant sur le sommet des arbres-
Un fait fort remarquable, et qui montre mieux que tous les raisonne-* mens théoriques combien le voya geint que nous venons de citer brisait le3 rapports naturels par !’élablissemen| de son genre Court-Pouce, Rraclij- i teles , c’est que, sur nos trois Eriodes* il en est un chez lequel il u’y a aucune trace extérieure des pouces an-»
teneurs; un autre, chez lequel ce»
doigts se montrent au dehors sous lit:
forme de tubercules sans ongles ; et.
un autre enfin chez lequel ils sont même onguiculés;, et cependant tou.j| trois sont liés par des rapports si in-* limes , et se ressemblent tellement
SAP
ir les couleurs de leur pelage et urs proportions , qu’on serait preste tenté de les réunir en une seule pèce. Aussi le genre Court-Pouce a-t-il été adopté par aucun natura- >te , quoique déjà publié depuis usieurs années.
L’Eriode hem i dactyle , Eriodcs wnici acty lus , ISob. C’est l’espèce ms laquelle il existe un petil pouce aguiculé, très-grêle, très-court, at- -ignant à peine l’origine du second •igt, et iout-à-fail inutile à l’Anitial. Sa longueur , depuis le bout i i museau jusqu'à l'origine de la eue , est d'un pied huit pouces , la queue a deux pieds un pouce, a pelage est en général d’un fauve i ndré qui prend une teinte noirâtre r le dos. Les mains et la queue ît d’un fauve plus pur que le reste 3 membres et le corps , Les poils i entourent l'espace nu ou couvert poils ras, que nous avons ditexisà la base de la queue et près de , lus , sont d’un roux ferrugineux : i ne diffère de la couleur des poils clitoris que par une nuance plus ire. La face, qui n’est complètent nue que dans le voisinage des ix, paraît être tachetée de gris sur : fond couleur de chair. Celte es- •e, découverte en i8i6 au Brésil
Delalande, a toujours été condue avec la suivante.
j'Ériode a tubercule , Eriodes erifer, Nob. , J te les hypoxonthus ,
de Neuxv. et Kuhl ( Beyt. zur
■ l. ) ; Brachyleles macrotarsus ,
[ x , loc. cil. Celle espèce se dis—
' 'ue facilement de la précédente
le caractère suivant : ses pouces imentaires paraissent à l’extérieur s la forme de simples tubercules , aanquent constamment d’ongles , 'ant les observations des auteurs [ mands. Son pelage est, comme ii des deux autres Eriodes, d’un I te tirant sur Je cendré, la queue 1 it d un brun ou d’un fauve ferru-
■ !UX ; la racine de la queue étant, t 1 que la partie postérieure des F ses, de couleur rousse; les doigts
couverts de poils ferrugineux.
SAP 1 45
Cet Eriode , qui ne nous est connu que par la description des auteurs que nous avons cités , a été découvert au Brésil par le prince de Neuwied ; on lui donne généralement les noms de Miriki , Mono et KoY/po L’Eriode arachnoïde , Eriodes arachnoïdes , Nob.,; Ateles arachnoïdes, Geoffr. St.-Hil. ( Ann. du Musée, T. xiii), est généralement d’un fauve clair, qui passe au cendréroussâtre sur la tête , et au roux doré sur l’extrémité de la queue et sur les pâtes, principalement aux talons; quelques individus sont d'un fauve clair uniforme. Cette espèce, dont la taille ne diffère pas de celle de l’Hypoxanthe, est connue au Brésil sous le nom de Macaco oeniello.
f ff f Les Lagothriches , Lagothrlx.
Ce genre, établi par Geoffr. St.-Hil.
(Ann. du Mus. T. xix) , se distingue des deux genres précédens par ses membres beaucoup moins longs , et surtout par ses mains antérieures pentadactyles, comme chez les Hurleurs et les Sajous : c’est à ces derniers qu’il ressemble par ses proportions.
Les doigts sont de longueur moyenne , et le second d’entre eux, ou l’indicateur , est même court. Les ongles des mains anterieures sont un peu comprimés , même ceux des pouces , et ils tiennent ainsi le milieu, par leurs formes, entre ceux des Atèles et des Eriodes; ceux des mains postérieures sont , à l’exception de ceux despouces, pluscomprimés encore , et ressemblent encore davantage à ceux
des Eriodes;ce qui est surtout apparent
à l’égard des trois derniers doigts. La tête des Lagothriches, qui est arrondie, et surtout leurs poils doux au toucher, très-fins et presque aussi laineux que ceux des Eriodes, les rapprochent encore de ces derniers; mais leurs incisives et leurs narines sont cumme chez les Atèles. Leur angle faciai est de 5o°, et leurs oreilles très-petites. Quant aux conditions organiques que présente le clitoris, nous n’avons pu rien savoir à leur égard , à cause de l’état des pelleteries