‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 66 sur 76 · II. Yeuxéchancrés · texte numérisé non relu

II. Yeuxéchancrés

Genre : Trïpoxylon.

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Vk Section. — Les CRMîRopiiTES. Crnbronilcs. Pio- Ihora.x très-courl, linéaire el liansversal; pieils coiirls ou de longueur moyenne; tèle Irèsgrosse, paraissant, vue en dessus, presque carrée; yeux, quoique Irêsi;rands, terminés en dessus, à quelque distance du bord l)Ostérieur; abdomen de forme ovale ou elliptique.

Genres : Meiline, Pempiiredon, Altsoh, Stigme, Cra-

ERON, PflllAKTBE, CERCERIS.

y. chacun de ces noms de genres.

FOULCRE. OIS. Synonyme vulgaire de Macroule. /'.

FOIILQI'E.

FOULE CRAPAl'D. ois. (Salerne.) Synonyme vulgaire d'Engoulevent. /^. ce mot.

FOULON. INS. Nom vulgaire du Melolontha Fiillo, grosse et belle espèce de Hanneton assez commun dans les dunes.

FOULQUE. Fiilica. ois. (Brisson.) Genre de l'ordre des Pinnatipèdes. Caractères : bec médiocre, conique, épais, droit, comi)rimé à sa base, beaucoup plus haut que large; mandibule supérieure légèrement renflée et inclinée vers le bout, se dilatant sur le front en une grande plaque nue, l'inférieure anguleuse, toutes deux d'égale longueur; narines latérales oblongues, placées vers le milieu du bec, percées de part en part, recouvertes à demi par une membrane assez épaisse; pieds assez allongés, grêles, dégarnis de plumes jusqu'au-dessus du genou; quatre doigts; les trois de devant longs, réunis à leur base, et garnis de chaque côté d'une membrane découpée en festons; première rémige plus courte (jue les deuxième et troisième qui sont les plus longues.

Les Foulques que l'on a retrouvées dans tous les pays où se sont portés les observateurs de la nature, paiaissent, par celte seule raison, être des Oiseaux voyageurs, quoiqu'on les voie très-rarement se livrer ù l'exercice du vol. Peut-être aussi ne les trouvons nous aussi sédentaires que parce que leur naturel craintif les retient cachées pendant toute la journée dans les joncs et les roseaux, et que, profitant de la faculté qui leur est commune avec beaucoup d'autres Oiseaux, de très-bien distinguer dans l'obscurité, elles ne parcourent les régions de l'air que pendant la nuit, ce qui dérobe leur vol à nos regards. Quoi qu'il en soit, la faculté de voir dans l'obscurité, qui dénote toujours une faiblesse de l'organe de la vue, est un bienfait pour tous les Oiseaux qui ne se nourrissent que de Poissons et de Vers, car ceux-ci, redoutant l'éclat de la lumière, ne se montrent d'ordinaire que pendant la nuit.

Les Foulques, peu nombreuses en espèces, ont avec les Gallinules des rapports de mœurs comme d'organisation; les unes et les autres, quoique monogames, vivent en société, etsonl presque toujours réunies; elles préfèrent les étangs, les marais, les lacs el les golfes aux eaux courantes et trop agitées; elles fuient même la haute mer. C'est au milieu des eaux sur quelque touffe de plantes aquatiques, qu'elles déposent dix-huit à vingt œufs dans un nid formé par un amas de joncs, par des débris de roseaux, et garni intérieurement d'un peu de duvet. Les petits, qui nagent en naissant, et que l'on prendrait pour de pelits Quadrupèdes couverts de poils, deviennent souvent les victimes de la voracilé des grands Oiseaux et des Poissons.

Les Foulques quident rarement l'eau : elles nagent et jilongenl avec la plus grande vivacité; elles volent les pieds pendants; elles paraissent abandonner les pays du Nord à l'époque des gelées, mais y reparaissent dès (|ue les plus violents frimais ont cessé; leur chair est un mets peu délicat et peu recherché.

FOCIQEE A AIGRETTES, f^ . GRÈBE CORNU.

FOCLQCE A EEC VARIÉ. ^. GrÈBE A BEC CERCLÉ.

FocLQCE BLEUE. Fiilica cœnilea , Vandelli. Toul le plumage d'un noir brillant, à reflets bleus; plaque du front carrée et rouge; bec rouge; narines ovales; piedi rouges; doigts simples et très-longs; crête blanche. Si cette Foulque n'est point la Macroule dans son plumagt d'amour, ce pourra en effet être une espèce distincte quiaura jusqu'ici échappé aux observations de tous les ornithologistes qui ont écrit sur les Oiseaux d'Europe. Elle a élé observée en Portugal.

Foulque a crête. Fulica cristata, Lath. Toul le plumage d'un noir bleuâtre; la plaque du front rouge, relevée et divisée en forme de crête; bec blanc avec la base rouge; pieds noirâtres. Taille, seize pouces. De Madagascar.

Grande Foulque, f^. Foulque Macroule.

Foulque a jarretières rouges du Paraguay. Fulica armillala, Vieill. Toul le plumage d'un noir bleu, plus foncé vers le cou; quatorze rectrices arrondies; bec d'un jaune verdàlre, avec une tache rouge sur la mandibule supérieure; pieds noirâtres, avec le bas de la jambe d'un rouge orangé très-vif. Taille, quinze pouces cl demi.

Foulque Lebcoptére. Fulica Leucoptera, Vieillot. Tout le plumage d'un noir bleuâtre, à l'excepdon des tectrices alaires et caudales inférieures, de l'extrémité des rémiges internes qui sont d'un blanc argenté; douze rectrices pointues; plaque fronlale demi - circulaire ; bec verdâtre; pieds noirs; jambes jaunâtres; tarse très-comprimé; iris rouge. Taille, treize pouces. De l'Amérique méridionale.

Foulque Macroule ou Morelle. Fulica atra, L. Buff.,pl. enl., 197. Tout le plumage d'un noir plombé, plus foncé vers le cou ; un trait blanc au pli de l'aile; bec hianchâlre, avec la plaque frontale blanche, mais qui rougit à l'époiiue des amours; pieds noirâtres avec une ligne rouge au-dessus du genou. Taille, dix-huit ])ouces. D'Europe. Cette espèce varie accidenlellemenl, et les variétés ont été admises comme espèces par plusieurs auteurs; telles sont ; la Foulque aux ailes Planches, Fulica Leucoiix: , Gmel.;la Foulque blanche, Fulica alba, Lath. ; la Foulque cendrée, Fulica Americana, Lath.; la Foulque toute noire, FK/î'ca/£</i/op*, Gmel. ; la Foulque à ventre blanc, Fulica fusca, Lath.

Foulque noire et blanche, y. Grèbe cosnu.

Foulque oreillée. F. Grèbe oreillard.

FOUNINGO. ois. Espèce du genre Pigeon. F. ce mot.

FOUNINGO MAITSOU. ois. Espèce du genre Pigeon. F. ce mot.

FOUQUE. OIS. Même chose que Foulque.

FOUQUET. OIS. Espèce du genre Hirondelle de mer. y. ce mot.

FOUQUIÈRE. Fouquiera. bot. Kunth a établi ce genre d'après un arbrisseau élégant du Mexique, juste hommage à un médecin célèbre qui avait rendu un ser-

!• Il l'

vice important à la botanique en sauvant la vie ati professeur L.-C. Richard. Il le caractérise de la manière suivante : calice composé de cinq sépales arrondis et imbriqués; corolle monopétale. Iiypogyne, présentant un tube cylindri(|ue lé^iTement arqué, et un limbe découpé en cin(| lobes étalés, presque réguliers; douze élamincs inséiTP ; sous l'ovaire, saillanles, à filets ciliés et soudés enire eux inférieurement; à anthères cordiformes.biloi'iilaircsets'onvrant suivant leur longueur; ovaire libre, sessile; une seule Id^c dans laquelle on compte dix-huit ovules asiendanis, fixés sur deux rangs le long de trois placentas pariétaux; style trifide au sommet. Le fruit n'est pas connu. Le Foutjtiiera for- ■moan est un arbrisseau sur lequel sont parsemées de courtes épines; de leurs aisselles naissent des feuilles solitaires, entières et légèrement charnues; les fleurs de couleur rouge sont disposées en épis serrés à l'ex- Irémité des rameaux. Kuntli discute les affinités du Fouqiiiera, et lui en reconnaît avec des genres de familles diverses et Irés-éloignées entre elles, mais trouvant que ses rapports les plus marqués sont avec le Taliiium et le Cotylédon, il lui assigne à la suite des Portulacées une place provisoire, en atlendant que la connaissance de la structure de ses graines donne de nouvelles lumières sur celte question et aide à la décider, f^. Kunth, Nov. Geti., vr, 81, tab. 527.

FOUIl AROENT.HOi.f.. A'. DoLCHEn'ARGEMet Turbot.

FOURBI.SSOi\. F0URBL11.SS0:N. ois. Synonymes vulgaires de Troglodyte d'Europe, f^. Sylvie.

FOURCHE POTS. Espèce du genre Cichle. T. ce mot.

FOURCHETTE, loui. On donne ce nom à une élévation en forme de V, qui, dans le pied du Cheval, se trouve au milieu de la sole, et à la partie postérieure.

FOURCHU. OIS. Nom vulgaire du Pilet. 1^. Canard.

FOURCROYA . BOT. Même chose que Furcrée. ^. ce mot.

FOURUINIER. BOT. Nom vulgaire du Prunus spiiiosa, L., en quelques cantons où son fruit est appelé FoDr.nRAiivE.

FOUUMEIROU. OIS. Syn. vulgaire de Rougc-Queue. y. Sylvie.

FOURMI. Formica, iws. Les auteurs anciens appliquaient ce nom générique à un groupe d'insectes (F. FoRMiCAir.Es) qui, depuis, a été subdivisé parLatreille en plusieurs sous -genres. Celui des Fourmis proprement dites, dont il va être question, appartient (Règne Anim. de Cuv.) à l'ordre des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, famille des Hélérogynes, et peut être caractérisé de la manière suivante : femelles et ouvrières privées d'aiguillon; antennes insérées près du milieu de la face antérieure de la tête; mandibules fortes, triangulaires et dentées; pédicule de l'abdomen formé par un seul anneau représentant une écaille verticale et comprimée. Ce dernier caractère et l'absence d'un aiguillon rapprochent les Fourmisdes Polyergues; mais elles s'en éloignent par l'insertion des antennes et par l'épaisseur des mandibules. Elles avoisinent aussi les ponères, les Myrmices, les Atles et les Cryplocères qui faisaient partie du grand genre Formica de Linné, mais la seule particularité d'un aiguillon dans ces divers groupes, est un caractère facile pour les eu distinguer. Les Fourmis ont encore beaucoup d'analogie par

la forme des palpes et de la lèvre inférieure avec les Tiphies, les Mutiles et les Doryles, mais le pédicule de l'abdomen et les antennes offrent une composition toute différente, et très- facile à saisir. Les Fourmis ellesmêmes présentent Irois sortes d'individus : les niàles, les femelles et les ouvrières ou neutres; ils vivent en société et ont dans chacun de ces états une organisalion exlérieiire qui leur est propre. I.atreille les a étudiées sous ce rapport avec beaucoup de soin {Hisl. nat. ries Fourmis, 1 vol. in-8"). La tèle, armée de ses mandibules, est pres(pie triangulaire ou ovale; son extrémité posiérieuie est plus large ijue le corselet dans les ouvrières, de même largeur environ dans les femelles, et sensiblement plus étroite et plus convexe dans les mâles; elle supporte des yeux lisses et des yeux à facettes. Ces derniers sont petits, presque ronds, peu saillants et insérés vers le milieu des côtés de la tète chez les femelles et chez les ouvrières; ceux des mâles ont plus de grosseur et font une plus forte saillie. Les yeux lisses, au nombre de trois, sont disposés en triangle sur le sommet de la tèle, et très-apparents dans les mâles et dans les femelles ; les neutres en sont généralement privées. Les antennes sont brisées, filiformes, composées de douze arti( les chez les femelles et les neutres, et de treize chez les mâles. Le iiremier article est presque cylindrique, très-long et inséré vers le milieu du front ù l'extrémité d'un sillon. Le thorax des femelles est ovoïde, de la largeur de la télé, un peu comprimé laléralement; celui des mâles est plus petit et convexe. Dans les unes et dans les autres, il supporte deux paires d'ailes. Le thorax des neutres ou des ouvrières est très- différent. D'abord il ne donne plus attache à des ailes et sa com|)osilion esl ensuite trèssingulière. Il présente des étranglements, et la partie désignée par Audouin sous le nom de tergum est restée tout à fait rudimenlairc. — Les ailes, au nombre de quatre, sont inégales entre elles; les antérieures, plus longues que les postérieures, excèdent la longueur de l'abdomen, et lorsqu'elles sont croisées sur lui, elles le recouvrent en entier et le dépassent de beaucoup à son sommet. Jurioe leur a distingué une cellule radiale, grande, allongée et rélrécie, en arrière de laquelle existent deux grandes cellules cubitales, dont la seconde atteiiil presque le bout de l'aile. Les nervures récurrentes manquent complètement. Ces ailes, qui sont propres aux mâles et aux femelles et qui leur servent pour voler, tombent chez ces dernières immédiatement après leur fécondation. — Le thorax donne attache inféiieurenient aux pattes; celles des ouvrières et des femelles sont plus ou moins fortes, comprimées et terminées par un assez long tarse de cinq articles cylindriques dont le dernier conique, terminé par deux petits crochets, avec une sorte d'empalement au milieu. Les pattes du mâle ont plus de minceur et sont plus longues. — L'abdomen des mâles esl de sept anneaux; on n'en compte que six à celui des femelles et des ouvrières. 11 esl de forme ovalalre, et son premier anneau, Irès-comprimé et rétréci, représente une sorte d'écaillé lenticulaire. Celle partie du corps contient différents viscères et entre autres les organes de la génération, et deux appareils de sécrétion quiéjaculcnt une liqueur

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particulière, connue sous le nom d'Acide foimique. Cel Acide, d'après Fourcroy (Mémoire sur la nature chimique des Fourmis, Ann. du Mus., 5" caliier), est formé des Acides acétique et malique dans un état de concentration considérable.

Les Fourmis se réunissent en sociétés uniquement compo.sées d'individus de la même es|)êce, ou ayant de plus des individus neutres d'une et (|uelquefois de deu.x autres espèces. Les piemières de ces réunions portent le nom de simples et les secondes celui de sociétés mixtes. Nous entrerons dans de plus grands détails, en parlant des espéies, sur ces deux sortes de réunions.

Les Fourmis se nourrissent indifféieuiment de matières animales et vésétales, telles que de fruits, d'insectes ou de leurs larves, de cadavres de Quadrupèdes ou dOiseaux, de pain, de sucre, etc. Les neutres vont à la reclierclie des provisions, et s'instruisent par le toucher et l'odorat du succès de leurs découvertes; elles donnent la beccpiée aux larves et les transportent à la superticie extérieure de leur habitation, pour leur procurer de la chaleur, les redescendent plus bas aux approches de la nuit ou du mauvais temps, les défendent contre les attaques de leurs ennemis, et veillent avec le plus grand soin à leur conservation, particulièrement lorsqu'on dérange leurs nids. Elles ont la même attention pour les nymphes, dont les unes sont renfermées dans des coques et les autres à nu ; elles déchirent l'enveloppe des premières lorsque le temps de leur dernière métamorphose est venu. Les Fourmis sont très-friandes d'une li<pieur sucrée que les Pucerons et les Gallinsectes laissent Iranssuder. Quelques espèces font , au fond de leur nid , des amas de ces insectes et de leurs œufs, et s'en disputent ensuite la possession. 11 y a même des Fourmis qui se consirniseut des galeries en terre, depuis leur habitation jusqu'à l'extrémité des branches des arbres chargés de ces insectes. Quatre ou cinq espèces possèdent des Pucerons. » Une fourmilière, dit Hubert, est plus ou moins riche, selon qu'elle a plus ou moins de l'ucerons. C'est leur bétail; ce sont leurs Vaches et leurs Chèvres. » L'habitation des Fourmis varie beaucoup, et il est facile de concevoir qu'il devait y avoir de la diversité dans les plans d'exécution, puisque chaque espèce, étant réunie en société, a dû chercher à se garantir des intempéries des saisons en se formant une habitation en rapport avec son instinct et son genre d'industrie. Ainsi le plus grand nombre des espèces s'établissent dans la terre; les unes n'emploient à la bâtisse de leur édifice que les molécules de terre qu'elles ont été obligées de préparer en creusant leurs galeries; les autres élèvent au-dessus du terrain qu'elles ont excavé des sortes de dômes, avec des fragments de matières végétales et autres qu'elles vont chercher aux environs. D'autres espèces choisissent le tronc des vieux arbres; elles pratiquent dans l'intérieur des cavités et des galeries en tout sens et forment de vrais labyrinthes. D'autres, enfin, placent leur habitation sous une grosse pierre ou sous une racine d'arbre; mais, malgré la diversité de genre d'habitations, il est aisé de voir que toutes ces espèces s'accordent pour ne jeter les fondements de leur colonie que dans un lieu exposé à la douce influence du soleil , à

l'abri des inondations et dans un terrain susceptible d'être creusé facilement, mais pas assez mouvant pour que les galeries qu'elles y pratiquent soient sujettes à s'ébouler. Quand les Foiiiinis ont ainsi choisi un endroit, et qu'elles y ont établi leur ville, elles pratiquent aux environs plusieurs grandes rouies qui partent toutes de la cité et vont dans les divers lieux où elles ont besoin de se rendre pour aller chercher leur nourriluie.

Les Fourmis sont susceptibles de colère ; lorsqu'un animal étranger, un insecte, ou même des Fourmis d'une espèce différente s'introduisent dans leur habitation, aussitôt l'alarme est répandue, et après quelques moments de tumulte causé parce qu'elles s'avertissent les unes les autres du danger où elles croient que se trouve la république, elles se décident à en venir aux mains avec l'imprudent étranger qui se sauve rarement; s'il en échappe, ce n'est que couvert de blessures faites parles fortes mandibules des neutres. Lorsque le danger n'est pas grand, toutes les Fourmis ne prennent point paît à l'affaire, elles n'y envoient alors qu'un détachement assez fort pour chasser ou faire périr l'ennemi. Quoique les Fourmis soient, comme on le voit, très-jaloubcs de leurs droits, elles sont cependant susceptibles d'exercer l'iiospilalité à l'égard de quelques animaux. Lalreille a trouvé dans les nids de la Fourmi fauve, de jeunes Cloportes qui y reslaient sans recevoir le moindre outrage; et i)rès de celui de la Fourmi noir- cendrée, la larve d'un Hanneton ou d'une Cétoine. Ce naturaliste dit que lorsque les travailleurs ont éprouvé quelque accident, d'autres viennent leur porter des secours. Le fait suivant semblerait prouver que la commisération est un sentiment naturel à ces animaux. « Si l'on passe, dit-il, à plusieurs reprises le doigt sur la route que suivent les Fourmis , on divise le courant des émanations qui leur servent de guide. On leur oppose un obstacle qui les arrête sur-le-champ, les oblige à rebrousser chemin ou à se détourner; ce n'est qu'à la longue qu'elles franchissent la barrière. Le sens de l'odorat se manifestant d'une manière aussi sensible, je voulais profiler de cette remarque pour en découvrir le siège. On a soiqtçonné depuis longtemps qu'il résidait dans les antennes. Je les arrachai à plusieurs Fourmis fauves auprès du nid desquelles je me trouvais. Je vis aussitôt ces petits animaux, que j'avais ainsi mutilés, tomber dans un état d'ivresse ou une sorte de folie. Us erraient çà et là, et ne reconnaissaient plus leur chemin. Ils m'occupaient; mais je n'étais pas le seul. Quehpies autres Fourmis s'approchèrent de ces pauvres affligés, portèrent leur langue sur leurs blessures, et y laissèrent tomber une goutte de liqueur. Cet acte de sensibilité se renouvela plusieurs fois, et je l'observai avec une loupe, n

Quoique l'histoire des Fourmis d'Europe présente encore de grandes lacunes, on peut la regarder comme très-avancée en comparaison de celle des exotiques. Si nous puisons dans les récits crédules de la plupart des voyageurs, nous ne ferons que répéter des erreurs grossières, ou, si les faits sont vrais, ils ne s'appliqueront pas aux Fourmis, car on sait que pour des hommes qui

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ne surent jamais dislinjjuer nue Fourmi d'un autre insecte, tout petit animal cstOésigné par eux sous ce nom. Mademoiselle Mérian prétend qu'une espèce de ce genre voyaffe en troupes et ([ue lorsque ces insectes veulent fiancliir un intervalle, entre plusieurs arbres, par exemlile, ils se forment un pont, en s'accroclianl l'un à l'autre, sur lequel tout le corps d'armée passe; cette armée va, une fois par an, de maison en maison, y tue tous les insectes, tous les petits Quadrupèdes rongeurs et inlommodes (|u'elle rencontre dans sa visite. Ce que nous (lisons des voyageurs ne doit pas s'appliquer à tous; il en est d'instruits qui ont donné des détails fort curieux sur plusieurs insectes et dont les observations sont dignes de foi. Ainsi le capitaine Stedman dit qu'il n'a pas eu la moindre connaissance des faits énoncés par mademoiselle Mérian , quoiqu'il ait parcouru les mêmes lieux qu'elle; il a observé que les Fourmis nommées par les habitants Fourmis de feu, étaient si nombreuses que souvent, par leur épaisseur, leurs fourmilières obstruaient, en quelque sorte, le passage. 11 dit que leur morsure cause une douleur si vive qu'il a vu toute une compagnie de soldats être saisie d'un tel 1 ressaillement, qu'on eût dit qu'ils venaient d'être écbautlés par de l'eau bouillante. Nous pourrions rapporter beaucoup d'observations de ce genre, mais l'étendue de cet article ne nous le permet pas.

Les mâles cl les femelles des Fourmis ne se trouvent, sous leur dernière forme, que passagèrement dans la lourmilière; les màles naissent les premiers, et quittent presque aussitôt leur berceau , quoique les Fourmis nourricières fassent tous leurs efforts pour les retenir, ouelques-uns sont d'abord obligés de rentrer, mais la j;arde est bientôt forcée par le grand nombre de ceux ([ui veulent émigrer. et les environs de l'habitation sont couverts d'un nombre immense de Fourmis qui s'envolent au bout de quelques heures. Quand les femelles .sont sorties avec eux, ils s'accouplent soit à terre, soit dans l'air; les femelles retombent et se débarrassent liientôt de leurs ailes qui sont devenues inutiles, puisque le vœu de la nature est rempli. Cette opération, que Hubert leur a vu faire, est fort curieuse, et nous allons rapporter ce qu'il a observé. 11 avait pris des Fourmis femelles fécondées et les avait placées dans ini pot rempli de terre humide cl couvert d'une cloche en verre; une heure après, toutes avaient perdu leurs niles,qui étaient dispersées çà et là, et elles s'étaient cachées sous la terre. Comme il voulait être témoin de la manière dont elles opèrent, il en prit, les mil dans un poudrier sans terre et les observa avec assiduité pendant cinq heures consécutives. Mais, à son grand étonnemenl, il ne leur vit rien faire qui pût annoncer la perte de leurs ailes ; il ne concevait pas ce qui pouvait retarder une opération qui avait été sitôt faite |iar les premières, mais il pensa bientôt que c'était peutêtre parce que les femelles n'étaient pas dans des circonstances semblables à l'état de natpre; il prit de la lerre humide, en mit une légère couche sur une table, la recouvrit d'une cloche en verre et introduisit dessous une Fourmi fécondée; aussitôt qu'elle se sentit sur la (erre, elle étendit ses ailes avec effort, en les faisant venir en avant de sa tête; elle les croisa dansions les

I sens, les renversa d'un côté, puis de l'anlre, et fit des contorsions si singulières que ses quatre ailes tombèrent à la fois en sa présence; après celte expédition, elle se reposa, brossa son corselet avec ses pattes, et se promena sur la terre où elle parut chercher un gîte. Elle ne semblait pas s'apercevoir qu'elle fût enfermée dans une étroite enceinte; elle mangea du miel qu'il lui avait donné ; et se cacha enfin sous quelques morceaux de terre qui formaient une petite grotte naturelle. Les femelles qui sont restées aux'environs de la fourmilière sont saisies par les neutres qui s'empressent de les faire entrer dans l'habitation; là, elles sont gardées avec assiduité ; on ne leur permet plus de sortir, on les nourrit avec soin, et elles sont conduites dans les parties de la fourmilière où la température paraît le mieux leur convenir. Ces femelles s'accoutument peu à peu à leur esclavage : leur ventre grossit, et une seule sentinelle, remplacée sans cesse par d'autres, surveille leur conduite : la plupart du temps montée sur son abdomen et les jambes postérieures posées par terre, elle semble destinée à relever les œufs aussitôt qu'ils sont pondus. Lorsque la maternité de la femelle est bien reconnue, on commenceàlui rendre des hommages pareils à ceux que les Abeilles prodiguent à leur reine : une douzaine de Fourmis la suivent partout; elle est sans cesse l'objet de leurs soins et de leurs caresses; toutes s'empressent autour d'elle, lui offrent de la nourriture et la conduisent par ses mandibules , dans les passages difficiles ou monlueux; elles vont même jusqu'à la porter, l'iusieurs femelles jieuvent vivre dans le même nid ; elles n'éprouvent point de rivalités; chacune d'elles a sa cour; elles se rencontrent sans se faire de mal, mais elles n'ont aucun pouvoir. Les œufs, aussitôt après avoir été pondus, sont recueillis avec soin, et réiniis autour d'elle. Les femelles qui ne sont point rentrées dans leurs foyers, cherchent un gîte dès qu'elles ont perdu leurs ailes ; il serait bien difficile de les suivre alors dans les tours et détours qu'elles font dans les gazons et dans les champs. Hubert s'est assuré par quelques essais que ces femelles, qui n'étaient appelées à aucuns travaux dans les fourmilières natales , animées par l'amour maternel et le besoin de faire usage de toutes leurs facultés, devenaient laborieuses et soignaient leurs petits aussi bien que les ouvrières. Il est certain que ces femelles errantes établissent de nouvelles colonies, et l'apparition de fourmilières dans des endroits où il n'en existait pas, le prouve; car il est difficile de concevoir que l'instinct ramène toujours à la même habitation des individus que l'amour a entraînés au loin; l'immensité de population qui devrait résulter de cette unité de société, est une des raisons concluantes en faveur de ce sentiment; d'ailleurs, Hubert s'est assuré de la vérité de ces faits par plusieurs expériences (|ui ne laissent plus de doute à cet égard. Les femelles vierges ne rejettent point leurs ailes; elles n'inspirent aucun intérêt aux neutres, et celles-ci ne commencent à s'en occuper que quand elles sont fécondées. Hubert a vu des femelles vierges cl pourvues de leurs ailes, occupées à ouvrir des coques de nymphes de Fourmis ouvrières qu'il avait placées avec elles, dans un appareil où elles étaient isolées. Ces femelles ne paraissaient pas embarrassées du rôle qu'elles remplis-

saienlpoiir la première fois et contre rintenlion présumée de la nature.

Suivant Hubert, l'attachement des Fourmis ouvrières pour leurs femelles paraît s'étendre au delà de leur existence; car lorsqu'une femelle fécondée périt, cinq ou six ouvrières demeurent auprès d'elle, la brossent et la lèchent sans interruption pendant plusieurs jours, et semblent vouloir la ranimer par leurs soins.

Les œufs des Fourmis diffèrent entre eux : les plus petits sont cylindriques, blancs el opaques ; les plus gros sont transparents , avec une de leurs extrémités légèrement arquée; ceux de grandeur moyenne n'ont qu'une demi-transparence, et l'on voit dans leur intérieur une sorte denuageblanc, plus OH moins allongé. Dans d'autres, on n'aperçoit qu'un point transparent au bout sujiérieur; ceux-là offrent une zone claire , tant en dessus qu'en dessous; d'autres sont d'une limpidité parfaite, et l'on aperçoit déjà dedans des anneaux très -marqués; enfin les plus gros ne présentent qu'un seul point opaque et blancbâtre. Ceux qui viennent d'être pondus, sont constamment d'un blanc laiteux. Si l'on dérobe les œufs les plus avancés, aux soins des Fourmis, ils se dessèchent el périssent bientôt, ce qui ferait croire que les ouvrières ont des moyens pour les conserver, en leur communiquant peut-être une humidité nécessaire. Les larves sortent de ces œufs quinze jours après la ponte, elles ressemblent à de petits Vers blancs , gros , courts , sans pattes, et d'une forme presque conique; leur corps est composé de douze anneaux ; sa partie antérieure est plus menue et courbée; on remarque à la tête deux (lelites pièces écailleuses qui sont deux sortes de crochets; au-dessous de ces crochets, quatre petites pointes ou cils, deux de chaque coté, et un mamelon presque cylindrique , mou , rétractile , par lequel la larve reçoit la becquée; il est probable que la base principale de la nourriture que les ouvrières dégorgent, est la liqueur qu'elles recueillent auprès des pucerons et les parties sucrées des végétaux. Les soins que les Fourmis neutres prennent des larves, ne se bornent pas à la nourriture; elles veillent sans cesse auprès d'elles, pour les préserver de tous les accidents auxquels elles sont exposées dans un âge si tendre. Ces secondes mères remplissent ce devoir avec une prévoyance et une tendresse à toute épreuve. Toutes les températures ne conviennent pas à la jeune famille, les Fourmis ont dans leur instinct un thermomètre qui leur indique le degré dans lequel il faut tenir leurs nourrissons; ainsi, lorsque les rayons du soleil viennent frapper la partie extérieure de leur nid, les Fourmis qui sont à la surface descendent au fond de la fourmilière, avertissent leurs compagnes en les frappant avec leurs antennes, et les saisissant même avec leurs mandibules si elles ne s'empressent pas assez; elles les entraînent au sommet de l'habitation, et les y laissent afin de revenir auprès de celles qui gardent les petits; dans un instant les larves et les nymphes sont transportées au faîte de la fourmilière, et reçoivent la douce influence du soleil. Les larves des femelles, qui sont beaucoup plus grosses , donnent plus d'embarras ; on finit cependant par les placer à côté des autres. Quand les Fourmis jugent que leurs petits sont restés assez longtemps au soleil, elles les retirent dans des

loges propres à les recevoir, sous une couche de chaume, mais qui n'intercepte pas entièrement la chaleur; quand elles croient n'avoir rien à craindre, elles se reposent de leurs travaux; alors on les voit étendues pêle-mêle avec les larves, ou entassées les unes sur les autres. Si l'on découvre un peu l'intérieur de ces nids , on voit les ouvrières saisir leurs nourrisons avec une promptitude extrême , et les entraîner dans les lieux les plus reculés de l'habitation; s'il se trouve déjà des individus ailés, ils sont de même cachés par ces animaux.

Les larves des Fourmis qui n'ont point d'aiguillon, se renferment dans une coque ovalaire, d'un blanc jaunâtre ou roussâtre, marquée à un bout d'une tache noirâtre, qui répond à l'extrémité de l'abdomen de la nymphe, et qui est produite peut-être parla dépouille de la larve. Cette coque est formée d'une pellicule très-mince; l'écaille ou pédicule est cachée par une peau très-fine, qui se prolonge du corselet sur l'abdomen; les larves des espèces qui sont armées d'un aiguillon, ne s'ensevelissent pas ainsi dans un tombeau ; la nymphe est entièrement nue; sa couleur devient plus foncée, à mesure que le moment de son entier développement approche.

La Fourmi en état de nymphe présente la forme et la grandeur de l'insecte parfait ; mais elle est faible, d'une consistance encore tendre, et ses membres, incapables d'action, sont renfermés dans le fourreau dont nous avons parlé plus haut ; ces nymphes ne peuvent pas encore se passer du secours des Fourmis ouvrières ; celles qui sont enveloppéesdans une coque, périraient dedans, si, quand le temps est venu qu'elles en soient débarrassées, les neutres ne les sortaient pas de leurs cellules et ne leur enlevaient pas la pellicule soyeuse, qui enveloppe les parties de leur corps, en les tiraillant délicatement avec leurs mandibules. Les nouveaux-nés jouissent tous de leur liberté et des facultés actives qui leur sont propres ; les neutres continuent i)endant quelques jours de les surveiller ; elles les alimentent, les accompagnent en tous lieux , et semblent chercher à leur faire connaître tous les senliers et tous les détails de leur habitation; les mâles qui veulent sortir sont rassemblés par elles dans une même case, et ils y sotit retenus jusqu'au moment où elles jugent convenable de les abandonneravec les femelles. La sortie des mâles et des femelles est un événement marquant pour la république : toutes les Fourmis sortent et assistent avec inquiétude au départ des couples sur lesquels est fondé l'espoir de toutes ; elles s'opposent de fout leur pouvoir au départ des individus qui vont prendre l'essor, mais elles ne parviennent pas à empêcher le plus grand nombre de s'élever dans les airs et de quitter pour jamais les lieux qui les ont vus naître; on les voit alors dans l'air, rassemblées en essaims innombrables, exécuter des mouvements lents en s'élevant et s'abaissant alternativement de quelques pieds ; les mâles qui forment le gros de l'essaim , volent obliquement et en zigzag; les femelles, tournées contre le vent, sont suspendues comme des ballons , et paraissent immobiles , jusqu'à ce que quelques mâles les saisissent, les entraînent loin de la foule et les fécondent au milieu des airs.

Les Fourmis sont un vrai fléau pour nos jardins; elles gâtent les fruits en leur communiquant une odeur dés-

FOU

agréable, ou en les ciilainaiil avant leur maturité. Le laboureur les voit souvent enlever une partie de son grain, et les racines de plusieurs de nos plantes écononii(|ues ont à souffrir du travail de ces animaux iiui se creusent des galeries sans nombre dans la terre. Mais les déyàls que font les Fourmis d'Europe, ne sont rien en compaiaison de ceux des espèces de l'Inde et des contrées éciuatoriales : elles ravagent d'une manière inconcevable les plantations des cannes à sucre. On lit dans un grand nombre de voyageurs les détails des ravages que font les Fourmis dans les pays chauds; mais Lalreille pense qu'on en a trop mis sur leur compte; il est injuste, dit-il, de faire supporter aux seules et vraies Fourrais tout le poids de noire indignation et de notre vengeance. La même impartialité nous oblige également à leur refuser le talent de produire la laque du commerce.

Le nombre et la variété des moyens que les agronomes ont indiqués pour détruire ces insectes, est en général une preuve de leur insuffisance. Nous allons cependant faire connaître les princiiiaux, et nous renverrons pour plus de détails au Dictionnaire d'agriculture. Le moyen le plus ordinaire et le plus connu des jardiniers est de mettre de l'eau et du miel que l'on a eu soin de faire bouillir, dans une bouteille <|ue l'on suspend aux arbres attaqués par les Fourmis; l'odeur du miel les attire, elles entrent dans la bouteille et s'y noient. Un autre procédé qui a été annoncé dans la Gazette d'agriculture, a , dit-on, très-bien réussi dans les environs de Montpellier : il faut transpojter dans les jardins un grand nombre de grosses Fourmis que l'on trouve dans les bois ; celles-ci ne cessent de combattre les petites espèces, que lors<|u"elles les ont entièrement détruites ou chassées. On remarque que dans les jardins où il n'y a que de grosses Fourrais, les arbres viennent très-bien. Un moyen plus efficace, mais qui deviendrait peut-être trop coûteux pour élre employé en grand, est de faire usage de l'Oxyde blanc d'Arsenic, en le mêlant avec du sucre ou quelque autre matière dont les Fourmis sont friandes : ou les verra toutes périr. Le sublimé corrosif est encore un bon raoyen : on a remarqué que les Fourraisqui avaient toirché à cette substance, entraient dans une espèce de rage et tuaient les autres. Le contact de leur corps suffisait encore pour en faire périr plusieurs. Du bois brûlé en charbon, mais ne donnant plus de flamme, placé sur leur passage, les attire; elles s'y précipitent par milliers et ne tardent pas à l'éteindre. On trouve dans les forêls de la Guiane des fourmilières qui forment des pyramides tronquées de quinze à vingt pieds d'élévation sur trente à quarante de base. Les cultivateurs sont obligés d'abandonner un nouvel établissement, lorsqu'ils ont le malheur d'y rencontrer une pareille forteresse, à moins qu'ils n'aient assez de force pour en faire un siège en règle. Latreille rapporte que cela est arrivé à M. de Préfontaine, lors de son premier campement à Kourou. Il fut obligé de faire creuser une tranchée circulaire, qu'il remplit d'une grande quantité de bois sec, autour d'une de ces fourmilières; et après y avoir mis le feu sur tous les points de sa circonférence, il l'attaqua à coups de canon.

Nous allons donner la description de quelques espèces

rpmarc|uables de Fourmis; nous les diviserons, d'après Latreille, en deux sections.

-[■ Corselet des ouvrières ayant le dos ar(iué et sans interruption dans sa courbure; ailes supérieures des autres individus sans nervures récurrentes.

Foir.jii PiuncE-Bois. Formica lieixu'eana , Linné, Scop., Schrank. Oliv., Latr., Hist. nat. di-s Fourmis, p. 88, pi. 1, f. 1. Celte espèce est la plus grande d'Europe; elle a()uel(|ueroisjusqu'àseptlignesde longueur. Le mulet est noir, avec le corselet et les cuisses d'un rouge sanguin foncé; le màlc et la femelle en diffèrent peu par les couleurs. Celte Fourmi établit sa demeure dans l'intérieur des paities raorles des vieux arbres, sous leur écorce. On ne la trouve pas dans les champs ; elle vit en sociétés peu nombreuses et parait plus propre au Midi. On la trouve rarement aux environs de Paris.

FocKMi Bi-ÉPiNEiSE./^orwiica bispinosa, Oliv.. Lat., l'h/'d., p. 135, pi. 4, fig. 20; Formica fungosa , Fab. Elle est longue de trois lignes, noire, avec le corselet bi-épineux en devant et l'écaillé terminée par une pointe longue. Cette espèce, qui se trouve à Cayenne, fait son nid avec une matière qui ressemble au premier coup d'œil à de l'amadou ; celle substance est composée d'un duvet cotonneux, qui paraît être formé de petits brins qui entourent la semence d'un Fromager d'Aublet. L'animal les empile et en fait une espèce de feutre, qui est très-efficace dans les hémorrhagies.

tt Dos du corselet des ouvrières ayant des enfoncements <|ui le rendent sinueux ; ailes supérieures des autres individus ayant une nervure récurrente et reçue par la première cellule cubitale; la seconde nervure récurrente nulle.

Fourmi fauve. Formica rufa, L., Lat., ibid., p. 143, pi. 5, fig. 28. L'ouvrière a trois lignes de longueur; elle est noirâtre, avec une grande partie de sa tête, de son corselet et l'écaillé fauves; la tele a Irois petits yeux lisses. La femelle est plus longue d'une ligne; sa tèle ressemble à celle de l'ouvrière; on voit seulement du noir au milieu de sa partie antérieure près de la bouche. L'écaillé est grande et ovée; l'abdomen est court, presque globuleux, d'un noir un peu bronzé, avec le devant fauve; les ailes sont enfumées; les pattes sont noiràlres, avec les cuisses rouges. Le mâle est à peu près de la même longueur, mais plus étroit, avec Fécaille épaisse, presque carrée, et l'abdomen courbé à l'anus (|ui est noirâtre; les ailes ont les nervures jaunâtres. La Fourmi fauve est très-commune dans toutes les parties de l'Europe ; c'est elle qui élève dans les bois CCS monticules remarquables par leur grandeur, et leur forme en cône très-large à sa base. Celte habitation est composée de brins de chaume, de fragments ligneux, de coquillages, de cailloux, et comme elles ramassent souvent, dans le même dessein, des grains de blé, d'orge et d'avoine, on a cru qu'elles faisaient des provisions pour l'hiver; mais il est reconnu qu'elles ne s'en servent que pour leur habilalion, car elles passent l'hiver engourdies, ainsi que toutes les autres espèces, et ne prennent par conséquent aucune nourriture. Le monticule (|ue cette espèce forme ne paraît, au premier coup d'oeil, qu'un amas confus de matériaux; mais, si on l'examine avec attention, on voit qu'il est arrangé

de manière à éloigner les eaux de la fourmilière, à ménager la chaleur du soleil ou la conserver dans l'inlérieur du nid. L'assemblage des divers éléments dont il est composé présente toujours l'aspect d'un dôme arrondi, dont la base, souvent couverte de terre et de petits cailloux, forme une zone au-dessus de laquelle s'élève, en pain de sucre, la partie ligneuse du bâtiment. Celle couverture cacbe la portion la plus considérable de l'élablisseraent, qui s'étend à des profondeurs assez grandes sous terre. Des avenues, ménagées soigneusement, en forme d'entonnoir, conduisent du faite dans l'inlérieur de la fouroiilière; leur ouveiture est plus ou moins large, et leur nombre varie selon que la population est plus on moins étendue; ces portes étaient nécessaires pour donner issue à l'immense quantité d'ouvrières dont ces peuplades sont composées; elles semblent préférer vivre en plein air et ne pas craindre de faire eu notre présence la plupart de leursopérations : ce qui les dislingue des autres espèces, qui se tiennent volontiers dans leurs nids et à l'abri du soleil. Le soir, les Fourmis fauves ferment peu à peu leurs portes; elles apportent pour cela de petites poutres, qu'elles placent auprès des galeries pour en diminuer l'entrée; elles les arrangent au-dessus de l'ouverture et les enfoncent même quelquefois dans le massif du cliaume, en les croisant dans tous les sens; elles finissent par y mettre d'autres parcelles plus petites, et parviennent à bouclier entièrement le trou par où elles entraient. Le matin elles défont ce qu'elles ont fait le soir ; il n'y a que les jours de pluie où elles ne fassent pas celte opération, se bornant alors à piatiquer une ouverture beaucoup plus petite, et s'il vient à pleuvoir elles la ferment tout à fait.

« Pour concevoir, dit Hubert, la formation du loit de chaume, voyons ce qu'était la fourmilière dans son origine. Elle n'est, au commencement, qu'une cavité prati(|uée dans la terre; une partie de ses habitants va chercher aux environs des matériaux propres à la construction de la charpente extérieure ; ils les disposent ensuite dans un ordre peu régulier, mais suffisant pour en recouvrir l'entrée ; d'autres Fourmis apportent de la terre, qu'elles ont enlevée au fond du nid dont elles creusent l'intérieur, et cette terre, mélangée avec les brins de bois et de feuilles qui sont apportés à chaque instant, donne une certaine consistance à l'éditice; il s'élève de jour en jour; cependant, les Fourmis ont soin de laisser des espaces vides pour ces galeries, qui conduisent au dehors, et, comme elles enlèvent le matin les barrières (in'elles ont posées à l'entrée du nid la veille, les conduits se conservent tandis que le reste de la fourmilière s'élève; elle prend déjà une forme bombée, mais on se tromperait si on la croyait massive. Ce toit devait encore servir sous un autre point de vue à nos insectes; il était destiné à contenir de nouveaux étages, et voici de quelle manière ils sont construits (je puis en parler, pour l'avoir vu à travers un carieau de verre quej'avais ajusté contre une fourmilière). C'est par excavation, en minant leur édifice même, qu'elles y pratiquent des salles très-spacieuses, fort basses à la vérité, et d'une conslruction grossière; mais elles sont commodes pour l'usage auquel elles sont destinées ,

celui de pouvoir y déposer les nymphes et les larves à certaines heures du jour. Ces espaces vides communiquent entre eux par des galeries faites de la même manière. Si les matériaux du nid n'élaient qu'entrelacés les uns avec les autres, ils céderaient trop facilement aux efforts des Fourmis, et tomberaient confusément lorsqu'elles porteraient alielnle à leur ordre primitif; mais la terre contenue enire les couches, dont le monticule est composé, étant délayée par l'eau des pluies, et durcie ensuite par le soleil, sert à lier ensemble toutes les parties de la fourmilière, de manière cependant à permetire aux Fourmis d'en séparer quelques fragments, sans détruire le reste; d'ailleurs, elle s'oppose si bien à l'introduction de l'eau dans le nid, que je n'en ai jamais trouvé (même après les plus longues pluies) à plus d'un quart de ponce de la surface, à moins que la fourmilière n'eût été dérangée ou ne filt abandonnée par ses habitants. Quant à la partie soulerraine de la foiMinilière, on ne peut la voir que lorsqu'elle est placée ronlre une pente; alors, en soulevant le monticule de chaume, on aperçoit toute la coupe intérieure du bàtimejil. Ces souterrains présentent des étages composés de loges creusées dans la terre et pratiquées dans un sens horizontal. » Les Fourmis fauves, et même plusieurs autres espèces, changent quelquefois d'habitation si leur fourmilière est mal exposée ou trop près d'une fourmilière ennemie (c'est ce que Hubert appelle migration); alors, la nation entière se transporte dans un autre lieu plus favorable et y fonde une nouvelle cité. Dans cette occasion, les Fourmis se iiortent les unes les autres; celles qui s'en vont de l'ancienne habitation à la nouvelle, emportent leurs compagnes, et celles qui reviennent sont toujours seules. Les premières qui ont foimé le projet de changer de demeure, et qui ont découvert un endroit favorable, viennent engager les autres à les suivre ; tantôt elles les invitent par de simples caresses, tanlôl elles les enlèvent de force, et bientôt toute la fourmilière passe dans le nouveau local et y transporte ses œufs et ses larves.

Si les Fourmis fauves aperçoivent un de leurs ennemis à une dislance assez grande pour qu'elles ne puissent pas l'atteindre, elles se redressent sur leurs pieds de derrière, font passer leur abdomen entre leurs jambes et lancent avec force des jets de leur acide. Elles attaquent à force ouverte, en pinçant fortement avec leurs mandibules, et versant dans les plaies produites par leurs morsures leuracideformique; elles y parviennent en courbant l'extrémité postérieure de leur abdomen, où il est contenu, et en l'appliquant contre la partie offensée. Ces Fourmis dissèquent en très-peu de temps les cadavres de divers animaux de petite taille qu'on leur présente.

Hubert donne une description fort intéressante d'un combat entre deux fourmilières de la même espèce. Les deux armées s'étaient rencontrées à moitié chemin de leur habitation respective ; c'est là que se donnait la bataille ; elles occupaient un espace de deux ou trois pieds carrés, et il s'en exhalait de toutes parts une odeur pénétrante. A l'approche de la nuit, après s'être bien battus, et avoir laissé un grand nombre de morts sur le lieu de la scène, chaciue parti rentrait graduel-

Atii

lemeiit (Inns la cilé, mais ils relournaient au combat avant l'aurore , et le carnage recommençait avec plus de fureur. Les Fourmis sanguines, qui sont souvent atlai|ui'es par les Fourmis fauves, se défendent en partisans et font une petite guerre fort amusante pour l'observateur. Les deux partis se mettent en embuscade et fondent l'un sur l'autre à l'improviste ; si les Fourrais sanguines se voient moins en force, elles réclament du secours, et aussitôt une armée sort de la cité, s'avance en masse et enveloppe le peloton ennemi.

Les Fourmis fauves ont présenté à Hubert quelques faits singuliers et dont le trait suivant retrace une sorte de scène gymnastique. S'élant un jour approclié d'une de leurs habitalions exposée au soleil et abritée du côté du nord, il vit ces insectes amoncelés en grand nombre sur sa surface et dans un mouvement général, qu'il compare à l'image d'un liquide en ébullilion. Mais s'élant appliqué à suivre séparément cbaque Fourmi, il découvrit qu'elles jouaient entre elles deux à deux , et se livraient des combats simulés, pareils à ceux dont les jeunes Cliiens nous donnent souvent le spectacle.

Fourmi sangeike. Formica saiigitinea, Latr., ibid., p. 150, pi. 5, fig. 29. L'ouvrière ressemble beaucoup à celle de l'espèce pjécédente, mais les antennes et la tète sont entièrement d'un fauve sanguin; les yeux lisses sont apparents ; le corselet et les pattes sont fauves; l'abdomen est d'un noir cendré. Ces Fourmis présentent un exemple des sociétés mixtes; aussi allonsnous donner quelques détails particuliers sur leurs mœurs.

Elles ont de grands rapports avec les Fourmis fauves, tant par la forme et la couleur de leur corps, que par leur manière de bAlir. Nous allons écouler Hubert qui donne des détails fort curieux sur celle espèce.

« Une des occupations ordinaires des Fourmis sanguines, est d'aller à la cbasse de certaines petites Fourmis dont elles font leur pâture; elles ne sortent jamais seules; on les voit aller par petites troupes , s'embus- «luer près d'une fourmilière, attendre à l'enlrée qu'il en sorte quelque individu, et s'élancer aussitôt pour s'en saisir. Les insectes qu'elles rencontrent sur leur chemin deviennent aussi leur proie, quand elles peuvent les arrêter. On ne trouve point chez les sanguines, non plus que dans les autres fourmilières mixtes, de mâles et de femelles de Fourmis auxiliaires. Les femelles sanguines sont remarquables par la vivacité de leurs couleurs. Les mâles ressemblent beaucoup à ceux de la Fourmi noir-cendrée, si ce n'est qu'ils ont le corps plus allongé; ou les voit partir en même temps que les femelles, et ils sont alors accompagnés d'un double cortège, comme ceux des Fourmis légionnaires. Tant de rapports entre ces Fourmis me faisaient soupçonner que les sanguines s'approvisionnaient de noii-cendrées, de la même manière quelesroussàtres; je les épiai de jour en jour, et je fus témoin de plusieurs expéditions. En voici un exemple qui pourra donner une juste idée de leur tactique. Le 15 juillet , à dix heures du malin , la fourmilière sanguine envoie en avant une poignée de ses guerriers. Celle petite Iroupe marche à la hâte jusqu'à l'entrée du nid des Fourmis cendrées, situé à vingt pas de la fourmilière mixle elle se disperse autour du nid.

Les habitants aperçoivent ces étrangères, sortent en foule pour les attaquer, et en emmènent plusieurs en captivité; mais les sanguines ne s'avancenl plus, elles paraissent attendre du secours; de moment en momenl. je vois arriver de petites bandes de ces insectes, qui parlent de la fourmilière sanguine et viennent renforcer la première brigade. Elles s'avancent alors un peu davantage, et semblent risquer plus volontiers d'en venir aux prises; mais, plus elles approchent des assiégées, plus elles paiaissent empressées à envoyer à leur nid des courriers. Ces Fourmis, arrivant en bâte, jettent l'alarme dans la fourmilière mixte, et aussilôl un nouvel essaim part et marche à l'armée. Les sanguines ne se pressent point encore de chercher le combat; elles n'alarment les noir-cendrées que par leur seule présence; celles-ci occupent un espace de deux pieds carrés au-devant de leur fourmilière; la plus grande partie de la nation est sortie pour attendre l'ennemi. Tout autour du camp, on commence à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont toujours les assiégées qui attaquent les assiégeantes. Le nombre des noir-cendrées, assez considérable, annonce une vigoureuse résistance ; mais elles se défient de leurs forces, songent d'avance au salut des petits qui leur sont confiés, et nous montrent en cela un des i)lus singuliers trails de prudciice dont l'histoire des insectes nous fournisse rexemi)le. Longtemps avant que le succès puisse être douteux, elles apportent leurs nymphes au dehors de leurs souterrains, et les amoncellent à l'entrée du nid, du colé opposé ù celui d'où viennent les Fourrais sanguines, afin de pouvoir les emporter plus aisément si le sort des armes leur est contraire. Leurs jeunes femelles piennent la fuile du même côté; le danger s'approche; les sanguines se trouvant en force, se jettent au milieu des noir-cendrées, les attaciuenl sur tous les poinls, et parviennent jusque sur le dôme de leur cité. Les noircendrées, après une vive résistance, renoncent à la défendre, s'emparent des nymphes qu'elles avaient rassemblées hors de la fourmilière , et les emportent au loin. Les sanguines les poursuivent et cherchent à leur I ravir leur trésor. Toutes les noires sont en fuite; cc- ' pendant on en voit quelques-unes se jeter avec un véritable dévouement au milieu des ennemis et pénétrer dans les souterrains dont elles soustraient encore au pillage quelques larves qu'elles emportent à la hâte. Les Fourmis sanguines pénètrent dans l'intérieur, s'emparent de toutes les avenues, et paraissent s'établir dans le nid dévasté. De petites troupes arrivent alors de la fourmilière mixle, et l'on commence à enlever ce qui reste de larves et de nymphes. 11 s'établit une cliainc continue d'une demeure à l'autre, et la journée se passe de celle manière. La nuit arrive avant qu'on ait transporté tout le butin; un bon nombre de sanguines reste ! dans lu cité prise d'assaut, et le lendemain à l'aube du jour elles recommencent à transférer leur proie. Quand elles ont enlevé toutes les nymphes, elles se portent les unes les autres dans la fourmilière mixte jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un petit nombre. Mais j'aperçois quel(|ues couples aller dans un sens contraire; leur nombre augmente ; une nouvelle résolution a sans doule élé prise i>ar ces insectes vraiment beiliqueu.x :

FOU

un rccriilement nombreux s'établit sur la fourmilière mixte, en faveur de la ville pillée, et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y est transporté avec promptitude : nymphes, larves, mâles et femelles, auxiliaires et amazones, tout ce que renfermait la fourmilière mixte est déposé dans rhabilation conquise, et les Fourmis sanguines renoncent pour jamais à leur ancienne patrie. Elles s'établissent en lieu et place des noir - cendrées , et là entreprennent de nouvelles inva-

Les Fourmis sanguines ne font pas leurs expéditions contre les noir-cendrées aussi souvent que les roussâ- Ires; elles n'attaquent que cinq ou six fourmilières dans un été, et se contentent d'un certain nombre de domestiques. Hubert remarque (|ue les noir-cendrées attaquées par les sanguines se conduisent différemment que lorsqu'elles ont affaire aux Fourmis roussàlres. L'impétuosité de ces dernières ne leur laisse pas le temps de se défendre; la tactique des assiégeants étant différente, celle des assiégés devait l'être aussi. Très-carnassières et toujours occupées de chasses, les sanguines ne peuvent se passer de ces auxiliaires, car leurs petits se trouveraient alors sans défense. Les Fourmis mineuses enlevées de la fourmilière dans leur jeune âge, rendent aussi les mêmes services ; mais ce qui est bien remarquable, c'est qu'il existe des fourmilières sanguines où l'on voit ces deux espèces d'auxiliaires. Cette Fourmi se trouve en France ; elle est plus commune en Suisse.

Fourmi noiA-cztiDRÈi. Formica fiisca,h.,Lat.,ibi<l., p. 139, pi. 6, fig. 32. L'ouvrière a un peu plus de deux lignes de long ; elle est d'un noir cendré avec la partie inférieure des antennes et les pattes rougeâtres; la femelle est d'un noir très-luisant avec un léger reflet bronzé; le mâle est noir avec l'anus et les pattes d'un rouge pâle. Cette espèce est une de celles qu'Hubert appelle Fourmis maçonnes. Les monticules qu'elle élève offrent toujours des murs épais, formés d'une terre grossière et raboteuse, des étages très-prononcés et de larges voûtes soutenues par des piliers solides. On n'y trouve ni chemin ni galerie proprement dits, mais des passages en forme d'œil de bœuf; partout de grands vides, de gros massifs de terre, et l'on remarque que les Fourmis ont conservé une certaine proportion entre les piliers et la largeur des voûtes auxquelles ils servent de supports.

Fourmi jabne. Formica flava, Fabr., Dég., Oliv., Vill., Latr., ibid., p. 166, pi. 6, fig. 36. Elle est d'un roux jaunâtre luisant; l'écaille est presque carrée, entière. Celle espèce choisit les parcelles les plus fines des arbres dans lesquels elle s'est établie, les mélange avec un peu de terre et des toiles d'Araignées, et forme une matière de la consistance du papier mâché, et avec laquelle elle construit des étages entiers de son habitation. Elle sert de boussole aux habilanls des Alpes, parce (lue son nid se dirige constamment de l'est à l'ouest. Ces fourmilières sont trèsmullipliées et plus élevées dans les montagnes que partout ailleurs ; leur sommet et la pente la plus rapide sont tournés au levant d'hiver, mais elles vont en talus au côté opposé. Ces faits ont été communiqués à Hubert par des montagnards; il les a vérifiés lui même sur des milliers de ces fourmilières.

FoiitMi liRiiivE. Formica hrnnnca , Lat., th., p. 168, pi. 6, fig. 35, A. Elle est d'un brun rougeàtre clair; son abdomen est obscur. Cette espèce, qui n'a pas plus d'une ligne et demie de longueur, se fait remarquer par son industrie et la perfection de son travail ; c'est une de celles qu'Hubert appelle Fourmis maçonnes. Celle Fourmi construit son nid par étages de quatre à cin(| lignes de haut dont les cloisons n'ont pas plus d'une demi-ligne d'épaisseur. Ces étages sont égaux et suivent la pente de la fourmilière. Il y en a quelquefois plus de vingt dans la partie supérieure, et au moins au tant au-dessous du sol. Hubert a observé que cette espèce sort la nuit et presque jamais le jour ; il les a vues travailler. Pour cela elles choisissent un temps de pluie; c'est alors qu'on peut les voir déployer tout leur talent pour l'architecture; elles apportent entre leurs mandibules de petites parcelles de terre, les placent à l'endroit où elles doivent rester, les divisent et les poussent avec leurs dents, de manière à remplir les plus petites inégalités de la muraille. Quand elles ont construit assez de ces petites murailles et qu'elles ont à peu près quatre ou cinq lignes de haut, elles les réunissent en faisant un plafond de forme cintrée. Pour cela elles placent leurs parcelles de terre dans un sens horizontal , de manière à faire au-dessus de chaque mur un rebord qui, venant bientôt à rencontrer celui du mur opposé, forme le plafond. Tout cela se fait toujours pendant la pluie qui, au lieu de diminuer la cohésion des particules de terre, semble l'augmenter encore. Ces parcelles de terre mouillée qui ne tiennent encore que par juxtaposition sont liées étroitement, les inégalités disparaissent, le dessus de ces étages composé de tant de pièces rapportées ne présente plus qu'une seule couche de terre bien unie, et n'a besoin, pour se consolider entièrement, que de la chaleur du soleil. Celte espèce est assez commune; elle place sa fourmilière dans les herbes, sur le bord des sentiers.

On a étendu le nom de Fourmi à beaucoup d'insectes différents; ainsi l'on a appelé :

FocRai BLANCHE, Ic gcurc Termes. V. ce mot.

Fourmi Amazone et Fourmi resserrée, le genre Ponère.

Fourmi de visite, Fourmi cépdalote, le genre Œcodome.

Fourmi Mélancre et Fourmi rouge, le genre Myrmice.

Fourmis volantes. On désigne vulgairement sous ce nom la plupart des insectes à quatre ailes nues.

FOURMILIER. Myrmecophaya. mam. Genre de Mammifères de l'ordre des Édentés où il forme, avec les Pangolins, la troisième tribu, dans le Règne Animal de Cuvier.

Ces animaux, absolument dépourvus de dents comme les Pangolins, vont nous présenter d'une espèce à l'autre les mêmes contrastes d'organisation déjà observés dans les Bradypes. Ces contrastes consistent dans des différences non-seulement de la figure et de l'agencement des os, mais aussi dans l'inégalité du nombre de ces parties. On voit donc que, malgré les ressemblances extérieures qui ont servi à rapprocher ces animaux dans un seul et même genre, ils diffèrent davantage entre eux que beaucoup de genres dans tel ou tel ordre,

par exemple, dans celui des Singes, dans celui des Ronijeurs, elc. 11 s'ensuit encore que ces différences dans des organes inaccessibles, par leur profondeur, à des influences e\(érieures, chez des animaux dont le régime est uniforme , (jui habitent les mêmes contrées , les mêmes sites, et qui par consé(|uent sont soumis aux mêmes influences, ne peuvent être que primitives. Ces considérations, (jue nous aurons encore sujet de rappeler ailleurs, montrent à combien peu de cas peuvent s'appliquer les idées de quelques personnes sur la métamorphose des espèces les unes dans les autres.

Ce qui, au premier aspect, caractérise davanlageles Fourmiliers, c'est la forme de leur léte efiilée en un long tuyau cy!iiidri(iue. Les parois de ce tuyau, sur la plus grande partie de son étendue, sont formées par les mâchoires dont la proportion sur le squelette rappelle celle du bec des Oiseaux, où il est le plus long, tel que les Bécasses, les Courlis, etc. En effet, dans le Tamanoir, la mâchoire supérieure est deux fois aussi longue que le crâne, et la voùle palatine occupe les onze douzièmes de la longueur de la tête. Cet excès énorme de longueur de la bouche dépend de ce que les palatinss'unissent surla ligne médiane par tout leur bord interne, en continuant ainsi le tube des narines. Celles-ci ne débouchent pas,commechez les autres Mammifères, sur le bord postérieur du plancher des palatins. Ce plancher est continué encore dans les Fourmiliers par des lames transversales'des apophyses plérygoïdes unies entre elles comme les lames horizontales des palatins; de sorte que le tube osseux des narines est prolongé par ce plancher des lames ptérygoïdes, presque vis-à-vis le bord du trou occipital. Or l'articulation du condyle maxillaire se trouve dans le même plan vertical ; de sorte que , dans le Tamanoir surtout, si ces deux longues mâchoires s'écartaient de la même quantité angulaire que dans la plupart des Mammifères, ou seulement que dans l'Homme, l'écartement de l'extrémité buccale serait supérieur au plus grand diamètre du corps de l'animal. Mais cet écartemenl est, au contraire, fort |)etit, et moindre que dans tous les autres Vertébrés sans exception. En voici la cause : ces mâchoires , si démesurément longues, sont bordées sur toute leur longueur par la peau , et la fente longitudinale des lèvres n'est pas d'un quinzième de la longueur de la mâchoire. Il s'ensuit que l'écartement des mâchoires à leurextrémité n'excède pas le douzième de la longueur. Les muscles qui meuvent cette mâchoire inférieure sont plus faibles encore à proportion quedans les Bécasses et aulresÉchassiersqui,lout en se nourrissant de proies molles,doivenlcependanl encore les saisir et les comprimer avec leur bec. Les Fourmiliers ne saisissent, ne compriment rien avec leurs mâchoires. Une langue tellement cxtensiblequ'elle excède deux ou trois fois la longueur de leur si longue tète, est projetée, toute couverte de glu, par l'ouverture terminale. L'animal la plie et la replie autour des Fourmis , des Termites dont il a découvert et éparpillé les habitations. Il la relire couverte de ces insectes qui sont immédiatement avalés. Il n'y a donc ici pas plus de mastication que dans les Poissons et la plupart des Oiseaux, et de plus il n'y a eu aucun serrement de la proie par les mâchoires. C'est comme chez les Crapauds et les Grenouilles, qui sai-

sissent les insectes avec le même organe, mais par un mécanisme différent, vu la largeurel l'épaisseur de leur langue qui doit être lancée sous un gros volume, ce qui nécessitait une amplitude correspondante de l'ouverture maxillaire. Aussi les Fourmiliers sont-ils, de tous les Mammifères, ceux dont la fosse temporale et l'arcade zygomatique sont le plus effacées. La proéminence de l'apophyse zygomatique n'est pas d'un cpiinzième de la longueur de la fosse temporale et de la fosse orbitaire ici confondues en une seule. L'osjugal n'est (pi'un petit stylet sans résistance, articulé entre le lacrymal et le maxillaire, et dont l'autre extrémité reste flottante en avant du tiers moyen delà dislance qui s'étend jusqu'il l'os zygomatique. Les os du nez occupent presque la moitié de la longueur du dessus de la lêle. Les narines, déjà immenses, sont encore agrandies par deux grandes cellules de chaque côté, dont l'anlérieure, commune à l'aile ptérygoïde et au palatin, s'étend jusqu'au rétrécissement de celui-ci et communii|ue avec le tube des narines par un trou percé au bord de l'aile dans le Tamandua. Dans le Tamanoir, cette cellitle et la postérieure communii|uent avec la caisse. Par coïncidence avec celte énorme ampliludedes narines, le lobe olfactif et ses nerfs sont ici presque autant développés que dans certaines Chauves-Souris; la fosse ethmoïdale représentant bien le quart de la cavité cérébrale. Le sens du goùl doit être aussi très-actif, à en juaei" pai' 1^' dimension du trou maxillaire inférieur triple du supérieur. Dans le Fourmilier à deux doigts, les palatins ne se referment en dessous que sur les deux tiers de leur longueur, et là linil le tube osseux des narines, les apophyses ptérygoïdes ne se fermant pas non plus en plancher et n'existant même que sous la forme de deu.x longues arêtes très-saillantes, comme dans beaucoup de Rongeurs.

Dans le Traité d'anatomie comparée , on a dit que les six dernières vertèbres cervicales étaient soudées ensemble tbez les Fourmiliers et les Tatous. Celte rigidité du cou , chez des animaux à aussi longue tête que les deux premiers Fourmiliers, eût borné singulièrement les mouvements de la télé. Elle eût été d'autant plus étonnante que le cou est plus long à proportion, et, par conséquent, les vertèbres cervicales sont plus épaisses dans les Fourmiliers que dans beaucoup d'autres Quadiupèdes. Or, plus les vertèbres cervicales tendent à l'immobilité et par conséquent à la soudure, plus leur corps s'amincit dans tous les Vertébrés, à quelque région de la colonne vertébrale que la soudure arrive. Les Cétacés en offrent un exemple bien remaniuable aux vertèbres cervicales. Dans plusieurs Baleines, chez les Dauphins , Cachalots , etc. , les six dernières vertèbres cervicales n'ont pas ensemble plus d'épaisseiu- que la première dorsale. Aussi les Cétacés sont- ils les seuls Vertébrés qui aient les vertèbres cervicales soudées; car les Poissons n'ont réellement pas de cou.

Tous les détails de la conslrnction du tronc des Fourmiliers sont relatifs à la solidité de la poitrine et du dos pourservirde point d'appui à leurs membres antérieurs de beaucoup plus vigoureux que ceux de derrière. L'omoplate est creusée de trois fosses profondes, séparées liar deux longues arêtes saillantes. L'humérus, le radius

01 le cubitus sont hérissés de crêtes fortement prononcées, séparant des faces rugueuses, de sorte que le corps même de ces os est taillé prismatiquement. L'humérus est plus large à son extrémité inférieure que dans le reste des Mammifères à cause de la saillie du condyle interne, laquelle est déterminée elle-même par la nécessité de foites attaches pour les muscles fléchisseurs des énormes griffes. On a déjà pu faire la même observation dans les Chrysochlores , et on retrouve cette loi de mécanique animale dans tous les autres Fouisseurs (/^. l'article Mécaniqce animale et Squelette). L'articulation inférieure de l'humérus présente au radius un segment de sphère qui se prête à la rotation aussi bien que dans l'Homme. Aussi la tête du radius y est-elle pres- <|ue aussi ronde que dans ce dernier et dans les Singes. Il doit en résulter une rotation presque aussi facile de l'avant-bras sur le bras , sorte de mouvement qui était indispensable à leur genre de vie, et aux seuls moyens de défense dont ces animaux jouissent en croisant les bras pour saisir et étouffer leur ennemi.

Cuvier a constaté une différence fort remarquable entre les deux grandes espèces et le petit Fourmilier à deux doigts. Celui-ci a une forte clavicule qui va s'articuler au sternum. Il n'en existe pas de traces chez les deux autres. Desmoulins a fait le premier la même remarque chez les Bradypes, oii l'Unau, seul des trois espèces , est aussi pourvu de clavicules. Mais les mains des Fourmiliers sont, après leur tête, ce qu'ils ont de plus extraordinaire. Les phalanges unguéales de leurs pieds, disposées comme celles des Paresseux, de manière à ne pouvoir se réfléchir qu'en dessous , y sont en effet retenues à l'étal de repos par de forts ligaments; leur base y est garnie, excepté sur le côlé dorsal, d'une énorme gaine osseuse dans laquelle l'ongle est enchâssé, et qui leur donne la même solidité que chez les Chats, quoique cette gaine y soit disposée d'une manière inverse. Le Tamanoir et leTamandua ont une main à cinq doigts, mais à quatre ongles seulement, le doigt externe n'ayant pas de phalange unguéale. C'est le médius qui est le plus gros de tous les doigts; il est plus que double de l'index. Son métacarpien n'a guère en longueur plus du double de sa largeur. Il s'engrène sur la première phalange par une poulie à trois arêtes perpendiculaires à l'axe de la poulie. U en est de même de cette phalange sur la seconde, de manière que tout mouvement latéral est impossible, et que la force ne peut être employée que dans le sens de la flexion. Cette première phalange est beaucoup moins longue que large; et la troisième ou l'unguéale est à elle seule d'un tiers plus longue (|ue les deux premières. Ces phalanges unguéales diffèrent de celles des Pangolins et par la gaine osseuse qui est presque insensible dans ces derniers, où elle est surtout nulle en dessus, et parce que chez ceux-ci elle est profondément fourchue , division dont on aperçoit à peine une trace sur le dos de la phalange au médius et à l'index des Fourmiliers. Dans le petit Fourmilier, il n'y a que deux doigts, l'indexet le médius. Celui-ci a les os encore plusgros à proportion que dans les deux autres espèces, et la première phalange s'y soude de bonne heure à la deuxième. Le pouce et le petit doigt ne consistent chacun qu'en un seul os mince, caché sous la peau et repré-

sentant à la fois le doigt, son métacarpien et l'os du carpe qui leui' sert de base; car il n'y a au second rang du carpe de cette espèce que deux os, quoiqu'il y en ait quatre au premier comme à l'ordinaire.

Les os des membres postérieurs sont loin d'avoir la solidité et surtout ces émintnces si saillantes qui, dans les membres antérieurs, servent à la fois et de bras de levier, et de point d'appui à des muscles si vigoureux. Aussi la progression de ces animaux est-elle fort lente; leur plus grande vitesse ne surpasse pas celle d'un Homme marchant à grands pas : ce qui, à la vérité, ne dépend pas seulement de la faiblesse musculaire du train de derrière, mais de la construction même et du poids des membres antérieurs, et surtout de la longueur de la réflexion des ongles couchés sous la main. Enfin, il y a au tarse un os surnuméraire articulé sur le cunéiforme interne, et qui, très-petit dans le Tamandua et le Tamanoir, s'allonge dans le petit Fourmilier, et s'élargit de manière à former une sorte de talon. La grandeur de cet os est réciproque à celle du calcanéum qui, dans le Fourmilier didactyle, ne se porte pas en arrière plus que l'astragale lui-même, tandis que, dans les deux autres espèces, le calcanéum proémine en arrière autant qu'il se prolonge dans le tarse. Il en résulte que le petit Fourmilier qui, en raison de cette concavité du pied, grimpe plus aisément aux arbres, doit aussi, par la brièveté de son calcanéum, être à terre encore plus lent que les deux autres espèces.

Les côtes du Tamanoir et du Fourmilier ont une largeur telle que leurs intervalles sont presque nuls, et celles du second se recouvrent même comme des pièces de cuirasses. Le sternum a ses côtes particulières aussi bien ossifiées que dans les Oiseaux. Dans le Tamanoir il y en a neuf presque rectilignes, cylindriques, augmentant de longueur jusqu'à la pénultième : ces côtes, comme les côtes vertébrales, s'articulent par une double tête que sépare une échancrure interceptée entre deux des pièces dont la série forme le sternum. Ces pièces sont au nombre de dix. Les huit intermédiaires ressemblent parfaitement à des corps de vertèbres ordinaires. La conjugaison de ces pièces intercepte inférieurement un trou semblable au trou de conjugaison des vertèbres; ce trou traverse de droite à gauche. Toutes les apophyses épineuses, dorsales, lombaires et sacrées, sont presque égales.

Il y a trente vertèbres à la queue du Tamanoir, plus de trente à celle du Tamandua, et au moins trente-six à celle du petit Fourmilier. Dans tous ces Fourmiliers, ces vertèbres offrent une différence très-remarquable avec leurs homologues dans les Pangolins qui ressemblent tant d'ailleurs aux Fourmiliers. Les vertèl)res caudales de ceux-ci n'ont pas d'apophyses transverses, au contraire des Pangolins où ces apophyses sont si larges et si longues que la longueur de chaque apophyse est double du diamètre du corps de la vertèbre, de manière que, dans l'étendue transversale de cette vertèbre, le corps ne représente qu'un cinquième, tandis que chez les Fourmiliers il forme tout le travers de la vertèbre. Mais les os en V, très-longs dans les Fourmiliers, donnent dans le sens vertical la même largeur à la queue, que les apophyses transverses en donnent

FOU

tlnns le sens Iratisversal, h celle îles Pangolins. U en résiille que, dans ces derniers, les monvcmenis verlicaiix de la queue sont tris-étendns, el que ceux de flexion laléiale peuvent l'clre aussi quand les deux faisceaux supérieurs et inférieurs de muscles verticaux se contractent ensemble, tandis que, dans les Fourmiliers, les mouvements latéraux doivent être presque nuls. (/''., |)0ur les détails de configuration et de proportion du Squelette, la pi. 9 du t. v, U» partie, des Ossem. fossiles de Cuvier.)

La protractilité de la langue des Fourmiliers ne dépend aucunement d'un mécanisme semblable à celui qui produit le même effet dans les Pics, les Colibris, etc. Chez ces Oiseaux, la langue est portée sur un axe osseux, saillant du milieu de l'arc que forme l'hyoïde. Les deux extrémités filiformes de cet arc se recourbent derrière et en dessus du crâne, de manière à venir jusqu'au-dessus du bec. Des muscles fixés à ces cornes de riiyoïde, selon (|u'ils ont leur point fixe en devant ou en arrière du milieu de la longueur du bec, déterminent la protraclion ou la rétraction de la langue. Ici il n'y a rien de semblable. L'hyoïde des Fourmiliers n'a aucun prolongement au-devant de son are; et les extrémités de cet arc sont moins prolongées que dans beaucoup d'autres Mammifères. Dans la protraction de la langue, l'hyoïde reste même à peu près immobile. Voici d'où dépend le phénomène. Sur la face inférieure de l'apophyse xiphoïdc du sternum, naissent deux faisceaux musculaires à fibres parallèles, dirigées d'abord en arrière, puis réfléchies en avant sur le bord de l'écliancrure de la lame que forme l'apophyse xiphoïde. Depuis cette réflexion, ces deux muscles se portent parallèlement en avant, le long et au-dessus du sternum, puis le long el au-dessous de la trachée- artère, jusqu'audevant du larynx où ils se rapprochent pour s'unir au iHuscle annulaire que nous allons indiquer, et dans lequel ils ne semblent pas se prolonger. Ils se terminent ainsi sons le corps de l'hyoïde, à la base de la langue. Ces muscles se nomment sterno-glosses. Les muscles ordinaires de la langue, savoir, l'byoglosse et le céralo-glosse, sont très-petits, et se portent au-dessous et sur les côtés du renflement formé par les muscles géuioglosses, avec l'annulaire et les sterno-glosses. Ces génio-glosses, divisés chacun en trois faisceaux, s'insèrent à l'arc du menton. Les portions latérales de chaque génio glosse s'écartent au delà de l'hyoïde, pour fournir aux sterno-glosses une gaine tendineuse, qui les suit tout du long du sternum. La partie mobile cl pro- Iraclile de la langue est formée seulement par le muscle annulaire, dans le(piel le sterno-glosse ne se prolonge pas comme dans l'Échidné. Et comme la langue des Fourmiliers manque ainsi de fibres longitudinales, cela explique la fragilité qu'on connaît à cet organe dans ces animaux. Il en résulte encore que la langue des Fourmiliers n'est pas susceplible d'extension recliligne; elle n'est susceptible que de mouvements ondulatoires; c'est le contraire de celle des Serpents où il n'y a pas de fibres annulaires. La langue des Échidnés tient le milieu entre ces deux constructions. Le muscle annulaire y est creux, et de plus est double de chaque coté. Dans chacun de ces muscles cylindri(|ues et creux se prolongeul plus

ou moins, suivaullcur rang, les fibres dcsslernoglosses. Ceux-ci, disposés derrière l'hyoïde comme chez les Fourmiliers, sont formés de faisceaux distincts, roulés sur eux-mêmes en spire allongée. Les plus extérieurs ou les plus superficiels se terminent aux premiers anneaux; les faisceaux sous-jacents atteignent des anneaux plus antérieurs et ainsi de suite pour les autres; les plus intérieurs et les plus longs vont à la pointe. Ce muscle va donc en diminuant de calibre en avant. II raccourcit et fléchit la langue qui est allongée par le muscle annulaire. On conçoitmaintenantque le Fourmilier ne puisse pas introduire sa langue dans les trous des Fourmis, et qu'il soit obligé, pour eu ramasser, d'éparpiller leurs nids à la surface de la terre.

Daubenton a trouvé le foie du Fourmilier didaclylc aussi étendu dans le flanc gauche que dans le flanc droit. Ce volume du foie correspond ordinaircmcntàl'absence des organes de mastication. Le grand cul-de-sac de l'estomac y représente au moins les deux tiers de la capacité tolale. Toute la longueur du canal intestinal n'est que de dix à douze fois celle de l'estomac. Sur toute celle longueur, l'intestin est bosselé et bridé comme le colon de l'Homme. Le voile du palais y est plus long que dans Ions les autres animaux; l'épigloUe fourchu, le cerveau sans circonvolutions. (F. les pi. de l'Anal, des Syst. nerveux de Desmoulins.)

Tous les Fourmiliers sont couverts de poils , en quoi ils diffèrent beaucoup des Myrmécophages de l'ancien continent, qui leur ressemblent d'ailleurs le plus pour tous les détails de la construction osseuse, le défaut absolu de dents, et le régime alimentaire. Caries Pangolins sont entièrement couverts de fortes écailles cornées, plus solides que celles d'aucun aulre animal. La nature de ce poil n'est pas non plus la même d'une espèce de Fourmilierù l'autre. Comme les Bradypes, ces animaux, en marchant, ne portent à terre que le bord externe du pied ; les ongles étant alors réfléchis en dedans cl appuyés sur une large callosité du poignet. La queue du Tamanoir, garnie d'une grosse houppe de crins longs elroides, forme un grand panache, comme une queue de Cheval. Au contraire, celle du Tamandua et du Fourmilier ii deux doigts est couverte de poils ras, mais nue et préhensile à son extrémité. Tous ces animaux, comme les Bradypes, sont de l'Amérique méridionale, dans celle région comprise entre la Plala au sud-ouest el l'Orénoque au nord. Presque aussi lourds et aussi peu capables de se défendre que les Paresseux, leur existence sur une si grande surface de l'Amérique, à travers laquelle les grands fleuves et surtout leurs débordements opposent à des animaux ainsi organisés des obstacles insurmontables, est une preuve manifeste que dans chaque contrée, ceux qui y habitent sont autochthones, el n'y sont point venus par émigration. Nous avons d'ailleurs déjà fait observer que, si autrefois ces émigrations s'étaient réellement faites, il n'y a pas de raison pour qu'elles ne se continuassent pas aujourd'hui dans des contrées presque vierges encore de la présence de l'IIommc.

On connaît, d'une manière bien précise, trois espèces de Fourmiliers, lîuffon (in-4», t. x) avait déjà représciité le grand Fourmilier Tamanoir, et le petit à

lieux doigts; et il a décrit d'une manière reconnaissable le Tamandua. Mais il est inconcevable que, dans le t. m de son Supplément, il ait donné sous ce dernier nom, une figure Imaginaire, fabriquée avec une peau de Coati, en disant qu'il ne lui trouve de difféicncc avec la description de Pison et MarcgraafF, que de n'avoir pas de nu au bout de la queue, et d'avoir cinq doigts au lieu de quatre aux pieds de devant. Il ne s'aperçoit pas que dans cette figure de Coati, dont on a démesuiénient allongé lemuscau.le menton se trouve au milieu seulement de la longueur de la tête, et qu'en outre, la bouche est longuement fendue, tandis que dans les Fourmiliers le bout du museau ne dépasse pas le menton. Enfin, par un ricochet d'erreur non moins ridicule, Bulfon a fait ailleurs un Coendou du Tamandua. C'est à tort qu'Azzara , de son côté, a méconnu l'existence du Fourmilier didactyle; mais il a très-bien décrit les deux autres espèces d'après plusieurs individus vivants.

1. FocRMiLiER TAîtt\rîoiR. MyrtnecopUaga jiibata, Duff., Suppl., t. III, pi. S5, Schrcber, pi. C7; Tiiman- </!<a-GiiacM de Marcgraaffet de Pison; 0!<n<eW-0»a.ssît à la Guiane; Gnoiirouini et Yoquoin au Paraguay. — Long de quatre pieds du museau à l'origine de la queue; la télé fait le tiers de celle longueur; la queue a trois pieds de long; l'animal a trente-neuf pouces au garrot, et à peu près autant au train de derrière. Son museau est presque cylindrique sur toute sa longueur, et cette forme ne change pas quand l'animal mange, parce que les mâchoires ne jouent presque pas l'une sur l'autre, la bouche n'étant fendue que d'environ un pouce pour un museau de plus d'un pied de long, à partir des yeux. Et en effet, sa langue est très-peu épaisse, et l'ouverture de la bouche ne doit pas de beaucoup surpasser cette épaisseur, car le Tamanoir ne mange que des Fourmis dont il déterre et éparpille les habitations. Au moment oii les Fourmis sortent en multitude pour former un rempart et se défendre, il traîne sur elles sa langue projetée avec tant de rapidité, qu'en une seconde , il la tire et la rentre deux fois toute couverte de Fourmis empêtrées par la salive visqueuse qui recouvre cetorgane. Il paraîtrait incroyable, dit Azzara, que des Fourmis pussent suffire à la nourriture d'un aussi robuste et aussi grand animal, si l'on ne savait quelle multitude de ces insectes renferme une fourmilière, et que, dans beaucoup de lieux , les fourmilières se touchent en quelque sorte. On a nourri des Tamanoirs en captivité avec de la mie de pain , de la viande et de la farine délayées dans de l'eau. Des quatre doigts visibles seulement par leurs ongles aux pieds de devant, l'interne est petit et n'a qu'un ongle assez faible ; les trois autres sont très-forls, mais celui qui correspond au médius , et qui est le pénultième apparent , est au moins double des autres. Des cinq ongles de derrière, les trois moyens à peu près égaux sont les plus grands. La queue, très-épaisse à sa base, est comprimée verticalement, par la raison que nous avons déjà dite. Les bras sont démesurément gros pour le corps. L'animal en marchant s'appuie sur une grosse callosité, contre laquelle il tient alors replié le plus grand ongle, et qui sert aussi de point d'appui h cet ongle quand il

saisit quelque chose. L œil est très-petit , enfoncé elsans cils aux paupières ; l'oreille est très-petite, ronde, large de quinze lignes et haute de douze. Le Tamanoir est extrêmement robuste, difficile à tuer et très-dormeur. Ses habitudes sont nocturnes et solitaires. Il fréquente les lieux baignés et les bords des esters; il entre aussi dans les bois, mais il ne monte pas aux arbres. Pour dormir, il se couche sur le côté, la tète entre les jambes rapprochées et croisées avec celles de derrière, et la queue étalée sur lui. La femelle, qui n'a que deux mamelles pectorales, fait un petit qui se lient accroché sur elle tant qu'il ne peut marcher, et la suit encore une année après ce ternie. Cet animal est couvert d'un poil grossier; ce poil est court, délié et ferme sur la longueur du museau, où il est couché en avant, et assez doux quand la main le suit dans ce sens. Celui de la tète a un peu plus de longueur, et est également mêlé de brun, de gris et de noirâtre. Sur l'échiné, de l'occiput à la queue, règne une crinière dont les poils sont d'autant plus longs qu'ils sont plus postérieurs, et alors ils ont jusqu'à quinze pouces. Au garrot, ces poils forment un épi , dont le devant est incliné vers la tête, et le derrière vers la queue, où les poils les plus longs de tous forment un grand panache. La couleur générale est d'un gris brun, plus foncé sur la tète qu'ailleurs; une bande noire, bordée de blanc, naissant sur la poitrine, se dirige en arrière et se termine aux lombes; les pieds de devant sont blanchâtres, ceux de derrière noirs. Les grands poils ne sont cylindriques que sur les deux premiers tiers de leur longueur, où ils sont aussi creusés d'un canal , probablement rempli d'un fluide durant la vie. Le reste de la longueur est plat et sillonné sur ses deux faces par une cannelure; l'extrémité en est ordinairement fourchue.

2. Tamandua. Myrtnecophaga Tamandua, Cuv. ; My-rmecophaga tetiatxla et tridactyla, Lin. Le Myrmecophaga tridactyla était un double emploi du Tamandiia, fait par Linné, d'après la fig. 2, pi. 40 du 1. 1 de Séba, où le nombre des doigts est altéré. Shaw., Gen. Zool., t. i, p. 1, copia cette figure, pi. SI, fig. 2. La fig. 2 de la pi. 57 représente bien un jeune, mais toujours avec trois ongles seulement. Cagoiiaré ou Caaïgottaré des Guaranis ; Tamandua de .Marcgraaff; petit Ours Fourmilier des Espagnols, Schreber, pi. 68. — IMoilié plus petite que le Tamanoir, celte espèce en diffère encore par sa queue préhensile et entièrement nue dans le dernier tiers de sa longueur ; par un poil court laineux et luisant, généralement d'un gris jaunâtre, avec une bande plus foncée sur l'épaule ; le tour de l'œil est noir. La femelle a moins de noir à l'œil, et quelques-unes même n'en ont pas du tout; la bande noire de l'épaule est aussi plus étroite chez elle. La base des poils noirs est blanc-jaunâtre, et celle nuance dans tout ce qu'elle occupe est plutôt d'un blanc cannelle, qui est la couleur des nouveau-nés. Ceux-ci sont trèslaids et se tiennent accrochés aux épaules de leurs mères. Les jeunes ne prennent point la livrée de l'espèce avant la seconde année ; et comme dans cet état, surtout quand leur taille ne surpasse pas encore celle du petit Fourmilier didactyle, ils lui ressemblent assez pour la physionomie, Azzara, qui n'eut pas.occasion de

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