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riiisloire naturelle des Mammifères. Il n'est presque aucun voyageur qui n'ait publi(5 quelques remarques sur les formes et les habitudes des espèces propres aux contrées qu'il a parcourues; et parmi les anciens, diverses observations sont également répandues dans les écrits d'Hérodote, de Columelle, de Varron,deSénèque, d'Athénée, et surtout d'Oppien , qui, dans son Traité de la chasse, devait nécessairement s'occuper d'un grand nombre d'espèces. Mais Arislole, Pline et Élien sont réellement les seuls qu'on puisse regarder comme de véritables naturalistes, à cause du but qu'ils se sont proposé dans leurs ouvrages, et de la manière dont ils les ont composés. Aristote surtout peut à Juste litre être considéré comme le père de l'Histoire naturelle : ses descriptions quelquefois incomplètes, mais toujours exactes, ses observations pleines d'intérêt sur les mœurs des animaux, et surtout la sagesse avec laquelle il fait connaître, discute et explique même toutes les fables répandues de son temps, rendent véritablement ses ouvrages d'Histoire naturelle dignes d'être lus et médités par les naturalistes de tous les temps.
Après la renaissance des lettres. Gesner, Aldrovande, Jonston publièrent successivement divers ouvrages sur les Mammifères : ils cherchèrent et réussirent souvent à retrouver les animaux décrits ou indiqués dans les ouvrages des anciens, et ils firent eux-mêmes connaître un grand nombre d'espèces nouvelles. Malheureusement le peu de précision des caractères qu'ils pouvaient employer, a de beaucoup diminué, non le mérite, mais du moins l'utilité de leuis travaux. Ils n'avaient point d'ailleurs senti la nécessité d'une méthode fondée sur les caractères des êtres; et c'est ainsi que Gesner avait adopté tout simplement l'ordre alphabétique. Toutefois il est juste de remarquer que ce dernier auteur, qu'on a appelé à juste titre le restaurateur de l'Histoire naturelle, avait déjà réuni ou rapproché toutes les espèces qui lui paraissaient se ressembler, et formé ainsi des groupes qui représentaient en quelque sorte des familles ou des genres naturels.
En 1C9Ô, l'un des naturalistes les plus féconds et les plus savants du dix septième siècle, Jean Ray (qu'il ne faut pas confondre avec un autre autcurdu même nom, Augustin Ray, auquel on doit une Zoologie universelle et porlatice, publiée en 1788), lit entin paraître son Synopsis Methodi Jnim. Quadnipeilum et Serpentini generis. Cet ouvrage forme véritablement une époque importante pour la science; et l'on doit faire connaître la classification qu'on y adoptait, avec plus de détail qu'on ne pourra le faire pour toutes les méthodes proposées dans la suite par d'autres naturalistes. Ray divise d'abord les Mammifères en deux
grandes classes : ceux qui ont des sabots, et ceux qui ont des ongles; les premiers se subdivisent ensuite en trois sections : les Solipèdes, comme les Chevaux; les espèces dont le pied est divisé en plus de deux parties, comme les Éléphants; et celles qui ont le pied fourchu, parmi lesquelles il dislingue ceux qui ruminent, comme les liœufs, les Moutons, etc., et ceux qui ne ruminent pas. comme les Cochons. Ceux qui ont des ongles les ont, ou bien larges et plats comme les Singes, ou bien élroits et pointus. Parmi les derniers les uns ont le pied fourchu comme les Chameaux, et les autres sont Fissipèdes. Ceux-ci étant encore en très-grand nombre, il était nécessaire de les subdiviser de nouveau, et c'est ce que l'auteur a essayé d'après la considération de leur système dentaire. Il les partage en analogues et en anomaux; ceux-ci forment deux classes, les uns privés de dénis, comme les Fourmiliers et les Pangolins, et les autres ayant des dents différentes par leur nombre, leur forme ou leur position, de celles des espèces normales. Ces dernières sont celles qui ont plus de deux incisives, comme les Carnassiers, ou deux seulement comme les Rongeurs. Telle est la mélhode mammalogique de Ray, méthode véritablement très-remarquable pour le temps où elle a été faite. Elle a été pendant longtemps en usage chez les Anglais, et plusieurs des divisions établies par l'auteur ont même été conservées par la plupart des naturalistes modernes.
Après la publication du Synopsis de Ray, la science resta assez longtemps stationnaire : le temps où, fécondée par le génie de Linné et de Buffon, elle devait faire de si rapides progrès, n'était point encore venu. Ce ne fut qu'en 1735 que parut la première édition du Systema Naturœ, ouvrage qui donna à la Wammalogie de nouvelles formes, une nouvelle langue, une nouvelle méthode, l'établit sur ses véritables bases, et mit enfin l'ordre, la précision, l'exactitude où n'y avait trouvé que désordre, vague et incertitude, dès lors apparut, on peut le dire, une science qui n'existait pas. Cette science a, depuis Linné, fait d'immenses progrès; et c'est avec juste raison qu'on a dit les quarante années qui viennent de s'écouler, plus fructueuses pour elle que tous les siècles qui les ont précédées; néanmoins elle est restée à peu près telle que le génie de Linné l'a faite, et les travaux postérieurs n'ont pour ainsi dire fait qu'étendre et perfectionner l'admirable édifice élevé par le naturaliste suédois. Il est donc indispensable de faire connaître avec détail la méthode mammalogique exposée dans le Syslema Naturœ; ce que l'on ne pourrait faire avec plus de clarté que par le tableau synoptique ci-contre.