AI E T
guère que des mues; il n'en résulle que des changements de plumage, lequel, selon les époques de la vie, prend des teintes si différentes que les ornithologistes ont trop souvent décrit comme des espèces distinctes des individus d'âge différent. La plus remarquahle de ces Métamorphoses de plumage est celle qu'éprouvent tes vieilles femelles. Plusieurs, vers l'époque où se perd la faculté génératrice, prennent la livrée des mâles, ce qui les a fait confondre, chez les Faisans, avec les métis appelés Coquarts. Les Métamorphoses des Poissons sont moins évidentes ainsi que celles de tout être qui, vivant essentiellement et toujours dans l'eau, n'éprouve guère le besoin de se modifier pour changer de condition animale. Les Radiaires n'en suhissenl prohablement d'aucune sorte, comme si dans la production de ces êtres aquatiques, la nature s'étant bornée au développement de la vie, par les procédés les plus simples, n'avait pas jugé nécessaire, après avoir atteint son premier but, d'y ajouter des rudiments d'organes susce|)liblcs par leur développement d'élever de telles ébauches au rang des animaux complets.
Dans les Articulés, longtemps regardés indifféremment comme des insectes, les Métamorphoses plus frappantes, s'opérant par des changements de formes souvent du tout au tout, présentent d'admirables phénomènes. Swammerdam, qui le premier porta un regard philosophique dans leur examen, y établit quatre classes. Dans la première, où ces Métamorphoses suivent un cours moins varié, étaient comprises celles des Aptères, qui la plupart sont aujourd'liui des Myriapodes, à qui poussent des anneaux ou segments avec leur paire de pieds, des Arachnides et des Crustacés sujets à de simples changements d'enveloppe. Dans la deuxième, se rangeaient les insectes qui naissent avec six pattes, mais dont les ailes cachées ou renfermées dans une sorte d'écaillé qui en protège d'abord les rudiments, se déploient à l'instant prescrit; ce sont les Orthoptères, les Hémiptères et plusieurs Névroptères. Dans la troisième, l'animal parcourt trois périodes diverses; cette classe renferme deux ordres, le premier comprend les insectes où le second état, appelé nymphe ou seminymphe, présentant soit l'apparence de pieds et d'ailes, soit la réalité de ces deux choses, ils ne sont point réduits à demeurer ensevelis sous l'apparence léthargique ou de la mort, afin de passer à leur dernière forme ; tels sont le reste des Névroptères, les Hyménoptères et les Coléoptères. L'autre ordie se composait des Lépidoptères, où la larve, munie de pieds, communément appelée chenille, sujette à des dépouillements préparatoires, vit comme pour manger en changeant plusieurs fois de peau, jusqu'à ce qu'ayant choisi un lieu de repos, elle s'y engourdit en une chrysalide à travers l'enveloppe coriace de laquelle on peut bien apercevoir les changements qui se préparent, mais qui n'a ni pattes, ni ailes, ni bouche, ni quoi que ce soit où l'on puisse reconnaître un animal vivant. Dans la quatrième classe enfin, rentraient des espèces qui étant d'abord des larves en sortant de l'œuf, sans pieds comme des Vers, ou avec six pieds au plus, se transforment en nymphes, mais sans changer de peau, de sorte que cette peau venant à se durcir, et l'animal s'y trouvant
emprisonné à l'état de chrysalide, en sort enfin avec des ailes i ce sont les Diptères.
Réaumur, qui s'occupa particulièrement des Métamorphoses chez les Lépidoptères, Linné et Fabricius ont modifié ces distributions; de nos jours Huber de Genève, Dutrochet, Savigny, Marcel de Serres et Latreille, ont, par des observations précieuses, ou par des considérations nouvelles, jeté un grand jour sur une matière si curieuse; et maintenant on s'accorde à distinguer les Métamorphoses des insectes en incomplètes ou partielles, qui modifient l'èlre, eten complètes, qui en transforment la totalité. Dans toutes, les changements intérieurs en commandent de correspondants à l'extérieur, c'est-à-dire que ceux du dehors sont conséquents de ceux du dedans; car jusqu'aux trois principaux systèmes organiques tout y subit des transformations, et l'on sent quelle influence ces transformations des appareils nerveux, nutritif et respiratoire, doivent avoir sur l'instinct même des créatures où elles ont lieu. C'est donc avec pleine raison que Virey dit : « Le système nerveux doit jouer ici un rôle auquel on n'a pas accordé assez d'attention. Nous avons fait remarquer que la chenille ayant un autre instinct que le Papillon, et les diverses larves d'autres genres de vie que l'insecte parfait, il fallait bien que l'appareil excitateur de toutes ces opérations éprouvât des changements. Nous avons fait la comparaison de l'insecte avec ces petits orgues portatifs, dont le cylindre a différents airs notés sur son pourtour, et qui exécutent chacun de ces airs, selon qu'on avance ou qu'on recule le cylindre. Pareillement le système nerveux ou la série de ganglions le long du cordon médullaire double, se déployant diversement chez la larve et l'animal parfait, doit exciter des actions différentes dans l'un et dans l'autre, mais appropriées à l'état des organes externes. Ainsi la larve du Scarabée nasicorne, qui vit dans le tau, a ses ganglions nerveux tellement rapprochés qu'ils ne composent qu'une masse fusiforme, et les rameaux (|ui en sortent se rendent en divergeant, comme des rayons, aux divers organes : il existe en outre un autre nerf analogue au récurrent de l'Homme, et qui se distribue en rameaux avec des ganglions à l'estomac. Chez le même animal complet les ganglions du cordon médullaire longitudinal s'écartent au contraire en cinq ou six espaces. Dans le Cerf-Volant, espèce du genre Lucane, le cordon médullaire n'a plus que quatre ganglions assez gros; sa larve en avait huit outre un nerf récurrent. Les chenilles de la plupart des Bombices, particulièrement celle du Cossus, avaient douze ganglions; les Papillons en ont moins par le rapprochement de ces nœuds. «
Dans l'appareil nutritif, les changements ne sont pas moins étranges; ils subordonnent la machine à des appétits divers; si la bouche et les intestins ne changent pas de forme dans les Articulés à Métamorphose incomplète, ces parties se dénaturent entièrement dans les insectes à Métamorphoses complètes, et leurs variations sont véritablement admirables en ce qu'elles font
connaître quelle multitude de moyens sait employer la nature pour ne jamais se répéter dans ses productions, qui sont le résultat de lois d'autant plus fécondes
qu'elles paraissenl êlre moins nombreuses. Ainsi plus le canal alimentaire se raccourcit, plus l'animal devient Carnivore ou se nourrit d'aliments substantiels. La chenille vorace qui. par le moyen de ses robustes mâchoires, déchire et broie un feuillage souvent coriace dont elle consomme jusqu'à trois fois son poids dans une journée, véritable machine à manger, a son intestin énormément dilaté et boursouflé comme le colon. Les larves des Guêpes et des Abeilles ont un estomac si vaste qu'il en occupe presque tout l'intérieur; mais lorsque ces animaux sont parvenus à l'état parfait, leur panse se resserre; ainsi l'Abeille ne conserve plus, d'un vaste laboratoire nutritif, que deu.x poches à miel inégales; et les Papillons, dans la trompe desquels Savigny a reconnu des pièces correspondantes aux mâchoires, n'employant plus ces parties aux mêmes usages consommateurs, ont aussi leur estomac bien plus petit, ce qui est le contraire des Ruminants, ces grands Vertébrés où l'on vient de voir que l'esloraac, formé d'une seule poche dans le fœlus, se multipliait en quatre dans l'adulte; et celte forme multiple de l'estomac se reproduit encore chez les insectes, où l'on en retrouve trois et quaire dans les Orthoptères, qui sont conséquemment herbivores. Ne pourrait-on pas, d'après des considérations tirées de l'appareil nutritif, première et principale basede l'animalité tendant à la complication, établir parmi les familles d'insectes quelles sont celles qui, formées sur un plan analogue, peuvent êlre considérées comme représentant des familles d'ordres plus élevés, dans un embranchement de cette création, où jusque dans les résultats les plus disparates, en apparence, saille encore l'évidence d'une marche inaltérablement soumise à l'unité de plan. En général les larves, ayant l'intestin plus vaste, sont herbivores; plusieurs, par le resserrement et les étranglements de ce fondement de leur existence, deviennent des animaux de proie; tant il est rare de voir les mœurs des créatures vivantes ne pas tendre à la destruction mutuelle selon que des forces s'y développent. Un insecte aquatique paraît cependant faire exception à cette règle cruelle, c'est VHyilrophilus piceus, L., dont la larve est si féroce qu'on l'appelle Ver-Assassin; elle engloutit dans son intestin, court comme celui des Tigres et des Loups, tout animal vivant qu'elle peut atteindre, et devient moins sanguinaire à mesure que, de Métamorphoses en Métamorphoses, son intestin s'allonge.
Les changements dans le système respiratoire sont également extraordinaires; il a déjà été question de ceux qu'éprouvent les Têtards pour devenir des Batraciens; ils sont à peu près pareils dans beaucoup d'insectes qui, en passant de l'état de larves aquatiques nageantes, à l'état d'insectes volants aériens, échangent leurs branchies ou fausses branchies contre des trachées, et ce qui paraît assez bizarre dans la plupart de ces larves, c'est que c'est vers l'anus qu'existe le tube par le(|uel la respiration a lieu.
Tous les animaux dont la complication organique nécessite, pour qu'ils puissent se perpétuer, un autre mode de reproduction que le mode tomipare, sortent ou d'un propagule, ou d'un œuf dans lequel durent
exister rudimenlairemcnt les moindres parties constitutives de leur être. Cependant le propagule ni l'œuf ne peuvent êlre considérés, chez ces animaux, comme vivants, dans le sens qu'on attache à ce mot, encore que l'un et l'autre renferment les principes des sensations ou du mouvement, car ni ce mouvement, ni les sensations n'y existent. La créature qui s'y prépare à la vie réelle, n'en sortira qu'en vertu d'une suite d'efforts opérés intérieurement par l'action organisatrice toute-puissante, mais réduite au rôle d'agent secondaire, dès après la naissance où l'instinct, ce premier inlellect rudimentaire interne, commandé par l'organisation même, suffit pour déterminer la créature <iui a vu le jour, à rechercher d'elle-même ce qui lui est •
bon en évitant ce qui lui serait dommageable. L'animal >•
est alors émancipé, et la prépondérance ou la subordination des parties constitutives, les unes par rapport aux autres, avec le jeu de toutes, modifieront sa vie selon les besoins de chaque âge. L'amour sera le but de ce merveilleux mécanisme; de nouveaux œufs en seront le résultat; le trépas en sera le terme. Deux états de repos, l'un temporaire et plein d'avenir, l'autre éternel et sans espérances, marquent donc les deux extrémités de la carrière animale. Cependant une exception semble avoir lieu chez les insectes à Métamorphose complète, notamment chez les Lépidoptères, où la chenille consommatrice est si différente du Papillon producteur, que la démonstration journalière de sa transformation est nécessaire pour constater l'identité; ici néanmoins l'exception confirme la règle. Au sortir de l'œuf la chenille est devenue tout ce qu'elle pouvait être, il ne lui manque rien d'un animal parfaitement complet; mais le développement des diverses parties qui la composent s'est opéré selon un tel équilibre, que celles de ces parties qui eussent dû se trouver, par leur prépondérance, aptes à la reproduction, sont demeurées confondues parallèlement avec les autres sans atteindre à leur but culminant. La nature cependant ne condamnera point la chenille à laisser une place vacante dans son sein maternel, mais telle est l'inllexibilité des lois qui la rendent féconde, qu'on ne la verra pas non plus, au moyen d'une sorte de miracle ou de transsubstantiation brusque, porter dans la chenille, l'organe générateur qui s'y trouvait demeuré impuissant, vers le degré de prépondérance qu'il est de sa nature d'atteindre. Elle ne procède point comme ces magiciens qui changeaient des baguettes en Ser|)ents, et qui faisaient des Grenouilles sans Têtards préalables; mais sagement circonspecte, elle rentre dans sa maiche habituelle par un retour sur elle-même, et la chrysalide équivalente au tombeau, par rapport à la chenille dont elle termine l'existence mamiuée, devient comme un nouvel œuf par rapport à l'insecte parfait, qui s'y revêt de cette brillante parure nuptiale, avec la<|uelle on le voit apparaître au jour de la résurrection. El cette chrysalide, œuf ou sépulcre intermédiaire, qui n'est point la vie, mais qui n'est point la mort, peut être indifféremment considérée comme un traitd'union OH comme un temps d'arrêt entre deux modes très-distincts d'existence chez un même animal.
MÉTAPELME. /)/c/ape/(»o. INS. Hyménoptères;genre
de la famille des Pupivores, tribu des Chalcidides, inslitué par Westwood qui lui assigne pour caraclèrcs : anlennes grêles, presque aussi longues que le corselet, un peu plus épaisses vers le bout qui est obliquement tronqué; tête presque ronde; corselet déclive, allongé en avant de l'inseilion des ailes; abdomen comprimé; oviducle exserte, de la longueur de l'abdomen; pieds intermédiaires les plus longs; cuisses un peu rétrocourbées; jambes armées d'un long éperon; tarses à peine dilatés, ciliés en dessous, article basai le plus long; pieds postérieurs plus épais; jambes et article basai des tarses dilatés et comprimés.
MÉTAPEiMB REMARQUABLE. Metapeltiia spectabilis , Wcstw. Tête et corselet d'un vert cuivreux brillant; antennes noires; abdomen noir, avec un reflet bronzé purpurin; les quatre pieds antérieurs ferrugineux, avec un reflet bronze-verdâtre; tarses intermédiaires bruns et blanchâlresà leur base; les deux postérieurs bruns, avec la base des cuisses rousse, et des jambes blanche; oviducte noir. Taille, deux lignes. De l'Amérique du nord.
MÉTAPLEXIDE. Metaplexis. bot. Robert Brown (Mem. of IVern. Societ., 1, p. 48) est l'auteur de ce genre qui appartient à la famille des Asclépiadées et à la Penlandrie Digynie, L. Voici ses caractères essentiels ; couronne à cinq petites folioles en capuchon, alternes avec les anthères; masses polliniques renflées, pendantes, fixées par le côté; stigmate en forme de bec allongé, indivis. Aucun nom spécifique n'ayant été imposé à la plante qui a été considérée par Brown comme type générique, Schulles (Syst. Veget., C, p. 111 ) lui a donné celui de AJela/Jlexis Slaunloni, en l'honneur de la personne qui l'a rapportée de la Chine. C'est un sous-arbrisseau volubile. glabre, dont les feuilles sont cordiformes, les fleurs disposées en grappes pédonculées et interpéliolaires. Une seconde espèce de ce genre a été décrite par Sprengel {Neue Eniedctc, 1, p. 2G9) qui l'a nommée Melaplexis mucronata. Sa tige est frutescente, cylindrique, à rameaux étalés; ses feuilles sont opposées, pétiolées, oblongues, presque cordiformes, raucronées et glauques; les pédoncules sont plus courts que les pétioles, et portent environ six Heurs disposées en ombelle. Cette plante croît au cap de Bonne Espérance.
WÉTAPTÈRE. Melaptera. concb. Genre proposé par RafRnesque dans sa Monographie des Coi|uilles de rOhio, insérée dans le cinquième volume des Annales générales des Sciences physiques et naturelles, pour un démembrement du genre Unio; il est caractérisé de la manière suivante ; coquille ovale, triangulaire, dilatée en aile postérieurement; ligament incliné sur l'aile; dent bilobée, crénelée; dent lamellaire courbée, détachéedu bord de l'aile; axe extramédial; contourà peine épaissi; trois impressions musculaires. Mollusque semblable à celui de VUnio. Ce genre, établi sur des formes extérieures et suitout sur le prolongement en forme d'aile du côté postérieur, ne peut être conservé; à peine pourrait- il former une division trèssecondaire parmi les Mulettes. y. ce mot.
MÉTASTELME. Metastelma. bot. Genre de la famille des Asclépiadées et de la Pentandrie Digynie, L.,
établi par R. Brown (Mem. of If'ein. Societ., 1, p. .">2) j qui lui a donné pour caractères essentiels : corolle j presque canipanulée, dont la gorge est couronnée par ' cinq dents placées sur les sinus du limbe; anthères terminées par une membrane; masses pollini(|ues comprimées, pendantes et fixées par leur sommet aminci ; j stigmate mutique. Ce genre est constitué sur le Cj-nauchum parvi/loium de Swartz (Flot: Iiiil. occid. , 1, p. 557), plante qui croit dans les localités montueuses des Antilles et autres iles de l'Amérique. Elle a une lige très-longue, divisée en rameaux filiformes, volubiles et divariqués. Ses feuilles sont distantes, pétiolées, ovales et terminées en pointe. Ses fleuis, petites, blanchâtres ou verdàtres, sont disposées en ombelles presque sessiles. R. Brown a nommé cette plante Metastelma parciflontm.
MÉTATARSE, looh. Partie du membre postérieur des animaux vertébrés, qui est comprise entre le tarse et les orteils.
MÉTATHORAX. ins. Troisième anneau du thorax. A', ce mol.
MÉTAUX, mw. Les chimistes et les minéralogistes ont, de tout temps, réuni sous cette dénomination commune, des corps simples qui avaient pour caractères d'être opaques en masse, d'avoir un certain brillant qu'il est difficile de définir, mais qu'on n'a besoin de désigner que par le nom à'éclat métallique, tant il ' est propre à cette classe de substances; de posséder une giande densité, supérieure en général à celle de toutes les pierres; de prendre un beau poli; d'être bons conducteurs du calorique et de l'électricité, etc. Cette classe de corps a reçu une grande extension depuis la découverte importante de Davy sur la composition des Alcalis et des Terres; mais, en même temps, les limites d'abord si tranchées qui la séparaient de la classe des corps non métalliques, se sont effacées peu à peu; plusieurs des nouveaux Métaux ont perdu celle grande densité, qui était un des traits caractéristiques des anciens, et quelques-uns sont assez légers pour surnager sur l'eau. Il y a passage des corps métalliques proprement dits, aux corps non métalliques auxquels Berzélius a cru devoir donner le nom de Métalloïdes, par certains corps tel que le Silicium, qu'on hésite à placer de préférence dans l'une ou l'autre division. Mais en adoptant la coupe proposée par HaUy dans la classe des Métaux, on a l'avantage d'accorder, jusqu'à un certain point, la nouvelle méthode avec l'ancienne, en laissant ensemble dans un même groupe tous les Métaux anciennement connus, les seuls (|ui méritent ce nom dans les arls et qui intéressent vivement le naturaliste. HaUy donne le nom de Mélaux hétéropsides à ces nouveaux Métaux reconnus ou admis par analogie dans les Terres et les Alcalis, qu'on n'a jamais vus dans la nature avec l'éclat métallique qui leur est propre, et qui ne sont pas même susceptibles d'exister naturellement à l'état libre; tels sont le Potassium, le Sodium, le Calcium, le Strontium, le Magnésium, etc. Le même savant donne le nom de Mélaux autopsidcs (c'est-à-dire qui s'offrent d'eu.x-mêmes sous leur véritable aspect) aux Mélaux qui se trouvent naturellement à l'étal métallique, ou qui s'y laissent ramener aisé-
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menl au moyen du charbon : ce sonl les seuls dont on ait à parler ici; ils sont au nombre de vingtsept, dont quinze seulement sont remarquables par leurs usages. Les voici rangés dans l'ordre de leur plus grande utilité dans les arts : le Fer, le Plomb, le Cuivre, l'Élain, le Zinc, le Mercure, l'Argent, l'Or, le Platine, l'Anlimoine, le Bismulh, le Cobalt, l'Arsenic, le Chrome et le Manganèse.
Les Mélaux forment la classe la plus importante des corps, puisqu'on les emploie dans presque tous les arts nécessaires à la vie, qu'ils servent à fabriquer les instruments sans lesquels plusieurs de ces arts n'existeraient pas, et qu'ils sont ainsi l'une des causes les plus actives du progrès des sciences et de la civilisation. En parcourant les principales propriétés physiques auxquelles ils sont redevables de cette prééminence sur la plupart des autres substances naturelles, on trouve que la plus remarquable de ces propriétés est l'aspect brillant qui les caractérise et qu'ils conservent jusque dans leurs moindres parties. Quelques substances parmi les pierres, telles que le Mica et la Diallage, n'ont qu'une fausse apparence de cet éclat, qui disparaît dès qu'on raie leur surface avec un corps dur. Cet éclat est dû à la faculté qu'ils ont de réfléchir en très-grande abondance les rayons lumineux, ce qui les rend particulièrement convenables à la confection des diverses sortes de miroirs. Indépendamment de cet éclat très-vif, que le poli fait encore ressortir, les Métaux ont une couleur qui leur est propre, mais dont la teinte varie selon que le Minéral est en masse ou en poussière. Les Métaux sont parfaitement opaques, à moins qu'on ne les réduise en feuilles extrêmement minces, auquel cas ils acquièrent un certain degré de translucidité. Leur densité l'emporte généralement de beaucoup sur celle des autres substances : l'Étain, le plus léger des Mélaux usuels, a une pesanteur spécifique de 7,3; le Platine, qui est le plus dense, l'est 21 fois plus que l'eau. Les Métaux ont en général peu de dureté; mais dans quelques-uns cette qualité peut être augmentée par l'art. C'est ainsi que l'on est parvenu à convertir le Fer en Acier, qui à son tour peut servir à travailler le Fer et les autres Mélaux. L'élasticité des Métaux, qui est en rapport avec la dureté, peut être aussi accrue par des moyens artificiels : l'Acier, dont sont faits les ressorts de montres, est très -élastique, quoique le Fer, dans son état naturel, ne le soit que très-peu. L'une des propriétés les plus importantes des Métaux, est leur malléabilité. On appelle ainsi la propriété qu'ils ont de se laisser aplatir et étendre sous le marteau, et prendre de cette manière la forme qu'on veut leur donner. Tous les Métaux ne jouissent pas cependant de celte propriété; mais il est à remarquer que presque tous ceux qui furent connus des anciens la possédaient. Cette propriété est accrue par la chaleur; par l'effet du marteau , les Métaux acquièient plus de densité et de dureté. Voici la liste des Mélaux malléables et l'ordre de leur malléabilité : l'Or, l'Argent, le Cuivre, l'Étain, le Platine , le Plomb, le Zinc et le Fer. La ductilité consiste dans la faculté qu'ont certains minéraux de se laisser allonger en fils lorsqu'on les force à passer par des trous de différents diamètres. Pour qu'un fil
puisse être étiré, il faut que le Métal ait une grande lénacilé : l'Or, l'Argent, le Fer, l'Acier, le Cuivre, sont ceux qui sont le plus ordinairement employés. La ténacité d'un fil métallique est la propriété qu'il a de résister, sans se rompre, à l'effort d'un poids suspendu à l'une de ses extrémités. Il est des Mélaux qui se brisent par la percussion au lieu de se laisser étendre : tels sont le Cobalt, l'Antimoine et le Manganèse. Les Mélaux sont non-seulement dilatables par la chaleur, mais encore fusibles à des degrés de température très différents, selon les espèces. Il en est un, le Mercure, qui est liquide à la température ordinaire; d'autres iiui sont fusihies à la simple flamme d'une bougie; d'autres, comme le Platine, qui ne peuvent être fondus que par la plus violente chaleur qu'il soit possible de produire.
Les Métaux se rencontrent rarement purs, ou à l'élat natif, diins les couches du globe. On les trouve plus ordinairemenl unis ensemble à l'état d'alliage, ou bien à l'état de Minerais; c'est-à-dire combinés avec les principes minéralisateurs, tels que l'Oxigène, le Soufre, le Carbone, etc.; quelquefois enfin à l'état de Sel, lorsque leurs Oxides sont unis aux Acides carbonique, sulfurique, hydrocblorique, etc. Pour ce qui concerne la recherche des Minerais utiles et leurs trailemenls métallurgiques, voyez les mots Gisemej^t, Métaihjrgie, Minerais, AIines.
MÉTAXITE. MIN. Nom que porte la roche plus vulgairement appelée Grès des houillères. C'est un assemblage de grains de diverse nature, avec du Mica en abondance. Celle roche est ordinairement d'un aspect feuilleté et schisloide.
MÉTAZANTHE. Metazanthus. eot. Genre de la famille des Synanthérées, établi par Meyen pour quelques plantes récemment observées au Chili, et que l'on avait considérées au premier abord comme devant appartenir au genre Evpalorium. Caractères : involucre campanule, polyphylle, composé de deux rangées de folioles linéari-lancéolées, acuminées, glabres et marginées; réceptacle nu, ponctué de noir; toutes les fleurs hermaphrodites lubuleuses; corolle régulière, à cinq dents non réfléchies; anthères longuement exsertes, soudées à la base, libres au sommet qui est acuminé; filaments larges, lisses, un peu plus épais avant l'extrémité; stigmate bifide, inclus; style plus épais à sa base; akène à bec, presque à cinq angles, striatosillonné et long; aigrette persistante, formée de plusieurs rangées de soies faiblement dentelées.
Métazantbe a grandes flebrs. Metazanthus grandiflorus, Meyen. Sa lige est couchée, épaisse, à rameaux florifères, dressés el angulalo-sillonnés; les feuilles de la base des tiges sonl épaisses et même succulentes, demi-amplexicaules, irrégulièrement bipinnalifides, à pinnules denlato-subtripartites, à pétioles presque triangulaires; l'une des stipules esl semi-amplexicaule et l'autre acuminée, lancéolée.
Métaïanthe CACALioïDE. iMelazaiithus cacalioiiles, Meyen. Cette seconde espèce diffère de l'autre en ce qu'elle est plus herbacée el plus rameuse; ses feuilles sont alternes, longuemenl péliolées, semi-amplexicaules, pinnatifides, charnues, à lobes en coin ou linéari-
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lancéolés et glabres; les tiges n'ont qu'une seule fleur à stipules lancéolées, aiguës, rassemblées à la base de l'involucre; les Heurs sont jaunes, avec leurs anthères longuement sagitlées. L'une et l'autre espèce se trouvent dans les cordillères du Chili.
MÉTÉDÈRE. Melederus. iNS. Diptères; ce genre de la famille des Tanystomes, tribu des Dolichopodes, a été institué par Wiedeman et Meigen; Macquart en a récemment découvert une espèce sur la jetée qui, à Dunkerque, se prolonge considérablement dans la mer; il la trouva sur des Fucus qui garnissent assez ordinairement les pilotis, et la nomma Mêtédère de l'Océan, Melederus Oceaniis; le troisième article de ses antennes est assez court, à peu près orbiculaire, terminé en pointe obtuse, et un peu échancré en dessous; le dos du thorax est couvert d'un léger duvet roussâtre, et l'on y observe deux lignes noirâtres; les pieds sont de la couleur du corps. Taille, une ligne trois quarts.
MÉTEIL. BOT. Nom donné par les agriculteurs, au mélange des grains de Froment et de Seigle, semés et récoltés ensemble.
MÉTEL. BOT. Espèce du genre Daliira. V. ce mot. MÉTÉORES. Parmi les phénomènes qui prennent naissance au sein de l'atmosphère, et que l'on nomme Météores, les uns, comme les Globes de feu, les Aurores boréales, sont accidentels, et excitent un intérêt d'autant plus vif, que leur origine est moins déterminée; les autres, au contraire, comme la Pluie, la Neige, les Vents, par leur fréquence et leur continuelle succession, n'étonnent que faiblement, malgré la grande influence qu'ils exercent sur tous les corps de la nature, et l'immense utilité dont ils sont pour l'Homme et pour tous les autres êtres organisés. Les iUétéoressonl aqueux, ignés ou aériens, selon que l'Eau, le Feu ou l'Air semblent y jouer le principal rôle; dans la plupart des cas ils sont produits simultanément, ou plutôt ils ne sont que des conséquences les uns des autres. Ainsi les Météores aqueux surviennent en même temps ou immédiatement après les Météores aériens, et de temps à autre ils sont accompagnés de quelques Météores lumineux. Au nombre des grandes causes qui les déterminent, les plus agissantes sont le Calorique et l'Électricité ; le premier de ces agents physiques évapore les Eaux de la surface du globe, les dissout dans l'Air, en forme des vapeurs invisibles qui, par un refroidissement graduel, se résolvent en brouillards, nuages, pluie, rosée, neige, givre, grêle et grésil.
Les Brouillards, qui, sur la mer, prennent le nom de Brumes, sont formés de globules aqueux flotlantsdans l'Air, ou, suivant Saussure, de vésicules d'Eau creuses à l'intérieur, et spécifiquement plus légères que l'Air. Quelques physiciens célèbres doutent maintenant de cet état vésiculaire de la vapeur observée par Saussure; en effet, l'expérience sur laquelle ce savant s'est appuyé ne semble point contîrmative de sa théorie; la vapeur du Café et celle de l'Eau chargée d'encre ne pouvaient être noires, parce que le corps colorant n'étant point volatil, il ne pouvait s'échapper, pendant l'ébullition de ces liquides, que de la vapeur d'Eau pure. S'il eût employé un liquide coloré par une substance volatile, alors seulement il
aurait pu conclure de la couleur blanchâtre des globules, qu'ils étaient creux à l'intérieur, puisqu'ils auraient dû paraître noirs s'ils avaient été pleins. Dans les brouillards, ces globules ou vésicules sont plus ou moins gros, et se groupent entre eux de diverses manières; ce qui détermine la plus ou moins grande intensité du phénomène. 11 n'y a personne qui n'ait été témoin de quelques uns de ces brouillards si épais, qu'au milieu du jour il en résultait une obscurité pour ainsi dire nocturne; et l'on sait que sur les bords de la Tamise, de pareils événements ténébreux ne sont pas rares. Quelquefois les brouillards affectent désagréablement le sens de l'odorat sans que l'on sache à quoi peut tenii' cette particularité. Le fond des vallées cl la surface des rivières sont les lieux qu'occupent le plus fréquemment les brouillards; souvent ils y sont slationnaires pendant plusieurs semaines, tandis que les sommets des montagnes qui les encaissent jouissent de toute la sérénité du ciel : c'est alors un spectacle admirable, que de contempler du haut d'une de ces sommités la vaste plaine des brouillards que le reflet des rayons solaires rend semblable à une mer d'argent, et qui est terminée dans le lointain par une suite de récifs, c'est à-dire par les points culminants des montagnes opposées. Ce phénomène se montre dans une plus grande intensité, lorsqu'on parcourt les contrées équinoxiales. La hauteur des montagnes, la vaste étendue des eaux qui sont à proximité, la température si élevée du fond des plaines, et l'action d'un soleil perpendiculaire, donnent naissance à un grand nombre de circonstances météoriques inconnues aux climats secs et tempérés. Pour qu'un brouillard puisse se produire à la surface des rivières, il est nécessaire que la température de celles-ci surpasse celle de la couche d'Air, qui repose immédiatement au-dessus ; il faut de plus que cet Air soit calme, car on a observé qu'un courant d'Air sec empêchait le brouillard de se produire malgré la différence de température que présentaient l'Eau et la couche d'Air adjacente. C'est ce qu'on observe sur le Danube qui n'a aucun brouillard, quoique sa température l'emporte de plusieurs degrés sur celle de la couche atmosphérique. 11 semblerait alors que le courant d'Air sec dissout complètement le brouillard au fur et à mesure qu'il se produit.
De même que les brouillards, les Nuages sont composés de globules aqueux suspendus dans l'air, et qui sont réunis en groupes de formes Irès-diversifiées. Ces groupes n'ont pas la même densité, puisque les uns restent généralement à une hauteur peu considérable, tandis que les autres s'élèvent aux plus hautes régions. Selon Gay-Lussac, le nuage monte dans les airs par l'impulsion des courants ascendants, qui résultent de la différence de température entre la surface de la terre et les régions élevées. Fresnela donné (Ann. de Chimie et de Physique, t. xxi, p. 59 et 260) une autre théorie de la suspension des nuages. Elle résulte de ce que ceux-ci ont une pesanteur spécifique moindre que celle des couches inférieures de l'atmosphère; en effet, la ténuité des globules aqueux est extrême, et ils renferment entre leurs interstices, de l'Air qui ne peut s'échapper qu'avec beaucoup de lenteur. Ces globules,
ainsi que l'Air qu'ils enipiisonnenl, sont plus suscepti- \ hles que les couches ambiantes d'Air atmosphérique de I s'échauffer par les rayons solaires et par les rayons I calorifiques qui leur sont envoyés de la terre; cet j échauffement détermine une dilatation de l'Air con- | tenu dans les interstices, et le nuage se trouve alors , dans les conditions d'un aérostat qui s'élève en vertu de sa légèreté spécifique. Les couleurs dont les nuages sont affectés ne sont que des jeux de lumière qui va- j rient à l'inlîni par les décompositions, les réflexions | et les réfractions résultant de leurs formes et de leur situation par rapport au corps lumineux et au spectateur. La formation des nuages est la même que celle des brouillards dont ils ne différent d'ailleurs à aucun égard; ils prennent naissance plus spécialement sur les flancs et les sommets des montagnes, par l'effet de la condensation de la vapeur dissoute dans les couches d'Air les plus voisines de ces montagnes. N'occupant d'abord qu'une petite étendue, ils s'agrandissent insensiblement et finissent par se détacher pour être emportés au gré des vents; on les voit ensuite s'amonceler, former des nuées épaisses qui, ordinairement, se résolvent en pluies abondantes; quelquefois ils restent épars et disséminés dans l'atmosphère. Ces groupes aériens semblent, dans leur course vagabonde, éviter de se heurter, et lorsqu'ils sont portés par les vents vers la crête des montagnes, ils en sont vivement repoussés, et par une sorte de bond ils franchissent cette crête pour passer dans une autre vallée.
Lorsque les nuages n'ont pu passer à l'état de vapeur invisible, et qu'au contraire ils se sont condensés au point de se convertir en gouttelettes, celles ci tombent surla terretantôt légèrement et sous forme d'un brouillard très-dense, qui reçoit alors le nom de Bruine, tantôt avec impétuosité et en gouttes très-grosses, telles qu'on les voit dans les pluies d'orages. Mais la pluie se présente dans tous les étals intermédiaires à ces deux extrêmes; les pluies par torrents sont plus communes en été et dans les |)ays chauds du globe; les bruines, au contraire, s'observent plus fréquemmentpendantles saisons froides et dans les climats tempérés et polaires. On a remarqué qu'il pleuvait davantage dans les contrées monlueuses que dans les pays de plaines, et l'on a vu à l'article Forêts, l'influence que ces masses de végétaux avaient sur la formation des pluies de dégroupement, et par suite sur la végétation générale du pays. 11 paraît que la hauteur des montagnesnedétermine pas une chute de pluie plus abondante; car des coteaux peu élevés agissent assez sur la direction des vents et des nuages pour que la pluie se distribue inégalement sur un espace de terrain peu étendu. On estime la quantité d'eau qui tombe annuellement par la hauteur qu'aurait la masse formée de la réunion de toute celle qui tombe successivement surunemême surface horizontale. Depuislongtemps on a multiplié les observations à cet égard, et il a été possible d'en conclure que la (juantité annuelle de pluie | est plus considérable dans les régions intertropicales •que dans les autres : ainsi au Cap-Français, dans l'île ' d'Haïti, il tombe par an 308 centimètres d'eau, tandis j qu'à Upsal, en Suède, on n'en compte que 45 centi- 1 mètres; à Paris et à Londres le terme moyen est de i
35 centimètres ; mais en certaines provinces de France et d'Angleterre, peu éloignées de la capitale, la quantité d'eau qui tombe annuellement, se monte à plus du double. Ces anomalies indiiiuent l'influence des montagnes et des forêts. Mais si les climats équaloriaux reçoivent dans le cours de l'année une quantité d'eau plus considérable que les autres contrées du globe, le temps pendant lequel la chute s'en opère est infiniment moindre, ou, en d'autres termes, le nombre des jours pluvieux augmente lorsqu'on s'avance de l'équatcur vers les pôles. Tous les voyageurs nous décrivent les pluies de la zone Torride comme des averses épouvantables, qui quelquefois détruisent les récolles, mais dont la chute est souvent désirée avec impatience, car le terrain desséché et brûlé par les feux perpendiculaires d'un soleil qui, pendant plusieurs mois, n'est jamais voilé, a besoin de ces énormes quantités d'eau pour être abreuvé et faire sa provision d'eau pour les mois suivants. Une remarque analogue à la précédente se fait lorsqu'on compare les saisons entre elles; il tombe généralement jilus d'eau en été qu'en hiver, et cependant le nombre des jours pluvieux l'emporte dans cette dernière saison sur ceux de la première. Les contrées du centre de l'Europe diffèrent encore de celles qui sont situées entre les tropiques par l'irrégularité des circonstances météorologiques. Dans les climats chauds l'année offre toujours une saison pluvieuse, qui détermine la crue périodique et réglée des fleuves et des rivières; ainsi le débordement du Nil , dont l'époque est si constamment régulière, n'est causé que par les pluies abondantes, qui fondent à une époque déterminée sur les montagnes de l'Abyssinie et des pays voisins de l'équaleur où les affluents du fleuve qui fertilise l'Egypte prennent leur source. Dans les contrées tempérées, telles que l'Europe et les États-Unis, la chute des pluies n'arrive point dans un temps circonscrit et limité; elle y est au contraire fort accidentelle et intermittente; cependant on a observé que lorsque les pluies commençaient vers les approches des équinoxes et du solstice d'été, elles duraient pendant un temps assez considérable.
La JRosée est un Météore aqueux, que l'on observe pendant les matinées et les soirées de printemps, d'été et d'automne; elle se dépose, sous forme de gouttelettes, principalement sur les feuilles des plantes; en certains pays secs, comme par exemple l'Italie méridionale, elle est assez forte pour suppléer à la pluie et entretenir la verdure. On ne peut l'assimiler au brouillard puisqu'elle ne trouble pas sensiblement la transparence de l'Air; ensuite elle offre ceci de particulier, qu'elle ne s'attache point aux métaux polis et particulièrement à l'Or. iVous verrons bientôt que dans la production de ces deux sortes de Météores, les circonstances sont tout à fait opposées, c'est-à-dire que si les brouillards exigent, pour leur formation, que l'Air soit plus froid que la surface du globe, c'est le contraire pour la rosée. Plusieurs hypothèses ont été faites sur la production de ce dernier phénomène. Comme on avait remarqué que la rosée se déposait quelquefois sur la surface inférieure des corps, on en avait conclu que dans ce cas elle s'élevait de terre, et conséquemment qu'elle était ascen-
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danle, tandis que le plus souvent elle était descendante. Ces faits divers se trouvent expliqués IrÈs-naturelIement par la théorie proposée par Wells, et que ce savant a appuyée île nomlireiises oljservalions. Pendant les belles nuits des saisons chaudes, la température des corps placés à la surface de la terre diminue beaucoup par le rayonnement du calorique qu'ils avaient accumulé dans la journée, et dont la perte n'est point compensée par l'acquisition d'une quantité suffisante de calorique qui serait rayonné des parties supérieures de l'atmosphère. Ce refroidissement persiste parce que les corps adjacents, ou ceux qui mettent les corps refroidis en communication avec la terre, ne sont ordinairement pas de bons conducteurs. La couche d'Air qui rel)ose sur les corps refroidis, laisse alors déposer une partie de l'eau qu'elle tenait en dissolution, et c'est ainsi que se produit la rosée. On conçoit que ce phénomène ne doit point avoir lieu s'il se trouve des corps interposés entre la terre et les parties supérieures de l'atmosphère, car le rayonnement du calorique produit par ces sortes d'écrans sera suffisant pour réparer celui qu'auront perdu les corps placés sur la surface terrestre, c'est-ù-dire que l'échange étant à peu près égal, la température des uns et des autres ne sera pas sensiblement altérée. C'est ainsi que les nuages empêchent la formation de la rosée, et d'autant plus qu'ils sont moins élevés, parce qu'alors leur température propre est moins basse. Le vent peut également s'opposer à la production de la rosée en apportant sur les corps refroidis de nouvelles couches d'Air, plus chaudes qu'eux et qui rétablissent leur température, en faisant évaporer la rosée à mesure qu'elle se forme.
C'est en raison de leur grande conductibilité et de la faiblesse de leur rayonnement, que les métaux, comme l'Or, l'Argent, le Cuivre et l'Étain, se refroidissent peu, et conséquemmenl qu'ils ne se chargent point de rosée; celle-ci continue à se déposer au contraire sur les feuilles des végétaux, sur les bois, etc., tant «lue la température de ces corps est moins élevée que celle de la couche d'Air qui leur est contiguë; et cet abaissement de température, continuant pendant la nuit entière, peut, en certaines circonstances, être porté au point que la rosée se convertisse en 5re/ée 6/awc/ie; c'est ce quia lieu durant les belles nuits du printemps et de l'automne, car on croit qu'elle est déposée sous forme liquide, et que sa congélation ne s'opère qu'après son contact avec les corps qui se trouvent à la surface de la terre.
On doit au contraire attribuer uniquement à un abaissement de température dans l'atmosphère elle-même, la formation de la Neige; elle se produit sous forme de flocons blancs pendant l'hiver dans nos plaines, et en été sur les sommets des hautes montagnes : lorsque ces flocons neigeux tombent par un temps très-calme, on reconnaît, à l'aide de la loupe, qu'ils sont formés d'un assemblage de cristaux en étoiles à six rayons. Le capitaine Scoresby a vu dans les régions boréales, et par un temps en apparence serein, tomber de cette neige qui présentait alors des formes entièrement régulières. C'est encore dans un abaissement de température atmosphérique qu'il faut reconuaitre la cause du Ghie ou de la congélation des brouillards : comme ceux-ci
se déposent lentement sur les corps, leur cristallisation s'opère avec régularité, mais les cristaux ne sont pas aussi faciles à observer que ceux de la neige, parce que les globules aqueux dont est formé le brouillard, étant de la plus grande ténuité, ne peuvent se convertir qu'en cristaux également d'une extrême petitesse.
Dans certaines contrées boréales, et sur quelques sommets des Alpes, la neige offre une teinte rouge trèsprononcée. Cet accident, qui ne s'observe que sur des espaces peu étendus, a souvent occupé l'attention des naturalistes. De Saussure y ayant reconnu le premier la présenced'une substanceorganique, on était allé jusqu'à dire que cette substance de nature végétale n'était autre chose que le pollen des Conifères ou des arbres verts si fréquents dans le voisinage des neiges perpétuelles, pollen qui aurait été apporté en masses poudreuses par les vents. En général, on n'a pas été satisfait de cette explication, et encore moins de celle de quelques chimistes qui attribuaient la couleur rouge de la neige à la présence d'Oxides ferrugineux et d'autres corps inorganiques. Cette question reprit de l'intérêt lorsque l'expédition du capitaine Ross en 1818 eut rapporté de cette neige rouge trouvée sur delà pierre calcaire dans la baie de Baffin, par 60» de latitude nord. Le docteur Wollaston et Bauer, l'ayant examinée au microscope, y reconnurent la présence de globules excessivement petits, que Bauer crut être un Uredo, et qu'il nomma Uredo nivalis. Le baron Wrangel (Mémoires de l'Académie de Stockholm, pour l'année 1823, première partie, p. 71) ayant observé avec beaucoup d'attention une singulière production d'une belle couleur cramoisi, qui couvre les roches de l'île d'Aland eu Suède, l'a rapportée au genre Lepraria sous le nom de Lepraria kermesina. Il mit de la neige sur une pierre couverte de cette production, et cette neige i)rît aussitôt une teinte rougeâtre, ce qui l'a autorisé à penser que le Lepraria kermesina était une plante analogue à y Uredo nivalis, et que celle-ci, dans les régions boréales, aura été entraînée des roches par les eaux qui se seront ensuite gelées et auront communiqué leur teinte à la neige voisine. C'est aussi l'opinion de Richardson, botaniste de l'expédition du capitaine Franklin, qui en recueillit sur des mottes de terre, le long des torrents, près du fort de l'entreprise, par 60» de latitude. Brown et De CandoUe sont d'accord pour classer cette Cryptogame parmi les Algues, sans cependant se prononcer sur le genre dont elle doit faire partie; Agardh l'a placée dans son nouveau genre Protococcus. L'examen comparatif de la neige rouge des Alpes et celle des contrées polaires, ayant fourni au professeur De Candolle les mêmes globules, ce savant pense que la teinte extraordinaire de ces neiges est produite par la même cause.
La Grêle est un phénomène météorique, dont l'étendue, ordinairement limitée à une région peu considérable, prouve qu'il doit sa production à des circonstances particulières et purement accidentelles. Cette chute de l'eau sous forme de morceaux ordinairement globuleux, compactes, où la congélation ne semble s'être opérée que par couches successives, arrive seulement en été, ou tout au plus au printemps; dans celte
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dernière saison les giclons sonl petits, peu consistants, et on leur donne alors le nom de Grésil. L'apparition de la grêle, quoique subite, est facilement pressentie par les gens des campagnes lorsqu'ils aperçoivent une nuée grisâtre, précédée d'un bruit éclatant, et ayant un aspect particulier qu'ils reconnaissent par l'habitude plutôt que d'après des caractères qu'ils puissent exprimer. On a dit que les grêlons n'offrent point de traces de cristallisation; c'est pourtant d'après cet état particulier de l'eau, que Bosc, en 1788, crut reconnaître la figure de ses cristaux. L'intérieur des gréions qu'il observa, présentait des géodes ou cavités hérissées de petites pyramides. Le volume considérable que les grêlons présentent quelquefois (car on en a vu qui pesaient plus d'une demi -livre) a beaucoup embarrassé les physiciens qui ont voulu se faire une idée juste de leur formation. Ils croyaient autrefois que la grêle commençait à se former sous de petites dimensions, dans les régions les plus élevées de l'atmosphère, et qu'elle en acquérait de très-considérables par les nouvelles couches dont elle se couvrait durant son grand trajet jusqu'à terre. Une telle explication était loin de satisfaire l'esprit de ceux qui ne se contentent pas de simples idées, mais qui veulent encore quelques preuves à l'appui; aussi celle qui fut développée par l'illustre Volta a-t elle, jusqu'à ce jour, été universellement admise. Deux nuages très denses et fortement éleclrisés en sens contraire, sont censés attirer et repousser alternativement les grêlons pendant un temps assez long pour qu'ils puissent se charger d'un grand nombre de couches, et souvent acquérir un volume énorme. Cette hypothèse est d'autant plus plausible, que les nuages qui vomissent la grêle sont toujours précédés de signes indiquant une grande intensité dans leur étal électrique. On donne une idée assez exacte, dans les cours de physique, de cette formation de la grêle, par l'attraction et la répulsion successives et prolongées des corps placés entre deux plateaux très-chargés d'électricités opposées. Pour prévenir ce terrible Héau, on a proposé un appareil assez simple et qui a reçu le nom de paragrêle : il se compose d'un certain nombre de perches érigées verticalement et surmontées de tiges métalliques communiquant au sol par des fils également métalliques. L'effet de cet appareil devait être de soutirer l'électricité des nuages et conséquemment d'empêcher la formation des grêlons. Mais l'ingénieuse hypothèse de Volta, sur laquelle repose l'explication de l'efficacité des paragrêles, est loin d'être une réalité ou au moins une théorie qui concilie toutes les observations; d'ailleurs l'élévation des perches n'atteint jamais les nuages chargés de la grêle et de ses éléments; il est donc bien difiScile de se former une idée raisonnable, d'après les lois de la physique, de la manière dont agissent les paragrêles (si toutefois leur action est constatée par l'expérience). L'Académie des Sciences de Paris, dans sa séance du 8 mai 1826, a exprimé son opinion sur la nullité théorique de ce moyen qui a été préconisé par plusieurs sociétés d'agriculture de province.
En décrivant les Météores aqueux, en leur assignant pour causes principales les modifications de température et d'électricité qu'éprouvent les corps placés à la
surface du globe terrestre, ainsi que ceux qui flottent dans l'atmosphère, et les diverses couches de celte atmosphère elle-même en tenant compte des réactions occasionnées par ces variations, on a dû s'abstenir de parler des circonstances concomitantes de ces principaux phénomènes. Elles forment un autre ordre de Météores dont les causes ainsi que les lois sont encore très-peu connues. Les vents, c'est-à-dire les mouvements de l'Air atmosphérique qui forment des courants dont la direction varie dans tous les sens, semblent procéder de la formation des nuages, ou si l'on veut de la condensation de l'humidité contenue dans l'Air des contrées éloignées; ils peuvent également naître de la pression que les nuages exercent sur les couches mobiles de l'Air, et non -seulement ils indiquent l'existence des Météores aqueux, mais encore ils les transportent à des distances considérables. L'apparition d'une de ces sortes de Météores détermine toujours l'apparition ou la disparition de l'autre, selon que le courant trouve sur son passage une plus ou moins grande masse de nuages, selon qu'il occasionne un changement plus ou moins grand dans la température et dans les autres circonstances physiques des couches qu'il traverse. Il n'est pas de remarque plus populaire que celle de l'influence de certains vents sur la sérénité du ciel. Les marins particulièrement ont, dans leurs observations routinières, des moyens plus certains que les savants dans leurs instruments météorologiques, car ils pronostiquent, sur la production du plus léger mouvement de l'Air, quel sera l'état du ciel pendant les heures qui suivront. Dans les contrées tempérées, les vents du nord annoncent presque toujours un temps clair et sec, tandis que ceux du sud amènent infailliblement les nuages et la pluie. Le froid se fait plus sentir à la surface de la terre lorsque les premiers soufflent; les autres au contraire élèvent brusquement la température de plusieurs degrés. Ces variations de chaleur atmosphérique peuvent bien provenir de ce que les vents du nord traversent des zones froides pour arriver à nous, et de ce que ceux du midi, au contraire, apportent avec eux le calorique des climats chauds qu'ils ont parcourus; mais il est vraisemblable qu'on doit ajouter à cette cause celle du rayonnement de la surface de la terre, qui lorsque les vents du nord ont balayé le ciel et que les couches supérieures de l'atmosphère sont très-froides, doit nécessairement, comme dans le cas de la rosée, y occasionner un abaissement de température. Les vents du midi, au contraire, chargeant l'atmosphère de nuages épais ou d'une énorme quantité de vapeurs aqueuses, empêchent que le rayonnement ne tourne au préjudice de la surface du globe, puisque les nuages et les vapeurs dont la température est assez élevée , lui renvoient une quantité de calorique plus grande que celle qu'ils en reçoivent.
Dans les régions du globe situées entre les tropiques, on observe des vents réguliers, qui soufflent de l'est vers l'ouest et que l'on connaît sous le nom de ren/s alises. Voici comment on explique leur origine : le soleil, dans les pays équatoriaux, échauffant les couches d'Air, les dilate à mesure qu'elles se présentent à son
inUuencc par le mouvement de la terre; il se forme ainsi comme un équateur d'Air dilaté, conséquemraent plus élevé que le reste de l'almosplière, et dont les couches supérieures, n'étant plus soutenues latéralement, doivent retomber au nord, et au sud vers les pôles. Pour remplacer cet Air qui forme un courant parlant de l'équateur, un autre courant en sens contraire et inférieur au premier, s'établit depuis les pôles vers l'équateur. Les particules d'Air qui composent le courant inférieur ne possèdent d'abord qu'un faible mouvement de rotation, égal à celui des parallèles terrestres qu'elles abandonnent. Mais comme elles arrivent en des lieu,s de la terre où sa rotation est infiniment supérieure à la leur, elles sont renvoyées de l'ouest à l'est par les obstacles qu'elles rencontrent il la superficie du globe, obstacles dont la vitesse de rotation est d'autant plus grande qu'ils se trouvent plus rapprochés de l'équateur. Quoique la cause qui produit les vents alises doive également agir hors des tropi(iues et jusque dans nos climats, son effet y est beaucoup plus faible à cause de la moindre chaleur du soleil, et de la moindre différence des vitesses de la rotation; en outre les variations accidentelles achèvent de rendre nul cet effet. Les vents locaux et réguliers, que dans les mers orientales on connaît sous les noms de Moussons, et qui paraissent dépendre de l'action de la chaleur solaire sur les continents et les îles qui les avoisinent, empêchent aussi la production des vents alises, malgréia situation de ces mers entre les tropiques. Certaines îles des mers équinoxialcs présentent encore des vents réguliers, qui paraissent tenir à des causes locales. C'est ainsi (ju'aux îles de France et de Mascareigne, on connaît des vents de terre et de mer qui soulflenl alternativemunt et ù des heures tellement fixes que les marins comptent sur ce phénomène pour elïecluer le départ ou pour aborder.
L'impétuosité des vents est souvent extrême; elle occasionne les ouragans et les tempêtes qui portent la désolation sur les mers et principalement sur les terres non abritées par de hautes chaînes de montagnes. C'est surtout dans les îles basses, comme les Antilles et les archipels des climats équaloriaux, excepté ceux de la Polynésie, qu'ils causent les plus grands ravages. On a dit qu'ils étaient beaucoup moins violents sur les hautes sommités que dans les plaines. Celte assertion semble bien loin d'être démontrée, et l'on a des relations d'ouragans affreux qui exerçaient leur empire à des hauteurs fort considérables. Les observations météorologiques faites sur le Grand- Saint- Bernard, apprennent que les tempêtes y sont fréquentes et d'une furie extraordinaire; il est vrai que le couvent se trouve placé dans un défilé étroit et qui aboutit ù d'immenses vallées par où les vents tendent à s'écouler avec violence. Ainsi, dès qu'il est constaté que les tempêtes éclatent sur les hauteurs, elles ne sont quelquefois point produites uniquement, comme on l'a également prétendu, par des courants horizontaux régnant dans les régions les plus basses de l'atmosphère, régions fortement comprimées dans un espace étroit, par les couches supérieures qui résistent à leur mouvement.
Les Orages diffèrent des tempêtes en ce qu'ils n'a-
gissent point sur une vaste étendue de pays; n'exerçant au contraire leur empire qu'à un espace assez limité, ils ont leur siège dans une nuée épaisse, formée de l'accumulation de plusieurs nuages, et ils cessent lorsque celte nuée a disparu, ou que du moins elle ne se trouve plus dans les conditions propres à les faire naître. Ces conditions consistent surtout dans la condensation rapide des vapeurs aqueuses, qui composent les nuages orageux, et dans la forte dose d'électricité dont ils soiit chargés. Aussi les orages sont-ils accompagnés de pluies abondantes, quelquefois de grêle, d'éclairs et de tonnerre. On a déjà vu à l'article Électricité, l'explication simple et naturelle que Franklin a donnée de la production de ces derniers Méléores lumineux, et les moyens ingénieux qu'il a imaginés pour se mettre à l'abri de leurs funestes effets.
Les Trombes sont une sorte d'orage qui se présente avec des circonstances particulières. Le nuage offre alors une forme de cône renversé ou d'entonnoir, déterminée par une colonne d'Air, tourbillonnant sur ellemême et avec une telle force d'impulsion qu'elle est capable d'enlever de grandes masses d'eau et souvent des corps solides d'un poids immense. Ce phénomène est fort dangereux pour les navires dont il tortille les voiles et les agrès, qu'il fait pirouetter et que souvent il inonde d'un déluge d'eau. Ordinairement, du sein de cette colonne brumeuse, la foudre éclate comme dans les autres nuages orageux. Les trombes exercent une foile pression sur la surface des espaces liquides, et il en résulte sans doute des différences très-marquées dans leur niveau. C'est peut-être à une cause de ce genre qu'il faut rapporter l'apparition d'un phénomène assez commun, pendant l'été, sur les lacs de Suisse, et particulièrement sur le Léman où on lui donne le nom de Sèclies. Les rives de ces lacs s'élèvent brusquement en certains lieux à plusieurs pieds, et restent pendant un temps plus ou moins considérable dans cet état extraordinaire d'élévation. Si ce n'est pas une trombe qui donne naissance au phénomène des sèches (car on en observe par un ciel dont la sérénité semble être générale), il est du moins extrêmement probable que la pression atmosphérique est beaucoup augmentée sur quelques points du lac; mais cette inégalité de pression que Vaucher a démontrée par l'observation du baromètre, n'a pas encore été expliquée d'une manière satisfaisante, de même qu'on ne peut reconnaître avec certitude la cause des variations ordinaires de la pression atmosphérique qui, comme on sait, offre tant de connexions avec la production des phénomènes météorologiques.
Quant aux Méléores ignés ou lumineux, dont les causes et les effets ont tant occupé les physiciens, il ne peut en être que faiblement traité dans cet article, parce que, 1» cette classe de phénomènes n'offre presque pas de relation avec l'histoire naturelle proprement dite; 2" parce qu'on a placé à tort, parmi les Météores ignés, certains corps célestes dont l'apparition est accidentelle : tels sont les Comètes; ou des phénomènes d'opli(|ue, comme les Arcs-en Ciel, les Halos, elc, qui sont dus à des réfractions et à des réflexions accidentelles de la Lumière, produits par des dispositions par-
ticulièresdcs nuages el des vapeurs aqueuses par rapport au corps lumineux et à l'observateur. Dans l'article Électricité, on a cherché à donner des idées nelles sur le plus remarquable des Météores ignés, c'est-à-dire sur l'éclair; il sera donc suflîsant d'entrer dans quelipies détails sur les autres, dont l'histoire est bien loin d'être aussi connue.
Ce que l'on nomme Globe de Feu est l'apparition d'un corps lumineux, d'un diamètre que l'on a comparé a celui de la pleine lune, sillonnant les airs, se mouvant avec une vitesse extraordinaire, en laissant après lui une longue trace lumineuse. Un lel phénomène est bien propre à jeler la conslernation parmi le vulgaire et à lui inspirer des craintes superstitieuses; et quoique riiomme instruit n'y voie qu'un phénomène naturel, cependant il est obligé d'avouer qu'il en est encore réduit à de simples supposilions sur sa cause, et que, vu la rarelé du Météore, ou plutôt vu l'impossibilité des physiciens à faire de bonnes observations, puisqu'ils n'y sont nullement préparés, on manque de documents bien avérés sur toutes les circonstances qui accompagnent les globes de feu ; on sait seulement qu'ils prennent naissance à une grande hauteur, car celui de 1771 a été aperçu simultanément depuis le midi de la France jusqu'en Angleterre, c'est-à-dire sur un espace terrestre de six degrés de latitude et de cinq degrés en longitude; on a estimé sa hauteur à plus de 80,000 mètres, son diamètre devait être au moins de 1000 mètres et sa vitesse de plus de 2000 mètres parseconde, c'est à dire plus de quatre fois celle d'un boulet de 24. Comme les masses pierreuses tombées de l'espace, auxquelles on a généralement donné le nom de Météorites, ont été souvent précédées par l'apparition de détonations el de globes de feu, il était naturel d'en conclure que ceux-ci sont les signes ou les phénomènes concomitants de la chute des Météorites. Quelquefois à la place des masses pierreuses on a vu des substances gélatineuses sur la nature desquelles l'analyse chimique n'a jias encore prononcé.
Le phénomène des Étoiles filantes que l'on voit si fréquemment durant les belles nuits d'hiver, paraît se rattacher à celui des globes de feu; et il se pourrait qu'il n'y eût de différence que dans les dimensions du Météore.
Dans les régions polaires du globe terrestre, le spectacle des aurores boréales est assez fréquent. Ce sont des gerbes de lumière, qui occupent un grand espace de l'horizon, et dont le centre ou le point de réunion est placé dans la direction du méridien magnétique de l'observateur. Une telle relation entre la production de ce curieux phénomène et la cause du magnétisme a été de nouveau confirmée par les perturbations que les aurores boréales produisent sur l'aiguille aimantée, et qui ont été constatées vers ces derniers temps par Arago. Ce savant a trouvé, en compulsant les archives de l'Observatoire de Paris, que l'aurore boréale de Dublin observée en mai 1788, et qui fut si apparente qu'on la vit en plein jour à onze heures du matin, coïncidait avec des irrégularités très -marquées dans la marche diurne de l'aiguille. Des observations semblables ont été répétées à Casau par le professeur Kupfer.
Le pôle austral présente aussi le phénomène des aurores, de sorte que la dénomination de boréales n'est lioinl exacte, et qu'il conviendrait mieux de les désigner sous le nom d'aurores polaires.
Les Météores lumineux étant purement accidentels et pouvant être rangés parmi les causes perturbatrices des lois de la nature, il serait superflu, dans cet ouvrage, de pousser plus loin l'élude de ces étonnants phénomènes; tout au plus les aurores polaires sembleraient exercerqnelque influence surles climats où elles se montrent avec une grande intensité; ce serait une sorte de compensation que l'auteur de l'univers leur aurait accordée pour les longues nuits qui les couvrent de deuil pendant la majeure partie de l'année.
MÉTÉOltlDE. BOT. Pour Meteoius. V. ce mot.
MÉTÉORINE. Meteorina. bot. Genre de la famille des Synanthérées, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie nécessaire, L., établi par Cassini (Dullet. de la Soc. Philomat., novembre 1818) qui l'a ainsi caractérisé : involucre à peu près campanule, formé de folioles presque sur un seul rang, égales, appliquées, lancéolées, souvent membraneuses sur les bords; réceptacle nu, plan ou conique, peu élevé pendant la floraison, toujours plan à la maturation; calathide radiée, composée au centre de fleurons nombreux, réguliers, hermaphrodites près du bord du disque, mâles dans le milieu; à la circonférence, un seul rang de demi fleurons femelles. Les fleurs marginales du dis- <iue ont un ovaire comprimé des deux côtés, obovale, glabre, lisse, dépourvu d'aigrette, muni d'une aile sur chacune de ses arêtes extérieure et intérieure; cet ovaire devient un akène très-large, à deux grandes ailes membraneuses, épaissies sur leur bord; la corolle n'a qu'un tube très -court, son limbe est long, cylindracé, à cinq divisions; le style offre deux branches divergentes, larges, arrondies au sommet, bordées de deux gros bourrelets stigmati(|ues, accompagnés d'une rangée transversale de collecteurs. Les fleurs centrales du disque ont un ovaire avorté, long, étroit, grêle, comprimé, contenant à sa base un rudiment d'ovule à peine perceptible; leur style offre deux branches non divergentes et beaucoup plus courtes que dans les fleurs marginales. Les Heurs de la circonférence ont la corolle en languette oblongue,tridentée au sommet; le style glabre, à longues branches pourvues de bourrelets stigmaliques; le fruit presque droit, oblong, cylindracé, triquètre. Ce genre fait partie de la tribu des Calendulées de Cassini; il a été formé sur des plantes qui étaient placées par Linné dans son genre Culcnilula. Necker, en 1791, avait déjà constitué deux genres sous les noms de Gattenhofia et Lestibodea, qui correspondent au Meteorina de Cassini. Ce dernier auteur ne s'est point borné à ce seul démembrement du Calencliila, L.; il a créé en outre les genres Blaxiiim, Ainoldia et Castalis sur les Calendula fniticosa, L., Culeiidiila chrysanlhemifolia et Calendula fiaccida de Ventenal.
Les esi)èces qui doivent étie regardées comme types du genre Meteorina, sont les Calendula pluvialis et Calendula hybrida, L., auxiiuelles Cassini impose les noms de Meteorina gracilipes et Meteorina crassipes. La première est une plante herbacée, dont la tige,
haute d'environ deux décimètres, est droite, rameuse, ijarnie de feuilles alternes, sinuées, denticulées : les inférieures spatliulées, les supérieures linéaires; la tige et les branches se terminent en un pédoncule long et grêle, portant une grande calathide dont le disque est d'un brun foncé au centre, les rayons d'un beau blanc sur la surface supérieure des fleurs, et d'un violet purpurin sur leur partie inférieure. Cette plante est originaire du cap de Bonne-Espérance : on la cultive en Europe dans les jardins, où ses fleurs, d'ailleurs trèsbelles, sont fort sensibles aux variations atmosphériques. Si le temps est serein, elles s'épanouissent à sept heures du malin, et se ferment à quatre heures du soir: elles restent au contraire fermées si le temps est pluvieux. Cependant elles n'annoncent point les pluies d'orage. La culture de cette plante est assez facile : on en sème les graines au mois de mars sur couche et même en pleine terre ; elle fleurit pendant les mois d'été. H lui faut une bonne terre, un peu légère, fréquemment arro.sée et surtout exposée au soleil. Les autres espèces du genre sont également indigènes du cap de Bonne- Espérance.
MÉTÉORITES, min. et cÉoi. V. jîîrolites.
BIETEORIUM. bot. Le genre de Mousses, auquel Bridel a donné ce nom, dans la famille des Bryacées, a été réuni au genre Cryphœa du même cryptogamiste. V. Crypoée.
MÉTÉOROLOGIE. Science qui a pour objet l'étude des météores; c'est l'application de toutes les connaissances que la physique et l'histoire naturelle fournissent pour l'observation et l'explication de ces phénomènes. V. Météores.
METEORUS. BOT. Loureiro {Flora Cochin., édition Willd., p. 498) a décrit sous ce nom, un genre qu'il a placé dans la Monadelphie Dodécandrie, L., et dont il a ainsi exprimé les caractères : calice supère à quaire divisions peu profondes, arrondies et dressées; coiolle monopétale hypocratériforme, dont le tube est court , le limbe à quaire segments ovales, un peu réBéehis; plus (le trente étamines ayant leurs filets grêles, flexueux, du double plus longs que la corolle, réunis inférieurement en un tube cylindrique; ovaire arrondi, surmonté d'un slyle filiforme et d'un stigmate légèrement épaissi ; drupe ovoïde, octogone, glabre, coriace, couronné par le calice persistant et ne contenant qu'une seule graine arrondie et cornée. L'auleur de ce genre cite avec doute comme synonyme le Biitonica terieslris de Rumph (Herb. Amboin., I. 5, t. 115), dont Gœrtner (De Fruct., 2, p. 97, t. 101) a décrit le fruit sous le nom de Barringtonia acitlatigula. Si l'on compare la description donnée par ces auteurs, on trouve que le Meteonts pourrait en effet être rapporté à la plante de Rumph, mais plutôt à la variété alba, figurée tab. 116 de Vlleib. Àmboinense, et dont Linné fait une espèce &Eiigenia, sous le nom à'Eugeiiia raceinosa. Loureiro a eu raison, à ce qu'il semble, de former un nouveau genre pour la plante qu'il a décrite. C'était aussi l'opinion de Grertner, qui, tout en donnant le nom générique de Bariingloiiia à VEugenia acutangula, L., ajoutait que cette espèce différait tellement du Barringlonia speciosa, qu'elle semblerait former un genre
particulier; mais que cependant il n'avait pas voulu les disjoindre, à cause des rapports qu'elles conservaient dans les diverses parties de la fleur et du fruit. Le Mcteorus coccineus est un grand arbre ù rameaux tortueux et ascendants. Les feuilles sont ovales oblongues, légèrement dentées en scie, glabres, épaisses et pétiolées; les fleurs, de couleur écarlate, sont portées sur des épis très-longs et pendants. Il croît dans les forêts de la Cochinchine.
MÉTHOCAMPE. INS. Genre de l'ordre des Lépidoptères nocturnes, tribu des Phalénites, établi par Latreille et comprenant les Phalènes, dont les chenilles ont douze pattes, f^. PoAiÈXE.
MÉTHODE. D'après l'élymologie du mot. la Méthode est la route rationnelle qui conduit à la connaissance des choses. Celte signification générale et métaphysique est en effet celle que les philosophes ont donnée à ce mot appliqué à l'étude des sciences abstraites, c'est-à-dire à l'Idéologie et à la Logique. Mais en histoire naturelle il a reçu une acception différente : on appelle Méthode un mode de classification selon lequel les êtres de la nature sont rangés d'après des principes qui varient suivant l'espèce de classification que l'on emploie.
L'utilité des classifications en histoire naturelle est incontestable. C'est par elles que celui ([ui s'occupe de cette belle partie des connaissances humaines, peut se reconnaître au milieu de cette innombrable quantité d'êtres et de corps dont se compose le domaine des sciences physiques; elles sont pour lui comme le fil d'Ariane. C'est par le moyen des Méthodes ou classifications, que le naturaliste rapproche les êtres selon les resseml)lances qu'ils présentent, qu'il les divise en un certain nombre de groupes, d'après les caractères qui leur sont communs, et qu'il acquiert une connaissance plus approfondie de la structure de ces êtres, des rapl)orts qui les unissent et des différences qui les éloignent.
On s'étonne de voir des naturalistes et des philosophes, tel que Buffon, par exemple, s'élever avec autant de violence contre les classifications et les nomenclatures systématiques. Mais entraîné par son génie, qui ne pouvait s'assujettir aux entraves d'une Bléthode régulière, le Pline français n'avait pas bien saisi le but de ces Méthodes, et par conséquent n'en pouvait concevoir l'utilité. Il n'avait pas vu que, loin d'avoir pour objet de rétrécir l'immensité de la nature dans les bornes étroites des conceptions humaines, ainsi qu'il l'a si souvent reproché particulièrement à Linné, les Méthodes, en histoire naturelle, n'avaient pour but que de disposer les objets dans un ordre assez régulier pour que l'esprit pût en embrasser l'ensemble, et saisir les traits qui leur sont communs ou les différences qui les distinguent, Mais aujourd'hui il n'y a plus de contestation à cet égard ; tous les naturalistes ont reconnu la nécessité des Méthodes; cependant tous ne sont pas d'accord sur les principes qui doivent leur servir de base.
Les classifications ne sont devenues indispensables que depuis l'époque où le nombre des êtres, dont s'occupe la science, a pris un tel accroissement que la mé-
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moire la plus vasle ne peut en relenir le nom, avec les liails piincipaux de l'Iiistoire de ces êtres. Aussi voilon les anciens, auxquels un nombre assez limité d'animaux, de plantes ou de minéraux était connu, ne suivre aucune classification dans les livres qu'ils ont écrits sur cette partie alors informe des connaissances humaines. Ce n'est qu'à dater de la renaissance des lettres, où, par l'effet des voyages, on découvrit une niullilude d'objets jusqu'alors inconnus, que l'on a commencé à sentir la nécessité de ranger d'une manière quelconque ces objets, afin que l'esprit pût en embrasser l'ensemble et qu'il fût possible de retrouver chacun d'eux au besoin.
En considérant d'une manière générale les diverses sortes de classifications introduites en histoire naturelle, on reconnaît qu'elles peuvent se grouper en deux grandes séries. Les unes sont fondées sur des considérations qui n'ont que peu ou point de rapports avec la nature même des objets, et qui par conséquent donnent des idées incohérentes de leur structure, de leurs formes ou de leur composition : telles sont les classifications par ordre alphabétique, les classificatio'ns géographiques ou celles dans lesquelles les objets sont rangés suivant le pays dont ils viennent, les classifications par ordre de grandeur, de durée, etc. Ces classifications ont reçu le nom à'empiriques. Elles n'ont d'utilité que pour ceux qui connaissent déjà les objets envisagés sous le point de vue d'après lequel elles ont été établies; en un mot, elles ne peuvent servir que pour des catalogues destinés à donner une simple énumération ou des êtres d'un pays, ou des objets réunis dans une collection.
Bien différentes de cette première sorte, les classifications dites méthodiques sont fondées sur d'autres principes, et par conséquent doivent amener des résultats différents. Elles sont toujours établies d'après des caractères tirés de l'organisation même de quelque partie des objets qu'elles embrassent ou de leur structure générale, étudiée dans leur ensemble. De là deux sortes de classifications méthodiques, Xis Systèmes, où les divisions sont fondées sur un seul organe, dont les modifications ont servi à former autant de groujies distincts, et les Méthodes, dont les divisions sont établies, non d'après l'étude d'un seul organe, mais d'après les caractères fournis par l'ensemble de l'organisation étudiée dans tous ses détails.
On a encore désigné ces deux sortes de classifications sous les noms de Méthodes artificielles et de Méthodes naturelles. Quoique leur but soit essentiellement le même, puisqu'il consiste à disposer les objets dans un ordre régulier et méthodique, cependant l'esprit qui a présidé à leur formation est tout à fait différent, l'ne Méthode artificielle, appelée particulièrement Système, empruntant tous ses caractères des modifications d'un seul organe, ne fait connaître que ce seul organe et les différences qu'il présente dans les êtres que l'on compare. 11 n'est en quelque sortequ'une table alphabétique des matières, où les caractères, qui sont la base de la classification, jouent le rôle des lettres de l'alphabet. Ainsi, en zoologie, un système fondé sur le nombre et la forme des dents, sur le nombre et
la forme des nageoires, peut être très-utile et surtout d'une application facile dans la pratique; mais il ne fait connaître que le nombre et la disposition des dents, que le nombre et la disposition des nageoires. Il en est de même en botanique : le système de Tournefort, fondé essentiellement sur la forme du périanthe, celui de Linné, sur les modifications diverses des étamines et des pistils, ne font envisager les végétaux que d'après un trop petit nombre d'organes pour qu'une foule de rapports naturels n'y soient pas brisés.
Mais il n'en est pas de même dans une classification naturelle ou Méthode proprement dite. Ici, ce n'est plus un seul organe qui sert de base aux divisions établies; c'est l'ensemble de tous les signes caractéristiques que l'on peut tirer des divers organes des êtres classés, qui sert à former le caractère diagnostique de ces divisions.
Quand on jette les yeux sur l'immensité de la nature et sur le nombre prodigieux d'êtres sortis des mains du Créateur, on n'y voit d'abord que confusion et désordre. A côté d'une plante qui végète, étalant tour à tour ses fleurs et ses fruits, on voit un Oiseau qui voltige, un Serpent qui rampe, un Quadrupède qui court, ou quelque Reptile étendu, immobile sur un monceau de rochers. Tous ces êtres, ainsi confondus et mélangés, vivant souvent les uns aux dépens des autres, offrent en quelque sorte l'image du chaos. Mais si on les examine avec plus de soin, on finit par reconnaître qu'il existe, entre certains d'entre eux, des propriétés communes. Ainsi, on trouve que le Quadrupède, que l'Oiseau, le Lézard, le Serpent, vivent, se meuvent et changent de place à volonté ; que la plante, immobile sur le point qui l'a vue naître, s'aecroît par l'allongement de ses différentes parties; que le rocher, au contraire, ainsi que toutes les autres parties solides du globe, non-seulement sont immobiles et privées de vie, mais que leur accroissement, fort lent, n'a lieu que par l'addition de nouvelles molécules de même nature, qui s'ajoutent à l'extérieur et en augmentent successivement la masse. Dès lors, l'esprit ayant saisi quelquesunes des différences et des analogies qui existent entre ces trois sortes de coriis, en formera trois groupes ou classes, ainsi qu'on voudra les nommer. Ce premier pas vers un arrangement méthodique, en fera bientôt faire d'autres. Ainsi, après avoir réuni ensemble tous les animaux, l'Homme qui portera son attention uniquement sur ce groupe, ne tardera pas à reconnaître les caractères communs qui existent entre ceux qui sont couverts de poils et qui ont quatre pattes; entre ceux qui, ayant des plumes au lieu de poils et deux pattes seulement, volent et s'élèvent dans les airs; entre ceux qui, ayant quatre pattes, sont dépourvus de poils et rampent à la surface du sol; entre ceux enfin qui, n'ayant ni pattes ni poils, ont le corps couvert d'écaillés et nagent au milieu des eaux. Parce procédé analytique de l'esprit, les animaux qui forment un des groupes primitifs de la nature, se trouveront euxmêmes divisés en un certain nombre de groupes secondaires, qui, étudiés chacun avec le même esprit d'analyse, pourront se prêter également à de nouvelles subdivisions. Telle est la véritable marche de toute
classification mélliodique et naturelle. L'examen attentif de la nature doit précéder toute sorte de classification, et c'est de cet examen que doivent naître les caractères des divisions que la nature semble avoir ainsi indiquées elle-même. C'est lorsqu'on les envisage sous ce point de vue, qu'on peut appeler ces classifications des Méthodes naluielles, parce qu'en effet elles se rapprochent, autant que possible, de la marche de la nature; bien différentes des systèmes, où l'on part de principes établis à priori, et auxquels on soumet tous les êtres de la nature, quelle que soit d'ailleurs la résistance qu'y opposent leurs autres qualités.
De cette différence dans la marche des deux sortes de classifications, il suit nécessairement que les êtres réunis dans un groupe ou classe d'un système, peuvent n'avoir de commun qne la modification d'organe, d'après laquelle cette classe est fondée, et différer dans toutes les autres parties de leur organisation; tandis que dans une Méthode naturelle, ces êtres doiventavoir en commun les traits les plus saillants de leur organisation totale. Les Méthodes ont donc un avantage immense sur les systèmes, puisqu'elles font envisager les oljjets sous tous les points de vue possibles, et que par conséquent elles les font réellement connaître. Car, pour arriver à la détermination d'un animal ou d'une plante d'après une Méthode naturelle, il faut d'abord avoir étudié son sujet dans toutes ses parlies, en avoir saisi l'ensemble et les détails avant de pouvoir arriver à savoir à quelle classe il appartient. Mais aussi les systèmes ont à leur tour un avantage sur les Méthodes; c'est la facilité de leur étude et de leur ajyplication dans la pratique. Un système n'étant fondé que d'après un seul organe, il suffit d'étudier ses modifications pour pouvoir facilement en faire usage. Aussi, le but et le résultat d'une semblable classification, sont-ils simplement de faire arriver, avec facilité, au nom des objets. Sous ce rapport les Méthodes ne peuvent leur être comparées, et toutes les fois qu'il s'agira de dénommer ou de distinguer des objets, les systèmes devront avoir la préférence. Cependant, comme dans l'état actuel de l'histoire naturelle, la science ne consiste pas dans la connaissance pure et simple du nom des objets, mais dans celle de leur organisation et des lois qui président à leur formation et à leur développement, c'est vers le perfectionnement des Méthodes que doivent tendre les efforts des naturalistes, puisque ces Méthodes ne sont que l'expression des connaissances sur chaque partie des sciences, et que l'on peut juger par l'état de perfection des SIéthodes, de l'état de perfection où sont arrivées les branches auxquelles on en a fait l'application.
L'étude approfondie de la nature a conduit les observateurs à reconnaître qu'il existe , parmi les animaux comme parmi les plantes, des groupes dont tous les individus se ressemblent par tant de points communs, qu'ilsparaissent être en quelque sorte les membres d'une même famille. C'est à ces groupes que l'on a donné le nom de Familles naturelles. Tous les êtres appartenant à une famille naturelle, ont cela de commun , qu'ils se ressemblent beaucoup plus entre eux par l'ensemble et les détails de leur organisation, qu'à
fout autre individu pris indistinctement dans un autre groupe ou famille. Ainsi, de tout temps, les botanistes, même avant d'avoir prononcé ce nom Ae familles naturelles, avaient senti les rapports intimes c|ui existent entre les Graminées, toutes les Labiées, les Ombellifères, les Crucifères, les Synanthérées, les Légumineuses, etc. Aussi, longtemps avant qu'on songeât à aucun arrangement systématique, voit -on les plantes formant ces familles rapprochées par la force même de l'évidence dans les ouvrages de Caubin et des autres botanistes de la même époque.
11 en est de même en zoologie : dès qu'on a commencé à étudier la science avec soin, on a reconnu les affinités de certains animaux entre eux; tels sont le Lion, le Tigre, la Panthère, le Lynx, qui forment un groupe dans lequel vient naturellement se placer le Chat domestique; tels sont le Loup, le Chien, le Renard; tels sont encore les Sarigues, les Didelphes, les Marmoses, les Dasyures, les Péramèles, les Kanguroos, et en général tous les animaux munis d'une poche sous l'abdomen. Certes, ces animaux se ressemblent tellement eiKre eux , qu'il est impossible de ne pas reconnaître les caractères qui les rapprochent. Aussi n'est-il personne qui ne sente que le Tigre ressemble plus au Lion ou au Chat, qu'au Loup ou au Chien; delà on peut conclure que ces animaux appartiennent à la même famille naturelle, et c'est dans ce sens que ce mol est aujourd'hui employé.
11 existe donc en zoologie des groupes que l'on peut appeler familles naturelles, aussi bien ([u'en botanique. Linné, qui fut à la fois le législateur de toutes les branches de l'histoire naturelle, avait parfaitement senti ces rapports, et la plupart des genres qu'il a établis dans le règne animal, à une époque où l'anatomie comparée n'existait pas encore, c'est-à-dire avant les travaux des Pallas, des Perrault, des Daubenton, des Hunier, des Blumeqbach, des Vicq-d'Azir, des Cuvier, des Geoffroy Saint-Hîlaîre et des Blainville, sont en général tellement naturels, qu'ils forment en quelque sorte les familles établies dans ces derniers temps par les zoologistes.
L'étude des familles naturelles, dans la zoologie comme dans la botanique, est le véritable point de vue philosophique d'après lequel on doit envisager ces sciences. C'est au perfectionnement de ces groupes que les naturalistes actuels emploient toutes les forces de leur génie et de leurs méditations. Mais il n'est qu'un seul moyen de concourir au perfectionnement de cette partie fondamentale de la science : c'est par l'observation réitérée de l'organisation intime des animaux et des plantes; c'est par l'étude comparative et philosophi(|ue de leurs diverses parties et des fonctions qu'ils exécutent; c'est en suivant chaque organe dans ses divers degrés de développement ou d'aberrations, que l'on finira par saisir ces rapports, quelquefois masqués à nos yeux, qui lient entre elles toutes les productions de la nature.
Les principes des Méthodes doivent varier suivant les sciences auxquelles on les applique. On a pu s'en convaincre déjà aux mots Animal, Conchyliologie, Entomologie, Erpétologie, Maumalogie, Minéralogie, etc.,
où l'on a exposé les diverses Mélhodes appliquijes ù ces sciences. 11 reste à présenter ici quelques définitions générales, que l'on a dû néfiliger dans chacun de ces articles, parce qu'elles eussent entraîné à des répétitions, qu'il est bien difficile d'éviter dans un ouvrage comme celui-ci; on va donc saisir l'occasion qui se présente de définir certains termes généraux employés dans les diverses classifications, et qui ayant quelquefois un sens différent, suivant les parties de l'hisloirc naturelle où on en fait usage, ont besoin que l'on fasse bien connaître leurs diverses acceptions. Ces mots sont ceux d'iNDiviDcs, Espèces, Variétés, Genres, Ordres, Classes; et leurs définitions, s'appliquant aux trois règnes, auront, comme exemple, particulièrement pour objet la botanique.
Individus. Ce mot a une signification très-simple. Lorsqu'on considère une forêt de Pins ou de Chênes, un troupeau de Bœufs ou de Moulons, une réunion d'Hommes, chaque Pin ou Chêne, chaque Bœuf ou Mouton , chaque Homme enfin pris isolément, est un individu des espèces que l'on nomme Chêne, Pin, Mouton, Bœuf, Homme. Les individus sont donc chacun des êtres dont se compose l'espèce en général , considérés isolément. Mais ce mot, dont le sens rigoureux signifie un être qui ne peut être divisé, ne s'emploie que dans le règne organique , c'est-à-dire seulement pour les animaux et les végétaux, où il est l'idée la plus simple que l'on puisse se former des êtres. Dans le règne inorganique, il n'y a pas d'individus; il n'y a que des masses formant des espèces ou des variétés, qui pouvant se diviser à l'infini, sans cesser d'être toujours elles-mêmes, ne peuvent, en aucune manière, constituer des individus. C'est donc improprement que ce mot a été employé par quelques minéralogistes.
Espèces. Il est extrêmement dilficile de donner une définition rigoureuse de ce que les naturalistes ont nommé Espèce, car tous n'ont pas accordé à ce mot la même signification. L'espèce, dans le règne organique, est la réunion des individus qui offrent les mêmes caractères et se reproduisent avec les mêmes propriétés essentielles et les mêmes qualités. En outre les individus qui forment l'espèce peuvent se féconder entre eux et donner naissance à d'autres individus entièrement semblables, qui jouissent également de la propriété de se reproduire et de se perpétuer par le moyen de la génération, à de très-légères modifications près, qui ne sauraient altérer essentiellement les caractères fondamentaux du type. S'il arrive quelquefois que deux espèces différentes se fécondent, elles ne produisent que des Hybrides ou Mulets, qui sont eux-mêmes privés de la faculté de perpétuer leur race. Cependant, ces Métis ou Mulets peuvent quelquefois engendrer; mais néanmoins cette faculté n'est pas permanente, et la race ne tarde pas à s'éteindre, si elle n'est entretenue par de nouveaux croisements.
Variétés. Les individus d'une même espèce peuvent offrir les mêmes caractères essentiels et néanmoins différer entre eux par quelques caractères qui tiennent à des circonstances accidentelles. On appelle variétés, ces individus qui s'éloignent un peu du type primitif de l'espèce par des caractères de peu d'importance. !
Dans les plantes, comme parmi les animaux, il y a certaines variétés constantes et qui se reproduisent toujours avec les mêmes caractères par le moyen de la génération. C'est à ces variétés constantes qu'on a donné le nom de races. Ainsi dans l'espèce du Bœuf (Bos Taunis, L.), le Zéftît ou Bœuf à bosse, forme une race constante, qui habile l'Inde, la partie orientale de la Perse, l'Arabie, la partie de l'Afrique située au midi de l'Atlas jusqu'au cap de Bonne-Espérance, et Madagascar, etc. Celle race se perpétue au moyen de la génération. Mais transportée dans d'autres climats, elle dégénère et les individus qu'elle produit avec nos Bœufs domestiques finissent par perdre celte bosse, qui fait le seul caractère de la race des Zébus.
De même en botanique, un grand nombre de variétés ou races se conservent par le moyen des graines, et celte circonstance est fort heureuse, car ces races sont celles des plantes les plus intéressantes soit par leur beauté, soit par leurs usages économiques. Ainsi il existe une grande (luanlilé de variétés dans les Céréales, dans les Légumineuses, les Crucifères et en général dans toutes les plantes cultivées, qui se perpétuent de graines comme les espèces. Aussi plusieurs auteurs ont-ils cru qu'on devait les regarder comme de véritables espèces. Mais ce qui les en dislingue, c'est d'abord le peu d'importance des caractères d'après lesquels elles sont établies, et en second lieu c'est que lorsqu'elles cessent d'être soumises aux influences sous lesquelles elles se sont développées, elles perdent leur caractère particulier, pour reprendre celui de l'espèce dont elles s'étaient momentanément éloignées.
En minéralogie les deux mois Espèce et Variété ont un sens tout à fait différent. HaUy a défini l'espèce : la réunion des mêmes caractères physiiiueset chimiques, et des mêmes molécules intégrantes et constituantes. Ainsi la Chaux carbonalée, le Plomb phosphaté, le Mercure sulfuré sont autant d'espèces minérales fort distinctes. Chacune de ces espèces offie ensuite un nombre plus ou moins grand de variétés, dont les caractères varient par leur constance et leur importance. Les variétés se composent des minéraux d'une même espèce, qui ne diffèrent que par le mode d'agrégation de leurs parties ou par une couleur remarquable, appartenante à de grandes masses, dans des circonstances semblables; elles renferment aussi quelquefois des minéraux mélangés lorsque la substance étrangère forme un tout presque homogène avec l'espèce principale.
Genres. De même que la réunion des individus semblables et même des races et des variétés constitue l'espèce, de même la réunion des espèces qui ont entre elles une ressemblance évidente dans leurs caractères intérieurs et leurs formes extérieures constitue le Genre. Les caractères sur lesquels les genres sont fondés, sont tirés de considérations d'un ordre supérieur à celles d'après lesquelles on établit les espèces. Elles tiennent à l'organisation de quelque partie essentielle. Ainsi, dans les Mammifères, les caractères des genres sont principalement fondés sur le nombre et la forme des dents, sur le nombre des doigts, la structure des organes intérieurs, etc. Dans le règne végétal, c'est principalement dans la forme ou dans la disposition
des diverses parties de la fructification que les botanistes puisent les caractères par lesquels ils dislinguent ces genres. Mais le nombre et la valeur de ces caractères sont loin d'èlre les mêmes pour toutes les familles. Un caractère qui, dans certain groupe, serait de la plus haute importance devient presque nul dans un autre ordre. Ainsi, dans les familles Irès-nalurelles, comme, par exemple, dans les Graminées, les Ombellifères, les Crucifères, les différences d'après lesquelles on établit les genres, sont souvent si peu considérables, que dans d'autres familles, elles serviraient à peine à distinguer les espèces entre elles.
Pour i|u'un genre soit réellement bon et naturel, il faut non-seuleracnt que les espèces qu'il réunit, aient de commun entre elles la modification d'organe qui constitue le caractère essentiel, mais encore qu'elles se ressemblent par leur port et leurs formes extérieures. Character non facit genus, a dit Linné. Il ne faut pas perdre de vue ce sage préceiite, toutes les fois qu'on veut établir un genre. On doit à la fois consulter les organes d'après lesquels on croit devoir établir la distinction, et voir si leur différence entraine avec elle quelques signes extérieurs, qui justifient la séparation du genre. Ainsi dans le règne animal les genres Chien, Éléphant, Chameau, etc., et dans le règne végétal les genres Chêne, Renoncule. Tulipe, Bruyère, etc., sont fort naturels, parce qu'indépendamment de leur caractère essentiel et commun, toutes les espèces ont un port et des formes extérieures entièrement analogues.
Ordres. En opérant pour les genres comme on a fait pour les espèces, c'est-à dire en vapprochant ceux qui conservent encore des caractères communs, on établit des Ordres, si l'on n'a égard qu'à un seul caractère, des Familles ou Ordres NATi)REi.s,sion rapproche les genres d'après les caractères offerts par toutes les parties de leur organisation. Ainsi dans le Système sexuel de Linné, en réunissant les genres qui ont le même nombre de styles ou de stigmates, on en forme des ordres. Maissi, au contraire, on a examiné chacun des genres en particulier, et si on a rapproché les uns des autres, tous ceux qui ont la même organisation dans leurs graines, leur fruit, les diverses parties de leurs fleurs, et la même disposition dans leurs organes de la végétation, alors on a formé une famille naturelle.
Classes. Enfin les Classes, qui sont le premier degré de division dans une classification, se composent d'un certain nombre d'ordres ou de familles naturelles réunies par un caractère plus général et plus large, mais toujours propre à chaque être qui se trouve contenu dans la classe. Par e.vemple Linné, dans son Système sexuel des plantes, a formé une classe de tous les genres qui ont cinq étamines ; celle classe se divise en un certain nombre d'ordres suivant que les genres qui y sont réunis ont un, deux, trois, quatre, ou un plus grand nombre de styles et de stigmates. De même Jussieu a formé, dans sa Méthode des familles naturelles, quinze classes dont le caractère essentiel est fondé sur le mode d'insertion des étamines ou de la corolle monopétale staminifère.
En suivant une marche inverse de celle qui vient d'être établie, on verra donc que, dans une classifica-
tion quelconque, les premières divisions portent le nom de classes, que les classes se divisent en ordres dans les systèmes artificiels, en familles dans les Méthodes naturelles; que les ordres ou familles se partagent en genres, que les genres sont des réunions d'espèces qui elles mêmes enfin sont des collections d'individus.
On a souvent agité la question de savoir le sensprécis que l'on doit attacher aux mots Genres naturels et Familles naturelles, et par conséquent si les genres et les familles existent dans la nature. Cette question, assez peu importante en elle-même, parait devoir étie résolue négativement : la nature n'a créé que des individus, elle a modifié dans chacun d'eux l'organisation générale, de manière que l'on peut en quelque sorte s'élever par des passages presque insensibles du végétal le plus simple ù celui dont l'organisation est la plus compliquée. L'Homme, ayant appliqué les forces de son génie à la contemplation de la nature, a fini par reconnaître que, dans la multitude des végétaux épars sur la surface de notre planète, il y en a qui se reproduisent constamment avec les mêmes caractères, et par le moyen de leurs graines ; il a donné à celte succession d'êtres provenant originairement d'un seul individu, considérée d'une manière générale et abslraite, le nom d'esi)èce. Portant plus loin son attention, il a vu que, parmi ce grand nombre d'espèces différant les unes des autres par quelques signes, il y en avait un certain nombre ayant des caractères communssoil dansleurslructure intime, soitdanslcurport, et il en a formé abslractivement une sorte de groupe ou de réunion qu'il a appelée genre. S'élevant de cette idée de genre à une idée encore plus générale, il a formé d'autres groupes qu'il a nommés familles naturelles dï la réunion des genres ayant entre eux de la ressemblance dans l'ensemble de toutes les parties de leur organisation. Mais les espèces, les genres et les familles, dans le sens abstrait que l'on attache à ces mots, n'existent pas dans la nature. La nature a créé les types d'organisation d'après lesquels on a cru devoir établir ces divisions, mais elle n'a pas marqué, dans la suite non interrompue d'êtres qu'elle a formés, les limites qui devaient séparer les espèces, les genres et les familles : c'est l'Homme dont l'esprit trop étroit, dont les sens limités ne peuvent embrasser dans leur ensemble, en même temps que saisir dans leurs détails toutes les œuvres de la création, qui a établi ces divisions. Elles lui permettent de porter successivement son attention sur toutes les productions de la nature. Car s'il en était autrement, si, en effet, ces divisions avaient été établies par la nature elle-même, elles seraient fixes et invariables, et tous les hommes seraient d'accord sur le sens et la valeur de chacune d'elles. Mais il n'en est pas ainsi : il s'en faut de beaucoup que les naturalistes s'entendent sur ce qu'il faut nommer espèce, genre, famille. Chacun d'eux en quelque sorte donne une signification différente à ces mots, inconvénient inséparable de toutes les choses que l'Homme a cherché à définir.
Cependant on peut employer les mots de genre et de famille naturelle, mais en leur donnjftt une autre signi-
MET
fication. Cn genre ou une famille seront réellement naturels quand les espèces ou les genres qu'on y aura réunis formeront en quelque sorte une suite non interrompue, c'est-à-dire que l'organisation générale se nuancera insensiblement de l'un ù l'autre, sans offrir ces contrastes choquants, qui sont contraires à l'harmonie générale de la nature. C'est dans ce sens seulement que le mot de naturelles pourra être appliqué à ces divisions systématiques, établies par l'Homme.
Après avoir posé les idées générales touchant la Méthode, il est convenable de porter l'atlenlion uniquement sur la Méthode naturelle dans les végétaux. Déjà l'on connaît le sens que l'on doit attacher à ce genre de classification, et les points qui le distinguent des systèmes purement arlificiels.il reste donc à faire dans cet article l'application des idées générales exposées précédemment à la classification des végétaux; mais il est bon de présenter d'abord en abrégé l'origine de cette.classification des végétaux en familles naturelles.
Magnol est le premier botaniste qui dans un ouvrage intitulé : Prodromus Uistoriœ generalis Pianlariim, publié à Montpellier en 1689, ait tenté de rapprocher les végétaux en groupes qu'il désigne, pour la première fois, sous le nom de familles, en faisant, dit-il, allusion à la réunion des individus formant les familles dans la société. La préface de cet ouvrage, où il expose les principes qui l'ont guidé, est un monument très-remarquable pour l'époque où il a été écrit, et renferme en abrégé les principes fondamentaux de la classification naturelle. Magnol dit qu'ayant l'intention de faire une histoire générale des plantes, il a étudié avec soin les différents systèmes établis avant lui, mais qu'il n'a cru devoir en adopter aucun, parce que tous lui ont paru rompre les affinités les plus naturelles qui existent entre les végétaux. «■ J'ai cru, dit-il, qu'on pouvait établir parmi les plantes des familles comme il en existe parmi les animaux : les caractères de ces familles ne doivent pas être tirés uniquement des organes de la fructification, mais aussi de toutes les autres parties du végétal; cependant nous convenons, ajoute Magnol, que les caractères les plus importants sont ceux que l'on tire de la fleur et de la graine, comme étant les parties les plus essentielles du végétal; mais il ne faut pas néanmoins négliger les autres organes qui, dans plusieurs circonstances, m'ont été d'un grand secours pour caractériser certaines familles. Il y a dans un grand nombre de plantes une ressemblance et une affinité qui existent non dans chaque organe pris isolément, mais dans l'ensemble de l'organisation, et qui frappent les sens quoiqu'on ne puisse les exprimer par des mots. Nous citerons pour exemples les familles des Aigremoiues et des Quintefeuilles, que tout botaniste reconnaîtra pour naturelles, bien que les plantes qui les forment diffèrent beaucoup entre elles par leur racine, leurs feuilles, leurs Beurs, etc. : on peut aussi puiser d'excellents caractères dans les feuilles séminales et leur germination. «
Ces idées, que l'on trouve toutes dans la préface de l'ouvrage de Magnol, cilé précédemment, sont encore aujourd'hui de la plus grande justesse, et propres à servir de hase aux principes fondamentaux de la classi-
fication naturelle. Partant de ces idées générales, le professeur de Montpellier avait établi soixante-seize familles naturelles, sous la forme de tableaux; mais il n'en a pas donné les caractères, et n'y a rapporté que les genres principaux. Cependant l'ouvrage de Magnol, malgré le grand nombre de rapprochements peu naturels qu'il a opérés dans ses familles, paraît renfermer l'idée mère de la Méthode naturelle des végétaux, que plus tard d'autres botanistes, aidés des progrès de la science, ont fécondée et exposée dans tout son jour.
En 1738, Linné, dans ses Classes Plantarum, proposa une distribution des genres en soixante-sept familles naturelles. Ce grand naturaliste avait déjà senti, à cette époque, que son système, tout ingénieux qu'il fût, et malgré son utilité pratique, n'était qu'un échafaudage peu solide, et non le monument durable de la science. Aussi le voit-on, dans la plupart des ouvrages qu'il a publiés postérieurement à cette époque, considérer les familles naturelles comme la seule classification qui se rapproche de la nature. » La méthode naturelle, dit-il, a été le premier et sera le dernier terme de la Botanique; le travail habituel des plus grands botanistes est et doit être d'y travailler. Il est constant que la méthode artificielle n'est que secondaire de la méthode naturelle, et lui cédera le pas, si celle-ci vient à se découvrir. J'ai pendant longtemps, comme plusieurs autres, travaillé à l'établir; j'ai obtenu quelques découvertes; je n'ai pu la terminer, et j'y travaillerai tant que je vivrai, etc. » On voit par ce petit nombre de citations, qui peuvent être augmentées facilement, que Linné était bien pénétré de l'importance de la Méthode naturelle, et qu'il en sentait la supériorité sur les systèmes artificiels. Linné, de même que Magnol, ne donne pas les caractères des familles qu'il établit; il semble les ranger aussi dans un ordre tout à fait arbitraire et sans suivre de Méthode.
Heisler, en 1748, dans son Sj-slema. Plantarum gène la/e , a également présenté les végétaux réunis par familles; mais son ouvrage, plein des vues les plus saines, n'a eu aucune influence sur les progrès de la science, n'ayant pas été apprécié par ses contemporains.
Ce fut en 1759 que Bernard de Jussieu, en établissant le jardin botanique de Trianon, y fonda sa série des ordres naturels. Mais, de même que ses prédécesseurs, il donna un simple catalogue sans caractériser les groupes qu'il venait d'établir. Ces familles, présentées par Bernard de Jussieu, et dont son neveu, Ant. -Laurent de Jussieu, a formé le tableau qui se trouve à la fin de la préface de son Gênera Plantarum, sont beaucoup plus naturelles que celles de ses prédécesseurs. Le savant botaniste de Paris avait étudié avec un soin tout particulier l'organisation des dilTérents genres de végétaux, il les avait soigneusement comparés , et c'est en s'appuyant sur un nombre prodigieux d'observations et d'analyses, qu'il était parvenu à construire sa Méthode.
Adanson, observateur passionné et voyageur infatigable, publia, en 1763. son livre sur les familles naturelles des végétaux. Il partit de cette idée qu'en éta-
blissant le plus grand nombre possible de systèmes, d'après (ous les points de vue sous lesquels on pouvait considérer les plantes, celles qui se trouveraient rapprocbées dans le plus grand nombrede ces systèmes devaient être celles qui auraient entre elles les plus grands rapports, et par conséquent se trouver réunies dans un même ordre naturel. De là l'idée de sa Méthode universelle on de comparaison générale. Il fonda sur tous les organes des plantes un ou plusieurs systèmes, en les envisageant chacun sous tous les points de vue possibles, et arriva ainsi à la création de soixante-cinq systèmes artificiels. Comparant ensuite ces différentes classifications entre elles, il réunit ensemble les genres qui se trouvaient rapprochés dans le plus grand nombre de ces systèmes, et en forma ses cinquante-huit familles. Adanson est le premier qui ail donné des caractères détaillés de toutes les familles qu'il a établies, et, sous ce rapport, son travail a un avantage marqué sur ceux de ses prédécesseurs. Ces caractères sont tracés avec beaucoup de soin et de détails, et pris dans tous les organes des végétaux, depuis la racine jusqu'à la graine.
Mais ce ne fut qu'en 1789 que l'on eut véritablement un ouvrage complet sur la Méthode des familles naturelles. Le Gênera Plantanim d'Antoine- Laurent de Jussieu présenta la science des végétaux sous un point de vue si nouveau par la précision et l'élégance qui y règne , par la profondeur et la justesse des princi|>es généraux qui y sont posés, que c'est depuis cette époque seulement que la méthode des familles naturelles a été véritablement créée, et que date la nouvelle ère de la science des végétaux. Jusqu'alors chaque auteur n'avait cherché qu'à former des familles sans établir les principes qui devaient servir de base et de guide dans cet important travail. L'auteur du Gênera Planiarum posa le premier les bases de la science, en faisant voir quelle était l'importance relative des différents organes entre eux, et par conséquent leur valeur dans la classification. Le premier il établit une Méthode ou classification régulière pour disposer ces familles en classes, et non-seulement il traça le caractère de chacune des cent familles qu'il établit, mais il caractérisa tous les genres alors connus, et qu'il avait ainsi groupés dans ses ordres naturels.
C'est l'ouvrage d'Antoine-Laurent de Jussieu qui a servi de base à plusieurs autres qui ont été publiés depuis; tels sont ceux de Venlenat et de Jaunie Saint- Hilaire, qui n'en sont que de simples traductions. Depuis celte époque la science a certainement fait des progrès importants, auxquels l'auteur du Gênera n'a pas peu contiibué lui-même par ses différents travaux; de nouvelles familles ont été établies, soit avec des genres entièrement nouveaux, soit avec des genres anciens, mais dont on a mieux connu la structure, ou dont les nouvelles découvertes ont révélé les véritables affinités. Mais tel qu'il est, le Gênera de Jussieu est sans contredit le plus beau monument que l'esprit humain ait élevé à la science de la nature. 11 a fait, selon la remarque de Cuvier, la même révolution dans les sciences d'observation, que la chimie de Lavoisier dans les sciences d'expérience. En effet, il a non-seulement
changé la face de la botanique, mais son influence s'est également exercée sur les autres branches de l'histoire naturelle, et y a introduit cette Méthode philosophique et naturelle, vers le perfectionnement de laquelle tendent désormais les efforls de tous les naturalistes.
La Méthode naturelle a pour objet la recherche des rapports ou affinités qui existent' entre les différents végétaux pour en former des genres que l'on dispose en groupes plus ou moins nombreux, nommés familles naturelles depuis Magnol, et dont tous les individus se ressemblent par les caractères les plus essentiels.
Mais que doit-on entendre par un caractère? c'est l'expression du changement ou d'une modification quelconque qui existe dans un organe. Ainsi quand on dit: corolle monopélale, étamines monadelplies, les mots monopétale et monadelplies sont des expressions caractéristiques qui signifient que la corolle est d'une seule pièce, que les étamines sont toutes réunies en un seul tube ou faisceau par leurs filets. Mais on a<iussi appliqué le nom de caractère à la réunion des signes diagnosliques qui distinguent les espèces, les genres, les familles, les classes, etc.; et c'est dans ce sens que l'on dit caractère spécifi(iue, caractère générique, caractère de famille, etc.
C'est en étudiant avec soin les divers caractères des végétaux, c'est en les comparant entre eux pour déterminer leur importance réelle et leur valeur relative, que l'on peut arriver à une bonne classification des genres en familles naturelles. Pour parvenir à ce but, il faut rechercher et imiter autant que possible la marche que la nature elle-même semble avoir suivie dans la formation de ces groupes, qui, de tout temps, ont frappé les observateurs par les rapports intimes qui existent entre les êtres (lui les composent. Or, en examinant attentivement un certain nombre de ces groupes, on voit que, parmi les caraclères qu'ils présentent, il y en a qui sont constants et invariables, d'autres qui sont généralement constants, c'est à-dire qui existent dans le plus grand nombre des familles; quelques-uns qui, constants dans un certain nombre de groujies, manquent toujours dans d'autres, certains enfin qui n'ont aucune fixité et varient dans chaque ordre. On a ainsi (piatre degrés de caractères relativement à leur constance. On conçoit que l'importance de ces caractères est en raison directe de leur plus grande invariabilité, et que dans la formation des groupes, on ne doit pas compter les caractères, mais peser leur valeur relative. Ainsi un caractère invariable, du premier degr£, doit en quelque sorte équivaloir à deux caractères du second degré, et ainsi successivement. Or, on voit que cette invariabilité plus ou moins grande des caractères, est en raison de l'importance plus ou moins grande de l'organe auquel ils sont empruntés. Ainsi, comme il y a deux fonctions essentielles dans la vie végétale, la nutrition et la reproduction, ce sont les organes les plus indispensables à l'exercice de ces deux fonctions qui sont aussi les plus invariables, et qui, par conséquent, jouent le rôle le plus important dans la coordination des végétaux. Dans la reproduction, l'embryon, qui est le but et le moyeu de cette fonction, puisque c'est à sa formation (|ue tous les autres organes concourent, et
qu'une fois formé, c'est par lui que peut se renouveler et se perpétuer l'espèce, l'embryon est donc l'organe le plus important dans la série de ceux qui agissent dans cette fonction. Mais de l'embryon, comme de toute autre partie, on peut tirer plusieurs sortes de caractères qui n'auront pas une égale valeur. Ainsi on conçoit que les plus importants sont ceux qui tiennent d'abord et essentiellement à son existence ou à son absence, puisqu'il y a des végétaux qui en sont dépourvus; à son organisation propre, ou à son mode de développement, qui est une conséquence nécessaire de celle- | ci. On peut tirer de l'embryon trois séries de caractères i du premier degré, savoir ; 1" plantes avec ou sans em- j bryon; 2» plantes avec l'extrémité colylédonaire simple ou divisée; S» plantes colylédonées avec la radicule nue ou renfermée dans une poche qu'on nomme coléorhize. Ces deux derniers caractères sont absolument de même valeur, et, en quelque sorte, la traduction l'un de l'autre; car toutes les plantes qui ont l'extrémité colylédonaire indivise, c'est-à-dire l'embryon monocotylédoné, ont la radicule incluse ou coléorhizée, c'est-àdire qu'elles sont Endorhizes, et toutes celles qui ont le corps cotylédonaire divisé , c'est-à-dire l'embryon dicotylédoné, ont la radicule nue, c'est-à-dire qu'elles sont Exorhizes.
Les organes sexuels fournissent aussi quelques caractères du premier degré. On peut se dispenser de parler de leur présence ou de leur absence, qui sont en corrélation d'existence avec la présence ou l'absence de l'embryon , puisque toutes les plantes qui ont un embryon ont nécessairement des organes sexuels et vice versa; le seul caractère constant et qu'on puisse ranger parmi ceux du premier degré , est la position relative des deux organes, c'est-à-dire leur mode d'insertion. Les caractères que l'on peut tirer de cette considération, sans avoir la même valeur que ceux que fournit l'embryon, sont néanmoins placés au rang des plus importants. K. INSERTION.
Les organes de la nutrition procurent aussi des caractères, que le professeur De Candolle place au premier rang d'importance. Or, parmi ces organes, il n'en est pas de plus essentiels que les vaisseaux nourriciers, qui néanmoins manquent dans un certain nombre de plantes; de là deux caractères : les végétaux sans vaisseaux, qui sont entièrement formés de tissu cellulaire, et qu'on nomme pour cette raison végétaux cellulaires, et les végétaux rasculaires. Mais ces vaisseaux nourriciers sont tantôt placés à l'intérieur même, au centre du végétal, dont l'accroissement et la nutrition s'opèrent ainsi à l'intérieur, tantôt ils sont placés extérieurement, et l'accroissement a lieu à l'extérieur ; de là la distinction des végétaux vasculaires en Endogènes et Exogènes, établie par le savant professeur de Genève.
Les caractères empruntés aux organes essentiels des deux fonctions du végétal, la nutrition et la reproduction, ont une importance absolument égale, comme le prouve la corrélation qui existe entre eux. .\insi les divisions fournies dans les végétaux, d'après l'embryon, correspondent exactement à celles établies par le moyen de vaisseaux nourriciers. Les Inembryonnés correspondent aux végétaux Cellulaires, les Embryonnés aux Vas-
culaires,les Monocotylédonés ou Endorhizes aux Endogènes, les Dicotylédones ou Exorhizes aux Exogènes. Cette coriespondance entre des caractères pris dans des organes différents est une chose importante à noter. Ainsi il y a telle modification d'organe qui entraîne constamment telle autre modiScation dans un autre organe. Par exemple l'ovaire infère nécessite constamment un calice monosépale; la corolle vraiment monopétale entraine toujours l'insertion des étamines sur la corolle elle-même, etc.
Mais tous les organes des plantes n'offrent pas dans leurs cai'actères la même constance et la même invariabilité que l'embryon et les vaisseaux nourriciers, et, sous ce rapport, on doit encore examiner trois ordres de caractères. Les caractères du deuxième degré sont généralement conslants dans toute une famille, ou ne souffrent qu'un petit nombre d'exceptions. A celte classe se rapportent les caractères que l'on peut tirer de la corolle monopélale, polypétale ou nulle, ceux que fournit la présence ou l'absence de l'endosperme, ceux que l'on tire de la position de l'embryon, relativement à la graine, et celle de la graine relativement au péricarpe. Parmi les caractères du troisième ordre, les uns sont conslants dans quelques familles, les autres sont inconstants; par exemple, le nombre et la proportion des étamines, leur réunion par les filets en un, deux OH plusieurs corps ou faisceaux; l'organisation intérieure du fruit, le nombre de ses loges, leur mode de déhiscence; la position des feuilles alternes ou opposées, la présence des stipules, etc. Enfin on rejette, parmi les caractères font à fait variables, les différents modes d'inflorescence, la forme des feuilles, celle d<! la lige, la grandeur des fleurs, etc.
Tels sont les différents degrés d'importance des caractères que fournissent les végétaux pour leur coordination en familles naturelles. Cette importance est surtout fondée sur leur invariabilité; mais néanmoins ceux même qui sont rangés dans le premier degré, c'està-dire parmi les plus fixes, peuvent cependant souffrir quelques exceptions, mais qui confirment la règle générale plutôt qu'elles n'y portent atteinte. Ainsi l'em- ! bryon n'est pas uniquement à un seul ou à deux colyj lédons, plusieurs plantes de la famille des Conifères en offrent un plus grand nombre. La disposition des vaisseaux nourriciers qui correspond toujours si exactement à la structure de l'embryon, souffre une excep- I lion très-notable dans la famille des Cycadées, qui sont des Endogènes ou Monocotylédons, par l'organisation de leur tige et leur port, tandis que leur embryon est bien réellement à deux colylédons, et que la structure de leurs fleurs les place tout près des Conifères. L'insertion des étamines est également rangée parmi les ! caractères du premier ordre, néanmoins cette insertion ' est variable dans les différents genres qui forment les I familles des Légumineuses, des Violacées, etc. Mais ces exceptions sont tellement rares qu'elles n'altèrent en rien la valeur de ces caractères. Cependant on doit en I conclure qu'en histoire naturelle les caractères que l'on regarde comme les plus fixes, peuvent néanmoins offrir I quelques exceptions.
I La valeur des caractères n'est pas la même dans
toutes les familles, c'est-à-dire qu'il y a certains caractères qui, peu importants dans quelques cas, acquièrent dans d'autres une très-grande valeur. Ainsi rien de moins important en général que les caractères qu'on lire des feuilles entières ou dentées. Cependant ce signe devient d'une valeur très-grande dans les Rubiacées; à tel point qu'il est peut-être le seul vraiment général et qui s'observe dans tous les genres de cette famille, lesquels ont des feuilles parfaitement entières. Il en est de même de la forme de la tige, qui est constamment carrée dans toutes les Labiées. Aussi voit-on que dans quelques familles, les caractères de la végétation sont plus fixes, et par consé(iuent ont plus de valeur que les caractères de la fructification.
C'est d'après ces principes, exposés par Richard, c'est en comparant attentivement tous les organes des végétaux, en étudiant les caractères qu'ils peuvent fournir, et en groupant ces caractères, que l'on est parvenu à réunir tous les genres connus en familles naturelles. Les caractères du premier ordre, c'est-à dire la structure de l'embryon et l'organisation intérieure des tiges, l'insertion relative des organes sexuels, doivent rigoureusement èlre les mêmes dans tous les genres d'une même famille. 11 en est ainsi de ceux du deuxième ordre, dont quelqu'un pourra néanmoins manquer. Les caractères du troisième degré devront en général se trouver réunis dans tous les groupes génériques du même ordre naturel; mais cependant leur présence à tous n'est pas indispensable. Car il faut remar(|uer que, comme le caractère général d'une famille n'est pas un caractère simple, mais le résultat de la réunion des caractères de tous les genres, quelques-uns de ces caractères peuvent ne pas exister dans le caractère général, surtout quand ils ne sont que du troisième degré. Ainsi, quoique dans un grand nombre de Solanées le fruit soit charnu, cependant plusieurs genres à fruit sec appartiennent également à cette famille, etc., etc. On vient d'établir le mécanisme de la formation des familles, il reste à parler de la coordination de ces familles entre elles.
La forme des ouvrages didactiques, la disposition et l'arrangement des collections invitent à suivre dans la classification des familles entre elles la série linéaire; mais cette série rompt l'ordre des afiRuités naturelles. En effet, les familles, aussi bien que les genres, n'ont pas uniquement des rapports avec le groupe qui les précède et celui qui les suit. Ces rapports sont multipliés et souvent croisés. Aussi Linné avait parfaitement senti cette vérité lorsqu'il dit que les familles ne peuvent être placées les unes à la suite des autres, mais disposées comme les territoires ou provinces dans une carte géographiifue, qui se touchent entre eux par un très-grand nombre de points.
Mais comme une pareille disposition ne peut être adoptée dans la pratique, il a fallu avoir recours à une classification quelconque, et c'est ici que s'est introduite une partie systématique jusque dans la Méthode naturelle. On a cherché à réunir les familles en classes, comme on avait réuni les genres pour en former des familles. Ici se présentent deux voies; l'une, suivie par Jussieu, consiste à s'élever de l'organisation la plus
simple à la plus compliquée, c'est-à dire de commencer la série des familles par les Byssus et autres végétaux filamenteux à peine organisés, pour arriver graduellement jusqu'à ceux dont la struclure est la plus complexe. Dans l'autre ou part, avec De Candolle, des végétaux les plus complets, et par conséquent les mieux connus, pour descendre par une succession presque non interrompue jusqu'à ces végétaux d'une organisation simple, qui forment en quelque sorte le passage aux autres règnes. Quelle que soit celle de ces deux routes poui' laciuelle on se décide, il s'agit d'établir des classes ou divisions pour y grouper les familles. Or, on conçoit que les caractères de ces classes doivent être pris parmi les plus fixes et les plus importants.
Le célèbre auteur du Gênera Plantarum a adopté la classification suivante : Les caractères des classes ont été pris successivement dans les organes les plus importants. Or, on a vu que c'était en première ligne la structure de l'embryon, et ensuite la position relative des organes sexuels entre eux, c'est-à-dire leur insertion (l\ Iivsertion). Les végétaux ont donc d'abord été divisés en trois grands embranchements , suivant qu'ils manquent d'embryon, suivant que leur embryon offre un seul, ou suivant qu'il offre deux cotylédons. Les premiers ont reçu le nom à'Acotyiédonés, parce que n'ayant pas d'embryon, ils sont nécessairement sans cotylédons ; les seconds, celui de Monocotylétlonés, et enfin les derniers celui de Dicotylédones. On a donc d'abord réuni les familles dans ces trois grandes divisions primordiales. La seconde série de caractères, celle qui sert vraiment à établir les classes proprement dites, est fondée sur l'insertion relative des étamines ou de la corolle, toutes les fois qu'elle est monopélale et qu'elle porte les étamines. Or, on sait qu'il y a trois modes principaux d'insertion : VHypogynique, la Péiigynique et VÉpigynique. Ces modes ont servi à former autant de classes.
Les Acotylédonés, qui sont non-seulement sans embryon, mais sans fleurs et sans organes sexuels proprement dits, n'ont pu être divisés d'après celte considération. On en a formé la première classe. Les Monocotylédonés ont été divisés en trois classes, d'après leur insertion,etron aeu les Monocotylédonés hypogynes, les Monocotylédonés périgynes et les Monocotylédonés épigynes.'
Lesfamillesde plantes dicotylédonées étant beaucoup plus nombreuses, on a dû chercher à y multiplier le nombre des divisions; car dans tout système, plus le nombre des divisions est grand, plus son utilité et sa facilité augmentent dans la pratique. Or, on a vu que dans l'ordre d'importance des organes, la corolle, considérée en tant que monopétale, polypélalc ou nulle, était, après l'embryon et l'insertion, l'organe qui fournissait les caractères de la plus grande valeur; c'est donc à la corolle que Jussieu a emprunté une nouvelle source de caractères classiques. En examinant les familles de plantes dicolylédonées, on en trouve un certain nombre qui sont entièrement privées de corolle, c'està-dire qui n'ont qu'un périanlhe simple ou calice; d'autres qui ont leur corolle d'une seule pièce ou monopélale, d'autres enfin qui offrent une corolle poly-
MET
pétale. On a donc formé parmi les Dicolylédonées (rois groupes secondaires, savoir : les Dicotylédonées apétales ou sans corolle; les Dicolylédonées monopétales, et les Dicolylédonées polypétales. C'est alors qu'on a employé l'insertion pour diviser chacun de ces groupes en classes. Ainsi on a partagé les Dicotylédonées apétales en trois classes, savoir : les Apétales épigynes, les Apétales périgynes et les Apétales liypogynes. Quant aux Dycotylédonées monopélales, on a eu recours non pas à l'insertion immédiate des étamines qui sont toujours attachées à la corolle, mais à celle de la corolle slaminifère qui offre les trois modes particuliers d'insertion hypogynique, périgynique et épigynique, et l'on a eu ainsi les Monopétales hypogynes, les Monopélales périgynes et les Monopétales épigynes. Ces dernières ont été subdivisées en deux classes, suivant
qu'elles ont les anthères soudées entre elles et formant un tube, ou suivant que ces anthères sont libres et distinctes, ce qui a fait quatre classes pour les Dicolylédonées monopélales. Les Dicolylédonées polypétales ont été partagées en trois classes, qui sont les Dicolylédonées polypétales épigynes, les Polypétales périgynes et les Polypétales hypogynes. Enfin on a formé une dernière classe pour les plantes dicolylédonées à fleurs véritablement unisexuées et déclines. Jussieu est donc ainsi arrivé à la formation de quinze classes, savoir : une pour les Acotylédonées, trois pour les Monocotylédonées, etonze pour les Dicolylédonées. 11 n'avait d'abord pas donné de nom à ces classes, mais plus tard il a senti la nécessité de pouvoir désigner chacune d'elles par un nom simple, et il les a désignées ainsi qu'on va le voir :