DES
Nies
AAL. bot. Arbres de l’Inde, décrits, mais non figurés par Rumphius, dans son Uerban’um amboincnsr, t. 3, p. 207. Leurs caractères ne sont point encore assez bien établis pour les rapporter à aucun genre connu, ou pour en créer un nouveau, qui pût recevoir les deux espèces.
ABACETE. Abacctus. IMS. G. de Coléoptères pentamères, institué par Dejean. dans la famille des Carabiques. Scs caractères sont : dernier article des palpes allongé, presque cylindrique et tronqué à l’extrémité; antennes filiformes, assez allongées et légèrement comprimées; lèvre supérieure en carré moins long que large; mandibules peu avancées, légèrement arquées et assez aigués; menton trilobé; lobe intermédiaire arrondi; corselet trapézoïde, presque aussi large que les élytres A sa base; celles-ci peu allongées, se rétrécissant faiblement vers l’extrémité, et arrondies postérieurement; les trois premiers articles des tarses antérieurs dilatés dans les mâles, moins longs que larges, et fortement triangulaires ou cordiformes. Un insecte du Sénégal et de la côte de Guinée, A . Gagaies , a fait naître ce G. nouveau; cet insecte est entièrement noir, il a le corselet presque carré, les élytres ovales-obtongues,un peu plus larges à la base, striées, avec un seul point enfoncé; il est long de 5 à b lignes.
ABAI. bot. Synonyme de Calycanthe précoce.
ABAJOUES, SALLES, oc POC1IES. zool. V . ce dernier mot.
ABALON, ABALUM. bot. V. Heionias.
a RAMA .bot. Genre delà famille des Joncées, Hexandrie inonogynie.L.. établi par Adanson. pour une seule espèce désignée sous le nom de Abama ossifraga, Fl. fr., t. 3, p. 171, ou Anthericum ossifragum , L. Lob. ic. 92, f. 1. Caractères : calice persistant, â six divisions profondes; six étamines, dont les filets sont couverts de poils laineux dans toute leur étendue. L’ovaire est libre et en forme de pyramide; il offre trois loges pluri-ovulées; le style est court, et terminé par un stigmate capitulé, petit, simple; le fruit est une capsule à trois loges, s’ouvrant en trois valves, qui emportent cha- ] ni ne une partie des cloisons; les graines sont attachées ! ver» le fond de chaque loge; elles offrent h leur» deux 1
extrémités un appendice membraneux et filiforme plus long qu’elles. Ce genre diffère de l’Antbérie par son calice et ses étamines persistants ainsi que par les deux appendices de ses graines. VA. ossifraga est une plante vivace, dont la lige est haute d’environ un pied, terminée par un épi de Heurs jaunâtres; les feuilles sont ensiformes, plus courtes que la tige, fille croit dans les marais du nord et de l’ouest de la France.
ABANDION. bot. S. d’Ixie bulbocodc.
ABANGA ou Abariga. bot. Fruit du Palmier Ady.
ABANUS. bot. S. de Plaqueminier ébène.
ABAPUS. bot. S. de Gcthyllide.
A RA RI DE. Abaris. ixs.G. de Coléoptères pentamères, de la fam. des Carabiques, créé par Dejean pour un insecte de la Colombie, qui lui a offert les caractères suivants : dernier article des palpes presque cylindrique et tronqué â l’extrémité; lèvre supérieure en carré moins long que large, et coupé presque carrément au bord antérieur; mandibules peu avancées, légèrement arquées et assez aigues, une dent simple et presque obtuse au milieu de l’échancrure du menton; tête triangulaire; antennes assez courtes, légèrement comprimées et presque filiformes; yeux assez gros et saillants; corselet carré; élytres ovalaires; les 3 premiers articles des tarses antérieurs dilatés dans les mâles, aussi longs que larges et triangulaires. L’Abaride Bxoxzt, A. Ænca, a le corselet carré, roarquéde deux stries de chaque côté au bord postérieur; les élytres bronzées, oblongucs, profondément striées, avec un point enfoncé; les antennes et les pattes d’un roux testacé; les jambes bronzées. Taille, 3 ligues.
ABASIC. ois. N. vulg. du Martinet noir.
ABATIA. bot. G. de PI. Dicotylédones, Tétrandrie Tétragynie. Lin., qui a (tour caractères : un calice monosépale, coloré, persistant, à quatre divisions profondes, réfléchies dans la fleur, redressées autour du fruit. Il n’y a pas de corolle, mais en dedans du calice se trouvent des touffes de poils insérés sous l’ovBirc, frisés, noirâtres, un peu plus courts et plus fins que les filets des étamines. Celles-ci sont nombreuses, hypogynes, if anthères dressées, oblongucs, hiloculuircs. L’ovaire libre, arrondi, lomenleux, surmonté d’un style que termine uu
stigmate simple, devient une capsule à une seule loge, ft deux valves s’ouvrant par le sommet et garnies, chacune dans son milieu, d'une demi-cloison ou réceptacle linéaire qui porte un grand nombre de graines striées. Ce genre contient deux espèces d'arbrisseaux à feuilles alternes ou opposées, à fleurs en grappes, originaires toutes deux du Pérou, et que Ruiz et Pavon ont décrites et figurées Flor. Perur. Prodr ., table xiv.
ABAYI oc ABAVO. bot. S. de Baobab.
AÎUX. ixs. F. Féroxie.
AURA IBM. mit. N. vulg. de l'Ardoise tégulairc.
AHBAUl'MBA. ois. S. de Calao d'Afrique.
ARÜELAVI. bot. Nom appliqué en Orient, à plusieurs espèces de Melons, particulièrement au Cucumis diate.
ABD1TOLARY ES oc NÉOTTOCHYPTES. ms. Fam. d’Hyménoptères, établie par Duméril. Elle comprend le* genres Chalcide , Cynips, Diplotèpe , clJ.
ABDOMEN, zool. Sous ce nom, on a désigné chez l'Homme, la dernière des trois grandes cavités, celle qui fait suite au thorax et qui renferme les organes digestifs, leurs annexes, le* organes urinaires et génitaux. Tant que l'on examine les Mammifères, la grande analogie de formes qui règne entre eux et l'Homme rend parfaitement exacte cette dénomination, et ces Animaux nous offrent une cavité renfermant les mêmes organes et ayant tous les rapports de l'Abdomen humain. Cette dénomination se trouve encore Applicable aux Oiseaux qui lions offrent un diaphragme, imparfait, il est vrai, et permettant aux poumons d'étendre des prolongements ou poches aériennes jusqu'au milieu des organes digestifs, mais qui, chez plusieurs, isole très-bien l'Abdomen et le thorax. — Si, dans le principe de leur formation, les Mammifères et les Oiseaux se sont trouvés dans des circonstances d'activité qui ont entraîné une grande rapidité de fonctions et surtout de circulation et de respiration, d'où est résulté le développement, au maximum, d'un plan charnu, capable d'appeler puissamment l'air dans l'intérieur de leurs poumons; alors aussi les organes thoraciques se sout trouvés isolés des viscères abdominaux, et la cavité de ces derniers a été parfaitement circonscrite et déterminée : mais dans les Reptiles et les Poissons, pour ne pas sortir de la classe des Vertébrés, la disposition des organes a changé avec la différence des conditions d'exis- ; tence. Chez les premiers, une seule et même cavité renferme les organes respiratoires, circulatoires, digestifs et générateurs. Chez les Poissons, il existe bien une grande cavité qui renferme les mêmes organes que l'Abdomen du Mammifère : mais peut-on lui assigner la même dénomination, puisque les mêmes éléments ne concourent pas à la former, puisque, dans le fait, elle représente et le thorax et l'Abdomen des Mammifères, le cœur de ces animaux s'élanl glissé jusque sous la tête et n'étant renfermé dans aucune cavité qu’on puisse comparer à celle de la poitrine i Si des Animaux vertébrés on passe aux invertébrés, on n’y rencontre nulle trace de cavité à qui le nom d'Abdotnen ou de thorax puisse convenir, en tant que ce sont des contenants formés des mêmes matériaux et renfermant les mêmes viscères. Chez eux* les organes de la circulation, de la respiration, de la digestion et de la génération n'occupent plus de cavités distinctes; et ce ne sera ni dans les Mollusques, ni
dans les Vers, ni dans les Anuélides, etc., qu'on pourra faire ces applications de thorax et d'Abdomcu, telles qu'elles sont reçues en anatomie humaine.
On voit donc que ce mol Abdomen ne peut être une dénomination générale, sans comprendre des cavités de forme ou de structure différentes, et sans renfermer, surtout, des organes de toute espère. Celle dénomination ne peut convenir qu'aux deux premiers embranchements de l'Arbre Zoologique, et tout au plus s'étendre aux Poissons; elle serait inexacte pour le reste de» Animaux : aussi, l'appliquant seulement aux premiers, nous dirous que chez l'Homme l’Abdomen est placé au-devant des corps vertébraux. Borné eu haut par le diaphragme, en bas parle bassin, il est formé eu devant el sur les côtés par une partie descôteBct par les muscles abdominaux qui sont au nombre de dix. Chez les autres Animaux, la direction différente de la colonne épinière fait varier la position del'Abdomen. Chez tous, une membrane séreuse, nommée Péritoine. le tapisse el se replie sur les organes digestifs el générateurs, tandis qu'elle n'enveloppe qu'une partie delà vessie el passe simplement au-devant des reins; elle forme en outre de vastes replis flottants dans l'intérieur de l'Abdomen, el que l'on a nommés Épiploon. Pour faciliter l'étude des organes que renferme l' Abdomen, on divise cette cavité en neuf régions : trois supérieures, trois moyennes et trois inférieures. Des trois premières, celle du milieu se nomme Épigastre, les deux autres Ilypocondres; parmi les trois moyennes, celle du milieu a reçu le nom d'Ombilic, cl les deux latérales , celui de Flancs. Un a nommé lfypogastre celle qui se trouve au-dessus du pubis, et Régions des lies celles où se trouvent les deux os de ce nom. Selon les espèces d’Animaux cl leurs divers états, l'Abdomen est sujet à un grand nombre de variations. Sa capacité est bien plus grande chez ceux qui se nourrissent de végétaux que chez ceux qui font de la choir leur nourriture habituelle; il augmente considérablement pendant la grossesse, et, en un mot, suit, comme tout contenant, le volume des organes qu'il renferme.
Quant à l'Abdomen chez les animaux invertébrés ou aux organes que l’on considère comme tels, voyez ce qui en est dit aux définitions générales de chacune des grandes divisions de ces animaux.
ABDOMINAUX, pois. IV® ordre de la classe des Poissons de Linné, et Fun des plus nombreux eu espèces. Les caractères consistent dans les branchies qui sont soutenues par quelques rayons osseux, et dans la position des nageoires ventrales, situées sur le ventre postérieurement aux pectorales. Les genres renfermés dans cet ordre étaient Cobitis, A mi a , SU u rus, Teuthis, Loricaria , Saltno , Fistularia , Fsox, Flops , Argentin», Atherina , Mugil , Exovctus, Polynemus , Clupca, ('y p r inus. — Cuvier a conservé à peu près cet ordre qui, à l'exception des Teuthis , Fistularia, Atherina, Mugil et Polynemus, devenus des Acanlhoptérygiens, forme, dans le Règne Animal, le v® ordre des Malacoptèrygien s-a bdom ina ux.
Duméril a divisé les Abdominaux, qui sont ses JIoloi branches , en Siphonosmcs, Cyliitdrosomes. Oplophores, Dimérèdes, Lépidopumes, Siagonoles, Dermoptères ( et Gymnopomes.
ABÉCEDARE. bot. N. vulg. de l l'Agate americana, et du Spilanthu» oleraceus.
ABEILLE, ms. G. d’Hyménoptères. de la fam. de* Mellifères de Lalreille qui lui donne pour caractère* : antenne* filiforme* et brisée*; premier article de* tarse* postérieur* en carré long, garni intérieurement, chez le* Ouvrière*, d’un duvet soyeux . rangé par bande* transversales; les mandibules en cuiller chez les neutres; elle* sont tronquées et hidentées dan* les Mâles et dans les Femelles. Ces caractère* coïncident avec un grand nombre d'autres, que nous allons exposer en prenant, pour objet de cette étude, l'Abeille commune, dont l'intéressante histoire est enrichie d’observations trèsexactes.
On distingue dans les Abeilles communes trois sortes d'individus : les Mâles ou Faux Bourbons, le* Femelles ou Reines, les Neutres ou Ouvrières ou Mulets; chacun d’eux présente une organisation et surtout des mœurs toutes particulières, qui ne peuvent être traitée* isolément. mais que nous nous bornerons â caractériser dans le courant de cet article. La télé, un peu moins large que le corselet, triangulaire chez les Femelles et les Ouvrières, arrondie au contraire dans le» Mâles et placée verticalement, est limitée sur les cdtés par de» yeux â facette», hérissés de poils, ovales et assez distants l'un de l'autre chez les Ouvrières et les Femelles, (rès-saillauts et contigus sur le verlex chez les Mâles. Cette partie supi»orie, dans le* premières, des yeux lisses, au nombre de trois, disposés en triangle; mais dans l'autre sexe ils n'occupent pas la même place , et sont situés plus en avant , immédiatement au-dessus de l'insertion des antennes. Celles-ci sont filiformes, brisées, composées de treize articles dans les Mâles, et seulement de douze dans les Femelles. Le thorax est ombragé de poils, et ses parties constituantes, qu’on retrouve aussi dans les autres Hyménoptères. ne s’a|»erçoivent que lorsque les poils ont été enlevés. On distingue alors parfaitement l'écusson du mésothorax qui, courbé en arc et placé transversalement, constitue une saillie assez remarquable. Les épaulettes sont peu développées, et recouvrent à peine les épidèmes articulaires des ailes. On voit sur celles-ci une cellule radiale resserrée, fort allongée, et trois cellule» cubitales presque égales : la première carrée; la seconde triangulaire, recevant la première nervure récurrente; la troisième presque semi-lunaire, recevant la seconde nervure, et éloignée de l'extrémité. Ces ailes, chez la Femelle, sont très - courtes , proportionnellement â la longueur du corps, ne s'étendent guère au delà du quatrième anneau, tandis que dans les autres individus, elles recouvrent tout l'abdomen. La poitrine n'offre aucun caractère propre d'une grande importance , elle supporte les pattes. Les deux dernières paires présentent une dilatation du premier article de leurs tarse». Cet article est surtout très-remarquable dans les Ouvrières.
Il s'articulesiipérieiiremenl, et parson angleautérieur avec la jambe, de manière à exécuter sur elle un mouvement de ginglyme. Son angle postérieur, au conl raire, est libre, muni d'une épine recourbée. Ces deux pièces forment par conséquent une sorte de pince; le premier article ou pièce carrée, a, sur sa face interne, plusieurs rangées transversales de poils roides el parallèles, ce
qui lui a valu le nom de Brosse. Outre la dilatation du premier tarse, on remarque encore, dans la patlc postérieure.lajambequi.àcausedesa forme eide son usage, a été appelée Palette triangulaire ; sa face externe a reçu, pour les mêmes motifs, le nom de Corbeille. Elle est légèrement concave, bordée de poils longs et recourbés en haut.
C'est au moyen de cet appareil très-simple, et qui n'existe que dans la caste Ouvrière, que se fait la récolte d’une poussière particulière nommée Pollen : ce pollen, fourni par l'anthère des étamines d'un grand nombre de Plantes, s'attache d'abord naturellement aux poils qui recouvrent le corps de l'Abeille, il est ensuite balayé au moyen des tarses des jambes, et surtout par la brosse qu'on distingue à la troisième. L’Insecte parvient â réunir celte poussière en petits globules, qui sont déposés successivement par la seconde paire de pattes, dans la corbeille, jusqu'à ce que celle-ci en soit bien garnie. C'est aussi le même appareil qui sert à la récolte d'une autre substance résineuse, odorante, qui a reçu le nom de Propolis, et que les Abeille» emploient principalement pour clore leur demeure.
Le tarse, outre la pièce carrée, est encore formé par quatre autre» articles beaucoup moins développés, et terminé par deux crochets unideiilés, séparés l'un de l'autre par une pelotle charnue.
L'abdomen, à partir de l'étranglement, est composé de sept anneaux dans le Mâle, el de six dan» les Femelles et les Ouvrières; le premier étant, ainsi que dans tous le» Hyménoptères à abdomen pédiculé, uni intimement et confondu avec le (borax. Le système nerveux se compose, suivant Swammerdam, d'un cerveau formé de huit parties rangées par paires, et d'une portion moyenne qui est l'origine de la moelle épinière de laquelle parlent, à droite et à gauche, un nerf considérable, se distribuant sans doute aux yeux, el antérieurement six nerf» ainsi répartis : deux pour le» mandibules, deux pour tes mâchoires el deux pour la trompe; vient ensuite la moelle épinière proprement dite formée de deux cordons parallèles, se réunissant à divers intervalles pour former sept ganglions, dout trois situé» dans le thorax, et les autres dans l'abdomen : celle moelle se réunit aussi en un cordon étroit vers l'étranglement qui résulte de la jonction du premier auneau abdominal avec le deuxième. Les nerfs tirent leur origine des ganglions; mais quelques uns naissent dans le thorax de la moelle épinière, dans l'intervalle de ses renflements; ils se distribuent aux muscle» el à tous les appareil» d'organes, principalement à ceux de la génération.
On n'a pas encore de donnée bien positive sur les sens de l'ouïe et de l'odorat chez les Abeilles; mais on sait qu'elles aperçoivent de très-loin leur habitation, qu'elles distinguent leur ruche entre toutes les autres, el qu'elle* y arrivent en ligne droite et avec rapidité. Réaumur, ayant enduit successivement d'un vernis opaque les (rois petits yeux lisses el les yeux composés, nous a prouvé, par se» expériences, qu'ils étaient également indiscutables à Li vision. Swammerdam (Bibtia naiuræ) a décrit, avec beaucoup de soin, l'œil des Abeille» mâles; ce qu’il en dit s'applique également à un grand nombre d’insectes; et nous renvoyons au
ABF.
moi Œil pour avoir une idée exacte de cet appareil. Dans les Abeilles, la choroïde qui enduit la cornée est d’une couleur pourpre foncée ; celte cornée, composée de facettes très serrées, présente dans les intervalles des poils qui modifient probablement la vision, et qu'on ne retrouve que dans un petit nombre d’insectes; ils sont simples et diffèrent beaucoup des poils longs et penniformes qui, situés sur le vertex, ombragent les petits yeux lisses et ne permettent à la lumière de leur arriver que dans un certain sens.
Le siège de l’organe du goût, placé par Swammcrdam dans la trompe, n’est pas, à beaucoup près, aussi bien déterminé que celui de la vue. On se rend même difficilement raison de l’existence d’un tel sens, lorsque, jugeant d'après ses propres sensations, on considère que l’Abeille, pour se désaltérer, préfère une eau croupissante à une eau limpide, et qu’elle se nourrit indistinctement des sucs d’un grand nombre de plantes ayant des propriétés très-différentes : de là les nombreuses variétés de miel que l’on observe dans des ruches placées les unes auprès des autres.
C’est du nectairedesFleursqu’ellesrelircnl,au moyen d’un instrument nommé trompe, un suc qui sera bientôt converti en miel. La trompe n’est pas formée, comme celle du Papillon, par le prolongement des mâchoires, mais par celui de la lèvre inférieure. La bouche se compose des mêmes parties que celle des autres Hyménoptères; le labre est transversal, peu apparent dans les Mâles; les mandibules, supportées chacune sur un pédicule, sont petites, hidenlées à leur sommet dans les Mâles et les Femelles, creusées, au contraire, chez les Ouvrières, d’une fossette divisée elle-inéme en deux portions par une arête longitudinale. Les mandibules viennent-elles à se rapprocher, l’une de ces portions s'applique exactement contre celle du côté opposé, et forme avec elle une pince tranchante, taudis que l’autre, ne se rapprochant pas également de sa vis à-vis, constitue une sorte de gouttière; c’est au moyen de celte conformation de leurs mandibules que ces Insectes parviennent à bâtir les cellules de cire. I.a trompe est l’analogue de la lèvre inférieure des autres Insectes. On y retrouve les mêmes pièces, mais ù des degrés de développement très-différents.
Swammerdam s’était mépris sur les fonctions de ces parties ; il attribuait â la trompe la faculté de sucer ; à cet effet, il la croyait percée à son extrémité, et traversée dans toute sa longueur par un canal étroit. Les étuis extérieurs avaient, selon lui, pour usage, d'écarter les pétales des Heurs, et les divisions internes qui sont sur les côtés de la trompe, en pressant celle-ci, faisaient monter le liquide dans son intérieur. Celte succion était en outre, et toujours selon lui , favorisée par la pression de l’air extérieur et par la dilatation de l'abdomen qui opérait le vide dans le canal médian. Héauinur a mieux observé le jeu de ces pièces : il uous a appris que la trompe, proprement dite, est une sorte de langue qui, en léchant ou lapant, se charge de la liqueur miellé^jique celte liqueur passe entre elle et les étuis extérieurs ou les mâchoires, et qu’elle gagne ainsi une ouverture qui a échappé à Swammerdam. Celle ouverture, placée au-dessus et à la base de la trompe,
est recouverte par une sorte de langue charnue et doit être considérée comme l'entrée pharyngienne ou le pharynx lui-méme; c'est par elle que s'échappe ordinairement une gouttelette de miel , lorsqu'on presse une Abeille entre ses doigts. Le canal intestinal, qui fait suite à cet appareil , consiste en un œsophage assez grêle, aboutissant à un estomac renflé, mince, ordinairement plein d'une liqueur jaune, limpide, ayant toutes les propriétés du miel, et limité postérieurement par le pylore, sorte d'étranglement valvulaire àe l'intestin, qui sépare ce premier estomac d'un second que Swammerdam nommait Colon, et qui a beaucoup plus de longueur et de capacité que le précédent : il est en outre évidemment musculaire, et présente dans son intérieur plusieurs valvules. Cet estomac se continue avec l'intestin grêle, et vers le point de leur réunion, on remarque un grand nombre de vaisseaux biliaires qui s'ouvrent dans l'intérieur de celui-ci. L'intestin grêle, qui n'est pas à beaucoup près aussi long que le deuxième estomac, s’abouche abruptement avec un large cæcum membraneux. garni de six glandes ohlongucs, faisant saillie à l'intérieur. Ce cæcum se rétrécit plus ou moins visiblement; et après lui vient le rectum qui se continue avec l’anus placé au-dessous de l'aiguillon.
La respiration a lieu, comme dans les autres Hyménoptères. au moyen de trachées naissant des stigmates qui s’observent sur les côtés du thorax cl sur les parties latérales de l'abdomen; elles aboutissent à quelques vésicule* aériennes Irès-développées et à un grand nombre d'autres plus petites. Les Abeilles partagent aussi avec les autres Insectes cette propriété remarquable de survivre à la privation de l'air, prolongée pendant un assez 1 long temps, soit qu'on les place dans un espace exempt de ce fluide, soit qu'on les plonge dans l'eau ; Réaumiir a su employer ce dernier moyeu pour examiner, sans danger, tous les individus d’une même ruche.
A cette fonction se rattachent quelques phénomènes très curieux qui nous ont été transmis par Huber; cet observateiirayant remarqué qu’uneouverlure d’un assez j grand diamètre, pratiquée dans une boite ou une cloche de même capacité qu'une ruche ordinaire, était tout â fait inutile pour le renouvellement de l’air; ayant appris aussi par plusieurs expériences que les Atieilles ne pouvaient continuer à vivre dans un espace où l’air ne se renouvelait pas; et sachant en outre que dans une ruche peuplée quelquefois de 35,000 habitants, ce fluide est, à peu de chose près, toujours aussi pur à l'intérieur qu'à l'extérieur, parvint à expliquer ce phénomène par I la ventilation que les Ouvrières produisent presque continuellement en agitant leurs ailes à la partie inférieure de la ruche. Sans pénétrer dans celte demeure, on peut, dans le temps de chaleurs, surprendre en dehors et auprès de* portes de la ruche quelques Abeilles dans celte singulière action. Ce mouvement , quelquefois général, suffit, suivant Ilulser . pour établir des courants entre l’air extérieur et l’air intérieur, au moyen desquels celui-ci est sans cesse renouvelé. Ce phénomène, qui n'a encore élé observé que dans les Abeilles et dans quelques Bourdons, était un fait digne d'étre iiolé. Il est une conséquence immédiate de la respiration, ainsi que la chaleur des ruches, qu'il ne faut
plus maintenant attribuer à la fermentation du miel .
Si le système respiratoire est remarquable par son développement et ses fonctions, celui de la circulation se réduit, de même que dans tous les Insectes hexapodes, à un simple vaisseau dorsal n’offrant rien de particulier. #
Aux différentes fonctions que nous avons jusqu'ici fait connaître, il faut en ajouter une très-importante, celle des sécrétions. Les gâteaux sont formés, avons-nous dit, de cire. On a pensé pendant longtemps que l'ingrédient principal de celte cire était le pollen dont les Ouvrières se nourrissent quelquefois et qu'elles mettent le plus souvent en magasin dans certaines cellules. Ce pollen, disait-on, était élaboré dans leur estomac, et dégorgé ensuite par la bouche sous forme de bouillie blanchâtre ou véritable cire. Telle fut l'opinion de tous les savants, jusqu'à ce qu'un cultivateur de Lusace, et par suite John Huuter. eussent découvert des lamelles de cire engagées entre les arceaux inférieurs de l'abdomen. Cette observation exacte, publiée dans les Transactions philosophiques pour l’année 1793, fixa l’attention de Huber, qui entreprit sur ce sujet un grand nombre d’expériences, et confirma cette importante découverte en l’étayant de nouvelles preuves. Si l’on détache, à la partie inférieure de l'abdomen d'une Ouvrière, certains arceaux, on remarque que chacun est formé de deux parties très-distinctes : la première, obscure, étroite et située en arrière ; la seconde, au contraire, très-étendue, constituant à droite et à gauche deux espaces membraneux, transparents, d’un brun jaunâtre, séparés l’un de l'autre par une crête longitudinale et moyenne assez élevée. C’est à la surface de ces aires membraneuses, circonscrites sur les côtés par des Imrds solides , quesont placées les petites lames de cire. Non content d'avoir connu dans tous ses détails cet appareil singulier, lluber voulut encore en déterminer, s'il était possible, les fonctions; et des expériences ingénieuses lui apprirent que les Abeilles, nourries uniquement de pollen, ne sécrétaient jamais de cire, et que celles, au contraire, auxquelles on donnait une liqueur sucrée, en fournissaient en grande abondance. 11 en tira cette conclusion : que si le sucre ou quelques-unes de ses parties constituantes ne se convertissaient pas en cire, il était du moins le stimulant de l’appareil sécréteur.
Par suite de ces expériences, on était en droit de penser que les Ouvrières produiraient d'autant plus de cire que la campagne leur fournirait une récolte plus abondante de miel, et que si, à cause d’une grande sécheresse, elles ne rapportaient à la ruche que du pollen, la sécrétion de cette matière n'aurait plus lieu, et la construction des gâteaux cesserait. L'observation apprit bientôt qu’il en était ainsi ; après avoir traversé les aires membraneuses, la cire, devenue extérieure et non contenue dans une poche, est retenue et moulée en lamelles à leur surface par la portion du segment précédent qui les recouvre. — C'est avec cette cire, dont l’origine n’est plus maintenant douteuse, que les ouvrières bâtissent les cellules dont le principal usage est de contenir l’œuf qui a été pondu par la Femelle quelque temps après sou accouplement avec le Mâle.
Les Mâles, dont nous avons déjà fait connaître les
caractères extérieurs, se distinguent principalement des Femelles par leurs organes génitaux. Swammcrdam, Héaumur et lluber ont étudié l'appareil copulateur avec beaucoup de soin; mais neTayant pas comparé avec les organes analogues chez des individus de genres différents et de même sexe, ils ont cru trouver dans ces parties une organisation nouvelle et leur ont appliqué des noms particuliers, tirés la plupart de leurs formes, tels que ceux de Lentille, de Plaque cartilagineuse, de Palette goudronnée, etc. Les organes génitaux femelles se composent de deux ovaires subdivisés en plusieurs oviduclus et réunis en un canal commun; ils sont enveloppés, suivant Suammerdam, d'une membrane commune et contiennent un nombre prodigieux d'œufs. Celte fécondité est telle qu'une Femelle qui avait déjà pondu plus de 28,000 œufs offrit à Rénumur son abdomen encore plein de plusieurs milliers de ceux-ci. A ces organes se joint un sac sphérique et deux vaisseaux aveugles s’ouvrant dans le canal commun des oviductus. — L’aiguillon appartient au même appareil; il est ici construit sur le même plan que celui des autres Hyménoptères. La vésicule du venin est ohlongue, trèsdéveloppée dans les Femelles et munie de deux vaisseaux sécréteurs réunis en un canal commun. Un autre canal excréteur conduit le veniu dans l'aiguillon. Il suffit d’avoir jeté un coup d’œil sur les organes mâles et femelles pour penser que de tels appareils sont faits pour un but déterminé ; et ce but se conçoit facilement lorsqu’on voit chaque jour les mêmes organes servir chez d'autres Insectes à la copulation ; cette pensée fut sans doute celle de Swammerdam et de Réaumur ; mais ils ne purent être spectateurs d'une jonction immédiate et abandonnèrent une opinion très-rationnelle, qu’ils ne pouvaient fonder sur des faits, lluber, plus heureux sans doute et doué également du génie de l’observation, reconnut que cette jonction avait toujours lieu hors de la ruche et il en eut des preuves certaines quand, ayant tenu captives des Femelles, soit isolées, soit avec des Mâles, elles restèrent toujours stériles; quand, au contraire , leur ayant laissé toute liberté , elles revinrent fécondées; quand, enfin, il retrouva dans la vulve des mêmes Femelles l’organe copulateur du Mâle qui y adhérait encore. Si les Mâles sont inutiles â la ruche, parce que, n’étant pas pourvus des instruments de travail, ils ne récoltent ni miel ni pollen et se nourrissent au contraire des provisions amassées par les Ouvrières; si, disje, ils sont inutiles sous ce rapport, ils ne le sont pas sous celui de la propagation de l’espèce. Aussi voit-on les Ouvrières, à une certaine époque, donner un soin particulier à leurs larves ; je dis à une certaine époque, car il arrive un autre moment où elles percent de leur aiguillon tous les Mâles et détruisent tous ceux qui sont près d’éclore. C’est ordinairement dans les mois de juin, de juillet et d'août que se fait, au fond de la ruche, le grand carnage; il n’a pas lieu toutefois dans les ruches privées de Reines et dans celles où, par des causes particulières, quelques Ouvrières devenues fécondes, ou bien quelques Reines dont la fécondation a été retardée, ne pondent uniquement que des œufs de Mâles. Hors ces trois cas, on ne trouve plus après le mois d'août, aucun Mâle dans les ruches, et ce n’est qu’eu avril et
mai suivant» que, de nouveaux œufs ayant été pondus, on les voit reparaître, d’abord en petit nombre, et ensuite en grande quantité. Ils éclosent dans les niches avant les Reines : celles-ci sont aussi impropres que les Mâles à tout travail; leur seule et unique fonction est de perpétuer l’espèce; aussi ne restent -elles que très-peu de temps dans l’état de virginité. Cet état peut être prolongé par certaines circonstances; mais ordinairement, cinq ou six jours après leur naissance, et un jour après qu'elles se sont établies dans une nouvelle demeure à la tête d’une colonie (ce qui a lieu vers les mois de mai, juin et juillet), on les voit sortir pour aller à la recherche d’un Mâle : elles reviennent à la ruche ordinairement fécondées, et la perte de leur virginité n’est pas équivoque. Elles reçoivent alors, de la part des Ouvrières, des hommages et des soins empressés qu’on ne leur avait pas encore rendus. C'est ordinairement quarante-six heures après l'acte de la copulation que la ponte a lieu ; elle se continue jusqu'au printemps suivant, sans que la Femelle ait été fécondée de nouveau; car nous avons dit qu’à dater du mois d’août on ne rencontrait plus de Mâles. La ponte peut donc avoir lieu onze mois après l’accouplement, et ce terme n'est pas le plus éloigné; car Huber nous apprend qu’un seul accouplement peut rendre une Femelle féconde pendant deux ans.
Si la Femelle est fécondée les quinze premiers jours de sa vie, elle ne pond guère jusqu'au printemps que des œufs d’Ouvrières; à cette époque elle fait une copieuse ponte de Mâles , et immédiatement après a lieu celle des Reines, mais à un jour d'intervalle, afin que ces Reines conductrices des colonies qui doivent sortir de la ruche ne naissent pas toutes en même temps. Si. au contraire, la fécondation de la Reine est retardée au delàdu vingt et unième jour qui suit sa naissance.oubien si la ponte éprouve quelque retard à cause de la température peu élevée, elle ne produit plus que des œufs de Mâles et les dépose indistinctement dans toutes les cellules. Mais avant de parler de la ponte et des phénomènes qui l’accompagnent, nous devons jeter un coup d'œil dans la ruche et foire connaître les cellules dans lesquelles sont dé|»osés les œufs.
Nous avons déjà parlé sous plusieurs rapports des trois sortes d’individus qui s'observent dans une ruche, c’està-dire des Mâles, des Femelles et des Ouvrières ; ces dernières ne diffèrent des Reines que par un moindre développement des organes génitaux. Les ovaires se rencontrent également dans leur abdomen, mais à l’état rudimentaire, et ils peuvent même, dans certaines circonstances, contenir des œufs féconds .sans que pour cela leur caractère extérieur d’Ouvrière éprouve de changements; dans l’état ordinaire, leurs fonctions principales sont d’aller à la récolte du miel et du pollen, de bâtir les cellules, de soigner les larves, de faire la police extérieure de la ruche, et de la défendre contre ses ennemis. Réaumur avait remarqué qu’elles n’étaient pas toutes de même grosseur, ce qu’il attribuait à une plus ou moins grande quantité de matière contenue dans leurs intestins ; mais Huber donna plus de valeur à cette différence. quand il découvrit qu’elle constitue deux variétés plus distinctes encore par les fonctions qu’elles
sont appelées à remplir ; les unes, dont l’abdomen est habituellement dilaté et qu’il nomme Cirièrea , s’occupent uniquement de la construction dos gâteaux; les autres, dont l'abdomen a moins de volume et qu’il appelle Nourrices , ont pour emploi de soigner le produit de la conception jusqu'à son entipr accroissement.
Les alvéoles ou cellules, lorsqu’elles sont réunies, portent, ainsi que tout le monde sait, le nom de Gâteaux. Chacune d’elles constitue ordinairement un petit godet hexagone, ouvert d’un côté et fermé de l'autre par un fond ou calotte pyramidale, résultant de la réunion de trois rhombes qui auraient chacun un de leurs angles oblus au centre de ce fond pyramidal, et seraient réunis entre eux par les côtés qui renferment cet angle ; le contour de la base de celte pyramide présenterait alors six angles rentrants et saillantsaHernativement.qui.se joignant â la circonférence d'un tuyau hexagonal, formé par six trapèzes, et auquel on remarque les mêmes angles, rembourraient cl seraient à leur tour emboîtés par lui.
Ces gâteaux présentent deux faces semblables, c'est-àdire qu'ils résultent de l'adossement de deux couches ou séries de cellules. Les Abeilles, dans leur construction, sont surtout étonnantes par l’épargne qu'elles savent faire de la matière et de l’espace; à cet effet les fonds des cellules de l'une des couches, constituent les fonds des cellules de l'autre ; par cela même la hase de chaque cellule est formée par la réunion de trois cellules opposées; ceci peut être rendu palpable et très-intelligible au moyen d’une expérience fort simple : introduisez trois longues épingles dans l’intérieur d’une cellule et percez-en le fond au centre des trois rhomhes qui le constituent, chacune d'elles aboutira alors à une cellule propre du côté opposé.
Ces ouvrages admirables ont ordinairement une trèsgrande régularité ; il est cependant quelques circonstances dan» lesquelles les Ouvrières dévient du plan général, mais ces sortes d’écarts semblent calculés et fn en aperçoit facilement le motif; il est même des événements qui les obligent à s’en écarter, sans quoi la république entière toucherait à sa ruine; d'ailleurs il fout remarquer que ces irrégularités qu’on remarque quelquefois dans certaines cellules, ne vont pas en augmentant, qu’elles disparaissent au contraire insensiblement parce que les Ouvrières savent prendre ou ajouter à la hase d’une cellule voisine, suivant que celles qu’elles ont construites, sont ou trop étendues ou trop étroites. A la régularité du travail se joint un fini et une délicatesse dans l’exécution, qu’on a peine à concevoir, et qui portent naturellement à accorder à ces Insectes quelque chose d'intellectuel. L’admiration n’est pas moindre, quand on observe la simplicité des instruments de construction; les ayant déjà décrits avec assez de détail, nous n’aurons plus qu'à considérer ici leur action.
Lorsque l’Abeille veut construire, elle saisit une des plaques de cire situées entre les arceaux inférieurs de son abdomen, au moyen de la pince que forme, avec la jambe, le premier article du tarse, la porte aussitôt à sa bouche et la rompt avec le bord tranchant de ses mandibules; quelques parcelles tombent dans la gouttière
que non* avons dite formée par les deux bords inférieurs de celles-ci, sont poussées comme dans une filière vers la partie postérieure, et, arrivées à la base de la trompe, se trouvent enduites d'une matière écumeusc, blanchâtre, qui n'avait pas échappé à Jléaumur. Bientôt après, cette cire élaborée repasse par le même chemin; mais, dans une direction opposée. gagne l'extrémité tranchante des mandibules, et, après avoir été hachée de nouveau, elle est appliquée contre la voûte de la ruche. Plusieurs Abeilles viennent agir de concert à la même place, et la matière qu'elles déposent ne tarde pas à former une masse dans laquelle elles commencent à creuser les cellules du premier rang; celles-ci n'ont plus les formes que nous avons déjà décrites, et celle sorte d’anomalie a pour but de fournir une base plus solide à la masse qui va bientôt être formée ; en effet, les Ouvrières ajoutent successivement au travail que l'une d'elles a commencé; d'autres posent les fondements de nouvelles constructions à des distances égales, et tous ces Râteaux, ordinairement parallèles entre eux et perpendiculaires au fond de la ruche, s'agrandissent en très-peu de temps; car, selon l'observation de Swammerdam, un essaim, assez nombreux, placé dans une ruche depuis quatre jours, avait déjà construit un gâteau de quatre cent dix -huit cellules tant ébauchées qu’achevées; Réaumur nous apprend qu'un gâteau de huit à neuf pouces de diamètre, est quelquefois l'ouvrage d'une seule journée. Nos architectes toutefois ne mettent pas de suite la dernière main à l'œuvre, et lorsque tout nous parait achevé, on voit d'autres Abeilles cirières entrer dans chaque alvéole pour en polir et raboter, en quelque sorte, les parois. Elles s'occupent aussi à encadrer les pans des cellules et leur orifice de propolis qu'elles recueillent sur certains Végétaux, et entre autres sur les bourgeons du Peuplier sauvage. Elles se servent aussi de cette gomme résine pour boucher toutes les ouvertures de leur ruche, et à une certaine époque elles l'emploient pour consolider la hase des gâteaux ; alors nos industrieux Insectes la mêlent avec de la cire et en garnissent la circonférence du premier rang de cellules, qu'ils remplacent quelquefois par celle matière. Si malgré ces précautions un gâteau se détache, ils construisent sur ce gâteau de nouvelles cellules jusqu'à ce qu'il ait atteint la partie supérieure de leur ruche, ou bien, si la saison n'est pas favorable, ils assujettissent avec de vieille cire, non-seulement ce gâteau, mais encore tous les autres, comme si, avertis parcet accident, ils voulaient prévenir tous ceux qui pourraient arriver. Comment caractériser de tels actes? peuvent-ils être franchement attribués à • un instinct machinal?
Si, comme il est nécessaire de le faire, nous distinguons les cellules en peliles, moyennes et grandies, nous devrons observer que ce qui vient d’être dit de leur construction et de leur forme, s'applique uniquement aux deux premières. En effet, les grandes, qu'on nomme aussi royales, outre qu’on n’en compte jamais plus de 27 (leur nombre étant ordinairement de 10 à 20), diffèrent des autres, sous plusieurs rapports. Elles sont en général oblongues, piriformes et très-amples. Rien n’est épargné pour leur solidité, et, dans leur construction, on ne se montre avare ni d'espace, ni de matière. Celle-
ci est employée avec une telle profusion que le poids d’une loge royale équivaut au moins à celui de cent cellules ordinaires; leur position ensuite est bien différente : au lieu d'être placées horizontalement comme les alvéoles des Ouvrières et des Mâles, elles le sont verticalement. Quelquefois elles ressemblent à une stalactite, et paraissent détachées du gâteau.
Ces cellules diffèrent aussi par l'époque de leur formation, et c'est ordinairement au printemps, et immédiatement après la ponte des Mâles, qu’on s’occupe de leur construction. L’observation a appris que la plupart des alvéoles, tant petites que moyennes, sont destinées à recevoir les œufs, qui doivent y prendre tout leur développement, et à contenir le miel et le pollen en provision. Les plus petites, situées à la partie supérieure de chaque gâteau, sont destinées aux larves d’Ouvrières. Les inférieures, plus étendues dans toutes leurs dimensions, et bâties à la suite des précédentes, doivent contenir les larves des Mâles; cl les troisièmes ou les plus grandes, les Vers royaux qui se métamorphoseront en Femelles ou Reines.
Ces cellules, à peine bâties et lors même qu’elles ne sont encore qu'ébauchées, reçoivent successivement un œuf. La ponte a lieu pendant toute l’année, mais principalement au printemps et dès le mois de mars, lorsque la température est un peu élevée. La Reine parcourt alors le» gâteaux, regarde et palpe avec ses antennes les cellules sur lesquelles elle passe, y enfonce profondément son abdomen, lorsqu'elle les trouve vides, et le retire, après y avoir déposé un œuf qu'elle colle par un de ses bouts au fond de l'alvéole. Elle pond d’abord dans les petites cellules des œufs d’Ouvrières; ensuite dans les cellules moyennes, des œufs de Mâles ; et, en dernier lieu, des œufs de Femelles dans les cellules royales.
11 n’est personne qui n’ait entendu parler des hommages rendus à la Femelle que l'on doit considérer plutôt comme une Reine, de la part des Ouvrières, surtout au moment de la ponte. Il est curieux de voir les soins assidus que lui rendent les Abeilles du cortège, pendant cette importante opération; elles la nettoient, la frottent avec leur trompe, et lui présentent de temps en temps du miel qu'elles dégorgent. S'il arrive que la Femelle soit très-féconde, et qu’au contraire les cirières soient en trop petit nombre pour bâtir une quantité de cellules égale à celle des œufs, la Femelle, pressée de pondre, en dépose deux, trois et même quatre dans la même alvéole. Les Ouvrières qui s’en aperçoivent ne tardent pas à enlever tous les œufs surnuméraires et à les détruire.
Les œufB sont oblongs, un peu courbés et d'un blanc bleuâtre. Une fois pondus, ils sontabandonnésaux soins de cette variété d’Ouvrières , qu’on appelle nourrices; assez semblables, pour les caractères extérieurs, aux Ouvrières cirières , elles en ditfèrent surtout par leur genre d'occupation : elles vont à la recherche du miel et du pollen, mais elles déposent toute leur récolte dans les magasins, et sont chargées exclusivement de nourrir la larve. Elles ne commencent leurs fonctions que lorsque les ver* 6ont éclos, c'est-à-dire, trois jours après qu'ils ont été pondus. Alors, selon Swammerdam, elle* apportent, à plusieurs heures du jour, une sorte de bouil-
lie, différente suivant l'âge de la larve. Elle est d’abord insipide et blanchâtre, puis légèrement sucrée, transparente cl d'une couleur jaune verdâtre; enfin elle devient très-sucrée; la quantité de celte bouillie est proportionnée d'une manière si exacte aux besoins du ver, que, selon Huber, il la consomme toujours en entier. Le même auteur a observé que le pollen était la véritable nourriture des larves; les nourrices en remplissent leur estomac, et le dégorgent sans doute après l'avoir uni à une certaine quantité de miel.
La nourriture varie non-seulement suivant les âges, mais encore suivant les sexes. Celle des Mâles et des Ouvrières parait analogue ; mais celle des larves de Reines est une bouillie toute particulière, dont l'influence sur le développement de l'individu est telle, qu'elle rend fécondes les Ouvrières qui en ont été nourries à l’état de larves. — Il n'est plus permis de douter de ce fait , depuis qu’Huber a confirmé les expériences de Riem et de Schirach. Ce dernier avait observé que lorsqu'une ruche se trouve privée de Reine, les Abeilles agrandissent , aux dépens des cellules voisines, les alvéoles de quelques Ouvrières, dans lesquelles se trouve une jeune larve, et qu’elles lui apportent en outre, avec abondance, une bouillie semblable à celle dont elles nourrissent les vers royaux; qu'enfin il naît bientôt de ces larves des Reines ou Abeilles femelles. — Si. pendant qu'elles sont occupées à.réparer une perte qui entraînerait celle de la colonie tout entière, on introduit uue Reine dans la ruche, aussitôt ces travaux cessent, comme si elles sentaient que leur précaution est devenue désormais inutile. — Riem avait remarqué un fait non moins extraordinaire : il vit plusieurs Ouvrières, absolument semblables aux autres, pondre des œufs dans les alvéoles. Huber observa le même fait, mais il remarqua que ces Ouvrières ne pondent jamais que des œufs de Mâles, et il supiiosa que celte fécondité est due à une petite portion de gelée royale, tombée comme par accident dans leurs étroites demeures, toujours situées au voisinage des cellules royales. Ces Abeilles ne deviennent fécondes que dans les ruches privées de Reines; car celles-ci ont graud soin de détruire ces chétives rivales. A ces différentes preuves, on peut en ajouter une dernière qui démontre jusqu'à l'évidence que les Abeilles ouvrières sont réellement des Femelles dont les organes génitaux et quelques autres parties n'ont pas atteint tout leur accroissement. En effet mademoiselle Jurine a reconnu et figuré des ovaires très-développés dans de petites Abeilles noires, ayant tous les caractères extérieurs des Ouvrières : et depuis elle a constamment retrouvé les mêmes parties moins développées, il est vrai, dans les Ouvrières ordinaires.
La larve ou le ver qui est l'objet de tant de soins, et qui nous présente des faits si remarquables , est blanchâtre; apode composé de quatorze anneaux, y compris la tète : celle-ci est munie, selon Réaumur, de deux mandibules rudimentaires, d'une lèvre supérieure et d'une lèvre inférieure trifide; la division moyenne de celte lèvre est redressée vers la partie supérieure, coupée carrément, et offre une échancrure de laquelle sort une lame charnue, qui contient dans son centre la fdière. Les deux divisions latérales sont de petites pointes aigues,
dentelées à leur face interne. Swammerdam a fait avec soin l'anatomie de cette larve. Nous renvoyons à son ouvrage déjà cité.
Ce ver, contenu dans l'alvéole, se nourrit de la bouillie que lui donnent les. nourrices. Après avoir changé plusieurs fois de peau, il arrive vers le cinquième jour au dernier terme de son accroissement ; pendant ce temps il s'est approché petit à petit de l'ouverture de sa loge, et u'en est plus qu'à deux lignes ; à cette époque les Ouvrières bouchent l'alvéole au moyen d'un petit couvercle de cire plus bombé pour les cellules de Mâles que pour celles d’Ouvrières ; le ver alors file en trentesix heures une coque de soie complète, lorsqu'il appartient à une Ouvrière ou à un Mâle , et incomplète s'il est dans une cellule royale. Trois jours après seulement il se métamorphose en nymphe. La nymphe est le passage de la larve à l'Insecte parfait, son organisation tient de l'un et de l'autre de ces états, et il est aisé, en suivant les descriptions de Swammerdam, de connaître les changements qu’éprouvent les divers organes, pour ce qui regarde les parties externes on remarque que leur durcissement ( qu'on nous passe cette expression assez impropre) se fait d'une manière progressive, et sur un certain nombre de points distincts; les petits yeux lisses et les yeux à réseaux prennent d'abord une teinte rouge; ensuite les épaulettes jaunissent. Les jambes, les épidèmes articulaires des ailes et des mandibules éprouvent, en troisième lieu, quelques changements dans leur consistance. Bientôt les parties de la trompe et les antennes présentent les mêmes phénomènes ; c'est alors que le thorax, qui tirait déjà sur le gris, prend petit à petit une teinte plus foncée; pendant ce temps l'aiguillon a subi des changements notables; scs dentelures se colorent les premières; enfin tout marche vers un certain degré de solidification , chaque pièce à sa manière , sauf certaines parties qui doivent toujours rester molles. Ce n'est que lorsque tous ces changements ont eu lieu , c'est-à-dire, sept jours et demi après la métamorphose en nymphe, que celle-ci se dépouille d'une sorte d’enveloppe qui I'cmmaillotlail encore , et qu'elle devient Insecte parfait, le vingtième jour après la ponte. Cet espace de temps est plus court pour les Femelles, qui ne mettent que seize jours à prendre tout leur accroissement. — L'Insecte a donc vu le jour , et pour cela il a dù successivement, et sans aucun auxiliaire, se débarrasser de son enveloppe , percer sa coque soyeuse et le couvercle de cire qui fermait son alvéole. A peine est-il né, les autres Abeilles lui prodiguent mille soins, l’essuient ou le lèchent, et lui offrent du miel. Il ne tarde pas lui-même, s'il appartient à la classe nombreuse des Ouvrières, à se mettre à l’ouvrage, et n’a pas besoin de leçons pour remplir ses devoirs ; son instinct est son maître : on le voit revenir sans aucun guide à son habitation, l'estomac gorgé de miel, et les corbeilles remplies de pollen qu'il a recueillis pour la communauté.
Un grand nombre d'Abeilles sont nées, l'habitation ne peut plus contenir tous les habitants; ce nombre est prodigieux ; car selon Réaumur une ruche peut contenir alors vingt-six mille quatre cent vingt-six Abeilles ouvrières, sept cents Mâles et une Femelle, sans compter un grand nombre d'individus répandus dans la cain-
pagne. Une émigration devient nécessaire, elle ne peut toutefois s’effectuer que lorsqu'une nouvelle Reine, qui remplacera celle qui va partir en télé de la colonie, est sur le point d'éclore ; quelles que soient les incommodités résultant de cette nombreuse réunion, le départ est toujours retardé jusqu'à cette époque. A peine cet événement attendu est-il arrivé, qu’un grand nombre d'Abeilles, ayant à leur tête la vieille Reine, abandonnent l'habitation. Cette colonie errante porte le nom d' Essai tu; les Insectes qui la composent ne tardent pas à s arrêter dans un endroit quelconque; souvent une branche d'arbre les reçoit; ils forment là une sorte de grappe ou de cône . en se cramponnant les uns aux autres au moyen de leurs pattes. Au moment où ce groupe se fixe, la Femelle reste ordinairement dans le voisinage et ne se réunit à la masse que quelque temps après. Ce moment doit être choisi par le cultivateur pour s’emparer de l'essaim et le placer dans une demeure convenable.
Le départ est précédé de phénomènes assez singuliers, et s’annonce par des signes non équivoques. Les Mâles, qui viennent de naître, se montrent en grand nombre; plusieurs milliers d'habitants, ne trouvant plus de place dans la ruche, se groupent par tas au dehors ; un bourdonnement particulier se fait souvent entendre, le soir et la nuit, dans l'intérieur de l'habitation, ou bien on remarque un calme qui n’est pas ordinaire; enfin, dès le matin du jour où la colonie doit s’expatrier, le calme est encore plus parfait, et le repos succède à l’activité générale qu'on remarquait la veille.
Les Abeilles qui doivent émigrer semblent ainsi prévoir l’heure du départ qui a ordinairement lieu vers le milieu du jour, par un temps chaud et un ciel pur; il semble aussi qu'elles jugent inutile d'entreprendre ou d'achever des travaux dont elles ne doivent pas jouir. La même inaction se remarque lorsqu'un essaim, s'étant établi dans une demeure et y ayant commencé quelques travaux , se décide cependant à l'abandonner. — Une ruche donne ordinairement, pendant le printemps, trois ou quatre essaims; quelquefois aussi elle n’en fournit aucun. Ceci a lieu lorsque les habitants sont en trop petit nombre; dans le premier cas, les vieilles Femelles se mettent toujours à la tête de la première colonie; les autres essaims ont lieu lorsque, de nouvelles Ouvrières et une nouvelle Reine étant nées, l’enceinte est de nouveau trop petite pour contenir la population. Ces émigrations se succèdent par conséquent dans des intervalles plus ou moins longs, mais qui ne dépassent pas neuf jours, et il est curieux de voir que les Ouvrières savent retarder la naissance des Reines jusqu'à ce qu'il soit éclos un assez grand nombre d'Abeilles pour former une nouvelle colonie : pour cela elles les constituent prisonnières dans leurs propres cellules, en renforçant le couverefequi bouche les alvéoles, et ne leur permettent d’en sortir que successivement et à quelques jours de distance les unes des autres; en vain les Femelles se débattent dans leurs cellules, en vain elles font entendre un son particulier ; elles ne les délivrent que lorsque le besoin les réclame; et ce qui est curieux c’est qu'elles leur rendent la liberté par date d'àgc, et que celles qui proviennent d'œufs plus anciens sont aussi délivrées les premières; elles ne laisseut pas, pendant cette captivité,
1 UICT. DES SOURCES XAT.
de leur prodiguer les soins indispensables à leur existence. Un trou pratiqué dans le couvercle de l’alvéole permet à la Femelle d’v passer l’extrémité de sa trompe; les Ouvrières qui s’en aperçoivent, dégorgent du miel et en répandent sur cet organe.
Nous avons rendu compte des phénomènes qui précèdent la sortie d’un essaim, et de quelques-unes des causes auxquelles semble due cette émigration. La cause prochaine du départ est l'antipathie ou plutôt la haine que les Femelles se portent réciproquement, et l’inquiétude qui en résulte pour les Ouvrières. Lorsqu'une Reine vient d'éclore, son premier soin est de se diriger du côté des cellules royales; elle voudrait les détruire, et en est sans cesse empêchée par plusieurs Ouvrières qui font la garde. Ces sentinelles vigilantes harcèlent de toute part cette Femelle, la poursuivent avec opiniâtreté ; ne sachant plus alors où se retirer, elle parcourt avec vitesse les gâteaux, met en mouvement toutes les Abeilles qu’elle rencontre sur son passage. L’agitation est bientôt générale; plusieurs individus se précipitent vers l’entrée de la ruche; la Reine participe à cette impulsion ; elle sort, s'envole, et est suivie par un grand nombre d'Abeilles.
La chaleur qui résulte de l’agitation dont nous venons de parler semble aussi contribuer pour beaucoup à la sortie des essaims. Le thermomètre de Réaumur, qui en été est ordinairement dans une ruche abritée de vingtsept à vingt-neuf degrés, s’élève dans ces circonstances jusqu’à trente-deux.
Ces causes réunies déterminent le départ d’un essaim, devenu d’ailleurs nécessaire par l’augmentation des habitants. On serait dans l’erreur si l'on pensait que le nombre des Femelles est toujours proportionné à celui des colonies. Celles-là sont toujours en plus grand nombre que ces dernières; aussi n’est-il pas rare d'en trouver deux et même trois dans un seul essaim. Si celui-ci se divise d’abord en autant de légions qu’il y a de Femelles, il ne tarde pas à se réunir en une seule troupe ; les Femelles, se trouvant abandonnées, prennent bientôt le même parti. Il y a donc dans ce cas plusieurs Femelles dans une même ruche; mais ce gouvernement ne saurait subsister. Les Reines, toutes les fois qu’elles se rencon trent, se livrent un combat à mort. Les circonstances qui accompagnent ce duel , les ruses qu’emploient les deux champions, le rôle que jouent les Ouvrières qui en sont spectatrices, mériteraient des descriptions détaillées qu’il nous est impossible de donner dans un article déjà trop étendu. Nous engageons à lire les détails curieux que nous a transmis lluher.
On verra que cet observateur n’est pas ici d’accord avec Réaumur sur l'accueil que font les Ouvrières à une Reine étrangère. Celui-ci prétend qu’une Reine est toujours bien reçue des Ouvrières, lluber dit au contraire que, si cette Femelle étrangère est introduite dans une ruche déjà pourvue d'une Reine, les habitants l’entourent, la serrent étroitement jusqu’à ce qu’ayant aperçu sa rivale, elle puisse la combattre à outrance. Si, dans une ruche privée de Reine, on introduit, dans les douze premières heures, une étrangère, elle est. selon lui, très-mal reçue; on la cerne également de toute part, et, cette fois, elle périt étouffée dans le massif qu’on a formé autour d’elle. Si au contraire l’introduction ne se
fait que vingt-quatre ou trente heures après, la femelle est accueillie avec tous les honneurs dus à son sexe, et traitée comme l'ancienne Heine.
Ce que les Abeilles redoutent le plus, c'est le froid. On sait que ces Insectes ont la faculté d’élever la trm- ' pérature en raison directe de leur nombre; ce nombre étant quelquefois trop petit l'hiver, pour élever la température à un degré convenable, elles périssent toutes, l.a vieillesse est une cause naturelle de leur mort. Le printemps et l'automne sont les époques où elle a lieu; et si les ruches ne se renouvellent pas ainsi tous les ans, cela a lieu au moins tous les deux ans , suivant l'abbé de La Ferrière et Réaumur.
Tout ce que nous avons dit des Abeilles s'applique à celle de notre pays c’est-A-dire, à l’Abeille inellifique. Apis melliflcn , Lin. Kab. Outre les caractères que nous avons indiqués, et qui appartiennent à tous les individus du même genre, on en remarque «le moins importants, qui servent à la distinguer des autres espèces. Elle est noirâtre. avec l'écusson et l'abdomen de même couleur; celui-ci offre à la base du troisième anneau et des suivants, une bande transverse et grisAtre formée par une sorte de duvet. Quelquefois |a base du second anneau qui suit le pédicule est rougeâtre. On la rencontre dans toute l'Europe, en Barbarie, en Amérique où elle a été naturalisée.
Les autres espèces d'Abeilles, les plus remarquables, qu'on a distinguées jusqu'à présent delà précédente, sont :
L'Abeii.i.e ligiriexxe, Apis liyuslica , Spinola, qui est cultivée dans toute l'Italie, et qui babite peut être aussi la Morée, l’Archipel, etc.
L'Abeille inicolore , Apis unicolor , Latreille, qui habite les Iles de France, de Madagascar et de la Réunion, et qui fournit un miel très estimé : le miel r ert.
L'Abeille ikdiexxb, Apis indica , Fab., que l'on rencontre au Bengale et à Pondichéry.
L'Abeille fascine, Apis faciata , Latr., qui est domestique en Égypte.
L'Abeii.i.e i’Amssoi, Apis Adansonii, Latr., quia été trouvée au Sénégal.
L'Abeille de Pérou, ApisPeronii, Latr., qui se trouve A Timor.
ABEii.LKs-BoiRDoas. V. Bourdox.
Abf.illls k rid de meibrare soyeise. V. Hvléf. et COLLETE.
ABEILLES CUARPETTIERES, XEIUIlSItBES, PERCE-BOIS ET VIOLETTES. V. XYLOCOPE.
ABEILLES TAPISSIÈRES. V. OSMIK.
ABELAN1E. bot. S. de Noisetier. F. Colorier.
ARÉLIE. Abelia. bot. G. delà fam. des Capri foliacée», Didynam. Gymnosp., établi par R. Brown, pour trois arbrisseaux de la Chine, auxquels il a assigné les caractères suivants : tube du calice oblong. son limbe foliacé à deux ou cinq divisions oblongucs; corolle tubuleuse, iufuudibulaire, A cinq lobes antérieurs et presque égaux ; étamines didynames ou presque égales; ovaire A trois loges, dont deux polyspermes, mais presque toujours stériles par avortement, la troisième ne renfermant qu'une graine; devenu péricarpe, il est entouré et couronné par le limbe foliacé du calice. Ces arbris-
seaux sont grêles , faibles et incapables de se soutenir sans tuteur; les feuilles sont pétiolées. dentelées crénelées. Les pédoncules sont ordinairement axillaires, trichotmnes ou tritides, quelquefois indivis; les Heurs qu'ils portent ont un involucre com|>o.>é de plusieurs folioles en nombre indéterminé.
ABKLLA. bot. S. de Bananier.
ABEI.-MOLI’CH. bot. S. de Ricin d'Afrique.
ABEL-MOSCU. bot. Espèce du G. Ketmie, que Robert Brow n en a distraite pour former le type d'un G. nouveau, que, dans l'herbier de Banks, il avait précédemment nommé IJamia; nous ignorons si ce genre, qui offre d'ailleurs des caractères très peu tranchés, a été adopté par tous les bol a iiu les ; mais nous tramons dans les plantes rares, publiées par Wallich. un abelmoschus crinitus , décrit comme originaire des montagnes de Prome, où il a été découvert par lui.
ABE.MA. bot. S. de Slachylarphela.
ABER. Moll. Espèce du G. Moule.
ARER AS. bot. S. d’Ananas.
AHERKMOA. rot. G. établi par Aublet et réuni ail G. Guatteria par De Candolle.
ABEREMOU. bot. S. de Pérébée.
ABESODÉ. bot. Pi. vulg. de la Nigelle de Damas.
ABG. bot. S. d'Asphodèle rameuse.
ARIA. ns. G. d’ilyménoptères. établi dans la fam. des Serrifères. par Leach qui le caractérise ainsi : tète petite. plus étroite que le corselet; yeux très- rapprochés; premier segment de l'abdomen entier; les deux épines terminales des jambes tronquées; lèvre cornée; mandibules arquées et dentées; trompe courte et trifide; doux cellules radiales et allongées, deux cellules cubitales. Ce G. a pour type le cimbex fa scia la de Fahricus.
A RI I.S. bot. V. SâNW.
ABIÉTINK. Matière particulière, obtenue par Caillot , de l'analyse du sapin, ou plutôt de son suc résineux, appelé térébenthine.
ABlETINEES. bot. y. Coxifères.
A Bit. 1>G A Alt 1)1 A. bot. G. formé |»ar Yahl (Enum. Il, p. 296) aux dépens des Souchcls, donl il diffère par les écailles des Heurs, imbriquées sur deux rangs; par scs semences aruininées et par la base trigone et persistante du style. Brow n a ajouté deux esp. aux deux existantes, et toutes sont de la Nouvelle-Hollande.
ABIME oi; ARYME. gèol. On donne ordinairement ce nom à des gouffres profonds, à des grottes obscures et rapides. A de grands trous perpendiculaires où l'on n'a point osé pénétrer, à d’antiques excavations qui s’enfoncent en terre d'une manière plus ou moins verticale, A des cratères de volcans, soit brûlants, soit éteints, ou A des lacs circonscrits entre des rochers, et dont la sonde n’a pas trouvé le fond. Diverses causes locales ont déterminé la formation de ces abîmes qui, en général, jouent un rôle trop superficiel dans la structure du globe pour fixer longtemps l'attention du géologue, et pour que nous citions ceux auxquels les récits exagérés des voyageurs ou la crédulité publique ont donné de la célébrité.
ABIRAkü. bot. S. de Prenanthes.
AB .iMA.BOT.G.dela Polyandrie polygynie de Linné, établi par Aublet. pour un arbre de la Guyane, liant de quarante à cinquante pieds, qu'il y a observé, et qu'il a