‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles presentant la definition, l'analyse et l'histoire de tous les etres qui composent les trois regnesChapitre 13 sur 148 · M AM · texte numérisé non relu

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dénominations des organes. » Il applique ensuite les mêmes idées à la formation des ordres et des familles, et divise les Mammifères qu’il nomme animaux à sens ou Sensiers, en cinq ordres : I. Les Germiers, divisés en Spermiers, liciers , et Fétiers (ce sont les Rongeurs);

— II. les Sexicrs (les Insectivores et les Marsupiaux);

— III. les Enlrailliers (les Monotrémes et les Édentés);

— IV. les Carniers (les Cétacés, les Ruminants, les Pachydermes); — V. les .Sews/crs (les Carnassiers amphibies, plantigrades, digitigrades, et Chéiroptères; les Quadrumanes et l'Homme).

Telles sont les principales méthodes publiées successivement par les mammalogisles; mais celle de Cuvier a généralement été considérée comme la meilleure. Néanmoins, on pourrait sans doute encore la perfectionner en adoptant quelques unes des modifications proposées depuis sa publication par d'autres zoologistes. Ainsi les Monotrémes paraissent devoir être séparés des Édentés, et constituer, sinon une classe, du moins un ordre bicri distinct; et les Chéiroptères, les Marsupiaux, les Gravigrades et les Solipèdes doivent peut-être pareillement être considérés comme formant des degrés d'organisation particuliers. Enfin, peut-être en est il aussi de même des Cétacés herbivores dont l'organisation est si différente, à tous égards, de celle des vrais Cétacés.

Il resterait maintenant, pour compléter l'histoire de la Mammalogie, à donner une idée des travaux des auteurs qui ont le plus contribué à scs progrès par rétablissement de nouveaux genres, par la distinction et la description d'espèces nouvelles, cl par des observations sur les mœurs, sur les caractères, et principalement sur l'organisation des animaux déjà connus; en un mol, de ceux qui se sont plutôt occupés de découvrir les faits que de les classer. Ce genre de recherches forme véritablement la plus belle partie de l'Histoire nalure!le;ou plutôt il constitue véritablement la science, s'il est juste de dire que les faits sont les matériaux qui composent cet admirable édifice, tandis que les méthodes seraient plutôt comparables aux échafaiidagesdrcssés pour sa construction. Mais il n'est pas possible d’analyser ici les utilestravaux de ces naturalistes, à cause de l'immensité des détails; on ne pourrait d'ailleurs que répéter ce qui a été dit ou ce qui le sera dans l'histoire particulière de chaque genre où l'on s'est efforcé de ne rien omettre de tout ce qui a paru de plus intéressant et de plus susceptible de concourir au but comme à l'utilité de ce Dictionnaire, soit dans la publication des travaux tout à fait neufs, soit dans des additions et des rectifications aux travaux antérieurs. Au reste, ceux qui ont le plus enrichi la science de faits et d'observations, sont aussi pour la plupart ceux qui ont le plus contribué au perfectionnement de ses méthodes.

MA.MMEA. bot. Genre de la famille des Gutlifères, qui présente : un calice de deux folioles colorées et coriaces; quatre pétales ovales de même consistance; des étamines nombreuses, à filets courts, terminés par des anthères minces et oblongues; un style cylindrique, persistant, que surmonte un stigmate en tête; une haie charnue à l'intérieur, et renfermant, dans une loge

unique, quatre graines dont il n'est pas rare de voir plusieurs avorter. Les espèces de ce genre, dont trois ont été décrites, sont des arbres originaires de l'Amérique, qu'on a observés soit au Mexique, soit dans les îles de son golfe. Leurs feuilles, opposées et grandes, présentent ces veines transversales, droites et parallèles, qui caractérisent la plupart des végétaux de cette famille. Les fleurs naissent solitaires ou géminées à leurs aisselles; les unes sont hermaphrodites, les autres mâles seulement.

MA3IMIFÈRKS. J/awima/m.zooL. La première classe du règne animal , celle qui comprend les animaux les plus semblables à l'Homme, et les plus rapprochés de lui par la perfection de leur organisation et par le haut degré de leur intelligence, présente le tableau général des Mammifères. Linné, dont les travaux mamraalogiques sont encore, comme tous ceux dont il a illustré les diverses branches de l'Histoire naturelle, la règle et la base de toute classification , et qui devina par la force de son génie ce que des travaux sans nombre et de profondes recherches ont démontré depuis, a le premier établi celte classe, eu réunissant aux Quadrupèdes vivipares les animaux marins connus sous le nom de Cétacés. Ces êtres, semblables aux Poissons par leurs formes générales, vivant comme eux au sein des mers, ne pouvant non plus quitter le milieu aquatique sans perdre promptement la vie, respirent cependant Pair en nature, et se rapprochent par l'ensemble de leurs caractères et par l'essentiel de leur organisation, de ces animaux terrestres dont ils paraissent si différents. Bernard de Jussieu avait le premier senti ce rapport; Brisson, en formant des Cétacés la seconde classe du règne animal, les avait déjà placés, d'après les idées de l'illustre auteur de la Méthode naturelle des Végétaux, près des Quadrupèdes vivipares : Linné fil plus encore en embrassant sous le nom commun de Mammalia, toutes les espèces à mamelles.

Les Mammifères, a dit en effet l'illustre naturaliste suédois, sont tous les animaux qui ont le cœur à deux ventricules et à deux oreillettes; le sang chaud et rouge; des poumons; les mâchoires horizontales et cachées, soit par des muscles, soit par des téguments; ordinairement des dents enchâssées; un pénis susceptible d'intromission , les femelles étant d'ailleurs vivipares, et allaitant leurs petits; une langue, des yeux, des oreilles, des papilles pour organes des sens. Les téguments sont des poils* peu abondants chez les espèces des pays chauds, en très-petit nombre chez les aquatiques; les membres sont des pieds, généralement au nombre de quatre; mais dans les espèces tout à fait aquatiques, la paire postérieure manque complètement ; enfin il y a ordinairement une queue.

Tels sont les caractères généraux assignés par Linné à la classe des Mammifères; mais on voit que, si l’on failabstraclion de tous ceux qui, ne lui appartenant pas en propre, ne peuvent servir à sa distinction, le nombre de ceux qui s’appliquent à tous les individus, est fort restreint. Et, en effet, ceux même qui ont le plus de généralité, et qu'on serait tenté de regarder comme véritablement classiques, viennent cependant à manquer dans quelques espèces. C'est ce que Linné avait

bien reconnu lui même. Le caraclère de l'existence de» mamelles, caraclère qu’il regardait ou comme le plus important, ou comme le moins variable, puisqu'il en a tiré le nom de la classe, n'était pas même, suivant les idées de son temps, généralement applicable à tous les individus : on croyait que le Cheval mâle manquait de ces organes. Cependant les anomalies qu'on observe chez un petit nombre d'espèces , comme l'absence des dents chez les Fourmiliers; celle des poils et des membres postérieurs chez les Dauphins; même celle des poils, des membres postérieurs cl des dents chez les baleines, prouvent seulement que les .Mammifères ne forment pas une classe bien naturelle, et n'empêchent pas qu'on ne doive réunir tous ces êtres d'ailleurs semblables par l'essentiel de leur organisation. Ainsi, et celle comparaison rend bien ta pensée, on voit assez fréquemment des Chiens qui ont cinq doigts aux pieds de derrière comme à ceux de devant, eL d'autres qui ont sept molaires au lieu de six à la mâchoire supérieure; quelques individus réunissent même quelquefois ces deux anomalies; personne ne balancera cependant à reconnaitre en eux des Chiens, parce que leur organisation est toujours néanmoins dans son essentiel celle de ces animaux. Au contraire il peut arriver que des êtres constitués à quelques égards comme les Mammifères, et conservant même une portion de leurs caractères extérieurs, soient cependant modifiés plus profondément, et tellement même qu'on ne puisse plus les considérer comme appartenant à celte classe. Tel parait être le cas de ces Quadrupèdes de la Nouvclle-liollande, connus sous le nom de Monolrèmes, qui offrent la réunion singulière d'une portion des caractères des Mammifères, des Oiseaux et des Reptiles, et qui doivent former une classe à part , s'ils sont réellement Ovipares, comme sembleraient le prouver les recherchesplusieurs fois inutilement répétées de ceux qui ont voulu trouver les mamelles, et les témoignages des naturels de la Nouvelle Hollande, qui assurent avoir connaissance de leurs œufs.

Quoi qu'il en soit au reste des variations de quelques caractères plus ou moins importants chez les Mammifères, la nécessité de leur réunion, telle qu'elle a été proposée par Linné, est bien certaine, et a été sanctionnée par les recherches approfondies auxquelles on s’est livré avec tant de succès dans ces derniers temps sur l'ensemble de l'organisation, et particulièrement sur le squelette et sur le système nerveux.

De l'orgamsatiox des MiUuiifères.

De leurs formes générales.

Il n'est aucune classe où l'on rencontre, sous le rapport du volume, des variations aussi grandes entre les différents êtres qui la composent. On sait que le plus grand des animaux, In Baleine, est un Mammifère; il en est au contraire d'autres, comme quelques espèces de Rats, et surtout de Musaraignes, dont la taille excède à peine la huit-centième partie de celle de la Baleine. Les plus grandes espèces se trouvent parmi les Aquatiques : on conçoit bien eu effet que des animaux qui vivent et sc meuvent dans un milieu dont la densité égale presque celle de leur corps, peuvent acquérir un volume et un poids plus considérables que ceux qui

vivent sur le sol, et à plus forte raison que ceux'qui s’élèvent dans les airs. Parmi les espèces terrestres, les Herbivores sont celles dont les dimensions sont les plus considérables, les plus petites étant généralement celles qui ont reçu les noms de Rongeurs et d'insectivores ; enfin les Quadrumanes et les Carnassiers ont une taille moyenne. Est-il juste de dire, à l'égard de ces derniers, que l’équilibre de la nature ne pourrait subsister sans celte proportion, les Carnassiers devant avoir assez de force pour vaincre les autres animaux, sans avoir une I taille qui puisse entraîner la destruction des espèces j herbivores?

Les proportions du corps varient aussi beaucoup. Très-court et trapu chez certains Ruminants, chez quelques Rongeurs et quelques Marsupiaux, il est au con- : traire quelquefois Irès-gréle et très-allongé, comme ! chez la plupart des Carnassiers, et particulièrement , chez lous ceux qui se nourrissent essentiellement d'une proie vivante : disposition dont on se rend très bien compte par l'agilité dont ils ont hesoiu. Mais les espèces les plus allongées sont, comme cela a lieu également dans toutes les classes, suivant la remarque de DIain ville, les espèces aquatiques, comme les Cétacés, les Lamantins, les Phoques et les Loutres; les premiers, c'est-à-dire ceux qui vivent toujours dans l’eau, et que Linné nomme Species merà aguaticœ , étant même tout à fait ichlhyoldes, et ayant même été longtemps pour cette raison confondus avec les Poissons.

Selon Geoffroy S'-Hilaire, père du savant naturaliste à qui est dù cet article ainsi que celui Mammologie, une autre observation, appliquahle à l’universalité des êtres, et expliquée parfaitement par sa loi du balancement des organes, est celle du développement de la colonne vertébrale, qui se fait toujours en raison , inverse de celui des membres. Ainsi , les espèces chez , lesquelles les membres postérieurs manquent tout à fait, les Cétacés, sont précisément celles dont le corps est le plus allongé; les deux paires sont presque rudimentaires chez les Phoques, très-courtes chez les Loutres, et courtes chez tous les Carnassiers dont le corps a beaucoup de longueur, chez tous les Venniformcs par exemple. 11 faut toutefois remarquer que plusieurs genres étant plantigrades, leurs membres se trouvent raccourcis pour eux de toute la longueur du carpe et du métacarpe, et peuvent ainsi avoir plus de brièveté que chez les Digitigrades, sans être réellement moins développés. Les deux paires de membres sont d'ailleurs souvent d'une longueur fort inégale : les antérieurs sont d’une longueur considérable chez les Gibbons; et ils sont fort courts chez les Kanguroos cl les Gerboises, où les postérieurs acquièrent au contraire un développement considérable. Les espèces dont les membres postérieurs ont beaucoup de longueur, sautent avec une grande facilité, comme les Lièvres, les Kanguroos et les Gerboises. Chez celles qui ont au contraire les antérieurs plus allongés, comme la Girafe, les Hyènes, le Protêlc, les Bradypes, la marche et surtout' la course sont difficiles et gênées : aussi a-t-on dit également et de la Girafe et des Hyènes, que ces animaux boitent en marchant.

On distingue généralement, dans les Mammifères, la

tête, le col, le tronc, la queue et les membres : beaucoup d’espèces manquent cependant de queue; et chez quelques-unes, comme chez les Cétacés, le col est con- i fondu avec le tronc. Mais, ainsi que Geoffroy S‘-llilaire l’a remarqué, c'est un caractère classique des Mammifères d'avoir le tronc, ou du moins les principaux viscères, sous le milieu de la colonne vertébrale, et non pas, comme les Oiseaux, sous l'extrémité de la colonne et sous le coccyx, ou, comme les Poissons, sous les premières vertèbres cl sous la tète. Celle disposition explique plusieurs faits organiques : ainsi on voit, par exemple, pourquoi le nombre des vertèbres cervicales est constamment le même chez tous les Mammifères, tandis qu’il tarife d’une espèce à l’autre dans les autres classes, comme chez les Oiseaux, où celui des vertèbres coccygiennes devient au contraire plus constant.

Enfin tous les Mammifères sont à l'extérieur parfaitement symétriques, et on ne trouve parmi eux aucune de ces anomalies qui rendent si remarquables les Bec- Croisés parmi les Oiseaux, et surtout les Plcuronecles parmi les Poissons. Le Narval seul parait faire exception, à cause de sa longue défense non placée sur sa ligne médiane. Mais celle exception même est plus apparente que réelle : tous les jeunes sujets ont d'abord j deux dents placées symétriquement de chaque côté, cl quelques individus les conservent meme pendant toute la durée de leur vie. Celte considération avait porté Storr à substituer au nom de Monoiton, donné ordinairement au Narval par les auteurs systématiques, celui de Diudon qui lui paraissait plus exact, mais qui ne pouvait être adopté, parce qu'un genre de Poisson l'avait déjà reçu.

Du squelette.

La portion du squelette, qu’on peut regarder comme la plus essentielle, parce qu’elle existe le plus constamment, est celle que Blaiuville embrasse sous le nom de Portion centrale supérieure au canal alimentaire; c'està-dire la colonne vertébrale et la tète, ou, si4'on veut, l'axe vertébral : car, suivant Okcn, Üuméril, et la plu- 1 part des anatomistes modernes, la (été doit elle- même être considérée comme une portion de la colonne vertébrale, ou plutôt comme une réunion de vertèbres, ne différant de celles qui composent la colonne vertébrale, que par leur immobilité, cl par le développement considérable de leurs éléments; développement qui tient à celui de la partie correspondante de l'axe central du système nerveux, ou le cerveau. D’après celte manière de voir, le squelette se trouverait seulement divisé en deux portions: l'axe vertébral et les appendices; l une, toujours existant et toujours formée du même nombre d'éléments chez tous les Vertébrés, et même chez line portion des Articulés, l’autre, sujette à d'importantes variations.

La colonne vertébrale est généralement formée de vertèbres de deux sortes : les unes mobiles, les autres immobiles, c’est à-dire, qui, étant articulées par des moyens divers, mais toujours d'une manière fixe, ou même étant tout à fait soudées avec les vertèbres voisines, ne peuvent se mouvoir sans elles, et sont toujours. à leur égard, dans les mêmes rapports et dans la

7 dict. Dts sciEvr.cs ns t.

même position. Les vertèbres mobiles sont, au contraire, simplement unies à leurs voisines, par des fihrucarlilages interposés entre leurs corps, par des ligaments et par des muscles.

C’est de cette seconde sorte de vertèbres que sc trouve composé, dans sa plus grande partie, l’axe vertébral des Mammifères : il est d'ailleurs susceptible de mouvements plus ou moins variés et plus ou moins étendus, suivant les espèces, et dans la même espèce, suivant les régions où oii l’observe. Quelques segments sont cependant formés de vertèbres immobiles . telles sont chez l'Homme, et chez la plus grande partie des Mammifères, les crâniennes et les sacrées, ou celles qui servent à l'articulation des membres pelviens. Les crâniennes ont d'ailleurs un caractère qui leur est propre, eu ce que chacune d'elles n’est pas seulement eu contact avec celle qui la suit, et avec celle qui la précède immédiatement; disposition qui explique pourquoi les anatomistes ne s'accordent pas entre eux sur le nombre des vertèbres de la tète, ni sur les pièces qui doivent entrer dans la composition de chacune d'elles.

On trouve généralement chez les Cétacés, quelquesunes et quelquefois la totalité des vertèbres cervicales, soudées ensemble, et souvent même tellement confondues qu’on hésite sur leur nombre réel. Au contraire, dans tout cet ordre, le membre postérieur ne consistant plus que dans quelques osselets, ou même manquant tout entier, il n’y a plus de sacrum, c’est-à-dire que les vertèbres sacrées sont mobiles connue les lombaires et les caudales. Il résulte de celle disposition qu'on ne peut plus distinguer alors en lombaires, sacrées et caudales. celles qui suivent les dorsales.

Au contraire, à l'exception des Cétacés, et aussi d’un très-petit nombre, d'espèces qui manquent entièrement de coccyx, on peut, chez tous les Mammifères, diviser l’axe vertébral en portions crânienne, cervicale, dorsale, lombaire, sacrée et coccygienne ou caudale. Voici quelques considérations sur le nombre et la forme des vertèbres dans chacune d'elles.

Portion crânienne ou crâne. Les os qui composent le crâne sont très-nombreux, mais beaucoup moins cependant que chez la plupart des autres Vertébrés, et surtout que chez les Poissons. D'après les derniers travaux de Geoffroy Saint -Hilaire, le crâne (non compris la mâchoire inférieure) est composé de sept vertèbres formées chacune d'une pièce centrale, avec quatre pièces latérales de chaque côté; ce qui donne le nombre total de soixante-trois os, ou plutôt de soixante-trois éléments vertébraux : car il s’en faut bien que les os crâniens. dans le sens qu'on attache ordinairement à ce mol. soient aussi nombreux chez les Mammifères adultes et surtout chez l’Homme. Chaque élément vertébral forme bien une pièce ù part chez les Vertébrés inférieurs. comme chez les Poissons, pendant toute la durée de leur vie; mais il n'en est ainsi chez les supérieurs, et surtout chez les Mammifères, que dans leur état fœtal. Plus l'étre est avancé en âge. pins le nombre de ses os diminue, parce que chacun d'eux tend à se réunir et à se confondre avec ceux qui l'avoisinent. Ce n’est même qu'à une époque très-reculée delà gestation, que chaque élément vertébral est un os à part chez les Mammifères

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‘ cl clie* l'Homme ; el un grand nombre de pièces se soudent presque au moment de leur formation, taudis que d’autres restent isolées jusque dans un âge très avancé. Aussi le nombre des os. lorsqu’on donne à ce mot un sens différent de celui d’élément vertébral, n*esl-il qu’une chose tout ù fait arbitraire. Et par exemple, la plupart des anthropotomistes disent, avec Bicbat, que le crâne de l’Homme est formé de vingt os, le coronal, l’occipital, les deux pariétaux, les deux temporaux, l’ethmoide, le sphénoïde, les deux maxillaires supérieurs, les deux malaires, l’os du nez, les deux unguis, le vomer, les deux cornets inférieurs et les deux palatins. Mais on pourrait également admettre un nombre de pièces plus considérable. Le coronal est jusque dans un âge assez avancé formé de deux pièces, et beaucoup d’individus ont pendant toute leur vie deux frontaux. Il en est à peu près de même de l’os du nez. D’un autre côté, ou pourrait aussi admettre un moindre nombre de pièces. Le malaire se soude fréquemment au maxillaire; les deux pariétaux ne forment également qu’un os chez beaucoup d’individus; enHn, chez beaucoup d’autres même, on pourrait dire chez tous ceux dont la vie est assez prolongée, le coronal. les deux pariétaux, l’occipital et le sphénoïde se soudent tous ensemble et ne forment plus véritablement qu’une seule pièce Sœmmeriug a même déjà proposé de ne considérer l’occipital el le sphénoïde que comme formant un seul os qu’il nomme sphéiioccipital.

Au reste, ce qu’on reconnaît en comparant ensemble des individus de la même espèce, est encore rendu bien plus évident par des comparaisons faites entre des espèces voisines. Si l’on compare, par exemple, un Singe de l’ancien monde avec un Singe d'Amérique, le premier n’a qu'un seul os du nez; la réunion de scs deux moitiés est opérée avant même la chute des dents de lait; le second conserve au contraire deux nasaux bien distincts à peu près pendant toute la durée de sa vie : ce n'est que dans un Age très-avancé qu'ils viennent à se souder. Pour celle différence, el pourquelques autres aussi légères, doit on dire que l'un a un nombre d'os plus considérable que l'autre? Oui, sans aucun doute, dans le sens qu'on attache ordinairement ù ce mot; et cependant, nous sommes bien certainement sûr des organisations identiques; il y a bien le même nombre d'éléments vertébraux; il y a bien unité de composition organique.

Ce que montre évidemment la comparaison de deux animaux de la même famille, est précisément ce qui se trouve établi par les recherches de Geoffroy Saint- Hilaire, non seulement pour tous les Mammifères, mais pour l'ensemble des Vertébrés. Tous ont le même nombre de pièces crâniennes, d'éléments vertébraux; mais ces pièces sont tanlùl isolées, tantôt réunies avec d'autres, el leurs proportions, leurs formes cl leurs combinaisons de soudure sont variables à l’infini. Toutefois, au milieu de ces transformations, elles conservent toujours les mêmes connexions et les mêmes rapports.

Indiquer toutes les différences que présentent, dans la série des Mammifères, toutes les pièces crâniennes, serait une chose impossible dans un article général tel que l’est celui-ci. Il faut cependant faire connaître

les modifications principales. Les Mammifères se distinguent généralement par le volume de leur encéphale; aussi toutes les pièces qui correspondent à celle partie de l’axe cérébro-spinal, ou celles qui composent le crâne proprement dit, sont-elles beaucoup plus développées que chez les Oiseaux et surtout que chez les Reptiles. Par suite, les os de la face dont l’étendue est toujours en raison inverse de celle du crâne, sont peu considérables. Ces caractères sont surtout exagérés chez l’Homme, celui de tous les êtres qui a le crâne le plus grand et la face la plus petite, à cause du volume considérable de son cerveau. Ceux des Mammifères qui se rapprochent le plus de l’Homme sous ce rapport, comme les Quadrumanes, sont aussi généralement ceux chez lesquels ces proportions sont les plus frappantes. Quelques espèces font cependant exception : tel est l’Éléphant, dont le cerveau n’est pas très-volumineux, et dont le crâne est cependant très-étendu, à cause de la grande épaisseur du diploé de ses os du front. C’est un des faits qui prouvent le mieux que la grandeur de l'angle facial [r. Craxe) n’est pas toujours rigoureusement en rapport avec le volume du cerveau, quoique d’ailleurs on ne puisse nier que les animaux qui ont cet angle le plus grand ne soient ordinairement ceux qui ont le développement cérébral le plus considérable, et généralement aussi le plus d’intelligence. Les anciens avaient même parfaitement saisi ce genre de relations; cl ils représentaient toujours avec l’angle facial très-ouvert, ceux à qui ils voulaient imprimer le caractère d’une majesté cl d'une intelligence plus qu’humaines. Ainsi, tandis que celui d’un Européen ne surpasse pas 80° environ, ils donnaient 00° aux héros et aux demi dieux, et beaucoup plus encore aux dieux.

Vertèbres cervicales. Elles sont toujours au nombre de sept chez les Mammifères; le Bradype Aï qui en a neuf, fait néanmoins exception à cette loi. Cependant, malgré la constance du nombre de ces os, comme leurs dimensions sont très-variables, le col présente aussi relativement â sa longueur une multitude de variations. Chacun sait qu’il est considérable chez la Girafe, les Chameaux, les Lamas, où les vertèbres sont beaucoup plus longues que larges. Il est au contraire d'une extrême brièveté chez tous les Cétacés, qui les ont soudées el très-minces ; c’est â peine si elles ont, chez quelques Dauphins, l’épaisseur d’une feuille de papier. Les apophyses épineuses manquent dans quelques genres d’insectivores. Elles sont au contraire trèsdéveloppées dans beaucoup d’autres espèces, où elles donnent, ainsique celles des vertèbres du dos. insertion au ligament cervical. Ce ligament, qui va s’attacher à l’occipital et soutient la tète, qui tendrait par son propre poids à tomber en avant, est d’autant plus nécessaire cl aussi d’autant plus considérable que la tète est plus pesante, et que le trou occipital se trouve plus reculé en arrière. Il est très-considérable chez les Carnivores, plus encore chez le Cheval el surtout chez l'Eléphant. On a nié l’existence de ce ligament chez l’Homme: il y existe cependant, mais rudimentaire. Sa station habituellement verticale et la position trèsanléricure de son grand trou occipital, foulque la tête est soutenue en équilibre sur la colonne vertébrale ,

par son propre poids, et sans avoir besoin du secours du ligament cervical.

Vertèbres dorsales. Quoique leur nombre ne soit pas aussi constant que celui des cervicales, on doit cependant lui donner une grande attention. En effet, ces vertèbres étant celles qui portent les côtes, elles se trouvent ainsi en rapport avec l'étendue de l'organe respiratoire. L’iïommeen a, comme chacun sait, douze, et tous les Quadrumanes en ont généralement de douze à quatorze, à l’exception du Loris grêle, qui eu a quinze. On retrouve aussi h peu prés ces nombres chez tous les Carnassiers, les Rongeurs, les Ruminants, les Cétacés eux-mêmes, et la plupart des édentés. Au contraire, les Pachyder mes en ont généralement un beaucoup plus grand nombre; par exemple, le Cheval en a dix-huit, le Rhinocéros dix-neuf, l'Éléphant et le Tapir vingt, et le Daman vingt et un. 11 est cependant encore un quadrupède qui en a un plus grand nombre : lTnau ; quoique tous les autres Edentés, et même ses congénères en aient seulement quatorze, quinze ou seize, ce Bradype en a en effet jusqu’à vingt-trois.

Les apophyses épineuses dorsales manquent chez les Chauves-Souris, de sorte que les vertèbres ne présentent en arrière aucune aspérité. Elles sont très-grandes chez tous les quadrupèdes dont la lêlcest très pesante, comme chez le Rhinocéros et l'Éléphant, et aussi chez ceux où elle est portée sur un cou très allongé, comme chez la Girafe. On croit communément qu’elles soutiennent la bosse chez le Chameau . le Dromadaire et le Zébu, et on est d'autant plus porté à le croire, que les apophyses épineuses des premières dorsales sont très-allongées. C’est néanmoins une erreur . la bosse de ces animaux est entièrement formée de graisse, et les apophyses épineuses ne sont pas moins allongées dans les autres espèces des mêmes genres, où il n’y a pas de bosse. Cette longueur n’a en effet pour objet, comme on l’a déjà indiqué, que de donner attache au ligament cervical , nécessairement très-développé dans tous ces genres, à cause du poids de la télé.

ün fait bien remarquable serait la disposition de ces mêmes apophyses chez le Gaour; cl si la Notice envoyée de l'Inde à Geoffroy Saint-Hilaire et publiée en France par ce naturaliste (.lourn. compléta. Sc. Méd., août 1822), ne contient que des faits bien exacts, il existerait en effet dans les montagnes de Minc-Poul, dans l’Inde, un Bœuf sauvage connu des Anglais sous le nom de Gourou Gaour, et des naturels du pays sous ceux de Purozah, de Pareeoch ou de Gourier (suivant l’Age ou le sexe des individus), et qui aurait, dit la No lice citée, « une série d’épines répandue sur son dos, qui prend ù la dernière vertèbre du cou, et qui finit en s’abaissant vers la moitié du corps. Ces pièces sont élevées d’au moins six pouces au delà de la véritable échine, et semblent un prolongement des apophyses épineuses des vertèbres dorsales. «

Vertèbres lombaires. Leur nombre est variable comme celui des dorsales : l’Homme en a cinq ; mais beaucoup d’espèces eu ont un plus grand nombre; beaucoup d’autres, au contraire, quatre, trois, ou nié irie deux seulement, sans que tous ces nombres paraissent en rapport avec les affinités des diverses famil-

le! naturelles. Celui de tous les Mammifères qui en a le plus, est le Loris grêle; et c'est même principalement à ce grand nombre de vertèbres qu’il doit sa gracilité.

Vertèbres sacrées. Leur nombre varie comme celui des lombaires; mai* aucun Mammifère n’en a plus de sept. Les apophyses épineuses sont très courtes chez ! Homme et les Singes; elles se rapprochent et forment une crête continue chez le Rhinocéros et chez la plupart des Ruminant*. Le sacrum, ou l’os formé de la réunion des vertèbres sacrées, est d’ailleurs généralement beaucoup plus étroit «(lie chez l’Homme, et forme, avec l’épine, une ligne droite : il est plus allongé chez les espèces qui se tiennent souvent dans la situation verticale, comme chez les Singes, les Bradypes et même les Ours.

On a déjà vu qu’il n’y a pas de sacrum chez les Cétacés les vertèbres post-dorsales, qu’on ne peut plus ainsi distinguer en lombaires, sacrées et caudales, sont assez nombreuses. Les apophyses épineuses des premières de ces vertèbres sont très-fortes, parce qu’elles donnent attache aux muscles eoccygiens, qui deviennent, à cause de l’absence des membres postérieurs, et comme Hs le sont également chez les Poissons, les principaux agents de la locomotion Ainsi, sous ce rapport, les Cétacés se trouvent réaliser par leurs organes de locomotion, les conditions ichlbyologiques. El en effet, vivant comme les Poissons dans le milieu aquatique, sc trouvant placés dans les mêmes conditions physiques, et astreints au même mode de progression, la nature, toujours amie de l’unité, leur a donné les mêmes formes, les mêmes proportions, et a imprimé de semblables modifications à leurs organes. On verra cependant que ces organes de locomotion, et surtout les membres antérieurs, véritables organes khlhyologiques par leur fonction, ont cependant les principaux caractères classiques des Mammifères, et sont restés roammalogiques par leur organisation intérieure.

Quant à l’absence de leur sacrum , les Cétacés sont au reste, à quelques égards, dans les conditions de tous les jeunes animaux . chez lesquels toutes les vertèbres sacrées sont d’abord libres et tout à fait distinctes.

Vertèbres caudales. Le nombre de ces vertèbres est extrêmement variable, comme chacun le sait : personne n’ignore en effet quelle diversité les Mammifères présentent quant à la longueur de leur queue. Très courl dans beaucoup d’espèces , elle manque même entièrement chez plusieurs. Souvent, en effet, il n’y a qu’un petit nombre de vertèbres caudales, qui sc trouvent alors cachées sous les téguments, et c’est ce qui a lieu chez l'Homme et chez les Oratigs, le Magot, l'Indri, le Loris, les Lagomys et beaucoup d’autres; mais chez les Roussettes sans queue, il n’y a plus même aucune trace de coccyx, aucune vertèbre caudale. (Cuv., Analom. comp., i). Cependant (preuve bien réelle du peu d'importance physiologique du prolongement caudal chez les Chauves-Souris où il ne sert pas de soutien à la membrane interfémorale) il n'y a d’ailleurs aucune dif- ! férence organique de quelque importance entre ces Roussettes et celles qui en sont pourvues.

Au reste. Serres a trouvé dans la série des développe-

ment* ‘le la moelle épinière, la cause de l'absence de la i|uene soit cites l’Homme soit chez tous Iqs animaux qui eu manquent, et chez les Roussettes elles-mêmes. Les embryons de tous ces êtres ont d'abord un prolongement caudal assez long; et alors la moelle épinière descend jusqu'à la terminaison du coccyx, comme chez les Oiseaux, avec cette différence qu'elle n'y est pas fixée comme chez ceux-ci; mais plus tard, à mesure que les membres antérieurs et postérieurs, et les renflements de la moelle épinière qui leur correspondent, viennent à se développer, la moelle remonte dans le canal vertébral; en même temps la queue diminue peu A peu, et vient enfin à disparaître. Chez l'embryon humain, par exemple, pendant le deuxième mois, la moelle épinière se prolonge jusqu'à l'extrémité du coccyx, et le prolongement caudal est encore dans toute sa force; aux troisième et quatrième mois il diminue, la moelle épinière étant remontée successivement jusqu’au milieu du coccyx, et à la fin du sacrum; au quatrième mois elle est arrêtée au haut du canal sacré; au cinquième elle correspond au niveau de la cinquième vertèbre lombaire, et l’embryon a perdu sa queue en totalité. La même succession de phénomènes a pareillement lieu chez les Roussettes, avec cette différence seulement que c'est à une époque plus avancée de la gestation. Enfin, selon In remarque de Serres, la métamorphose du têtard des Bratariens, n'est encore qu’un phénomène du même ordre; le têtard a, comme l’embryon du Mammifère, line queue, et point de membres; mais quand l’ascension de la moelle épinière vient à s'opérer, les membres se développent, et la queue disparaît. Ainsi le Mammifère se métamorphose comme le Batracien. et il ne reste rien de surprenant dans toutes ces prétendues métamorphoses; il n'y a pas même d’anomalies. Dans les espèces dont la queue conserve beaucoup de longueur, on conçoit que la moelle épinière doit remonter beaucoup moins haut dans le canal vertébral; c’est ce qui a lieu; et alors la queue se trouve formée de vertèbres de deux sortes, les unes conservant un canal pour la moelle, les autres n’en ayant plus. Celles-ci vont en diminuant de grosseur vers l’extrémité de la queue, et les dernières sont souvent d'une extrême petitesse.

Le nombre des vertèbres caudales est très-variable : on a déjà vu que plusieurs Roussettes n’en ont aucune; au contraire les Atèles en ont plus de trente; le Fourmilier en a même quarante, et le l'hatagin (nommé pour celle raison même. Muni» longicauilala, GcofF. S'-Ilil.), quarante-cinq. Il s'en faut bien cependant que l’on puisse, d’après la longueur de la queue d’un Mammifère. juger avec précision du nombre des vertèbres qui la composent, parce qu’ctles varient beaucoup pour leur longueur propre. Ainsi le Loris cl l’Aï, qui manquent de queue, c’est-à-dire dont la queue n’est point apparente à l'extérieur, ont l'un neuf et l’autre treize vertèbres caudales; tandis que d'autres espèces, dont la queue est quelquefois même assez allongée, n'en ont également que treize, douze, et même moins.

La queue est généralement chez les Mammifères de peu d'usage : cependant, sans parler des Cétacés, où elle constitue le principal organe de la locomotion, elle

acquiert, dans quelques quadrupèdes, des fondions importantes, comme chez les Sapajous, le Kinkajou, plusieurs Marsupiaux et quelques autres genres, cher lesquels elle devient un organe de préhension et fait l'office d’une véritable inain; ou bien comme chez les Kanguroos et les Gerboises, qui. se tenant habituellement dans la position verticale, l’emploient comme une troisième jambe. Chez les KanguToos, et en général chez tous les Mammifères qui Font mobile, allongée, et qui en font fréquemment usage, on trouve à la face inférieure une rangée de petits os correspondant à l'union des vertèbres; ces os, destinés à donner attache aux muscles de la queue, ont été nommés os en V ou fureéaux. Chaque furcéai est formé de quatre pièces, distinctes encore dans les espèces où il est le plus développé, et qui sont, suivant Geoffroy Saint-Hilaire, les deux paraaux et les deux cataaux (Cons. sur la Vert., Mém. Mus., t. ix, p. 89). Ces pièces existent trèsdéveloppées chez les Cétacés : elles le sont peu chez les Chats où on ne les a guère considérées que comme des épiphyses. Ainsi le prolongement caudal varie presque à l'infini chez les Mammifères, dans ses formes, dans ses proportions, dans ses lisages, dans le degré de son importance : ces variations dépendent de cc qu’il n'est chez eux qu’un organe secondaire, qu’un organe tout à fait accessoire. Chez les Poissons au contraire, véritable organe classique, il se reproduit toujours le même, et conserve toujours la même forme et la même fonction, comme il a toujours le même degré d'importance.

Membres. Ils sont toujours formés de quatre parties, l’épaule, le bras, l'avant-bras et la main, pour l'antérieur; le bassin, la cuisse, la jambe, le pied, pour le postérieur.

L’épaule est élémenlairement formée de quatre os . le scapulum ou l'omoplate, la clavicule, l'acromial et l’os coracoïde; mais ces quatre pièces, séparées dans le jeune âge. se soudent chez les Mammifères, et il n’en reste plus que deux de distinctes, l’omoplate et la clavicule, et souvent même qu’une seule. L'omoplate est toujours la principale pièce chez les Mammifères; et il est surtout cousidérable citez les espèces qui font arec leurs bras des efTorls plus violents : ainsi, chez les Chauves-Souris, aussi large que dans l'Homme, il est d'ailleurs plus long que tout le thorax. Il a aussi beaucoup de longueur chez la Taupe. L'omoplate est ordinairement uni au sternum par la clavicule, comme chez l'Homme, les Singes, les Chauves-Souris, cl en général chez tous les Mammifères qui portent fréquemment leurs bras en avant, soit pour la préhension, soit pour le vol ou pour tout autre mouvement. Au contraire, la plupart des Carnassiers et beaucoup de Rongeurs n’ont qu'une clavicule rudimentaire et suspendue seulement dans les chairs, sans conserver de rapport ni avec le sternum ni avec l'omoplate; de sorte que le membre antérieur se trouve tout à fait séparé du reste du squelette. Enfin dans tous les animaux à sabots, chez tous ceux dont le membre antérieur n'a plus d'autre fonction que celle de la marche, la clavicule, suivant les observations de Geoffroy Saint-Hilaire, n'est plus qu'un petit osselet qui sc soude à l'omoplate.

comme l'os coracoïde et l’acromial. On a même longtemps cru qu'elle manquait complètement; et c’est en effet ce qui se trouve dit dans tous les ouvrages d'anatomie comparée.

L'analogie, ou (suivant l’expression reçue pour désigner cette sorte d’analogie) l'homologie du membre postérieur avec l’antérieur, est bien démontrée aujourd'hui: on ne peut surtout la méconnaître, lorsqu’on étudie le squelette des animaux chez lesquels les membres antérieurs remplissent les mêmes fonctions que les postérieurs, comme chez les Ruminants, où les lins j et les autres servent uniquement à la marche. On rc- i trouve sans la moindre peine, dans ces membres, les ! mêmes os presque avec les mêmes formes et la tnétne disposition; du moins lorsqu'on étudie ('une des trois dernières parties du membre : car la comparaison du bassin avec l’épaule présente toujours beaucoup plus de difficulté, comme on va le voir.

Serres a découvert (Anal, des travaux de l’Acad. desSc., 1819) que chez l'Homme et chez la plupart des Mammifères, la cavité cotylofde n’est pas, comme on l’avait cru jusqu'à lui. seulement formée de l'union des trois grands os pelviens, connus de tous les anatomistes sous les noms d'iléuin, d’ischiuin et de pubis; mais qu’il en existe en outre un quatrième fort petit, placé entre j les trois autres. Cet os est même assez développé et se | soude assez tard dans diverses familles, comme chez 1 les Lièvres-; il est au contraire très-petit el soudé de ] très-bonne heure chez l'Homme. C'est sans doute à cause de celte circonstance, el aussi parce que, placé dans la cavité cotyloïde, il se trouve caché par ta tête du fémur, qu’il a échappé longtemps à tous les anatomistes. Quoi qu’il en soit, celte découverte est d’autant plus intéressante, que cet os est précisément l'analogue 1 du quatrième os du bassin des Marsupiaux, ou l'os marsupial : en effet, l’os découvert )>ar Serres manque, comme il l'a constaté, chez tous les animaux à bourse; en sorte qu’il manque chez tous ceux qui ont l’os marsupial, et se trouve chez tous ceux qui ne l'ont pas.

Ainsi ta découverte de Serres démontre que tous les Mammifères ont élémenlairomenl quatre os pelviens, ! l’iléum, l'ischium, le pubis el le marsupial, de même j qu'ils ont tous quatre os huméraux : l'omoplate, l’acQOmial. le coracoïde cl la clavicule. Quant à la question de déterminer lesquels de ces os sont homologues entre eux, plusieurs anatomistes en ont (enté la solution; mais, ignorant le nombre véritable des éléments constitutifs du bassin et de l'épaule, ils n'ont pu arriver à des résultats certains. De Blainvillc, qui considérait l’épaule comme formée de deux os seulement, el le bassin [ de trois, pensait que l'iléum était l'homologue de l'omoplate, el le pubis celui de la clavicule, dont, comme il le remarque lui-même, il diffère cependant en ce qu’il entre dans la composition de la cavité cotyloïde. pliant à l’ischium, son homologue n’existerait pas.

Le bassin est, chez les Oiseaux, ouvert en devant, et I par conséquent son diamètre est susceptible de devenir i plus considérable, lors du passage de l'œuf : c'est ce | qui explique comment plusieurs Oiseaux pondent des œufs d'une grosseur qui semble véritablement dispro- ; port ionnée. Le caractère classique chez les Mammifères, >

est au contraire d'être fermé en devant, les deux pubis étant unis l’un à l’autre sur la ligne médiane par un cartilage el par des ligaments qui les rendent immobiles. De celle manière les os des îles, réunis aussi postérieurement par le sacrum, forment une ceinture complète. dont la forme et les dimensions sont d'ailleurs variables.

L'Homme se distingue par la largeur de son bassin, tr.ès-considérable surtout chez la Femme, el par l’obliquité de son sacrum sur la colonne vertébrale : l'effet de celte disposition est de lui fournir une base plus solide pour la station verticale. La largeur du bassin était d’ailleurs rendue nécessaire pour l’accouchement, à cause de la grosseur de la tête du fœtus.

La Taupe est au contraire celui de tous les Mammifères dont le bassin est le plus étroit : les os coxaux sont presque cylindriques et si serrés contre la colonne vertébrale, que le passage du fœtus dans le bassin est rendu tout à fait impossible. Aussi observe-t-on chez elle une anomalie très-remarquable : l’orifice de la génération s'ouvre au-dessus du pubis, et le fœtus en naissant ne traverse pas le bassin.

C’est dans une cavité formée ordinairement, comme on l’a déjà dit, chez les Mammifères par l'union des quatre os pelviens, el nommée cotyloïde, que s'articule l'os de la cuisse ou le fémur. Cel os, de même que l’os du bras ou l'humérus, est toujours de forme allongée, et susceptible de peu de variations. A la partie inférieure du fémur se trouve placée la rotule, qui donne attache aux principaux muscles extenseurs de la jambe, le triceps crural el le droit antérieur. Son homologue au membre supérieur est. suivant la plupart des anatomistes, l'apophyse olécràne du cubitus qui, en effet, donne de même attache à l’extenseur de l’avant-bras, le triceps brachial.

L'avant-bras est au contraire formé de deux os : le radius cl le cubitus, auxquels correspondent les deux I os de la jambe, le tibia el le péroné. Ces os présentent 1 une multitude de variations. Ainsi, lesdeuxosde l’avantbras sont très-distincts chez presque tous les Onguiculés, et susceptibles même de pronation el de supination chez les Quadrumanes et généralement chez tous tes Mammifères qui emploient leur main pour la préhension; mais ils se confondent chez les Ruminants le cubitus sc fixant au radius, et devenant tout à fait immobile. Chez beaucoup d'entre eux, comme chez les Chameaux, un simple sillon est même, dans l'Age adulte, tout ce qui indique l’existence primitive de deux os dans l'os unique de l’avant-bras. Les deux os de la jambe sont soudés même chez une grande partie des Onguiculés; et à cet égard on trouve des variations remarquables, même dans des genres de familles voisines. Ainsi tandis que les deux os ne se réunissent, chez les Chats el même chez les Civettes, qu'à leurs extrémités, et sont toujours écartés l'un de l'autre dans tout le reste de leur longueur, le péroné est au contraire chez les Chiens, le Protèle el les Hyènes, contigu el même soudé au tibia dans sa moitié inférieure. On voit même souvent chez les Chiens, les deux os réunis dans la portion de leur longueur où ils sont écartés, au moyen d’une lame osseuse qui va d'un os à l'autre.

Digitizec

comme ferait un ligament inlerosseux. Dans le Cheval, le péroné n'est même plus qu’une petite pièce de forme allongée, soudée au tibia, Enfin il reste à peine quelques traces de cet os chez les Ruminants.

La dernière partie du membre antérieur est subdi- j visée en trois portions : le carpe, le métacarpe et les phalanges digitales. Le carpe est chez l'Homme composé de huit petits os, formant deux rangées. Ceux de la première rangée ou de la rangée anti-brachiale, sont le scaphoïde, le semi -lunaire, le pyramidal et le pisiforme; ceux de la seconde sont le trapèze, le Irapézoïde, le grand os et l’unciforme. Le nombre de ces os est chez les Mammifères susceptible de quelques variations; il est tantôt moindre, quelques-uns venant à se souder ensemble, et tantôt plus grand, à cause de la division de l’un d’eux en deux pièces, ou de la présence de quelques osselets sésamoldes placés près du carpe, et paraissant en faire partie. Ainsi, chez les Gibbons, on trouve ordinairement deux de ces osselets, dont l'un est placé près du pisiforme, et l'autre près du scaphoïde; et chez la plupart des Rongeurs, le pyramidal est divisé cil deux. Au contraire, le semi-lunaire est soudé au scaphoïde chez le Cahiai.

Les os du métacarpe ne sont véritablement que les premières phalanges de chaque doigt : ainsi chez les Chauves-Souris, chez les Cétacés, cl dans plusieurs autres familles, les os du métacarpe ne diffèrent pas plus des premières phalanges, que celles-ci des secondes; et leurs fonctions sont exactement identiques. Il n'en est pas de même dans beaucoup d'autres, ces os ayant été plus ou moins profondément modifiés, comme par exemple chez l'Homme, et surtout chez les Solipèdes et les Ruminants. Chez l’Homme, ils diffèrent des phalanges, surtout en ce qu'ils ne font pas partie des doigts, mais qu'ils se trouvent an contraire enveloppés sous la peau, et sont, à l’exception de celui du pouce, fort peu mobiles : en outre, on trouve entre eux des muscles nommés inlerosseux , et dont les analogues ne peuvent , comme on le pense bien, exister entre les phalanges des doigts.

Le métacarpe présente peu de différences chez la plupart des llnguiculés; seulement chez beaucoup d'entre eux, comme chez les Chiens et les autres Carnassiers nommés pour celte raison digitigrades, il s'allonge, se redresse, et devient véritablement une portion de la jambe; l'animal pose alors uniquement sur les doigts.

Chez les Ruminants, le métacarpe est si profondément modifié, si différent de celui de l'Homme, qu'il a été méconnu d'abord par les anatomistes vétérinaires, qui lui ont donné le nom d'os du canon, le considérant comme une nouvelle et troisième partie ajoutée à la jambe, chez ces animaux. Mais la composition du canon est aujourd’hui bien connue. Fougcroux et Geoffroy Sainl-Uitairc ont montré qu’il est formé de deux métacarpiens excessivement développés, et qui se soudent ensemble de très-bonne heure : un sillon indique cependant toujours la ligne de réunion. le développement considérable des deux métacarpiens du canon a fait tomber les autres dans des conditions rudimentaires. mais ne les a pas entièrement détruits. Deux autres fort grêles, et souvent même ossifiés seulement à

leurs extrémités, mais suivis, tout aussi bien que les grands métacarpiens, de trois phalanges, se voient ordinairement, l'un à droite, l'autre à gauche du canon (Geoffroy Saint-Hilaire, Mém. Mus., t. x, pl. 2).

Le pied, ou la dernière partie du membre postérieur, est, comme la main, divisé en trois portions, l’analogue du carpe ou le tarse, celui du métacarpe ou le métatarse, et les phalanges. Le tarse varie beaucoup moins que le carpe : une grande partie des tnguiculés n’a, comme l'Homme, quesept os. le calcanéum, l’astragale, le scaphoïde, les trois cunéiformes et le cuboïde; mais chez les Ongulés, et même chez beaucoup d'I'nguiculés, le nombre de ces os est différent. Leur forme est d’ailleurs variable comme celle du carpe.

Le calcanéum est ordinairement le plus développé; il a surtout un volume considérable chez le Tarsier et le Galago, où il est si excessivement allongé que le pied de ces animaux est d'une longueur véritablement disproportionnée. Le Tarsier avait même été. pour cette raison, placé, par quelqucsaulcurs, parmi les Gerboises; mais, comme l’ont remarqué Cuvier et Geoffroy Saint- Hilaire, dans un Mémoire écrit en commun sur ce Quadrumane, il n’y a même rien de réel dans le seul rapprochement qu’on avait cru saisir entre ces deux animaux; car l’allongement du pied dépend chez les Gerboises, non pas de la longueur du tarse, mais de celle du métatarse.

Ce segment de la jambe présente les mêmes modifications que le métacarpe, auquel il ressemble le plus souvent. 11 forme de même chez les Ruminants un os du canon semblable à celui du membre antérieur; et les Quadrumanes ont même un de ces os mobile et opposable aux autres. Enfin de semblables rapports s’observent généralement dans toutes les espèces où le membre postérieur remplit les mêmes fondions que l'antérieur. Le métatarse diffère seulement du métacarpe chez ces animaux, en ce qu'il a plus de longueur. Celte proportion est constante chez tous, à l’exception de deux genres, les Hyènes et le Protèlc, chez lesquels les métacarpiens ne le cèdent en rien aux métatarsiens.

Au contraire, celle ressemblance ne se retrouve plus chez ceux où les fonctions des membres antérieurs diffèrent de celles des postérieurs, parce qu'alors la diversité de fonction est liée à une diversité de forme. La plus remarquable de ces variations est celle qui s’observe chez les Gerboises. Tandis que leur métacarpe ne présente rien de particulier, leurs trois métatarsiens médiants se réunissent en un seul os, qui porte les trois uniques doigts chez les espèces tridaclyles, et les trois principaux chez lesaulres, et forment ainsi un véritable os du canon chez ces Rongeurs.

Les doigts sont toujours, chez les Mammifères quadrupèdes, soit au membre de devant, soit à celui de derrière, formés de trois phalanges, à l'exception du pouce qui n’en a que deux. Le pouce est toujours véritablement le doigt interne, quoique chez l'Homme et les Singes il puisse, par l’effet de la supination, être porté en dehors au membre supérieur, cl que tous les ouvrages d'anatomie humaine désignent constamment, par le nom de côté externe, le côté du pouce. Chez les Cétacés, le nombre des phalanges est plus considérable.

Ainsi, le grand doigt des Iialeincs en a chez les unes sept, et chez les autres jusqu'à neuf. Les espèces de cet ordre se rapprochent un peu, à cet égard, des Poissons : du reste, toutes leurs phalanges sont, comme le métacarpe, enveloppées sous la peau. Les doigts sont néanmoins encore indiqués à l’extérieur dans plusieurs espèces, comme chez les Lamantins, par la préseuce de quelques ongles.

Ainsi, on voit chez les Cétacés le bras et l'avant-bras se raccourcir, la main s’allonger, cl les phalanges s'envelopper entièrement et se cacher sous la peau. Telles sont les principales modifications que subit, chez ces Mammifères anomaux, le membre antérieur, appelé chez eux. à une fonction si différente de celle qu'il remplit ordinairement. On le voit prendre la forme d’une véritable nageoire, comme il en prend la fonction. La fonction dépend toujours en effet de la forme, et la ressemblance de l'une entraîne nécessairement celle de l'autre. Mais l'anatomiste retrouve toujours en lui tous les éléments qui le composent chez les Mammifères normaux, et il les trouve tous, non-seulement avec les mêmes connexions, mais aussi avec la même disposition et la même forme générale. C'est ainsi qu'au milieu de toutes ces anomalies, le Cétacé reste toujours Mammifère dans l’essentiel de l'organisation, et que les caractères du type classique sont tous conservés.

Au reste, tous les Quadrupèdes aquatiques se rapprochent des Cétacés sous ce point de vue, qu'ils ont comine eux les membres raccourcis, et que leurs doigts ne sont plus libres, mais palmés, c’est-à-dire unis dans toute leur étendue, les uns aux autres par une continuation de la peau : c'est ce qui a lieu chez les Loutres, les Rats d’eau, les Desmans, et surtout chez les Phoques, dont les membres offrent véritablement, surtout dans certaines espèces, une grande ressemblance avec ceux des Cétacés, dont ils ont même été longtemps, pour cette raison, considérés comme voisins.

Le membre antérieur de la Chauve-Souris modifié pour devenir un organe de vol, leur aile, suivant l'expression reçue, est, comme la nageoire du Cétacé, un organe anomal à quelques égards, mais dont les anomalies n'excèdent pas cependant les variations que comporte la constance des caractères classiques. Ses doigts ne diffèrent de ceux des Mammifères normaux que par j leur extrême allongement, leur extrême ténuité, et par l’existence de la membrane alaire. Celle membrane n'est réellement qu’une palmalurc immense, étendue, nonseulement entre ces doigts si allongés, mais aussi entre le bras et l'avant-bras, la main et le corps, le membre postérieur et la queue, et dont les phalanges digitales et métacarpiennes, amincies et prolongées à l’excès, deviennent les baguettes tutrices. Du reste, le membre postérieur (modifié lui même d'ailleurs, à d'autres égards, d’une manière non moins remarquable, V. Chai. vk-Soït- Ris),el même un doigt de l’antérieur,le pouce, sont dans 1 les conditions ordinaires de développement, et il en est j à peu près de même du bras et de l'avanl-bras. Ainsi l’aile de la Chauve-Souris présente tous les caractères classiques d’un membre antérieur de Mammifère, et ses anomalies elles-mêmes suffiraient à l’anatomiste pour reconnaître la classe à laquelle elle doit appartenir.

On voit que ces modifications éloignent beaucoup moins les Chauves-Souris du type des Mammifères normaux. que ne le sont les Cétacés; elles n'empêchent pas même que ces animaux ne se trouvent fort voisins, par leur organisation, de divers Quadrumanes. La raison en est facile à concevoir : elle est dans la gracilité de leurs doigts eux - mêmes; rallongement s’étant fait aux dépens de leur épaisseur, il n’a entraîné l'atrophie d'aucun autre organe. Le séjour habituel du Cétacé dans un milieu où il ne peut respirer, rendait d'ailleurs nécessaires pour lui, des modificationsdonl la Chauve-Souris a naturellement dû se trouver exemple.

Le nombre des doigts est assez variable chez les Mammifères; les Quadrumanes, les Chéiroptères et les Carnassiers en ont toujours cinq à chaque extrémité, comme la plupart des Quadrumanes, les Ours, les Civoiles et les Chats; ou cinq à l’une et quatre seulement à l'autre, comme les Atèles et les Chiens; ou enlîn, quatre à l’une et à l'autre, comme les Hyènes et le Suricate; mais ce dernier cas est très-rare. Au reste, le cinquième doigt existe généralement en rudiment chez ces derniers animaux, quoiqu'il ne paraisse pas à l'extérieur.

Le nombre des doigts est très- variable dans l'ordre peu naturel des Pachydermes; l'Uyppopolame en a quatre, et le Rhinocéros trois. Les Ruminants n’ont que deux grands doigts, et les Chevaux, qu’un seul ; mais chez les uns et les autres on trouve latéralement deujc autres doigts fort petits. Ainsi, le nombre des doigts est toujours de cinq, de quatre ou de trois, ce dernier nombre lie se trouvant même que très- rarement.

Le pouce est généralement plus court que les autres doigts, et il est très- souvent sans usage. Il a au contraire d'importantes fonctions à l'extrémité antérieure chez l'Homme, à la postérieure chez la plupart des Marsupiaux, et à l'une et à l'autre chez les Quadrumanes, parce que, devenant, chez ces animaux, Irès-mohile et opposable aux autres doigts, il fait de leur main un excellent organe de préhension. Au reste, il n'est, chez aucun animal , aussi long que chez l'Homme, cl, par suite, il n'est jamais d'une aussi grande utilité.

11 ne faut d'ailleurs, en aucun cas, attacher trop d’importance à l'existence de ce doigt; car il y a parmi les Quadrumanes même des genres où se trouvent à la fois des espèces lélradaclyles et d'autres pentadactvles. Tel est le genre Alèle formé d'abord uniquement d'espèces privées de pouce aux mains antérieures, et auquel on a été obligé de réunir l’Hypoxanthe, qui, ayant tous les caractères du genre, a cependant un petit pouce iinguiculé. Un peut remarquer aussi que les Atèles ne mériteraient véritablement pas tous le nom de Quadrumanes.

Sternum et Côtes. Le sternum est chez les Mammifères un os allongé composé élémcntaireincnl de neuf pièces rangées à la suite les unes des autres, cl toutes bien distinctes chez ceux dont la poitrine est allongée, et surtout chez le Phoque ; mais dans beaucoup d’espèces, la moindre étendue du coffre pectoral ne permet pas à toutes les pièces de se développer assez pour avoir une existence indépendante, et oblige l’une d'elles (c'est ordinairement l'avant-dernière ) à tomber dans

le» conditions rudimentaire»; elle s’unit alors et se confond avec la dernière, et le nombre de» pièces sternales est ainsi réduit à huit. Enfin leur nombre diminue encore chez les animaux ù sabots, qui n'en ont souvent que sept ou même seulement six de dislinctes.

Les Mammifères n’ont jamais celte lame verticale qui, chez le* Oiseaux, forme une saillie considérable au-devant du sternum, et qui est connue sous le nom de bréchet. l.es Chauves-Souris sont les seules où se trouve quelque chose de semblable . mais leur sternum n’en garde pas moins le caractère classique; il est toujours composé de pièces en série, et le bréchet n'est pas formé , comme chez les Oiseaux, d’une seule pièce (l'os ento-slcrnal de Geoffroy Sainl-llilaire), mais d’une crête produite sur chacune des pièces élémentaires. C’est ainsi que l’on voit s'établir chez les Chauves Souris, lé bréchet destiné, comme chez les Oiseaux, à fournir une surface plus considérable à l’insertion des muscles pectoraux, nécessairement très -développés chez tous les êtres organisés pour le vol. Au contraire, il n’y a plus de bréchet, parmi les Oiseaux eux-mêmes, dans quelques espèces, telles que l’Autruche et le Casoar, dont le membre antérieur est rudimentaire et tout à fait impropre au vol.

On a vu, A propos des vertèbres dorsales, que le nombre des côtes est variable dans les différentes familles; dans la plupart le nombre des vraies côtes ou des côtes sternales est plu» considérable que celui des fausses côtes; ainsi, des douze côtes de l'Homme, cinq seulement ne vont pas au sternum; cl les mêmes nombres se retrouvent chez plusieurs espèces de ^»naüriimanes, «le Chauves Souris, de Rongeurs et deRuniiuanls; mais quelques Unguiculé», beaucoup de Pachydermes, et les Cétacés ont ail contraire plu* de fausses côtes que de vraies. On voit que toutes ces modificat ions sc rencontrent dans les mêmes familles naturelles, et l’on ne doit pas par conséquent y attacher beaucoup d'importance.

Les côtes du sliTnum . ou celles que l'anatomie humaine désigne sous le nom de cartilages costaux à cause de leur étal cartilagineux chez l'Homme, sont cependant de véritables os; elles s'ossifient très-fréquemment chez l'Homme lui même, et sont constamment osseuses chez plusieurs Mammifères, de même qui; chez les Oiseaux. C’est pour cette raison qu'elles ont reçu quelquefois le nom de côtes sternales, par opposition aux côtes proprement dites, ou côtes vertébrales • dénominations très-justes, mais qu'il est cependant difficile d'adopter, à cause de l'usage où l'on est de nommer côtes sternales les appendices costaux qui unissent la colonne vertébrale au sternum, c’est-à-dire à la fois cl la côte sternale et la côte vertébrale.

Appareil hyoïdien . L’appareil hyoïdien est trèsrudimentaire chez l'Homme; toutes les espèces qui le composent sont petites et réunies ensemble : aussi ne l'a-t-on considéré que comme un os unique, qui a reçu le nain d'hyoïde, de sa forme à peu près semblable à celle de la lettre grecque ï. Si, au contraire, on étudie l'hyoïde du Cheval et du Boeuf, on trouve les pièces hyoïdiennes très-grandes et très distinctes, mais formant néanmoins un seul appareil dont toutes les parties sc tiennent.

L’hyoïde est éléments irement composé de onze pièces, que Geoffroy Sainl-Ililaire a le premier distinguées, et qui sont, suivant la nomenclature de cet anatomiste, le hasihyal ou le corps de l'os; Purohyal, ou sa queue; l'entohyal, os intermédiaire; les deux glosohyaux.ou 1rs cornes postérieures; les deux apohyaux. ou les premières pièces des cornes antérieures *v les deux cératohyaux.ou le» secondes pièces de ces mêmes cornes, et les deux slythyaux. ou les os siyloïdes, ordinairement fixés au crâne. Ces onze pièces ne sont généralement pas toutes distinctes chez les Mammifères. classe où l'hyoïde existe dans un étal moyen de développement. Il diffère d'ailleurs à plusieurs égards de celui des Ovipares. Chez ces derniers, il ne se divise pas en quatre branche», les cornes postérieures cl les cornes antérieures; celles-ci étant ramenées sur la ligne médiane, ou même soudées l’une à l'autre. Ces mêmes cornes, chez les Ovipares, sont spécialement et exclusivement consacrées à la langue; tandis que chez les Mammifères, elles soutiennent également et le larynx et la langue.

En outre de ces caractères généraux, l’hyoïde présente chez les Mammifères un grand nombre de modification» remarquables dont on se contentera de faire connaître une des principales, celle qu'il offre chez les Alouales. Ces Singes, que la force extrême de leur voix a rendus célèbres, sous le nom de Siuges hurleurs, ont le corps de l'hyoïde d’une grosseur considérable formant une caisse osseuse, très -large et (rès-boinhée, dont les parois sont minces cl élastiques, et qui présente en arrière une large ouverture. Les petites cornes, consistant dan* deux petites apophyses, sont placées près de celte ouverture ; et les grandes cornes sont articulées plus haut.

Des Muscles.

Lcs‘recherches «le II. M. Edwards sur la structure des muscles, lui ont montré la fibre élémentaire identique chez tous les animaux, et toujours formée «Tune série de globules de même diamètre; aussi la structure des muscles, chez le* Mammifères, ne varie-t-elle pas généralement dans les différentes familles, et ne présente l-etle même aucune différence générale avec ce qu'on observe dans d'autres classe», ou du moins dans celle des Oiseaux. Au contraire, relativement à leurs form«*s, à leur volume, à leurs usages, les musj des présentent une infinité de variations. Ils diffèrent même, sous le rapport du nombre proportionnel des j fibre» musculaire» et des parties tendineuses, qui entrent dans leur composition, en sorte que certains | muscles, presque entièrement charnus dans une fa- ! mille, sont, dans une autre, presque seulement lendi- ’ neux ou aponévrotiques. Enfin plusieurs muscles vien- '• nent même à manquer dans certaines familles, comme I par exemple le carré pronateur chez les Chauves-Souris, qui n’ont qu’un rudiment du cubitus. Au reste ! toutes ces variations des muscles sont toujours néces- I sairement liées à celles des os dont elles dépendent; en sorte qu’on peut souvent, par la forme d’un os, juger de la forme, du volume et de la direction des 1 muscles qui doivent s'y attacher.

Il serait difficile de donner ici une idée de tonies ces

variations sans entrer dans de longs développements; il faut se borner à présenter quelques remarques sur le diaphragme, qui fournira l'un des caractères classiques les plus importants des .Mammifères. On a dit que les êtres de celte classe ont seuls un diaphragme, et que les Ovipares n’en ont pas. Il n'y a point en effet, chez ceux-ci, de distinction entre la cavité thoracique et la cavité abdominale; mais le diaphragme n'en existe pas moins en rudiment. D'après les idées du professeur Serres et sa théorie du développement excentrique, tout organe se forme de la circonférence au centre, de dehors en dedans; tout organe impair et médian est formé de deux parties paires et latérales, primitivement distinctes, mais qui s’étendant toujours de dehors en dedans, ont fini par se réunir et se confondre sur la ligne médiane.

Le dévelop|Kunenl du diaphragme se fait en effet exactement suivant celle loi, et commence de même chez tous les Vertébrés. Sa partie externe, sa circonférence se forme d'nhord chez tous, et on peut dire alors que le diaphragme existe semblable chez les Mammifères et chez les Ovipares : mais ce premier degré de développement est le seul où parviennent ces derniers, tandis que, chez les Mammifères, les deux deinPdiaphragmes ne tardent pas à se réunir sur la ligne médiane, en laissant seulement des ouvertures pour le passage des vaisseaux. Telle est, sous le rapport du diaphragme, la différence des Vertébrés supérieurs et inférieurs; différence considérable sous le rapport physiologique, le diaphragme devenant inutile et sans fonctions en même temps que rudimentaire; et au contraire, différence presque nulle pour In théorie des analogues.

L'idée que les organes des animaux inférieurs réalisent les conditions de ceux des animaux supérieurs dans leu/ état embryonnaire ou fœtal; et celle que les monstruosités proviennent d'un retardement de développement, et par suite doivent aussi tomber dans les conditions organiques des classes inférieures, reçoivent toutes deux ici une application fort remarquable. D’une part on a vu qu’il en était, sous le rapport de l'absence du diaphragme des fœtus de Mammifères comme des animaux ovipares adultes; et, de l'autre, le même fait organique se reproduit assez fréquemment chez les monstres. Ainsi on en voit chez lesquels le diaphragme est aussi rudimentaire que chez les Oiseaux; plus souvent on trouve au centre une large ouverture, par laquelle une partie des viscères abdominaux remonte dans le thorax. On voit chez le Mammifère adulte et normal, un diaphragme complet, percé seulement de fort petites ouvertures; chez les Ovipares, chez le jeune embryon et chez quelques monstres, on peut au contraire le considérer comme percé d’une ouverture dont le diamètre égale presque celui du corps tout entier; et chez d'autres monstres, ainsi que chez les embryons d’une époque de développement plus avancée, on trouve une ouverture d'une étendue moyenne.

Du Cœur et des Paisseaux.

Dans la déliiiilion du Mammifère, les principaux caractères que présente le cœur dans celte classe, ont

déjà été indiqués; on a vu qu'il était constamment divisé en deux ventricules et deux oreillettes. Il n'y a point à cet égard d’exception, et ce caractère est fondamental. Cependant il ne l'est pas tellement que le jeune Mammifère ne réalise jusqu'à tin certain point les conditions de certains Reptiles (les batraciens), par l'ouverture du trou de bolal, qui met en communication l'oreillette droite et la gauche; mais ce trou ne tarde pas à se fermer entièrement ; et l'on peut dire que la circulation est constamment double chez les Mammifères.

Les vaisseaux présentent au contraire une foule de variations, non-seulement dans les familles d'un même ordre, mais même dans les individus d'une même espèce. Ainsi chez l'Ilomme seul on a rencontré presque toutes les variétés qui forment l'état à peu près constant d'autres Mammifères. Souvent même les vaisseaux d’un côté du corps diffèrent considérablement de ceux de l’autre côté. Ainsi, par exemple, on a vu plusieurs fois les artères radicale et cubitale de l'Homme, qui ne présentaient d'un côté rien de particulier, et naissaient comme à l'ordinaire lin peu au-dessous du pli du bras, commencer au contraire de l'autre presque vers la partie supérieure de l'humérus. Celle anomalie est remarquable, parce qu’elle réalise précisément les conditions normales des artères du liras de la plupart des Marsupiaux.

Cependant au milieu de toutes ces variations, les trois systèmes vasculaires, le lymphatique, le veineux et l’artériel, et surtout ce dernier, offrent toujours quelques caractères qu'on peut nommer classiques, dans ce sens qu’ils se retrouvent presque toujours chez les Mammifères, et ne s'observent jamais chez les Ovipares. Au contraire la division du cœur en deux oreillettes et deux ventricules, toute constante et invariable qu'elle reste dans toutes les familles, ne peut nullement servir à distinguer les Mammifères des Ovipares; car les Oiseaux ont comme eux la circulation double.

Coeur. Le cœur a chez tous les Mammifères la même structure que chez l’Homme. Toujours les parois des ventricules sont charnues et fort épaisses; toujours les oreillettes ont des appendices qui sont comme surajoutés à la masse. En outre, toujours aussi le cœur et l’origine des gros vaisseaux se trouvent enveloppés par le péricarde, de même que chez l'Iloiume : cette membrane séreuse, véritable sac sans ouverture, ne contient pas l'organe dans sa cavité; mais tandis qu'une de ses parties adhère au cœur, l'autre forme un repli qui l'entoure de nouveau, en sqrle que ce viscère se trouve doublement enveloppé par le péricarde, et que celte membrane est de toute part en rapport avec ellemême, par sa face interne. Le péricarde a pour principal usage d’assujettir le cœur dans sa position, comme l'ont prouvé des expériences directes sur les animaux vivants. Ainsi, il se fixe tantôt, comme chez les Singes et l'Homme, au diaphragme, tantôt aux prolongements du médiaslin.

Le cœur lui-même présente, sous le rapport de sa forme, quelques modifications; la plus remarquable est celle qui n lieu chez le Lamantin, dont les deux ventricules sont en arrière, tout à fait séparés, d’où il

résulte que sa pointe est remplacée par une échancrure assez considérable. La capacité proportionnelle des ventricules et des oreillettes varie peu. On sait que, chez riloinme, le ventricule droit est plus étendu que le gauche ; et il parait qu’il en est de même de tous les Mammifères. La différence est d'ailleurs chez tous peu considérable, et la capacité de l’un est presque toujours à peu près égale à celle de l’autre, comme on peut le voir par les observations de Cuvier (Analom. coup.), et de Legallois (article Cœur du Dictionnaire des Sciences médicales).

Le ventricule gauche est généralement celui dont les parois sont les plus épaisses; Res muscles sont aussi plus nombreux et plus variés; c’est en effet sa contraction qui doit chasser le saug dans toutes les parties du corps, par l’aorte.

* Syttème artériel.

Aorte. Cette première artère, d'où naissent toutes les autres, nail elle-même du ventricule gauche. Elle remonte d’abord un peu, puis se recourbe, et redescend le long de la colonne vertébrale, placée à sa partie antérieure, mais un peu à gauche, l’œsophage d’abord, et ensuite la veine cave inférieure, occupant la partie droite. Quelquefois, au contraire, par anomalie, on trouve la veine cave à gauche cl l’aorte à droite; mais celle transposition est très-rare.

L’aorte est ainsi formée de deux parties : l’une courbe, nommée la crosse de l’aorte, et l’autre droite, nommée l’aorte descendante . par opposition avec les artères qui naissent de la crosse, artères destinées à la tète et au bras, et qui ont reçu collectivement le nom d’aorte ascendante, de leur direction, de même que leur usage leur a valu celui d’artères bracbio-céphaliques. L’aorte descendante ou l'aorte proprement dite se divise elle-même naturellement en deux portions : l’une placée au dessus du diaphragme, l’aorte pectorale ou thoracique; l'autre placée au-dessous, l'aorte ventrale ou abdominale.

Aorte ascetulunle. Les artères de l’aorte ascendante sont essentiellement au nombre de quatre, savoir : les deux sous-clavières, appartenant aux deux membres supérieurs, et les deux carotides, appartenant aux deux côtés de la tête. Mais il est très-rare que ces quatre artères aient toutes une origine distincte. C’est cependant ce qui se voit dans quelques espèces, (et quelquefois par anomalie chez l'Homme lui-même); mais le plus souvent la carotide et la sous clavière droites naissent d’un tronc commun, nommé tronc inuominé ou tronc brnchio-répbalique. L'Éléphant n de même trois artères; mais ces trois artères sont les deux sous-clavières. et un tronc commun aux deux carotides. Chez plusieurs Mammifères la crosse de l'aorte ne fournit que deux artères, savoir la sous-clavière gauche, et un tronc commun d'où naissent la droite et les deux carotides; c'est ce qui a lieu chez la Marmotte et le Cahiai, chez lesquels la carotide gauche se sépare bientôt des deux autres; et aussi chez les Chats, les Ours, et plusieurs autres Carnassiers, chez lesquels c’est au contraire la sous-clavière qui se sépare d'abord, le tronc innoininé se continuant alors en un autre tronc artériel, dont les deux carotides sont des divisions. Enfin

chez les Ruminants et chez plusieurs Pachydermes, il y a une véritable aorte ascendante, ou plutôt, à cause de la position horizontale du corps de ces animaux, une aorte antérieure, l’aorte se divisant dès sa naissance en deux gros troncs, dont l’un descend et dont l’autre remonte le long de la colonne vertébrale. Ainsi on voit l’aorte ascendante formée à son origine tantôt d'une seule branche, tantôt de deux, de trois et de quatre.

Quoi qu’il en soit, de ces premières branches naissent les artères suivantes : 1° de la carotide, qu'on nomme primitive pour la distinguer des suivantes, la carotide externe, qui nourrit toute la face, toutes les parties externes de la tête, la langue, et donne même des rameaux à diverses parties cervicales; et la carotide interne, qui se distribue dans le cerveau, pénétrant dans le crâne par un conduit creusé dans le rocher. et connu sous le nom de canal ou de conduit carotidien. Elle donne, en outre, des branches cérébrales, l'artère ophthalrniqiie, qui sc distribue aux diverses parties du globe de l'œil, à ses muscles, et fournit même aussi quelques rameaux à la face. 2° De la sous-clavière, l’artère vertébrale, qui. après de nombreuses inflexions, s'introduit dans le crâne par le grand trou occipital, et nourrit le cervelet et la moelle épinière. Celte artère, d’un calibre assez fort, s’unit sur l'os basilaire à sa congénère, et donne ainsi un exemple d'une anastomose de l’espèce la plus remarquable. L'artère sous-clavière se continue d'ailleurs avec l'axillaire, la brachiale, et enfin la radiale et la cubitale, divisions de la brachiale; et c’est de ces diverses artères que naissent toutes les branches nutricières des diverses parties du liras. Ces deux dernière», qu'on voit commencer tantôt plus haut, tantôt plus bas , sont constantes , et se retrouvent même chez les Mammifères qui n’ont qu’un seul os de l'av^nl-hras. Les Loris et les Nycticèbes sont, suivant Carlisle, remarquables par un lacis vasculaire qui entoure la brachiale, et qui résulte de l'anastomose d'un grand nombre de rameaux fournis par l'axillaire.

Aorte pectorale. Elle fournit un grand nombre de branches connues sous les noms de bronchiques, d'œsophagiennes, de médiastines, dont les noms indiquent suffisamment l'usage, et les intercostales, dont le nombre varie avec celui des côtes, et qui appartiennent principalement à ces os et aux muscles intercostaux.

Aorte abdominale. Elle donne ordinairement : 1° le tronc cœliaque, qui se divise en trois artères qui se rendent, l’une à l'estomac, l'autre au foie, et la troisième â la rate; 2° la mésentérique supérieure, qui nourrit tout l'intestin grêle et une portion du gros; 3° la mésentérique inférieure , qui nourrit le reste de ce dernier intestin, c’est à-dirc une portion du colon et { le rectum- Toutes ces artères naissent à peu près de la j partie antérieure de l’aorte. Parmi celles qui naissent i de sa partie latérale, on remarquera, 4° les rénales,

• qui nourrissent les reins; 5° les spermatiques, qui appartiennenlaux testicules chez l’Homme, étaux ovaires chez la Femme; 6a enfin les lombaires, qui sont les analogues des intercostales. 7° Enfin oii peut y joindre i les capsulaires, petites branches qui nourrissent les

capsules surrénales, et qui sont tantôt des branches de l'aorte, tantôt seulement des rameaux des artères rénales. Les Ruminants n'ont point le tronc cœliaque disposé tout à fait comme chez les autres Mammifères; les artères hépatique, splénique et coronaire stomachique naissent successivement de la cœliaque.

Branches terminales de l'aorte. Elles varient, pour leur origine, comme celles qui naissent de la courbure aortique. Chez l'Homme et la plupart des Mammifères, l'aorte se divise à sa terminaison en trois branches : les deux iliaques primitives et la sacrée moyenne; chez d'autres, comme chez les Ruminants et beaucoup de Carnassiers, elle se divise en quatre branches, les deux iliaques externes, la sacrée moyenne, et un tronc d'où naissent presque aussitôt les deux iliaques externes.

L'artère nommée sacrée moyenne, a été nommée ainsi par opposition avec les sacrées latérales, petites artères <|ui naissent ou de l'iliaque interne , ou de ses branches. Chez l'Homme, elle n'a pas en effet un calibre plus considérable, et on n'a pas attaché plus d'importance à l’une qu’à l’autre. Cependant, celte petite artère, cette petite branche de l'aorte, comme dit l'anatomie humaine , est véritablement une portion de l'aorte elle-même, portion qu'on pourrait nommer aorte caudale. Elle a en effet la direction de l'aorte, et se continue avec elle; elle en a les rapports, l’os sacrum, devant lequel elle est placée, n'étant qu'une réunion de vertèbres bien distinctes et séparées dans le jeune âge; elle en a même le volume et l’importance chez plusieurs Mammifères, comme les Cétacés et les Kanguroos, et chez l'einbryon humain lui-même , chez lequel elle est considérable.

L’iliaque interne ou l'bypogastrique nourrit presque tous les viscères contenus dans le bassin. Ses principales branches sont : 1° l'iléo lombaire, qui se distribue aux muscles des lombes et de la fosse iliaque; 2° la sacrée latérale, qui est quelquefois double; ses rameaux se distribuent aux muscles de l’épine; plusieurs pénètrent dans le canal sacré; 3» la fessière, qui se distribue dans les muscles fessiers; 4° l’ombilicale, artère considérable chez le fœtus, mais presque oblitérée chez l'adulte; elle donne quelques petits rameaux à la vessie; 5° les vésicales, qui se rendent aussi à la vessie : leur nombre varie; 0° l’obturatrice, qui se distribue aux muscles de la partie supérieure de la cuissc;7°rulérine, qui se rend à la matrice; 8° l'ischiatique, qui se distribue aux muscles de la partie supérieure de la cuisse; *>• la honteuse interne, qui se rend aux organes génitaux externes, et quelques autres. L’origine de toutes ces artères varie fréquemment, et plusieurs manquent même quelquefois.

L’artère iliaque externe change bientôt de nom, et prend celui de crurale ou de fémorale : elle fournil l’artère épigastrique, artère peu importante chez les animaux à mamelles pectorales; mais qui le devient beaucoup dans les espèces à mamelles ventrales, chez lesquelles l'épigastrique est l’artère mammaire. Les mamelles sont au contraire nourries chez les espèces à mamelles pectorales par l'artère thoracique interne, ou la sous-sternale, branche de la sous-clavière. Mais un fait fort remarquable, c’est que ces deux artères,

dont les fonctions sont, comme on le voit, analogues, et qui se suppléent l'une l'autre, s'anastomosent constamment ensemble par plusieurs branches.

L'artère crurale, ou plutôt la poplitée (car elle prend ce nom vers le bas de la cuisse), se divise, vers la partie supérieure de la jambe, en deux branches : la tibiale antérieure et la tibiale postérieure, qui ne tarde pas à fournir une grosse branche nommée péronière. Ce sont ces trois artères, ainsi que la crurale et la poplitée, qui nourrissent tout le membre inférieur. Suivant Carliste, on retrouve également, au membre inférieur, un lacis vasculaire, semblable à celui du membre supérieur, chez les Loris, les Nycticèbes et les Bradypes. Ce fait remarquable, et qui a longtemps passé pour faux, a été vérifié par Quoy et Gaimard pour les Bradypes; mais les petites artères qui le forment ne se réunissent pas ensuite en un seul tronc, comme l'avaient supposé quelques personnes.

Chez les Cétacés, l’artère iliaque externe manque avec tout le membre postérieur; l'aorte donne seulement deux branches, qui sont les deux iliaques internes. Dans ce cas. l'aorte se continue bien évidemment avec l'artère sacrée moyenne, qui ne diffère plus du reste de l’aorte, de même que les vertèbres auxquelles elle correspond ne diffèrent plus de celles du reste de la colonne vertébrale.

Chez les Marsupiaux, les artères abdominales présentent des variations non moins remarquables. La principale consiste dans l’absence de la mésentérique inférieure; en outre, l'aorte se termine beaucoup plus haut, et les iliaques font en descendant un angle beaucoup plus aigu que chez les autres Mammifères. Par suite, la sacrée moyenne, la crurale, les branches de celle artère, et particulièrement l’épigastrique, ont un calibre plus considérable. Ces faits, découverts par Geoffroy Saint-Hilaire, lui ont révélé les causes du mode particulier de génération, et des principales modifications organiques que présente la tribu si remarquable des animaux à bourse. Le même naturaliste a plus récemment découvert que la principale de ces modifications, l’absence de l’artère mésentérique, que les Marsupiaux présentent seuls parmi les Mammifères, se retrouve également chez les Oiseaux. (F. Ittestm.) Ainsi se trouve expliquée la grande analogie qu'il avait lui-même signalée autrefois entre les Oiseaux et les animaux à bourse, dont les anomalies , comme il l'a démontré, réalisent, à beaucoup d’égards, les conditions normales ornithologiques.

Les artères pulmonaires ne diffèrent, chez les Mammifères, de celles de l'Homme que par le nombre de leurs subdivisions, qui varie avec celui des lobes du poumon. Cuvier a cependant remarqué (Anal, comp., t. iv) que les Cétacés ont les parois du tronc pulmonaire presque aussi épaisses que celles de l’aorte; il pense que peut-être la circulation pulmonaire est plus difficile chez eux que chez les autres Mammifères.

** Système veineux.

Les veines sont généralement plus nombreuses que les artères, et ou trouve presque partout plusieurs vaisseaux veineux pour un seul artériel. Du reste, elles se distribuent comme les artères, les accompagnent gêné-

râlement, et ont presque partout reçu les mêmes noms. On trouve cependant plusieurs différences.

1° Il n’y a point pour le# vaisseaux veineux un seul tronc central, comme pour les vaisseaux artériels, mais deux connus sous le nom de veines caves supérieure et inférieure. La première, qui s’ouvre à la partie supérieure de l'oreillette droitè, ramène tout le sang des membres supérieur# et de toutes les parties céphaliques, cervicales et thoraciques; la seconde, qui s’ouvre à la partie inférieure, ramène celui des membres inférieurs, des viscères abdominaux et de toutes les parties abdominales.

2° On nomme veine azygos une veine du côté droit, qui met en communication la veine cave supérieure et l’inférieure, s’ouvrant en bas dans celle-ci, et de même, près de sa terminaison, dans la première.

5° Les membres supérieurs, outre les veines qui sont analogues aux artères brachiale, cubitale et radiale, ont d’autre# veines superficielle# nommées basilique et céphalique.

4® Les membres inférieurs ont, de même que le# supérieur#, des veines superficielles qui n’ont pas d’analogues parmi le# artères, et qu'on nomme saphènes interne et externe.

5® Enfin il existe encore quelques autres différences dont les principales seront indiquées en traitant du cerveau et du foie.

Les variations que présentent les veines sont d’ailleurs fort nombreuses; ainsi quelques espèces ont une veine azygos ù gauche, tout aussi bien qu’à droite, disposition qui se rencontre fréquemment chez l'Homme lui-même. Une autre modification plus remarquable a été observée par Cuvier chez le Porc-Épic et l'Éléphant. Ces deux animaux ont deux veines caves antérieures, une pour chaque côté.

Système lymphatique.

Telle est la distribution des principales arlêres et des principales veines chez les Mammifères. Chiant aux vaisseaux lymphatiques, on a cru longtemps qu’ils n’existaient que chez les Mammifères, tous les Ovipares en étant généralement privés, ou du moins n’en ayant quelques-uns que dans la région cervicale. Aujourd'hui l’existence du système lymphatique chez les Oiseaux est un fait qui ne peut plus être révoqué en doute. Les anatomistes allemands, Tiedemann et Fohinann, et tout récemment en France le docteur Lauth fils, l’ont en effet démontrée de la manière la plus évidente. Ainsi les lymphatiques ne sont nullement propres aux Mammifères, et, de même qu’on l’a vu pour le* système# artériel et veineux, ne diffèrent, chez les Ovipares, que sous le rapport de leur distribution et de leur disposition. .

De l'organe et des voies respiratoires.

La respiration est toujours simple chez les Mammifères, et non pas double, comme chez les Oiseaux, oh l’air pénètre dans toutes les parties du corps, et agit sur le sang des vaisseaux aortiques, comme sur celui des vaisseaux pulmonaires. I)*un autre côté, le poumon des Mammifères diffère beaucoup, par sa structure, de celui des Reptiles, chez lesquels la respiration est beaucoup moins complète. Les Mammifères sont donc géné-

râlement, sous le rapport de la quantité de leur respiration, dans un degré qui leur est propre, et qui se trouve intermédiaire entre celui des Oiseaux et celui des autres Ovipares.

Le conduit aérien, par lequel l’air pénètre dans le poumon, présente aussi des caractères particuliers chez les Mammifères, dans l'absence des parties trachéales inférieures connues chez les Oiseaux sous le nom de larynx inférieur; en sorte qu’il n’est formé que de trois parties principales : le larynx, la trachée-artère cl les bronches.

Larynx. Les principales parties qu'on a distinguées dans le larynx, sont : 1° le cartilage thyroïde, le plus grand de tous, et placé à sa partie supérieure et antérieure; il est formé de deux lames obliques s'unissant sur la ligne médiane; 2° le cartilage cricoïde, dont la forme est ceJle d'un anneau; il est placé au-dessous et en arrière du thyroïde; 3» les cartilages arythénoïdes, qui s’articulent sur la partie postérieure du cricoïde; c’est à leur hase que s'attachent les ligaments de la glotte, ou les cordes vocales; 4® d’autres cartilages, nommés tubercules de Santnrini, et placés entre les arythénoïdes et l’épiglotte; 5® l’épiglotte, cartilage mol, impair, placé au-dessus du bord supérieur du thyroïde. Tous ces cartilages sont unis tes lins aux autres par des membranes, des ligaments, et par des muscles, au moyen desquels les diverses pièces laryngiennes sont mobiles les unes sur les autres; mais le larynx est en outre mobile dans sa totalité, soit au moyen des muscles tbyrohyoïdiens et sterno-thyroïdieus, soit aussi au moyen des muscles de l’hyoïde, parce que le larynx se trouvant suspendu à cet os, est obligé ainsi de participer à ses mouvements.

Telle est la disposition générale du larynx chez les Mammifères; mais il présente en outre un grand nombre de modifications tenant aux variations de forme et de volume des divers cartilages; leur structure clleméme est sujette à varier, et quoique ordinairement cartilagineux, ils deviennênl quelquefois cependant osseux. C'est ce qui se voit chez beaucoup d'animaux herbivores à peine adultes, et chez l'Homme lui-même dans sa vieillesse. L'ossification a même fréquemment lieu beaucoup plus tôt chez ce dernier à la suite d'un développement extraordinaire de tout l’organe vocal, et quelquefois elle se fait plus promptement d'un côté que de l’autre, comme l'a vu Geoffroy Saint- Hilaire (I*hil. Anal., t. i, p. 244) chez un Homme que sa profession obligeait de crier dans les rues.

Le larynx varie aussi chez l'Homme suivant l'âge et le sexe : on sait en effet combien le larynx d’une Femme, d’un enfant ou d'un castrat, diffère de celui d’un Homme adulte, et l’on sait aussi combien leur voix diffère. De pareilles varialions, mais beaucoup plus considérables et surtout beaucoup plus nombreuses, ont lieu chez les Mammifères. On fera connaître les principales dans d'autres articles ( V. Voix, Lxnvxx et TjwcnÉF.-ARTfcaL). Les sacs lliyro-hyoïdiens des Singes sont grands, membraneux, situés sous la gorge; ils s'ouvrent dans le larynx, «lire l’hyoïde et le thyroïde. Ces sacs se trouvent chez beaucoup de Singes, mais plus ou moins développés. Camper a quelquefois trouvé celui d'un

côté beaucoup plu» considérable que celui de l’autre.

Trachée-artère et bronches. La trachée-artère, qui fait suite au larynx, cl dans laquelle se continue la inétne membrane muqueuse, est toujours un canal de forme arrondie, et dont la longueur est proportionnelle à celle du col. Elle est formée en devant et sur les côtés de cartilages unis ensemble par un tissu fibreux, et en arrière par une membrane musculeuse. Ces cartilages, dont le nombre varie, ont été nommés anneaux de la trachée-artère à cause de leur forme, qui est en effet | celle d’anneaux, quelquefois complets comme chez les Makis, mais le plus souvent incomplets, comme chez riiomme où ils ne ceignent que les deux tiers antérieurs du canal.

La trachée-artère est placée au-devant de l'œsophage, qui la sépare de la colonne vertébrale, et occupe la ligne médiane : arrivée au niveau des premières vertèbres dorsales, elle se divise en deux parties, qui se dirigent l’une à droite, l'autre à gauche, et pénètrent dans les poumons, où elles se divisent et se subdivisent à l'infini. Ces divisions ou les bronches, ont généralement la même forme et la même structure que la trachée-artère; seulement à mesure qu'elles se divisent, et que leur diamètre devient moins considérable, les anneaux cartilagineux deviennent et moins larges et moins nombreux, et ils finissent même par disparaitre entièrement, en sorte que les dernières divisions des bronches sont seulement musculo-membranetises.

Poumons. Ce sont toutes ces divisions des bronches, et celles non moins nombreuses des vaisseaux pulmo- • imites, qui composent dans son essentiel le poumon chez les Mammifères. Les cellules pulmonaires ne sont en effet autre chose, suivant la plupart des anatomistes, que la terminaison en cul-de-sac , des ramifications bronchiques réduites à un diamètre infiniment petit.

Les poumons de l'Homme sont divisés par des scissures proFondes.cn plusieurs parties ou lobes qui sont au nombre de deux pour le gauche, de trois pour le droit : chez tous les Mammifères, ce dernier est aussi généralement celui qui a un nombre de lobes plus considérable; ainsi il en a presque toujours trois ou quatre, et le gauche deux ou trois seulement : mais il y a exception pour les Cétacés, la plupart des Pachydermes, et quelques genres de Chéiroptères, de Marsupiaux et de Ruminants, qui n'ont aucun lobe distinct; et pour le Porc-Épic qui en a au contraire jusqu'à cinq à gauche et six à droite. Au reste tous ces nombres sont sujets à quelques variations dans les mêmes espèces.

Le poumon est toujours enveloppé par la plèvre, membrane séreuse dont une partie adhère au poumon, et l'autre aux parois de la poitrine : celte membrane forme ainsi chez les Mammifères un sac sans ouverture, et dont la cavité est vide; elle se comporte à l’égard du poumon, comme on a vu le péricarde se comporter à l'égard du cœur.

Tels sont les principaux caractères du poumon et des voies pulmonaires dans cette classe : presque tous lui appartiennent exclusivement. Toutes les autres, et celle des Oiseaux elle-même, présentent une foule de différences dont les principales sont :

1° La trachée-artère, qui n’est pas toujours propor-

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