Structure régulière ou cristalline
Lorsqu’un corps passe lentement de l'état aériforme ou liquide à l'état solide, les molécules similaires, qui le composent, en cédant à leur attraction réciproque, se tournent dans des positions semblables et s'espacent symétriquement entre elles. C’est dans cet arrangement régulier des particules intégrantes d’un corps que consiste la structure cristalline; elle se manifeste aux sens par différents caractères qui la distinguent de l’a grégation confuse ou structure irrégulière. Ces caractères sont : le clivage, la forme cristalline, les axes de réfraction et le polychro'ismc.
1° Le clivage. Toute masse Immobile, h structure cristalline, est traversée par des fissures planes, dans une multitude de sens suivant lesquels les molécules adhèrent entre elles avec plus ou moins de force. Si l’on essaie de la briser par la percussion, l’effet du choc : se propageant avec plus d’avantage dans les directions de la moindre cohérence, agrandit les fissures naturelles. qui existent dans ces directions, les rend sensibles par les rellels qu'il développe à l'intérieur et par les stries qu’il fait nailre à la surface, et souvent détermine la division du corps suivant des surfaces planes, lisses et éclatantes. Ce mode particulier de cassure a reçu le nom de clivage, et les faces qu’il met à découvert se nomment plans de clivage ou joints naturels. Les directions de clivage sont toujours en petit nombre, et dans la même espèce se trouvent inclinées entre elles sous des angles constants. Un cristal susceptible «l’être clivé peut être partagé en laines plus ou moins épaisses, à faces parallèles, au moyen de divisions successives, opérées dans le même sens : on dit alors qu’il a la struetme laminaire. Il peut offrir ce genre de structure dans un seul sens ou dans plusieurs sens h la fois. Si le nombre et la direction des clivages sont tels que les fragments qu'on détache du cristal soient ter- 1 minés de toutes parts par des plans, sa structure est ! alors polyèdrique. Les différences que présentent les clivages dans leur nombre, leurs inclinaisons rcspec- ' lives, leur éclat, la facilité et la netteté avec lesquelles on les obtient, sont autant de caractères qui servent à distinguer entre eux les minéraux cristallisés.
Lorsque les minéraux à structure polyédrique ont tous leurs clivages également nets et faciles, on remarque que les plans de ces clivages sc coordonnent symétriquement alentour d'un point ou d’un axe central, en sorte qu'on peut obtenir de leur réunion un solide dont toutes les faces soin! égales cl semblables. Ce solide intérieur est appelé forme primitive, parce qu’il est le type dont on peut faire dériver toutes les formes polyédriques extérieures des cristaux de la mémo espèce, lesquelles formes sont susceptibles de varier à l'infini, (!'. Cristai.ms.vno*.) Et parce qu'en divisant méthodiquement chacun de ces cristaux, il est possible d'en retirer ce même solide intérieur, placé en son centre comme une sorte de noyau, on substitue souvent ce nom de noyau à celui de forme primitive. Les formes primitives, dont toutes les faces sont égales et semblables, sont les suivantes: le tétraèdre régulier, le cube, l'octaèdre régulier, le dodécaèdre rhomhoïdal, le rhomboïde, le dodécaèdre hipyramidal à triangles isocèles, l'octaèdre à base carrée et l'octaèdre üi base rhotnhe. L'ensemlde de toutes les formes cristallines qui peuvent coexister dans une même espèce minérale, ou dériver d’une même forme primitive, porte le nom de système de cvislaflisation ( !■'. Ibid.). Or, deux formes primitives différentes pouvant quelquefois donner naissance à deux systèmes de cristallisation parfaitement identiques, il eu résulte que deux espèces minérales peuvent présenter les mêmes formes extérieures. et être distinguées l’une de l'autre par le caractère tiré du clivage ou de la forme primitive : tels sont, par exemple, le Spath fluor et la («alêne, dont 1
l'un a un octaèdre cl l'autre un cube pour noyau.
Lorsque les minéraux à structure polyédrique présentent des clivages de netteté différente, ces clivages correspondent à des faces qui, sur le noyau, ont des positions et des grandeurs différentes. Dans ce cas, les plans qui terminent ce noyau ne forment plus un même ! système, rapporté à un seul point ou axe central; mais ils composent autant d'ordres de faces qu'il y a de sur les de clivages, et l'on remarque que les divisions les plus nettes et les (dus faciles correspondent en général aux faces les moins étendues du noyau, lorsque les dimensions de celui-ci sont ramenées à la symétrie et à leur limite théorique. Les formes primitives, qui se composent de deux ordres de faces ou qui sont données par des clivages de deux espèces, sont les suivantes : le prisme droit à base carrée, le prisme droit à base rhomhe, le prisme rhomhoïdal & luise oblique, le prisme hexaèdre régulier et l’octaèdre rectangulaire. Celles qui résultent du concours de trois ordres de faces et par conséquent de clivages, sont : le prisme droit rectangulaire, le prisme oblique également rectangulaire, le parallélipipèdc irrégulier et l'octaèdre irrégiflier. Lorsque le nombre des clivages distincts est plus que suffisant pour circonscrire la forme primitive, telle qu'on la conclut de la comparaison des formes cristallines dérivées, on regarde alors les clivages superflus comme surnuméraires, et ce sont ordinairement les moins nets et les moins faciles. Ces clivages surnuméraires divisent diagonalement ou coupent transversalement la forme primitive; c'est-à-dire qu’ils sont parallèles ou perpendiculaires à l’axe des cristaux. Mais il peut arriver que quelques-uns des clivages essentiels à la production du noyau, ne soient sensibles que par de très- légers indices ou même disparaissent totalement, en sorte que le cristal offre à la place deces clivages une cassure tout à fait compacte. Dans ce cas, le nombre cl la position des clivages subsistants peuvent être d'un grand secours pour distinguer entre eux des minéraux qui se rapprochent par leurs formes extérieures, et dont les formes primitives sont du même genre. L'Aniphihole, le Pyroxènc et le Feldspath ont tous les trois pour noyau un prisme rbninboïdat à base oblique; mais dans l'Amphibole, le clivage parallèle à la base manque entièrement, tandis que ceux qui sont parallèles aux pans, sont très-faciles et d'un éclat trèsvif; dans le Pyroxènc, an contraire, c'est le clivage parallèle à la base qui est le plus facile et le plus net; enfin dans le Feldspath, un clivage parallèle à la base se combine avec un autre clivage d’égale netteté, passant par la diagonale oblique, et par conséquent tombant à angles droits surin premier. Dans les minéraux qui ont des formes primitives prismatiques, il arrive quelquefois qu'il n'existe de clivage que dans une seule direction toujours parallèle ou perpendiculaire à l’axe. On remarque alors que ce clivage unique est d’une extrême netteté, et si facile que le minéral peut se diviser en lames minces, cl qu’il se présente même naturellement sous celte forme. Tel est le cas du Gypse, et surtout des substances appelées Micas. La Topaze offre aussi un seul joint très-brillant, parallèle à la base du prisme, et ce caractère suffit pour la distinguer des
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autres corps, avec lesquels on pourrait la confondre.
Dans une grande partie des minéraux, où les joints naturels sont peu sensibles, on parvient souvent à les reconnaître en observant leurs fractures le soir, à la lumière d'une bougie. Pour faire celle observation, on choisit un cristal dans lequel la position présumée des joints que l’on cherche soit parallèle à des faces naturelles, et l'on brise le cristal de manière à laisser subsister des portions de ces mêmes faces. Alors on varie successivement la position du fragment, jusqu'à ce que les reflets de la lumière paraissent simultanément sur ces portions de faces et sur les endroits fracturés : cette coïncidence des reflets esl une preuve du parallélisme dont il s'agit, et la position des faces extérieures sert ensuite à déterminer celle des joints situés à l'intérieur, et par conséquent des faces de la forme primitive elle-même. $i les minéraux non susceptibles de clivage se refusent au genre d’observation dont on vient de parler, dès lors ils présentent dans tous les sens la cassure compacte, et leur caractère cristallin ne peut plus se conclure que de l’élude des formes extérieures ou des propriétés optiques.
2" La forme cristalline. Les minéraux dont la cristallisation s'est opérée lentement et sans aucun trouble, se montrent ordinairement sous des formes polyédriques, analogues à celles des solides de la géométrie. Ces formes sont régulières, ou du moins symétriques, c’est-à dire composées de laces égales et parallèles deux à deux. Elles sont variables à l'infini dans la même espèce. Mais celle singulière métamorphose que subit un même corps est soumise à des lois simples, dont on peut calculer tous les effets; elle se borne à modifier l’aspect extérieur de la substance, sans nuire au mécanisme de sa structure interne, laquelle est uniforme et constante dans l'ensemble des variétés. Telle est la relation qui existe entre les formes cristallines d'un minéral, que chacune d'elles représente en quelque sorte toutes les autres, et que la simple observation de ces formes extérieures ou secondaires peut servir à déterminer la forme primit ive elle même, de même que la forme primitive, supposée connue d'avance, sert à prévoir et A calculer toutes les formes secondaires.
Une même substance peut s'offrir sous une multitude de formes différentes, qui paraissent au premier abord n'avoir aucun trait de ressemblance entre elles, et qui, lorsqu'elles sont du même genre, se distinguent par les mesures diverses de leurs angles. Ces formes ne sont point entièrement accidentelles ou indépendantes de la nature de la substance. Elles composent autant de variétés qui sont fixes, et qu'on retrouve partout les mêmes, avec des valeurs d'angles parfaitement identiques, pourvu toutefois qu'on les mesure à un degré constant de température; car la chaleur, en dilatant inégalement les cristaux, peut altérer jusqu'à un certain point les inclinaisons de leurs faces. Si l'on réunit unesuite nombreuse de cristaux appartenant à in même espèce minérale, et qu'on les compare deux à deux, avec soin, on verra qu'ils ne sont réellement que de simples modifications les uns des autres, et qu'il esl possible de les disposer eu une série qui rende sensible le passage graduel de l'une des formes à toutes les autres.
Le passage entre une forme quelconque et la suivante a lieu par de petites facettes modifiantes, qui remplacent les bords ou les angles de la première forme, et qui prennent ensuite dans d'autres individus de la I même variété une plus grande extension, jusqu'à devenir dominantes et faire disparaître ce qui restait des faces primitives. Ces petites facettes ou ces motlifica- I lions ne sont pas produites au hasard; elles sont assujetties à des lois qui règlent leur nombre, leurs posi- ! lions relatives et leurs inclinaisons. La première de ces lois est connue sous le nom de loi de symétrie. Elle consiste en ce que les bords on les angles solides de la forme modifiée, qui sont identiques entre eux, reçoivent tous à la fois les mêmes modifications, tandis que les bords ou .angles non identiques ne sont pas sembla blement modifiés. Une conséquence rie celle loi, c’est qu'il esl facile, en partant d'une seule forme du minéral. d'arriver d’une manière rationnelle à la détermi- ! nation des autres formes qu’il peut prendre, et de connaître ainsi à priori ce qu'on nomme son système de cristallisation. Ce procédé toutefois ne détermine que I l’espèce de chaque forme et non ses dimensions; mais une seconde loi, à laquelle les modifications sont assu- I jellies, donne au minéralogiste les moyens d'établir des relations entre les angles de la forme primitive ou fondamentale et ceux de la forme secondaire ou dérivée. Les systèmes de cristallisation sont au nombre de six . ils se distinguent entre eux d'après la diversité de nature des solides prismatiques, que l’on peut regarder i comme leurs formes fondamentales, et qui sont tous j des parallélipipèdes. les uns rectangulaires, les autres j obliquangles. On peut les diviser et les classer de la manière suivante.
]»« Division. — Parallélipipèdes rectangles.
1® Les trois arêtes égales entre elles; forme fondai mentale : le cube;
2® Deux arêtes égales, et la troisième différente,
! forme fondamentale : le prisme carré droit;
I 3® Les trois arêtes inégales; forme fondamentale . le | prisme rectangle droit.
IIe Division. — Parallélipipèdes obliquangles.
| 1® Les trois angles plans de l’un des angles solides,
I égaux entre eux; forme fondamentale : le rhomboïde;
2® Deux angles plans égaux, et le troisième différent; forme fondamentale : le prisme rhomboïdal oblique;
3® Les (rois angles plans inégaux; forme fondatnrni taie : le prisme obliquaugle oblique ou parallélipipèdc 1 irrégulier.
Les formes composant chaque système sc subdivisent en plusieurs séries, dans chacune desquelles il est une j forme simple qui domine ou dont toutes les autres por- I lent l'empreinte. Par exemple, les formes dominantes du système rlinmboédrique sont : le rhomboïde, le prisme hexagonal régulier, le dodécaèdre à triangles isocèles et le dodécaèdre à triangles scalèncs. Dans les espèces minérales, fécondes en cristaux, et qui présentent toutes les formes comprises dans un même système, on remarque que les variétés provenant de lo- ! calités diverses ou de terrains différents, affectent en général des formes dominantes particulières, et dans un grand nombre d'espèces où la totalité des formes
du système ne s’est pas encore montrée. on observe une sorte d'habitude de certaines formes de préférence aux autres, ce qui. joint à la diversité du clivage, établit des différences entre les minéraux appartenant ati même système. Mais c’est principalement de la mesure des angles que se tirent leurs caractères distinctifs. L’invariabilité des angles dans chacune des formes propres à une même espèce, donne à leur mesure une trèsgrande importance, parce qu’elle est susceptible d’être prise avec beaucoup de précision, et parce qu'elle est comme un point à peu près fixe et immobile au milieu des diverses causes qui font varier les autres caractères des minéraux. Pour déterminer les incidences mutuelles des faces d’un cristal, on se sert d'instruments appelés goniomètres ; il y en a de deux sortes : les uns qu’on peut appeler goniomètres d'application , et dont l’invention est due à Garangeot, se composent de deux lames d'acier réunies par un axe autour duquel elles peuvent tourner, et qu’on applique sur les faces d’un angle dièdre, perpendiculairement à leur intersection. Puis, sans changer leur degré d'ouverture, on les replace sur un rapporteur eu cuivre, dont le limbe divisé fait connaître la valeur de l’angle cherché. La seconde sorte d’instruments, qui donne «les mesures beaucoup plus précises, est due au docteur Wollaston. Elle porte le nom de goniomètre à réflexion, parce qu'elle sert à déterminer un angle dièdre au moyen delà réflexion d’un objet sur l’une el l’autre des faces qui composent cet angle. Cet instrument ne peut convenir qu'aux cristaux très-petits, à surfaces polies et réfléchissantes.
Les formes polyédriques des cristaux n’étaient point inconnues aux anciens. Pline a décrit, avec assez de justesse, celles du cristal de roche et du diamant. Mais jusqu'au milieu du dix -septième siècle, on les avait considérés comme de simples jeux de la nature. Sténon attira le premier l'attention des naturalistes surce sujet intéressant, en publiant à Florence, eu IflfiO, une dissertation ayant pour titre : De solido inlrà solidum nat uraliter contenta.
Depuis celle époque, on étudia les cristaux avec (dus de soin, el pour y rechercher les lois d’une géométrie rigoureuse. Il parut à Bologne, en 1G88, un ouvrage curieux pour le temps, mais «|tii fut peu remarqué, quoiqu’il contint le germe d'une science nouvelle. Gel ouvrage était intitulé : llcflcssioni filosuficlie dedolte dalle figure dei Sali. L’auleur, Dominique Guglielinini, publia ensuite une Dissertation sur les Sels, qui a été imprimée à Venise en 1705. Déjà les fondements de In cristallographie étaient posés, el l'on vil paraître en 1725, à Lucerne, un Prodrome de celte science, par Capcller. bientôt après Linné tenta le premier essai d'une distribution méthodique des minéraux, dans laquelle tes formes cristallines aient été prises en considération, el il joignit à son travail des descriptions et «les figures aussi fidèles que le comportait l'état où se trouvait alors la science. Home de l’Islc vint ensuite, cl fil faire un grand pas à cette science en démontrant, par l’expérience, que les angles des cristaux étaient constants, en comparant entre elles les formes cristallines propres à chaque espèce, el prouvant qu'elles dérivaient toutes de certaines formes simples et fon-
damentales. au moyen de troncatures plus ou moins profondes sur les angles el sur les arêtes de ces dernières. Sa Cristallographie, publiée en 1785. est un ouvrage aussi remarquable pour le fond que pour la méthode, la clarté et ta précision qui y régnent, et il a fait époque dans l'histoire de la science. A peu près vers le même temps, Bergman», cherchant à pénétrer jusque dans le mécanisme de la structure des cristaux, considéra les différentes formes relatives à une même substance comme produites par une superposition de lames de dimensions variables autour d'une même forme primitive. S'il eût suivi cette heureuse idée dans toutes ses conséquences, el s’il eût cherché à la vérifier à l’aide de l'observation et du calcul, en l’appliquant aux nombreuses variétés do formes des substances connues de sou temps, il aurait eu la gloire qui fut réservée à llaliy, de donner une explication simple et naturelle de la structure des cristaux, et de fonder une théorie mathématique, qui devait être l'une des plus solides hases de la minéralogie.
3» Le nombre et la position des axes de réfraction. La doubl«rréfraction de la lumière est une «les propriétés caractéristiques des substances cristallisées, parce «ju'clle lient à l’arrangement uniforme el régulier de leurs molécules. Elle consiste en ce que le rayon lumineux qui les traverse, se partage généralement en deux faisceaux qui suivent deux roules différentes. L’un des deux faisceaux, qu’on nomme le rayon ordinaire, se réfracte d’après la loi commune à tous les corps, c’està-dire de manière que le rayon réfracté el le rayon incident sont dans un même plan normal à la surface réfringente, et que le sinus de l’angle de réfraction est dans un rapport constant avec le sinus de l'angle d’incidence. L’autre rayon suit une loi particulière, découverte par Huygliens el vérifiée par Wollaston et Malus : ce rayon porte le nom de rayon extraordinaire. L’existence cl la marche de ce second rayon se trouvent liées avec les positions suivant lesquelles les molécules du cristal se présentent au rayon incident. Si ces molécules sont arrangées d'une manière uniforme et symétrique alentour du centre «lu cristal, alors il n'y a plus de division du rayon lumineux, et le phénomène de la double réfraction ne se manifeste plus. C’est le cas de tous les minéraux cristallisés, qui appartiennent au système de cristallisation du cube. Toutes les autres substances, sans exception, donnent lieu à l'observation du phénomène; mais avec des circonstances particulières, en rapport avec leur structure cristalline. On remarque en effet qu’il y a toujours une ou deux directions fixes qui sont telles, que le rayon ne se divise plus s’il tombe d’aplomb sur une face perpendiculaire ou parallèle ù l'une de ces directions. C’est une conséquence de ce que les molécules sont alors disposées symétriquement alentour de celte direction, en sorte qu'elles tiennent en équilibre le rayon extraordinaire, dont la marche se confond avec celle du rayon ordinaire. Toute ligne de l'intérieur d’un cristal, dans la direction de laquelle le phénomène de la double réfraction est nul. porte le noin d'axe dédoublé réfraction. Les axes de double réfraction sont en rapport, quant à leur nombre el à leur position, avec les axes
üe cristallisation, et par conséquent avec la Forme tondamenlale du système. Ils peuvent servir à la déter- ! mination de cette Forme, ou du moins de la classe à • laquelle elle appartient, conjointement avec les carac- , lères tirés du clivage et des Formes extérieures. Ces 1 relations importantes entre les axes de réFraclion et les j formes cristallines se généralisent et s'expriment de la , manière suivante :
1° Tous les cristaux qui n'offrent qu’un seul axe de j réfraction, ont des formes primitives telles, que leurs | Faces sont toutes semblablement disposées par rapport j à une seule ligne parallèle à la direction de l’axe. Ces cristaux appartiennent au système de cristallisation du rhomboïde ou du prisme carré droit.
2° Tous les cristaux qui présentent deux axes de ré- j Fraction, ont des formes primitives dont les faces ne | peuvent se rapporter à un seul axe de cristallisation. Ce sont ceux qui appartiennent au système du prisme , rectangle droit, du prisme rhoinhoïdal oblique et du j parallélipipède irrégulier.
5° Les cristaux qui présentent, dans tous les sens, la \ réFraclion simple, appartiennent au système de cris- 1 lallisalion cubique.
On emploie divers moyens pour reconnaître si une ! substance est douée de la double réfraction. Le plus ! simple et le plus ordinaire consiste A rechercher si elle , produit le phénomène de la double image, lorsqu'on regarde un objet à travers deux de ses faces opposées, ! ce qui doit toujours avoir lieu, si les faces Font entre elles un certain angle, et ne sont ni parallèles, ni per- j pendiculaires à un axe de réFraclion. Dans le Calcaire i rhomhotdal et dans le Soufre, ce phénomène est trèssensible. même à travers deux faces parallèles. Mais dans la plupart des autres substances, il ne se mani- ; fesle aisément que lorsqu'on choisit des faces réfrin- j gentes, disposées favorablement pour ce genre d'obser- j vation. Aussi est-on obligé souvent de faire tailler le ! corps dans un ou plusieurs sens, afin de s'assurer que ' le phénomène a lieu, et rendre son effet plus sensible ; en augmentant l’écart des deux images. Pour faire commodément cette expérience, on applique l'une des faces du corps contre l’œil, de manière que l’aréle de jonction de c es faces soit horizontale, et l'on tient en inéme temps de l'autre main une épingle dirigée horizontalement, que l'on présente à une certaine distance du cristal, et que l'on regarde à travers les deux faces réfringentes. En faisant mouvoir celle épingle de bas en haut, on parvient bientôt A une position sous laquelle on voit deux images situées l'une au dessus de l’autre et irisées. Ou peut aussi faire l’expérience le soir, en regardant A travers te corps une bougie allumée, placée A une certaine distance. On voit alors deux 1 images de la gamme, ordinairement nettes et bien prononcées. Ces moyens d'observation ne peuvent s'appliquer qu'aux substances qui sc présentent naturellement en cristaux assez volumineux ou en lames épaisses. Quant A celles qui s’offrent toujours en laines minces comme les Micas, ou qu'on peut aisément ramener A cette forme par le clivage, on les soumet a un autre genre d’épreuve, beaucoup plus simple et non moins : rigoureux que les précédents. Ce nouveau procédé re- i
pose sur les propriétés qu’acquiert un rayon lumineux dans son passage A travers un corps doué de la double réfraction. Il consiste à faire usage d’un appareil inventé par Biot, et composé de deux lames minces de Tourmaline transparente, que l’on a extraites d’un prisme de cette substance, en le taillant parallèlement A son axe. Ces deux lames sont posées l'une sur l’autre, de manière que leurs axes de cristallisation ou de réfraction se croisent à angle droit. Dans ce cas, on remarque une tache ou croix noire A l'endroit du croisement des axes, où il ne passe aucune particule de lumière. On place entre ces lames le corps que l'on veut éprouver, et s'il possède la double réfraction, la lumière réparait A l'endroit du croisement; s'il a la réfraction simple, le lieu du croisement reste obscur comme auparavant. Le même appareil peut servir A déterminer si une substance possède un ou deux axes de double réfraction.
*1° Le polychrotsme. Il existe dans le mode de transmission de la lumière A travers les corps cristallisés, d'autres différences qui paraissent également en rap port avec leur structure cristalline. Hiles consistent en ce que ces corps, quand ils sont transparents et qu’on les regarde par réfraction ou en les plaçant entre l'œil et la lumière, manifestent des couleurs différentes, suivant les sens dans lesquels la lumière les pénètre. Cette différence de couleur est nulle dans les minéraux qui appartiennent au système de cristallisation du cube, et la raison en est évidente. Mais elle est plus ou moins sensible dans les substances qui présentent le phénomène de la double réfraction. Dans celles qui n'ont qu'un axe de réfraction, on observe ordinairement deux teintes, l'une produite par la lumière qui traverse le cristal parallèlement A l'axe, et l'autre par celle qui le traverse dans le sens perpendiculaire : c'est le phénomène connu sotis le nom de dichroismc. Pour toutes les directions intermédiaires, la couleur varie entre ces deux teintes extrêmes. Ce phénomène est sensible dans la Cordiérite, la Tourmaline, l'Émeraude, le Mica du Vésuve, etc. Dans les cristaux A deux axes de réfraction, on est conduit A admettre l'existence d'une triple couleur ou du trichroîtme, ainsi que Soret l'a remarqué dans une Topaze du Brésil, dont les couleurs variaient du rose-jatinàlre au violet et au blanc-jaunâtre. Dans ce cas, l'une des couleurs est donnée, lorsque la lumière traverse le corps parallèlement au plan des axes et A la ligne qui divise en deux parties égales l'angle formé parleurs directions; la deuxième a lieu lorsque la lumière traverse le corps parallèlement A ce plan et perpendiculairement à la ligne moyenne; et la troisième, lorsque la lumière traverse le corps perpendiculairement A ce plan et A la ligne moyenne. On peut donner, A l'exemple de Beudant, le nom de Trichroite» aux minéraux qui manifestent ainsi une triple couleur; celui de Dichroïle $ A ceux qui en montrent deux et ne possèdent qu’un axe de réfraction ; et enfin celui de Monochroitcsaux substances qui ne présentent qu'une seule teinte et n'ont que la réfraction simple. C'est aux travaux de Malus, de Brewsler. de Biot, etc., qu'on est redevable de la découverte des propriétés optiques exposées dans les deux derniers paragraphes, et de leur
application à la distinction des structures cristallines des minéraux.