‹ Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuseChapitre 46 sur 96 · LÀ TOUR DES RATS · texte numérisé non relu

LÀ TOUR DES RATS

On montre, à quelques lieues de Goblentz, une vieille tour carrée que Ton appelle la tour des Rats. On dit que Hattonll , archevêque de Mayence , fit brûler une quantité de mendians , en disai&t qu'ils ne servaient qu'à manger le pain nécessaire aux citoyens utiles. Quelque temps après il tomba malade et se vit assiégé de tant de rats qu^il fui impossible de les chasser. Il se fit transporter dans une petite île du. Rhin , à la tour dont nous par- Ions. Mais les rats le suivirent à la nage et le mangèrent dans sa tour.

(i) Saint Verain , ëvéque de CayaiUoQ au comtat Veoaissiat dans le sixième siècle , a fait une foule de miracles. Son corps était à Gergeaii , dans le diocèse d'Orléans.

(a) M. Salgues, des Erreurs et des Préjugés , etc. toine H , page 374.

TRp iji

C'est ainsi qu'Hérode fut mangé par des vers et Pharaon par des poux. Pline conte aussi que l'ile de Gyara, Tune des Cyclades, fut abandonnée de ses habitans , à cause des rats -, qu'une ville* d'Espagne fut renversée par des lapins , une ville de Thessalie par des taupes , une ville de France par des grenouilles , une autre ville en Afrique par des sauterelles (i).

TRANSLATION. —Cestle nom qu'on donne au transport des reliques d'un saint , que l'on tire du cercueil pour le mettre dans une châsse , ou que l'on fait passer d'un lieu dans un autre.

Dans les bons temps, Ja France s'occupait beaucoup plus de la translation d'un grand saint, que de Favénement d'un prince à la couronne»

TRON ou TRUDON , — prêtre Hégeois mort en 698. On leva son corps de terre en 880, et on l'exposa au culte des fidèles , dans l'église de Sarcing.. Mais la crainte qu'on eut bientôt des Normands fit qu'on le cacha dans un caveau , où il resta jusqu'en 1 o^5 . Lorsqu'on voulut l'en tirer, le caveau jeta une puanteur si fétide , que les ouvriers en furent suflfbqués 5 ce qui altéra un peu la bonne odeur de la sainteté de Tron.

Quarante ans après , on chercha pourtant de nouveau à retrouver ses reliques. On ne vit dans

(t) Cité par Misson , tome I > i>a^ 57.

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le caveau que des carcasses tellement pouries^ qu^on n'osa pas encore y choisir les os de saint Tron. Ce ne fut qu'en 1 169 que Tabbé Wirie découvrit et fit honorer un corps , auquel il donna le nom du saint. Les Liégeois y vont en pèlerinage pour la toux.^

TUGAL ou TUGDWAL, — appelé aussi par les Bretons Pabut , évèque bas*breton du sixièmesiècle , patron de Tréguier , de Laval et de Château-Landon. Son corps, qui se perdit huit ou dix fois dans ses diverses translations , et qui fut brûlé par les huguenots , à Laval et à Chàteau- Landon , après avoir été brûlé par les Normands , était, pourtant au dernier siècle , à Tréguier ^ i Laval et à Chartres.

TULLIE. — Vers le milieu du seizième siècle y. on découvrit un tombeau près de la voie Appienne. On y trouva le corps d'une jeune fille , nageant dans une liqueur inconnue *, elle avait les cheveux blonds , attachés avec une boucle d'or ; elle était aussi fraîche que si elle eût été en vie. Au pied de ce corps, il y«vait une lampe qui brûlait, et qui s'éteignit d'abord que l'air s'y fut introduit. On reconnut , à quelques inscriptions, que ce cadavre était là depuis quinze cents ans , et on conjectura que c'était le corps de Tullie , fille de Cicéron. On le transporta à Rome , on l'exposa au Capitole , où tout le monde courut en foule pour le voir. Comme le peuple imbécile com-

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fnençait à lui rendre les honneurs des saints , le pape qui avait cent moyens de soustraire cette précieuse antiquité à la vénération des idiots , et qui n'en vît aucun , la fit jeter dans le Tibre (i). »

UDALRIC ou ULRIC, — évèque d' Augsbourg, mort en 9^3. Cest le premier saint que les papes aient canonisé solennellement ^ et c'est depuis sa canonisation que cette cérémonie est exclusivement réservée aux souverains pontifes.

Le corps de saint Ulric est à Augsbourg où il n'a pas cessé de faire des merveilles. On dit que dans toute la ville et dans tout le territoire qu il pro-« tége , il n'y a ni loirs ni rats. Mais c'est un fait aussi fondé que le privilège de la tour sans venin.

On prétend aussi que la poussière de son tombeau chasse les rats. Sans doute qu'on y mêle quelque autre poussière.

n n'y avait pas de rats non plus dans le territoire du monastère de Saint-Hubert des Ardennes, parce qu'on y vénérait quelques ossemens de saint Ulric. On bénissait dans ce monastère de petits pains que l'on faisait toucher à la châsse du saint, et que l'on distribuait aux fidèles comme des préservatifs contre les rats. Dans une instruction

(i) Dictionnaire infei'nal , au mot Ignorance,

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imprimée (i) il est dit qii il faut distribuer le pain béni de saint Ulric dans tous les coins , et que peu après qu ils en auront mangé, les rats mourront. On faisait aussi pour cela des prières.

Mais l'usage de ce pain béni n'est-il pas indécent et superstitieux , dit le père Lebrun , puiscpi'on a tant de moyens naturels de détruire les rats?

On pense bien d'ailleurs que ce pain était empoisonné, et qu'il y avait de la fourberie à lel)énir, pour en faire des miracles. Mais cette fourberie rapportait de l'argent.

URBAIN , — premier pape de ce ncmi , mort vers Tan 23o. Son corps est à Rome dans l'église de Sainte-Cécile , et sa tète séparée dans Téglîse d'Ara-Gœli. Il avait un second corps et une seconde tête dans l'abbaye de Saint-Urbain , au diocèse de Chàlons-sur-Marne.

URBIC,— -évêque de Clermont en Auvergoe, vers le cinquième siècle. H était marié ; mais il avait fait vœu , en recevant l'épiscopat , de garder la continence avec sa femme. Un soir que tout était endormi , le démon tenta cette femme 'délaissée ; elle vint frapper à sa porte et le pria d^ime voix tremblante de lui ouvrir. Urbic à moitié endormi ne la fit pas trop attendre. Elle lui reparé-

(i) Citée par le père Lebrun , Uisloiie des pratiques super' siitieuses , tome I , page 433.

s^nta en pleurant que si le cœur d^un mari appartenait à Dieu , le corps était à sa femme (i). Après de tendres remontrances, elle se glissa dans le Ht épiscbpal et devint grosse d'une fille. Urbic fit pénitence. OnFenterra avec sa femme et sa fille, qui recevaient comme lui un culte à Clermont. Sa châsse donnait des enfans aux femmes qui en voulaient.

URSIN, — premier évèque de Bourges, vers le troisième siècle, quoiqu on dise à Bourges que c'est le même que/Nathanael , appelé le docteur sans malice , dont il est parlé dansTÉvangile. Son corps était perdu, lorsqu'il apparut en 568 à Saint- Crermaîn de Paris , qui était alors chezi les Bourgeois , et à l'abbé de Saint-Symphorien. Il leur indiqua le lieu où ils pourraient découvrir ses reliques. Son corps se trouva frais comme s'il n'eût été qu'endormi : c'est l'ordinaire. On le mit dans une belle châsse à Bourges. Mais il avait un second corps à Lisieux, depuis^ les invasions des Normands.

U/ISULE ET LES ONZE MILLE VIERGES. — 'Lcur

légende conte qu'un capitaine anglais s' étant révojké , s'empara de la Basse-Bretagne dont il se fit souverain , et alla chercher des femmes à Londres pour ses soldats. H prit pour lui la princesse

(1) BaiUet , 3 avril.

Ursule , et enrôla onze mille vierges.' C'ëtaît ttne armée assez rare.

On embarqua les onze mille vierges *, les unes allaient de bon gré , d'autres bien malgré elles , à ce qu'on prétend. Une tempête les jeta dans le Rhin et elles débarquèrent à Cologne, où se trouvaient les Huns qui voulurent prendre avec elles les droits de maris. Mais animées par sainte Ursule , qui avait le pas sur toute la bande , elles se défendirent si bien 'que les Huns les mirent k mort. On ne sait en quel siècle se passa une aventure aussi remarquable.

On dit que les corps des onze mille vierges , qui ont fait chacune plus de onze mille miracles, furent trouvés à Cologne au seizième siècle. Le corps de sainte Ursule resta d'abord confondu avec les autres. Il fut distingué par un pigeon, qui venait régulièrement tous les jours à certaines heures sur son tombeau.

Ou rechercha ensuite ses compagnes , et on leur donna des noms , en distribuant leurs reliques. Ou trouva aihsi sainte Cordule, dont l»tète recevait un culte à Rome dans l'église de Saint- Louis , et à Paris , dans l'église de Saint-Leu et Saint-Gilles ;

Sainte Anlonine , sainte Brigide , sainte Hélène, sainte Gérésine, fêtées à Cologne j sainte Othille, dont le corps était à Huy au pays de Liège ] sainte Cunère , vénérée à Rhène au diocèse d'Utrecht ; sainte Honorée, sainte Fleurine et sainte Languide, dont les corps sont à Tournay^ sainte

Vincence e| sainte Bénédicte dont les tètes sont à Marseille ;

Sainte Orsmârîe^ sainte Sigillende, sainte Praxède, sainte Walpurge, sainte Julienne, sainte Théomate, sainte Cléomate, sainte Christiancie , sainte Ânastasie , sainte Candide , sainte Flore , sainte Aurélie , sainte Christine ^ sainte Cunégonde , sainte Mactande , sainte Vibrande , sainte Colomlnne, sainte Calamande, sainte Jeanne^ ^nte Cécile >, sainte Eugénie, dont les corps sont en Allemagne et en Espagne ;

Sainte Valère, sainte Florine , sainte Claire , sainte H<morée, sainte Panfrède , samte Seconde» sainte Semibaire , sainte Natalie , sainte Sp^ace^ sainte Avoye , honorées dans diverses églises de France ^ etc.

Beaucoup d*autres corps des onze mille vierges n ont pas de nom. Qn révérait dans Paris seulement vingt-^un corps de ces saintes. On avait à Saint-Maximin en Provence la tète de sainte Société , que l'on disait une des compagnes de sainte Ursule. Il y avait trois tètes de ces vierges à Padoue ) quelcjues corps à Ancône ; cinq têtes à Assise \ plusieurs corps à Rome^ une tète à Bologne; deux têtes à Avignon ; cinq têtes au Mont-Serrat. D^autres reliques semblables dans toutes les églises , outre cent charretées qu'on vénérait à Cologne , comme dit Calvin.

Le corps de sainte Ursule est à Cologne et à Ancène; il était aussi à Saint-Jean-d'Angeli. Elle avait une quatrième tète à Aix en Provence , une cin- III. 12

quîAme 'mâchoire au Mont-ScrrM , u^ cinquième vràne à Notre-Dame de Paris, et beaucoup de reliques à Imola , au Mauset dans une foule de sacristies.

L'église de Sainte-Ursule de Cologne est pleine de tombeaux et tapissée d'ossemens rangés en trophées, codime on place les vieilles armures dans les arsenaux. Les tètes ont toutes quelque orne* ment. Les unes sont enchâssées dans Fargent, d'autres dans des bustes dorés. Il n'y en a point qui n'ait au moins sa calotte de brocard dW , on son bonnet de velours cramoisi , chamarré de pe^ les et de pierres précieuses.

On dit que la terre de l'église de Sainte-Ursuk ne peut souffrir aucun autre corps mort , depuis qu^oB y a enterré les onze mille vierges; car on croit qu'on les a toutes enterrées là •, et, pour prouver ce prodige, on montre le tombeau de la fille d'un duc de Brabant , qui se soulevait et demeurait en; Fair, jusqu'à ce qu*6n l'eût cramponné à deux ou trou pieds de terre, contre un des piliersde l'église (i).

La merveilleuse histoire de sainte Ursule et de ses onze mille compagnes a donné lieu à beaucoap d'histoires , mais aussi à beaucoup de critiques. On a remarqué d'abord qu'il n'était pas facile de trouver onze mille vierges. On a vu quelques martyrologes du neuvième siècle , qui n'en comptaient que mille; et c'est encore beaucoup trop. L'inscription qui a fait croire aux onze miUe vier-

(i) Mmon , toDM I , page 49.

ges , était cit-on ainsi exprimée : 8. Ubstjla et XI. M. V. , que quelques critiques traduisent : Sainte Ursule et oHze mariyres^uierges.

Selon d'autres savans , d'anciens martyrologes portaient : SS. Ursula et Uudegimilla virgines* MARTYRES, Sointe Ursule et sainte UndecimiUe vierges-martyres. Des copistes maladroits- prirent UndecimiUa pour une abréviation barbare de unêecim millia ; et d'un nom qui n'annonçait qu'une vierge , ils en firent onze mille- Après cela on forgea la légende , qui se conte de cinq ou six manières différentes. Nous laissons aux doctes le soin de les juger»

AVEIffTtFRE Des RELIQUES DE TROIS COMPAGKES D«

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