‹ Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuseChapitre 65 sur 96 · JÉS · texte numérisé non relu

JÉS

de Jésus-Clilist en reudaitle plus digue *, saiut Jean, établi évéque d'Ephèse, le laissa à ses successeurs j de ses successeurs il passa successivement par plusieurs mains en celles de Charlemagne. Eh ! comment? Tout comme il vous plaira. —«Nous le lui enverrons , si vous voulez , par Fimpératrice Irène, en reconnaissance de ce qu'il avait chassé les Sarrasins de TEmpire ^ ou par Aroun , roi de Perse. Que si ce moyen vous parait trop naturel pour une relique si miraculeuse , nous la lui fe~ rons porter exprès par un ange , comme Tassure Tauteur des aniudes ecclésiastiques de Châlons.

» Charlemagne ne crut pas déplaire à Fange en se défaisant de son présent au profit d'un tiefs : il eût pu en enrichir son royaume et sa capitale , mais il aima mieux la porter à Rome , et en fit un présent au pape Léon III. Cette relique, qui semblait être destinée d'abord pour la France , y est revenue ensuite en partie ; elle a établi son siège dans la ville de Châlons ^ et la paroisse de Notre- Dame-en-Yaux se fait une grande gloire de la posséder. Elle aurait raison , s'il était véritable qu'elle la possédât en effet. On ne l'y vénère pas seulement , on l'y adore , on la porte en procession spus un dais , et on en donne la bénédiction avec les mêmes cérémonies que si c'était le corps de Jésus-Christ.

» Que si vous me demandez des preuves attthentiqucs de ce que j'avance , je vous répondrai , monsieur , avec le respect que je vous dois , que vous n'êtes pas assez crédule, et que vous ne feriez

JÉS . a33

pas plaisir à messieurs nos Chalonnais d'être si curieux. Nous la possédons d^un temps immémorial, vous diront^ils : que cela vous suffise, et si vous me poussez à bout par vos questions indiscrètes , je vous renverrai i la rue des Marmousets , à l'enseigne des trois pigeons , demander i Haymald-Robert , de Limoges , jadis clerc licencié es lois , ensuite domestique d'un cardinal , depuis soldat , demeurant à Paris dans cette auberge, « homme dlionnète condition et de bonne » façon , comme il paraissait à l'extérieur , et qui -» avait maintes connaissances » , s'il n'est pas vrai qu'il a vu à Rome, dans le trésor où se gardent les saintes reliques et précieux joyaux avec les papiers de l'église romaine , et où sa qualité de domestique d'un cardinal lui donnait apparemment plein pouvoir de fouiller : je vous renverrai , dis-je ,^demander à ce savant critique s'il n'a pas vu certaines lettres apostoliques en forme de bulle , portant qu'une partie du saint nombril est à Chalons. Si vous pouvez en douter après cela, je n'ai plus*ricn à vous dire pour forcer votre incrédulité. » Ainsi se conservaient l'origine et la succession du saint nombril , lorsqu'en 1 407 , Charles de Poitiers évèque de Châlons , à l'instance des paroissiens de Notre-Dame, changea cette relique de place] et la mit , sans la regarder , dans un autre reliquaire plus beau que le premier, sous la bonne foi seule de trois habitans de cette paroisse , qui l'assurèrent de ce que leur avait rapporté le Lîmosin de la rue des Marmousets. On a continué

234 JES

depuis ce temps* là à lui rendre les honneurs dont je vous ai parlé ^ on y est venu en pèlerinage de fort loin ; on dit même qu'il sY est fait des miracles , ce qu'il n'est pas impossible de croire.

» Or, le cinquième ditnancliie du carême dernier, dixième avril , Messire Gaston Jean-Baptiste-Louis de Noailles , frère et successeur de Monseigneur le cardinal en ce siège , commença s^ première visite épiscopale dans la paroisse de Notre-Dame avec lés solennités ordinaires. Comme les comptes qu'il eut à recevoir, et la multitude des affaires qui se présentèrent ne lui permirent pas de les terminer toutes, il indiqua plusieurs assemblées dans son palais , où il invita les paroissiens , et où se trouvèrent tous ceux qui voulurent y assister. Vous connaissez te mérite du prélat ^ on doit certainement lui rendre cette justice qu'il est trèséclairé , et très-zélé pour ne souffrir dans son diocèse non-seulement aucun abus , mais rien de ce qui peut en approcher ; et les affaires qu'il a soutenues jusqu'à présent pour la discipline et dont il est venu glorieusement à bout , font bien voir qu'il n'a pas encore moins de fermeté que de lumières.

)) Il avait ouï parler depuis long-temps de la relique en question , mais les affaires de son diocèse , ses visites , ses infirmités l'avaient empêché de s'en instruire à fond par lui-même. Il ne pouvait ignorer ce que les goûts différens en faisaient penser aux divers esprits 5 il savait que les uns l'adoraient , que les autres n'y avaient aucune foi ,

JES î,35

que d'autres en parlaient d une manière peu édifiante. Il savait d'un autre côté combien un évèque doit être exact à ne proposer au peuple , pour objet de son culte et de sa foi , que des choses indubitables. Ces considérations portèrent notre prélat à dire à messieurs les chanoines de Notre- Dame et aux paroissiens assemblés dans son palais, qu'il était résolu de faire la visite de la relique. Il crut qu'il était de sa piété d'autoriser le culte qu'on lui rendait si elle se trouvait véritable , ou de le régler au moins , si par hasard il s'y était glissé quelque abus.

» Jour pris , Monsieur l'évéque en rochet et camail se transporte à Notre-Dame, avec prévue tous les chanoines de cette église , et le peuple qui voulut l'y suivre ; il se fait apporter une image en ronde bosse de vermeil représentant la sainte Vierge tenant Jésus-Christ son fils , au nombril duquel est un cercle d'argent avec cette inscription autour : De unibiîico domini Jesu - Chn'stL Le prélat se met à genoux , animé d'une sainte hardiesse, et persuadé qu'un évèque qui a l'honneur de consacrer le corps de Jésus-Christ et de le tenir tout entier dans ses mains , ne doit pas craindre à la vue de son nombril prétendu , principalement quand il n'est poussé que par un esprit de zèle et de religion.

» Sa prière finie , il ordonna à un orfèvre d'approcher , lequel, sans autre secours que celui de la pointe de son couteau , enlève le cercle et 6te le cristal. Je ne vous dirai pas , mon-

236 JES

sieur , si depuis la translation que fit Charles de Poitiers du prétendu saint nombril, pn na pas touché à ce reliquaire , et si la curiosité n y a pa» porté lés yeux ou les mains : la facilité qu'our eut à l'ouvrir le pourrait faire soupçonner. Ce que je sais, c'est que M. de Chalcms en ayant tiré^ en présence de tous les assistans , ce qui y était enfermé , il vit trois morceaux de taffetas rouge usés et percés y enveloppés les uns dans les autres^ dans lesquels il ne trouva que trois petits morceaux de pierre , dont Tun était lisse , comme du gravier , de même couleur et de même dureté y les deux autres comme des éclats d'une pierre jaunâtre^ graveleuse et friable^ avec d'autres grains de très-petit volume ^ de même qualité et de même couleur.

» Vous juge:^ bien , Monsieur y quelle fut la surprise et la consternation des assistans , quand ils virent qu'au lieu d'une relique précieuse y d'un sacré dépôt , conune ils l'appelaient , il& ne trouvèrent qu'un peu de gravier. On eut beau recourir aux lunettes , les objets purent être grossis , mais ils ne changèrent pas pour cela de nature , et on reconnut que l'oracle de la rue de& Marmousets n'était pas infaillible. On n'en demeura pas là \ on fit venir sur-le-champ le sieur Chèvre , qui , par sa profession d'accoucheur , et d'accoucheur habile , pouvait mieux connaître les parties du corps humain et la nature des vaisseaux ombilicaux; il assura, en pleine assemblée , que ce lie pouvait être , ni n'avait ja-

Page 1