PAR JEAN CALVIN
« Les corps des saints martyrs et des autres saints qoi sont avec JésQs-Christ , doivent être réyérés par les fidèles , Dieu £ftisant beaucoup de bien aux hommes par le moyen de leurs reliques ; et ceux qui soutiennent qu'il ne faut ni rëvérer ni honorer les reliques des saints , et qui disent que les reliques et les images ne portent aucun secours aux chrétiens, doivent être damnes expressément , conmie l'église les a toujours damnés depuis long-temps , et les damne encore aujourd'hui. »
Décret du concile de Trente.
Gnnnie il est devenu impossible de se procurer aucune édition du Traité des Reliques y que.lês p^fi€|L3('rftcker<Àiént avec tant dh soin , nous àvoîis cru-iaîre plaiisir au lecteur en le réimprimant ici.
Nous ne ferons ni Fexamen , ni Fapologie de ce petit ek^^dlttu^fe^I^-J^cteur epseiHira tout le miSiite.
; , D^iJJçjiwf »W^. Vay.ws4éjà i^piqyi^ , en très? (paod^ jgmû/9p < dans; lea diviars Ai^ùd^ft i^;.dictioniitflfe..Mai&ùottS'.ipeiils0B&qu*OQ aimera, à.poujvoir le lire 4e ^uite eâ .dant t6utei la "pHiMiié- dn j^iexle, où nous n'avons corrigé gue des fautes de typographie , er^TOs ^cmtâ eïtropÎCT* x)n srest permis encore d 'adoucir To rthographe de guelçjues vieux
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Sàiwt Augustin , au livre qu'il a intitulé Du labeur des moines , se complaignant d'aucuns porteurs dé rogatons , qui dëjà de son temps exerçaient foire vilaine et déshonnète , portant çà et là des reliques de martyrs, ajoute, voire si ce sont' reliques de martyrs. >•, par lequel mot il signifié que dès lors il se commettait de Tabus et tromperie , en faisant accroire au simple peuple que des os recueillis çà et là étaient os de saints. Puisque Torigine de cet abus est si ancienne , il ne faut douter qu'il n ait bien été multiplié , cependant , par si long temps. Même vu que le monde s'est merveilleusement corrompu depuis ce temps-là , et qu'il est décliné toujours en empirant , jusqu'à ce qu'il est venu en l'extrémité , où nous le voyons.
Or le premier vice , et comme racine du mal , a été , qu'au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole , en ses sacremens et en ses grâces spirituelles , le monde , selon sa coutume , s'est amusé à ses robes , chemises et drapeaux : et en ce faisant . a laissé le principal , pour suivre l'accessoire. Semblablement a-t-il fait des apôtres , mar-
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lant d'HWlène ,■ mère de Constantin empereur , laquelle avec grande peine et gros dépens , ëherclia la croix de Notre-Seigneur , dît qu'elle n'adora sinon le Seigneur qui y avait été pendu , et non pas le bois. Mais c'est une chose bien rare* d'avoir le cœur adonné à quelques reliques que ce soit , qu'on ne se contamine et pollue , quant et quant , de quelque superstition.
Je confesse qu*on ne vient pas du premier coup à idolitiie manifeste , mais petit à petit où vient d\m abus k l'autre , jusqu'à ce qu'on trébuche en l'extrémité. Tant y a que le peuple qui se dît chrétien est venu jusque-là , qu'il a pleinement idolâtré en cet endroit , autant que firent jamais païens. Car on s'est prosterné et agenouillé devant les reliques , tout ainsi que devant Dieu : on leur a allumé torches et chandelles , en signe d'hommage ; on y a mis sa fiiance ; on a là eu son recours, comme si la vertu et la grâce de Dieu y eût été enclose; Si l'idolâtrie n'est sinon transférer l'honneur de Dieu ailleurs* liierons-nous que cela ne soit idolâtrie ?
Et ne faut excuser que ça été un zèle désordonné de quelques rudes et idiots , ou de simples femmes. Car ça été uii désordre général , approuvé de ceux qui avaient le gouvernement et conduite de l'église : et même on a colloque les os des morts , et toutes autres reliques sur le grand autel, au lieu le plus haut et le plus éminenl, pour les faire adorer plus authentiquement. Voilà donc comme la folle curiosité qu'on a eue du commencement
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k faire trésor de relic[ues j est venu en cette abomination toute ouTerte, que non-seulement on s'est détourné du tout de Dieu , pour s*amuser & choses corruptibles et vaines (i), mais que par sacrilège exécrable , on a adoré les ci*éatures morles et insensibles , au lieu du seul Dieu vi* vaut.
Or comme un mal n^est jamais seul , qu*il n*en attire un autre : ce malheur est survenu depuis qu'on a reçu poui' reliques , tant de Jésus-Christ que de ses saints , je ne sais quelles ordures, ou il n'y a raison ni propos : et que le monde a été si aveuglé , que quelque titre qu'on imposât i chaque fatras qu on lui présentait , il Ta reçu sans jugement ni inquisition aucuue. Ainsi quelque os d'âne ou de chien , que le premier moqueur ait voulu mettre en avant pour os de martyr , on n*a point fait difficulté de le recevoir bien dévotement. Autant en a-t**il été de tout le reste , comme il sera traité ci-après.
De ma part , je ne doute pas que ce n^ait été ime juste punition de Dieu* Car puisque le monde était enragé après les reliques , pour en abuser en- superstition perverse, c'était bien raison que Dieu permit qu'après un mensonge un autre sur-* vint. C'est ainsi qu'il a accoutumé de se venger du déshonneur qui est fait â son nom, quand on transporte sa gloire ailleurs. Pourtant, par ce qu'il y a tant de dusses reliques et controuvées , tout
(i) Paufi ad Rom, , cap. 25.
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cela n*est Tent^ d'autre cause, sinon que Dieu n petinis que le ihonde 'tin doublement trompé cf déchu , puisqu'il aimait tromperie et mensonge.
C'était l'office des chrétiens de laisser les corps des saints en leur sépulcre , pour obéir à cette sentence universelle , que tout homme est poudre et retournera en poudre (1)5 non pas de les élever en pompe et somptuosité pour faire une résurrection devant le temps. Cela n'a pas été entendu ; mais au contraire, contre l'ordonnance de Dieu , on a déterré les corps des fidèles, pour les magnifier en gloire^ au lieu qu'ils devaient être en leur couche et lieu de repos , en attendant le dernier jour. On a appété de le savoir, et on a là mis sa fiance : on les a adorés , on leur a fait tous signes de révérence. Et qu'en est-il advenu ? Le diable , voyant telle stupidité , ne s'est point tenu content d'avoir déchu le monde en une sorte, mais a mis en avant cette autre 'déception , de donner titres de reliques des saints i ce qui était du tout profane. £t Dieu par sa vengeance a 6té sens et esprit aux crédules : tellement que sans enquérir plus outre , ils ont accepté tout ée qu'on leur présentait , sans distinguer entre le blanc ou le noir.
Or, pour le présent , mon intention n'est pas de traiter queUè abomination c'est d'abuser des reliques , tant de Noire-Seigneur que des saints* , ' en telle sorte quV)n a fait jusqu'à cette heure , et
(i) Genèse, chap. S, 14.
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comme on fait en la plupart de la chrétienté. Car il faudrait un livre propre pour déduire cette matière ; mais pour ce que c'est une chose notoire
. que la plupart des reliques qu'on montre partout sont fausses , et ont été mises en avant par moqueries , qui ont impudemment abusé le pauvre monde ^ je me suis avisé d'en dire quelque chose, afin de donner occasion à un chacun d'y penser et prendre garde.
Car quelquefois nous approuvons une chose à Tétourdie, d'autant que notre esprit est préoccupé : tellement que nous ne prenons le loisir d'examiner ce qui en est, pour asseoir bon et droit jugement, et ainsi nous faiUons par faute d'avis. Mais quand on nous avertit , nous commençons à y penser , et sommes tous ébahis comment nous avons été si faciles et légers à croire ce qui n'était nullement probable. Ainsi en est-il advenu en cet endroit. Car , par faute d^avertissement , chacun étant préoccupé de ce qu'il oit dire : voilà le corps d'un tel Saint, voilà ses souliers , voilà ses chausses , se laisse persuader que ainsi est. Mais quand j'aurai remontré évidemment la fraude qui s'y commet^ <{uiconque aura un peu de prudence et raison , ouvrira lors les yeux , et se mettra à considérer ce qui jamais ne lui était venu en pensée. Combien que )e ne puis pas faire en ce livret ce que je voudrais bien : car il serait besoin d'avoir registres de toutes parts, pour savoir quelles reliques on dit qu'il y a en chacuin lieu , afin d'en faire comparaison. Et alors on connaiUrait que chaque apôtre
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aurait p^us de quatre corps (i), et chaque saint, pour le moins de^x ou trois : autant en serait-il de tout le reste. Bref ^ quand on aurait tout ami^ eu un monceau, il n'y aurait celui qui ne fût ëtonné , voyant la moquerie tant sotte et lourde , laquelle néanmoins a pu aveugler toute la terre.
Je pensais que , puisqu'il n y a si petite église cathédrale qui n ùt comme une fourmilière d'ossemens, et autres tels menus fatras, que serait-ce si on assemblait toute la multitude de deux ou trois mille évèchés , de vingt ou trente mille abbayes , de plus de quarante mille couvens , de tant d'églises paroissiales et de chapelles ?
Mais encore le principal serait de les visiter et non pas nommer seulement. Gir onjue les connaît point toutes i nommer. En cette ville (Genève), ou avait, ce disait-on , le temps passé, un bras de saint' Antoine. Quand il était enchâssé, on le baisait et adorait : quand on le mit en avant ^ on trouva que c'était le membre d'un cerf.
Il y avait, au grand autel, de la cervelle de saint Pierre. Pendant qu'elle était en châsse , on n'en faisait nul dotrte.; car c'eût été un blasphème de ne s'en fier au billçt. Mais quand on éplucha le nid , et qu'on y regarda de plus près , on y trouva que c'était une pierre poiice.
Je pourrais réciter beaucoup de semblables exemples ^ mais ceux-ci suffiront, pour donner à entendre combien on découvrirait d'ordure, si on
^r.*MM»M«KÉ«*a«»Mrf4a
(i> Ils en ont bUnr davantage. Toyet leun articles.
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frisait une fois une bonne Visitation universelle de toutes les reiicpies d'Europe : voire avec prudence, pour savoir discerner.
Car plusieurs en regardant un reliquaire ferment les yeux par superstition , afin , en voyant, de ne voir goutte : c'esip4«dire , qu'ils n'osent pas jeter Tœir k bon escient , pour considérer ce que c'est. Ainsi que plusieurs , qtii se vantent d'avoir vu le corps de ipiint Claude tout entier ( i), ou d'un autre saint , n'ont jamais eu cette hardiesse de lever la vue pour regarder ce que c'était. Mais celui qui aurait la liberté de voir le secret , et l'audace d'en user, eu saurait bien k dire autrement. Autant en estp-il de la tète de la Madelaine, qu'on montre près de Marseille , avec le morceau de p4te ou de cire attachée sur l'œil. On en fait un trésor, comme si c'était- un Dieu descendu du ciel : mais si on en faisait l'examen {a) , on trouverait clairement la fourbe.
Ce serait donc une. chose à désirer que d'avoir certitude de toutes les fariboles qu'on tient çà et . là pour reliques : ou bien , au moins ,- d'en avoir un registre et dénombrement, pour montrer cchubien il y en a de fausses. Mais puisqu'il n'est possible de ce faire, je souhaiterais d'avoir seulement Tinventaire de dix ou douse TiUea: coiÀme de -Paris, Toulouse , Rehaas^v I^oî^îei^* Quand je
XO*^^ ^"^^ brûlé par les TigJTeurs. "M'ais-^bn pûblu) entité qu'on Tavait retrouve , et oif lit'T^ftr ffùéiffaes oiMBefis. U ëtjttt i Genéfe ei «îHeurs^ . . .*
(7) Qu^Iquei-uiu ynéteD(lei|| 4«e çc n'ctail qu'une tête de Clarion.
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n^aurais que cela , si verràit-on encore de merveilleuses gai'ennes : ou pour, le moins , ce serait une boutique bien confuse. Et est un souhait que 4*ai accoutumé de faire souvenl, que de pouvoir recouvrer un tel répertoire. Toutefois. pour ce que cela me serait aussi trop difficile , j'ai pensé à la fin qu^il valait mieux donner ce petit avertissement qui s'ensuit, afin de réveiller :6sux qui dorment, et les faire penser ce quepeut.ètre du • total, quand en ime biei» petite, poction-j il se trouve tant à redire. J'entends^ rqufiiui on aura trouvé tant de mensonge en ce que je nommerai . des reliquaires, qui n'est pas à peu près la millième •partie de tout ce qui* à!en montre : que pourral^-on estimer du reste ? Davantage , s'il app$^ manifestement que celles qu'on a tenues .pour, jbs plus certaines ayent^té frauduleusement CQiiârouvées , que pourra-t-on penser des plus douteuses ?
Et plut à Dieu que les princes' chrétiens pensassent un peu ) à cela. Car. leur office seraijdene pennettre point leurs pauvres sujjCts être ainsi séduits , noorseulement par fausse doctrine , mais visiblement, en leur faisant accroire que vessies de bélier $6nt laiiiterne , comme dit le proverbe. Carilsjj^urùnt k irendre compte à Dieu de leur dissimulation,. s:'il^ se taisçiiten le voyant : et leur sera une; faute l^ieff chèrement vendue.,: que d'avoir permis qu'on se moquât de Dieu , où ils pouvoient.donnerircmtdç. •
Quoi qu'il en soit, j'espère que ce petit traité servira à tous , donnant occasion k un chacun de
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t»enser en son endroit, à ee que. le. titre porte. Cest^que si on avait un rôle de toutes les reli({ues qui se trouvent au monde , on verrait clairement, combien on aurait été aveuglé par ci-devant et quelles ténèbres et stupidité il y aurait eu par toute la terre.
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Commençons donc par Jésus « Christ, du« quel , pour ce qu'on ne pouvait dire qu'on eut le corps naturel (car du corps miraculeux, ils ont bien trouvé la façon de le foi'ger, voire en tel nombre, et toutes et quantes fois que bon leur semblerait) , on a amassé au lieu mille autres fatras pour suppléer ce défaut. Combien encore qu'on n'a point laissé échapper le corps de Jésus- Christ , sans en retenir quelque lopin. Car outre les dents lét les cheveux , Fabbaye de Charroux , au diocèse de Poitiers, se vante d'avoir le prépuce : c'«8t-à-dire, lai peau qui lui fut coupée à la circoncision. Je vous prie , d'où est ce que leur est venue cette peau? L'évangéliste saint Luc récite bien, que Notre-Seîgneur Jésus a été circoncis (i) : main que la peau ait été serrée , pour la réserver en relique,, il n'en fait point de mention ; toutes les histoires anciennes n'en disent mot. Et' par l'espace de cinq cents ans , il n'en a jamais été parlé en l'église chrétienne. Où est-ce doiic qu'elle était cachée, pour là retrouver si soudainement? Davantage, comment eût-elle volé
(i) Luc, chap. 3, 33.
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jusq[u'à Charroux? Mais pour le prouver il* d}« ient qu^il en est tombé quelques gouttes de saug. Gela est leur dire ^ qui aurait métier deprobation. Par quoi on voi^bien que ce n'est qu'une moquerie.
Toutefois 9 encore que nous leur concédions que la peau qui fut coupée à Jésus-4Dbrist , ait été gardée , et qu'elle puisse être ou là , ou ailleurs ^ que dirons-nous du prépuce qui se montre à Rome, à Saint-Jeau-de^Latran? Il est certain, que jamais il n'y en a,eu qu'un* Q ne peut donc être à Rome et à Char roux tout ensemble, Aip^i voilà une fausseté toute manifeste (i).
Il y a puis après le sang j duquel il y a eu gf*ands combats. Car plusieurs ont voulu dixe qu'il ne se trouvait point de sang de Jésus-Christ , sinon miraculeux. Néanmoins il s'en monUre de naturel en plus de cent lieux. En un lieu quel** ques gouttes, comme à la Rochelle en Poitou, que recueillit Nicodème en son gant^^comme ils disent. En d'autres lieux,, des fiches ..pleines , comme à Mantoue , et ailleurs. En d'autres à pleins gobelets, comme à Rome, à Saint-Eus-* tache. Même on ne s'est pas contenté d'avoir du sang simple, mais il a fallu en avoir mêlé avec l'eau , comme il saillait de son côté quand il fut percé en la croix. Cette marchandise se trouve en l'église de Saint-* Jean-^de-Latran à, Rome. Je laisse le )ugement.à chacun quelle certitude on en
(i) li y avait cinq ou six autres prépuces. Voyez Tarticie Jésuf 'Christ et le supplément.
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^peut avoir , et même si ce n'est pas mensonge 4$¥ident , de dire que le sang de Jésus-Christ ait été trouvé sept ou huit cents ans après sa mort, pour en répandre par tout le monde : vu qu^en Véglise ancienne jamais il n'en a été fait mention.
n y a puis après ce qui attoucbe au corps de Nofire<*Seigneur ) ou bien tout ce qu'ils ont pu ramasser pour faire reliques en sa mémoire, au lieu de son corps« Premièrement la crèche, en laquelle il fut posé à sa nativité , se montre à Rmne en l'église de Notre-Dame^-la^Majenre. Là même, en l'église Saint-Paul , le drapeau dont il fut enveloppé i combien qu'il y en a quelque lambeau a Saint'Salvador en Espagne. Son berceau est aussibien à Rome, avec la chemise que lui fit la vierge Marie sa mère. Item, eu l'église Saint- Jacques à Rome , on montre l'autel sur lequel il fut posé au temple à sa présentation, comme s'il y eût eu lors plusieurs autels, ainsi qu'on en fait à la^a-» pauté tant qu'on veut. Ainsi en cela ils mentent sans couleur.
Voilà ce qu'ils ont eu pour le temps de l'enfance de Jésus-Christ. H n'est jà métier de disputer beaucoup où c'est qu'ils ont trouvé tout ce bagage, si long-temps depuis la mort de Jésus-Christ. Car il n'y a nul de si petit jugement qui ne voie la folie. Par toute l'histoire évangélique , il n'y a pas un seul mot de ces «ihoses. Du temps des apôtres jamais on n'en ouït parler. Environ cinquante «w«près 4a mort de Jésus-Christ , Jérusalem fut saccagée et détruite. Tant de docteurs anciens ont
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écrit de{>ui$, faisant mention des tïhoses qui étaîevC de leur temps , même de la croix et des clous , qu'Hélène trouva. De tout ce menu fatras ils n'en disent mot. Qui plus est , du temps de saint Grégoire , il n'est point question qu'il y eût rien de tout cela à Rome ^ comme on peut voir par ses écrits ; après la mort duquel, Rome a été plusieurs fois prise , pillée , et quasi du tout ruinée.
Quand tout cela sera considéré , que sauraitron dire autre chose , sinon que tout cela a été controuvé pour abuser le simple peuple ? Et de fait , les caffards, tant prêtres que moines, confessent bien qu'ainsi est, en les aipipelsad pias fraudes , c'est*à-dire, des tromperies honnêtes, pour émouvoir le peuple à dévotion. *
Il y a puis après les reliques qui appartiennent au temps qui est depuis l'enfonce de- Jésus-Christ jusqu'à sa mort^ entre lesquelles est la colonne où il était appuyé en disputant au teniple, avec ona^ autres semblables du temple de Satomoh. Je demande , qui leur a révélé que Jésus-Christ fut appuyé sur une colonne. Car l'évangéliste n'en parle point , en racontant l'histoire de cette dispute (i). Et n'est pas vraisemblable, qu'on lui donnât lieu comme à un prêcheur , vu qu'^ n'était pas en estime , ni en autorité^, ainsi qu'il appert. Outre plus , je demande , encore qu'il fut appuyé sur une colonne , comment est-ce qu'iU savaient que ce fût celle là. Tiercement d'où est*ce
(i) Yoyex Lac , cbap. a.
VpLÎULs ont eu des douze colonnes , qu^ils disent être du temple de Salomon ?
n y a puis après les cruches , où était Feau que Jésus changea en vin, aux noces de Cana en Galilée , lesquelles ils appellent hydries.
^ Je voudrais bien savoir qui en a été le gardien par si long-temps, pour les distribuer. Car il nous . faut toujours noter cela , qu'elles ont été trouvées seulement huit cents ans , ou mille , après que le miracle a été fait. Je ne sais point tous les lieux où on les montre. Je sais bien qu il y en a à Pise , à Ravenne, à Cluni , à Anvers , à Saint-Salvador , , en Espagne. Mais sans en faire plus long propos , il est facile , par la vue seule , de les convaincre de mensonge. Car les unes ne tiennent point plus . de cinq quartes de vin , tout au plus haut , les . antres encore moins , et les autres tiennent envi- . ron un muid. Qu^on accorde ces flûtes, si on peut, et lors je leur laisserai leurs hydries , sans leur en faire controverse.
Mais ils n'ont pas été contens seulement du . vaisseau , s'ils n'en avaient quant et quant le breuvage. Car à Orléans ils se disent avoir du vin , lequel ils nomment de Tarchitriclin ; car pour ce . que l'évangéliste saint Jean , récitant le miracle , parle de l'architriclin , qui est à dire maître d'hôtel) il leur, a semblé que c'était le nom propre de l'époux : et entretiennent le peuple en cette bêtise. Une fois l'an , ils font lécher le bout d'une petite cuillère à ceux qui leur veulent apporter leur offrande , leur disant qu'ils leur donnent à
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boîr^ du vin que Notre-SeignebiB^t aii l>aiic[aet. Et jamais la quantité ne sea diminue , moyennant qu on remplisse bien le gobelet.
Je ne sais de quelle grandeur sont ses souliers, qu'on dit être à Rome , au lieu nommé Sonda sanctorum , et s'il les a portés en son enfance , ou étant déjà homme. Et quand tout est dit, autant vaut Fun que Fautre. Car ce que j'ai d^à dit , montre suffisamment quelle impudence cest de produire maintenant les souliers de Jésus-Christ, que les apôtres mêmes n'ont point eu de leur temps.
Venons à ce qui appartient à la cène dernière que Jésus-Christ fit avec ses apôtres. La table est à Rome à Saint-Jean-de-Latran. Il y en a du pain à Saint-Salvador en Espagne. Le couteau , dont fut coupé l'agneau pascal , est à Trier (i). Notez que Jésus-Christ était en un lieu emprunté, quand il fit la cène. En partant de là , il laissa la table, laquelle n'a jamais été retirée par les apôtres. Jérusalem quelque temps après fut détruite , comme nous avons dit. Quelle apparence y a-t-il d'avoir trouvé cette table sept ou huit eents ans après ?
Davantage , la forme des tables était lor» toute autre qu'elle n'est maintenant \ car on était cmiché au repas, et non pas assis 2 ce ^ni est dit ei^prfeÀsément en l'Évangile. Le mensonge donc est trop patent. Et que faut-il de plus ?
(1) Trier est le nom allemand de Trêves.
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La coupe ou il donna le sacrement de son sang a boire k ses apôtres, se montre à Notre-Dame de rile près de Lyon , et en Albigeois , en certain couvent d^Augustîns. Auquel croira-t-on ? Charles Sîgonius , renommé historien de notre temps, au IX*"*^. livre du royaume d'Italie , dit que Fan 1 10 x Baudouin , frère de Godefroy de Bouillon , deuxième roi de Jérusalem , assisté des Génois , se rendit maître de Césarée , ville de Syrie , et quWtre le butin qu'eurent alors les Génois se trouva un vase ou coupe d'émeraude, duquel on tient , dit-il, que Jésus-Christ se servit en son dernier souper. «Aussi (ce sont ses mots) es^ n^eiicore cette coupe aujourd'hui dévotement » co^nme telle gardée en la ville de Gènes. )»
A ce compte, Notre-Seigneur aurait fait un banquet magnifique. Car de boire dans un si précieux hanap , et n'avoir le reste à proportion , eût été aussi convenable , comme ce que l'on voit en quelques tableaux en la papauté , à savoir la vierge Marie peinte en femme ayant les cheveux éparpillés sur les épaules , vêtue d'une robe de drap d'or et montée sur un âne , que Joseph mène par le licou. Que l'on considère bien tout le texte des évangélistes.
Encore est-ce pis du plat où fut mis l'agneau pascal : car il est à Rome , à Gènes , et à Arles. Il faut dire que la. coutume de ce temps-là , était diverse de la nôtre. Car au lieu qu'on change maintenant de mets , pour un seul mets on changeait de plat. Voire , si on veut ajouter foi à ces
ayo TRAITÉ
saintes reliques , youdrait-on une fausseté plus patente ?
Autant en est^il du linceuil , duquel Jésus- Christ torcha les pieds de ses apôtres , après les avoir lavés. Il y en a un à Rome à Saint-Jean^de- Latran \ un autre à Aix en Allemagne , un à Saint-Corneille de Compiègne , avec le signe du pied de Judas. Il faut bien que Tun ou l'autre soit faux. Qu'en jugerons-nous donc ? laissons les débattre Fun contre Tautre , jusques à ce que Fune des parties ait vérifié son cas. Cependant , estimons que ce n'est que tromperie de vouloir faire accroire , que le drap que Jésus-Christ laissa au logis où il fit la cène , cinq ou six cents ans après la destruction de Jérusalem , soit volé ou en Italie ou en Allemagne.
J'avais oublié le pain , dont miraculeusement furent repus les cinq mille hommes au désert , duquel on montre une pièce à Rome en l'église Notre-Dame-la-Neuve , et quelque petit à Saint- Salvador en Espagne. 11 est dit en l'écriture qu'il y eut quelque portion de manne réservée , pour souvenance que Dieu avait nourri miraculeuse«> ment le peuple d'Israël au désert. Mais les reliefs qui demeurèrent des cinq pains , l'évangile ne dit point qu'il en fut rien réservé à telle fin , et n!y a nulle histoire ancienne qui en parle ., ni aucun docteur de l'église. Il est don£ facile de juger qu'on a pétri depuis ce qu'on montre maintenant;
Autant en faut-il juger du rameau , qui est à Saint - Salvador en Espagne. Car ils disent que
€^«8t celui que tenait Jésus-Christ quand il entra en Jérusalem , le jour de Pâques fleuries. Or , rÉyangile ne dit pas qu'il en tint , c^est donc une chose controuvée. Finalement , il faut mettre en ce rang une autre relique , qui se montre là même : c^est de la terre où Jésus-Christ avait les pieds assis quand il ressuscita Lazare. Je vous prie, qui est-oe qui avait si bien marqué la place, qu'après la destruction de Jérusalem , que tout était changé au pays de Judée , on ait pu adresser au lieu où [Jésus-Christ avait une fois marché?' n est temps de venir aux principales reliques de Notre-Seigneur. Ce sont celles qui appartiennent à sa mort et passion. Et premièrement nous faut dire de sa croix en laquelle il fut pendu. Je sais qu'on tient pour certain, qu'elle fut trouvée par. Hélène , mère de Constantin , empereur romain. Je sais aussi ce qu'ont écrit aucuns doc* teurs anciens, touchant l'approbation pour certifier que la croix qu'elle trouva ,^ était sans doute celle même en laquelle Jésus -Christ avait été pendu. De tout cela je m'en rapporte à ce qui en est. Tant y a que ce fut une folle curiosité à elle ou une sotte dévotion et inconsidérée. Mais encore prenons le cas que c'eût été une oeuvre louable à elle de mettre peine à trouver la vraie croix , et que Notre-Seigneur déclara donc par miracle, que c'était celle quelle trouva 5 seidement considérons ce qui en est de notre temps.
On tient que cette croix , que trouva Hélène , est encore en Jérusalem, et de cela nul n'en doute.
ÎÏ7λ TRAITÉ
Combien que rki&toirc e^^elësiastlque y contredit notamment, dr il edt U récité qu'Hélène en prit une partie pour envoyer à remjiereut* son fils , lequel la mit i Constantinople ^ sur. une colonne de porphyre , au mib'eu du marché : de l'autre partie , il est dit qu'eUe Fenferma en un étui d'argent ^ et la bailla en garde à Tévèque de Jérusalem. Ainsi 9 ou nous arguerons l'histoire de mensonge ; ou ce qu'on tient aujourd'hui de la vraie croix est une opinion vaine et frivole.
Or 9 avisons d'autre part combien il y en a de pièces par tout le monde ? Si j'en voulais réciter seulement ce que j'en pourrais dire , il y aurait un rôle pour remplir un livre entier. H n'y a si petite ville où il n'y en ait , non-^seulement en église cathédrale , mais en quelques paroisses. Rireillement il n'y a si méchante abbaye , où l'on n'en montre. Et en quelques lieux il y en a de bien gros éclats ; comme à la Sainte-Chapelle de Paris , et à Poitiers , et à Rome , où il y en a un crucifix assez grand , qui en est fait , comme l'on dit. Bref, si on voulait ramasser tout ce qui s'en est trouvé , il y en aurait la charge d'un bon grand bateau.
L'évangile testifie que la croix pouvait être portée d'un homme. Quelle audace donc a ce été , de remplir la terre de pièces de bois en telle quantité , que trois cents hommes ne les sauraient porter? Et de fait , ils ont forgé cette excuse , que quelque chose qu'on e!h coupe , jamais elle n'en décroît.
DES vRELIQUES. %ji
Mais c 0^ une bourde si sotte et lourde ^ que même les superstitieux la conjiaissçnt. Je laisise dpnc à pcxiser quelje certitude on peut avoiir de toutes les vxaies croix q]l•o^ adore çà et .là. Je laisse à dire d'où o^est que sont venues certaines pièces ) et par quel moyen le^ uns disent que ce qu'iU en ont leur a été porté par les anges » les autres qu il leur est tombé du ciel. Ceux de Poitiers racontent que ce quils en ont fut apporté par une demoiselle d'Hélène , laquelle l'avait dérol^é) et comme die s'enfuyait > se trouva égarée auprès du Poitou. Qs ajoutenit à la fable qu'elle était boiteuse. Voilà les beaux fondemens qu'iU ont pour persuader le pauvre peuple à idolâtrer. Car ils n'ont pas été . contens de séduire et abuser les simples, en montrant du bois commun au lieu du .bois de la croix, mais ils ont résolu qu'il le fallait adorer , qui est une doctrine diabolique : et saint Ambroise nomuién(Le;it la réprouve > comme superstition de païens.
Après 1a croix , s'jcnsuit le titre que fit mettre Pilate, où il avait écrit : Jésus de Nazareth^ Roi des Juifs. Mais il faudrait savoir et le lieu et le temps, et comment c'est qu'on l'a trouvé. Quelqu'un me dira que Socrate , historien de l'église , en fait mémoire. Je le confesse ^ mais il ne dit point ce qu'il est devenu. Ainsi ce témoignage n'est pas de grande valeur. Davantage, ce fut Une écriture faite à la hâte, et sur-rle-champ , après que Jésus- Christ fut crucifié. Pourtant , de montrer un tableau curieusement fait, comme pour tenir en III. i8
montre , il nj a nul propos. Ainsi , quand il u^j en aurait qu^un seul , on le pourrait tenir pour une fausseté et fiction. Mais quand la yille de Toulouse se vante de l'avoir, et que ceux de Rome y contredisent , le montrant en Téglise de Sainte- Croix, ils se démentent l'un Fautre. Qu ils se combattent donc tant qu'ils voudront \ en la fin toutes les deux parties seront convaincues de mensonge, quand on voudra examiner ce qui en est.
Encore y a-t-il plus grand combat des clous.
Je réciterai ceux qui sont venus à ma notice. Sur cela, il n^y aura si petit enfant qui ne juge que le diable sVst par trop moqué du monde , en lui ôtant sens et raison, pour ne pouvoir rien discerner en cet endroit. Si les anciens écrivains di* sent vrai, et nommément Théodorite, historien de l'église ancienne (i) , Hélène en fii enclaver un au heaume de son fils ^ des deux autres , elle les mit au mors de son cheval. Combien que saint Ambroise ne dit pas du tout ainsi : car il dit que l'un fut mis à la couronne de Constantin ^ de l'autre , le mors de son cheval en fut fait ; le troisième , qu'Hélène le garda. Nous voyons qu'il y a déjà plus de douze cents ans que cela était en difiërent : ce que les clous étaient devenus , quelle certitude en peut-on donc avoir à présent ?
Or, à Milan, ils se vantent d'avoir celui qui fut
(i) Histor, tripart. Hb, a.
DES nÉLtQUES. 27S
^té au mors du cheval de Constantin. A <juoi là Ville de Carpentras s'oppoâe , disant que e'c^t Bile qui Ta. Or , saint Ambroîse ne dit pas que le clou fut attaché au mors , mais que le mors en (vLi fait», laquelle chose ne se peiU nuUehient accorder avec ce que disent tant ceux de Milan qiie ceux de Garpenlras* Après , il y en a un à Rome à Saînt-Hélène 5 un autre , lia même, en l'église Sainte-Croix ^ un autre à Sienne -, un autre è Venise ; en Allemagne deux ; un à Cologne , aux trois Maries; l'autre à Triers (i) ; en France un à là Sainte-Chapelle de Paris, l'autre aux Carmes; uA autre à Saint - Denis •, un à Bourges, Un à la TenaîUe (7) , un à Draguignan. En voilà quatorze de compte fait.
Chaciin lieu allègue bonne approbation en son endroit ,fce lui semble. Tant y a que chacuh ifi aussi bon droit que les autres. Pourtant il n'y a riieilleur moyen que de les faire passer tous sous un fidelium. C'est de réputer que tout ce qu'on en dit n'eist que mensonge, puisqu'autrement on n'en peut venir à bout.
S'ensuit le fer de la lance , qui ne pouvait être qu'un : mais il faut dire qu'il est passé par les forneaux de quelque alchimiste -, car il s'est multiplié en quatre , sans ceux qui peuvent être cà et là , dont je n'ai point ouï parler; fl y en a un à
(1) Trêves. — Calvin n'indique que quatorze clous. Nous en iaivoDs découvert dayantage. Voyez Farticle Ciout. {1) Abbaye de Saiutooge.
^•j6 TRAITÉ
Rome , Vautre à la Saint^-^Chapelle de Paris , le troisième en Tabbaye dfi la Tenaille en Saintonge : le quatrième à la Selve , près 'de Bordeaux, I^equel est-ee qu'on choisira maintenant pour vrai ? Pourtant , le plus court c'est de les laisser tous quatre pour tels qu'ils sont. Mais encore , quand il n'y en aurait qu'un seul, si voudrais- je bien| savoir d'où il est venu ^ caries histoires anciennes , ni aussi tous les autres écrits, n'en font nulle mention. Il faut donc qu'ils aient été forgés d^ nouveau.
Touchant la couronne d'épines , il faut dire que les pièces en ont été replantées pour reverdir : autrement , je ne sais comment elle pourrait être ainsi augmentée.
Pour un item , il y a la troisième portion en la Sainte-Chapelle de Paris ; à Rome , en l'église Sainte-Croix , il y en a trois épines 5 et en l'église Saint-Eustache de Rome même , quelque quantité : à Sienne , je n;3 sais quantes épines ; à Vicence une ; à Bourges cinq ; à Besançon , en l'église de Saint-Jean , trois ; à Mont-Royal trois -, à Sàint-Salvàdor en Espagne , je ne sais combien ; à Saint-Jacques en Galice, deux \ à Âlbi , trois ^ à Toulouse,' à Màcon, à Charroux en Poitou, À Clérî , à Saint-Flour , à Saint-Maxinun en Provence , en l'abbaye de la Salle , en l'église paroissiale de Saint-Martin à Noyon •, en chacun de tous ces lieux il y en a pour le moins une.
Quand on aurait fait diligente inquisition , on en pourrait nommer plus de quatre fois autant. Né-
DES HELIQUES. 277
cessaircmcnt on voit qu'il y a là de la fausseté. Quelle fiance donc peut-on avoir ni des unes ni des autres ? Avec ce , il est à noter qu'en toute Téglise ancienne , jamais on ne sut à parler ce que cette couronne était devenue. Par quoi il est aisé de conclure que la première plante a commencé à jeter long -temps après la mort et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
H y a puis après la robe de pourpre , de laquelle Pilate vêtit Noti^e-Seigneur par dérision , d'autant quil s'était appelé roi. Or, c'était une robe précieuse , qui n'était pas pour jeter à l'abandon : et ce n'est pas a présumer que Pilate ou ses gens la laissassent perdre, après s'être moqués pour une fois de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je voudrais bien sav^r qui a été le marchand qui l'acheta de Pilate, pour la garder en reliquaire. Et pour mieux colorer leur bourde, ils montrent quelques gouttes de sang dessus, comme si les méchans eussent voulu gâter une robe royale , en la mettant par risée sur les épaules de Jésus-Christ. Je ne sais pas s'il y eu a quelqu'une aussi bien ailleurs ( 1 ) ^ mais de la robe qui était tissue de haut en bas sans couture , sur laquelle fut jeté le sort , pour ce qu'elle sûmblait plus propre à émouvoir les simples a dévotion , il s'en est trouvé plusieurs; car à Argenteuil , près de Paris , il y en a une ; et k Triers un autre. Et si la bulle de Saint-Salvador en Espagne dit vrai , les chrétiens , par leur zèle
(i) Voyez dan^ ParticW dv Jcsus-Chritt.
^^a TIIAITÉ
inconsiâëré , oat fait pis que ue firent les gen^ darmes incrédules ; car iceux n osèrent la déchii^ rer en pièces , mais , pour Vépargner , mirem le çort dessus ) et les chrétiens Font dépecée pour Tadarep.
Mais encore , que répondront-ils au Turc , qui ^ moque de leur folie , disant qu'elle est entr^ ses mains ? Combien qu'il n'est jà métier de les faire plaider contre le Turc ) il su£$t qu'entre aux ils \ident leur débats Cependant nous sei'ons ex*, cnsés de ne croire ni l'un ni Vautre , de peur de favoriser à l'une des parties plus qu'à l'autre, sans connaissance de cause ] car cela serait contre toute raison. Qui plus est , s'ils veinent qu'oi^ ajoute foi à leur dire , il est requis en premier lieu qu'ils s'aceordent avec les é\ypgéUstes. Or est-il ainsi que cette robe , sur laqi^^eUe le sort fut jeté , était un saie , ou un hoqueton , que les Grecs appelcnt choeton , et les Latins tunica. Qu'on regarde si la robe d'Argenteuil , ou c^»lle de Trier« , ont telle forme. Oii trouve?*^ que c'es^ comme une chasuble. Ainsi , ei^core qu'ils cre-* vassent les yeux aux gens , si connaUrait-o^ leur fausseté en tâtant des mains.
Pour faire fin à cet article , je demanderai volontiers une petite question : de ce que les gendar-r mes ont divisé entre eux les yêtemens dç Jésus- Christ, comme l'Ecriture témoigne, il çst certain que c'était pour s'en servir à leur profil. Qu'iU ine sachent à dire qui a été le chrétien qui les ait l^^che^és des gendarmes , tant le saie que les au^s
DES RELIQUES. %j9
très Tètemens ^ qui se montrent en d^autres lieux , comme à Rome en Téglise Saint*Eu8tache , et ailleurs. Comment est-ce que les évangélistes ont oublié cela ? car c'est une chose absurde de dire que les gendarmes ont butiné ensemble les vêtemens , sans ajouter qu on les a rachetés de leurs mains, pour en faire des reliques. Darantage, conunent est-ce que tous ceux qui ont écrit an* ciennement, ont été si ingrats de n'en sonner mot ? Je leur donne terme à me répondre sur ces questions , quand les hommes n'auront plus sens ni entendement pour juger.
Le meilleur est qu'avec la robe ils ont aussi bien voulu avoir les dés dont le sort fut jeté par les gendarmes. L'un est à Triers , et deux autres à Saint-Salvador en Espagne. Or en cela ils ont naïvement démontré leur ânerie, car les évan<gélistes disent que les gendarmes ont jeté le sort , qui se tirait adonc d'un chapeau ou d'un boucal ^ comme quand on veut faire le roi de la fève , ou bien quand on joue à la blanque. Bref, on sait que c'est jeter aux lots. Cela se fait communément en partage. Ces bétes ont imaginé que le sort était jeu de dés , lequel n'était pas adonc en usage , au moins tel que nous l'avons de notre temps : car au lieu de six et as , et autres points , ils avaient certaines marc[ues , lesquelles ils nommaient par leurs noms : comme Vénus ou Chien. Qu'on aille maintenant baiser les reliques, au crédit de si lourds menteurs.
Il est temps de traiter du suaire , auquel ils
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ont encore miemc montré tant leur impudence que leur sottise :* car outre le suaire de k VctxK nique , qui se montre à Rome en régtîse de Saint- Pierre , et le couTre-chef que la yierge Marie , comme ils disent, mit sur les parties honteuses de Notre-Seigneur , qui se montre à saint Jean* de-Latran ; lequel aussi*bien est derechef aux augustins de Carcassonne , item , le suaire qui fut mis sur sa tète au sépulcre , qui se montre la même , il y a une demi - douzaine de villes y pour le moins qui se vantent d'avoir le suaire de la sépulture tout entier ; comme Nice , celui qui a été transporté là de Chambéri (i). Itern^ Âix en Allemagne ; item , Triers ^ item Besançon , item , Cadoin en Limousin : item , une ville de Lorraine , assise au port d^Aussois : sans les pièces qui en sont dispersées d^ùn côté et d'autre ; comme à Saint-Salvador en Espagne , et aux augustins d'Albi. Je laisse encore un suaire entier qui est k Rome en un monastère de femmes , pour ce que le pape a défendu de le montrer selennement.
Je vous prie , le monde n'a-t-il pas été bien enragé y de trotter cent ou six vingts lieues loin , avec gros frais et grande peine , pour voir un drapeau j duquel on ne pourrait nullement être assuré , mais plutôt était contraint d^en douter ? Car
(f) On \e possède à Turin , quoique Rabelais témoigne que de son temps il fut brûle sans quUI en restât un seul brin. Livre I^ chap. 37.
DES BELIQUES. aSi
quiconque estime le suaire être en un certain lieu , il fait faussaires tous les autres qui se van* tent de l'avoir, domine, pour exemple , celui qui croit que le drapeau de Chambéri soit le vrai suaire, celui-là condamne ceux de Besançon , d'Aix , de Cadoin , de Triers et de Rome , comme menteurs , et qui font méchamment idolâtrer le peuple en le séduisant , et lui faisant accroire qu'un drapeau profane est le linceul où fut enveloppé son rédempteur.
Venons maintenant à l'Evangile , car ce serait peu de chose qu'ils se démentissent l'un l'autre 5 mais le Saint-Esprit leur contredisant à tous, les rend tous ensemble confondus , autant les uns que les autres.
Pour le premier c'est merveille que les évangélistes ne font nulle mention de celte Véronique, laquelle toucha la face de Jésus-Christ d'un couvre-chef, vu qu'ils parlent de toutes les femmes lesquelles l'accompagnèrent à la croix. C'était bien une chose notable et digne d'ôtre mise en registre , que la face de Jésus-Chrîst eût été miraculeusement imprimée en un linceul. Au contraire , il semble que cela n'importe pas beaucoup de dire que certaines femmes aient accompagné Jésus-Christ à la croix , sans qu'il leur soit advenu aucun miracle. Comment est-ce donc que les ëvangélistes racontent des choses menues et de légère importance , se taisant des principales ? Certes, si un tel miracle avait été fait , comme on faitaccroirCj il nous faudrait accuser le Saint-Esprit
28a TRAITÉ
d'oubliance ou d'indiscrétion ; qu'il n'aurait su prudemment élire ce qui était le plus expédient de raconter.
Cela est pour leur Véronique , afin qu^on connaisse combien c'est un mensonge évident de ce qu'ils en veulent persuader.
Quant est du suaire , auquel le corps fut enve* loppé , je leur fais une semblable demande. Les évangélistes récitent diligemment les miracles qui furent faits à la mort de Jésus-Christ, et ne laissent rien de ce qui appartient à l'histoire : comment est-ce que cela leur est échappé , de ne sonner mot d'un miracle tant excellent , que Teffigie du corps de Notre-Seigneur était demeurée au linceul auquel il fut enseveli. Cela valait bien autant d'ètr€ dit comme plusieurs autres choses. Même Tévaugéliste saint Jean déclare comment saint Pierre étant entré au sépulcre , vit les linges de la sépulture , l'un d'un côté , l'autre d'autre. Qu'il y eut aucune portraiture miraculeuse, il n'en parle point : et n'est pas à présumer qu'il eut supprimé une telle œuvre de Dieu , s'il en eût été quelque chose. Il y a encore un autre doute à objecter : c'est que les évangélistes ne parlent point que nul des disciples , ni les femmes fidèles , aient transporté les linceuls dont il est question hors du sépulcre ; mais plutôt ils donnent à connaître qu'ils les ont là laissés , combien qu'ils ne l'expriment pas. Or , le sépulcre était gardé des gendarmes , qui eurent depuis le liqceul en leur puissance. Est-il à présumer qu'ils le baillassent,
DES RELIQUES. a83
k quelque fidèle pour en faire des reliques , vu que les pharisiens les avaient corrompus pour se parjurer , disant que les disciples avaient dérobé 1^ corps.
Je laisse à les rédarguer de fausseté par la vue même des portraitures qu'ils en montrent : car il est facile à voir que ce sont peintures faites de inaip d'bommç. Et ne me puis assez ébahir , premièremeiit ) comme ils ont été si lourdauds de ne pQÎnt avoir meilleure a§tuce pour tromper -, et encore plus comment le monde a été si ni aï s de $e laisser ainsi éblouir les yeux, pour ne voir point unç chose taQt évidente,
Qui plus est , ils ou% biçn montré qu^ils avaient \es peintres à commandement; car quand un suaire a été brûlé , il s'eu est toujours trouvé un nouveau le lendemaii^. On disait bien que c'était celui-là même qui avait été auparavant, lequel s'était par miraclç saij^vé du feu : mais la peinture était si fraîche que le ^lentîr n'y valait rîep , s'il y eut eu des yeux pour regarder,
U y a , pour faire fin , une raison péremptoire , par laquelle iU sont du tout convaincus de leur impudence. Partout où ils se disent avoir le saint suaire, ils montrent un grand linceul qui couvrait tout le corps avec la tète-, et voit- on là Teffigie d'un corps tout d'un tenant. OrTévangé- Uste saint Jean dil; , aii chap. ig , que Jésus-Christ fut enseveli à la façon des Juifs. Et quelle était cette façon? Non-seulement on le peut entendre par la coutume que les Juifs observent encore au-
jôùrd'hui , mais aussi par leurs livres , qui montrent assez Tusage ancien : c'est d'envelopper i part le corps jusqu'aux épaulés , puis envelopper la tète dedans un couvre-chef, le liant aux quatre coins. Ce qu'aussi l'évangëliste exprime , qutand il dit que saint Pierre vit d'un côté les linges où Iç corps avait été enveloppé , et d'un autre côté le suaire qui avait été posé sur la tête. Car tëlleest la signification de ce mot suaire^ de le prendre] pour un mouchoir ou couvre-chef, et non pas pour un grand linceul qui serve à envelopper le corps. Pour conclure brièvement, il faut que Tévangéliste saint Jean soit menteur, ou bien que tous ceux qui se vantent d'avoir le saint suaire soient convaincus de fausseté, et qu'on voie apertement qu'ils ont séduit le pauvre peuple par une impudence trop extrême.
Ce ne serait jamais fait , si je voulais poursuivre par le menu toutes les moqueries dont ils usent» On montre à Rome à Saint-Jean-de-Latran le roseau qui fut mis en la main de Jésus-Christ au lieu d'un sceptre , quand on le battait par moquerie , en la maison de Pilate. Là même , en l'église Sainte-Croix, on montre l'éponge avec laquelle on lui mit en la bouche le fiel et la myrrhe. Je vous prie , où est-ce qu'on les a recouvrés? C'étaient les infidèles qui les avaient entre leurs mains. Les ont-ils délivrés aux apôtres pour en faire des reliques? Les ont-ils eux-mêmes enserrés, pour les conserver au temps à venir?
Quel sacrilège est-ce d'abuser ainsi du nom de
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Jésus-Christ pour couvrir des fables tant froidement forgées !
Autant en est-il des deniers que Judas reçut pour avoir trahi Notre-Séigneur, Il est dit en l'Evangile , qu il les rendit en la synagogue des pharisiens , et puis on en acheta un champ , pour ensevelir les étrangers. Qui est-ce qui a tiré ces deniers-là de la main du marchand ? Si on dit que" ç'ont été les disciples , cela est par trop ridicule ; il faut chercher une meilleure couleur. Si on dit que cel(i s'est fait long-temps après , encore y a-til moins d'apparence, vu que l'argent pouvait être passé par beaucoup de mains. Il faudrait donc montrer ou que le marchand qui vendit sa possession aux pharisiens, pour faire un cimetière l'eût fait pour acheter les deniers , afin d'en faire des reliques ^ ou bien qu'il les a revendus aux fidèles. Or de cela il n'en fut jamais nouvelle en l'église ancienne.
C'est une semblable fourbe des degrés du prétoire de Pilate, qui sont à Saint-Jean-de-Lairan à Rome , avec des trous où ils disent que des gouttes de sang tombèrent du corps de Notre-Seigneur Jésus-Qirist, Item, là même , en l'église Saintc- Praxède , la colonne à laquelle il fut attaché quand on le fouetta \ et en l'église Sainte-Croix , trois autres à l'entour desquelles il fut promené allant à la mort. De toutes ces colonnes , je ne sais où ils les ont songées \ tant y a qu'ils les ont imaginées à leur propre fantaisie, car en toute l'histoire de l'Evangile , nous n'en lisons rien. Il est
a88 TRAITE
Bouillon , ou saint Loys , comme ils ont allègue Vcspasicn.
Davantage , qu'on pense quel jugement a eu tant le roi qu on appelle saint Loys • que ses semblables. Il avait bien une dévotion et zèle tel quel d'augmenter la chrétienté ; mais si on leur eût montré des crottes de chèvre , et qu'on leur eût dit ; Voici des patenôtres de Notre-<Dame , ils les eussent adorées , sans contredit , ou les eussent apportées en leurs navires par-deçà, pour les colloquer honorablement en quelque lieu. Et de fait, ils ont consumé leurs corps et leurs biens , et une bonne partie de la substance de leur pays , pour rapporter un tas de menues folies dont on les avait embabouinésy pensant que ce fussent joyaux les, plus précieux du monde.
Pour donner encore plus amplement à connaître ce qui en est, il est à noter qu'en toute la Grèce, l'Asie mineure et la Mauritanie , que nous appelons aujourd'hui eu vulgaire le pays des Indes, on montre avec grande assurance toutes ces antiquailles, que les pauvres idolâtres pensent avoir à l'entour de nous. Qu'est-il déjuger entre les uns et les autres ? Nous dirons qu'on a apporté les reliques de ce pays-là. Les chrétiens qui y habitent encore affirment qu'ils les ont , et se moquent de notre folle vanterie : comment pourrait-on décider ce procès sans une inquisition , laquelle ne se peut faire et ne se fera jamais. Par quoi le remède unique est de laisser la chose comme elle est , sans se soucier ni d'une part ni d'autre.
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hes dernières reliques qui^partieuncnt à J^sus- Christ j sont celles qu'on a eues depuis sa résurrection , comme un morceau du poisson rôti que lui présenta saint Pierre , quand il s^apparut à lui sur le bord de la mer. Il faut dire qu'il a été bien épicé , ou qu'on y a fait un merveilleux saupi-^ quet, qu'il Vest pu garder un si long temps.
-Mais , sans risée , cst-îl à présumer que les apôtres aient fait une relique du poisson quHls auraient apprêté pour leur diner? Quiconque ne verra que cela est une aqiûqncrie apcrte de Dieu , je le laisse comme une béte , qi^i n'est pas digne qu'on lui remontre plus avant.
U y a aussi le sang miraculeux , qui est sailli de plusieurs hosties , comme à Paris en l'église de Saint-Iean-rcn-Grève , à Saint-Jean-d'Angeli , à D^on , et ailleurs, en tout plein de lieux. Et afin .de faire le monceap. plus gros , ils ont ^outé le saint Canivet , dont Thostie de Paris fut piquée par un Juif, lequel les pauvres fpus parisiens ont en plus grande révérence que l'iiostic même. Dont notre maitce de Quercu ne se contenait point ; et leur reprochait qu'ils étaient pires que Juifs, d'autant qu'ils adoraient le couteau , qui avait été instrument pour violer le précieux corps de Jésus- Christ ; ce que j'allègue , pour ce qu'on en peut autant dire de la lance , des Jclous et des épines. C'est que tous ceux qui les adorent , selon la sentence de notre maître de Quercu , sont plus méchans que les Juifs , qui ont CJ?ucifié Notre-Seigneur.
iri. ,c,
2C)o TRAITE
SemblablemeDt on montre la forme de ses pieds, où il a marché , quand il s'est apparu à quelquesuns depuis son ascension , comme il y en a un à Rome , en l'église Saint-Laurent , au lieu où il rencontra saint Pierre , quand il lui prédit qu'il devait souffrir à Rome ; un autre à Poitiers , à Sainte-Radegonde ; un autre à Soissons ; un autre à Arles. Je ne dispute point si Jésus- Glirist a pu imprimer sur une pierre la forme de son pied ; mais je dispute seulement du fait , et dis , que puisqu'il n'y en a nulle pro* bation légitime , il faut tenir tout cela pouf fable.
Mais la relique la plus fériale dé cette espèce , est la forme de ses fesses , qui est à Reims en Champagne , sur une pierre derrière le grand autel. Et ^disent que cela fut fait du temps que Notre^Seigneur était devenu maçon , pour b4tir le portail de leur église. Ce blasphème est si horrible et si «cXiécrable , que j'ai honte d'en plus parler.
Passons donc outre , et voyons ce qui se dit de ses images , non point de celles qui se font -coitimunément par peintres ,-^ Du tailleurs, ou menuisiers , car le nombre en est infini , mais de celles qui ont quelque dignité spéciale , pour être tenues en quelque singularité , comme reli* ques. Or , il y en a 4e deux sortes : les unes ont été faites miraculeusement^ comme celle qui se montre à Rome , à l'église Sainte-Marie , qu on appelle in ponicu, /itâm , une autre a Saint-Jeande-Latran ; item^ une autre , en laquelle est pour-
DES tlELIQtjES. Vjî
ttaile ion effigie , en l'âge de douze ans ; item , éelle de Lucques , que Ton dît avoir été faite paf les anges , et laquelle on appelle i^ulius sànctus. Ce sont fables si frivoles , qu'il nie semble aVis que' ce serait pèîne perdue , et même que je serais ridicule "et inerte , si je to'aniusàis à les réfuter. Par quoi il suiSlt de les avoir îibtifes (in passant. Car on sait bien que ce n'est pas le métier dés anges d'être peintres -, et que Notre-Seigneur Jésus veut être connu de nous , et se réduite eh notre souvenance , autrement que par images cliarlielles.
Eusébe récite bien, en l'Uistoire ecclésiastique, qu'il envoya aii roi Abagarus son viâagè pourtrail au vif; mais cela doit être aussi certain qu'un dcsi Càntnïents des chroniques deMélusiné(T). Toutefois -, cjacore qu'ainsi fût , comment est-ce ^'il j l'ont eu du roi Abagarus ? Car ils se vaillent à Rome de l'avoir. Or Eùsèbe ne dit pas qu'elle fût demeurée en être jusques à son temps. Mais il en parle par ouï-dire, comme d'une chose loin-^ taihe. Il est bien à présumer que six ou sept cents ans après , elle soit ressuscitée , et soit venue de* puis Perse jusqu'à Rome.
Us ont aussi-bien forgé les images de la croix , comme du corps. Car ils se vantent à Bresce (*%)
(i) Commenis est mis lù pour chapitres, parce que les chapitres des chroniques ont toujours en lilre : Comment la fée Méfusine fut tnic ftrrns ion hàin, etc.
(a) B rescia.
^ TiUITÉ
d^avoir la croix qui apparat à Constantin. De quoi je u'ai que ùàte d*eu dâ>attre à Tencontve d'eux ^ niais )e les renvoie à ceux de Cortone , qui maintiennent fort et ferme , qu elle est par devers eux. Qu'ils en plaident donc ensemble. JLors , que la partie qui aura gagné son procès vienne , et on lui répondra. Combien que la réponse soit facile, pourles convaincre de leur folie. Car ce qu'aucuns écrivains ont dit , qu'il apparut une croix & Con-^ stantin, n'est pas, à entendre d'une croix matérielle j mais d'une figure , qui lui était montrée au ciel en vision. Encore donc que cela fût vrai, on voit bien qu'ils ont trop lourdement erré par fau^ d'intelligence. £t ainsi ont bâti leurs .abu3 sans fonr d^nent.^
Quant est de la seconde espèce des images qu'on tient en reliques , pour quelques miracles qu'elle pntiait , ,en ce «nombre sont compris les crucifix^ auxquels .la barbe croit , comme celui de Saint- Salvador , et celui d'Orange. Si je m'arrête à remontrer quelle folie, ou plutôt bêtise, c'est de croire cela , on se moquera de moi^ Car la chose de soi-même est tant absurde, qu'il n'est jà métier que je mette peine à la réfuter. Toulefois, le.pauvFe monde est si stupide, que la plupart tient cela aussi certain que l'Evangile.
Je mets semblablement en ce rang , les crucifix qui ont parlé , dont la multitude est grande. Mais contentons-nous d'un pour exemple. A savoir , , de celui de Saint-Denis en France. H parla (ce disent-ils) pour rendre témoignage que l'égÙse
DES 11ELI<^UES. il^
était éêiiée (t). Je laisse à penser si k chose Ib valait bien. Mais encore je leur demande , èonrment est-ce <{ae le cmctfbc pouvait êti^ adonc en Téglise , vu que quand dn les veut dédier, on en retire toutes les images? Comment est-ce donc qu'il s'était dérobé pour n'Atre point transporté avec les autres? H faut dire qu'ils ont pensé tnmtper le monde fort à leur aise , vu qu'ils ne se sont souciés de se contredire apertement, mais qu'il leur a suffi de mentir à gueule déployée, ne se donnant point garde des répliques qu'on leur pouvait faire, n y a finalement des larmes , dont l'une est k Vendôme , une k Trier , une à Saint-Mas:imin , une à Saiiit- Piètre -le-Puellîer d'Orléans, sans eélles que je ne sais point. Les unes , oomme ils disent, sont naturelles, comme celle de Saint* Maximin, laquelle, selon leurs chroniques, tomba k Notre-Seigneùr en la vaif t les pieds de ses apôtres; les autres sont miraculeuses , comme s'il était k croire que les crucifix de bois fussent si dépits que dé pleurer. Mais il leur faut pardonner cette faute. Car ils ont eu honte que leurs marmousets B*en fissent autant que ceux des païens. Or les paâ[ens ont feînt que leurs idoles pleuraient quelquefois. Ainsi nous pouvons mettre l'un avee l'autre.
De ta Sainte Fierge.
Quant à la vierge Marie, pour ce qu'ils tien-
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(t) Quand les dvéqttes vinrent potir faire la d^icace d«
»ft4 .'fRAITÉ
neut que soa corps, u est plus en terre , le moyçi» leur est ôié ae se vanter d'en avoir les os. Autrement je pense qu'ils eussent fait a£croire au monde, qu'elle avait un corps pour rçmplir un grand charnier.
Au reste , ils se &on^ vengés sur ses cheveux, et sur son lait , pour avoir quelque chose de son corps. De ses cheveux, il y en a à Rome à Sainte- Marie-sus-Minerve, à Saint-Salvador en Espagne, à Màcou , à Cluuy , à Neyers , à Saint-Flour , à Saiçit-Jaquême , et en autres plusieurs lieux.
Du lait , il n'est jà métier de. nombrer les lieux MU il y en a. Et aussi ce ne serait jamsiis fait. Car il n'y a si petite yillette , ni si méchant couvent , soit de moines, soit de nouains, où Ton n'en montre , les uns plus , les autres moins. Non pa$ qu'ils aient été honteux de se vanter d'^n avoir pleines potées , mais pour ce qu'il leur semblait avis que leur mensonge serait plus couvert , s'ilç n^en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quel7 que montre de verre , ou de cristalin , afin qu'oi^ n'en fît pas d'examen de plus près. Tant y a, que si la Saiiite Vierge eût été une vache , ou qu'elle eût été nourrice toute sa vie , à grande peine ei\ eû^-elle pu rendre telle quantité.
D'autre part, je demanderais volontiers coi^i-: ment ce lait , qu'on montre aujourd'hui partout , s'est recueilli, pour le réserver en notre temps.
Ttfi^lise , ce crucitix leur dil que Jcsus-Christ Tavait dédié» ptndaïkt ]ji nuit.
DES RELIQUES. ag^
Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit que les pasteurs on); adoré Jésus-Christ , que les sages lui ont offert leurs présens, mais il u est point dit qu ils aient rapporté du lait pour récompense. SaintLuc récite bien cg^quc Siméon prédit à la Vierge , mais il ne dit pas qu il lui demanfla de son lait. Quand on ne regarderait que ce point, il ne faut jà les arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre toute raison , et sans couverture aucune. Et c'est merveille , puisqu'ils ne pouvaient avoir autre chose du corps, qu ils ne se soient avisés de rogner ses ongles , et de choses semblables : mais il fau^ dire que tout ne leur est pas venu en mémoire.
Le reste qu'ils ont des reliques de Notre-Dame, est son bagage. Premièrement il y eu a une chemise à Chartres , de laquelle on fait une idole assez renommée, et à Âix en Allemagne une autre. Je laisse là comment c'est qu'ils les ont pu avoir. Car c'est chose certaine, que les apôtres et les vrais chrétiens de leur temps n'ont pas été si badins que de s'amuser à telles manigances. Mais qu'on regarde seulement la forme , et je quitte le jeu , A on n'aperçoit à l'oeil leur impudence. Quand on fait la montre à Aix en Allemagne de la chemise que nous avons dit être là , on montre au bout d'une perche, comme une longue aube de prêtre. Or quand la vierge Marie aurait été une géante , à grande peine eût-elle porté une si grande chemise.
Et poui^ hxi donner xsreilléur lustre , oh porte ^oant et quant les chattssettes de saitit Joseph j <Jui feraient pour un petit enfant on un nain. Le proverbe dit qu'un menteur doit avoir bonne niéinoire , de pétir de se couper par oubli. 11$ ont mal gardé cette règle , çruand ils n'ont fflfiéé de faire meilleure proportion enti>ë les chausses du mari, et la cheniise de la femme. Qu'on aille maintenant baiser bieii dévotement ces tel!(^es , lesquels n'ont autre apparence de vérité.
De ses couvre-chefs, je n'en sais que deux : à Triers un, en Fabbaye Saint-Maxiihih 5 à Lîsîo en Italie , un autre. Mais je voudrais qu'od avisât de quelle toile ils sont, et si ou lés portait de telle façon en ce temps-là, au pays de Judée. Je voudrais aussi qu'on fit comparaison de l'ûu à l'autre, pour voir comment ils s'entre-sembleftt. A Bologne ils en ont un fronteau. Quelqu'un nié demandera y si je pense que ce fronteau soit une chose controuvée. Je réponds que j'en estime autant que de sa ceinture , qui est à Prato , et de celle qui est à Notre-Dame de Moniserrat. Item , de sa pantoufle , qui est à Saint-Jaquème , et d*un de ses souliers , qui est à Saînt-Flour.
Quand il n'y aurait autre chose , tout homme de moyenne prudence sait bien que ce n'a pas été la façon des fidèles , de ramasser ainsi chausses et souliers , pour faire des reliques ] et que jamais il n'en fut fait mention , de plus de cinq cents ans après la mort de la vierge Marie. Qu'en faut-il donc plus arguer ^ comme si la chose était dou-
tease^ Même ils ont roulu faire accroire à la sainte vierge Marie qu'elle était fort curieuse à se paré^ et tétonner. Car ils montrent deut de ses peignés: Tun à Rome, en Féglise de Saint - Martin ; et Tautre à Saint-Jean-le-grand de Besançon , saâs ceux qui se pourraient montrer ailleurs. Si celaf ïi^est se moquer de la sainte Yiergé ^ je n*entends point ce que c'est que moquerie.
Ils n'ont point aiïssi oublié Tanneaù de ses épour ^Ues ; car ils l'ont à Pérouse. Pour ce que maintenant la coutume est que le mari donne ixii anneau à sa femme en répousaint , ils ont imaginé qu'il se faisait ainsi adonc. Et sans en faire pliis longue inquisition , ils ont député un anneau à cet usage , beau et fiche , ne considérant poiiit là pauvreté en laquelle a vécu la Sainte Vierge,
De ses robes , ils dn ont à Rome à Saint-^Q'eande-Latran. Iterrij en l'église Sainte-Barbe. Item, à Saînte-Marié-sus-Mînerve. Item , en l'église Saint-Biaise. Et à Saint -Salvador en Espagne , pour le moins ils se disent en avoir d(;s pièces. J'ai bien encore ouï nommer d'autres lî<)ux, mais il ne m'en souvient. Pour montrer la fausseté en cet endroit , il ne faudrait que regarder la matière. Car il leur a semblé avis , qu'il leur était aussi facile d'attribuer à la vierge Marie deft vêlemens à leur poste, que de vêtir les images ainsi qu'ils les vêtent.
Il reste à parler des images, nOU point dés communes, mais de celles qui soht en recommandation par-dessus les autres , pour quelque
agS TRAITÉ
singularité. Or ils font accroire à saint Luc qu'i| en peignit quatre à Rome , au lieu où est mainy tenant l'église de Sainte-Marie , qu ils appelent iV^ ifià LcUâ. L'une se montre là en un oratoire ^ laquelle il fît (comme ils disent) à sa dévotion, avec l'anneau duquel saint Joseph l'avait épousée. D s'en montre , à Rome même , un aut^e à S.ainte* Marie-la-Neu\e , laquelle ils disent avpir é\é faite ainsi par saint Luc en Troade , et que depuis elle leur a été apportée par un ange. Item , une autr^ . a Sainte-Marie diAra^cœli , en telle forme qu elle était auprès de la croix. Mais à Saint-Âugustin il$ se vantent d'avoir la principale \ car c'est celle , si ou les croit , que saint Luc portait toujours avec soi ^jusqu'à la faire enterrer en son sépulcre.
Je vous prie , quel blasphème , de faire d'un saint évangéliste un idolâtre parfait? Et même quelle couleur ont-ils pour persuader que saint Luc ait été peintre ? Saint Paul le nomme bien médecin : mais du métier de peintre , je ne sais où ils l'ont songé. Et quand ainsi serait qu'il s'en fût mêlé , il est autant à présumer qulil eût voulu peindre la vierge Marie , comme un Jupiter ou une Vénus» ou quelque autre idole. Ce n'était pas la façon de3 chrétiens , d'avoir des images -, et n'a été long-temps après, jusqu'à ce que l'église ait été corrompue de superstitions. D'autre part, tous les anglets (i) du monde sont pleins des images de la vierge Marie , qu'on dit qu'il a faites , comme
(i) Pour toui Us coins du monde»
à Cambvai , et deçà et delà ^ mais en quelle forme ? 1} y a autant d'honnêteté , comme qui voudrai^ pour traire une femme dissolue. Voilà çoiumeiif î)ieu les a aveuglés , qu ils n ont eu considération non plus que bêtes brutes.
Combien que je ne ni'étonne pas trop de ce qu'ils ont imputé à saint Luc d'avoir fait des images de la Vierge , vu qu'ils ont bien osé imposer le semblable au prophète Jérémie , témoin le Puy , pu Auvergne : iL serait temps , je crois , que le pauvre monde ouvrît les yeux une fois pour voir ce qui est tant manifeste*
Je laisse à parler de saint Joseph , dont les uns en ont des pantoufles , comme en l'abbaye Saint* Simeon deTriers ^ les autres ses chausses, comme ïious avons déjà dit ; les autres ses ossemens. Il jjae suffit de l'exemple que j'ai allégué , pour découvrir la sottise qui y est.
De saint MicheL
Je mettrai ici saint Michel , afin qu'il fasse compagnie à la vierge Marie, On pensera que je me gaudîsse , en récitant' les reliques d'un ange ; car les joueurs de farce même se sont moqués. Mais les cafards n^ont pas laissé pourtant d'abuser tout à bon escient le pauvre peuple. Car à Careassonne ils se vantent d'en avoir des reliques ; et pareillement à Saint- Julien de Tours au grand Saint-Michel , qui est si bien fréquenté de pèlerins, on montre sou braquemart qui est comme >Ln poignard à usage de petit enfant et son bou-
3ùô TRAITÉ
«lier de même , qui' est comme la bossette â^tak iiÈOtê de cheval. Il n^y a homme ni feikime si Aattpie qui ne puisse juger quelle moquerie c'est»
Mais pour ce que tels mensonges sont couverts sous ombre de dévotion , il semble avis que té tL est point mal fait de se moquer de Dieu et de ses anges. Ils répliqueront, que Técriture témoi-* inoigne que saint Michel a^ combattu contre 1^ diable. Mais s'il fallait vaincre le diable à Tépée ,. il la farudrait plus forte et de meiUeure pointe et de meilleur tranchant que n'est pas ceHe-là. Sont-^ ils si bétes d'imaginer que ce sott tine guerr<^ charnelle qu'ont tant les anges que les fidèles à rencontre des diables , laquelle se démène par glaive matériel? Mais c'est ce que j'ai dit du commencement , que le monde méritait bien d'être séduit en telle bètisê y d'autant qu'il était si pervers de convoiter des idoles et marmousets pour adorer, au lieu de servir le Dieu vivant»
De saint Jean^Baptisle.
.. Pour tenir ordre , il nous faut maintéxiairt trsitei^ de saint Jean -Baptiste, lequel, selon l'histoire évangélique, c'est-à-dirè la vérité de Dieu , api^ès avoir été décollé , fut enterré par ses disciples^ Théôdorite , chroniqueur ancien de l'église , raconte qtie son sépulcre étant en Sebasté , ville dé Syrie , fut ouvert par les païens , quelque tem^ après -, et que séS os furent brûlés par iceux , et la cendre éparse en l'air ^ combien qu'Eusèbé igMte, que quelques hommes de Jërn^leni sur-
DES RELIQUES. 3oi
Vinrent li , at en prirent en cachette quelijue peu , qui fut porte en Antioche^ et là enterré pat Athanase en une muraille.
Touchant la tète , Sozomenus , un autre chromiqueur, dit qu'elle fut emportée par TemperjBur Thëodose, auprès de la ville de Constanti^ople• IPar quoi , selon les histoires anciennes , tout le corps fut brûlé , excepté la tète ^ et tous les os et les cendres perdues , excepté quelque petite portion, que prirent les ermites de Jérusalem à la dérobée. Voyons maintenant ce qu'il s'en trouve. Ceux d'Amiens se glorifient d'avoir le visage ; et en le masque qu'ils montrent, il y a la marque d'un coup de couteau sur l'œil, qu'ils disent qu Hérodias lui donna.
Mais ceux de Saint-Jean d'Angeli y contredisent , et montrent la même partie. Quant au reste de la tète , le dessus , depuis le front jusqu'au dqrrière , était à Rhodes , et maintenant à Malte , comme je pense. Au moins les commandeurs put fait accroire que le Turc le leur avait rendu. Le derrière est à Saint-Jean de Nemours ,• la cervelle çst à Nogent-le-Rotrou. Nonobstant cela , ceux de saint Jean de Mauriennc ne laissent point d'avoir une partie de la tête ^ et sa mâchoire ne laisse point d'être à Besançon , à Saint-Jean-ile^^Grand* H y en a une autre partie à Saînt-Jean-de-Xatran ; à Paris , et à Saint-Flour en Auvergne un bout de l'oreille 5 à Saint-Salvador en Espagne, lefront; et des cheveux^î^ 7 enii aussi-J)ien.quelque lopin à Noyon qui s'y montre fort authentiquement 3 il
3o^- TRAITK
y en a semblablement une partie à Lucques, je ne sais de quel endroit. Tout cela est-il fait? Qu oui aille à Rome au monastère de Saint-Sylvestre , et on entendra dire, voici la tête de saint Jean-Baptiste. Les poètes feignent qu'il y avait autrefois un roi en Espagne , nommé Gérion , lequel avait trois tètes : si nos forgeurs de reliques eh pouvaient autant dire de saint Jean-Baptiste , cela leur viendrait bien à point, pour leur aider à inentir : mais puisque cette fable n'a point lieu , comment s'excuseront-ils ? Je ne les veux point presser de si près , que de leur demander com- Inent la tête s'est ainsi déchiquetée, pour être départie en tant de lieux et si divers , ni comment c'est qu'ils l'ont eue de Constantinople : seulement je dii qu'il faudrait que saint Jean eut été un monstre , ou que ce sont abuseurs, effrontés , dé montrer tant de pièces de sa tête.
Qui plus est, ceux de Sienne se vantent d'avoir lé bras : ce qui est répugnant , comme nous avons dit, à toutes les histoires anciennes. Et néanmoins tel abus non-seulement est souffert , mais aussi approuvé , conitne rien ne se trouve mauvais aU royaume de l'antechrîst (i) , moyennant (Ju'îl entretienne le peuple en superstition.
Or ils ont controuvé une autre fable : c'est, que quand le corps fut brûlé , le doigt dont il avait montré Notre - Seigneur Jésus -Christ detneura entier, sans être violé. Cela non-seule-
(i) C'est le pape, que Calvin appelle rantcchrist.
DES RELIQLES. 3o3
inent n'est pas conforme aux histoires anciennes , mais même il se peut aisément rétorquer par îcelles ] car Eusèbe et Théodorité , nommément , disent que le corps était déjà réduit en os , quand les païens Id ravîreiit. Et n'eussent eu garde d'oublier uti tel miracle , s'il eii eût été quelque chose : car ils ne sont autrement que trop curieux à en raconter , même de frivoles. Toutefois , encore qu'ainsi fût , voyons un peu où est ce doigt.
A Besançon , en l'église Saint-Jean-le-Gtand , il y en a un , à Toulouse un autre , à Lyon un autre , à Bourges un autre , à Florence un autre , à Saint- Jean-des-Aventures près Mâcon, un autre. Je ne dis mot là-dessus , sinon que je prie les lecteurs de iié se point endurcir, à l'encontre dVn avertissement si clair et si certain , et ne point fermer les yeux à une telle clarté , pour toujours se laisser séduire comme en ténèbres. Si c'étaient joueurs de passe - passe , qui nous éblouissent les yeux , tellement qu'il nous semblât avis qu'il y en eût six , encore aurions-nous cet avis de craindre d'être abusés. Or ici , il ny a nulle subtilité •, il est seulement question si nous voulons croire que le doigt de saint Jean soit à Florence , et qu'il soit autre part en cinq lieux : autant de Lyon et dé Bourges , et des autres -, ou pour le dire plus brief , si nous voulons croire que six doigts ne soient qu'un , et qu'un seul soit six. Je ne parle sinon de ce qui est venu à n:fa notice. Je ne doute pas que si on enquérait plus diligemment ^ il ne s'en trouv.it encore une
3o4 TRAITÉ
demi - douzaine ailleurs ; et de la tête , qu^il ne se trouvât ep.çpre des pièces qui monteraient bien la grosseur d'une tête da bœuf, voire outre ce que j'en ai dit (i).
Et de peur de ne rien laisser derriqre , ils ont aussi-bien fait .se^]Lblaut d'avoir les^cendres , dont il y en a une partie h Gênes , l'autre partie à Rome en l'église Saiut-JeîUi-de-Latran. Or avous-oious vu que la plupart avait été jetée en Taîr 5 |,toutefois ils ne laissent point d'en avoir, comme ils disent , une bonne portion , et p^^incipalement à Gênes.
Restent maintenant , après le corps , les autres
appartenances ] comme un soulier , qui est aux Chartreux de Paris , lequel fut dérobé , il y a environ douze ou treize ans; mais incontinent il s'en retrouva upi autre de nouveau. Et de fait , tant que l'engeance des cordonniers soit faillie^ jamais ils n'auront faute de telles reliques.
A Rome , k Saint-Jean-de-Latran , ils se vantent d'avoir sa haire, de laquelle il n'est fait mention en l'Evangile 5 sinon pour ce qu'il est là pe^rlé qu'il était vêtu de poil de chameau yeX ils veulent convertir une robe en haire.
Là même, ils disent qu'ils ont l'autel sur lequel il priait au désert , comme si de ce temps-là on eût fait des autels à tous propos , et en chacun lieu. C'est merveille qu'ils ne lui font accroire
au il ait chanté messe.
» " ■ ' 1 " ■ ■ I I il f I .
(i) On a vu , dans notre article Jean'Baptiste , que Calym ne connaissait qu^une partie des reliques de ce saint.
DES JIELIQUES. 3o5
En Avignon est Tépée de laquelle il fut décollé; et à Aix , en Allemagne , le linceul lequel fut étendu sous lui. Je voudrais bien savoir comment le bourreau était si gracieux que de lui tapisser le pavé de la prison , quand il voulait le faire mourir. PTesl-ce pas luie sotte chose de controuver cela ? Mais encore , comment Tun et l'autre sont-ils venus entre leurs mains ? Pensez-vous qu'il est bien vraisemblable que celui qui le mit à mort , fût-il un gendarme ou un bourreau j donnât le linceul et son épée pour en faire une relique ? Puisqu'ils voulaient faire une telle garniture de toutes pièces , ils ont failli de laisser le couteau d'Hérodias, dont elle frappa l'œil 9 tout le sang qui fut répandu , et même son sépulcre. Mais je pourrais bien aussi errer , car je ne sais pas si toute ces bagues sont autre paît.
De saint Pierre et de saint Paul»
C'est maintenant aux apôtres d'avoir leur tour ; mais pour ce que la multitude pourrait engendrer confusion , si je les mettais tous ensemble , nous prendrons saint Pierre et saint Paul à part, et puis nous parlerons des autres. Leurs corps sont à Rome, la moitié en l'église de Saint-Pierre, et l'autre moitié à Saint-Paul. Et disent que saint Silvestre les pesa , pour les distribuer ainsi en égales portions. Les deux tètes sont aussi à Rome, à Saint-Jean-de-Latran , combien qu'en la même église il y a une dent de saint Pierre à part.
Après tout cela , on ne laisse point d'en avoir HT. uo
3oG TRAITÉ
des os partout : comme à Poitiers on a la mâchoire avec la barbe de saint Pierre 5 à Triers , plusieurs os de l'un et de l'autre \ à Argenton en Berry , une i^paule de saint Paul. ^Et quand serait-ce fait? car partout où il y a église qui porte leurs noms , il y en a des reliques.
Si on demande quelles , qu'on se souvienne de la cervelle de saint Pierre , dont j'ai parlé, qui était au grand autel de cette ville. Tout ainsi qu'on trouva que c'était une pierre ponce , ainsi trouverai t-^n beaucoup d'os de chevaux ou de chiens qu'on attribue à ces deux apôtres.
Avec les coi:ps il y a suite. A Saint-Salvador , en Espagne , ils en ont une pantoufle : de la forme et de la matière, je n'en puis répondre, mais il est bien à présumer que c'est une semblable marchandise que celle qu'ils ont à Poitiers , lesquelles sont d'un salin broché d'or. Voilà comment on le fait brave après sa mort , pour le récompenser de la pauvreté qu'il a eue sa vie durant. Pour ce que les évèques de maintenant sont ainsi mignons quand ils se mettent' en leur pontificat , îl leur semble avis que ce serait déix)ger à la dignité des apôtres sron ne leur en faisait autant. Or, les peintres peuvent bien contrefaire des marmousets à leur ' plaisir, les dorant et ornant depuis la tètejusques aux pieds , puis après leur imposer le nom de saint Pierre ou de saint Paul. Mais on sait quel a été leur état pendant qu'ils ont vécu en ce monde, et qu'ils n'ont eu d'autres accoutremens que de pauvres gens.
DES RELIQUES. Soj
îl y a aussi-bien à Rome la chaire épiscopale de ^int Pierre, avec sa chasuble, comme si de ce temps-là les évêques eussent eu des trônes pour s'asseoir. Mais leur office était d'enseigner , de consoler, d'exhorter en public et en particulier j et montier exemple de vraie humilité à leur troupeau ; non point de faire des idoles , comme font ceux de maintenant. Quant est de sa chasuble , la façon n'était point 'encore venue de se déguiser ; car on ne jouait point des farces en Téglise comme on fait à présent. Ainsi, pour prouver maintenant que saint Pierre eût une chasuble, il faudrait premièrement montrer qu il aurait fait du bateleur , comme font nos prêtres de maintenant en voulant servir à Dieu.
Il est bien vrai qu'ils lui pouvaient bien donner une chasuble , quand ils lui ont assigné un autel ; mais autant a de couleur Tiin comme l'autre. On sait quelles messes on chantait alors. Les apôtres ont célébré de leur temps simplement la cène de Notre-Seîgneur , à laquelle il n'est point métier d'avoir un autel. De la messe , on ne savait encore quelle bête c'était, et ne l'a-t-on pas su longtemps après.
On voit bien donc que quand ils ont inventé leurs teliques , ils ne se doutaient point de jamais ouïr contredisans , vu qu'ils ont ainsi osé impudemment mentir à bride avalée. Combien que de cet autel ils ne conviennent point entre eux , car ceux de Rome affirment qu'ils Tont, et ceux de Pise le montrent aussi bien , au faubourg tirant vers la mer»
3o8 TRAITÉ
Pour faire leur profit de tout , ils n ont point oublié le couteau duquel Malchus eut Foreille coupée , comme si c'était un joyau digne de mettre en relique. Payais oublié la crosse , laquelle se montre à Saint-Élienne-des-Grès, à Paris, de laquelle il faut estimer autant que de Tautel ou de la chasuble , car c'est une même raison. "^
n y a lïn petit plus d'apparence à son bourdon ; car il est bien à présumer qu'il pouvait être armé de tel bâton allant par les champs. Mais il gâtent tout de ne se pouvoir accorder ^ car ceux de Cologne se font forts de l'avoir , et ceux de Triers semblablement. Ainsi , se démentant l'un l'autre , ils donnent bien occasion qu'on n'ajoute nulle foi à tous deux.
Je laisse de parler de la chaîne de saint Paul y dont il fut lié , laquelle se montre à Rome , en son église ; ùem , du pilier sur lequel saint Pierre fut matyrisé , lequel esta Saint-Anastase. Je laisse seulement à penser aux lecteurs d'où c'est que cette chaîne a été prise , pour en faire une relique ", item , à savoir si en ce temps-là on exécutait les hommes sur des piliers.
Des autres apôtres.
Nous traiterons en commun de tous les autres apètres, pour avoir plus tôt fait. Et premièrement nous raconterons où il y en a des corps entiers , afin qu'en faisant conférence de l'un à l'autre , on juge quel arrêt on peut prendre sur leur dire. Chacun sait que la ville de Toulouse en pense
DES REUQUES. 309
.avoîr six, savoir : saint Jacques-le-Majeur , saint André , saint Jaccjues-le-Mineur , saint Philippe , saint Simon et saint Jude. A Padoue est le corps de saint Mathias \ à Salerne , le corps de saint Mathieu 5 à Orconne , celui de saint Thomas ^ au royaume de Naples , celui de saint Barthé- Icmi.
Avisons maintenant lesquels ont deux corps ou trois. Saint André a un second corps à Amalfi \ saint Philippe et saint Jacques-le-Mineur , chacun aussi un autre à Rome, ad Sanctos Apostolos ; saint Simon et saint Jude , aussi-bien à Rome , en Téglise Saint-Pierre \ saint Barthélemi à Rome , en son église. En voilà déjà six qui ont deux corps chacun ; et encore, de superabondant , la peau de saint Barthélemi est à Pise.
Toutefois, saint Mathias a emporté tous les autres ; car il a un corps à Rome , à Sainte-Marie-la- Majeure , et le troisième à Triers \ outre cela encore a-t-il une tète à part , et un bras à part ^ à Rome même.
Il est vrai que les lopins qui sont de saint André , çà et là , récompensent à demi \ car à Rome , en l'église Saint-Pierre , il y a une tète ^ en Téglise Saint-Chrysostome , il a une épaule *, à Saint'Eustache , une côte *, et au Saint-Esprit , un bras ^ à Saint-Biaise , je ne sais quelle suivre partie \ à Aix en Provence , un pied. Qui conjoîndrait cela ensemble , ce serait tantôt pour en faire deux quartiers , moyennant qu'on les pût bien proportionner.
3io TRAITÉ
Or, comme saint Barthélemi a laissé sa peau à Pise , aussi y a-t-il laissé une main. A Trîers il y en a je ne sais quel membre •, à Fréjus , un doigt ^ à Rome , en l'église Sainte-Barbe , d'autres reliques. Ainsi encore n'est-il point des plus pau-^ vres , car les autres n'en ont pas tant.
Toutefois chacun en a encore quelque lopin , comme saint Philippe a un pied à Rome , ad Sanctos-u^postoIoSy et à Sainte-Barbe je ne sais quelles reliques 5 Item^ plus à Triers. En ces deux dernières églises 9 il a semblablement saint Jacques pour compagnon , lequel a pareillement une tête en l'église Saint-rPierre, un bras à Saiht-Chrysogone, et un autre ad Sanctos-Apbstolos.
Saint Mathieu et saint Thomas sont demeures les plus pauvres , car le premier avec son corps n'a sinon quelques os à Triers , un bras à Rome à Saint-Marcel , et à Saint-Nicolas une tète •, sinon que par aventure il m'en soit échappé quelque chose , ce qui se pourrait bien faire ^ car en tel abime, qui n'y serait confus?
Pour ce qu'ils trouvent en leur chroniques que le corps de saint Jean - rÉyangélîste s'évanouit incontinent après qu'on l'eût mis en la fosse , ils n'ont pu produire de ses osselnens. Mais, pour suppléer ce défaut , ils se sont rués sur son bagage. Et premièrement ils se sont avisés du calice , auquel il but le poison , étant condamné par Domitien. Mais pour ce que deux l'ont voulu avoir , il nous faut croire où ce que disent les alchimistes de leufr multiplication , ou
DES RELIQUES. 3ii
que ceux-ci , avec leur calice , se sont moqués du monde* L'un est à Bologne , et Tautre à Rome à Saint'Jean-de-Latran. Us ont puis après controuvé son hoqueton , et une chaîne dont il était lié quand on Tamena prisonnier d^Éphèse , avec l'oratoire où il soûlait prier étant en la prison.
Je voudrais bien savoir s'il avait lors menuisiers à louage pour lui faire des oratoires : item , quelle familiarité avaient les chrétiens avec sa garde , pour retirer sa chaîne, et en faire une relique ? Ces moqueries sont trop sottes , et fût-ce poih* abuser les petits enfans.
Mais le joyau le plus férial est des douze peignes des apôtres , qu on montre à Notre-Dame de rile-sur-Lyon. Je pense bien qu'ils ont été du commencement là mis , pour faire accroire qu'ils étaient aux douze pairs de France ; mais depuis, leur dignité s'est accrue , et sont devenus apostoliques.
De saùtte Anne.
Il nous faut dorénavant dépêcher , ou autrement jamais nous ne sortirons de cette forêt. Nous réciterons donc en bref les reliques qu'on a des saints qui ont été du temps que Notre-Seîgneur Jésus-Christ vivait \ puis cdnséquemment des inartyrs anciens et des autres saints. Sur cela les f.tecteurs auront à juger quelle estime ils en devront avoir.
Sainte Anile, mère de la vierge Marie , a l'un de ses corps à Apt en Provence , Taulrc à Notre-
Dame de Tile à Lyon. Oulre cela , elle a une tète à Trîers , Taulre à Duren près Cologne , Tautre en Thuringe , en une ville nommée de son nom. Je laisse les pièces qû sont en plus de cent lieux ^ et entres autres il me souvient que f en ai baisé une partie en Fabbaye d'Orcamps près de Noyon, dont on fait grand festin. Finalement , elle a un de ses bras à Rome en Téglise Saint-Paul. Qu'on prenne fondement là-dessus , si on peut.
Du Lazare y de la Madeleine , etc.
Il y a puis après le Lazare y et la Madeleine sa sœur. Toucbant de lui , il n'a que trois corps que je sache ^ Tun est à Marseille, Vautre à Autun, le troisième à Avalon. Il est vrai que ceux d'Autun en ont eu gros procès à Tencontre de Ofjaxsi d' Avalon. Mais après avoir beaucoup dépensé d^argent d^un côté et d'autre , ils ont tous deux gagné leur cause ; pour le moins ils sont demeurés en possession du titre.
Pour ce que la Madeleine était femme, il fallait qu'elle fut inférieure à son frère : pourtant elle n'a eu que deux corps , dont un est à Vézelai près d'Auxerre ^ et l'autre , qui est de plus grand renom , à Saint-Maximin en Provence ^ là où la tête est à part , avec son NoU me tangere , qui est un lopin de cire , qu'on pense être la marque . que Notre-Seigncur Jésus-Christ lui fit , par dépit , pour ce qu'il était marri qu'elle le voulût toucher.
Je ne dis pas les reliques qui en scmt dispersées par tout le monde, tant de ses os que dé ses che-
DES RELIQUES. 3i3
▼eux. Qui voudrait avoir certitude de tout cela , il s'enquerrait pour le premier , à savoir si le Lazare et ses deux sœurs , Marthe et Madeleine , sont jamais venus en France pour prêcher. Car en lisant les histoires anciennes, et en jugeant dii tout avec raison , on voit évidemment q^e c'est la plus sotte fable du monde , et laquelle a autant d'apparence que si on disait que les nuées sont peaux de veau , et néanmoins ce sont les plus certaines reliques qu'on ait-^ mais encore qu'ainsi fût , îl suffisait d'abuser d'im corps en idolâtrie , sans faire d'un diable deux ou trois.
De saint Longin et des trois Rois.
Us ont aussi bien canonisé celui qui perça le côté de Notre-Seigneur en la croix , et l'ont appelé saint Longin. Après l'avoir ainsi baptisé , ils lui ont donné deux corps , dont l'un est à Mantoue, et l'autre à Notre-Dame de l'Ile prèsLyon(i).
Ils ont fait le semblable des sages qui vinrent adorer Notre-Seigneur Jésus après sa nativité. Et premièrement , ils ont déterminé du nombre , disant qu'ils n'étaient que trois. Or , l'Évangile ne dit pas combien ils étaient^ et aucuns des docteurs anciens ont dit qu'ils étaient quatorze ; comme celui qui a écrit le commentaire imparfait * sur saint Mathieu , qu'on intitule de Chrysostome.
Après, au lieu que l'Évangile les dit philosophes,
(i) On a parle plus haut de sa lance* Voyez aassi Tarticle Longin dans le Dictionnaire.
3i4 TRAITÉ
ils en ont fait des rois à la hâte , sans pays et sans sujets. Finalement ils les ont baptisés , donnant nom à Tun Balthasar , à Fautre Melchior , et à Tautre Gaspar. Or , encore que nous leur concédions toutes leurs fables , ainsi frivoles qu'elles sont y il est certain que les jsagcs retournèrent aa pays d'Orient. Car la sainte écriture le dit, et ne peut-on dire autre chose sinon qu'ils moururent là. Qui est-ce qui les a transportés depuis? et qui est-ce qui les connaissait, pour les marquer, afin de faire ainsi des reliques de leurs corps ? Mai» je m'en déporte , d'autant que c'est folie à moi de redarguer des moqueries tant évidentes. Seulement je dis qu'il faut que ceux de Cologne et ceux de Milan se combattent à qui les aura (i) ^ car tous deux prétendent ensemble de les avoir, ce qui ne se peut faire. Quand leur procès sera vidé , lors nous aviserons ce qu'il sera de faire.
De saint Denis.
Entre les martyrs anciens , saidP Denis est des plus célèbres ^ car on le tient pour un des jlisciples des apôtres , et le premier évangéliste de France. A cause de cette dignité , on a de ses reliques en plusieurs lieux. Toutefois , comme l'on dit, le corps est demeuré entier seulement en deux lieux , a Saint-Denis en France , et à Regensbourg (2) en Allemagne.
(1) Calvin se trompe. On ne montre à Milan que le tombeau -fide des trois rois. Voyez Tariide Rois.
(a) Rcgensburg est le nom allemand de Batisbonne.
DES RELIQUES. 3i5
Pour ce que les Français maintenaient deFavoir, ceux de Regensbourg en émurent le procès à Rome , il y a environ cent ans , et le corps leur fut adjugé, par sentence définitive, présent l'ambassadeur de France, dont ils ont une belle bulle. Qui dirait à Saint-Denis près Paris que le corps n'est point là , il serait lapidé.
Quiconque voudra contredire qu'il ne soit à Regensbourg sera tenu pour hérétique , d'autanjt qu'il sera rebelle au saint siège apostolique. Ainsi le plus expédient sera de ne s'entremettre point en leurs querelles. Qu'ils se crèvent les yeux les uns aux autres s'ils veulent , et en ce faisant qu'ils ne profitent de rien , sinon pour découvrir que tout leur cas gît eu mensonge.
De saint Etienne.
De saint Etienne ils en ont tellement parti le corps , qu'il est entier à Rome en son église ; le chef à Arles \ et des os , on en a eu plus de deux cents lieux. Mais pour montrer qu'ils sont des adbérens de ceux qui l'ont n>eurtri , ils ont canonisé les pierres dont il a été lapidé.
On demandera où c'est qu'on les a pu trouver , et comment ils les ont eues , de quelles mains et par quel moyen. Je réponds brièvement que cette demande est folle 5 car on sait bien qu'on trouve partout des cailloux , tellement que la voiture n'en coûte guère. A Florence , à Arles aux Augustins , au Yigan en Languedoc , on en montre. Ce}ui qui voudi'a se fermer les yeux et
3i6 TRAITÉ
rentendement croira que ce sont les propres pierres dont saint Etienne fut lapidé. Celui qui ' voudra un peu considérer s'en moquera. Et de fait les carmes de Poitiers en ont bien trouvé depuis quatorze ans , auxquelles ils ont assigné Toffice de- délivrer les femmes, lesquelles sont ' en travail d'enfant. Les jacobins , auxquels on avait dérobé une côte de sainte Marguerite servant à cet usage , leur ont fait grande noise , criant contre leur abus ; mais en la fin ils ont gagné en tenant bon.
Des saints Innoccns.
J'avais quasi délibéré de ne parler des Innocens , pour ce que quand j'en aurais assemblé une armée , ils répliqueront toujours que cela ne contrevient point à l'histoire , d'autant que le nombre n'en est point défini. Je laisse donc à parler delà multitude. Seulement, qu'on note qu'il y en a, en toutes les régions du monde. Je demande maintenant comment c'est qu'on a trouvé leurs sépulcres si long-temps après \ vu qu'on ne les tenait point pour saints quand Hérode les fit mourir. Après , quand c'est qu'on les a apportés. Qs ne me peuvent répondre autre chose , sinon que c'a été cinq ou six cents ans après leur mort. Je m'en rapporte aux' plus pauvres idiots qu'on pourra trouver , si on doit ajouter foi à des choses tant absurdes.
Après , encore qu'il s'en fût trouvé par fortune quelqu'un , comme se pouvait-il faire qu'on en
apportât plusieurs corps en France , en Allemagne , en Italie , pour les distribuer en des villes tant éloignées Tune de l'autre ? Je laisse donc celte fausseté pour convaincue du tout.
De saint Laurent.
Pourtant. que saint Laurent est du nombre des anciens martyrs , nous lui donnerons ici son lieu. Je:ne sais point que son corps soit en plus d'un lieu , c'est savoir à Rome vu l'église dédiée à son nom. Il est vrai qu'il y a puis après un morceau de sa chair grillée \ item , deux fioles pleines, l'une de son sang , et l'autre de sa graisse \ item, en l'église surnommée Panisperne (i) son bras et ' de ses os , et à Saint -Silvestre d'autres reliques. Mais si on voulait amasser tous les ossemens qui s'en montrent seulement en France , il y en aurait pour former deux corps au long et au large.
Il y a puis après la grille sur laquelle il fut rôti , combien que l'église qu'on surnomme Panisperne se vante d'en avoir une pièce. Or pour la grille , encore la laisserai -je passer ^ mais ils ont d'autres reliques trop fériales , desquelles il ne m'est point licite de me taire : conmie des charbons , qu'on montre à Saint-Euslaclie ^ item , . une serviette dont l'Ange torcha son corps.
Puisqu'ils ont pris le loisir de songer telles rêveries pour abuser le monde , que ceux qui ver-
Ci) LVglise de Saint-L«nront in Pnnispcrnd, h Romp , rsf un titre de cardiuu!.
3i8 TRAITE
ront cet averti ssemenl prennent aussi loîsîf dé penser à eux pour se garder de n'être plus ainsi moqués*
D'une même forge est sortie sa tunique ^ qu'on montre à Rome même en Téglise Sainte - Barbe « Pour ce qu'ils ont ouï dire que saint Laurent ëtait diacre , ils ont pensé qu il devait avoir les mêmes accoutremens dont leurs diacres se dë-« guisent en jouant leur personnage à la messe^ mais c'était bien un autre office de ce temps- là ^ en l'église chrétienne , que ce n^est à présent en la papauté. C'étaient les commis ou députés à distribuer les aumônes , et non point bateleurs pour jouer des farces. Ainsi ils n^avaient que faire de tuniques ni dalmatiques , ni autres habits de fous pour se déguiser.
Des saints Gervais et Protais *
Nous ajouterons à saint Laurent , saint Gervais et sairit Protais , desquels le sépulcre fut trouvé à Milan du temps de saint Ambroise , comme lui-» même le testifie 5 pareillement saint Jérôme , saint Augustin , et plusieurs autres. Et ainsi , la ville de Milan maintient qu^elle en a eticore les corps.
Nonobstant cela j ils sont à Brisach en Allemagne, et à Besançon en l'église paroissiale de Saint» Pierre , sans les pièces infinies qui sont éparses en diverses églises : tellement qu'il faut nécessairement que chacun ait eu quatre corps pour le moins , ou qu'on jette aux champs tous les os qui s'en montrent à fausses enseignes.
DES RELIQLES. 319
De saint Sébastien.
Pour ce qu'ils ont donné à saînt Scbasiîrn Voffice de guérir de la peste , cela a fait qu'il a été plus requis , et que chacun a plus appelé de l'a* voir. Ce crédit l'a fait multiplier en quatre corps entiers : dont l'un est à Rome à Saint-Laurent , l'autre à Soissons , le troisième à Pîlignî près Nantes \ le quatrième près de Narbonne , au lieu de sa nativité.
En outre , il a deux têtes ^ l'une à Saint-Pierre de Rome , et l'autre aux Jacobins de Toulouse. Il est vrai quelles sont creuses , si on s'en rapporte aux cordeliers d'Angers , lesquels se disent en avoir la cervelle. Item plus , les Jacobins d'Angers en ont un bras. Il y en a un autre à Saint-Sternin de Toulouse (i), un autre à la Casc-Dîeu en Auvergne , et un autre à Montbrison en Forêt , sans les menus lopins qui en sont en plusieurs églises. Mais quand on aura bien conlrcpesé , qu'on devine où est le corps de saint Sébastien,
Même ils n'ont pas été contens de tout cela, s'ils ne faisaient aussi-bien des reliques des flèches dont il fut tiré , desquelles ils en montrent une à Lambeisc en Provence , une à Poitiers aux Augustins , et les autres par-ci , par-là. Par cela voit-on bien qu'ils ont pensé de ne jamais rendre compte de leurs tromperies.
De saint Antoine, Une semblable raison a valu à saint Antoine
(1) Saint-Slerain ou Saint-SaturDin.
pour lui multiplier ses^ reliques : car d^autant que ' c'est un saint colère et dangereux , comme ils le
* I feignent , lequel brûle ceux à qui il se courrouce :
par cette opinion il se fait craindre et redou^r. La crainte a engendré dévotion , laquelle a aiguisé l'appétit , pour faire désirer d'avoir son corps , à cause du profit. Pourquoi la viUe d'Arles en a eu grand combat y et long , contre les Antoniens de Viennois : mais Tissue n'en a été autre qu'elle a accoutumé d'être en telle matière \ c'est-à-dire , que tout est demeuré en confus : car si on voulait liquider la vérité , l'une des parties n'aurait bonne cause.
Avec ces deux corps, il a un genou aux Augustins d' Albi ^ à Bourg , à Maçon , à Dijon , à Châlon$ , a Ouroux , à Besançon , des reliques de divers membres , sans ce qu'en portent les quêteurs , qui n'est point petite quantité. Voilà que c'est d'avoir le bruit d'être mauvais : car sans cela /le bon saint fût demeuré en sa fo$se ou en quelque coin , sans qu'on en eût tenu compte.
» De sainte PétroniUe (i) ; de sainte Suzanne ; de
sainte Hélène et des onze nulle Vierges.
J'avais oublié sainte Perronelle , la fille de saint Pierre, laquelle a son corps entier à Rome en l'église de son père \ item plus , des reliques à part à Sainte-Barbe. Mais elle ne laisse'point pour-
f (f) Appelle plus gënëralement PétroniUe , et aussi Perro^
nelle , Pernclle , etc.
DES RELIQUES. îîir
Uint d'en avoir un autre au Mans , au côûvetit des Jacobins : lequel est là tenu en grande solemnité, pour ce qu'il guérît de fièvres.
D*tiutant qu'il y a eu plusieurs saintes nommées Suzantie , je ne sais pas bonnement si * leur intention a été de redoubler le corps d'une : mais tant y a qu'il y a un torps de sainte Susannc à !Rom#, en l'égÛsc dédiée de son nom , et un autre ^
à Toulouse.
Sainte Hélène n'a pas été si heureuse : car outre son corps qui q|t à Venise , elle n'a gagné de superabondant qu'une tète , laquelle est à saint Gérèon de Cologne.
Sainte Ursule l'a surmontée en cette partie : son corps premièrement, est à Saint-Jfean-d'Angély ; ellç a puis après une tète à Cologne , une portion aux jacobins du Mans , une autre aux Jacobins de Tours , l'autre à Bergerat.
'• De ses compagnes , qu'on appelle les onze mille vierges , on en a bien peu , pour en avoir partout. Et de fait, ils se sont bien aidés de cela pour oser mentir librement, car outre cent charrettes d'ossemens qui sont à Cologne , il n'y a , à grande peine , ville en toute l'Europe , qui n'en soit remparée ou en une église , ou en plusieurs.
De quelques autres saints ,
Si je commençais à faire la montre des saints vulgaires, j*entrerais en une foret. dont je ne trouverais jamais issue ; par quoi je çie con- I
tenterai d'alléguer quelques exemples en passant.
m. il
3n* TRAITÉ
dont on pourra faire ji|g»paeiH de tout ]e reste. A Poitiers , fl y a deu-x églises €|ai se disputent le corps de saini Hikire^à savoir 1^ chanoines de son église , et les moines de la Selle \ le procès en est pendan^ au crochet) jusqu^â ce qn'<m en fasse visitatioiu Cef^ndant , les idolâtres aeiront contraints d^adorer deux corps d'un homme; les fidèles laisseront reposer le corps » où ^'iibsoit, sans sen soucier.
De saint Honorât , son corps est à Arles , et aussi bien à Tile de Lérins , près Antib|s.
Saint Gilles a Tun de ses corps à Toulouse , et Tauire à une ville de Languedoc ^ laquelle porte son nom.
Saint Guillaume est en une abbaye du Langue* doc, nommée Saint-Guillaume du désert, et en une ville d' Aussois , nommée EU^richen , avec la této A part , combien qu'il ait une autre tète au faubourg de Duren en Juliers , eu Tabbaye des GuUlemites. ^ Que dirai-je de saint Saphorin ou Simpherien y lequel est en tant de lieux en corps et ei|i)s.
Pareillement de saint Loup , qui est i Auxerre, à Sens , à Lyon , et £ûsait-on accroire qu'il était à Genève (i). Autant de saint Ferréol , qui est tout entier à Uzès, en Languedoc, et a Brioude en Auvergne. Au moins qu'ils fissent quelques bonnes transactions ensemble , pour ne point tant
. (i) Calvin peut se tromper ici ; car il y a plusieurs staints
I coups : saint Loup de TrSyes , saint Loup de Sens , saint Loup,
(je Lyon , etc. \ j'en connais quinte. '
DES REUQLES. 3^3
decoavrir le«rs mensonges , comme ont fait les chanoines de Triers avec ceux de Liège , touchant la tête de saint Lambert , car ils ont compose à icjuelque somme d'argent , pour Fintérêt des offrandes^ de ne la montrer pobliqttemeiit , de' peur qu'on ne s'étonnât de la yoîr en deux villes tant voisines. Bflais c'est ce que j'ai déjà dit du commencement, ils n'ont point pensé d'avoir jamais un conirôlcttr qui dsàt ouvrir la bouche pour remontrer leur impudence.
On me pourrait dciiMinder comment ces bà^ tisseurs de reliques, vn qu'ils <>nt ainn amassé sans propos tout ce qui leur venait en la tète, et en soufflant ont forgé tout ce qu'il leur plaisait , ont laissé derrière les choses notables du vieux testament. Â cek je ne saurais que répondre , sinon qu'ils les ont méprisées , pour ce qu'ils n'espéraient point d'en avoir grand profit. Combien qu'ils ne les ont du tout oubliées ; car à Rome ils se disent avoir des os d'Abraham , d'Isaac , et de Jacob , à Sainte-Marie supra Minervam. A Saint- Jean-de-Latran y ils se vsmtent d'avoir l'arche de l'alliance avec la vevge d'Aaron , et néanmoins cette verge est aussi bien à la Sainte-Chapelle de Paris , et ceux de Saint-Salvador en Espagne en ont quelque pièce.
Outre cela , ceux de Bordeaux maintiennent que la verge de saint Martial, qui se montre là en Féglise de Saint-Severin , est celle même d'Aaron . Il semble avis qu'ils aient voulu faire miracle
car comme celte
nouveau , à l'envi de Dieu
verge fut convertie en serpent , par la Vertu d'i celui , aussi maintenant ils Font convertie en trois verges.
n peut bien être qu'ils aient bleaucoup d'autres
' manicles de Fancien testament. Mais il suffit d^en avoir louché ce mot-U , pour montrer qu'ils se 'sont portés aussi loyalement en cet endroit qu'en tout le reste*
Je prie maintenant le lecteur d'avoir souvenance de ce que j'ai dit du commencement , ô'est que je n'ai pas eui des commissaires pour visiter les sacristies de tous les pays dont j'ai £dt par ci-dessus mentioUi Pourtant , il ne faut point prendre ce que j'ai dit des reliques , comme un registre ou inventaire entier de ce qui s'en pour^ rait trouver» Je n'ai nommé d'Allemagne que environ âemi'douzaine de villes ; je n'en ai nommé d'Espagne que trois, que je sache ;. d'Italie environ une quinzaine \ de France ^ de trente à quarante, et de celles-là encore n'ai-je dit tout ce qui en est.
Que chacun donc fasse conjecture en soi-même
, quel tripotage ce serait, si on mettait par ordre la multitude des reliques qui sont par toute la chrétienté ^ je dis seulement des pays qui nous sont connus , et où nous hantons. Car le principal est de noter que toutes les reliques que Ton montre de Jésus-Christ par deçà , et des prophètes , on les, trouve aussi bien en Grèce , et en Asie , et aux autres régions , où il y a des églises chré^ tiennes.
DES RELIQUES. SaS
Ol, je demande maintenant , quand les chréùens de Féglise orientale disent que tout ce que nous en pci;isons avoir est par devers eux , quelle résolution pourra-t-on prendre li-dessus ? Si on les contredit , alléguant qu'un tel corps sallnt fut apporté par des marchands , Vautre par des moines Tautre par un évèque \ qu^une partie de la cou* romie. d'épines fut envoyée à un roi de France par r^npereur de Constantinople , Tautre conquise par la guerre , et ainsi de chaque pièce, ils ho-t cheront la tète en se moquant.
. Comment videra-t-on ces querelles? Car en Cc^use douteuse , il faudra juger par conjecture. Or, en ce faisant, ils gagneront toujours : car ce qu^ils ont à dire de leur côté est plus vraisemblable que tout ce qu'on pourra prétendre dît côté de par deçà. C'est un point fâcheux à démêler , pQur ceuï; qui voudront défendre les reliques. '
Pour faire fin, je prie et exhorte, au nom de Dieu, tous lecteurs de vouloir entendre là vérité, pendant qu'elle leur est tant ouvertement montrée, et connaître que cela s'est fait par une singulière providence de Dieu , que ceux qui ont voulu ainsi séduire le pauvre monde , ont été tant aveugles, qu ils n'ont point pensé à couvrir autrement leurs mensonges^ mais comme Madianites, ay&ntles yeux crevés , se sont dressés les unsi contre les autres. Comme nous voyons qu'ils se font eux-mêmes la guerre et se démettent mutuellement. Quiconque ne se voudra point endurcii- pour répugner à
3a6 TRAITÉ
toute raison à son escient, encore quîl ne s<Mpa5 pleinement iustrnk que c^est une idolâtrie exécrable d*adorer reliqne aucune, quelle qu^elle soit , vraie ou fausse , neamnoins Toya^t la fausseté tant évidente, n aura jamais le courage d'en baiser .une seule , et cpielque dévotion qu'il y ait eue aupaiavant, il en sera entièrement dégoûté.
Le principal serait bien , comme j'ai du eom* mencempnt dit , d'abolir entre nous chrétiens , cette superstition païenne , de canoniser les reliques , tant de Jésu^-Christ que de ses samts, pour en faire Ae^ idoles. Cette façon de faire est une pollution et ordure , qu'on ne devrait nullement tolérer en l'église. Nous avons déjà remontré, par raisona et témoignages de l'Écriture, qu'ainsi est» «Si quelqu'un n'est content de cela , qull regarde l'usage des pères anciens , afin de se conformer à leurs exemples. H a eu beaucoup de saints patriarches , beaucoup de prophètes , de saints rois, et autres fidèles, en l'ancien testament : Dieu avait ordonné plus de cérémonies de ce temps^là que nous n'en devons avoir : même la sépulture se devait faire en plus grand appareil que maintenant , pour représenter, par figure , la résurrection glorieuse , d'autant qu'elle n'était pas si clairement révélée de parole comme nous l'avons.
Lisons-nous qu'on ait tiré hors les saints de leurs sépulcres , pour en fidre des poupées ? Abraham , père de tous fidèles , a-«-il jamais été élevé ? Sara , aussi princesse en l'église de Dieu , a-t-elle été retirée de la fosse ? Ne les a-t-ofl pas bissés avec tous les autres saints en repos ?
Qui plus est , le corps de MoVîse n- a-i-il pas c5tc caché par le vouloir de Dieu , sans que jumaîs ou Tait pu trèinVer? Le diable n'en a-t-il: pas débattu contre lei asgçis y toàimé dît saint Jnde ? Pourq^uoi c8iK:e,qiiâ Noti^e-Seignéiir Ta Atë de la rue des homme» ^ ^ <{fte te diable ly voulut remettre? C'est comme ehatan côâfesse , que Dieu a voulu -. éter à son peuple d'Israël occasion d'idolâtrie -, lé ^able au contraire Ta voulu établir..
Mai» le peuple (f Israël , dira quelqu'un , était
«ncUnàla supei^stitioBk Je demandé ce que c'est de
lunl»? N'y a^JI i>as sans comparaison plus de
fierversitf entre les chrétiens , en cet endroit ,
qu'il n'y eut jaman- entre les Juifs?
Avisons ce qu'il a été fait en Téglise ancienne : il est vrai que le» fidèles ont tot^jours mis peine dé rétirer les totfs des martyrs , afin qu'ils ne fussent mangés des b«tes et deë oi.seauic , et les ont etitovelig honnêtement , comme nous lisons et do saint Jean-Baptiste et de saint Etienne. Mais c'était afin de les mettre en terre , pour les laisser jusqu'au jour de la résurrection , et non pas les colloquer en vue des hotfimes , pour s'agenouiller devant.
Jamais celte nrnlheureuse pompe de les canoniser n'a été introduite en Téglise , jusqu'à ce que tout a été perverti , et comme profané , partie * par la bètlse des prélats et pasteurs , partie par leur avarice y jlartîe nu'ils né pouvaient résister à' la coutume , depuis qu'elle était reçue \ et aussi que le peuple cherchait d'être abusé , s'adonnant
3a8 TRAITÉ
plulol à folies puériles., qu'à la vraie adoration de Dieu.Pouctam, ce qui a été. mal commencé , et mis sus contre toute raison, deyrait être totale-^ ment,ahattu, qui voudrait droitement corriger Tabus. ]V|ais si on pe peut venir du premier conp à cette intelligence, pour le moins, que Ton ei^ vienne, à Tautre ^ et qu'on ouvre les yeux , pour discerner quelles sont les reliques qu'on pré-> sente.
Or , ceU n'est pas difficile à voir à quiconque y voudra entendre \ car , entre tant d^ mensonges si patens , comme je les ai produits , où est--ce qu'on choisira une vraie relique , de laquelle on ' se puisse tenir certain ? Davantage., ce n'est rien de ce que j'en ai touché , au prix de ce qui en reste. Même cependant qu'on imprimait ce livret , on m'a averti M'ùn troisième prépuce de Notre» Seigneur , qui se montre à Hildesheim , dont je n'avais fait nullemeAt mention. S y en a une infi-. liité de semblables. Finalement, la Visitation dé^ couvrirait encore cent fois plus que tout ce qui s'en peut dire.
Ainsi, que chacun à sou endroit s'avise de ne se laisser à son escient traîner comme une bête , pour errer à tra.vers champs , sans qu'il puisse apercevoir , ni voie , ni sentier , pour avoir quelque sure adresse.
Il me souvient de ce que fai vu faire aux mariliousets de notre paroisse , étani petit enfant. Quand la fête de saint Etienne venait , on paraît au9si biw de chapeaux et affîquets les images des
tyrans qui le lapidaielit (car ainsi les appelle-t^ on en commun langage) , comme la sienne. Les pauvres faunes , voyant les tyrans ainsi en ordre, les prenaient pour compagnons du saint , et chacun avait sa cliandeUc ^ qui plus est , cela se faisait bien au diable , comme à saint Michel.
Ainsi en est-il des reliques ^ tout y est si brouille et confus , qu'on ne saurait adorer les os d'un martyr , qu'on ne soit en danger d'adorer les os de quelque brigand ou larron , ou bien d'un âne , ou d*un chien ou d'un cheval. On ne saurait adorer un anneau de Notre-Dame , ou un sien peigne ou ceinture , qu'on ne soit en danger d'adorer les^ bagues de quelque paillarde.
Pourtant , se garde du danger qui voudra , car nul d'orénavant ne pourra prétendre excuse d'i-
gnorance.