FIN DU TRAITÉ DES RELIQUES
PAR UABBÉ DE CORDEMOY,
Débarrasse des inutilîtës et des lenteurs , mais oonseryé
dans le texte original.
CjR trs^vé,^ été publié en TannséQ 1719 >,<dédié àfM. Bosî: ^èduseiHer du roi. Nous Tavons abrégé sans en ally^^^ au
livre de Calvin. On ne s'en douterait pas. — Mais nous avons pensé qu on. nous saurait bpu
•L*lfi-fl
gré d avoir mis cet extrait à la suite du petit chef-d'œuvre de Calvin.
§ 1*\ Ce quon entend par les ReKques.
^ L^ÉGLisE donne génënilement le nom de ReU" qnes à tout ce qui nous reste des saints après leur mort. Elle regarde les corps des saints , coitatnc ayant été les temples du Saint-Esprit , et ses victimes par le martyre ou pat la pénitence. Ainsi rhonneur , cpi'elle veut que nous Icfur rendions dans celte vue , retourne à Dieu même.
Si Faflfection que hous avons pout Une personne qui nous a fait du bien , s'étiend à tout ce qui nods reste d^elle après sa mort, peut -on trouver étrange que nous honorions les reliques des saints ? Us ont affermi notre foi , ou par leurs doctes écrits , ou par l'effusion de leur sang \. et tous nous ont laissé des exemples admirables de vertu. D'ailleurs , comme le remarque saint Clirysostoxne , rien ne nous excite davantage à les imiter, que la vue de leurs corps. Dieu, dît ce grand docteur , nous les veut laisser , afin qu'ayant toujours devant les yeux ces saînirs dé-
pouilles , nous nous animions ^ la pratique des ^ ' vertus qui les olit consacrées.
Comment n aurions-nous pas de la vénération pour ceux que Dieu a lui-même honorés par des miracles, avant et aprj^s leur mort? C'est ce que rÉci^ture neuf apprend en divers endroits, comme nous Talions voir.
§ II. Dieu a honoré les saints par des miracles.
Commençons par FaBci^Ei testament. Élie se coucha sur le corps d*un enfant qui venait de mourir , et le rendit vivant à sa mère. Son disciple Élizée, ressuscita de la mém« manière le fils d'une autre veuve. H reçut ensuite avec une çx- \ tréme joie le manteau que lui laissa tomiber Élie , lorsqu'il fut enlevé dans un char de feu. ^ C'était pour. Élizée , dit saint Chryso^loaie , im
^ héritage plus précieux que tout Tôt du moaAe*
Et, comme il avait vu que ce prophète, pour
< . traverser le Jourdain à pied $ec^&k avaât aéf^té
* les eaux avec ce manteau > il fit aussi Ik même
chose.
Mais ce qui arriva après sa mort m'avait pœnt
encore eu d'exemple. Le seul attouehemeDt de
* ses os rendit la vie à un homme , qui fut jefeé pat
hasard dans son tomheau ; et l'Écriture nous dit
la-dessus que le corps mort d'Elizée prophétisa.
Saint Cyrille de Jérusalem enseigne pourquoi
f les corps des saints doivent être respectés : c afin
dit-il , qu'on n'honore pas seulement leur kvEÊà ,
tuais qn on croie aussi qu^il reste dans leurs, corps une certaine vertu. »
Quand Vigilance osa parler des reliques aveo mépris , saint Jérôme lui dit , pour le confondre ; <( Si les os des moits souillent les personnes qui les touchent, comment Élizëe , tout mort qu'il ^tait, a-t-il pu ressusciter un mort? n
La terre , sur laquelle marchait ce prophète , parut si vénérable à Naamaa (qu'il avait guéri de la lèpre), que ce prince lui fit cette prière, avant que de retourner en Syrie : « Permetteamoi d'emporter la charge de deux mulets de cette terre. » Était-ce par un esprit de superstition qu'il parlait ainsi ? Non certainement : Que voulaitr-il donc faire du peu de terre , qu'il demandait avec tant d'instance ? £^ élever dans son pays un autel , où il pût sacrifier au vrai Dieu qu'adorait Élizée. Lorsque Théodoret CYamine cet endroit de l'Écriture , il appelle Naaman un h^mme admirable. No« réformés n'auraient garde d'en parler de même.
Si nous ouvrons FEvangile , nous y trouvcms d^abord qu'une femme, malade depuis douze années d'une perte de sang , entendit parler de Jésus ; qu'elle vint derrière hii au travers du peuple , en disant , si je puis seulement toucher le bord de sa robe , je serai guérie ; qu'elle le toucha \ et qu'elle fut guérie A l'instant même. Les pères de l'Eglise , qui ont parlé de cette fetnme , admirent sa foi. Ib la pr(^sent même
Si6 TRAITE
aux chrétiens , comnic un exemple , qu iU cIdI-^
yenl imiter.
Quand les habitans de Génézareth surent que Jésus-Christ était chez eux , « ils envoyèrent dans tout le pays d'alentour , et lui présentèrent tous les malades , le priant qu'il leur permit* de tou-^ cher seulement le bord de sa robe ; et tous ceux qui le touchèrent furent guéris. » Si nos prétendus réformés eussent vécu de ce temps-là , ils se fussent bien gardés de faire la même chose ^ car voici ce que dit Calvin sur cet endroit de rÉvangile. « Il y a sqpparence que ces gens étaient enveloppés de quelque superstition quand ih restreignaient la grâce du Christ à Tattouchement de sa i*obe. Pour le moins , ils le dépouillaient d'une partie de son honneur, vu qu'ils n'espéraient point de sentir aucun secours de sa vertu par sa simple parole. Mais lui , de peur d'éteindre le lin fumant, s'accommode à leur rudesse (i). »
Ainsi Calvin ne se contente pas d'accuser de superstition ceux de Génézareth , il vent encore que Jésus-Christ , la sainteté même, les ait soutenus dans ce mal.
Nous lisons, dans les actes des apôtres, que fort peu de temps après l'ascension de Notre-Seigneur^ K le nombre desi fidèles s'augmentait de plus en, plus : de sorte qu'ils apportaient les malades dans les rues , et les mettaient sur des lils , afin que lorsque Pierre passerait , son ohibre couvrit au
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(i) Commenla'we sw Vharmonie <Ies c^'angiici , etc«
DES JlFXÎQUES. 33^
Inoins qùolqu un d'eux , et qu'ils fussent guérk de leurs infirmités. Calvin se fâche encore de ce que les catholiques se serrent de cet endroit de récri-^ ture pour justifier la conduite de Féglise sur les reliques. « Je réponds^ dit^-il^ que de tout ce que saint Luc raconte avoir été fait par dçs gens rudes et ignorans de la vraie foi , il ne s^ensuit pasqu^il le faille affirmer être du tout bon et droit. Cslv voici à quoi tendent les papistes, c'est que le monde étant détourné de Christ, ait son recours aux saints, n Ces premiers fidèles ignoraient la vraie foi ! Le peut'-on croire de gens que les apôtres mêmes venaient d'instruire ?
Enfin nous trouvons dans les actes des apôtres ^ que « Dieu faisait des niiracles si extraordinaires par les iliains de Paul , que Ton portait même le» mouchoirs et les tabliers , qui avaient touché à son corps , sur les malades ; et qu'ils étaient guéris. » Cet endroit marque avec évideifce que la coutume , qu'ont les catholiques de faire toucher ^ pour les malades , des linges ou d'autres chosei» aux reliques des saints , est aussi ancienne que l'église , et que le grand saint Paul l'a approuvée, en se laissant ainsi toucher. Calvin redouble ici contr'eux sa colère, a Tant plus , dit - il , se montrent ridicules les papistes , qui s'aident de ce passage , pour faire valoir leurs reliques : comme si Paul avait fait valoir ces couvre-chefs , afin que les gens les baisassent en son honneur par dévo^ tion , comme en la papauté on adore les souliers de saint François , la ceinture de sainte Rose , le
peigné de sainte Marguerite , et tels autres fatras... Ces invectives tombent d'elles-mêmes, lorsque Téglise catholique déclare qu'elle ne rend k aucune créature Fadoration qui n'est due qu'à Dieu ; et qu'elle ne respecte les corps des saints, que parce qu'ils ont été les temples du Saint- Esprit.
§. III. Que les premiers fidèles aidaient beaucoup de respect pour les reliques.
On ferait un gros volume , si l'on voulait rapporter toutes les preuves de cette vérité. D suffira de mettre ici les plus considérables.
Lorsque saint Ignace d'Antioche eut soufièrt la mort à Rome , pour Jésus-Christ , les actes de son martyre nous apprennent que ses os , recueillis avec respect par les fidèles , furent portés à Antioche, et déposés dans l'église, comme un trésor inestimable.
Douze ans après, Adrien fit mourir, à Tivoli, la bienheureuse Symphorose et les sept fils qu'elle avait. «Le sang de ces généreux martyrs, dit leur histoire , éteignit pour quelques mois la persécution. De sorte que les chrétiens employèrent ce temps de paix à rendre à leurs sacrées reliques , l'honneur qui leur était dû. »
La fameuse lettre que les fidèles de Smyme écrivirent à l'église du Pont sur le martyre de saint Polycarpe leur évéque , marque la même chose à regard de ce qui leur resta de son corps ,
après qu'il eut été brûlé. Us racontent d'abord de quelle manière cet homme admirable endura le martyre. Ensuite ils ajoutent :
« Le démon fit tant que les chrétiens ne puw rent avoir le corps de ce grand saint , quoiqu'ils » souhaitassent de pouvoir enlever ce trésor \ et » que plusieurs se fussent déjà mis en devoir de » le retirer du bûcher. » Le proconsul refusa » ces précieux restes aux chrétiens , sous pré- )) texte qu'ils devaient abandonner le culte du cru- » cîfié , pour mettre Polycarpe en sa place , s'ils » pouvaient avoir ses reliques. »
Voilà ce qu'on tache aussi, dans la nouvelle réforme, de faire croire des catholiques , afin de les rendre plus odieux. On y dit à tout moment qu'ils détournent les peuples de Jésus-Christ , pour les
porter à recourir aux saints.
Mais il répondent , avec les fidèles de Smyme :
» Pouvons-nous ne plus reconnaître Jésus-Christ,
» après ce qu'il a souffert pour nous ? D ne nous est
D point permis d'offrir à un autre Dieu nos prières
» et nos vœux. Car , bien que nous honorions les
» martyrs , et les autres fidèles serviteurs de Je-
» sus-Christ , nous n'adorons que le fils unique de
» Dieu ^ et nous ne rendons qu'à lui les honneurs
» divins. »
Quand Saturnin, premier évèque de Toulouse,
eut été mis en pièces par un taureau , auquel on
l'avait attaché, (c deux femmes, surmontant la fai-
» blesse de leur sexe, et méprisant, à l'exemple de
» leur saint pasteur, les supplices où elles s'ex-
M posiiieut. .. deACcndirent sou corps dans une fosse )) profonde, songeant moins a lui dresser un tom- » beau , qu'à dérober ses précieuses dépouilles à » la haine sacrilège des païens. « Elles demeuré- » re|itquel({ue temps inconnues aux hommes sous » un simple gazon, mais connues de Dieu ethfmO' » rées des anges , )U8<{u*à ce que saint Hilaire dé- )i couvrit ce trésor. Mais , n'osant toucher à ces » reliques sacrées , il les couvrit de terre , pour » ne les pas laisser exposées à la profanation des » infidèles , et fit élever dessus une petite cha- » pelle. D
Les protestans doivent être bien confus d'entendre ce que Prudence, cet excellent poëte chrétien, rapporte sur les honneurs qu'on rendait aux reliques de saint Hippolyte, prêtre de l'église de Rome. Lorsque le gouverneur, devant qui l'on présenta ce vénérable vieillard à Ostie , apprit son nom , il dit : Qu'il soit, comme Hippolyte, fils de Théséç, trainé et mis en pièces par les chevaux* Ce cruel arrêt est exécuté sur le champ; et ces animaux, effrayés des clameurs que poussent les forêts, l'emportent au travers des rochers et des forêts... Cependant ses amis le suivent. On uoh les uns ranutsser dans le pan de leurs robes f ses membres dispersés. Les autres emportent le sable imbibé de son sang^ afin qu'il ne reste liendfi cetteprécieuse rosée sur une terre profane, ((Après que cette pieuse » troupe a recueilli toutes les parties du corps d'Hip- » polyte , elle pense à lui chercher un tombeau. » Prudence poursuit sa narration en ces termes :
« Les sacrées dépouilles de celle grande àme sont » renfermées dans Ube châsse d'argent massif.
)> Parlerai-je du prodigieux concours de monde » qui s y fait cliacpie jour ? Dès que le soleil parait, » le peuple s'y rend en foule, pour prier. Et » qtLand le soleil se retire, on voit encore ce lieu » sacré rempli de ceux qui vont y porter leurs » vœux. . . Pendant que les uns baisent avec respect » le métal qui renferme les sains ossemens , les au- » très répandent des parfums^ ou des larmes. »
Saint Chrisostômè marquait grand empressement d'aller à Rome , pour y voir les reliqnçs de saint Paul. « Qui me donnera , disait-il, efem- » brasser le corps de Paul , de m'attacher à son » tombeau j deregarder la poussière de ce corps, » qui répandait en tout lieu la semence de Tévangile...« « Je voudrais voir le tombeau, où sont » renfermés ces membres qui furent le temple » du Saint-Esprit. Ce corps et celui de Pierre , » font la défense de Rome, »
Nous lisons dans les Actes du martyre dé saint Cyprien, qu'après que le proconsul d'Afrique l'eut condamné à perdre la tête , les fidèles jetèrent des linges autour de lui, pour recueillir son sang.
On bâtit bientôt après deux basiliques, sous le nom de ce saint martyr : l'une dans l'endroit où il répandît son sang pour Jésus-Christ , et l'autre dans celui où il fut inhumé.
Justin, gouverneur de la Thracc, fit mourir, en 3o4 j saint Philippe, évoque d'Héracléc, avec un diacre qu'on nommait Hermès ; le démon lui in-
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spira de faire jeter dans FHébre les reliques sacrées de ces saints martyrs. Maïs quelques personnes, animées d'uiie pitié généreuse , prirent des rets , montèrent sur une barque et se rendirent à Tendroit où on les avaient jetées. Dieu récompensa leur charité , en poussant dans leur filet les corps dés deux saints. Aussitôt ^ces heureux pécheurs, plus satisfaits de leur pèche que s'ils avaient trouvé de For et des perles, regagnèrent le bord et furent cacher leur prise à douze milles de la ville.
Les fidèles de la Cilicie eurent grand soin de recueillir les corps de Taraque , de Probe et d' Andronic, qui moururent en 3o4 pour la foi. Le gouverneur de la province fit mêler leurs restes avec les corps des gladiateurs. « Ainsi , disent les i> fidèles de Qlicie, dans leur relation, nous nous )) mimes à genoux pour demander à Dieu qu'il » nous montrât les reliques des saints martyrs, • . )i Et dans le même temps , il tomba du ciel un )» globe de lumière qui se posa sur leurs corps. » Nous les enlevâmes donc avec une joie que nous i> ne saurions exprimer. »
Saint Chrisostôme fait Véloge de sainte Dom- 2iine et de ses deux filles , Bérénice et Prodosçe , qui eurent le courage de se noyer elles-mêmes , pour ne se pas exposer à Finsolence des bourreaux. « Ne vous sentez-vous pas à présent tout remplis d'amour et de respect pour la mère et pour les filles , dit-il ? Profitons de ces momens de ferveur, et allons nous prosterner devant leurs reliques ; es châsses des martyrs , et leurs os sacrés ont la
vertu d'attirer les grâces et les bénédictioiis du ciel sur ceux qui les révèrent. »
Saint Grégoire de Nysse appelle le tombeau du saint martyr Théodore « une source de grâces et de secours contre les ennemis du salut. Celui à qui Ton permet de prendre de la poussière , qui est au pied du tombeau, ajoute-t-il, la ramasse avec respect , l'emporte avec joie , et la serre soigneusement, n croit posséder un trésor dans ce peu de terre \ car de toucher aux reliques mêmes, c'est une faveur singulière qu'on accorde à peu de personnes. Ceux à qui un semblable bonheur est arrivé savent combien il leur a fallu employer de prières , et marquer d'empressement pour l'obtenir.
• « Alors , continue Grégoire de Nysse , ils embrassent se corps sacré , comme s'il était vivant. Us le baisent avec respect, ils le contemplent avec avidité ; ils en portent quelque partie à leurs yeux, à leurs oreilles , à tous leurs sens. Ensuite ils s'adressent à lui , comme s'ils le voyaient ^ ils le prient , ils répandent des larmes pour le toucher ; ils lui demandent son intercession ^ ils le conjurent de se rendre auprès de Dieu leur avocat et leur protecteur. »
Tout ceci doit paraître bien étrange au peuple protestant , à qui les ministres cachent , autant qu'ils peuvent , les sentimens et les coutumes de la plus sainte antiquité.
Nous voyons que saint Âmbrolse parle comme les pères qu'on vient de citer. C'est dans le dis-