TR4ITÉ
cours qa il fit k la fête des saints martjrs Kazaire et Celse , qui répandiréitt leur sang pour la foi , aoas Tempire de Néron. « Le peuple de chaque irille , dilri) , se trouTe heureux et se rqjouit , lors^ qu'il possède au moins les reliques d'un seul mar«« tjr. Nous au contraire , nous en avons d'un fort grand nombre, Cest avec raison que les enfans de Téglise célèbrent la gloire des bienheureux martjrs..«.. Honorons-les.
a Si vous me dites : Qu Honorez-vous dans une chair déjà réduite en poudre , et pour laquelle Dieu n'a plus de soin ? Je vous répondrai ^ par le prophète } Le Seigneur garde leurs os , et pas un ne sera brisé (i), »
Saint Astère , évèque d'Amasée en Gippadoce , commence ainsi le panégyrique du saint martyr Fbocas ; « En entrant aujourd'hui dans oe temple^ que )a piété des fidèles a élevé au bienheureux Phocas 9 je jae rappelle lout Ce que la tradition a conservé des actions de ce aaint martyr. Je me représeMe vai jardinier, qui des fruits dont li^ tçrre paie libéralement son travail , entretient sa famille ^ et assiste les pauvres. Je le considère comme Vhonneur de ces rivages , Fange tutélaire de la Méditerranée, comme un grand saint, commie
nu confesseur de Jésus-ChHst, L'ancienne
Tille de Synope , notre voi^ne , fut sa patrie...*^, {1 se pjhésenta lui-même à la mort. On lui coupa la tête , et il fut offert à Dieu , par les anges , comncie une hostie d'agréable odeur.
(f) Psfiamç 33.
« Depuis ce jour , l'église le reconnaît comme une des principales colonnes qui la soutiennent. Elle le révère comme un martyr de grande dis* tînction. Toutes les villes , toutes les provinces , envoient leurs habitans à son tombeau^ et tous les chemins sont couverts de ceux qui lui vont offrir dès vœux. De tous les temples qui lui sontdédiél, le plus superbe , comme le plus fameux , est celui qui possède son sacré corps. Etes-vous dans YbÎ-^ fliction? Allez à Phocas, il vous consolera. Etesvous infirme , accablé de maux ? Visitez le tom-* beam de Phocas ^ vous y trouverez la santé. »
Théôdoret décrit en peu de mots la manière dont on reçut à Constantinople le corps de saint Jean Chrisostâme , qui était mort en exil, a Lorsque les reliques de ce grand docteur furent transférées dans la ville impériale , la met devint comme une terre ferme , par la multitude des barques. Le peuple fidèle, avec des flambeaux , couvrit toute Feutrée du Bosphore , du côté de la Propontide. Celui qui tient à présent Tempire (i) , et qtii fait revivre en sa personne le nom et la haute piété de son aïeul , donna ce trésor à Constantinople. Il approcha même les yeux et le front de la châsse du saint y le priant de vouloir pardonner à son père et à sa mère Tinjustice qu'il lui avaient faîte par imprudence. )i
Nous voyons dans Thistoire de sainte Pélagie , qui avait été une fameuse courtisane , les mêmes
(l) Thëodose le jeune.
honneurs rendus à ses reliques. « Après sa mort , dit un auteur contemporain , son corps fut mis avec grande vénération sur un drap d'or , enrichi de pierreries. Mais comme on voulut la frotter avec de la myrrhe , on reconnut que c^étàit une femme.... Le bruit s^en étant aussitôt répandu de toutes parts , tous les monastères de vierges vinrent avec ' des cierges allumés , en chantant des hymnes ; et les reliques de Pélagie furent portées dans Téglise de Jérusalem. »
Les anciens fidèles voulaient encore avoir des reliques sur eux y principalement dans leurs voyages. c( Je vous recommande , disait saint Augustin à un évéque de ses amis , les dignes servantes de Dieu, Galle et Simplice sa .fille, inférieure à sa mère par Fâge , mais au-dessus d'elle par la sainteté de son état , puisqu'elle a consacré sa virginité à Jésus-Christ , au lieu que sa mère ne lui a consacré que sa viduité. Ces dames portent avec elles des reliques du très-glorieux martyr saint Etienne. »
Plusieurs catholiques imitent encore la piété de ces dames.
§ IV. Qu'on ékyfoit des autels sur les tombeaux
des martyrs.
Nous avons déjà vu quel empressement on avait de recueillir les corps ou les cendres des martyrs , comme des choses qui étaient plus précieuses que Tor et les perles.
On les mettait ensuite dana des châsses magni-
ficpies ; et pour leur faire encore plus d'honneur, on élevait sur leurs tombeaux des autels , pour y célébrer les divins mystères. Il parait même que cette coutume venait de ce que marque saint Jean dans Tapocaljpse, qu'il vit sous Tautel les âmes de ceux qui étaient morts pour la parole de Dieu.
<c Lorsqu^on eut mis , dit Prudence , le corps de saint Hyppolyte , dans une grotte auprès de Rome , on éleva sur son tombeau un autel. »
Prudence rapporte ailleurs qu on posa les os de saint Vincent , diacre, sous un autel ; et que Dieu voulut ainsi partager son trône avec lui sur la terre , comme il Tavait déjà partagé dans le ciel. Les conciles d'Afrique défendirent de dresser aucun autel, sans y mettre des reliques. C'est pourquoi saint Ambroise , pressé de faire la dédicace de l'église qu'il avait bâtie à Milan, répondit qu'il n'y manquerait pas, s^il en trouvait quelques-unes. Et, quand il eut découvert les tombeaux de saint Gervais et de saint Protais, il les fit transporter avec beaucoup de céi*émonie , dans cette nouvelle basilique.
Saint Odon , abbé de Cluny , nous apprend que le comte Saint Géraud fit bâtir une belle église à Aurillac , et qu'il eut soin do faire mettre sous les autels les reliques qu'il avait apportées de Rome et d'autres endroits d'Italie.
Ecoutons saint Augustin sur le culte que l'église rend aux saints Martyrs , « Nous honorons ^ » dit-il , les martyrs, de ce culte d'amour, dont les » saints qui sont encore sur terre , sont honorés.
)> Mais nous avons d'autant plus de dévotion pour )> eux , que leur salut est plus en sâreté depuis » qu'ils sont sortis du comltôt. Cependant nous » n'hbuorons , et n enseignons d'honorer que Dieu )» séiil , de té bulte que les Grecs appellent latrie j M et qui lOLeist proprement dû qti^à la Diviliitë. D Et , comine Foblation du sacrifice n'appartient r> qu'à ce culte , nous né l'offrons , ni ne commaù- )) dons de ToOrir à aucuh martyr , à aucune âme » sainte , tli ilième à aucun attge.
§. V. Suite.
Ce qù6 salut 5ëMme écrit contre Tigilance, fait bieû voir encore l'égarement de nos réformés. Cet impie disait d'un air railleur aux catholiques : « Quelle nécesc;ité y a-t-il que vous honoriez , et que tous adoriez même ce je ne sais quoi , que TOUS portez avec tant de respect dans un petit vase ? Pourquoi baisez-vous , en l'adorant , de la poussière enveloppée dans un linge ? Nous voyons presque les mêmes cérémonies des païens îûtrodtutes dans Téglise , sous prétexte dé religion. » Vigilance avait aussi la témérité à\j(pe\er les câtholi^es , idolâtres ; et les protestais , qui renouvellent ses erreurs , nous douïièïit tons lès jours le même nom.
Mais la réponse dé saint Jérôme à cet héréti« qtie les doit couvrir de honte. « Vigilàhcfe , dït-îl y est fâché qu'on mette sur les reliques des martyrs un voile précieux. Il voudrait qu'on les envelop-
pàt de haillons , ou qu'on les jetât dans un fumier^ O tête insensée! Nous honorons les reliques des martyrs : mais nous adorons celui dont ils sont les martyrs.... »
Si la manière dont saint Jél*ômc combattait Vigilance était invincible , elle Test bien davantage à regard de nos réformés, puisquVn plus grand nombre de siècles autorise la doctrine et la coutume de Téglise sur la vénération des reliques^ Et certainement il faut être bien hardi , ou bien aveugle , ppur s'opposer à Tune et à l'autre.
A l'égard des cierges ^ que cet hérétique trouvait mauvais qu'on allumât devant les tombeaux des martyrs , et dont se moquent encore les protestans , voici ce que répliquait saint Jérôme : « Ceux qui allument des cierges pour honorer les
» martyrs en ont la récompense selon leur foi
» Quand la çhçisç se faisait pour les idoles, il la fal- 9 lait détester : quand elle se fait pour les mar- » tyic^ 9 il 1^ fsuit recevoir.
Ces conséquences ont paru si dures au fameux Pierre du Moulin , qu'il a pris le parti de dire qu'on devait garder avec honneur les reliques des saints y « Notre différend j dit ce ministre , n'est pas s'il faut garder ai^ec honneur les reliques des si^g^s , ou si leur sépulture doit être en lieu dér cent f et leur mémoire honorable. Car , si nous visitons avec une curiosité louable les sépulcres des anciens empereurs païens et personnages célèbres, ou en vertu militaire , ou en savoir , combien plus verrions nous volontiers les tombeaux des apôtres ? mais il ne faut pas les adorer. »
35o TRAITE
§. YI. De la vraie croix ^ et delà terre du saint
sépulcre.
Une des plui considérables choses qui soient arrivées au commencement du IV siècle, est l'invention de la vraie croix.
Sainte Hélène, convaincue par des miracles qu'elle Tavait trouvée , fit élever sur le tombeau ' de Notrè-^ignéur une église magnifique , où elle laissa dans une boîte d'argent une portion de la vraie croix. «Chaque année, dit saint Paulin, vers » la fête de Pâques , Tévêque de Jérusalem la faî- » sait adorer à son peuple , après l'avoir adorée » le premier. Les pèlerins regardaient comme une » grâce signalée , d*en pouvoir obtenir quelque » particule* »
Nos réformés , bien loin de se réjouir de tels présens, n'en auraieût que du mépris. Ceux de qui nous avons i^çu la foi pensaient d'une autre manière, (c Car avec quelle ardeur^ dit saint Chrisostôme , souhaite-t'On et avoir du bois où le corps de Jésus-Christ fut attaché / Ce bois était autrefois ime marque de supplice et d'infamie : mais celui qui a tout fait Va élevé au-dessus des cieux. n Cet empressement des chrétiens à se munir de quelques parcelles de la vraie croix , faisait dire à saint Cyrille de Jérusalem , que l'univers en était presque tout rempli , quoiqu'il n'y eut alors que fort peu de temps qu'on eut découvert une chose si précieuse.
DES REUQUES. 35i
Quand sainte Hélène en eut envoyé un morceau à Tempereur son fils, il eut soin de le faire mettre au bas de sa statue , qui était dans la place de Constantinople , persuadé que la uiUe , où Von conserverait ce sacré dépôt , serait in\nncible.
Saint Ambroise ajoute que cette sainte femme envoya encore à l'empereur un diadème , où le peu de la vraie croix , qu'elle y fut attacher, i^alait mieux , que toutes les pierreries dont elle l'avait enrichi. « De sorte , ditcepèrq , qu'elle mit la croix de Jésus-Christ sur la tête des rois , iifin qiiéUe y fùl adorée en leurs personnes... »
Les rois de Jérusalem faisaient porter à la guerre ce saint étendard, pour donner du courage à leurs troupes et de la terreur aux infidèles qu'ils allaient combattre.
Saint Louis se rendait tous les ans, le vendredi saint, dans la chapelle qu'il avait fait bâtira Paris , pour y mettre les reliques que Baudouin II , empereur de O)nstantinople , lui avait envoyées.
Là, revêtu des habits royaux et la couronne en tète , il exposait lui-même la s^raie croix à la vénération du peuple. Ensuite, la tète et les pieds nus, sans ceinture et sans épée , il se prosternait et priait quelque temps. Puis , marchant sur les gey noux , il s'arrêtait un moment, et priait encore. Enfin il s'approchait de la croix*, et, après avoir prié pour la troisième fois , il la baisait avec une humiUté profonde i et se retirait les yeux baissés.
Il n'est pas étonnant qu'on eût tant de respect
pour la croix de Jëaua-Christ, pUisqu on en tskkr^ quait même beaucoup pour la terre de son lom-* beau.U suffira d'en donner une preuve tirée de saini Augustin, ci Le tribun He«périus , qui est parmi nous^ dit ce grand homme, a une métairie dans le territoire de Fussales , où , comme il eut reconnu que les espriu malins tourmentaient ses bestiaux et ses esclaves , il pria no» prêtres , en mon absence , que quelqu'un d'eult y allât pour les cbasser par ses oraisons. Il y en alla un , qui offrit le sacrifice du corps de Jésus^Chrisi, et aussitôt elle cessa par la miséricorde de Dieu. Or Hes^ périus avait reçu d'un de ses amis un peu de la terre s€tinte de Jérusalem, où Jésus-Christ- fut enterré , et ressuscita le troisième jour, et rainait suspendue dans sa cliambre , pour se garantir lui* même des insvMes du démon. Mais, quand sa maison en fut délivrée , il pensa ce qu'il ferait de cette terre , que , par respect , il ne voulait plus garder dans sa chambre. Il nous fit prier d'aller chez lui , et après nous avoir fait le récit de tout ce qui s'était passé , il nous pria de vouloir enfouir cette terre en quelque endroit , où les chrétiens se pussent assembler , pour célébrer le service divin. Nous y consentîmes \ et la chose se fit. Sur cette nouvelle , un jeune paysan paralytique conjura ses parens de le porter , sans différer , dans ce saint lieu , où il ne fut pas plutôt q^t'il s'en retourna , de son pied , parfaitement guéri j après avoir fait son oraison ».
Pwr achever de convaincre le parti protestant ,
DES REUQUES. 353
SHT la Ténération des reliques , il faut encore lui rapporter quelques miracles authentiques faits k leur occasion.
§ VU. Des miraddsfaits par les saintes reliques.
Saint Ajigustin assure qu'il faudrait plusieurs volumes, si Ton voulait décrire toutes les merveilles ai^ivées par les seules reliques du premier martyr saint Etienne. U choisit les plus propres à fermer la bouche de ceux qui prétendaient qu'il ne se faisait plus de miracles.
a L'évéque Project, dit-il, apporta quelques reliques du glorieux martyr saint Etienne à Tibilis ; et Ton vit un grand concours de peuple à cette châsse. Une femme aveugle, de ces quartiers, pria qu'on la conduisit à l'évéque qui tenait ce sacré dépôt. Elle donna des fleurs j pour les y faire toucher ; et conmie on les lui eut rendues, elle les ma sur ses yeux , et vit aussitôt.
» Le fils d'un certain Irénée , collecteur des tailles , mourut à Hippone. Mais , lorsqu'on se préparait à ses funérailles , un des amis de cet homme lui dit défaire frotter le corps de son fils avec de l'huile du saint martyr : on le fit , et Te/ifant ressuscita....
» Voici encore , poursuit ce père , un miracle si éclatant, que je ne crois pas qu'il y ait personne à Hippone, qui ne l'ait vu , ou qui n'en ait entendu parler. Dix enfEuis , sept frères , et trois soeurs , nés à Césaréc en Cappadoce , et d'assez bonne fa- III. a3
mille , ayant été maudits par leur mère pour quelque outrage qu*ila lui firent , après la mort de leur père , furefit miraculeusement frappés d'un horrible tremblement de tous leurs membres ] maïs comme ils ne purent souffrir la confusion qu'ils en recevaient dans leur pays , ils s'en allèrent chacun de leur côté , errant par tout Fempire romain. Il en vint deux à Hippone y un gar* çon et une fille , qu'on nommait Paul et Palladie \ déjà fameux par leur disgrâce en beaucoup d'endroits. Us y vinrent avant Pâques , et visitaient tous les jours l'é^se , où il y avait des reliques du martyr saint Etienne , priant Dieu d'apaiser sa colère i et de leur rendre leur première santé. Le jour même de Pâques, dans le temps que lo jeune homme tenait les barreaux du lieu où étaient ces • reliques , il toftiba tout d'un coup , et resta par terre ccmune endormi , sans néanmoins trembler, comme il avait coutume, mémo en dormant. Qtielques-uns le voulurent relever, mais d'autres les en empéchèi^nt , et disaient qu'il fallait attendre l'issue , lorsqu'il se releva sur ses pieds , entièrement guéri. Toute l'église retentit de grands cris de joie; et l'on courut vivement â moi, pour me le dire... Le troisième jour d'après le dimanche de Pâques. . ., comme on eut achevé de lire la relation de ce miracle , on entendit de nouvelles acclamations , qui venaient du totnbeau de saint Etienne. Toute l'assistance se tournant aussitôt de ce côté-li , y courut. Car la jeune fiUe était allée â la châsse du saint martyr ,
DES REUQUE5. 35S
pomr faire ses piières ^ et dès qu'elle en eut touché les barreaux , elle tomba comme son frère ^ et se vele%fa parfaitement saine.... v
Ces miracles et beaucoup d'autres , ont paru si certains à Grotius, qu il les a mis entre les preuve» incontestables de la vérité du christianisme.
Saint Augustin parle ailleurs d'un aveugle qui fut guéri par les reliques des saints martyrt , Gervais et Protais. « C'était un homme de Milan , aveugle depuis bien des années, et connu de toute la ville. Comme il s'aperçut du bruit qui se faisait parmi le peuple , et qui marquait un çujet extraordinaire de joie, il en demanda la cause. Il la sut , et se fit mener aussitôt où étaient les corps de ces martyrs ; à peine eut-il porté i ses yeux le linge qu^on lui permit de faire toucher au brancard qui soutenait leurs reliques^ que la vue lui fut rendue.^ u
Mais tout cela ne plait point aux ministres, qui en- voient les fiàcheuses conséquences. Aussi veulent-ils persuader à leurs peuples , ou que le saint évéque de Milan fut séduit par le démon , ou qu'il n'était lui-même qu'un imposteur.
Saint Jean l'aumônier , que ses vertus avaient élevé sur le siège patriarcal d'Alexandrie , re« tourna vers la fin de ses jours dans l'ile de.Cliypre^ et mourut à Amathonte qui était le lieu de sa naissance, a Alors, dit l'auteur de sa vie , pour lui cendre les honneurs qu'on lui devait , un fort grand nombre de prêtres accompagnèrent son corps jusques dans la chapelle du saint évéque
Tjcône 5 et Ton y vît arriver ce miracle : Il y avait dans le tombeau, où Ton voulait le mettre y deux saints évèques qui étaient morts long-temps auparavant , mais qui lui rendirent le même honneur que s^ils eussent encore vécu.... Car révérant les mérites de cet illustre patriarche , et son pouvoir dans le ciel , ils se retirèrent chacun de leur côté^ par tordre de Dieu y pour lui faire place au milieu deux* Ce prodige n'a pas été vu seulement d'une , de dix , ou de cent personnes j mais de toute cette grande multitude qui s'était assemblée à ses funérailles. »
$ VIII. Que les Prétendus Réformés ont unité les
paXens.
On a déjà vu que les gouverneurs pidTens ordonnaient souvent de brûler ou de jeter dans la mer les corps des martyrs , pour empêcher les fidèles de les honorer. Théodoret marque qu-entre les excès de fureur que les idolâtres commirent sous Julien Tapostat , ils rompirent k Sebaste la chasse de saint Jean-Baptiste , en tirèrent les reliques , les brûlèrent , et jetèrent les cendres au vent. Saint Grégoire de Nazianze leur réproche la même chose. Ils ont , dit-il , brûlé les re- Ifques des saints , et les ont jetées au vent , pour les priver de Thonneur qui leur était dû.
Il ne faut pas s'étonner que les plus grands ennemis de notre religion en usassent ainsi. Mais que des gens , qui portent le nom de chrétiens ,
aient suivi leur exemple , en profanant les sacrées dépouilles de ceux que la pénitence ou le martyre a sanctifiés , c'est ce qu'on ne peut comprendre, et c'est néanmoins ce que firent nos réformés, au commencement de leur schisme. Ils n'épargnèrent parmème les reliques de saint Irenée à Lyon , de saint Hilaire à Poitiers , et de saint Martin à Tours , c'est-à-dire , des trois plus illustres évèques qu'ait eus la France. Ils rompirent leurs châsses avec indignité, et jetèrent au loin leurs précieux restes.
Ils n'eurent pas moins d^emportement en Angleterre. Larrey rapporte les outrages que fit Henri VIII aux os et à la mémoire de saint Thomas de Cantorbéry. Ce prince , dit-il , ne voulut pas qu'il restât la moindre trace de la vénération que les siècles précédens avaient eue pour im si indigne sujet. Ce fiit pour cela que , non content d'en faire briser lâchasse et brûler les os , il en Jit encore Ôter la fêle dans tous les bréi^iaires du rojaunie.
Peut-on s'imaginer que les siècles précédens , qui ont eu de la vénération pour saint Thomas de Cantorbéry, se soient trompés? Quoi ! Henri II , qui fit pénitence sur le tombeau de ce martyr , pour avoir donné occasion à sa mort , était dans l'erreur? Quoi ! Louis VH, roi de France , y était aussi , lorsqu'il fut demander sur le même toml>eau la guérison de Philippe-Auguste son fils , et c[u'il Tobtint? C'est ce qu'il faut dire , si M. Larxey a pu l'appeler un sujet indigne.
C'est dommage pour la nouvelle réforme que Larrey n ait pas fait aussi l'histoire des iconoclastes ; il n'eût pas manqué de louer l'empereur Constantin Copronyme , de ce qu'avec les images des saints, il avait encore attaqué leurs précieu5es reliques. Il eût raconté , comme une belle action de ce prince , qu'il fit jeter dans la mer la châsse de sainte Euphémie^ dont le corps était eu si grande vénération à Calcédoine. Cependant, selon toutes les apparences, il n'eût pas ajouté que Dieu, pour confondre une telle impiété , voulut que les vents conduisissent ce sacré dépôt dans Vile de Liemnos , où les fidèles , qui le reçurent avec respect, le cachèrent, jusqu'à ce qu'on le reportât dans son temple, par l'ordre de l'impératrice Irène.
Voyons à présent ce que les ministres nous objectent de plus fort, contre la vénération des reliques. Ils disent que Dieu ne voulut pas que les Israélites sussent l'endroit où Moïse fut enterré , de peur qu'ils ne rendissent à son corps des honneurs divins. Ainsi, concluent-ils , le respect que l'église romaine porte aux reliques , est fort dangereux , au moins pour les ignorans.
Mais ont- ils oublié, que ce peuple grossier avait toujours un extrême penchant à l'idolâtrie ? En effet , s'il adora le veau d'or , que n'eût-il pas marqué à l'égard du corps de Moïse , qui avait iait à sa vue tant de prodiges dans le désert? Ce fut aussi , comme nous l'apprend saint Jude , le sujet de la contestation que l'archange saint Aliohel eut avec le diable. Cet esprit malin vou-
lait , pour engager les Israélites dans Tidolâtrie , qu on enterrât Moïse publiquement. Saint Midiel au contraire lui résista , et fit que le corps de ce grand homme fut mis dans un lieu qn^ils ne pussent connaître. Mais cela condamne-t-il Thoi»neur que nous rendons aux saintes reliques?
Point du tout : car ce culte est au-dessous de celui qui n'est dû qu'à Dieu. D'ailleurs les prophètes ont prédit que le Sauveur du monde détruirait l'empire du démon, c'est-à-dire, l'idolâtrie; et cet Homme-Dieu promet lui-même à son église , que les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle.
(( Dieu , continuent le^ ministres , rendit la vie à un mort par l'attouchement des os du prophète Elizée. Mais on ne lit pas qu'on les ait tirés de terre pour les exposer à la vénération du peuple. Bien loin de cela , Isaïe , au chap. i4 9 verset 19, et Jérémie , au chapitre 22 , verset ig , mettent entre les menaces et les malédictions de Dieu de n'être point enterré. Comment donc la chose est - elle présentement en honneur ? Pourquoi ôte-t-on les os des saints du lieu de leur repos ? Pourquoi les met-on en vue ? »
Mais il n'est parlé ici que de deux princes, que la vengeance divine prive de sépulture, à cause de leurs crimes. En effet , c'est du roi de Babylone , qu'Isaïe dit : a Tous les rois des nations sont morts avec gloire ; et chacun d'eux a son tombeau. Mais pour toi , lu as été jeté loin de ton sépulcre, comme un tronc innlile. »
36o TRAITÉ
Voici le passage de Jërémie : « C'est ce que » ilit le Seigneur à Joakim, fils de Josias , roi de » Juda. On ne le pleurera point, en disant: Ak ! )) frère malheureux! Ah! sœur malheureuse ! On M ne le plaindra point, en criant : Ah! prince dé- D plorahle ! grandeur bientôt finie \ Sa sépuhure » sera comme celle d*un âne mort : on le jetera )» fjoul pouri hors des portes, de Jérusalem. »
D'ailleurs les cadavres de ceux qui mouraient chez les Juifs , comme dit saint Basile , étaient en horreur. Si quelqu'un , au contraire , souffre h. mort pour le nom de Jésus-Christ, ses religues sont précieuses* Dans Fancienne loi, il était dît aux prêtres et aux Nazaréens , qu'ils ne se souilleraient sur aucun mort, et que , si l'on touchait i un cadavre , on serait impur. Mais à présent , celui qui touche aux os d'un martyr , participe en quelque façon à sa sainteté , à cause de la grâce qui réside dans son corps.
Quelque saintes que fussent donc les personnes mortes sous la loi dé Moïse, leurs corps étaient regardés comme impurs , parce qu'avant que Jésus-Christ fut entré dans le ciel , elles ne pouvaient jouir de la gloire 5 et c'est pour cela qu'on ne rendait aucun honneur à leurs reliques. Mais présentement qu'elles sont bienheureuses, l'Eglise respecte leurs corps comme ceux des martyrs , ou des autres saints de la nouvelle lot. Ainsi l'empereur Arcade fit transporter avec beaucoup de magnificence , de la Judée dans ht Thrace, les os du prophète Samuel.
DES RELIQUES. 36i
Les ministres font encore quelques objections qui ne sont que de pures chicanes , et qui tombent d'elles-mêmes. Comme ils ne peuvent nier , que dans les temps les plus saints et les plus éclairés , on n'ait eu beaucoup de vénération pour les reliques , leur dernier retranchement est de dire qu'il y en a de fausses , et qu'ainsi il vaut mieux n'en respecter aucune, que de pouvoir être trompé.
Par la même raison , il ne faudrait croire aucun miracle , parce qu'il y en a de faux ; ni recevoir même aucun livre de l'écriture , parce qu'il y en a d'apocryphes et de supposés.
Il est difficile que les protestans , qui voudront lire avec attention ce petit ouvrage ^ n'en soient touchés. Fasse le ciel qu'ils reviennent à l'unique troupeau de Jésus-Christ , et que tous ensemble nous lui puissions dire : « Seigneur ! qui opérez tant de merveilles par les reliques de vos saints , augmentez-en nous la foi de la résurrection ] et faites-nous participer à la gloire immortelle , dont nous respectons les précieux gages dans leurs cendres. -* Ainsi soit-il. »