BES
près colilme un globe partagé en trois zones. Lfs deux bouts sont bruns , le milieu est blanc , tirant sur le jaune ; elle pèse neuf onces ^ on lui attribue des propriétés admirables pour guérir diverses maladies , comme la peste , les pertes de sang , e^ autres (i).
RESTITUTE. —-Son corps était à Sora , au royamne 4e Naples. Dans une irruption des Sarrazins , sous le pape Léon IV, on le transporta à Romç^ de U an Tamena k Mareuil auprès d'Amiens. Mais le voyage ne devait pas se faire sans mirades. Le fils de Taubergiste , chez qui le pofi^ur des reUq[ues log^ k Florence , étant mort pendant la nuit f on lui fit toucher le corps de sainte Restil,ute , et aussitôt il ressuscita.
En traversa]|.t une petite campagne du Soîssonnais I qjx d4pQ^ un moment le cercueil de ta sainte^ dans un endroit où parut incontinent une fontaine miraculeuse ; on apporta en même temps un enfant mort-né qui recouvra tout d'un coup la vie ; et çoiupie on allait levc^ la chasse pour aller plus Içii^ , TenfanK^a d'une voix intelligible : an^étèi ici* lue s^ÎAt corps devint aussitôt tellem^it pesant^ qu'il fallut lui bâtir une église dans ce lieu même y qui s'est appelé ^rcjr à cause du cri de l'enfant. '
Nous ne dirions, pas si le corps de sainte Restitue y est toujours ; mais sa fontaine remet dans leur bon sens ceux qpi ont l'esprit aliéné (2).
(i) Bruzen de la Martipière, an mot Luoerne.
(2) L« père Giry , tpme I , page i445.
, SOLANGE , — vierge ji^rtyre , {^ferpi^^ du IJKirry. SpQ histoire e$t ime x:;o£ie a^e^ .gaufJbe de la légende de sainte Gepevièye. l^e fait4g^ lement le beau^ ^emp$ e^ Ja pj^jûe.
Un jour , deux hommes qui menaient une vie déréglée osèrent se présenter po.yi,r porter sa châsse^ n leur fut impossible de reinuer la sainte.
En i63i , un des porteurs de la cbàsse s'élant mis à julrer , le brancard s^appesantit sur son épaule , si bien qu'il se sentit près d'être écrasé. Il se hâta de demander pardon à Dieu et à la sainte \ et peu à peu il reprit la faculté de continuer sa marche.
Le père Giry conte qu*en i635 , un calviniste se raillant des prière qu'on faisait en portant les sacrés ossemens de Solange pour avoir delà pluie, la sainte ferma incontinent la bouche de l'impie en faisant pleuvoir^
URSULE. "^Supplément à f article, -^ Sainte Avoye, l'une des compagnes de sainte Ursule ^ afiit des corps à Paris et ailleurs. Elle apparut autrefois à quelques bonnes gens de Pleumelec au diocèse de Vannes , et s'arrêta au bord de la mer sur une pierre qui a fait depuis des miracles. On vénère aussi dans le voisinage une fontaine sanctifiée par sainte Avoye. Lorsqu'un enfant ne peut pas marcher , on le pose sur cette pierre , qui est creuse par le milieu ; on le plonge ensuite dans la fontaine : on assure que cçtte cérémonie l'affermît $ur ses jambes.
aSo . URS
On révérait aussi saitite Avoje à Meulan , jçu elle était pareillement invoquée pouf les enfans privés de la faculté de marcher , et pour la conversion des pécheurs endurcis (i).
,(i) Le père Girj > tome I , page i3^6.
¥19 DU ftOPFLÉICBlIT.
OU
AVERTISSEMENT TRÈS-UTIÏiE
Du grand profit qui reviendrait à la chrétienté, s'il se faisait inventaire de tous les corps saints ^et re* liques , qui sont tant en Italie qu'en France, à\lù-%
" magne, Espagne, et autres roya^^ni^et p^ys.
PAR JEAN CALVIIÏ.
Il II ■ ■•■■« li'i I i< w
« Les corps des saints martyrs et des autres saints qui «oui aveo Jésus-Christ , doivent être révérés par les fidèles , Dieu iaisant beaucoup de bien aux hommes par le moyen de leurs reliques ; et ceux qui soutiennent qu'il ne faut ni révérer ni honorer les reliques des saints , et qui disent que les reliques et les images ne portent aucun secours aux chrétiens, doivent être damnés expressément , comme l'église les a toujours damnés depuis long- temps , et les damne encore aujourd'hui. »
Décret du concile de Trente,
G>miiie il est déVenu impossible de se procurer aucune édition du Traité des Reliques ^ que lés ^li^iertiil reckereheW avec tfmt de i^oln , nolis ayons crU faire plaisir au lecteur en le réimprimant ici.
Nous ne ferons ni Texamen , ni Tapologie de ce pptît chef-^^'oku^re.^Le kc^tei^ en sentira tout le mérite.
! D'àilleiùrs ïioils Farons déjà cpijilojé > en trà^ grande piraptie, dan»' les diyer» «rtidei» du dictionjsMàie. Mai» Aotts- f énadns qctM àiiâera à pouvoir le lire àë éii)lef cff dats toute la pufeté du tetie , où nous n'ayoQ^ çofirigé que des fautes de typographie , éf aes ^Ôinà estropies. On s*est permis encore d'Adoucir Torthographe de cpielques vieux motsv
Saiht Augustir , au livre qu'il a intitulé Du labmirde^ moines , se complaiguaiit d'aucuns por-* leurs de rogatons , cpii d^à de son temps exer^ çaient foire vilaine et déshonnète , portant çà et là des reliques de martyrs , igoute , yoire si ce sont reliques de martyrs».», par lequel mot il signifie que dès lors il se commettait de Fabus et tromperie , en faisant accroire au simple peuple q]ae des os recueillis çà et là étaient os de saints. Puisque Forigine de cet. abus est si ancienne , il. ne faut douler qu'il n ait bien été multiplié , cependant, par si long temps. Même vu que le monde s'est merveilleusement corrompu depuis ce temps-là, et qu'il est décliné toujours en em« pirant, jusqu'à ce qu'il est venu en l'extrémité » où nous le Yojpns»
Or le premier vice , et comme racine du mal , a été , qu'au lieu de chercber Jésus-Gbrist en sa parole , en ses sacremens et en ses grâces spirituelles , le mondé , selon sa coutume , s'est amusé à ses robes, chemises et drsq>eaux : et en ce £aiswt^ja lai^é le priiuîipal , pour suivre l'accessoire. Semblablemçnt a-t-ilfait des apàtres , mar-
a54 TRAITÉ
tyrs et autres saints* Car au lieu de méditer leur vie , pour suivre leur exemple , il a mis toute son étude à contempler et tenir comme en trésor leurs os , chemises , ceintures , bonnets et semblables fatras.
Je sais bien que cela à quelque espèce et couleur de bonne dévotion et zèle , quand on allègue qu'on garde les reliques^ de Jésus -Christ pour l'honneur qu'on lui porte , et pour en avoir meilleure mémoire , et pareillement des saints. Mais il fallait considérer ce que dit saitit Pàtd : Que ' tout service de Dieu inventé en la tête de rhomme, quelque apparence de sagesse qu'il ait , n'est que vanité et folie , s'il n'a meilleur fondement et plus certain que notre semblant. Outre pliis , il fallait contrepeser le profit qui en peut venir avec le danger : et en ce faisant , il se fût trouvé que c'était une chose bien peu utile , ou du tout superflue et frivole , que d'avoir ainsi des reliquaires ; au contraire qu'il est bien difficile , ou du tout impossible que de là on ne décline petit à petit à idolâtrie. Car on ne se peut tenir de les regarder ' et manier sans les honorer ; et en les honorant , il n'y a nulle mesure qu'incontinent on ne leut attribue l'honneur qui était dû à Jésus-Christ. Ainsi , pour dire en bref ce qui en est , la con« voitise d'avoir des reliques n'est quasi jamais sans superstition*, et qui pis est, elle est mère d'idolâtrie^ laquelle est ordinairement conjointe avec.
Chacun confesse que ce qui a ému Notré-Seîfueur à cacher le corps de Moïse , a été de p«ur '
que le peuple dlsraël en abusât enFadorant (i). Or , il convient étendre ce qui a été fait en un saint à tous les autres , yn que c'est une même raison. Mais encore que nous laissions là les saints , avisons ce que dit saint Paul de Jésus- Chrisl même. Car il proteste de ne le connaître plus selon la chair, après sa résurrection , adrno-» nestant par ces mots que tout ce qui est charnel en Jésus-Christ se doit oublier et mettre en arrière^ afin d'employer et mettre toute notre affection à le chercher, et posséder selon l'esprit. Maintenant donc, de prétendre que c'est une belle chose d'avoir quelque mémorial tant de lui que des saints , pour nous inciter à dévotion : qu'est-ce sinon une fausse couverture, pour farder notre folle cupidité qui n'est fondée en nulle raison ? Et même quand il semblerait avis que cette raison fut suffisante , puis qu'elle répugne apertement k ce que le saint Esprit a prononcé par la bouche de saint Paul , que voulons-nous plus ? Combien qu'il n'est là métier de faire longue dispute sur. ce point : à savoir s'il est bon ou mauvais d'avoir des reliques , pour les garder seulement comn^e choses précieuses , sans les adorer. Car ainsi que nous avons dit, l'expériencemontre que l'un n'est presque jamais sansl'autre.
il est bien vrai que saint Ambroise (2)^ par-
(i) Genèse , chapr 34 9 p. 5.
(3) En Toraison de la mort d« Thf^odotiui^
i56 TRAITÉ
lant d?Hélène , mère de Cpnstantin empereur , làquelle avec grande peine et gros dépens , chercha la croix dé Notre-Seigneur , dit qu elle n'adora sinon le Seigneur qui y avait été pendu , et non pas le bois. Mais c^est une chose bien rare, d'avoir le cœur adonné à quelques reliques que ce soit^ qu on ne se contamine et pollue , quant et quant , de quelque superstition.
Je confesse qu'on ne vient pas du premier coup à idolâtrie manifeste , mais petit à petit on vient d'un abus à l'autre , jusqu'à ce qu'on trébuche en l'extrémité. Tant y a que le peuple qui se dît chrétien est venu jusque-là , qu'il a^ pleinement idolâtré eu cet endroit , autant que firent jamais païens. Car on s'est prosterné et agenouillé devant les reliques , tout ainsi que devant Dieu : on leur a allumé torches et chandelles , en signe d'honimage ; on y a mis sa fiance ^ on a là eu son recours , comme si la vertu et la grâce de Dieu y eût été enclose. Si l'idolâtrie n'est sinon transférer l'honneur de Dieu ailleurs , nierons-nous que cela ne soit idolâtrie ?
Et ne faut excuser que ça été un zèle désor* donné de quelques rudes et idiots, ou de simples femmes. Car ça été un désordre général , approuvé de ceux qui avaient le gouvernement et conduite de l'église : et même on a colloque les os des morts , et toutes autres reliques sur le grand autel, au lieu le plus haut et le plus éminent, pour les faire adorer plus authentiquement. Voilà donc comme la folle curiosité qu'on a eue du commencement
DES REUQUES. ^57
à faire trésor de reliq[ues , est venu en cette abomination toute ouverte, que non^-seulement on s*est détourné du tout de Dieu , pour s'amUser à choses corruptibles et vaines (i) , mais que par sacrilège exécrable , on a adoré les créatures mortes et insensibles , au lieu du seul Dieu vivant.
Or comme un mal n^est jamais seul , qu'iV n^en attire un auta^e : ce malbeur est survenu depuis qu'on a reçu pour reliques , tant de Jésus-*Christ que de ses saints , je ne^sais quelles ordures, ou il n'y a raison ni pi^opos : et que le monde a été ai aveuglé, que quelque titre qn^on imposât à chaque fatras (^u on lui présentait , il Ta reçu sans jugement ni inquisition aucune. Ainsi quelque os d'àne ou de ehien , que le premier moqueur ait voulu mettre en avant pour os de martyr , on n*a point fait difficulté de le recevoir bien dévotement. Autan^cm a-t<-il été de tout le reste , comme il sera traité ci-après.
De ma part , je ne doute^pas que ce n^ait été une juste punition de Dieùé Car puisqu^ le monde était enragé après les reliques , pour en abuser en superstition perverse , c'était bien raison que Dieu permit qu'après un mensonge un autre suri^nt. C'est ainsi qu'il a accoutumé de se venger du déshonneur qui est fait à son nom, quand on transporte sa gloire ailleurs. Pourtant, par ce qu'il y a tant de fausses reliques et controuvéeç , tout
(i) Pauli ad Rom, , cap. aS.
^58 TRArrÉ
ceta n*est Tenu d'autre cause , sinon que Dieu m permis que le monde fût doublement trompé et déchu, puisqu'il aimait tromperie et mensonge»
G^était l'office des chrétiens de laisser les
corps dies saints en leur sépulcre, pour obéir à
cette sentence universelle , que tout homme est
poudre et retournera en poudre (i); non pas de
les élever en pompe et somptuosité pour faire
une résurrection devant le temps. Cela n'a pas été
entendu *, mais au contraire, contre l'ordonnance
de Dieu , on a déterré les corps des fidèles, pour
les magnifier en gloire , au lieu qu'ils devaient
être en leur couche et lieu de repos , en attendant
lé dernier jour. On a appété de le savoir^ et on a là
xnis sa fiance : on les a adorés , on leur a fait tous
signes de révérence. Et qu'en est-il advenu ? Le
diable , voyant telle stupidité , ne s'est point tenu
content d'avoir déchu le monde en une sorte,
mais a mis en avant cette autre déception , de
donner titres de reliques des saints à ce qui étaiit
du tout profane. Et Dieu par sa vengeance a ôté
sens et esprit aux crédules : tellement que sans
enquérir plus outre , ils ont accepté tout ce qu'on
leur présentait , sans distinguer entre le blanc ou
le noir.
Or, pour le présent , mon intention n'est pas de traiter quelle abomination c'est d'abuser des reliques , tant de Notre-Seîgneur que des saints , en telle sorte qu'on a fait jusqu'à cette heure , et
(i) Ge/iése, chap. S, 14.
DES REUQUES. %5g
eomme <m fait en la plupart de la chrétienté. Car îl faudrait un livre propre pour déduire cette matière \ mais pour ce que c'est une chose notoire que la plupart des reliques qu'on montre partout sont fausses , et ont été mises en avant par moqueries , qui ont impudemment abusé le pauvre monde , je me suis avisé d'en dii*e quelque chose, afin de donner occasion à un chacun d'y penser et prendre garde.
Car quelquefois nous approuvons une chose à Fétourdie, d'autant que notre esprit est préoccupé : tellement que nous ne prenons le loisir d'examiner ce qui en est, pour asseoir bon et droit jugement, et ainsi nous faillons par faute d'avis. Mais quand on nous avertit , nous commençons à y penser » et sommes tous ébahis comment nous avons été si faciles et légers à croire ce qui n'était nullement probable. Ainsi en est-il advenu en cet endroit. Car 9 par faute d'avertissement , chacun étant préoccupé de ce qu'il oit dire : voilà le corps d'un tel saint, voilà ses souliers , voilà ses chausses , se laisse persuader que ainsi est. Mais quand j'aurai remontré évidenmient la fraude qui s'y commet , qai(X>nqne aura un peu de prudence et raison , ouvrira lors les yeux , et se mettra à considérer ce qoi jamais ne lui était venu en pensée. Combien que }e ne puis pas faire en ce livret ce que je voudrais bien : car il serait besoin d'avoir registres de toutes parts , pour savoir quelles reliques on dit qu'il y a en chacun lieu , afin d'en faire comparaison. Et alors on connaîtrait que chaque apôtre
a6o . TRAfTÉ
aurait plus de q;iMilre corps (i), et chiifaa auiit pour le moyis deux ou trois : autant -en. scamii4t de tout le reste. Bref » quand on aurait tout ajOEutili eu un moiiceaa, fl n*y aurait celui qui. ne flt étonné , voyant U moquerie tant sotte et loorje , laquelle néanmoins a pu aveni^r touie la terre.
Je pensais que , puisqu'il n'y a si pe^ 4^|ise cathédrale qui n ait comme uxie fourmilière 4^oss6« mens, et autres tels menus fatras, que teraiiH^ si on assemblait toute la multitude de deux oa trois mille évèchés , de vingt ou tKM» n^iHe ^^yes , de plus de quarante mille couveMs , de tant d'églises peroj^riales et de chapelles ?
Biais encore le prindpal serait de les yistleor st non pas nommer seulement. Car on 9e les cqimtlt point toutes i nommer. En cette tiUe (G^i^ire), on
avait, ce disaitp-09 , le tempspiissé, un hra^ de «fakl Antoine. Quand il âait enâiàssé, <m le baisait et adorait : quand on le mit en atant, on trowra que c'était le membre d'un cerf.
n y A^ait, au grand autel, de la cerrelle de saint Pierre. Pendant qu'elle était en chisse , on n'en faisait nul doute ; car c'eût été un blasphème dt ne s'en fier au billet. Mais quand on épluchai k nid, et qu'on y regarda de plus près, on y tfottva que c'était une pierre ponc^
Je pourrais- réciter beaucoup de scmbUMei exemples \ mais ceux-ci suffiront, pour donner i entendre combien on découvrirait d'ordure, si on
■*— *i»* ■! |ii m il I I , ,. ,
(i) Hs en ont bica daTantage. Vojvti leor» articks^
Des REUQUES. a6x
faisait une fois une bonne Visitation universelle 3e toutes les relises d'Europe : voire avec prudence, pour savoir discerner.
Gir plusieurs /en regardant un relicptaire fer* ment les yeux par superstiti<m , afin , en voyant, de ne voir goutte : c'èsl-à-dire , ^'ils n'osent pas jeter IVsil à bon escient /pour considérer ce que c'est. Ainsi que plusieurs , qui se vantent d'avoir vu le corpa de saint Claude tout entier (i), ou d'un autre uml , jjlojêI jamais eu cette hardiesse dé lever la vue pour regarder ce que c'était. Mais celui qui aurait la liberté de voir le secret , et l'audace d'en user, eu saurait bi^i à dire autrement. Autant en est-il de la tête de la Madelaîne , qu'oi¥ montre près de Marseille , avec le morceau de pâte ou de cire attacbée sur l'œil. On eo fait un trésor, comme si c'était un IKeu descendu du ciel : mais si on en faisait l'examen (a) , on trouverait clairement la fourbe.
Ce éerait donc uae cbose à désirer que d'avoir certitude dé toutes les fariboles qu'on tient çà et la pour relii|Eies : ou bien , au moins , d'en avoir «n registre et dénombrement, pour montrer combien fl y en a de fausses. Mais puisqu'il n'est possible de ce faire, je souhaiterais d'avoir seulement l'inventaire de dix ou douze villes : comme de Paris, Toulouse, Reims, Poitiers. Quand je
(i) Il fut brûlé par les ligueurs. Mais on publia ensuite qu'on Ta Tait retrouvé , et on fit réaértr quelques ossemens* n était A Genève et aiUeurs.
(a) Quelques-uns prétendent- que ce n'étai( qu^ une tête de «arlon..
2i62 TRAITÉ
n^aurais que cela, si verrait-on encore de mëi^ veilleuses garennes : ou pour le moins , ce serait une boutique bien confuse. Et est un souhait que j'ai accoutumé de faire souvent, que de pouvoir recouvrer un tel répertoire. Toutefois pour ce que cela me serait aussi trop diflScile , j'ai pensé à la fin qu'il valait mieux donner ce petit avertissement qui s'ensuit, afin de réveiller ceux qui dorment , et les faire penser ce que peut être du total , quand en une bien petite portion , il se trouve tant à redire. J'entends, quand on aura trouvé tant de mensonge en ce que je nommerai des reliquaires, qui n'est pas à peu près la millième partie de tout ce qui s'en montre : que pourrat-on estimer du reste ? Davantage , s'il appert manifestement que celles qu'on a tenues pour les plus certaines ayent été frauduleusement controuvées , que pourra-t-on penser des plus douteuses ?
Et plût à Dieu que les princes chrétiens pensassent un peu à cela. *Gar leur office serait de ne permettre point leurs pauvres sujets être ainsi séduits , non-seulement par fausse doctrine , mais visiblement, en leur faisant accroire que vessies de bélier sont lanterne , comme dit le proverbe. Car ils auront à rendre compte à Dieu de leur dissimulation , s'ils se taisent en le voyant : et leur sera une faute bien chèrelnent vendue , que d'avoir permis qu'on se moquât de Dieu , où ils pouvoient donner remède.
Quoi qu'il en soit , j'espère que ce petit traité servira à tous , donnant occasion à un chacun de
DES RELIQUES. i *(i3
penser en son endroit, à ce que le titre porte. Cest que si on avait- un rôle de toutes les reliques qui se trouvent au monde , on verrait clairement, combien on aurait été aveuglé par ci-devant et quelles ténèbres et stupidité il y autait eu par toute la terre.
De Jésus- Christ.
Commençons donc par Jésiis - Christ, duquel , pour ce qu'on ne pouvait dire qu'on eût le corps naturel (car du corps miraculeux, ils ont bien trouvé la façon de le forger , voire en tel nombre, et toutes et quantes fois que bon leur semblerait) , on a amassé au lieu mille autres fatras pour suppléer ce défaut. Combien encore qu'on n*a point laissé échapper le corps de Jésus- Christ,, sans en retenir quelque lopin. Car outre les dents et les cheveux , l'abbaye de Charroux , au diocèse de Poitiers , se vante d'avoir le prépuce : c'est-à-dire, la peau qui lui fut coupée à la circoncision. Je vous prie , d'où est ce que leur est venue cette peau ? L'évangéliste saint Luc réci le bien, que Notre-Seigneur Jésus a été circoncis (i) : mais que la peau ait été serrée , pour kl réserver en relique, il n'en fait point de mention ; toutes les histoires anciennes n'en disent mot. Et par l'espace de cinq cents ans , il n'en a jamais été parlé en l'église chrétienne. Où est-ce donc qu'elle était cachée , pour la retrouver si ioudainement? Davantage, comment eût-elle volé
(i) Luc, chap. a, 32.
jusquà Charroux? Mais pour le prouver ils disent qu'il en est tombé quelques gouttes de sang» Cela est leur dire , qui aurait métier de probation. Par quoi on voit bien que ce n'est qu'une moquerie.
Toutefois, encore que nous leur concédions que la peau qui fut coupée à Jésus-Christ , ait été gardée , et qu'elle puisse être ou là , ou ailleurs y, que dirons-nous du prépuce qui se montre à Rome, à Saint- Jean-de-Latran? Il est certain, que jamais il n'y en a eu qu'un. Il ne peut donc être à Rome et à Charroux tout ensemble. Ainsi voilà une fausseté toute manifeste (i).
Il y a puis après le sang, duquel il y a eu grands combats. Car plusieurs ont voulu dire qu'il ne se trouvait point de sang de Jésus-Christ , sinon miraculeux. Néanmoins il s'en montre de naturel en plus de cent lieux. En un lieu quelques gouttes, comme à la Rochelle en Poitou^ que recueillit Nicodème en son gant , comme ils disent. En d'autres lieux , des fioles pleines , comme à Mantoue , çt ailleurs. En d'autres k pleins gobelets, comme à Rome, à Saint-Eustajche. Même on ne s'est pas contenté d'avoii^ du sang simple , mais il a fallu en avoir mêlé avec l'eau , comme il saillait de son côté quand il fut percé en la croix. Cette marchandise se trouve en l'é^se de Saint-Jean-de-Latran à Rome. Je laisse le jugement à chacun quelle certitude on en
(i) Il y avait cinq ou six autres prépuces. Voyez Particle Jésus'Christ et le supplément.
DES RELIQUES. iSB
peut avoir , et même si ce n'est psis mensonge ikident , de dire que le sang de Jésus-Christ ait été trouvé sept ou huit cents ans après sa mort , pouf en répandre par tout le monde : vu qu^en Véglise ancienne jamais il n'en a été fait mention.
Il y a puis après ce qui attouche au corps de Notre-Seigneur , ou bien tout ce qu'ils ont pu ramasser pour faire reliques en sa mémoire ^ au lieu de son corps. Premièi^ment la crèche, en laquelle il fut posé à sa nativité , se montre à Rome en l'église de Notre-Oame-la-Majeure* La même^ en l'église Saint-^Paul » le drapeau dont il fut enveloppé ; combien qu'il y en a quelque lambeau i Saint-Salvador en Espagne. Son berceau est aussi*^ bien à Rome, avec la chemise que lui fit la vierge Marie sa mère. Item , en l'église Saint- Jacques à Rome , on montre l'autel sur lequel il fut posé au temple à sa présentation, comme s'il y eût eu lors plusieurs autels , ainsi qu'on en fait à la pa^ pauté tant qu'on veut. Ainsi eu cela ils mentent sans couleur,.
Voilà ce qu'ils ont eu pour le temps de l'enfance de Jisus-Christ. H n'est j à métier de disputer beaucoup où c^est qu'ils ont trouvé tout ce bagage, si long-temps depuis la mort de Jésu»*Christ. Gir il n'y a nul de si petit jugement qui né voie la folie. Par toute Vhisloire évangëlique , il n'y a pas un seul mot de ces choses « Du temps des apAtres jamais on n'en ouït parler. Environ cinquante ans après la mort de Jésus-Christ , Jérusalem fut saccagée et dé truite. Tant de docteurs anciens ont
a66 TRAITE
écrit depuis, faisant mention des choses qui étaient de leur temps , même de la croix et des clous , qu'Hélène trouva. De tout ce menu fatras ils n efi disent mot. Qui plus est , du temps de saint Grégoire , il n'est point question qu'il y eût rien de tout cela à Rome , comme on peut voir par ses écrits ; après la mort duquel, Rome a été plusieurs fois prise , pillée , et quasi du tout ruinée.
Quand tout cela sera considéré , que saurait-on dire autre chose , sinon que tout cela a été controuvé pour abuser le simple peuple ? Et de fait , les caffards , tant prêtres que moines , confessent bien qu'ainsi est , en les appelant pias fraudés y c'est-à-dire, des tromperies honnêtes, pour émouvoir le peuple à dévotion.
Il y a puis après les reliques qui appartiennent au temps qui est depuis l'enfance de Jésus- Christ jusqu'à sa mort \ entre lesquelles est la colonne où il était appuyé en disputant au temple, avec onze autres semblables du temple de Salomon. Je demande , qui leur a révélé que Jésus-Christ fut appuyé sur une colonne. Car Tévangéliste n'en parle point , en racontant l'histoire de cette dispute (i). Et n'est pas vraisemblable, qu'on lui donnât lieu comme à un prêcheur , vu qu'il n'était pas en estime , ni en autorité , ainsi qu'il appert. Outre plus , je demande , encore qu'il fut appuyé sur une colonne , comment est-ce qu'ils savaient que ce fut celle là. Tiercement d'où est-ce
(i) Voyez Luc , chap. 2.
qu'ils ont eu ces douze colonnes , qu'ils disent être du temple de Salomon ?
Il y a puis après les cruches , où était Feau que Jésus changea en vin, aux noces de Cana en Galilée , lesquelles Us appellent hydries.
Je voudrais bien savoir qui en a été le gardien par si long-temps, pour les distribuer. Car il nous faut toujours noter cela , quelles ont été trouvées < seulement huit cents ans , ou mille , après que le miracle a été fait. Je ne sais point tous les lieux • où on les montre. Je sais bien qu il y en a |l Pise , à Ravcnne, à Cluni , à Anvers , à Saint-Salvador, en Espagne. Mais sans en faire plus long propos , ' il est facile , par la vue seule , de les convaincre de mensonge. Car les uneç ne tiennent point plus de cinq quartes de vin , tout au plus haut , les .autres encore moins , et les autres tiennent environ un muid. Qu on accorde ces flûtes, si on peut, et lors je leur laisserai leurs hydries , sans leur en faire controverse.
Mais ils n'ont pas été contens . seulement du vaisseau , s'ils n'en avaient quant et quant le breuvage. Car à. Orléans ils se disent avoir du vin , lequel ils nomment de Tarchitriclin ,* car pour ce • que Tévangéliste saint Jean y récitant le miracle , . parle de l'architriclin , qui est à. dire maître d'h6- . tel 9 il leur a semblé que c'était le nom propre.de » l'époux : et entretiennent le peuple en cette bêtise. Une fois l'an , ils font lécher le bout d'une petite cuillère à ceux qui leur veulent apporter leur offrande , leur disant qu'ils leur donnent à
a68 TRAITE
boire du vin que Notre-Seignear fit au banquet. Et jamais la quantité ne s'en diminue y mo^jeennant qu'on remplisse bien le gobelet.
Je ne sais de quelle grandeur sont ses souliers^ qu'on dit être i Borne , au lieu nommé Sancta sanctorum , et s'il les a portés en son enfance ^ ou étant déjà bomme. Et qua»d tout est dit, autant Tant l'un que l'autre. Car ce que j'ai déjà dit, montre suffisamment quelle impudence c^est de produire maintenant les souliers de Jésus-Cbrist,, que les apôtres mêmes n'ont point eu de leur temps.
Venons à ce qui appartient à la cène dernière que Jésus-Cbrist fit avec ses apôtres. La table est à Rome à Saint-Jeannle-Latrail. Il y en a du pain à Saint-Salvador en Espagne. Le couteau , dont fut coupé l'agneau pascal , est à Trier (i).. Notezque Jésus-Christ était en un lieu emprunté, quand il fit la cène. En partant de là , il laissa la table, laquelle n'a jamais été retirée par les apôtres. Jérusalem quelque temps après fut détruite y. comme nous avons dit. Quelle apparence y a-t-il d'avoir trouvé cette table sept où huit cents ans après ?
Davantage ^ la forme des tables était lors tome autre qu^elle n est maintenant ; car on était couebé au repas , et non pas assis : ce qui est dit expresi^ sèment en l'Évangile. Le mensonge d<mc est trop^ patent. Et que faut-il de plus ?
(i) Trier est le Dom àHemand de Trêves,
DES REUQUES. 969
La coupe où il donna le sacrement de son sang h boire i ses apôtres, se montre à Notre-Dame de nie près de Lyon , et en Albigeois , en certain couvent d'Âugusdns. Auquel croîra-t-on ? Charles Kgonius , renommé historien de notre temps , au IX"*'. livre du royaxune d'Italie , dit que Tan i loi Baudouin 9 frère de Godefroy de Bouillon , deuxi^e roi de Jérusalem , assisté des Génois, se rendit maître de Césarée , ville de Syrie , et qu'entre le butin qu'eurent alors les Génois se trcaiva un vase ou coupe d'émeraucte, duquel cm tient , dit-il, que Jésus-Christ se servit en son dernier souper. <c Auâsi (ce sont ses mots) est » encore cette coupe aujourd'hui dévotement » comme telle gardée en la ville de Gènes. »
A ce compte, Notre-Seigneur aurait fait un banquet magnifique. Car de boire dan&un si précieux hanap , et n'avoir le reste à proportion , eût été aussi convenable , comme ce que l'on voit en quelques tableaux en la papauté , à savoir la vierge Marie peinte en femme ayant les cheveux éparpillés sur les épafules , vêtue d'une robe de drap d'or et montée sur un èsie , que Joseph mène par le licou. Que l'on coxisidère bien tout le texte des évangélistes.
Encore est-ce pis du plat où lîit mis l'agneau pascal : car il est à Rome > à GènesV et à Arles. Il faut dire que la coutume de ce tempes-là , était diveirae de k nâcre. Car au Ueu qu'oi) change suaBlenant de mets , pour un seul mets <m diangeait de plat. Voire , si on veut ajoutm! ioh k ces
i-jo TRAITÉ
saintes reliques , voudrait-on une fausseté plus patente ?
Autant en est-il du linceuil y duquel Jésus^ Christ torcha les pieds de ses apôtres , après les avoir lavés. Il y en a un à Rome à Saint-Jean-de^ Latran ; un autre à Aix en Allemagne , un a Saint-Corneille de Compiègne , avec le signe du pied de Judas. Il faut bien que Tun ou Tautre soit faux. Qu'en jugerons-nous donc ? laissons les débattre Fun contre l'autre , jusques à ce que l'une des parties ait vérifié son cas. Cependant , estimons que ce n'est que tromperie de vouloir faire accroire , que le drap que Jésus-Christ laissa au logis où il fit la cène , cinq ou six cents ans après la destruction de Jérusalem ^ soit volé ou en Italie ou en Allemagne^.
J'avais oublié le pain , dont miraculeusement furent repus les cinq mille hommes au désert^ duquel on montre une pièce à Rome en l'église Notre-Dame-Ia-Neuve , et quelque petit à Saintr- Salvador en Espagne. 11 est dit en l'écriture qu'il y eut quelque portion de manne réservée , pour souvenance que Dieu avait nourri miraculeuse-* ment le peuple d'Israël au désert. Mais les relie^B qui demeurèrent des cinq pains , l'évangile ne*dit point qu'il en fut rien réservé à telle fin , et n'y a nulle histoire ancienne qui en parle , ni aucun docteur de l'église. Il est donc facile de juger qu'on' a pétri depuis ce qu'on montre maintenant.
Autant en faut-il juger du rameau , qui est à Saint -Salvador en Espagne. Car ils disent que
cVst celui que tenait Jésus-Christ cpiand il entra en Jérusalem , le jour de Pâques fleuries. Or , l'Évangile ne dit pas qu'il en tînt , c'est donc une chose controuvée. Finalement, il faut mettre en ce rang une autre relique , qui se montre là même : c'est de la terre où Jcsus-Christ avait les pieds assis quand il ressuscita Lazare. . Je vous prie, qui est-ce qui avait si bien marqué la place, qu'après la destruction de Jérusalem , que tout était changé au pays de Judée , on ait pu adresser au lieu où ^Jésus-Christ avait une fois marc]ié? Il est temps de venir aux principales reliques de Notre-Seigneur. Ce sont celles qui appartiennetit à sa mort et passion. Et premièrement nous faut dire de sa croix en laquelle il fut pendu. Je sais qu'on tient pour certain, qu^elle fut trouvée par Hélène , mère de Constantin , empereur romain. Je sais aussi ce qu'ont écrit aucuns docteurs anciens, touchant l'approbation pour certi- 6er que la croix qu'elle trouva , était sans doute celle même en laquelle Jésus - Christ avait été pendu. De tout cela je m'en rapporte à ce <jui en est. Tant y a que ce fut une folle curiosité à elle ou une sotte dévotion et inconsidérée. Mais encore prenons le cas que c'eût été une oeuvre louable à elle de mettre peine à trouver la vraie croix , et que Notre-:Seîgneur déclara donc par miracle , que c'était celle qu elle trouva ; seulement considérons ce qui en est de notre temps. - On tient que cette croit , cpie trouva Hélène , est encore en Jérusalem, et de cela nul n'en doute.
Combien que Thisioire ecclésiastique y contredit notamment. Car il est la récite qu'Hélène en prit une partie pour envoyer à l'empereur son 61$ ^ lequel la mit à Gmstantinople , sur une colonne de porphyre , au milieu du marché : de Fautre partie , il est dît qu*elle Fenferma en un étui d^argent , et la bailla en garde à Tévèque de Jérusalem. Ainsi , ou nous arguerons Thistpire àt mensonge ; ou ce qu'on tient aujourdliui de U Traie croix est une opinion vajlne et frivole.
Or, avisons d'autre part combien il y en a de pièces par tout le monde ? Si j'en voulais réciter seulement ce que j'en pourrais dire , il y aurait un rôle pour remplir un livre entier. H n*y a si petite ville où il n^y en ait , non-seulemeni en ëgKse cathédrale , mais en quelques paroissefti Pareillement il B*y a si méchante abbaye , où. Tes n^en montre. Et en quelques lieux il y en a de bien gros édats ; comme à la Sainte-ChapeUe de Paris , et à Poitiers , et à Rome, où il y en a un crucifix assea grand , qui en est fait , comme Tom dit.^ Bref, si on voulait ramasser tout ce qui d'en est trouvée , iè y en aurait la charge d'un bon grand bateau.
Ij'ëvangïle testifie qne la eroix pouvait" être poptée d'un homme. Qudile audace donc a oe été , die remplir la terre de pièces de bois en telle quantité , que trois cents hommes ne les sauraient porter? Et de fait , ils ont forgé cette excuse , i|tte quelcpie chose qu' on en coupe , jamais elle n^'en dicn^t.
DES RELIQUES. âyj
Mais c est une bourde si sotte et lourde > que même les superstitieux la connaissent* Je laisse donc à penser guelle cerdtode on peut avmr de toutes les vraies croix cpi'on adore çà et U. Je laisse à dire d'où c'est que sont venues cectaines pi^es ) et par quel moyen les uns disent que ce quils en ont leur a été porté par les anges, les autres qu'il leur est tombé du ciel. Ceux de Poî« tiers racontent que ce qu'ils ea ont fut apporté par une demoiselle d'Hélène , laquelle Favait dé** robe , et conmie elle s'enfuyait , se trouva égarée auprès du Poitou. Us ajoutent à la fable qu'elle était boiteuse. VoiU les beaux fonden^ns qu^ils OBt pour persuader le pauyrp peuple à idolâtrer. Car ils n'ont pas été conteps de séduire et abus^ les simples , en montrant du bois conlmun au lieu du bois de la croix , mais ils ont résolu qu'il le fallait adorer , qui est une doctrine diabolique : et saint Ambroise nominéœent la réprouve , comme superstition de païens*
Après la croix, s'ensuit le ti^rc que fit mettre Pllate, où il avait écrit : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Mais il faudrait savoir et le lieu et le temps^ et comment c'est qu'on l'a trouvé. Quelqu'un me dira que Scîcrate , bistorien de l'église , en fait mémoire. Je te confesse *, mais il ne dit point ce qu il est devenu. Ainsi t% tém^gnage n'est pas die grande valeur. Davantage, ce fut une écriture faîte à la hâte, et sur-le-èbamp , après que Jésus* Christ fut crucifié. Pourtant , de montrer «n tableau curieusement fait , comme pour tenir en III. i8
montre , il n^j a nul propos. Ainsi , quand il nV en aurait qu'un seul , on le pourrait tenir pour une fausseté et fiction. Mais quand la ville de Toulouse se vante de Tavoir, et que ceux de Rome y contredisent , le montrant en Tëglise de Sainte- Croix, ilssedémententrun Taptre. Qu ils se combattent donc tant qu'ils voudront ^ en la fin toutes les deux parties seront convaincues de mensonge, quand on voudra examiner ce qui en est. -
Encore^y a-t-il plus grand combat des clous.
Je réciterai ceux qui sont venus à ma notice. Sur cela, il n'y aura si petit enfant qui ne juge que le diable s'est par trop moqué du monde , en lui ôtant sens et raison, pour ne pouvoir rien discerner en cet endroit* Si les anciens écrivains disent vrai, et nommément Tbéodorite, historien de Véglise ancienne (i) , Hélène en fit enclaver un au heaume de son fils ^ des deux autres , elle les mit au mors de son cheval. Combien que saint Ambroise ne dit pas du tout ainsi : car il dit que Tun fut mis â la couronne de Constantin ; de l'autre , le mors de son cheval, en fut fait ; le troisième , qu'Hélène le garda. Nous voyons qu'il y a d^à plus de douze cents ans que cela était en différent : ce que les clous étaient devenus , quelle certitude en peut-on donc avoir à présent ?
. Or, à Milan, ils se vantent d'avoir celui qui fut . Jk
(i) tiistor» iripart. lib, a.w
iDÈS RELIQUES. i^S
)^%é au mors du cheval de Constantin. Â quoi k Ville de Carpentras s'oppose , disant que c'est ^e qui Fa. Or , saint Ambroise ne dit pas que le clou fut attaché au mors , mais que le mors en fut fait 9 laqueUe chose ne se peut nullement accorder avec ce que disent tant ceux de Milan que ceux de Carpentras. Après , Û y en a un à Rome à Saint-Hélène ; un autre , là même, en Té- ^se Sainte-Croix ^ un autre à Sienne ^ un ajitre à Venise^ eii Allemagne .deux ; un à Cologne, aux trois Maries^ l'autre à Triers (i) ; en France lin à la Sainte-Chapelle de Paris, Tautre aux Carmes ^ un antre à Saint - Denis , un à Bourges ^ un à la Tenaille (2) , un à jbraguignan. En voilà quatorze de compte fait*
Chacun lieu allègue bonne approbation en son endroit , ce lui semblcv Tant y a que chacun a aussi bon droit que les autres^ Pourtant il n'y a Mieilleur moyen que de les faire passer tous sous un fideliùmv . C'est de réputer que tout ce qu'on en dit n'est que mensonge, puisqu'autrement on n'en peut venir à bout.
. S'ensuit le fer de la lance , qui ne pouvait être qu'un : mais il faut dire qu'il est passé par les forneaux de quelque alchimiste ^ car il s'est multiplié en quatre, sans ceux qui peuvent être cà et là , dont j/e n'ai point ouï parler. Il y en a un à
(1) Trêves. — Calvin n'indique que quatorze clous. Nous en •vons découvert davantage. Voydz Tarticie Clotu, (ï) Abbaye 4e Saintonge.
î»?^ TRAITÉ
Home , Taulpe à la Sainte'^-Chàpdle de Taris , lè troisièi^e en Tabbayè dé la Tenaille en Sàihtonge : le ^atriàmè à lâ Selve , près 'de Bordeaut. Lequel est-ce qu'on choisira maintenant pour vrai ? Pourtant , le plus court' c'est de les laisser tous quatre pour tels quMls sont. Mais encore , quand il n^jen aurait qu'un seul, si voudrais-je bien{ Savoir d'où il est venu ; car les histoires anciennes y ni aussi tous les autres écrits , n^en font nulle mention. Il faut donc qu'ils aient été forgés àlè nouveau.
Touchant la couronne d'épines, il faut dire que les pièces en ont été replantées pour reverdir : autrement , je ne sais comment elle pourrait être ainsi augmentée.
Pour un item , il y a là troisième portion en la Sainte-*Chapelle de Paris ; à Rome , en l'église Sainte-Croix , il j en a trois ^ines; et en l'église Saint-Ëustache de Rome même , quelque quantité : à Sienne , je ne sais quantes épine^ ^ î licence une ; à Bourges cinq ; à Besançon , en Téglise de Saint-Jean , trois ; à Mont-Royal trois ; â Saint-Salvador en Espagne , je ne sais combien \ à Saint-Jacques en Galice, dieux ; à Âlbi , trois ^ à Toulouse, à Màcon, à Charroux en Poitou, k Cléri , à Saint-Flour , à Saint-Maximin eh Pro^ vence , en Fabbaye de la Salle , en l'église paroissiale de Saint-Martin à Noyon ; en chacun de tous ces lieux il y en a pour le moins une.
Quand on aurait fait diligente inquisition , on en pourrait nommer plus de quatre fois autant* Né-
cessairement qn voit ou il y a là de la fausseté. Quelle fiance donc peut-on avoir ni*des unes ni des autres ? Avec ce , il est à noter qu^en toute Véglise ancienne , jamais on ne sut à parler ce que cette couronne était devenue. Par quoi il est aisé de conclure que la première plainte a commencé à jeter long -temps après la mort et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Il y a puis après la robe de pourpre , de laquelle Pilate yètit Notre-Seiçneur par dérision , d^ai^tan^ qu il s'était appelé roi. Or, c^était une robe précieuse , qui n'était pas pour jeter à Tabandœi : et ce n e§t pas à présumer que Pilate ou ses gens la laissassent perdre, après s'être moqués pour une fois de Notre-Seîgneur Jésus-Christ, ^e voudrais bien savoir qvû a été le marchand qui Ta^ chieta de Pilate, pour la garder en reliauaire. Et pour mieux colorer leur bourde, ils montrent quelques gouttes de san^ dessus, comme si les méchans eussent voulu ^àtçif une rdbe royale , en Ifi mettant pj|r risée sarle§ çpp^^es de Jésus-Christ.. Je ne s^s pas s'il y en a quelqu'une aussi kien ailleurs ( 1) \ mais de la robe qui était tissue 4^ haut en bas sans couture , sur laquelle .fut teté le sort> po^r ce qu'elle semblait j^us propre à émouvoir Içs sifQples i dévotion , il s'en est trouvas plusieurs ^ CijJf k Argefitettil^ près de Pafîs , il y en â une j et fi TfiçfSttp.aut]?e. Et si la bul^endle &fii|itr$alvadQC ^ l^spagoe 4it ynd , les chr^^ ^ par leur zâe
ajS TRAITÉ
inconsidéré , ont {ait pis ^e ne firent les geiK darmes incrédules ; car iceu:^ n^osèreut la déclii-i rer en pièces , mais , pour Tépargner , mîreut le $ort dessus ; et les chrétiens Tout dépecée pwxt l'adorer.
Mais encore , que répondront-ils au Turc , qui $e moque de leur folie , disai^t qu'elle est entre ses mains ? Combien quMl n'est jà métrer de les faire plaider contre le Turc ^ il suffit qu'entre eux ils vident leur débat. Cependant nous serons ex-^ cusés de ac croire ni l'un ni l'autre , de peur de favoriser à l'une des parties plus qu'à l'autre, sans connaissance de cause ] car cela serait contre toute raison. Qui plus est , s'ils veulent qu'on ajoute foi à leur dire, il est requis en premier lieu qu'ils sWcordent avec les évangélistes. Or est-il ainsi que cette robe , sur laquelle le sort fat jeté , était un saie , ou un hoqueton , que les Grecs appelent choeton , et les Latins tunica. Qu'on regarde si la robe d'Argenteuil , ou celle de Triers, ont telle forme. On trouvera que c'est comme une chasuble^ Ainsi , encore qu'ils crevassent les yeux aux gens , si connaitrait-én |eur fausseté en tâtant des mains.
Pour faire fin à cet article , je demi^ndcrai yo-. loiitiers une petite question : de ce que les gendarmes ont divisé entre eux les vÊtemens dé Jésus- Christ,' comme OEcriture témoigne^ il est certain c[ùe c'était pour îTeii servir à leur profit. Qu'ils me sachent à dîfe qui a été le chrétien qui -les ail rachetés des gendanpes , tant le saie que les aun
très tètemens , qui se montrent en d'autres lieux y comme à Rome en Téglise Sainl-EustAche , et ailleurs. G>mment est-ce que les ëvangélistes dnt oublié cela ? car c'est une chose absurde de dire que les gendarmes ont butiné ensemble les vètemens , sans ajouter qu'on les a^rachetés de leurs mains, pour en faire des reliques. Davantage, comment est-ce que tous ceux qui ont écrit an-^ ciennement, ont été si ingrats de n'en sonner mot ? Je leur donne terme à me répondre sur ces questions , quand les hommes n'auront plus sens ni entendement pour juger.
Le meilleur est qu'ayec la robe ils ont aussi bien voulu avoir les dés dont le sort fut jet^ par les gendarmes. L'un est k Triers , et deux autres à Saint-Salvador en Espagne. Or en cela ils 4>nt naïvement démontré leur ânerie, car les- ëvangélistes disent que les gendarmes ont jeté te sort , qui se tirait adpnc d'un chapeau ou d'un boucal \ comme quand on veut faire le roi de la fève , ou biefa quand on joue à la blanque. Bref, on sait que ë^est jeter aux lots. Cela se fait communément en partage. Ces bètes ont imaginé que le sort ^tait jeu dé dés, lequel n'éu^t pas adonc en usage , au moins tel que nous l'avons de notre temps : car au lien de six et as , et entres points, ils avaient certaine» marques , lesquelles ils nommaientf^r leurs noms : comme Vénua ou Chien.
Qu'on. aille maintenant baiser les reliques, au crédit de si lourds menteurs.
Il est temps de traiter du suaire , auquel ils
9So JKAtrÈ
ont éftcore ifiieixK moiUrë tant leur impudence cpie leAr sottise : ctr otttre le suaire de la Yérenkfoe , qui se montt'e à Rome en Téglise de Saint- Pierre y et le couTrchchef que la vierge Marie y comme il^ disent , mit sur les parties honteuses de Notre-*Seî^iieur , qui se montre à saint Jeande-Latran ; lequel aussi-bien est derechef aux au^stiM 4^ Carcassonne , item , le suaire qui fut mis sur sa tète au sépulcre , qui se montre là même , il y «l une demi - douzaine de villes ^ pour.le «moins qni.se vi^tent d'avoir le suaire de la sépulture tout entier ^ comme Nice , celui qin a été transporté là de ChaKnbéri (i). Jtem , Aix en AUemaipie ^ iiem , Triers ; àem Besançon y ùem p Cadoin en Limouska. x item , une ville de Lorxatne , assise att port d^Aussois ; sans les pièces qui ^n . sont di§p«ff éeif d^m côté et d'autre ^ coBuqoe à Saiot^Salipadôr en Espagne , -et aux i|ti* gmstins :d'Alj^i^ Je laisse «ocore un suaire entier qui est â Romçe eci un monastère de fenuaiies , pour ce .que le paf^.ft, défendu de, le mx^ntrer «o-» lei^iement.
Je vous prie , le monde n'a-lril pas été bien envagé j de trotter cent ou six vingts lieues loin ^ avec (gros frais et grande peine, pourvoir un dru-» pe«4i,9 duquel pn ne pourrait nullement être assuré ^ mais plutôt était ccM^traint d^en doutei* ? Car
iMA^^Mo-'wi^i^^OTMMa^iMMMP— ■>«i*«ww*a***aaaiii^^«b<
^i) fhkïp poskèât'k Tuttîn , qtioiqne Kabelnis témoigne q%kt 4e son temps il fut hrtàq ÊffM qa*il en restât au seul bria.
DES RELIQUES. a8r
quiconque estime le suaire être en un certain lieu , il fait faussaires tous les autres qui se vantent de l'avoir. Comme, pour exemple , celui qui croit que le drapeau de Chamberi soit le vrai «uaire, celui-là condamne ceux de Besançon , d'Aix , de Cadoin , de Triers et de Rome , comme menteurs , et qui font méchamment idolâtrer le peuple en le séduisant , et lui faisant accroire qu'un, drapeau profane est le linceul où fut enveloppé son rédempteur.
Venons maintenant à TEvangile , car ce serait peu de chose qu'ils se démentissent l'un Tautre ; aaais le Saint-Esprit leur contredirait k tous , les rend tous ensemble confmidus, autant les uns que les autres.
Pour le premier c^est merveille quelesévangélistes ne fontnuUe mention de cette Véronique, laquelle tot^ha la face de Jésus-Christ d'un couype-jchef ) vu qu'ils parlent de toutes les femmes lesquelles l'accompagnèrent à la croix. C'était ^|i une chose notule ,et digne. d':ètre mise en' ïegi^re , que la face de Jésus-Christ eut été miraculeusemeiic imprimée en un linceul. Au conl4?aire , il «emble que cela n'importe pas beaucoup, de dire qii6 certaines femmes aient accompagné Jétos-Christ k la croix , sans qu'il leur soit advenu aucun «uf acle. Comment est-ce donc que les ^vangâistef racontent des choses menues et de légère importanee , se taisant dea principales? Cîertes, ai un td miracle avait été fient ,<Knnme on iaitacorœre, il nonsfaudmât accuser te SaintrEsprit
a8a TRAÏTÉ
d'oubliance ou d'indiscrétion : qu'il n^aurait sa prudemment ëlire ce qui était le plus expédient de raconter. *
Cela est pour leur Véronique , afin qu^on connaisse combien c'est un mensonge évident de ce qu'ils en veulent persuader.
Quant est du suaire , auquel le corps fut enve^ loppé , je leur fais nue semblable demande. Les évangélisles récitent diligemment les miracles qui furent faits à la mort de Jésus^hrist, et ne laissent rien de ce qui appartient à l'histoire : comment est-ce que cela leur est échappé , de ne sonner mot d'un miracle tant excellent , que Feffigie du corps de Notre-Seigneur était demeurée au linceul auquel il fut enseveli. Cela valait bien autant d'être tUt comme plusieurs autres choses. Même Févangélisté saint Jean déclare comment saint Pierre étant entré au sépulcre , vit les linges de la sépulture, Fun d'un côté, l'autre d'autre. Qu'il y eut aucune portraiture miraculeuse, il n'en parle point ; Qt n'est pa? à présumer qu'il eût suppri^ié une telle oeuvre de Dieu , s'il en eût été qudque chose. Il y a encore un autre doute à objecter : c'est (pie les évangélistes ne parlent point que nul des disciples , ni les femmes fidèles ; aient transporté les linceuls^ dont il est question hors du sépulcre'; mais plutôt ils donnent à connaître qu'ils les ont là laissés , conJ)ien qu'ils ne l'expriment pas. Or, le sépulcre était gardé des gendarmes , qui eurent depuis le linceul en leur puissance. Est-fil à présumer qu'ils le i>aillassem
4^ quelque fidèle pour en faire des reliques , vu que les pharisiens les avaient corrompus pour se paijurer , disant que les disciples avaient dérobé Je corps.
Je laisse à les rédarguer de fausseté par la vue même des portraitures qu^ils en montrent ^ car il est facile à voir que ce sont peintures faites de main d'hommct Et ne me puis assez ébahir , pre^ mièrement , comme ils ont été si lourdauds de ne point avoir meilleure astuce pour tromper ; et encore plus t;omment ' le monde a été si niais de se laisser ainsi éblouir les yeux, pour ne voir^ point une chose tant évidente.
Qui plus est , ils ont bien montré qn^ls avaient les peintres à commandement; car quand un suaire a été brûlé , il s^en. est toujours trouvé un nouveau le lendemain. On disait bien que c'était celui-là même qui avait été auparavant, lequel s'était par miracle sauvé du feu : mais la peinture était si fraîche que le mentir n'y valait rien , sMl y eût eu des yeux pour regarder.
n y a , pour foire fin , une raison pércmptoire « par laquelle ils sont du tout convaincus de leur impudence. Partout où ils se disent avoir le saiat suaire, ils montrent un grand linceul qui cou^ vrait tout le corps avec la. tète-, et voit- on là Teffigie d'un corps tout d'un tenant. OrTévangé-»' liste saint Jean dit , au chap. 19 , que Jésus-Chriat fut enseveli à la façon dies Juifs. Et quelle était cette façon? Nôn-rseulement on le peut entendre par la T^outume que les Juifs observent encore au-
per la tète dedans nii coavre-chef , le Uw$ W^ qutve ooim. Ce quanatî^ Tévauiâidte euprime y qnand il dil qae iamtfPietre vil cT^i fiôU i^ Ungm.ùà le corpt; avait été çi^cj^^rp^ , .^ Au» «aire eAték anaire qpii awit étii. pm$ iêW la ||k. Car tdlaeat la slgaiffioatioii ^,q^m9% Pimp^ ^h prendra goor: im maaàmt i)V fmiTBÇH)lieC ^ non paa poU. on- fiand lîdceiil q«i «erre ^ ene^ hyjpq^ le eofps. Peur fcendiuii: l^HièveiMiit» 9 faut que l'érangâiila w*t ium awA imuAw» 9^ Imaq^ïtff^cansqniaci «anlAt dWmrl^lflint anaive.' jjpienc * canYaindiu 4» lana^eié » ^ ^*ck|i voie «pe^teaRi^t qvSla mit ^dtfi^ lô pauvre peupla pav'vpiO'Uttpîidflneetrop tttiitlM«
Ce ne ^nait jamais fîuit ^ si je vo^Uia ppursuifre par le memii toiiiea les moqueries donl ils usenu On montre i Rome i SAin^-)eMl^de-l4t^an le roseau qui fut mis en la .main de Jésus-Christ ai^ lieu dW seeptre , quand on le iMiltail par moquerie , en k maison de Pikte» Là m^o^epi Téglise Sainte»Croix,:mi montré rtfpongea^fJecUjqac^Qli lui mit en la bouche le fiel-ea la myrrhe. Je wua prie , où^esfc-ee qu'on las a reoouTré»? C^taieM les infidties qui les ava^t entre l^mrs * mains. Les ott^hils délivrés aux apAtres pour en laire ^des reliques? Les ont-ils eux-mêmes enserrés, pour les conserver au temps à venir?
Quel sacrilège est-ce d'abuser ainsi du ncrni de
DES RELIQUES . a85
Jësa8"dirist pour couvrir des fables tant froide^ ment forgées !
Autant en est-il d^s deniers que Judas reçut pour ayoir trahi Notre'-Seigneur. Il est dit en TE-* yangile , €[u41 les rendit en la sjnagogae des-pha^ risiens ^ et puis on en acheta un champ ^ pour en-* éeYelir les étrangers. Qui eit-nce qui a tiré ces deniers-U de la main du marchand ? Si on dit que ç^ont été les disciiples ^ eek est par trop ridicule ; il faut chercher une meilleure couleur. Si on dit que cela s'estfaitiolig-temps après , encore y a^t^ il mbins d^apparence, tu que Targenipom/sait être passe par beaucoup de mains. B fendrait donc lÉOnti^r on «pie le marchand qui Tendit sa pos** «èssioii aux pharimns , pour faire un cimetière l'eût fait pour acheter les deïiiers> afin deuffaire des reliques \ ou :bien qu'il les a reréndus aux. fidèles. Or de delà il*n'enfut jamais nouTelle en Fëg^ise ancienne. ^
C'est une semblable fourbe des degrés du pré^ toirede Piiate, qui sont à SaintsIesnHde^Latran i Rome , aTec des trous où ils disent que des gouttes de sang tombèrent du corps de Notre-Seignour JésuB*Qirist. ^in^ià même , en l'église Sainte-^ Praxède/la colonne à laquelle il fut attaché qiiand On le fouetta ^ et en^ l'église Sainie-Crôix^ trois autres à l'entour desquelles il fut firomené allant à la mqrt. De toutes- ces colonnes , je ne sais où ils les ont 'songées ^ tant y a qu'ils les ont imaginées à leur propre fantaisie , car en toute l'histoire de l'ÉTangile , nous n'en lisons rien. Il est
%66 ÏRAÎTÉ
bien dit que Jésus-Christ fut flagellé ; mais ^pCu fut attaché à un pilier , cela es^ de leur glose.
On voit donc qu'ils n'ont tâché à autre chose sinon d^amasser comme une mer de mensonges^ en quoi ils se sont donnés une telle licence , qu'ils n ont point eu honte de faire une relique de la queue de Tàne sur lequel de Notre<-Seigneur fut porté; car ils la mcmtrent à Gènes (i)« Mais il ne npus faut étonner non plus de leur impud^M^^ que de la sottise et stupidité du inonde f qui a reçu avec grande dévotion une telle moquerie.
Quelqu'un pourrait ici objecter qu'il n'est pas vraisemblable qu'on montre tous les reliqiiaires que nous avons déjà nommés si authentiquement^ qu'on ne puisse quant et quant alléguer d'où ib viennent , et de quelle main on. les a eus»- A œla je pourrai répondre en un mot y qu'en menson* ges tant évidens , il n'est pas possible de prétei)4i*€{ aucune vérisimilitudè ; car , quelque chose qu ik s'arment du nom de Constantin oti^du roi Loys (2) 9 ou de quelque pape , tout cela ne fait rien pour prpuver que Jésus--Christ ait été crucifié avec quatorze clous , ou qu'on eut employé une haie toute entière à lui faire sa couronne d'épines , ou qu'un fer de lance en ait enfanté depuis trois autres $ ou que son saie se soit multiplié en trois 9 et au changé do. façon pour devenir une chasuble, ou
(i) Uâne entier était à Vérone. Voyei dans Uarticle ^rtimaux j y^ne de Vérone.
(2) Louis IX ou saint Louis.
DES RELIQUES. i8^
que d^un suaire seul il en soit sorli une ooil^ vée 9 comme de poussins d'une poule , et que Jéf* sus-Christ ait été enseveli ^ tout autrement que l'Evangile ne porte.
Si je montrais une masse de plomb , et que je disse :Gebillon d'oi:m'aété donné par un tel prince, on m'estimerait un ton insensé ^ et pour mon dire le. plomb ne changerait pas sa couleur , ni sa nanature, pour être ti^ansmué en or. Ainsi quand on nous dit : Voili ce que Godefroy de Bouillon a envoyé par deçà y après avoir conquis le pays de Judée et que la raison nous montre que ce n est que maisonge» , nous faut-il laisser abujser de paroles , pour ne point regarder ce que nous voyons àFoeil ? Mais encore > afin qu'on sache con:d>ien il est sûr de se fier à tout ce qu'ils disent pour l'appro-^ nation de leurs reliques , il est à noter que les principales reliques , et les plus authentiques qui soient à Rome , y ont été apportées , comme Hs disent, par Tite et Yespasien. Or, c'est une bourde aussi chaude comme si on disait que 1» Turc fût allé en Jérusalem pour quérir la vraie croix, afin de la mettre à Constantinople. Yespasien, avant qu'il fût empereur , conquèta et dé^ truisit une partie de Judée. Depuis lui , étant venu i l'empire son fils Tite , lequel il avait là laissé pour son lieutenant, prit la ville de Jérusalem. Or^ c'éuient païens , auxquels il chalait autant de Jésus-Christ que de celui qui n'avait jamais été. Ainsi on peut juger s'ils n'ont nas osé mentir aussi franchement , en alléguait .de
ft88 TRAITÉ
Bouillon , ou saîm Loys , comme ils ont aBégué Vespasien.
Davantage , qu'on pense quel jugement a eu tant le roi qu'on appelle saint Loys • que ses semblables. II avait bien une dévotion et zèle tel quel d'augmenter la chrétienté \ mais si on leur eût montré des crottes de chèvre , et qu'on leur eût dit : Voici des patenôtres de Notre-Dame , ils les eussent adorées, sans contredit, ou le^ eussent apportées en leurs navires par^deçà, pour les colloquer honorablement en quelque lieu. Et de fait, ils ont consumé leurs corps et leurs biens , et une bonne partie de la substance de leur pays , pour rapporter un tas de menues folies dont on lisi avait embAouinés, pensant que ce fussent joyaux les plus précieux du monde.
Pour donner encore plus amplement à connaître ce qui en est, il est à noter qu'en toute la Grèce, l'Asie mineure et la Mauritanie , que nous appelons aujourd'hui en vulgaire le pays des Indes, on montre avec grande assurance toutes ces antiquailles, que les pauvres idolâtres pensent avoir à l'entour de nous. Qu'est-il déjuger entre les uns et les autres? Nous dirons qu'on a apporté les reliques de ce pays-là. Les chrétiens qui y habiteiit encore affirment qu'ils les ont, et se moquent dé'iiotre folle vanterie : cononent pourrait-on décider ce procès sans une inquisition , laquelle ne se peut faire et ne se fera jamais. Par quoi le remède unique est de laisser la chose ' comme elle est , sans se soucier ni d une part ni d'autre.
DES RELIQUES. îSg
Les dernières reliques qui appartiennent à Jésus- Christ , sont celles qu'on a eues depuis sa résurrection , comme un morceau du poisson rôti que lui présenta saint Pierre , quand il s'apparut à lui sur le bord de la mer. Il faut dire qu'il a été bien épieé , ou qu'on y a fait un merveilleux saupiquet, qu'il s'est pu garder un si long temps. Mais , sans risée , est-il à présumer que les apôtres aient fait une relique du poisson qu'ils auraient apprêté pour leur dîner? Quiconque ne verra que cela est une moquerie apcrte de Dieu , je le laisse comme une bête , qui n'est pas digne qu'on lui remontre plus avant.
n y a aussi le sang miraculeux , qui est sailli de plusieurs hosties , comme à Paris en l'église de Saint-Jean-en-Grève , à Saint- Jean-d'Angeli , à Dijon , et ailleurs, en tout plein de lieux. Et afin de faire le monceau plus gros , ils ont ^outé le saint Canivet , dont l'hostie de Paris fut piquée par un Juif, lequel les pauvres fous parisiens ont «n plus grande révérence que l'hostie môme. Dont notre maître de Quercu ne se contenait point j et leur reprochait qu'ils étaient pires que Juifs, d'autant qu'ils adoraient le couteau , qui avait été instrument, pour violer le précieux corps de Jésus- Christ ; ce que j'allègue , pour ce qu'on en peut autant dire- de la lance , des |clous et des épines. C'est que tous ceux qui les adorent , selon la sentence de notre maître de Quercu , ^bnt plus méchans que les Juifs , qui ont crucifié Notre-Seigneur.
Semblablement on montre la foràie de ses pieds^ où il a marché , quand il s'est apparu à quelques^ uns depuis son ascension , comme il y en a lui à Rome , en Tëglise Saint-Latireïit , au lieu où il rencontra saint Pierre , quand il lui prédit qu'il devait souffrir à Rome ; un autre à Poitiers ^ à Saintc-Radegonde ; ^un autre à Soissons ; tm autre à Arles. Je ne dispute point si Jésus- Christ a pu imprimer sur une pierre la forme de son pied ^ mais je dispute seulement du fait , et dis , que puisqu'il n'y en a nulle pro-^ bation légitime , il faut tenir ttmt cela pour fable.
Maïs la relique la plus fériale de cette espèce | est la forme de ses fesses , qui est à Reims en Chailipagne , sur une pierre derrière le grand autel. Et disent que cela fut fait du temps que Notre-*-Séigneur était devenu maçon , pour bâtir le porUtil de leur église. Ce blasphème est si horrible et si exécrable , que j'ai honte d'eti plus parler*
Passons donc outre , et voyons ce qui se dit de ses images , non point de celles qui se font communément par peintres, ou tailleurs , ou menuisiers , car le nombre en est ilifîni , mais de celles qui ont quelque dignité spéciale , pour être tenues en quelque singularité , comme reliques. Or 5 il y en a de deux sortes : les unes otit été faites miraculeusement , comme celle qui se montre à Rome , à Féglise Sainte-Marie , qu'on appelle in porticu. Item y une autre à Saint- Jeande-Lalran-, Hem^ une autre , en laquelle est pour-
DES HELW^ÛËS. 391
lirftile isbn «ffigie , «n^Pâige. (àe dow akia ; item , oélle èe liucqis^ , -cpite Feu dit avoir été laite par les anges, et laqneHe 'on appelle puhus smnctus^ Ce-sontfaftylcs si frivoles )^'il «ne «semble avis ^è ce serait-peine perdue , et même que je serais rir diciâe et ^nej^te , si )e m^amusais à les réfuter* Par quoi â suffit de *les aroir notées en passasc. Car on sait l>ien que ce n^est pas le métier 4m anges d'être «peintres ; et que Kotro^Seigaettr }4aus veut ^tre connu de nous ^ et se réduire ^i notre souvenance , autrement que par images diar* nëlles.
Guràl)e récite bien, en lliistoire ecclésiastique^ 1{u^il envoya au roi Abagarus son visage pourtrait au vif; mais cela doit être aussi certain qu^un des Commenis des chroniques deMélusiHe(t). Toutefois ) encore qu'ainsi fût , comment estrce qu'ils Font eu du roi Abagarus ? Car ils se vantent -à Home de l'avoir. Or Eusëbe ne dit pas qu'elle fût demeurée en être jusques à son temps. Mais il en parle par ouï-dire, comme d'une chose loin* taine. H est bien à présumer que six ou sept cents ms après , elle soit ressuscitée , et soit venue depuis Perse jusqu'à Rome.
Us ont aussi-bien forgé les images de la croix , comme du corps. Car ils se vantent à Bresce (e»)
(i) Conanents est mi« là pour eh4tpUrei, parce que laf chapitrei àe% chvtoiqoei . ool teoiomn en titre : Comment Im fie MOamnefm tme Sà/ÊÈ Sto.
(a) BfetcM. , '*3B ■ ir- ^.
d'ayoir la croix^qui apparut â Cp&stautin. Deqaoi je n'ai que faire d*en débattre à rencontre d^eux , mais je les renvoie k ceux de Cortone ^ qui mainr tiennent fort et ferme , qu'dile est par devers eux. Qu'ils en plaident donc ensemble. Lors , que la partie qui aura ga^é son procès vienne y et on lui répondra. Combien que la réponse soit £sicile, pour les convaincre de leur folie. Car ce qu^aucims écrivains ont dit , qu'il apparut une croix à Constantin y n'est pas , à entendre d'une croix matérielle, mais d'une figure, qui lui était montrée au ciel en vision. Encore donc que cela fût vrai, on voit bien qu'ils ont trop lourdement erré par faute 4'intelligçnce. Et ainsi ont bâti leurs abus sans fm¥ dément.
* Quant est dé la seconde espèce des images qp*on tient en reliques , pour quelques miracles qu'^^les ont fait, en ce nombre sont compris les crucifix | , auxquels la barbe crott , comme celui de Saint- Salvador , et celui d'Orange. Si je m'arrête à re- * montrer quelle folie , ou plutôt bêtise , c'est de croire cela , on se moquera de moi. Car la chose de soi-même est tant absurde, qu'il n'est jà métier que je mette peine à la réfuter. Toutefois, le pauvre monde est si stupide, que la plupart tient cela aussi certain que TÉvangile.
Je mets semblablement en ce rang , les crucifix qui ont parlé , dont la multitude est grande. Mais contentons-nous d'un pour exemple. A savoir , de celui de Saint-Denis en France. Il parla (ce disent-ils) pour rendre témoignage que l'église
DES RELIQUES. agS
était dëdiée (i). Je laisse à penser si la chose le Talait bien. Mais encore je leur demande , com- Timent est-ce que le crucifix pouvait être adonc en Téglise , vu que quand on les veut dédier, on en retire toutes les images? Gomment est-ce dooc qu'il s'était dérobé pour n'être point transporté ftTec les autres? Il faut dire qu'ils ont pensé tromper le monde fort à leur aise, vu qu^ils ne se sont souciésde se contredire apertement, mais qu'il leur a suffi de mentir à gueule déployée, ne se donnant point garde des répliques qu'on leur pouvait faire. Il y a finalement des larmes , dont l'une est à Téndôme , une à Trier ,' une à Saint-Maximin , une à Saint- Pierre -le-Puellier^d'Orléans, sans celles que je ne sais point. Les unes , comme ils disent, sont naturelles, comme celle de Saint- Maximin, laquelle, selon leurs chroniques, tomba à Notre-Seigneur en lavant les pieds de ses apôtres; les autres sont miraculeuses , comme s'il était k croire que les crucifix de bois fussent si dépits que de pleurer. Mais il leur faut pardonner cette faute. Car ils ont eu honte que leurs marmousets n^en "fissent autant que ceux des païens. Or les païens ont feint que leurs idoles pleuraient quelquefois. Ainsi nous pouvons mettre l'un avec l'autre.
De la Sainte Fierge.
Quant à la vierge Marie, pour ce qu'ils tien-
tm^^-'^^'^mammmiml^m^tmmm.^IftmÊmlm
(i) Quand le» ^réques vinrent poar faire la âëdicace de
3^4 TftAJTÉ
ttent que sou corps 11,'est plus en terre , le lOkoyett leur est àté de se vanJter d^en ayoijr le?, es. Autr^ ment je pense qp^'Us eussent fait ace^re a»
monde ) quVUe avait un corps- pour remfdîf imf^tàeaà charmer.
Au reste , ils se sont vengés sur ses cheveux, et sur son lait , pour avoir quelque chose de son eorps. De ses chevaux, il y en a à Roine à Sainftt- Maiie-sus^Mincarve, à SaintrSalvador en Elague, à Maçon , à Cluny , à Nevers , à Saint-Flour , à Saint-laquème ,, et ei| autres plusieurs lieux*
Du lait , il it'est jà métier de nombrer les lieux ou il y en a. Et aussi ce ne serait jamais fait. Car Si nj a si petite villetté y ni ai méchamt couvent, soit de moines, soit de nonains, où Ton u^en •montre , les uns plus , les autres moins. Nou pas qu'ils aient été honteux de se ranter d'en atrùic pleines potées , nuiis pour ce qu'il leur semUaît avis que leur mensonge serait plus couvert , s'ik n'en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quel^ que montre de verre , ou de cristalin , afin qu'on n'en fit pas d'examen de plus près. Tant y a, que si la Sainte Vierge eût été une vache , ou qu'Ole ei&t été nourrice toute sa vie » à grande peine en eut-elle pu rendre telle quantité.
D'autre part, je demanderais volontiers corn'» ment ce kit , qu'on montre aujourd'hui partout , s'est recueilli,' pour le réserver en notre temps.
Fëgltse , ce cnTctfiz ïcytr dit que Jésus<<}hri8t TaTait dédiév pendant la nqit.
DES RELIQUES. agS
Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit €[ue les pasteurs ont ^a^oré Jésus-Christ , que les sages lui ont offert leurs présens, mais il n^est point dit qu'ils aient rapporté du lait pour récompense. Saint Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge , mais il ne dit pas qu il lui demanda de son lait. Quand on Vi/^ regarderait que ce poi4t, il ne faut jà les arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre toute raison , et sans couverture aucune. £t c'est merveille, puisquMls ne pouvaient avoir autre chose du corps , qu'ils ne se soient avisés de rogner ses ongles , et de choses semblables : mais il faut dire que tout ne leur est pas venu en mér moire.
Le reste qu'ils ont des reliques de Notre-Dame, est son bagage. Premièrement il y en a une chemise à Chartres, de laquelle on fait une idole assez renommée, et à Aix en Allemagne une autre. Je laisse là comment c'est qu'ils les ont pu avoir. Car c'est chose certaine, que les apôtres et les vrais chrétiens de leur temps n'ont pas été si badins que de s'amuser à telles manigances. Mais qu'an l*egarde setdement la forme , et je quitte le jeu , si on n'aperçoit à l'œil leur impudence. Quand on fait la montre à Aix en Allemagne de la chemise que nous avons dit être là, on montre au bout d'une perche, comme une longue aube de prêtre. Or quand la vierge Mario aurait été une géante , à grande peine eût-eUe porté une si grande cher piise.
Et pour lui donner meilleur lustre , on porte quant et quant les chaussettes de saint Joseph , qtd >;seraient pour un petit enfant ou un nain. J^ proverbe dit qu'un menteur doit avoir bonne mémoire , de peur de se couper par oubli. Ils ont mal gardé cette règle , quand ils n'ont pensé de faire meilleure proportion entre les chausses du mari /et la chemise de la femme. Qu'on aille maintenant baiser bien dévotement ces reliques y lesquels n'ont autre apparence de vérité.
De ses couvre-chefs , je n'en sais que deux : à Triers un, en l'abbaye Saint-Maximin 5 k Lisio en Italie , un autre. Mais je voudrais qu'on avisât de quelle toile ils sont, et si on les portait de telle façon en ce temps-là, au pays de Judée. Je voudrais aussi qu'on fît comparaison de l'un à l'autre, pour voir comment ils s'entre-semblent. A Bologne ils en ont un fronteau. Quelqu'un me demandera , si je pense que ce fronteau soit une chose controuvée. Je réponds que j'en estime autant que de sa ceinture , qui est à Prato , et de celle qui esjt à Notre-Dame de Montserrat. Item , de sa pantoufle , qui est à Saint- Jaquème , et d'un de ses souliers , qui est à Saint-Flour.
Quand il n'y aurait autre chose , tout homme de moyenne prudence sait bien que ce n'a pas été la façon des fidèles , de ramasser ainsi chausses et souliers, pour faire des reliques 5 et que jamais il n'en fut fait mention , de plus de cinq cents ans après la mort de la vierge Marie. Qu'en faut-il donc plus arguer *, comme si la chose était dou-
teuse? Même ils ont voulu faire accroire à la sainte vierge Marie qu'elle était fort curieuse à se parer ; et tétonner. Car ils montrent deux de ses peignes: l'un à Rome, en l'église de Saint -Martin 5 et l'autre à Saint-Jean-le-grand de Besançon , sans ceux qui se pourraient montrer ailleurs. Si cela n'est se moquer de ta sainte Yierge , je n'entends point ce que c'est que moquerie. .
Ils n'ont point aussi oublié l'anneau de ses épousailles 5 car ils l'ont k Pérouse. Pour ce que maintenant la coutume est que le mari donne un anneau à sa femme en Fépousant , ils ont imaginé qu'il se faisait ainsi adonc. Et ^ns en faire plus longue inquisition , ils ont député un anneau à cet usage , beau et riche , ne considérant point la pauvreté en laquelle a vécu la Sainte Vierge.
De ses robes , ils en ont à Rome à Saint-Jeande-Latran. Item , en l'église Saînte-Barbè. Itenty à Saînte-Marie-sus-Minerve. Item , en l'église Saint-Biaise. Et à Saint -Salvador en Espagne , pour le moins ils se disent en avoir des pièces. J'ai bien encore ouï nommer d'autres lieux, mais il ne m'en souvient. Pour montrer la fausseté en cet endroit ,' il ne faudrait que regarder la matière. Car il leur a semblé avis , qu'il leur était aussi facile d'attribuer à la vierge Marie des vètemens à leur poste, que de vêtir les images ainsi qu'ils les vêtent.
Il reste à parler des images , non point ' des communes, mais de celles qui sont en recommandation par-dessus les autres , pour quelque
singularisé. Or ils font accrojre à ifaîxit Luc qu'il eu pçigpit quatre à Roi^ , au lieu où est uiaiiileuant Féglise de Saiote-Marie , qu'ils ^ppelçi^t in vid LcUâ. L'uue se montre là en un oratoire , la* quelle il fit (conune ils disent) à ss^, dçvotioiir avec Tanneau duquel saint Joseph levait épousée. Il s^en montre , à Kome même , un autre à Sainte* Marîe-la-Neuve , laquelle ils disent avoir été faite ainsi par saint Luc en Trpade , et que depuis elle leur a été apportée par un ange. Item , une autre à Sainte-Marie diAra-cœli , en telle forme qu'elle était auprès de la croix. Mais à Saipt- Augustin ils se vantent d'avoir la principale \ car c'est celle , si on les croit , que saint Luc portait toujours avec soi , jusqu à la faire enterrer en son sépulcre.
Je vous prie , quel blasphème , de faire d'un saint évangéliste un idolâtre parfait? Et même quelle couleur ont-ils pour persuader que saint Luc ait été peintre ? Saint Paul le nomme bien médecin : maïs du métier de peintre , je ne sais où ils Font songé. Et quand ainsi serait qu'il s'en fût mêlé , il est autant à présumer qu'il eût voulu peindre la vierge Marie , comme un Jupiter ou une Vénus ) ou quelque autre idole. Ce n'était pas la façon des chrétiens , d^avoir des images -, et n'a été long-temps après, jusqu'à ce que l'église ait été corrompue de superstitions. D'autre part , tous les anglets (i) du monde sont pleins des images de la vierge Marie , qu'on dit qu'il a faites , comme
(i) Pour tou& las coins du monde.
# Ca^r^^ 9 et deçà çt delà^, piais eaquellk formé ? Bi:y^ aumm d'hQWiètélé, conpime qui voudjrail poujcUiaire \m^ f«mme dissolue. Voilà comment JXkm lea 9 aveuglo» 9 cp* ila » oat eu opi^é«rcition
O^D; plu^ 4|U€» h^l^ bVUtQ».
Gombie» queje ne «d'étonné pai trop de. cequ ik onA ibf&puté à $aint Luc d'avoir lait de9 ijnages de la Vierge ^ tu qii'iU ont bien ose imposer la ^eoiblaUe au prophète J^réioie , témoîiiL le Puy , en Auvergne: il semt tQmpa, je crois, que le pauvre: monde ouv?it les^ yeux «ne fois pour voip ce qui est tant manifeste.
. Je laisse à parler de saint Joseph j dont les uns en ont des pantoufles , cgmme en Tabbaye Sainte Simecm deTriers ; les autres ses chausses, comme nous avons dqà dit ; les autres ses ossemens. Il me suffit de Vexemple que j'ai allègue, pour àér> couvrir la sottise qui y est.
De saint Michel.
Je mettrai' ici saint Michel , afin qu'il fasse compagnie à la vierge Marié. On pensera que je me gaudisae , en récitant les reliques d'un ange ; ear les joueurs de farce même se sont moqués. Mais les cafards n'ont pas laissé pourtant d'abuser tout à bon escient le pauvre peuple. Car à Car*» eassonne ils se vantent d'en avoir des reliques ] et pareillement à Saint-Julien de Tours au grand Saint-Michel , qui est si bien fréquenté de pèlerins, on montre son braquemart qui est cpmme un. poignard i usage de petit enfant et son bou-
3oa TRAITÉ
clier de même, qui est comme la bossette d^tni mors de cheyal. Û n'y a homme ni femme si simr pie qui ne puisse juger quelle moquerie c'est.
Mais pour ce que tels mensonges sont couverts sous ombre de dévotion , il semble avis que C9 n'est point mal fait de se moquer de Dieu et ^de ses anges. Us répliqueront, que l'écriture téniCHmoîgne que saint Michel a combattu contre le diable. Mais s'il fallait vaincre le diable à l'épée , il la faudrait plus forte et de meilleure pointe et de meilleur tranchant que n'est pas celle-là. Sontils si bétes d'imaginer que ce soit une guerre chamelle qu'ont tant les anges que les fidèles à rencontre des diables , laquelle se démène par glaive matériel? Mais c'est ce que j'ai dit di» commencement , que le monde méritait bien d'être séduit en telle bêtise , d'autant qu'il était^si pervers de convoiter des idoles et marmousets pour adorer , au lieu de servir le Dieu vivant.
De saint Jean-Baptiste.
Pour tenir ordre, il nous faut maintenant traiter de saint Jean - Baptiste , lequel, selon l'histoire évangélique, c'est-à-dire la vérité de Dieu , après avoir été décollé , fut enterré par ses disciples^ Théodorite , chroniqueur ancien de l'église , raconte que son sépulcre étant en Sebaste , ville de Syrie , fut ouvert par les païens , quelque temps après ; et que ses os furent brûlés par iceux , et la cendre éparse en l'air -, combien qu'Eusèbe ajoute, que quelques hommes de Jérusalem sur-
DES RELIQUES. Sot
vinrent là , et en prirent en cachette >q[uelque peu 'y qui fut porté en Antioche, et là enterré par Àthanase en une muraille.
Touchant la tète , Sozomenus , un autre chroniqueur, dit qu'elle fut emportée par Tempereur Théodose 9 auprès de la ville de Gonstantinople. par quoi , selon les histoires anciennes , tout le corps fut brûlé , excepté la tète ^ et tous les os et les cendres perdues , excepté quelque petite portion, que prirent les ermites de Jérusalem à la dérobée. Voyons maintenant ce qu'il s'en trouve. Ceux d'Amiens se glorifient d'avoir le visage \ et en le masque qu'ils montrent, il y a la marque d^un coup de couteau sur l'œil, qu'ils disent qu'Hérodias lui donna.
Mais ceux de Saint-Jean d'Angeli y contredisent , et montrent la même partie. Quant au reste de la tète , le dessus , depuis le front jusqu'au der- ^nère , était à Rhodes , et maintenant à Malte , comme je pense. Au moins les commandeurs ont fait accroire que le Turc le leur avait rendu. Le derrière est à Saint-Jean de Nemours ; la cervelle est à Nogent-le-Rotrou. Nonobstant cela , ceux de saint Jean de Maurienne ne laissent point d'a^ voir une partie de la tète ^ et sa mâchoire ne laisse point d'être à Besançon , à Saint-Jean-le-Grand. Il y en a une autre partie à Saint- Jean-de-Latran ; a Paris , et à Saint-Flour en Auvergne un bout de l'oreille -, à Saint-Salvador en Espagne, le front^ et des cheveux, il y en a aussi-bien quelque lopin i^Noyon qui. s'y montre fort authentiquement ; il
3bi tttAiTÊ
y en a sembla/blement tme partie à Lucques, jfeiié sais de qnd endroit. Tont delà èst-îl fait? «Qu'oit aille à Rome au monastère de Saint-Sylvestre ^ et on entendra dire, voici la tête de sainit Jean-ïiaptîste. Les poëtes fcîgneilt qu'il y avait autrefois tin roi en Espagne , nommé Gérîon , lequel avait trois têtes : si nos forgeuts de reliques en pouvaient autant dire de saint Jean-^Baptiste , cela leur viendrait bien à point , pour leur aider à mentir : mais puisque cette fable n'a point lieu y conunent s'excuseront-ils ? Je ne les veux point presser de si près , que de leur demander com* ment la tête s'est ainsi déchiquetée, pour être départie en tant de lieux et si divers , ni comment c'est qu'ils l'ont eue de Gonstantinople : seulement je dis qu'il faudrait que saint Jean eût été un monstre , ou que ce sotit abuseurs effrontés , de montrer tant de pièces de sa tête.
Qui plus est , ceux de Sienne se vantent d^avoir le bras : ce qui est répugnant , comme nous avons dit, à toutes les histoires anciennes. Et néanmoins cet abus non-seulement est souffert , mais aussi approuvé , comme rien ne se trouve mauvais au royaume de Tantechrist (i) , moyennant qu'il entretienne le peuple en superstition.
Or ils ont controuvé une autre fable : c'est , que quand le corps fut brûlé , le doigt dont il avait montré Notre - Seigneur Jésus -Christ demeura entier, sans être violé. Cela non-seule-
(i) C'est le pape, que Caltin «ppélle Vantechrist.
DES RELIQUES. 3o3
^ent n^est pas conforme aux histoires ancienties 5 mais même il se peut aisément rétorquer par icelles \ car Eusèbe et Théodorîte ^ nommément , disent que le corps était déjà réduit en os , quand les païens le ravirent. Et n eussenljeu garde d'oublier un tel miracle ^ s'il en eût été quelque chose : car ils ne sont autrement que trop curieux à en Iracouter, même de frivoles. Toutefois, encore qu'ainsi fût , voyons un peu où est ce doigt.
A Besançon, en l'église Saint-Jean-le-Grand ,
il y en a un , à Toulouse un autre , à Lyon un
autre , à Bourges un autre , à Florence un autre ,
à Saint-Jean-des-Aventures près Mâcon, un autre.
Je ne dis mot là-dessus , sinon que je prie les
lecteurs de ne se point endurcir , à l'encontre
d'un avertissement si clair et si certain, et ne
point fermer les yeux à une telle clarté, pour
toujours se laisser séduire comme en ténèbres*
Si c'étaient joueurs de passe - passe , qui nous
éblouissent les yeux , tellement qu'il nous sem-«
blàt avis qu'il y en eût six ^ encore aurions-nous
cet avis de craindre d'être abusés. Or ici , il ,n'y
a nulle subtilité ; il est seulement question si
nous voulons croire que le doigt de saint Jean soit
à Florence , et qu'il soit autre part en cinq lieux :
autant de Lyon et de Bourges , et des autres ; ou
pour le dire plus brief , si nous voulons croire
que six doigts ne soient qu'un , et qu'un seul soit
six. Je ne parle sinon de ce qui est venu à ma
noticCé Je ne doute pas que si on enquérait plus
diligemment , il ne s'en trouvât encore une
3o4 TRAITÉ
demî - douzaine ailleurs ; et de la tète , qu*îl M
se trouvât encore des pièces qui monteraient bien
la grosseur d^une tête de bœuf, voire outre ce
que j'en ai dit (i).
Et de peur de ne rien laisser derrière , ils ont
aussi-bien fait semblant d'avoir les cendres , dont
il y en a une partie à Gènes , l'autre partie à Rome
en l'église Saint- Jean-de-Latran. Or avons-nous
vu que la plupart avait été jetée en Fair ; [toutes
fois ils ne laissent point d'en avoir, comme ils
disent , une bonne portion , et principalement à
Gènes.
Restent maintenant , après le coi^ps, les autres
appartenances ,^ comme un soulier , qui est aux Chartreux de Paris , lequel fut dérobé , îly a environ douze ou treize ans^ mais incontinent il s'en retrouva im autre de nouveau. Et de fait, tant que l'engeance des cordonniers soit faillie , jamais ils n'auront faute de telles reliques.
A Rome , à Saint-Jean-de-Latran , ils se vantent d'avoir sa haire, de laquelle il n'est fait mention en l'Evangile ; sinon pour ce qu'il est là parlé qu'il était vêtu de poil de chameau ] et ils veulent convertir une robe en haire.
Là même, ils disent qu'ils ont l'aUtel sur lequel il priait au désert , comime si de ce temps-là on eût fait des autels à tous propos , et en chacun lieu. C'est merveille qu'ils ne lui font accroire qu'il ait chanté messe.
(i) On a vu y dans notre arlicle Jean-Baptiste , que Calvin n8 connaissait qu'une partie des reliques de ce saint.
DES RFJJQUES. 3o5
1tn Ati^Qon est Fépëe de laquelle u fut déccSké\ ^i k Âix , en Allemagne , le liûceul lequel fut étendu soUs lui. Je voudrais bien savoir comment le bourreau était si gracieux que de lui tapisser le pave de la prison , quand il voulait le faire mou-» rir. N^est-ce pas une sdte chose de controuver cela ? Mais encore , comment Tun et Tautre sont-ils venus entre leurs mains ? Pensez-vous qu'il est bien vraisemblable que celui qui le mit à mort, fut-il un gendarme ou uni bourreau , donnât le linceul et son épée pour ea faire une relique ? Puisqu'ils voulaient faire une telle garniture de toutes pièces, ils ont failli de laisser le couteau d^Hérodias, dont elle frappa Toeil , tout le sang qui fut répandu , et même son sépulcre. Mais je pourrais bien aussi errer , car je ne sais pas si toute ces bagues sont autre part.
De saint Pierre ei de. saint Paul.
C'est maintenant aux apôtres d'avoir leur tour ; mais pour ce que la multitude pourrait engendrer confusion , si je les mettais toms ensemble , nous prendrons saint Pierre et saint Paul à part, et puis nous parlerons des autres. Leurs corps sont à Rome, la moitié en Féglise de Saint-Pierre, et l'autre moitié à Saînt-Paul. Et disent que saint Silvestre les pesa , pour les distribuer ainsi en égales portions. Les deux tètes sont aussi à Rome, à Saint- Jean-de-Latran , combien qu'en la même église il y a une dent de saint Pierre à part.
Après tout cela , on ne laisse poin ^''^ «iroir
3o6 TRAITÉ
de^ os partout : comme i Poitiers on a la mâchoire avec la barbe de saint Pierre \ à Triers , plnsieurs os de Yuu et de Tautre \ à Ârgenton en Berry, une (épaule de saint Paul. Et quand serait-ce fait? car partout où il y a église qui porte leurs noms , il y en a des reliques.
Si on demande quelles, quW se souvienne de la cervelle de saint Pierre , dont j'ai parlé, qui était au grand autel de cette ville.' Tout ainsi qu'on trouva que c'était une pierre ponce , ainsi trouverait-on beaucoup d'os de chevaui^ ou de chiens qu^on attribue à ces deux apôtres.
"Avec les corps il y a suite. A Saint-Salvador^ en Espagne , ils en ont une pantoufle : de la forme et de la matière, je n'en puis répondre, mai^ il est bien à présumer que c'est une semblable marchandise que celle qu'ils ont à Poitiers , lesquelles sont d'un satin broché d'or. Voilà comment on le fait brave aprè» sa mort , pour le récompenser de la pauvreté qu'il a eue sa vie durant. Pour ce que les evèques de maintenant sont ainsi mignons quand ils se mettent en leur pontiiScat , il leur semble avis que ce serait déroger à la dignité des apôtre^ si on ne leur en faisait autant. Or^ les peintres peuvent bien contrefaire des marmousets à leur plaisir, les dorant et ornant depuis la tète jusques 9,\kx pieds , puis aprè$ leur imposer le nom de saint Pierre ou de saint Paul. Mais on sait quel a été leur éta^t pendant qu'ils ont vécu en ce monde, et qu'ils n'ont eu d'autres accoutremens que de pauvreA gens.
DES RELIQUES. 3b)
il y>a tfussi-bieh à Home là chaire épi^oplile dé Bamt Pierre, àtec sa chai^tdAe, comme si âë ce temptf4à lés éièqnes etîi^èicrt eâ des trôner pb'ur s^asseoif • Mai« leur ofttcé était d^enseignér , dé consoler , d'exhorter ea piâ)lic et en particulier, et montrer exemple de vraie humilité à leur troupeau ; non point de faire dés idoles , càittine font dehx de maintenant. Quant eist de sa chasuble , la façon n'était point encore ^enue de se déguiser; car on ne jouait point des fsirces en Téglise comme on fait à présent. Ainsi, pour prouver maintenant que saint Pierre eut une chasuble, il faudrait .premièrement montrer qu'il aurait fait du bateleur , comme font nos pk*étres de maintenant eii voulant servir à Dieu.
Il est bien vrai qu'ils lui pouvaient bien doniier une chasuble , quatid ils lui bnr assigné un autel; mais autant a de couleur l'un comme- Vautré. On sait quelles messes on èhantait alors. Les apôtres ont célébré de leur temps simplement la cène de Notre-Seigneur , à laquelle il n'est point métier d'avoir un autel. De la messe , on ne savait encore quelle bête c'était, et ne l'a-t-on pas su longtemps après.
On voit bien donc que quand ils ont inventé leurs reliques , ils ne se doutaient point de jamais ouïr contredisans , vu qu'ils ont ainsi osé impudemment mentir à bride avalée. Combien que de cet autel ils ne convieiment point entre eux , car ceux de Rome affirment qu'ils Font, et ceux dé Pîsè lé montrent aussi bien , au faubourg tirant vert, la mer.
Pour faire leur profit de tout , ils n*ont point oublié le couteau duquel Malchus eut Toreille coupée , comme si c^étaitun joyau digne de mettre en relique. J'ayaii oublié la crosse ^ laquelle se montre à Saint-£tienne-*des-<jrès, à Paris, de laquelle il faut .estimer autant que de Tautel ou de la chasuble , car c^est une même raison.
n y a un petit plus d^apparence à son bourdon 9 car il est bien à présumer qu'il pouvait être armé de tel bâton allant par les champs. Mais il gâtent tout de ne se pouvoir accorder 9 car ceux de Cologne se fout forts de Favoir , et ceux de Triers semblablement. Ainsi , se démentant Tun Tautre»!^ ils donnent bien occasion qu'on n'ajoute nulle foi. à tous deux. . /
Je laisse de parler de la chaîne de saint Paul , dont il fut lié , laquelle se montre a Rome , en son église ; item , du pilier sur lequel saint Pierre fut matyrisé , lequel est à Saint- Anastase. Je laisse seulement à penser aux lecteurs d'où c'est que cette chaîne a été prise , pour en faire une reli* que \ item , à savoir si en ce temps-là on exécutait les hommes sur des^ piliers .
Des autres apôtres.
Hoxxs traiterons en commun de tous les autrefi apôtres, pour avoir plus tôt fait. Et premièrement nous raconterons où il y en a des corps entiers , afin qu'en faisant conférence de l'un à l'autre , on juge quel arrêt on peut prendre sur leur dire. Chacun sait que la ville de Toulouse en pense
DES RELIQUES. Soq
avoir sîx, savoir : saint Jacques-le-Majeur , saint André , saint Jacques-le-Mineur , saint Philippe , saint 'Simon et saint Jude. A Padoue est le corps de saint Mathias ; à Saleme , le corps de saint Mathieu 5 à Orconne , celui de saint Thomas ; au royaume de Naples , celui de saint Barthé- Icmi.
Avisons maintenant lesquels ont deux corps ou trois. Saint André a un second corps à Amalfi ^ saint Philippe et saint Jaccjues-le-Mineur , chacun aussi un autre à Rome, adSanctos jipostolos ^ saint Simon et saint Jude , aussi-bien à Rome , en Téglise Saint-Pierre ; saint Barthélemi à Rome , en son église. En voilà d^à six qui ont deux corps chacun ; et encore, de superabondant , la peau de saint Barthélemi est k Pise.
Toutefois, saint Mathias a emporté tous les autres ; car il a un corps à Rome , à Sainte-Marie-la- Majeure , et le troisième à Triers ; outre cela encore a-t-il une tète à part , et un bras â part , à Rome même.
n est vrai que les lopins qui sont de saint André, çà et là, récompensent à demi; car à Rbme , en l'église Saint-Pierre , il y a une tête ; es Téglise Saint-Ghrysostome , il a une épauie *, à Saint-Eustache , une côte ; et au Saint-Esprit , un bras ; à Saint-Biaise, je ne sais quelle autre partie \ à Aix en Provence , un pied. Qui con- )oindrait cela ensemble , ce serait tantàt pour en feire deux quartiers , mdb^ennant qu^on les pÀt bien proportionner.
Pour faire leur profit de tout , ils n*ont point oublié le couteau duquel Malchus eut Toreille coupée , comme si c'était un joyau digne de mettre en reli({ue. J'ayaii oublié la crosse ^ laquelle se montre à Saint-£tienne-des-<jrès, à Paris, de laquelle il faut .estimer autant que de Tautel ou de la chasuble , car c'est une même raison.
n y a un petit plus d'apparence à son bourdon^ car il est bien à présumer qu'il pouvait être armé de tel bâton allant par les champs. Mais il gâtent tout de ne se pouvoir accorder^, car ceux de Co-^ logne se font forts de l'avoir , et ceux de Triers semblablement. Ainsi , se démentant l'un l'autre »^ ils donnent bien occasion qu'on n'ajoute nulle fol à tous deux. . /
Je laisse de parler de la chaîne de saint Paul , dont il fut lié , laquelle se montre à Rome , en son église ^ item , du pilier sur lequel saint Pierre fut matyrisé , lequel est à Saint- Anastase. Je laisse seulement à penser aux lecteurs d'où c'est que cette chaîne a été prise , pour en faire une relique *, item , à savoir si en ce temps-là on exécutait }es hommes sur des^ piliers .
Des autres apôtres.
ISons traiterons en commun de tous les autrefi apôtres, pour avoir plus tôt fait. Et premièrement nous raconterons où il y en a des corps entiers , afin qu'en faisant conférence de l'un à l'autre , on juge quel arrêt on peut prendre sur leur dire. Chacun sait que la ville de Toulouse en pense
DES RELIQUES. Soq
avoir six , savoir : saint Jacques-le-Majeur , saint André , saint Jacques-lè-Mineur , saint Philippe , saint 'Simon et saint Jude. A Padoue est le corps de saint Mathias ; à Saleme , le corps de saint Mathieu ; à Orconne , celui de saint Thomas ; au royaume de Naples , celui de saint Barthé- Icmi.
Avisons maintenant lesquels ont deux corps ou trois. Saint André a un second corps à Amalfi ^ saint Philippe et saint Jac({ues-le-Mineur , chacun aussi un autre à Rome, adSanctos Apostolos \ saint Simon et saint Jude , aussi-bien à Rome , en Féglise Saint-Pierre *, saint Barthélemi à Rome , en son église. En voilà déjà six qui ont deux corps chacun ; et encore, de superabondant \ la peau de saint Barthélemi est à Pise.
Toutefois, saint Mathias a emporté tous les autres; car il a un corps à Rome , à Sainte-Marie-la- Majeure , et le troisième à Triers ; outre cela encore a-t-il une tète à part , et un bras à part , à Rome même.
n est vrai que les lopins qui sont de saint André, çà et là, récompensent à demi; car à Rbme , en Véglise Saint-Pierre , il y a une tête ; es Téglise Saint-Ghrysostome , il a une épauie *, à Saint-Eustache , une côte \ et au Saint-Esprit , un bras ; à Saint-Biaise, je ne sais quelle autre partie ; à Aix en Provence , un pied. Qui conjoindrait cela ensemble , ce serait tantàt pour en feire deux quartiers , mcJiyennant qu^on les pÀt bien proportionner.
3io TRAITÉ
Or, comnic ssànx Barthélemi a hàssé «^ peaa à Pise , aussi y a-t-îl laissé une main. A Trient il f en a je ne sais.cpiel membre ] à F^ëjus , vj^ doigt; à Rome , en Fëglise Sainte-Barbe , d'autrea reli-> ques. Ainsi encore n est-il point des plus pauvres y car les autres u^en ont pas tant.
Toutefois cbacun en a encore quelque. lopin, comme saint Philippe a un pied à Rome ^ ^ Simcti^Apostolos^ et à Sainte-Barbe je ne sais quelles relique^ \ Item, plus à Triers. En ces deux demie? res églises , il a semblablement saint Jacques pour cpQipagnon , leqi^l a pareillement une tête en Tcglisc Saint-Pierre, un bras ^ Saintrdiry.sogoiie, et un autre ad Sanctos-jàpastolos.
Si^nt A^thipu et siaint Thomas sont demouréa les plus pauvres , car Ip {premier avec son corpA nV sinpn quelque& os à Triers , un br^is à Roijae à SiépnJ^-IVJ^rcçl , et à SaintrNicolas une tète \ sijuuii quç pa^. ayent;Ure il Xfi'en. soit çchappë quielque chpçe , ce q|ii ^ ppi^rjcait bien UisG \ c^r en. tel} abîme , qui n'y serait confus ?
I>^Ur ice qu^i^s trouvant q|i leur chroniques que le corps de saint Jean - rÇyangéliste ^é\9T nouit incontinent après qu'on l'eût mis eu \h fpssQ^) ils. li'ont pu produire de siqs ossemetif», Majuici pour supp](éer ce défaut, ils se sont rués sur son bagage. Et pjç'emi^rcment ils se sont uvîs^. du calice , aui^i^el il but- le poisçn , étant conr. damné pai: Domitien. Mais pour ce. que deux.
Tout voul^t avoir., il np^s faut or^ire ou ce qu«^ disent les alchimistes de leur muldplifcatioa , oUt
DES RELIQUES, 3ii
qtxe ceux-ci , avec leur calice , se sont mocjués du inonde. Uun est à Bologne , et Fautre à Rome à Saint-Jean-de-Latran. Ils ont puis après confrouvé son hoquetôn , et une chaîne dont il était lié quand on Famena prisonnier d^Ephèse , avec Foratoire où il soûlait prier étant en la prison.
Je voudrais bien savoir s^il avait lo^s menuisiers à louage pour lui faire des oratoires \ item , q[uelle familiarité avaient les chrétiens avec sa garde , pour retirer sa chaîne, et en fiiîre une relique ? Ces moqueries sont trop sottes ,. et fùlhce pour abuser les petits enfans.
Mais le joyau le plus férial est des douze peignes des apôtres , qu'on montre à Notre-Dame de FDe-sur-Lyon. Je pense bien qu ils ont été du commencement là mis , pour faire accroire, qu'ils étaient aux douze pairs de France ; mais depuis,, leur dignité s'est accrue , et sont devenus apostoliques.
De sainte Anne.
Il nous faut dorénavant dépêcher , ou autrç/-^ . nient jamais nous ne sortirons de. cette forêt.- Nous réciterons donc en bref les reliques qu'on a des saints qui ont été du temps que Notre-Seigneur Jésus-Christ vivait^ puis conséquemmeut' des martyrs anciens et des autres saints. Sur cela les lecteurs auront à juger quelle estime ils en devront avoir.
SaintËT AnnCji^jB^ '^a la yicr^ Marie , a Fua
im
de ses corps & KfiCwÊ ence , Fautrt A Notre-
3ia TJRAITÉ
Dame de Yiïe à Lyon. Ouire cela , elle a une tète « Triers , Tautre à Duren près Cologne , lautre en Thuringe , en une viUe nommée de son nonu Je laisse les pièces qui sont en plus de cent lieux \ et entres autres il me souvient que j*en ai baisé une parde en Tabbaye d'Orcamps près de Noyon^ dont on fait grand festin: Finalement , elle a un de ses bras à Rome en Téglise Saint-Paul. Qu on prenne fondement Urdessus , si on peut.,
Du Laeare, de la Madeleine , etc.
Il y a puis après le Lazare ^ et la Madeleine sa sœur, touchant de lui , il n'a que trois corps que je sache ; Tun est à Marseille, Fautre à Autun, le troisième à Ayalon. Il est yrai que ceux d'Au-^ tun en ont eu gros procès à Tencontre de ceux d^Avalon. Mais après avoir beaucoup dépense d^argent dNin côté et d^autre , ils ont tous deux gagné leur cause ; pour le moins ils sont demeurés en possession du titre.
Pour ce que la Madeleine était femme, il fallait qu^elle fût inférieure à son frère : pourtant elle n^a eu que deux corps , dont un est à Vczelai près d'Auxerre ^ et l'autre , qui est de plus grand renom , à Saint-Maximin en Provence *, là où la t^te est à part , avec son NoU me tanière , qui est un lopin de cire , qu^on pense être ta marque que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui fit , par dépit , pour ce qu'il était marri qu'elle le voulût toucher*
Je ne dis pas les reliques qui en Sont dispersées par tout le monde , tant de ses os que de ses che-w
DES REUQUÈS. 3i3
Yeiix. Qui voudrait avoir certitude de to|^t cela , il s'enquerrait pour le premier , à savoir si le Lazare et ses deux sœurs , Marthe et Madeleine , sont jamais venus en France pour prêcher. Car en lisant les histoires anciennes, et en jugeant du tout avec raison , on voit évidemment que c'est la plu3 sotte fahle dpi monde , et laquelle a autant d'apparence que si on disait que les nuées sont peaux de veau , et néanmoins ce sont les plus certaines reliques qu'on ait; mais encore qu'ainsi fût , il suffisait d'abuser d'un corps en. idolâtrie, sans faire d'un djable deux ou trois.
De saint Lon§in et des trois Jtois*
Qs ont aussi bien canonisé celui qui perça le côté de Notre-Seigneur en la croix , ^et l'ont appelé saint Lon gin. Après l'avoir ainsi baptisé , ils lui ont dpnné deux corps , dont l'un est ^ Mantoue, et l'autre à Notre-Dame de l'Ile près Lyon(i).
Qs ont fait le semblable des sages qui vinrent adorer Notre-Seigneur Jésus après 9a nativité. Et premièrement , ils ont déterminé du nombre , disant qu'ils n'étaient que trois. Or , FÉvangile ne dit pas combien ils étaient: et aucuns des docteurs anciens ont dit qu'ils étaient quatorze ; comme celui qui a écrit le commentaire imparfait sur saint Mathieu , qu'on intitule deChrysostome^
Après, au lieu que l'Évangile les dit philosophes,
(i) On a parlé plus haut de sa lance. Vo/ez au&si TarticU frangin dans le Dictionnaire.
3i4 TRAITÉ
fis en ékt fait des rois k la hâte , saiïs pays et sans sujets. Finalement ils les ont baptisés , donnant nom k Fun Baltbasar , à l'antre Melchibr , et k l'antre Gaspar. Or , encore que nous leur concédions toutes leurs fables , ainsi frivoles qu'elles sont , il est certain que les sages retournèrent atx pays d'Orient. Car la sainte écriture le dit , et ne peut-on dire autre chose' sinon qu^ils mottrorenf là. Qui est-ce qui les a transportés depuis ? et qui est-ce qui les connaissait , pour les marquer, afin de faire ainsi des reliques de leurs corps ? Mais jc m'en emporte , d'autant que c^est folie à moi de redarguer des moqueries tant éTidentes. Seulement je dis qu'il faut que ceux de Cologne et ceux de Milan se combattent k qui: les aura (i) ; Ç3LT tous deux prétendent ensemble dé les avûir^ ce qui ne se peut faire. Quand leur procès seraf TÎdé 5 lors nous aviserons ce qu'il sera de faire.
De saint Denis.
Entre les martyrs anciens , saint Denis est desf plu» célèbres \ car on le tient pour un des disciples des apôtres, et le premier évangéliste de France. A cause de cette dignité , ou a de ses re* lîques en plusieurs lieux. Toutefois , .comme Ton» dit, le corps est demeuré entier seulement en devoT lieux , à Saint-Denis en France , et à Regens^ bouTg (2) en Allemagne.
(t) Calvin se trnn^pe. On ne montre à Milan que le tombeau TÎde des trois rois. Vo3'ez Tarticle Rois.
(3} Regcnsburg est le nom allemand de Katisbonne.
DES RELIQUES. 3i5
Pour ce que les Français maintenaient de l'avoir, ceux de Regensbourg en émurent le procès à R6« me, il y a environ cent ans, et le corps leur fut adjugé, par sentence définitive, présent Fambassadeur de France , dont ils ont une belle bulle. Qui dirait à Saint-Denis près Paris <Jue le corps n'est point là, il serait lapidé.
Quiconque voudra contredire qu'il ne 3iôit â Regettsbourg sera tenu pour bérétique, d^autant qu'il sera rebelle au saini siège apostoRquc. Ainsi le plus expédient isera de ne s'entremettre point en leurs querelles. Qu'ils §e. crèvent les yeux les uns aux autres s'ils veulent , et en ce faisaut qu'ils ne profitent de nien , sinon pour découvrir que tout leur cas git en mensonge.
De saint Etienne»
De saint Étien^ ils en ont tellement parti le Qorp3 , qu'il est eîfttiep à Rome en son église ; le cbd^à Arles \ et des os , on en a en plus de deux oent$ lieux. Mais pour moi|trer qu'ils sont d'ies adhérens^ de ceux qui l'ont meurtri , ils ont canonisé les pierres dont il a étélapidél -
On demandeira où c'est qu'on les a pu trouver , et comment ils les ont eues , de quelles ûiains et par quel moyen. Je i*éponds» brièvement que cette dcmand^ est folle ] car on, sait bien' qu'on trouve partout des cailloux , tellement' que là' voiture n'en conte guère. A Florence , à Arles aux Augustins , au Vigan en Eanguedoc , on en ittonirei. Cebu qui voudra se fermer les yeux et
3i6 TRAITÉ
rentendement croira que ce sont les propres pierres dont saint Etienne fut lapidé. Celui qui Toudra un peu considérer s'en moquera. Et de fait les carmes de Poitiers en ont bien trouvé depuis quatorze ans , auxquelles ils ont assigné Toffice de délivrer les fenunes , lesquelles sont en travail d'enfant. Les jacobins , auxquels on avait dérobé une côte de sainte Malrguerite servant à cet usage , leur ont fait grande noise , criant contre leur abus ; maisen la fin ils ont gagné en tenant bon.
Des saints Innocens.
Tavais quasi délibéré de ne parler des Inno* cens , pour ce que quand j'en aurais assemblé une armée , ils répliqueront toujours que cela ne contrevient point à l'histoire , d'autant que le nombre n'en est point défini. Je laisse donc à parler delà multitude. Seulement, qu'on note qu'il y en a, en toutes les régions du monde. Je demande maintenant comment c'est qu'on a trouvé leurs sépulcres si long-temps après ; vu qu'on ne les tenait point pour saints quand Hérode les fit mourir. Après j quand c'est qu'on les a apportés. Ils ne me peuvent répondre autre chose , sinon que c'a été cinq ou six cents ans après leur mort. Je m'en rapporte aux plus pauvres idiots qu'on pourra trouver, si on doit ajouter foi à des choses tant absurdes.
Après , encore qu'il s'en fut trouvé par fortune quelqu'un , comme se pouvait-il faire qu'on en
DES RELIQUES. Si?
apportât plusieurs corps en France , en Allema-* gne , en Italie , pour les distribuer en des villes tant éloignées Tune de Tautre ? Je laisse donc cette fausseté pour convaincue du tout.
De s aint Laurent,
Pourtant que saint Laurent est du nombre des anciens martyrs , nous lui* donnerons ici son lieu. Je ne sais point que son corps soit en plus d^un lieu , c'est savoir à Rome en Téglise dédiée à son nom. Il est vrai qu'il y a puis après un morceau de sa chair grillée ; item , deux, fioles pleines, Tune de son sang , et l'autre de sa graisse ; ûPem, en l'église surnommée Panisperne (i) son bras et de ses os , et à Saint -Silvestre d'autres reliques. Mais si on voulait amasser tous les ossemens qui s'en montrent seulement en Fraiice , il y en aurait pour former deux corps au long et au large.
Il y a puis après la grille sur laquelle il fut rôti 9 combien que l'église qu'on surnomme Pa-' nispeme se vante d'en avoir une pièce. Or pour la grille , encore la laisserai-je passer ; mais ils ont d'autres reliques trop fériales , desquelles il ne m'est point licite de me taire : conmie de», charbons , qu^on montre à Saint-Eustache \ item , une serviette dont l'Ange torcha son corps.
Puisqu'ils ont pris le loisir de songer telles rêveries pour abuser le monde , que ceux qui ver-
Ci) Uëglise de Saint-Laurent in Panispernâ, â Rome i est un litre de cardinal.
ront cet averiissemeut prennent aussi loisit de penser à eux pour se garder de n être plus ainsi moqués.
D'une même forge est sortie sa tunique ^ qu'on montre à Rome même en Féglise Sainte - Barbe. Pour ce qu'ils ont ouï dire que saint Laurent était diacre , ils ont pensé qu'il devait avoir les mêmes accoutremens dont leurs diacres se dé« guisent en jouant leur personnage à la me^e ; mais c'était bien un autre office de ce temps- la ^ en l'église chrétienne , que ce n'est à présent en la papauté. C'étaient les commis ou députés à distribuer les aumônes , et non point bateleurs poui* jouer des farces. Ainsi ils naraient que faire de tuniques ni dalmatiques , ni aut]?es habite de fous pour se déguiser.
Des saints Gers^ais et Protais.
Nous ajouterons à saint Laurent , saint Gcrvais et saint Protais , desquels le sépulcre fut trouvé à Milan du temps de saint Ambroise ^ comme luimême le testifie ^ pareillement saint Jérôme , saint Augustin , et plusieurs autres. Et ainôi , la ville de Milan maintient qu elle en a encore les corps.
Nonobstant cela , ils sont à Brisach en Allemagne, et à Besançon en l'église paroissiale de Saint-^ Pierre , sans les pièces infinies qui sont éparses en diverses églises : tellement qu'il faut nécessairement que chacun ait eu quatre corps pour le moins , ou qu'on jette aux champs tous les os qui sVn montrent à fausses enseignes.
De saint Sébastien.
Pou r ce qu^iU ont donné à saint Sébastien Tof* fice de guérir de la peste , cela a fait qu il a été plus requis , et que chacun a plus appelé de Ta* voir. Ce crédit Fa fait multiplier en quatre corps ^iers : dont Tun est à Rome à Saint-Laurent , Tautre à Soissons , le troisième à Piligni près Nantes ^ k quatrième près dé Narboniie , au lie« de sa nativité.
Çn outce , il a deux têtes ] Tune à Saint-Pierre de Rome , et Vautre aux Jacobins de Toulouse. H est vrai quelles sont creuses , si on s'en rapporte aux cordeliers d^ Angers , lesquels se . disent en avoir la cervelle. Item plus , les Jacobins d'Angers en ont un bras. Il y en a un autre à.Saint-Stcrnin de Toulouse ( i ), un autre à la Case-Dieu en Auvergne , et un autre à Montbrison en Forêt , sans les menus lopins qui en sont en plusieurs églises* Mais quand on aura bien contrepesé , qu'on devine ou est le corps de saint Sébastien.
Même ils n*ont pas été contens de tout cela, s'ils ne faisaient aussi-bien des reliques des flèches dont il fut tiré , desquelles ils en montrent une à Lambesc en Provence , une à Poitiers aux AugustÎBS , et les autres par-oi , par-là. Par cela voit-on bien quils ont pensé de ne jamais rendre compte de leurs tromperies.
De saint Antoine.
Une semUable raison a rahx à saint Antoine
^ (x) 3amt-Steruin ou S»int: Saturnin.
320 TRAItÉ
pour lui multiplier ses reliques : car d'autant que c'est un saint colère et dangereux , comme ils le feignent , lequel brûle ceux à qui il se courrouce : par cette opinion il se lait craindre et redouter. La crainte a engendré dévotion , laquelle a aiguisé Tappétit , pour faire désirer d'avoir son corps , à cause du profit. Pourquoi la ville d'Arles en a eu grand combat , et long , contre les Antoniens de Viennois : mais l'issue n'en a été autre qu'elle a accoutumé d'être en telle matière \ c'est-à-dire , que tout est demeuré en confus : car si on voulait liquider la vérité , l'une des parties n'aurait bonne cause.
Avec ces deux corps, il a un genou aux Augustins d'Albi \ à Bourg , à Maçon , à Dijon , à Cliâlons , à Ouroux , à Besançon , des reliques de divers membres , sans ce qu'en portent les quêteurs ^ qui n'est point petite quantité. Voilà que c'est d'avoir le bruit d'être mauvais : car sans cela le bon saint fût demeuré en sa fosse ou en quelque coin , sans qu'on en eût tenu compte.
De sainte Pétronille (i) •, de sainte Suzanne^ de sainte Hélène et des onze mille Vierges.
J'avais oublié sainte Perronelle , la fille de saint Pierre , laquelle a son corps entier à Rome en Tcglise de son père ; ileni plus , des reliques à part à Sainte-Barbe. Mais elle ne laisse point pour-
(i) Appelée plus gënëralement PétroniUe , et aussi Perro^ ne lie , Pernclle , etc.
Des RELIQUES. 32 1
tant d'en avoir on autre au Mans , au couvent des Jacobins : lequel est là tenu en grande solemnité^ pour ce qu'il guérit de fièvres*
D'autant qu'il y a eu plusieurs saintes nommées Suzanne , je ne sais pas bonnement si leur in«tention a été de redoubler le corps d'une : mais tant y a qu'il y a un corps de sainte Susanne à Rome , en l'égÛsc dédiée de son nom , et un autre à Toulouse.
Sainte Hélène n'a pas été si heureuse : car outre son corps qui est à Venise , elle n'a gagné de su-* perabondant qu'une tète , laquelle est A saint Gé* reon de Cologne.
Sainte Ursule l'a surmontée en cette partie :
i son corps premièrement , est à Saint-Jean^l'An-
gély ^ elle a puis après une tète à Cologne , une
portion aux jacobim du Mans , une autre aux Ja»
cobins de Tours , l'autre à Bergerat*
De ses compagnes , qu^on appelle les onze mille vierges , on en a bien peu , pour en avoir partout. Et de fait ^ ils se sont bien aidés de cela pour oser mentir librement, car Outre cent charrettes d'ossemens qui sont à Cologne , il n'y a ^ à grande peine , ville en toute l'Europe , qui n'en soit remparée ou en une église , ou«n plusieurs.
De quelques autres saints*
Si je commençais à faire la montre des saints vulgaires, j'entrerais en une forêt dont je ne trouverais jamais issue-, par quoi je me contenterai d'alléguer quelques exemples en passant, m, 21
îi^ TRAITÉ
dont on poutra ^Eiire jugenent de tont le reste» A Poitiers , il y a deux églises qui se diaputeÀt le corps de saint Hilaire» à savoir les chanoines de son église ^ et les moines de la Selle ; le procès en est pendant au crochet^ jusqu'à ce qu'on en fasse Visitation» Cependant , les idolâtres seront contraints d'adorer deux corps d'un homme ^ les fidèles laisseront reposer le corps , 01^ qu'il soit, sans sen soucier.
De saint Honorai , son corps est à Arles , et aussi Lien ji l'ile de Lérins , près Antibes»
Saint Gilles a l'un de ses corps à Toulouse, et l'autre à une ville de Languedoc y laquelle porte son nom.
Saint Guillaume est en une abbaye du Langue* doc, noi^méeSaintrGuiUaume du désert, et en uBe ville d'Aussois , aopuuée Ecrichen , avec la têle à part , combien qM.'il ait une autre tète au faubourg de Duren en Juliers , eu l'abbaye des Guillemites* Que dirai-je dfi saint Saphoriuou Simpborien, lequel est eu^ tant de lieux eu corps et en os.
Pareillement de saint Loup , qui est k Auxerre, à Sens , à Ly^n , et faisait-on accroire qu'il était, à Genàve (t). Autant de saint Ferrëol , qui est tout entier à Uzès , en Languedoc , et à Brioude en Auvergne. Au moins qu'ils fissent quelques bonnes transactions ensemble, pour ne point tant
(1) Calvin peut se tromper ici ; car il y a plusieurs saints coups : saint Loup de Troyes , Saint Loup de Sens, saint Loup> i]e LyoB , etc. ^ jVn connais quinze.
^ttecouTtir leurs meosoages , comine ont fait les «chsoloîiies de Triei^ivec ceuic de Lîége , touchant la tête de saint Lambert , car ils ont composé à •quelque somme d'argent , p#nr Tintërêt des offrandes, de ne la montrer publiquement, de peur quon ne -s'étonnât de la voir en deux villes tant voisines. Mais é'est ce que j'ai déjà dit du commencement, ils n'ont point pensé d'avoir jamais un coi^ôleur qui osât ouvrir la bouche pour remontrer leur impudence.
On me pourrait demander comment ces bAtisseurs de reliques , vu ({u'ils ont ainsi amasse isans propos tout ce qui leur venait en la tète, et en soufflant ont forgé tout ce qu'il leur plaisait, ont laissé derrière les choses notables du vieux testament. A cela je ne saurais que répondre , sinon qu'ils les ont méprisées , pour ce qu'ils n'espéraient point d'en avoir grand profit. Combien qu'ils ne les ont du tout oubliées^ car à Rome ils se disent avoir des os d'Abraham, d^Isaac , et de Jacob , à Sainte-Marie sùpra Minervam. A Saint- Jean-de-Latran, ils se vantent d'avoir l'arche de l'alliance avec la verge d'Aaron , et n&mmoiïis celte verge est aussi bien à la Sainte^hapelle de Paris , et ceux de Saint-Salvador en Espagne en ont quelque pièce.
outre cela , ceux de Bordeaux maintiennent que la verge de saint Martial, qui se montre là en l'église de Saint-Severin , est celle nième d'Aarori . Il semble avis qu'ib aieitt voulu faire miracle nouveau , à l'euvi de Dieu : car comme cctie
35ii TRAITÉ .
verge fut convertie en serpent , par la ^ertu d'i celui , aussi maintenant Hê l'ont convertie en trois verges.
H peut bien être ^u ils aient beaucoup d'autres manicles de l'ancien testament. Mais il suffit d'en avoir touché ce mot-là, pour montrer qu'ils se sont portés aussi loyalement en èet endroit qu'en tout le "reste.
Je prie maintenant le lecteur d'avoir souvenance de ce que j'ai dit du commencement, c'est que je n'ai pas eu des commissaires pour visiter les sacristies de tous les pays dont j'ai fait par ci-dessus mention. Pourtant, il ne faut point prendre ce que j'ai dit des reliques , comme un registre ou inventaire «itier de ce qui s'en pourrait trouver. Je n'ai nommé d'Allemagne que environ demi-douzaine de villes -, je n'en ai nommé d'Espagne que trois, que je sache \ d'Italie environ une quinzaine ^ de France , de trente à quarante, et de celles-là encore n'ai-je dit tout ce qui en est.
Que chacun donc fasse conjecture en soi-même quel tripotage ce serait, si on mettait par ordre là multitude des reliques qui sont par toute la chrétienté , je dis seulement des pays qui nous scmt connus , et où nous hantons. Car le principal est de noter que toutes les reliques que l'on montre de Jésus-Christ par deçà , et des prophètes , on les trouve aussi bien en Grèce , et en Asie , et » aux autres régions , où. il y a des églises chrétiennes.
Op, je. demande maintenant, quand les chréliens de l'église orientale disent que tout ce que nous en pensons avoir est par devers eux , quelle résolution pourra-t-on prendre là-dessus ? Si on les contredit, alléguant qu un tel corps saint fut apporté par des marchands , Fautre par d^s moines , l'autre par un évèque ; qu'une partie de la couronne d'épines fut envoyée à un roi de France par l'empereur de Constantinople , l'autre conquise par la guerre, et ainsi de chaque pièce, ils hocheront la tète en se moquant.
Comment : videra-t-on ces querelles? Car en cause douteuse, il faudra juger par conjecture. Or, en ce faisant, ils gagneront toujours : car ce qu'ils ont à dire de leur côté est plus vraisemblable que tout ce qu'os pourra prétendre du côté de par deçà. C'est un point fâcheux à démêler , pour ceux qui voudront défendre les relîques^ . ,*.
,Pour faire fin , jtf prie et exhorte, au nom de Dieu , tous lecteurs de vouloir entendre la vérité, pendant qu'elle leur est tant ouvertement montrée, et connaître que cela s'est fait par une singulière providence '^leJ)ieu , que ceux qui ont voulu ainsi séduire le ptavre monde; "ont été tant aveugles, qu'ils n'ont point pensé à couvrir autrement leurs mensonges^ joatais comme Madianites, ayant les yeux ^crevés, se sont dressés les uns contre les autres. Comme nous voyons tju ils se font eux-mêmes la guerre et.se démettent mutuellement. QuiconijuR ne se voudra point endurcir pour répugner à
toute raison à son escient y encore qnil né sdiC ps» pleinemcut iustruît que c^est une idolâtrie €%é^ crable d^adorer reliqi:^ aocime^ quelle qu'elle soit y vraie ou fausse , oémuoins vojant la fausseté tant évidente , n aura jamais le f^cnrage d'en baiser une seule , et quelque dévotioB qu'il y ait eue aur paravaiu, il en sera cndèremcnt dégoûté.
Le principal serait bien y comme j ai du com-*mencemçnt dit y d'abolir entre bous chrétiens y cette superstition païenne y, de eanonisev tes reli-^ ques , tant de Jésuç-Chrîst quie de ses saiints^ pour en faire des idoles. Cette £eiçob de faire est une pollution et ordure , qu en ne devrait BuUenakent. tolérer en Féglise. Nous avons d^à remontré, par raisons et témoignages de l'Ecriture^ qu'ainsi est^ Si quelqu'un n'est content de cela , quHi régarde l'usage des pères anciens y afin de se confonner à l^rs exemples. Il a eu beaucoup de sain^ patriarches , beaucoup de prophètes y de saints rois, et autres fidèles en l'ancien t^ëtament : Die» avait ordonné plus de cérémonies de ce temps^là que njoas n'en devons avràr : m^ne 1» sépulture se devait faire eu plus grand appareil que BMiinte« nant , pour r^réseuter, par figure,- la résurrection glorieuse y d^anlimt qu^elle n'était pas si clairement révélée de parole comme nous liavons.
Lisons-uo^s qu'on ait tiré hors les saints de leurs sépulcres , pour en fiiire des poupées ? Abraham? y père de tous fidèles , ar-t-il jamais, été élevé ? Sara y aussi princesse en l'église de Dieu , a-Kne ete retirée de la fosse ? Ne les a-tnon pas laissés avec tous les autres saints en repos ?
Jà'
Qui plus est , le corps de Molfse n'a-l-it pas été eaché par le vouloir de Dieu , sans <{ue jamais on t'ait pu trouver? Le diable nena-t-il pas débattu contre le* an^ ^ comm^ dit saint Jude^ Pourquoi csWce que Notre-^Seîgtieur Fa été de la vue des hommes, cft que le diable Vj voulut remettre!^ C^est comme chacun confesse , que Dieu a touIu oter à son peuple d'Israël occasion, d'idolâtrie *, l6 diable au contraire Ta voulu établir.
Mais le peuple dlsraël ^ dira quelqu'un , était enclin à la superstitions Je demande ce que c'eèt de «ous ? N^y SL-^r-il pas san& com^paraison. plus de perversité entre lea chrétiens y en cet «i4roit ^ qu'il n^y eut jamais entre les Juifs?
Aviso9i3 ce qu'il a été fait en Téglise an^cienne : il est vrai qm tes fidèles, «ni toi\)ours mis peine de retirer ka CQtpa des martyrs , afin qu'ils ne fussent mangés des botes et des oiseatiic ^ et les ont ensevelis honnêtement , comme nous, lisons et de saint Jean-JBaptiste et de saint Etienne. Mais c'était afin de les mettre em terre , pour les laisser jusqu'au jour de la résurrection ^ et non pas les col^ loquer eu ^ni/â des hommes , pour ^'agenouiller devant.
Jamais celte malhewmifle pompe de les canomiser n'a été introduite ea l'église , jusqu'à ce que tout a été perverti y et comme profané , partie par la bètiae des prélau et pasteurs, partie par ' leur avarice y parUe qu'ils, ne pouvaient résister » la coutume y depuis qu'elle était reçue ; et aussi que le peuple cherchait d'être abusé y s'adonnant
plutôt à folies puériles , qu à la vraiç adoration de Dieu.Pourtant,-ce qui a été mal commencé, et mis sus contre toute raison y devrait être totalement abattu , qui voudrait droitemeni corriger Tabus. Mais si on ne peut venir du premier coup i cette intelligence, pour le moins que Ton en vienne à Tautre ; et qu on ouvre les yeux , pour discerner quelles sont les reliques qu'on présente.
Or , cela n'est pas difficile à voir à quiconque y voudra entendre ^ car , entre tant de mensonges si patens , comme je les ai produits , où est-ce qu'on choisira une vraie relique , de laquelle on se puisse tenir certain? Davantage , ce n'est rien de ce que j'en ai touché , au prix de c|i qui en reste. Même cependant qu'on imprimait ce livret , on m'a averti d'un ^oisième prépuce de Notre- Seigneur , qui se montre à Hildesheim , dont je n'avais fait nullement mention. Il y en a une infinité de semblables. Finalement, la Visitation découvrirait encore cent fois {dus que tout ce qui s'en peut dire.
Ainsi, que chacun à son endroit s'avise de i&e se laisser à son escient traîner comme une bête , pour errer à travers champs , jans qu'il puisse apercevoir , ni voie , ni sentier , pour avoir quelque sûre adresse.
Il me souvient de ce que j'ai vu faire aux marmousets de notre paroisse , étant petit enfant, i^u^nd la fête de saint Etienne venait, on parait aussi bien de chapeaux et affiquets les images des
tyrans qui le lapidaient (car ainsi les appelle-ton en conunun langage) , comme la sienne, hm pauvres femmes , voyant les tyrans ainsi en ordre, les prenaient pour compagnons du saint , et chacun avait sa chandelle ', qui plus est , cela se faisaii^ bien au diable , comme à saint Michel.
Ainsi en est-il des reliques ^ tout y est si brouillé et confus , qu'on ne saurait adorer les os d'un martyr y qu on ne soit en danger d'adorer les os de quelque brigand ou larron , ou bien d'un âne , ou d'un chien ou d'un cheval. On ne saurait adorer un anneau de Notre-Dame , ou un sien peigne ou ceinture , qu'on ne soit en danger d'adorer les ))â|^es de quelque paillarde.
Pourtant, se garde du danger qui voudra , car nul d'orénavant ne pourra prétendre excuse d'ignorance.
FIS DU TRAITÉ DES KELiQtJES.
DPS SAINTES RELIQUES,
^ PAR L'ABBÊ DE CORDEMOY,
ii^%
IWttarra$&é dç&I^UUiës et des lentears, maU coasse vvé:
dans le texte originale
Ce iTs^hê a été publie en laaiiée 019.9 4édié à M. Bosc, conseiller du roi. NousTavons abrégé i>ans en altéjrer le texte. Cest .une . réponse ag^ livre de Calvin. On ne s'en douterait pas. — Mais nous avq|is pensé qu on QipiLs saurait bon gré dWoir mis cet extrait à la suite du petit chef-d'œuvre de Calvin^
■ka^^BHN
S I*'. Ce quqn entend par les Reliques.
li^ÉGLisE donne généralement le nom de RbU-* ques à tout ce qui nous reste des saints après leur mort. Elle regarde les corps des saints , comme ayant été les teniples du Saînt--Esprît , et ses victimes par le martyre ou pat la pénitence. Ainsi rhomieur , cp'elle veut que nous leur rendions dans celte vue , retourne à Dieu même.
Si Taflection que nous avons pour une personne qui nous a fait du bien , s^'étend à tout ce cpii nous reste d'elle après sa mort , peut - on trouver étrange que nous honorions les reliques des saints ? Us ont affermi notre foi , ou par leurs doctes écrits , ou par Teflusion de leur sang ; et tous noua ont laissé ées efeémples admirables de vertu. D'ailleurs , comme le remarque saint Chrysostoxne , . rien ne nous excite davantage à les imiter, que la vue de leurs corps. Dieu /dit ce grand docteur ,:. nous les veut laisser, a6n qu'ayant toujours 'devant les yeux ces saintes dé-
pouilles , nous nous animions à la pratique des vertus qui les ont consacrées.
Comment n'aurions-nous j^s de la vénération pour ceux que Dieu a lui-même honorés par des miracles, avant et après leur mort? C'est ce que rÉcriture nous apprend en divers endroits, comme nous Vallons voir.
§ IL Dieu a honoré les saints par des mU*acles.^
Commençons par Faneien testament. Élie se coucha sur le corps d'un enfant qui venait de mourir , et le rendit vivant à sa mère. Son dis* ciple Elizée> ressuscita de la même manière le fik d'une autre veuve. U reçut ensuite avec une ex-
trème joie le manteau que lujr* laissa tomber Élie, lorsqu'il fut enlevé dans un char de {ea« C'était pour Elizée , dit saint Chrysostome , un héritage plus précieux que tout For du monde* Et, conmie il avait vu que ce prophète, pour' traverser le Jourdain à pied sec /en avait séf$sté les eaux avec ce manteau^ il fit aussi la ^ème chose.
Mais ce qui arriva après sa mort n'avait point encore eu d'exemple. Le seul attouchement de ses os rendit la vie à un homme , qui fut jeté par hasard dans son tombeau ; et TÉcriture nous dit la-dessus que le corps mort d'Élizée prophétisa.
Saint Cyrille de Jérus^em enseigne pourquoi les corps des saints doivent être respectés : o afin dit-il , qu'on n'honore pas seulement leur âme ,
Tî
maïs qu^on croie aussi qu'il reste dans leurs corps une certaine vertu. »
Quand Vigilance osa parler des reliques avec mépris , saint Jérôme lui dit , pour le confondre : a Si les os des morts souillent les personnes qui les touchent , comment Elizée , tout mort qu il était, a-t-il pu ressusciter un mort? »
La terre , sur laquelle marchait ce prophète » parut si vénérable à Naaman (qu^il avait guéri de la lèpre), que ce prince lui fit cette prière, avant que de retourner en Syi*ie : <( Permetteimoi d'^nporter la charge de deux mulets de •cette terre. » Etait-ce par un esprit de supersti* don qu'il parlait ainsi ? Non certainement : Que voulait-il donc fidre du peu de terre , qu il demandait avec tant d'instance ? En élever dajus son pays un autel , où il put sacrifier au vrai Dieu «qu'adorait Elizée. Lorsque Théodoret examine cet endroit de TÉcriture , il appelle Naaman un homme admirable. Nos réformés n'auraient garde •d'en parler de même.
Si nous ouvrons TEvangHe , nous y trèuvons •d^ahord qu'une femme ^ malade depuis douze années d'une perte de sang , entendit parler de Jésus ; qu'elle vînt derrière hii au travers du peuple , en disant , si je puis seulement toucher le bord de sa robe , je serai guérie ; qu'elle le toucha \ et qu'elle fut guérie à l'instant même. Les pères de l'Église , qui - ont parié de cette femme, admirent sa foi. Ils la proposent même
aux chrétiens , comme un exemple, qu'ils doî*
Yent imiter.
Quand les habitans de Génézareth surent que Jésus-Christ était chez eux , « ils envoyèrent dans tout le pays d'alentour ^ et lui présetitèrent tous les malades , le priant quHl leur permit de tou-* cher seulement le bord de sa robe 5 et tous ceux qui le touchèrent furent guéris. » Si nos prétendus réformés eussent vécu de ce temps-là , ils se fussent bien gardés de faire la même cbose ; car voici ce que dit Calvin sur cet endroit de rÉvangile. « Il y a apparence que ces gens étaientt enveloppés de quelqu% superstition quand ils restreignaient la grâce du Christ à Tattoucliement de sa robe. Pour le moins , ils le dépouillaient d'une partie de son honneur, vu qu'ils n'espéraient point de sentir aucun secours de sa vertu' par sa simple parole. Mais lui , de peur d'éteindre le lin fumant, s'acconmiode à leur rudesse (i). »
Ainsi Calvin ne se contente pas d'accuser de superstition ceux de Génézareth , il veut encore que Jésus-Christ, la sainteté Doiéme , les ait; soutenus 4^ns ce mal.
Nous lisons, dans les actes des apôtres, quefbrt peu de temps après rascension de Notre-Seigneur, u le nombre des fidèles s'augmentait de plus en plus : de sorte qu'ils apportaient les malades dans les rues , et les mettaient sur des lits , afin que lorsque Pierre passerait , son ombre couvrit au ' ■ ' ' ■ ■ I ■ ■ ■ ■ j i I I
(1) Commentaire sur Vharmonie des év'angiUt ,' etc.
moins quelqu'un d'eux , et qu'ils fussent guéris àa teurs infirmités. Calvîn se fâche encore de ce que les catholiques se servent de cet endroit de l'écriture pour justifier la conduite dé l'église sur les reliques. « Je réponds^ dit-il ^ que de tout ce que saint Luc raconte avoir été fait par des gens rudes et ignorans de la vraie foi , il ne s'ensuit pas qu'il le faille affirmer être du tout bon et drpit. Gir voici à quoi tendent les papistes, c'est que le monde étant*détoûmé de Christ, aft son recours aux saints. » Ces premiers fidèles ignoraient la vraie foi ! Le peut-K)h croire de gens cpie'les apôtres m/^mes venaient d'instruire ?
Enfin nous trouvons, dans les actes diesapôtrçs, aue^c( Dieu faisait des miracles si exîmMWlinaires par les niàms dè'Paul , qiie l'on portait même les mouchoirs et les tabliers ,'qùi avâiçnt'toùctiéïsôii corps , sur lès'mâlades '; él qu'ilà étaiiént guéris^ » Cet endroit marque avec évidence que la coutume , qu'ont les catholiques de faire toucher, pour lés pialadès , des linges ou cPaùtres choscb. aux relfqiieâ 4i^és ààibts , est aùs^ ancienne que réglîsie ,' et qile l'e grand saint Paul l'a approuvée, en se laissant' àltlsitoùcKer. Calvin redouble ici rontt'eùx Sâ^ colère, a Tant ptife .'ait r il ' se montrent ridièules lès papistes ,' qui s'aident de ce
ire valoir leurs roliques : comme sî Paul avait fait valoir ces çouvré^cliéfs, afiii que les ^cus les baisassent en son honneur par dévotion , coiiiiue en la papauté ou adore les souliers d« s.'iînt Prancoîs , la ceinture de sainte Bose , le
ni. ' 'V,
338 TigmÉ
peigne de sainte Marguerite , et tels autres fatras... Ces invectives tombent d^elles - mêmes , lorsque Féglise catholique déclare qu'elle ne rend à aucune créature Tadoration qui n est due qu*à Dieu ^ et qu'elle ne respecte les corps des saints, que parce qu'ils ont été les temples du Saint- Esprit.
§. ni. Que les premiers JidèJes avaient beaucoup de refpect pour les reliques.
On ferait un gros volume , si Ton voulait rapporter toutes les preuves de cette vérité. Il suffira de mettre ici les plus considérables.
Lorsque saint Ignace d'Antioche eut souffert la mort à nome , pour Jésus-Christ , les acte» de son martyre nous apprennent que ses os , recueillis avec' respect par les fidèles , furent portés à Ahtîoche, et déposés dans l'église, çop%me un trésor inestimable.
Douze ans après, Adrien fit mourir , à Tivoli^ la bienheureuse Symphorose et les sept fils qu^elle avait. «Le sang de ces généreux ma^r^s, dit leur histoire , éteignit rpqur quelques mois la persécution. De sorte que les chrétiens employèrent ce temps de paix & rendre ft leufs sacrées, rçfUques , rhonneur qui leur étaS; du, ».
La fameuse lettre que les fidèles de SpQvme écrivirent à l'église du Pont sur le martyre de saint Polycarpe leur évcqiie , marque la même chose à l'égard de ce gui leur resta de son corps ,
DES RELIQUES. SSg
après qu il eut été brûlé. Ds racontent d'abord de quelle manière cet homme admirable endura le martyre. Ensuite ils ajoutent :
«Le démon fit tant que les chrétiens ne pU- » rent avoir le corps de ce grand saint , quoiqu'ils » souhaitassent de pouvoir enlever ce trésor , et » que plusieurs se fussent déjà mis en devoir de )» le retirer du bûcher. » Le proconsul refusa )» ces précieux restes aux chrétiens, sous pré* » texte qu'ils devaient abandonner le culte du cru- )> cifié , pour mettre Polycarpe en sa place y s'ils » pouvaient avoir ses reliques. »
Voilà ce qu'on tâche aus$i, dans la nouvelle réforme, de faire croire des catholiques , afin de les rendre plus odieux. On y dit à tout moment qu'ils détournent les peuples de Jésus-Christ , pour les porter à recourir aux saints.
Mais il répondent , avec les fidèles de Smyme : » Pouvons-iàous ne plus reconnaître Jésus-Christ, » après ce qu'il a souffert pour nous ? Il ne nous est » point permis d'offrir à un autre Dieu nos prières » et nos vœux. Car , bien que nous honorions les » martyrs , et les autres fidèles serviteurs de Je- » sus- Christ , nous n'adorons que le fils unique de )) Dieu ] et nous ne rendons qu'à lui le^ honneurs » divins, i)
Quand Saturnin, premier évèque de Toulouse, eut été mis en pièces par un taureau , auquel on l'avait attaché., u deux femmes, surmontant la fai- )) blesse de leur sexe, et méprisant, à l'exemple de )) leur saint paiteur, les supplices où elles s'ex-
» posAÎent. . . de^cendîreht son corps dans une fotoe » profonde, songeant moins a lui dresser un tom- )> beau , qu'à dcrcibêr ses précieuses dépouilles à » la haine sacrilège des païens. » Elles demeuré- » rent quelque temps inconnues aux hommes sous )> un simple gazon , mais connues de Dieu et hono- » rées des anges ^ jusqu'à' ce que saint Hilaire déw couvrît ce trésor. Mais , n'osant toucher à ces » reliques sacrées .^^ il \ei cou\^rîl de terre , pour » ne les pas laisser exposées à la profàniatiop des » infidèles, et fit étever, "desÀis.'une petite' cha- )) pelle. »
Le^prbtiéstans doivent ^tre Bieh confus d'entendre ciéque Prudence, Cet excellent pôëté chrétien; rapporte sur les bôhâeurs qu'on rendait aux re^ Irques de saint Hîppolyte, prêtre de Téglisç die Ro^ me. Lorsque le gouverneur, devant qtu'l*bnpréi sèhta ce vénérable viëiHard a Ostie, apprît son nom , il dh': Qu'il soit, comme Hîppolyte, fils dé Thékéc, traîné et mis en pièces par les chevaux. Ce éhiel arrêt est exécuté sur le champ; et ces animaux , effrayés des clameurs que poussent les forêts, l'emportent au travers des rochers et des forêts... Cependant ses amis le suivent. On i'oit les uns ramasser dans lé pàn de leurs robéSy ses membres dispersés. Les autrefi emportent le sable imbibé de son sang^ afin qu'il ne reste liende cette précieuse rosée sur utie terre profane. « Après que cette pieuse » troupe a recueilli toutes les parties du.corpâ d'Hip- )) polyte , elle pense à liii chercher un tombeau. » Prudence poursuit sa narration ^n ces termes :
DES RELIQUES. 34e
m Les sacrées dépouilles de cette grande âme sout » renfermées dans une châsse d'argent massif. . » Par lerai-jë du ppodîgieux <x)hcouFs de monde » qui s y fait chaque jour? Dès que le soleil {larait, y» le peuple s'y rend em foule, pour prieD.' Et » quand le soleil se retire, on voit encore ce lieit » sacre rempli de ceux. qui vont y porter leurs )^ vœux... Peridant que les uns baisent a\fec respect y^ le métal qui renferme les sains ossemens.j les au-- » très répandent des parfums y ou des laimes. » .
Saim Chcisostôme marquait grand «mpressenisont d'aller à Rome , pour y voir les reliques de saint Paul. « Qui me donnera ,. disait*il , dlem-* )) brasser le corps de Paulj de m'atiaeher à sùn » tombeau j der^arder la- poussière de ce corps ^ y^ qui répandait en tout lieu ; la semence de Tëvan*gile.... « Je voudrais voir k tombeau^j oùiisont )) renfermés* ces membres qui furent le temple »- du Saint-Esprit. Ce corps et cehti de Pi^re.; ^> font la défense da Jtome^ !> j i.
Nous lisons dans les.Aetes du^màrtyre de sarint Cyprien» qu'après que le proconsul d'Afrique l'eut condamné à perdre la tète,, les fidèles jetèrent des linges autour de tui^ pouar recueillir son sang.
Or bâtit bientôt après deux basiliques, sous le nom de ce saint martyr : l'une dans l'endroit ou il répandit san sang pour JésusrChrist , et l'autre dans celui où il fut inhumée • .- <.: r
Justin^ gouverneur de la Thrace^ fit mourir, ^n 3e4y saint Philippe^ évèque d'Héraclée, avec un diacre qu'on nommait Hermès ^ le démon lui in^
spira de faire jeter dans FHébre les reUques sacrées de ces saints martyrs. Maïs quelques personnes, animées d'une pitié généreuse , prirent des rets , montèrent sur une barque et se rendirent à Tendroit où on les avaient jetées. Dieu récompensa leur charité , en poussant dans leur filet les corps des deux saints. Aussitôt ces heureux pécheurs, plus satisfaits de leur pèche que s'ils araient trouvé de For et des perles^ regagn^ent le bord et furent cacher leur prise à douze milles de la ville.
Les fidèles de la Çilicie eurent grand soin de recueillir les corps de Taraque , de Probe et d'Andronic, qui moururent en 3o4 pour la foi. Le gouverneur de la province fit mêler leurs restes, avec les corps des gladiateurs. « Ainsi , disent les » fidèles deCilicie, dans leur relation, nous notis n mimes à genoux pour demander à Dieu qu'il )» lions montrât les reliques des saints mattyrs^,,^ D Et dans le même temps, il tomba du ciel un » globe de lumière qui se posa sur leurs corps. » Nous les enlevâmes donc avec une joie que nous > ne saurions exprimer. »
Saint ChrisQst&Die fait l'éloge de sainte Domnine et de ses deux filles , Bérénice et Prodosce , qui eurent le courage de se noyer elles-mêmes > pour^e se pas exposer a l'insolence des bourreaux. a Ne vous sentez-rvous pas à présent tout remplis d'amour et de respect pour la mère et pour les filles , dit-îl ? Profitons de cea momens de ferveur, et allons nous prosterner devant leurs reliques \ les châsses des martyrs , et leurs os sacrés ont la
DES REUQUES. 343
vertu d'attirer les grâces et les bénédictions du ciel sur ceux qui les révèrent. »
Sa^iht Grégoire de Nysse appelle le tombeau du saint mar^r Théodore « une source de grâces et de secours contré les ennemis du salut. Celui à qui Ton permet de prendre de la poussière , qui est au pied du tombeau , ajoute-t-il , la ramasse avec respect , Tcmporte avec joie , et la serre soigneusement, n croit posséder un trésor dans ce peu de terre ; car de toucher aux reliques mêmes, c'est une faveur singulière qu'on accorde à peu de personnes.. Ceux & qui un semblable bonheur est arrivé savent combien il leur a fallu employer de prières y et marquer d'empressement pourl'ob-' tenir.
a Alors , continue Grégoire de Nysse , il» embrassent se corps sacré , comme s'il était vivant. Us te baisent avec respect^ ils le contemplent avec avidité *, ils en portent.quelque ^ûë ik leuts yeux, à leurâ oreilles , à tous leurs sens. Elnsuite ils s'adressent & lui y comme ^'ils' le voyaient ^ ils le prient , ils répandent des larmes pour le toucher ; ilsflui demandent son intercession ; ils le conjurent de se rendre auprès de Dieu leur avoca; et leur protecteur. >
Tout ceci doit paraître bien étrange au pjbuplc protestant , à qui les miniétres cachent , autant qu'ils peuvent , les sentimcns et Ids coutKÉlbs^de la plus sâinië antiquité. '
Npus voyons que saint Ambrôis'e-parîc comme los pères qu'on vient de citer. C'est dans le dis-
cours qu il fit à la fête des saints martyrs Nazaire et Celse , (|ui répandirent leur sang pour la foi > sous FempiFc de Néron. « Le peuple de chaque ville , dit-il , se trouve heyi^eux et se réjouit , lorsqu'il possède au moins les reliques d^un seul martyr. Nous au contraire , nous en. avons dun fort grand nombre Cest avec raison que- les enfaas de Téglise célèbrent la gloire des bienheureux martyrs..^.. Honorons-les.
<( Si vous me dites ; Qu'honorez-vous dai?is une chair djéjà réduite en poudre y et pour laquelle Dieu n'a plus de soin ? Je vous répondrai , par le prophète : Le Seigneur garde leurs.os « et pas.' un ne sera brisé (i)% »
Saint Âstère , évèque d^Amasée en Cappadoce y commence aiA»i. le.p^n^ynque du saint, martyr Phocasi : (( En ci;iitrant aujourd'hui, dans ce tem-^ pie, que la piéfé des fidèles a^élevé au bienheureux Phocas , j<f ,me- rappelle tout ce que la tradition a con^rvé des. actions de ce. saint nuurtyr* Je me représente un jarçlinier.^ qui des fruits dont la. terre paie libéralement son travail >,.entretient sa famille , . et assiste les pauvres. J[c le. considère comme Thonneur de cea rivages y Ymge tutélaire de la Méditerranée, comme un graàd saint, oomme* un confesseur de Jésus-Christ... . ...^ « • ^* L'ancieime
ville de Synope , nçtçe voisine , fut sa patrie»...^* Il se préseuta lui-même à la mort. Oii lui coupa la tète , et il fut offert à Dieu y par le$ a^ges , comme
une hostiç d'agréable pdeuf^
. (i) Psauii»e'33. ■.
« Depuiô ce jour , Féglise le reconnait comme une des principales cOlonn^ qui la soutiennent. Elle le révère comme un martyr de grande distinction. Toutes les villes ^ toutes les provinces , envoient leurs nabi tans à son tombeau^ et tous les chemins sont couverts de ceux qui lui vont ofirir des vœux. De tous les temples qui lui sont dédiés^ le plus superbe , comme le plus fameux, est celui qui possède son sacré corps. Êtes-vôus dans Taffliction? Allez à Phocas, il vous consolera. Etesvous infirme, accablé de maag.? Visites le .tombeau de Phocas , vousiy trouverez la santé. » :
Théodoret. décrit en peu de mots luipanière dont on r«çut à Constantinople le corps de saint Jean Chrisostôme , qui. était n^ort e.n exiU a.LoI^que les reliques de ce grand docteur fureutç transféréeis dans la viUe impériale,|la|iaer. devint comme une terre ferme , par la multitude dos b^rqtiqs» Le peuple fidèle, avec des flambeaux , couvj^it toute rentrée du Bosphore^ du côté de. la Propontide* Celui qui tient à présent Tempire (i) , et qui fait revivre en sa personne le nom et k^ hau(e piét4 de son aïeul , donna ce trésor à Constantinc^le. Il approcha même les yeux et le front de la châsse du saint, le priant de vouloir pardonner à son père et à sa mère Tinjustice qu'il lui avaient faite par imprudence. »
Nous voyons dans Thistoire de sainte Pélagie , qui avait été une fameuse courtisane , les mêmes
(i) ThéoiU»v lé jeune.
honneurs rendus à ses rçliqjies. « Après sa mort , dit un auteur contemporain , son corps fut mis ayec grande vénération sur un drap dW , enrichi de pierreries. Mais comme on voulut la frotter avec de la myrrhe , on reconnut que c'était une femme*...' Lé bruit s'en étant aussitôt répandu de toutes parts , tons les monastères de vierges vinrent avec des cierges allumés , en chantant des hymnes ; et les reliques de Pélagie furent portées dans r^^se de Jérusalem. »
Lai anciens nules voulaient encore avoir des rdiques sur eux , principalement d^ys leurs vovar ges.' « Je volts recomikiai|dé «, Jisait l^ut Augustin à un évèque de #eà am», IwAgiièif aervàiites âe Dieu, GiÂe tt Simjlice ia fiDe, inférieure à sa mère par TAge y jmais au-dessus d'elle par la saior^ teté de son état , puisqu'elle a consacré sa virginité à Jésus-Christ , au lieu q^e sa mère ne lui a consacré que sa vidtdtéb Ces dames portent avec elles des reliques du très-glorieux nurtyr saint Etienne.»
Plusieurs catholiques imitent encore 1% piété de ces dames.
§ rV . Qu'on élevait des autels sur les tombeaux
des martyrs.
Nous avons d^à vu quel empressement on avait de recueillir les corps ou les cendres des martyrs , comme des choses qui étai^it phts précieuses que For et les perles.
On les mettait ensuite dans des châsses magni-
fiques ; et pour leur faire encore plus dlioimeiir , on élevait sur leurs tombeaux des autels , pour y eélâ)rer les divins mystères. Il parait même que cette coutume venait de ce que marque saint Jean dans Fapocalypse , qu'il vit sotis Tautel les ftmes de ceux qui étaient morts pour la parolç de Dieu* « Lorsqu'on eut mis , dit Prudence , le corps de saint Hyppolyte , dans une grotte auprès de Rome , on éleva sur son tombeau un autel. »
Prudence rapporte ailleurs qu'on posa les os de saint Vincent, diacre^ sous un autel; et que Dieu voulut ainsi partager son tr6ne avec lui sur la terre , comme il Vavait déjà partagé dans le ciel. Les conciles d'Afrique défendirent de dresser aucun autel , sans y mettre des reliques. C'est pourquoi saint Ambroise , pressé de faire la d<^dicace de l'église qu'il avait b&tie & Milan, répondit qu'il n'y manq[uerait pas, s* il en trouvait quelques-rmes. Et, quand il eut découvert les tombeaux de saint Gervais et de saint Protais , il les fit transporter avec beaucoup de cérémonie , dans cette nouvelle basilique.
Saint Odon , abbé de Cluny , nous apprend que le comte Saint Géraud'fit bâtir une belle église à Aurillac , et qu'il eut soin de faire mettre sous les autels les reliques qu^ aivait apportées de Rome et d'autres endroits d^taUe.
Ecoutons saint Augustin sur le iculte que Fé-
, glise rend aux saints Martyrs , «Nous honorons,
)» dit-il , les martyrs, de ce culte d'amour, doint les
i> saints qui sont encore sur terre , sont honorés.
B Mais nous, avons d'autant plus de dévotion peur »cux, que leur $alut est plus en sûreté depuis » quils 3ont. sortis du cpDaLbaLrjQepcndant nous u h'hpporons y et a'euseignons d'honorer que Dieu ». seu}» de ce culte que le^ Grecs appellent /âtz-id^ Il ejL qui n'e^t proprement dû qu'à, la Divinité. » Et , comme Jobli|tion du sacrifice n'appartient y> qu'à ce culte , nous ne l'offrons. , ni ne cooimanr » dons de l'offrir à aucun, martyr , à aucune àme » sainte , ni même à aucun ange.
. §. V. Suite^
Ce que saint Jér^e écrit contie Vigilance, fait bien voir encore; l'égarement de nos réformés.. Cet impie disait. d^un air railleur aux catholiques : « Quelle nécessité y a-t-il que vous honoriez, et que vous adoriez même . ce je ne sais quoi , que vous portez avec tant de respect dans un petit vase ? Pourquoi baisez-vous , en Tadorant , de la poussière enveloppée dans un linge ? Nous voyons presque les mêmes cérémonies des païens intro* duitcs dans l'église , sous prétexte de religion^ » Vigilance avait aussi la témérité d'appeler les catholiques , idolâtres •, et les protcstans , qui renouvellent ses erreurs , nous donnent tous> les jours le même npm.
Mais la réponse de saint Jérôme à cet hérétique les doit couvrir de honte, w Vigilance , dit-il^ est fâché qu'on mette sur les reliques des martyrs un voile précieux. Il voudrait qu'on les envelop;-
DES RELlQtJES. 349
pat de haillons , ou qu on les jetât dans un fumier. O tète insensée"! Nous honorons les reliques des martyrs : mais nous adorons celui dont ils sont les martyrs.... » .
Si la manière dont saiût Jérôme com'bi^ltiiîl Vigilance était in^îbtiblê!*, elle Test bien davantage à regard de nos réformés, puisqu^ùn plus grand nombre de siècles autorise h doctrine ét^ la coutume de Téglisesuf k'vétiération des relique^. Et certainement il faut êAré* bien hardi , ou bien aveugle , pour s'opposer à l'une et à' f autre.
A l'égard des cierges , ({U'e cet hérétique trouvait mauvais qu'on allumât devant lés tbirïbeaiix des martyrs , et dont se moquent encore les protestans , ^ voici ce que répliquait saitit Jérôme : « €!eux qui aflumentdèiy- cierges pour 'honorer les » martyrs en ont la récompense selon lëiir foî."..\. )) Quand la chose'se faisait pour les idble'^V ^I ^^ i^^I" ))lâit détester : quand' elle" se feitpour lés'riîar- » tyrs , il la faut recevoir. ' ^ ..<;:.
Ces cctaséquences ont paru si durè^ aii faiî^ux Pierre ivL Moulin, qu'il a pris le'jparti'de dire qu'on devait garder avec honneur les reliques des saints; ^ Notre différend^ dit ce ministre , n^est pas s il faut garder avec hànnéuf les reliques des saints , bu'sî leur séptrhuHl' doit être eu liéuî décent , erlfeur méto'ôire honorable: Car, si;iioiQ's visitons avec une curiosité louable les ^pnlcrcs des anciens empereurs païens et persohtoges célèbres, bu en vertu militaire , bu en savoir , combien plus verrions nous volontiers les tombeaux des apôtres ? mais il pc faut pas les adorer, u
35o TRAITÉ
§. YI. De la uraie croix ^ et delà terre du saint
sépulcre.
Une des plus considérables choses qui soient arrivées an conunencement du IV siècle ^ estTinventîon delà vraie croix.
Sainte Hélène , convaincue par des miracles qu'elle Tavait trouvée i fit élever sur le tombeau de Notre-Seigneur une église magnifique , où elle laissa dans une boite d'argent une portion de la vraie croix. «Chaque année, dit saint Paulin, vers » la fête de Pâques , Tévèque de Jérusalem la ûd- » sait adorer à son peuple , après Tavoir adorée » le premier. Les pèlerins regardaient comme une T» grâce s^naJée^ Jt en pouvoir obtenir .quelque » particule. »
Nos réformés , bien loin de se réjonif de tels pr^sens ^ n en auraient que du mépris. Ceux de qui nous avons i*eçu la foi pensaient d'une autre manière. « Car avec quelle ardeur^ dit saint Chrisostôme , souhaite-t'On davoir du bois où le corps de Jésus-Christ fut attaché / Ce bois était autrefois une marque de supplice et d'infamie : mais celui qui a toutiait ta élevç. aurdesmsdes deux. » Cet empressement des chrétiens à* se munir ^e quelques parcelles de la vraie croix , faisait dire à saint Cyarlle de Jérusalem , que l'univers en était presque tout rempli, quoiqu'il n'y eut alors que fort peu de temps qu'on eut découvert une chose si précieuse.
DES REUQUES. 35t
Quand sainte Hélène en eut envoyé on morcem à Temperear son fils, ileat soin de le £fdie mettre an bas de sa slatae , cpi était dans la place de Gmstantino^ y persuadéque la vtZfe, oà f^n consery€rmt?'€e sacré dépit , scrak immcMe**
Saint Ambroise igonie que cette sainte' femme envoya encore à rempereor un diadème , où lé peudela unde croix ^ ifELfUej fiât attacher, f^« laà mieux, que toutes bsjpierreries âXmi die Ta- ▼ait enrichi. « De sorte , ditcepère , qu'elle mit la croix de Jésu$^(3kriàt sur la féfee des rois , afin, qu'elle y fût adorée en hwv personnes..* »
Les rois de JérusalemiiHsaientporCer à la guerre ce saint étendard, pour dosmei^ du ooiûige*'à leurs troupes et de la terreàr aux iafidMes ^^ils allaient combattre. "^
Saint Louis se, rendait tous les ans, k Tendredi saint, dans la chapelle <{u'il «tait lait, bâtir à Paris , pour j mettre les rdiques que Baudouin II , empereur de Constantinoplè , lui avait envoyées.
Là, revécu des habits royaux et la couronne en tète , il exposait Im-ménie la%nraie croke àla péké^ ration du peuple. Ensuite, la tèteetiles pieds nus, sans ceinUire et sans épée, il. se prosternait et priait q^c^lque temps. Puis , marchant sur les ge^ noux , il s'arrêtait, un moment , et priait encore. Enfin il s appirochait de la croix; et, après avoir prié pour h troisième foici, U la baisait avec une humilité profonde ; et se retirait les yeux baissés. Il n'est pM étonnant quV^n eût tant de respect
35à TRAITÉ
pour Ift oroÎN -de JéBus'^-Christ, puisqu'btien mat-* quait in(^ittC.beAnCou|i pk)ur la terre de- ttôïi ,t6ihbcauk. II! Aufira d'en donner une épreuve tirée* de saint Augustin, a Le ti*ibun HESperai|s , ': qui est parmi nou&^'dii ce.grand.Hommer, aiafte métairie da^^ le territoire 4e Fussal» , on ^ comme il* eut recQunu qiié ièfs ecf rita maliss koûfmentïiienf ses bestiaux et ses «f8)c)aT4it,jil pria nos prêtres, en moi^ i^ll^ence!, qtte quelgu^.un d'eux j ailàt pour le^ chasser. par ses oraisom^Hj eu' ^ll&uki, qui ofiUx le SAOf-^îee ducohps.de Jégtih^Chrùi, et aussi-tôt elle cessa.par.*.lftiiiisériooFde'deI>km^Oi:fi[es'' pédus avait jro9U7d!un:dc.9es;.aBiit^ic/r peu de la terre, sainie dé» Jérusalem^ pùJésiis-jQirnt' fut enterré ^'«ivdssujcitarile troisième jiûiur, et fuyait suspendue dans sa cftambre , pour^ se garantir lui^ même dès. imubek duidémoKé^ Maisi, quattiâ sa matscmleii; fili;délî?rét v îfl pensa ce qu'il ferait deceCl0 teore , que, par respect^ il ne vouladt plus garder dansisa ckainbre;-!!- n»ùs fit prier; d'aller chez lui , et après nous avoir fait le récit de tout • ce qui s'était passé-, il nous pria 'dé vônjoin enfouir ceUe terre en qnelquc endrcnt , ou les chrétiens 'se> pussent- asseikibler, pour célébrer le servioe divin. Nous y- dônsentimes ; et la chose se fit. Sur cette nouvelle , un jeune paysan paralytique conjura ses'parcns de le porter, sans différer, dans ce saint lieu, où il ne fut 'pas plutôt qu'il s'en retourna , -de son, pied , parfaitement guéri ^ après avoir fait son oraison D.
Pour achevei: de convaincre le parti protestant ,
DÉS REUQUES. 353
sut la vénéra tion des reliques, il faut encore lui rapporter quelques miracles autheQtiques faits à Icaur occasic»!. ,
I^YU. Des miraeles faits par les saintes reliques.
Saint Augustin assure qu'il fendrait plusieurs ¥oiumes 9 si Ton voulait décrire toutes les merveilles arrivées par les seules reliques du premier nmrtlfr saint Etienne. Il choisit les plus propres & fermer k. boudue' de eeuit qui prétendaient qu'il ne se feisait plus de miracles.
tt {j'évéque Prcjéct, dit-^il, apporta quelques reliques du glorieux martyr saint Etienne à Tibilis^ et Ton vit un grand concours de peuple k dette iïhâsse. U^ femme aveugle, de ces quartiers,, pria, qulon la conduisit à Tévèque qui tenait ce s^cré dépôt. JElle donna dss fleurs, pour les y faire toucher^ et conuné^n les lui eut rendues, elle les mit sur ses yeux , et snt aussitôt.
• » Le fils d'un certain Irénée , collecteur des tailles , motUfut à. Hippone. Mais, «lorsqu'on se prépar^iit à ses fuuérailles , - un* des amis de cet homme^lui jdit défaire frotter le corps de sonfik a^^ea de Phnile du samtbnartjrr : on le fit, et ten^ fant i:essuscitc^p.9m
». » /Voici: PTi(Kir6, poursuit ce père, un miracle §j^éçfeta|it, qu,e,^ Jdie crois pas qu'il y-ait personne k I%p<>p^, qUlne rpijfc va, ou qui n'en ait entendu pailler. Dix ïenfians^ sept frères, et trois soeurs ^ nés.à.jÇ^san^e e^ Cappadoce , ei d'assez bonne £im. a3
mpll« , ayant été maiidilft par leiir mère pour qael* que outrage ifiàh lui firent, après la mort de leur père 9 furent miraculeusement.firsppés dW horrible tremblement de tous leurs membres; mais comme îk- ué paiv^nt .spafiEric4ft oonfiiBi<to; quMls en recevaient dans leur pays , ils s'en al-lèredt chf^cun de leur côté^:eeianti par* tàutifempjire romain». Ile» vint denxièHippdné, on^gàir^ çoi^ elme fiUe ^iq«:on nommait Pand etPdladiév déi}k £wmeux par leur disl^tràee en beavecmp d*eim di^qits. Il» y vinrent avant! Pâques , ci ^sîtdâeat tous les jours TéçEtse , ou'ilyavftit des reliqaea daowiavtyr saintr Etiemaie, ^priant Dien d^apuiser s^ e^lène'» êl de leur rendre leurptcaBOHère Mnté. t^OMJomr! fligèmfi. de Pâques , dans le* temps que le jjeuae hcfmme : tentait les barreaittK dtl iîén o& étaient ces ;reli^peft, il tcteibii tout d'ufn conp, et resta par terre comme endoràii , sarnsr néan* moins trembler , comme il avait couttmie , même en donnant. . Quelques-uns le vonhlt^nt relevei'j mais d'autres ■ les en iempéchèi^nt ^ >et disaient quil fallait attendre Tissue, lorsqu'il se^réleifé sur ses pieds i entièrement guéri. Tôutcr l^é^ise r^nik de grands cris de joie-; et T^ft ébutrM Vivement à^ihoi^ pour me lé direv«; Le troimèlttè' jour d'après le dimanche de Pàquesi..V tÙttÈtùé^ entacbeTé de lif da relaiioi^ deiïd tniraielé , on enteiKliA,dé nolwQ|ies. adclamatiosis ,- qui Veciàiéilf dn tombeau de Bxuap Etienne'^ l^të41aslrtÀlaiteé se taumffnt amSsitôt <te oé e^fté-U^y dburài. Otrla jcànei filfe mêlait ailée k la oh^lse Act sttiitt tAkiff;
DES EELIQUES. »5$
pour&ife éo% pj^ièves^ et dès qa'ellei en eut tou- .dké lies bftrireaux ^ elle tomba comme son frère f ei se r^ie^ja patfaUements€dne*... y*
. iCes Baoracleisfil beaucoiq» d AiitMs , ont paru si certains à Grotius, qu il les a mis entre lespreuve» incontestables de la vérité du christianisme.
Saint Augoàtîn parle ailleurs d'un aveugle qui fut guéri par les reliques des saints martyrs ^ •Gervaiset Protais, a G'étsiit un homme de Milan ^ aveugle d|spnis bien des années, et connu de toute la jrille\ Comme il s'aperçut du kniît qui se faisait parmi le peuple ^ et qui marquait «n siget extraordinaire de joie, il en demanda la cause, n la sut , et se fit mener aussitte çù éiaieiH les corps de ces martyr)» ; à peine eut-il porté à ses yeux le linge qu'on lui permit de faire toucher au brancard qui soutenait leurs ivliqvèeSy que la vue lui fut renodue.. d
Mais toni cela ne plak pcûnt aux nnnistres , qui en voient les Ûcheuses conséquences. AuasI veuloit^ils persuader k lenvs peuples , ouq[ue ]tà saint évèque de Milan fut séduit par Be démon , ou qu'il n'était lui-même qu'un inaposfeur.. >
Saint Jean l'aumônier , que ses. vertus avaieiit élevé sur le siège patriarcal d'Alexandrie , retourna vers^la fin de ses jours dans l'ile-de Chypre^ et, mourut à Amathonte qui était le lien de sa naissance, a Alors, dit hauteur de sa vie ^pour lui rendjre les honneurs qu'on lui devait , un' fort grand nombre de- prêtres accompagnèrent son corps jiÀques dans la ehapellfi du saint évèque
Tycàne ; et Ton y vit arriver ce miracle : H y avait dans le tombeau, où Ton voulait le mettre', deux saints évèques qui étaient morts Ipng-iemps auparavant , mais qui lui rendirent le même lionneur que s'ils eussent encore vécu.... Car révérant les mérites de cet illustre patriarche , et son pouvoir dans le ciel ^ ils sp i^tirèrent. chacun de leur c6êéy par tordre de Dieu^ pour lui faire place au milieu deux» Oe prodige n'a pas été vu seulemient d'une , de dix , ou de cent personnes , mais de toute cette grande multitude^ qui s'était assemblée à ses funérailles. )»
§ Vin. Que les Prétendus Réformés ont imité les
pojkns^ > 4
On a déjà vu que les gouverneurs païens ordonnaient souvent de brûler ou de. jeter dans la mer les corps des martyrs , pour empêcher leà fidèles de les honorer. Théodoret marque qu'entre les excès de fm*eur que les idolâtres commirent sous Julien l'apostat, Mis rompirent à Sebaste la châsse de saint Jean^Baptiste , en tirèrent les reliques , les brûlèrent , et jetèrent les cendres au vent. Saint Grégoire de Nasianze leur réproche la même chose. Us ont , dit-^il , brûlé les reliques des saints , et les ont jetées au ;vent , pour les priver de l'honneur qui leur était dû.
Il ne faut pas s'étonner que les plus grands ennemis de noti^ religion en usassent ainsi. Mais que des gens , i|ui portent le nom Je chAStieni^ ^
Dés RELIQUES. 357
aient suivi leur exemple , en profanant les sacrées dépouilles de ceux que la pénitence ou le martyre a sanctifiés , c'est ce qu'on ne peut comprendre, et c'est néanmoins ce que firent nos réformés, au commencement de leur schisme. Ils n'épargnèrent pas même les reliques de saint Irenée à Lyon , de saint Hilaire à Poitiers , et de saint Martin à Tours , c'est-à-dire , des trois plus illustres évèques qu'ait eus la France. Ils rompirent leurs châsses avec indignité , et jetèrent au loin leurs précieux restes.
Ils n'eurent pas moins d'emportement en Angleterre. Larrey rapporte les outrages que fit Henri YIII aux os et à la mémoire de saint Thomas de Cantorbéry. Ce prince , dit-il , ne voulut pas qu'il restât la moindre trace de la vénération que les siècles précédens avaient eue pour un si indigne sujet. Ce fut pour cela que , non content d'en faire briser la châsse et brûler les os , il en fit encore ôter la fêle dans tous les bréviaires du royaume.
Peut-on s'imaginer que les siècles précédens , qui ont eu de la vénération pour saint Thomas de Cantorbéry, se soient trornpés? Quoi ! Henri II ,. qui fit pénitence sur le tombeau de ce martyr , pour avoir donné occasion à sa mort , était dans 'l'erreur? Quoi ! Louis VII, roi de France ^ y était aussi , lorsqu'il fut demandtîr sur le même tombeau la guéri son de Philippe-Auguste son fils , et qu'il l'obtînt? C'est ce qu'il faut dire , si M. Larrey a pu l'appeler un sujet indigne.
C'est dommage pour la nouvelle reforme quo Larrey n'ait pas fait aussi Thistoire des iconoclas-^ tes \ il n eût pas manqué de louer Tempereur Constantin Copronyme , de ce qu'avce les images, des saints, il avait encore attaqué leurs précieuses, reliques. Il eût raconté , comme une beUe action de ce prince , qu'il fit ];eter dans la mer la châsse de sainte Euphémie , . dont le corps était en si grande vénération à Calcédoine^ Cependant, selon toutes les apparences, il n eût pas ajouté que Dieu,, pour confondre une telle impiété , voulut que les vents conduisissent ce sacré dépôt dans Tile de Lemnos , où les fidèles , qui le reçurent avec respect, le cachèrent, jusqu^à ce qu'on le reportât dans son temple, par Tordre de l'impératrice Irène.
Voyons à présent ce que les ministres nouç». objectent de plus fort, contre la vénération de& reliques» Ils disent que Dieu ne voulut pas que les Israélites sussent l'eiadroît où Moïse fut enterré , de peur qu'ils ne rendissent à son corps des honneurs divins» Ainsi, concluent-ils , le res-* pcct que l'église romaine porte aux reliques , est fort dangereux , au moins pour les ignorans*
Mais ont -ils oublié, que ce peuple grossier «vait toujours un extrême penchant à l'idolâtrie ? Fn effet , s'il adora le veau d'or , que n*eût-il pas. uiarqué à Tégard du corps de Moïse , qui avait fait à sa vue tant de prodiges dans le désert? Ce lut aussi , comme nous l'apprend saint Jude, le sujet de la contestation que l'archange saint Mîcbel eut avec le diable. Cet esprit malin vou-
lait , pour engager les Israélites dans Hdolfttrîe , qu'on enterrât Moïse publiquement. Saint Mickd au contraire lui résista , et fit que le cotps de œ grand homme fut mis dans un lieu qu ib ne pussent connaître. Mais cela condamne-t'-il Tbonp neur que ftofus rendons aux saintes .reliques? Point du tout : car ce culte est au-dessoas deci^lui qui nest du qu'à Dieu. D'ailleurs le^ prophètes ont prédit que le Sauveur du monde détruirait l'empire du démon , c'çst-à-^dire , l'idolâtrie \ W cet Homme-Dieu promet lui-mèn|ie à son ^g)Î9e 4
. que les portes d'enfer ne préyaudront point coipitre elle.
(( Dieu, continuent les ministres , rendit ]^ vje à un mort par l'attouchement des os du prppbèt^ EMlKé^ Mais on ne lit pas qu'on les ait tir^s dé terre pour Içs exposer à la vénération du peuple «
^Bien loin de cela , Isaïe , au chap. i4 9 verset 19, et Jérémie , au chapitre aa , verset 19 , mettent entre les menaces et les malédictions de Dieu de n'être point enterré. Comment donc la chose est - elle présentement en honneur ? Pourquoi ôte-t-on les os des saints du lieu de leur repos? Pourquoi les met-on en vue ? »
Mais il n'est parlé ici que de deux princes^ que la vengeance divine prive de sépulture, à cause de leurs crimes. En effet , c'est du roi de Babylone , qu'Isate dit : <c Tous les rois des nations sont morts avec gloire ^ et chacun d'eux a son tombeau. Mais pour toi , tu as été jeté loin de ton sépulcre, comme un tronc inutile. »
36o TtUlTÉ
Voici le passage de Jérémië : «c Cést ce qne w ait le Seignear à Joakim^ fils de JoQÎas , rm de » Juda. On ne le pleurera point, en £sant: ÂIl ! » frère nialheiùrènx! Ali! 'soeur malheurên » neleplaindra point, en criant : A^J prince dé- » plond>le I gràndenc bientôt finienm sépubure » mra comme celle Jtun âne mort : on le jdera n tout pcmrhors des paries de Jérusalem. »
D^ailleurs les cadavres de ceux qui mouraient ches les Juifs, conone dit saint Basile , étaient en horreur. Si '<piélqu'un , aft contrure , souffre la mort pour le nom de lésufr^SiriBU ses reUqum ' sont précieuses* Dans rancienius loi, il était dit aux prêtres et aux Nazaréens , quHs ne se souilleraient sur aucun mort , et que , si Ton toucliait à un cadarre, ott serait impur. Mais à pAsW, celui qui touche aux os d'un martyr , participe en quelque façon à sa sainteté , à cause de h% grâce qui réside dans son corps.
Quelque saintes que fussent donc les personnes mortes sous la loi de Moïse , leurs corps étaient regardés comme impurs , parce qu'avant que Jésus-Christ fût entré dans le ciel , elles ne pouvaient jouir de la gloire ; et c'est pour cela qu'on ne rendait aucun honneur à leurs reliques. Mais présentement qu'elles sont bienheureuses, l'Eglise respecte leurs corps comme ceux des martyrs , ou des autres saints de la nouvelle loi. Ainsi l'empereur Arcade fit transporter avec beaucoup de magnificence , de la Judée dans lit Thracc , les os du prophète Samuel.
DES RELIQUES. 36i
Les ministres font encore quelques objections qui ne sont que dç pures chicanes , et qui tombent d^elles-mèmes. Comme ils ne peuvent nier , que dans les temps les plus saints et les plus éclairés , on n'ait eu beaucoup de vénération pour leslAMques 9 leur dernier retranchement est de (^^^[u'il y en a de fausses , et qu'ainsi il vaut mieux nen respecter aucune, que de pouvoir être trompé.
Par la même raison . il ne faudrait croire au- €un mirac]|p,, jparce qu'H y en a de faux ; ni rece- V6ir même "Viui^ipQi 4^ Fécrîtiire , parce qu'il y en a d'apflnjoMB et de supposés.
n est difficue que les protestans , qui voudront lire avec attention ce petit ouvrage , n'en soieni; touchés. Fasse le ciel qu'ils reviennent à l'unique troupeau de Jésus-Christ , et que tous ensemble nous lui puissions dire : « Seigneur ! qui opérez tant de merveilles par les reliques de vos saints , augmentez-en nous la foi de la résurrection 'y et faites-nous participer à la gloire immortelle , dont nous respectons les précieux gages dans leurs cendres. — > Ainsi soit-il. »
FIN nu TRAITÉ DES SAINTES RELIQUES.
sjirTO' i'»"»'