MADRAGUE
Le rendement du Madia varie de 16 à 20 hectolitres par hectare. Un hectolitre de graines pèse, en moyenne, 60 kilogrammes.
L'huile que fournissent ces graines est mangeable, bien qu’elle ait une saveur peu agréable. On peut l'utiliser dans la fabrication du savon ou dans le foulage des draps. 100 kilogrammes de semences bien épurées fournissent 55 à 26 kilogrammes d'huile et 70 à 72 kilogrammes de tourteau.
Le Madia constitue un mauvais fourrage, mais on peut l’enfouir comme engrais vert quand il a atteint son maximum de développement. G. H.
MADRAGUE (pisciculture). — L’étymologie du mot indique l’ancienne origine du fait de pisciculture marine qui lui a valu son nom. La madrague n'était qu'une sorte de pêche à l’étable; pour les Grecs, les filets, dont elle se formait, représentaient une étable aquatique. Vaste labyrinthe de filets en sparterie, dans lequel l’on prend dans la Méditerranée les Thons et quelques autres gros poissons (Esturgeons, Bonites, Espadons, etc.), telle est la madrague de nos jours.
Pratiquée sur les rives du Pont-Euxin déjà au temps d’Aristote, ce fut par l'Espagne que la madrague nous arriva, bien que Strabon mentionne dans le premier siècle de l’ère chrétienne les tonnares de Cosa, ville de l’Etrurie méridionale, aujourd’hui disparue, et de l’ile d’Elbe, où se trouvent encore à Porto-Ferrago, Enfola et Marciana les trois plus importantes madragues de la Méditerranée.
Les filets sont assujettis sur le fond de la mer au moyen de grosses pierres ; ils sont tenus verticalement par des lièges, et les côtés sont bien renforcés par des cordes, afin qu’ils puissent plus facilement résister à la lame et aux gros poissons. Ils forment un parallélogramme allongé placé toujours parallèlement à la côte vers laquelle il se rapproche insensiblement. Les côtés des plus petites madragues n’ont pas moins de 250 à 300 mètres sur une largeur de 60 à 70 mètres reliés à la côte par la queue de la madrague, autre filetin dépendant qui parfois n’a pas moins de 1000 mètres, établi verticalement et maintenu par des ancres et de grosses pierres.
L'établissement d’une madrague, une fois l’autorisation obtenue du Ministère de la marine, exige d'assez grands capitaux (25 000 à 30 000 francs au moins), et un assez nombreux personnel de fin mars, époque de la calaison, à octobre où finit la pêche et où la levée n’exige pas moins de dix ou douze hommes montant trois ou quatre barques.
La madrague ne prenant que les poissons de passage (les migrateurs d'avril à octobre), ne saurait porter préjudice aux espèces sédentaires ou poissons de rivages. Aussi, sur les points où des pêcheurs associés se sont chargés réellement de la conservation des fonds de pêches, des résultats admirables ont déjà été obtenus.
Deux ou trois de ces associations appelées prudhomies à la Méditerranée sont signalées déjà depuis 1867, et dans le rapport de la Commission sénatoriale du repeuplement des eaux en 1882, comme dignes de la plus sérieuse attention, notamment celle des marins de Saint-Tropez.
Les cantonnements des madragues en dehors de l'abord des Thons, suit sur 1000 à 1850 mètres, sont, on le sait, toujours les mieux empoissonnés.
Les gros temps de 1865 qui ne permirent pas aux marins de pêcher près des madragues justifièrent ce fait que les filets, retenant les gros poissons, servent de refuge et d’abri aux jeunes, chassés sans cesse et impitoyablement par les ralz trainants de
leurs plages d'amour et de stabulation.
Le pour ou le contre sur l'utilité des madragues n’est point ici la thèse que nous voulions aborder. Ce sont vieilles querelles dont, depuis le seizième siècle, on n’a cessé de s'occuper et dont on s’occupera certainement longtemps encore, le poisson
MAERL
n'étant que le prétexte à de nombreux thèmes politiques ou personnels. Nous n’en retiendrons que le fait du calage d'une madrague : les jeunes y trouvent un abri et les poissons de rivage une protection. Voilà ce que législateurs, zoologistes,'pisciculteurs et pêcheurs ne doivent pas oublier.
Une de ces pêcheries peut fournir de 5000 à 15000 Thons de mars à fin juillet, ou de 20000 à 30000 francs de poisson pour les six mois de calaison. On cite des madragues où l’on a pris jusqu’à 12 000’ et 15 000 francs de Thons dans une journée.
Les pêcheries, dites à filets, ne tombent pas sous le décret du 10 mai 1862, qui a réorganisé la pêche cotière en France, autrement dite petite pêche. Successivement défendues et autorisées, elles jouissent, depuis 1878, d’une liberté relative près de l’administration de la marine qui en refuse rarement l’établissement dans la Méditerranée. C.-K.
MAERL, — En Bretagne, on donne le nom de maërl à des dépôts marins littoraux, souvent assez abondants, qui se présentent sous forme de con-
Fig. 294. — Concrétions de maërl.
crétions dures, irrégulières, mamelonnées, dont la grosseur varie depuis celle d’un grain de Blé jusqu’à celle d’une noix. Ces concrétions sont mélangées de nombreux débris de coquilles ; elles sont tantôt rosées, tantôt de couleur gris verdâtre. Ces dépôts constituent un amendement calcaire, qui renferme une certaine proportion de matières organiques ; le carbonate de chaux y entre pour 60 à 80 pour 100, et les matières organiques pour 9 à 8 pour 100.
Le maërl est retiré, à marée basse, avec des dragues. On en fait une consommation importante en Bretagne, surtout dans le département du Finistère, et en Angleterre dans le Cornwall. On doit lemployer lorsqu'il s’est ressuyé de l’eau de mer qui l'imprègne.
MAGNANERIE (sériciculture). — La magnanerie (du mot magnan, nom vulgaire du Ver à soie en Provence) est le local destiné à l’élevage des Vers à soie. Suivant que les éducations sont plus ou moins importantes, la forme et les dimensions de ce local varient : pour les petites éducations, onse contente le plus souvent d’une chambre dans un grenier, un cellier, une grange, une orangerie; pour les éducations plus importantes, un bâtiment aménagé
MAGNANERIE
spécialement est nécessaire. Dans l’un et l’autre cas, les conditions de succès pour l'élevage des Vers à soie sont les mêmes ; par conséquent, les conditions indiquées pour les magnaneries spéciales s’appliquent aussi bien aux autres locaux dans lesquels on se livre accidentellement à l'élevage. :
Une magnanerie, quelle qu’elle soit, doit être telle que les Vers s’y trouvent dans les meilleures conditions d'hygiène. Ces conditions se résument en deux mots : température régulière et ventilation constante pour maintenir la pureté de l'air. Il paraît difficile de réunir simultanément ces deux conditions, non pas dans une simple chambre où le nombre des Vers est restreint, mais dans un bâtiment plus ou moins vaste où l’on se livre à des éducations de quelque importance, d'autant plus qu’il est nécessaire que la ventilation se fasse aussi naturellement que possible et sans courants violents. C’est cependant vers ce but que doivent tendre tous les efforts. “
Dans les anciennes magnaneries, au lieu d'activer l’aération et de chercher à y renouveler l'air, on en fermait toutes les ouvertures avec soin pendant la durée de l'élevage; pour purifier l’air, on entretenait dans les cheminées des feux dans lesquels on brülait les substances les plus variées, dont la fumée et les exhalaisons contribuaient le plus souvent à augmenter l'infection des locaux (fig. 295). Dans de semblables conditions, les éducations se font fort mal, et lorsqu'on a une production de cocons qui parait abondante, la cause exclusive en est qu'on à fait éclore une quantité exagérée de graines.
Pour obtenir une bonne aération, il convient d’abord de choisir l'emplace- | ment de la magnanerie. Il | importe que le bâtiment
soit voisin de l’habitation pour que la surveillance y soit facile, mais qu'il ne soit pas à proximité de cours d’eau qui produisent des brouillards, ni des tas de fumier dont les miasmes sont délétères pour les Vers à soie, qu'il soit autant que possible aéré sur toutes ses faces. L’aération la plus propice est celle du nord au sud pour le sens de la longueur, les deux faces principales étant exposées à l’est et à l’ouest, de telle sorte qu’elles reçoivent la plus grande somme possible de chaleur et de lumière solaires.
La meilleure forme à donner au bâtiment est celle d'un parallélogramme; quant aux dimensions, elles dépendent de l'importance des éducations. On admet, en général, qu'il faut une surface de 1 mètre carré pour élever les Vers provenant de Î gramme de graine, et que pour les Vers provenant de 2 grammes de graine, un espace de o mètres cubesest nécessaire, en comprenant les passages et les vides dans le bâtiment. Partant de ces principes, Robinet a calculé que la chambre principale d’une magnanerie destinée aux Vers provenant de 300 grammes de graine, devrait avoir, pour répondre aux conditions d'hygiène les plus parfaites, les dimensions suivantes : longueur, 13,50 ; largeur, 8 mètres ; hauteur, 7 mètres.
Pour assurer la ventilation régulière des magnaneries, le système le plus généralement adopté dans
MAGNANERIE
les Cévennes consiste à construire le bâtiment sur une cave dont l'air frais doit circuler dans toutes ses parties plus ou moins rapidement, suivant qu’on ouvre ou qu'on ferme les ouvertures pratiquées à l'étage supérieur et sous le toit. À cet effet, le plancher de la magnanerie (fig. 296) est percé de trappes qu'on ouvre plus ou moins suivant le besoin; l'air chaud tendant toujours à monter, lorsque la circulation est ouverte, ilse produit un appel de l'air frais et une évacuation de l'air chaud et vicié par les ouvertures supérieures. On doit à d'Arcet un système de ventilation qui permet de régler la température dans toutes les parties de la magnanerie, en y distribuant soit de l’air chaud, soit de l'air froid. On ménage dans le plancher des gaines percées de trous, qui sont disposées
sous les tables; dans le plafond sont des gaines
correspondantes, de même diamètre et également percées de trous, lesquelles se réunissent pour aboutir, à l’une des extré-
MAGNANERIE
versellement réprouvé, car ces planches sont lourdes, encombrantes, et il est difficile de les maintenir propres. On leur préfère des claies horizontales, soutenues, comme le montre la figure 296, par des cadres verticaux. Ces elaies sont faites en roseaux, en osier, en nattes tressées, en treillages de fil de fer, en cordes ou en canevas; dans ces derniers cas, les treillages ou les canevas sont fixés à un cadre en bois muni de traverses pour les soutenir. Les dimensions données aux claies pour qu’on puisse les manier sans trop de peine, sont celles de 10 à 80 centimètres en largeur et de 2 mètres à 2",50 en longueur. Dans tous les cas, les claies
mités du plafond,
soit à une chemi-
née d’appel, soit à un tarare. En dehors et en contrebas de la magnanerie, est placé un calorifère. Pour élever la température intérieure, on fait passer l'air du dehors par ce calorifère ; pour l’abaisser, on le fait passer par la cave.
Dans ce dernier cas, le courant d’air s'établit naturellement; dans le premier, l’air nouveau étant plus chaud, on établit la circulation en provoquant, avec le tarare, un courant artificiel. La puis-
sance dutarare doit varier avec la capacité de la magnanerie.Dans tous les cas, quel que soitle système de ventilation adopté, il est nécessaire d’avoir, dans une magnanerie, un poêle en faïence (jamais en fonte), pour donner de la chaleur au début des éducations et pour parer aux abaissements de température qui peuvent se * produire pendant leur durée.
Comme accessoires de la magnanerie, on a besoin d’un magasin pour les feuilles de Mûrier ; ce magasin peut être la cave ou une chambre spéciale. Dans quelques magnaneries, on réserve aussi une chambre spéciale pour l’incubation de la graine ; mais cette chambre est inutile, lorsqu'on a recours aux couveuses spéciales pour l’éclosion des œufs.
Mobilier de la magnanerie. — La partie principale du mobilier de la magnanerie consiste dans les tables ou tablettes destinées à supporter les Vers à soie. L'usage des planches en bois est uni-
Fig. 295. — Ancienne magnanerie.
doivent répondre aux conditions suivantes : permettre la circulation de l'air autour des Vers, être d’un prix assez bas pour qu’on puisse les renouveler sans dépense exagérée, se monter et se démonter facilement. Dans les petites magnaneries, on donne le plus souvent la préférence aux claies en roseaux, que chacun peut établir sans peine.
Les cadres verticaux se font en bois: on les fixe solidement aux planchers. Des traverses horizontales supportent les claies; la hauteur qui sépare ces traverses doit être égale à la largeur d'une claie. Pour les petites éducations, on peut avoir recours à des cadres-étagères mobiles, qui se replient sans peine.
Quant aux dispositions intérieures à adopter, elles varient nécessairement avec la forme du bâtiment. La condition essentielle à remplir est de
MAGNANERIE
ménager entre les cadres l’espace nécessaire pour la circulation et pour toutes les opérations de l'élevage : distribution de la nourriture, délitement, etc. On a vu plus haut qu’il faut 1 mètre carré pour élever les Vers provenant d'une once de graine; à raison des changements de claies qu’on doit faire pendant l'éducation, on doit compter sur une surface de tablettes double pour cette quantité de Vers. Enfin, il importe que toutes les parties des claies soient bien à la portée des ouvrières.
Pendant les éducations, on recouvre les elaies de papier ou d'une légère couche de paille pour que les Vers ne tombent pas à travers les interstices qu’elles présentent. L'emploi du papier est de beaucoup préférable. Ce papier se charge des excré-
MAGNANERIE é
feuilles fraiches ; mais, dans le transport, il se preduit souvent des froissements entre les Vers. C’est pourquoi on leur a substitué généralement Îles filets en papier préconisés par M. Eugène Robert; ce sont de simples feuilles de papier percées de trous de 1 à 2 centimètres, suivant la grosseur des Vers; on dépose sur les claies une feuille de papier garnie de feuilles de Mürier ; les Vers passent à travers les trous, et, en enlevant le papier, on pratique le délitement avec rapidité, sans toucher un seul Ver et sans qu'un seul soit froissé. Pour le transport des Vers, on peut employer une pelle en bois, munie d’une poignée, sur laquelle on fait glisser le papier percé lorsqu'il est chargé.
A ce matériel de la magnanerie s’ajoutent, outre la couveuse, des coupe-feuilles, des paniers, des manettes pour le transport et la distribution de la feuille. Il est indispensable d'y ajouter un thermomètre pour suivre les changements de température, et un hygromètre, pour , constater le degré d'humidité de lu IST
ï ah : £:
Après la quatrième mue, les
Vers tendent à filer leur cocon.
Pour remplacer les branches d’arbres sur lesquelles, dans la nature, ils s’établissent, on procède au boisement ou encabanage des claies. Cette opération consiste à garnir les claies de bouquets de Bruyères, de Genêts, de brindilles d'Olivier ou de Bouleau, de manière à former sur chaque claie plusieurs cabanes ou cloisons voûtées (fig. 297), dans lesquelles les Vers montent pour filer leur cocon; on doit les faire assez nombreuses pour que chacun y
al Rntl à