‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 2)Chapitre 62 sur 205 · MANCEAU · texte numérisé non relu

MANCEAU

quence la formation de ce qu’on nomme le Durhammanceau, qui peuple aujourd’hui à peu près exclusivement les étables de la Mayenne, de la plus grande partie de Maine-et-Loire et de la Sarthe.

La désignation sous laquelle la nouvelle population est connue impliquerait que cette population, comme l’ancienne, est métisse. C’est bien l’idée qu'on s’en fait généralement. Cette idée est toutefois une erreur d'appréciation. L'examen attentif de ses caractères le montre à tout œil compétent, et l’histoire de sa formation l’explique sans difficulté. Entre les Bovidés Manceaux actuels, qualifiés de Durham-manceaux, et les Gourtes- cornes inscrits au Herd-Book de leur variété, il n’y a pas d'autres différences que celles qui existent toujours entre les familles d’élite, reproduites et élevées avec soin, et les familles communes de la même souche. Tel Manceau se montre même parfois accidentellement plus fin et plus distingué que tel Courtes-cornes appartenant à la noblesse de sa race. Dans l’ouest et d’une manière générale, la distinction ne peut véritablement s'établir que par le fait de l’inscription au AHerd-Book. Il serait impossible de la motiver sur les formes. Ne pouvant être inscrits, les Manceaux sont réputés demi-sang. Beaucoup d’entre eux, cependant, ont conservé le pelage de l’ancienne population. La vérité des choses exigerait qu’on les appelàât Courtes-cornes manceaux, pour les distinguer des Courtes-cornes anglais, dont ils ont les caractères de formes et d'aptitude.

On ne voit pas d’ailleurs comment il en pourrait être autrement, étant donnée la série de générations durant laquelle les reproducteurs mâles ont été constamment empruntés à la variété des Courtescornes inscrits. Le type naturel de ceux-ci s’est substitué par croisement continu, conformément à la loi d’hérédité. Dans bien des cas déjà l'expérience a montré qu'il ne reste plus aucune trace des atavismes de l’ancienne population Mancelle. L'impureté attribuée aux Courtes-cornes manceaux par les dilettantes éleveurs de Courtes-cornes inscrits est simplement métaphysique. Cela n’a du reste pas d'autre inconvénient que celui de les exclure du sport des concours, ce qui est de faible importance (voy. COURTES-CORNES).

Les vaches de l’ancienne population mancelle (dite race Mancelle) nourrissent à peine leur veau. Les bœufs sont mous au travail. Par contre, a dit Leclerc-Thouin, ils engraissent facilement et assez promptement, même dans la jeunesse. Les herbagers normands en font un cas particulier. Lorsque je parcourais, ajoute-t-il, la vallée d’Auge, j'ai pu me convaincre qu'ils y arrivent souvent les derniers et qu’ils en sortent cependant les premiers, pour l'alimentation de la capitale.

Tout cela s’est accentué davantage depuis la substitution des Courtes-cornes manceaux, et aussi la population bovine s’est beaucoup augmentée. Les bœufs de la nouvelle variété sont encore plus recherchés par les mêmes herbagers et en outre par les sucriers du Nord. Malheureusement, dans le Maine, le régime d'hiver des jeunes animaux laisse en général beaucoup à désirer. Cela nuit beaucoup à leur développement. Les bœufs ne dépassent g guère le poids vif de six cents kilogrammes à l’âge de {rois ans, tandis que s'ils étaient mieux nourris à l’étable durant la mauvaise saison, ils atteindraient facilement huit cents kilogrammes. Il faudrait importer pour cela desaliments concentrés qui auraient en outre l’avantage d'enrichir le sol en acide phosphorique, dont il est pauvre. La transformation du bétail manceau passe déjà pour avoir fait la fortune du pays. Ce serait bien autre chose encore s’il était mieux soigné.

Les bœufs Manceaux s'engraissent facilement, ont un rendement élevé et fournissent de la viande tendre. Ils sont estimés pour cela des engraisseurs et des bouchers. Leur viande, moins fade que celle

MANCHE

des Courtes-cornes anglais et laissant aussi moins de déchet, ne peut point cependant être placée au premier rang des viandes françaises pour sa saveur.

PORCS MANCEAUX. — Les pores manceaux appartiennent à la race Celtique (voy. ce mot). A la différence des Bovidés qualifiés de même et qui, comme on vient de le voir, habitent à la fois le Maine et l'Anjou, ceux-là seuls qui se produisent dans le département de la Sarthe sont appelés Manceaux et forment la variété Mancelle. Les autres de la même race, ceux de la Mayenne etde Maine-et-Loire, sont des Craonais (voy. ce mot).

La distinction ainsi admise par l'usage est, dans l'état actuel des choses, purement nominale et géographique. Nous ne pourrions, pour notre compte, nous faire fort de distinguer, soit par ses formes, soit par sa couleur, soit par ses aptitudes, un cochon Manceau d’un Craonais. Il fut un temps où les produits des environs de Craon, mieux soignés, étaient supérieurs à tous les autres de la région. Aujourd'hui, les autres les ont rejoints, notamment ceux de la Sarthe. Comme eux, ils se répandent dans tout l'Ouest pour y être élevés et engraissés. Les charcutiers de Paris les ont en la même estime et leur accordent toujours, sur le marché de la Villette, une plus-value.

La seule remarque qu'il y aurait lieu de faire, c’est que certains éleveurs manceaux, entraînés par l’angiomanie etse laissant aller à de faux calculs, font encore des mélanges avec les métis anglais, sous prétexte d'obtenir plus de précocité et une plus grande facilité d’engraissement. On rencontre ainsi, parmi les pores Manceaux, des sujets croisés, tandis qu'il n’y en a point parmi ceux appelés Craonais. Ge dernier qualificatif implique la pureté. Les hommes du métier sont unanimes pour considérer comme de qualité inférieure ces sujets prétendus améliorés. Ils donnent de la moins bonne charcuterie et leur lard, moins ferme et beaucoup plus épais, se conserve moins bien dans le saloir. Les purs Manceaux ne sont guère moins précoces, ils ont le squelette tout aussi réduit maintenant, ils atteignent, au même âge, des poids au moins égaux, et leur chair, proportionnellement plus lourde et plus savoureuse, se vend plus cher. Ils sont donc incontestablement plus avantageux à produire que les métis anglais.

Les porcs Manceaux adultes et gras atteignent souvent le poids de 300 kilogrammes. A.S.

MANCHE (DÉPARTEMENT DE LA) (géographie). — Le département de la Manche à été formé, après 1789, de trois territoires appartenant à la Normandie : le Cotentin, l’Avranchin et une partie du Bocage. Il est situé entre 48° 50’ et 49° 40” de latitude septentrionale et entre 5° 47! et 452 de longitude ouest du méridien de Paris. Il reçoit son nom du bras de l’océan Atlantique qui le baigne en partie et le sépare de l’Angleterre. Le département de la Manche est borné : au sud-est, par le département de l'Orne ; à l’est, par celui du Calvados; au nord, au nord-est et à l’ouest, par la mer de la Manche; au sud, par les départements d’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne. Sa superficie est de 592838 hectares. Sa plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, de l'extrémité du cap de la Hague au point de rencontre des limites de la Manche, de l'Orne et de la Mayenne, est de 130 kilomètres ; sa largeur, qui est de 45 kilomètres dans la partie centrale et la partie méridionale, n’atteint guère que 28 kilomètres à la hauteur de Granville. Il est divisé en 6 arrondissements comprenant 48 cantons et 613 communes. L’arrondissement de Cherbourg occupe le nord du département ; immédiatement au-dessous se trouve celui de Valognes sur lequel s'appuient ceux de Saint-Lô, à l’est, et de Coutances, à l’ouest ; au sud sont les arrondissements d’Avranches et de Mortain, le premier à l’ouest, le second à l’est.

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