‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 2)Chapitre 78 sur 205 · MARIGNY · texte numérisé non relu

MARIGNY

décoration des plates-bandes ou la formation des bordures. JD:

MARIGNY (biographie). — Abel Poisson, marquis de Marigny, né à Paris en 1727, mort en 1781, fut directeur général et ordonnateur des bâtiments et jardins royaux. Il est connu aussi sous le nom de marquis de Vandières. II fut un des premiers membres associés de la Société nationale d'agriculture en 1761.

MARNAGE, MARNE. — La marne, désignée quelquefois par les minéralogistes sous le nom d’argile calcarifere, est un mélange naturel et intime de calcaire et d'argile, jouissant de la propriété de se déliter sous l'influence des alternatives de sécheresse et d'humidité. Au point de vue agricole, c'est un amendement calcaire (voy. ce mot).

En dehors des deux matières essentielles et caractéristiques, calcaire et argile, on trouve, dans les marnes, très fréquemment du sable siliceux, et, d'une manière accidentelle de l’oxyde de fer, du carbonate de magnésie, du phosphate et du sulfate de chaux, des substances organiques. Tous ces corps sont associés en proportions variables à l’infini, et il en résulte, pour les marnes, des propriétés et des aspects différents.

Certains agronomes ont pensé, en présence de l’'homogénéité de la texture des marnes, que ces roches étaient le résultat d’une combinaison entre les différents composants énumérés ci-dessus ; 1l est aujourd’hui admis que ce sont de simples mélanges. Mais les particules de calcaire, d'argile et de silice sont si ténues qu’elles échappent à tous les moyens d'observation dont nous disposons, et, quand on met sous le microscope une parcelle de matière aussi petite que possible et qu’on ajoute un peu d’acide, on constate que l'attaque a lieu sur toute la surface visible à la fois.

Quant à la propriété de se déliter que possèdent, à des degrés très divers, il est vrai, toutes Les marnes et dont ne jouissent jamais les mélanges artificiels qu’on a réalisés, elle paraît avoir son origine dans l’inégal retrait que subissent, en se desséchant, l'argile et le calcaire.

La couleur des marnes ne peut servir à les reconnaitre; on en trouve en effet qui, comme les calcaires et les argiles, sont blanches, grises, Jaunes, bleuätres, verdätres et même marbrées. Leur consistance ne donne pas une base plus solide : les unes rappellent les calcaires jurassiques les plus compacts; les autres se rapprochent des argiles plastiques. Mais à côté de ces caractères si variables, on constate chez les marnes les propriétés suivantes : de donner une cassure conchoïde et terne quand elles sont sèches ; d'être onctueuses au toucher, de happer à la langue; de se déliter plus ou moins rapidement quand on les soumet alternativement à la sécheresse et à l'humidité ; de faire avec les acides une effervescence dont l'intensité dépend de la proportion de calcaire qu’elles renferment.

On voit, en somme, qu’il sera toujours facile de reconnaitre une marne en exposant un échantillon à l'air, après l’avoir humecté, et en examinant l'action d’un acide sur un autre échantillon.

Toutes les formations sédimentaires renferment des gisements de marne.

Le trias commence la série; un de ses étages, le muschelkalk, offre une assise de marnes feuilletées, blanchâtres ou grises, micacées. Les marnes irisées se font remarquer, comme leur nom l’'indique d’ailleurs, par l'abondance des couches marneuses ; ces couches présentent les colorations les plus diverses, elles sont fréquemment bariolées.

Dans la formation jurassique, nous trouvons successivement : les marnes du lias, souvent grises, bleuâtres ou noirâtres; les marnes de l’oolithe inférieure, dans le Fullers-earth; celles de loolithe supérieure, réparties dans les assises de l'argile

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de Kimmeridge et du calcaire de Portland. Les marnes kimmeridgiennes sont bleues ou jaunâtres, les portlandiennes sont le plus souvent blanches.

Les terrains crétacés ont les marnes verdâtres de l'étage glauconien, et les craies marneuses de l'étage crayeux.

Quant aux formations tertiaires, elles renferment les marnes gypseuses de l’éocène, et celles du travertin supérieur dans le miocène.

Le mélange complexe dont nous nous occupons est donc très abondamment répandu dans la nature, et les cultivateurs peuvent puiser sans crainte dans les gîtes qui se trouvent à leur portée.

Quelquefois, la marne forme le sous-sol même des terres arables, la charrue peut alors être le véritable instrument d’extraction; mais, le plus généralement, elle est située profondément et doit être extraite soit par de larges excavations à ciel ouvert, soit par des puits et des galeries.

On regarde comme un indice de la présence de la marne à peu de profondeur l'apparition, en grand nombre, de certaines plantes, telles que l'Ononis des champs, le Mélampyre, le Tussilage, la Lupuline. La géologie fournit des renseignements précieux dans la recherche des marnières. On vérifie les indications qu’elle donne soit par des ouvertures faites à la bêche ou à la pioche, soit à l’aide de sondages qn’on peut exécuter économiquement au moyen de tarières spéciales.

On a été amené à distinguer :

1° Les marnes calcaires, qui se caractérisent par leur richesse en carbonate de chaux; elles en dosent depuis 50 jusqu’à 95 pour 100. Elles font avec les acides une effervescence violente et se dissolvent presque complètement dans la liqueur acide. Ces marnes conviennent surtout aux terres argileuses.

2° Les marnes argileuses, dans lesquelles l’argile est l'élément dominant. Les marnes kimmeridgiennes et celles du gault répondent à ce type. Elles se présentent en masses douées d’une grande cohésion, elles sont plus onctueuses que les précédentes et happent encore plus fortement à la langue quand elles sont sèches. Elles ont le grave inconvénient de se déliter difficilement. On doit les réserver pour les terres légères, siliceuses.

3° Les marnes siliceuses, dans lesquelles l'analyse décèle de 50 à 75 pour 100 de sable siliceux. Elles se font remarquer par leur faible consistance et par la facilité avec laquelle elles se délitent. Leur action comme amendement calcaire est relativement peu énergique, ce qui nécessite l'emploi de doses très considérables. Elles ne conviennent qu'aux argiles compactes.

4° Les marnes magnésiennes, dont la teneur en carbonate de magnésie varie de 10 à 25 pour 100. Ce sont des marnes assez rares en France; on peut les reconnaître facilement à ce fait que les flaques d’eau qui existent toujours dans les marnières après les pluies sont ici constamment troubles, laiteuses, alors qu’elles sont limpides dans les autres.

5° Les marnes gypseuses, qui, comme celles du bassin parisien, de Gannat, de Saint-Pourçain, tiennent des quantités appréciables de plâtre.

Ces différentes marnes ont été utilisées depuis fort longtemps pour l'amendement des sols. On trouve encore, dans notre pays, de nombreuses excavations représentant les marnières ouvertes par les Gaulois, et l’on peut constater qu’on allait chercher la précieuse matière jusqu'à 30 mètres de profondeur. Pline insiste dans ses écrits sur l'utilité des marnages. Cette pratique s'est étendue peu à peu à toutes les localités où le sol manque de calcaire. M. L. Delisle a relaté, dans un bail datant de 1195 et concernant une ferme du Vexin, l'obligation pour le fermier de marner ses champs. 11 semble que le marnage, après avoir été très apprécié, ait été peu à peu abandonné, et l’on

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comprend assez bien ce résultat, quand on connaît son mode d'action. Toujours est-il que, vers 1636, Bernard Palissy écrivit sur ce sujet un ouvrage important et rempli d'idées neuves. À partir de cette époque, l'usage de marner se répand à nouveau et on le trouve aujourd’hui établi d’une manière rationnelle pour tous les terrains sur lesquels ses bons effets ont été reconnus.

La première chose à faire, quand on a découvert un gisement de marne, est l'étude de la composition chimique et de la constitution physique de cet amendement. L'analyse chimique est indispensable et elle doit porter sur le carbonate de chaux, l’argile et la silice. Il sera toujours bon de s'assurer des quantités de carbonate de magnésie, de phosphate de chaux et de sulfate de chaux que les marnes peuvent renfermer.

Cet exarnen chimique se complète par l’essai de la faculté de délitement. Gasparin a, en eflet, appelé l'attention sur ce point à la suite de la comparaison qu'il avait eu occasion de faire entre deux marnes du Gers, de composition chimique à peu près semblable, et dont l’action différait beaucoup dans la pratique, 25 voitures de l'une pouvant remplacer 200 voitures de l’autre. Gasparin trouva que la partie délitable de la première était à celle de la seconde comme 8 est à 1. La première se délitait rapidement dans l’eau et se résolvait à l'air en une poudre homogène; la seconde donnait 87,5 pour 100 de noyaux compacts.

Beaucoup de marnes renferment, au milieu des masses délitables, des morceaux de calcaire compact qui constituent un déchet dont on doit tenir compte.

Extraction. — Lorsqu'on a ainsi les éléments de l'appréciation de la valeur de la marne, on peut juger de l’opportunité de son extraction suivant les situations si diverses qu’occupent les gisements.

Quand la couche est peu épaisse, à une faible profondeur et parallèle au sol, on trouve avantageux d'extraire l'amendement par de petites excavations ouvertes de distance en distance et qu’on referme avec la terre provenant du déblai. Le transport se fait alors à la brouette.

Quand la couche est puissante, on l’exploite sans reformer le sol et l’on pénètre parfois aiusi jusqu’à 10 ou 12 mètres de profondeur. Il faut autant que possible ménager une entrée et unesortie, et, quand les voitures peuvent circuler facilement dans la marnière, on obtient la marne à un prix peu élevé; malheureusement la sortie doit quelquefois se faire à bras d'homme, ce qui élève considérablement le prix de revient.

Il y a toujours lieu, dans l’exploitation des marnières, de redouter les éboulements, surtout à l’époque des pluies ou au moment des dégels; il faut dans cet ordre d'idées, éviter les parois verticales et entisser les matériaux extraits assez loin des bords de l’excavation. Enfin, il sera prudent de ne travailler que pendant les temps secs. Quand la marne est à plus de 10 à 12 mètres de profondeur, on creuse généralement des puits verticaux correspondant avec des galeries horizontales munies d’étais, et l'extraction se fait au moyen de treuils et de bannes.

Suivant qu'on est obligé de recourir à l’une ou à l'autre de ces méthodes, le prix de revient du mètre cube de marne varie énormément. Avec les marnières à ciel ouvert, on estime que les prix extrêmes sont 40 et 75 centimes le mètre cube; avec les puits, on arrive de 80 centimes à 1 fr. 50. «

. Sol & marner. — Tous les sols qui manquent de l'élément calcaire peuvent être utilement marnés. Les argiles et les sables granitiques; les schistes et les grès des terrains de transition, les grès permeniens et triasiques, les sables du crétacé inférieur, les formations argileuses et argilo-siliceuses des étages tertiaires ont considérablement bénéficié du

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marnage. Mais, c'est surtout sur les terres de pâtis et de landes, dans les tourbes assainies, que les résultats ont été remarquables. Il est à peine besoin de faire observer qu’on devra toujours approprier la marne au sol et que, par suite, si les marnes calcaires et siliceuses conviennent aux argiles, il faut aux terrains où la silice est abondante, des marnes argileuses.

Pratique du marnage. — On transporte la marne dans les champs, tantôt en automne, tantôt au printemps et pendant l'été. D'une marnière générale, les transports d'automne sont à conseiller, quand on à affaire à des marnes difficilement délitables. D’ailleurs, on est souvent obligé d'opérer, à cette époque dans les pays où la jachère n'existe plus et où le marnage doit être exécuté entre la récolte d’une céréale d'automne et le semis d’une céréale de printemps ou d’une plante sarclée. Dans ce cas, les alternatives de gels et de dégels activent énormément la pulvérisation de la matière minérale. Avec les marnes qui se délitent facilement, 11 n’v a aucun inconvénient à les distribuer au printemps, à condition cependant qu’on ne les laisse pas longtemps exposées, avant de les enfouir, à l’action du soleil.

On choisira, bien entendu, pour effectuer ces transports, qui sont très importants, le moment où les terres sont ou bien sèches ou durcies par les gelées, de manière à diminuer autant que possible les difficultés du travail.

Les tomberaux sont de beaucoup les véhicules les plus employés. Ce n’est qu'exceptionnellement qu’on peut se servir économiquement de la brouette ou qu'on doit recourir aux paniers portés à dos d'âne ou de mulet.

A mesure de son arrivée sur les champs, la marne est répartie en petits tas équidistants et égaux appelés marnons, dont la grosseur dépend à la fois de la matière qu’on utilise et de l'intensité du marnage. Les marnons sont éloignés de 6 à 7 mètres les uns des autres |

Le marnage ne peut se faire avantageusement que sur les sols sains.

Dans beaucoup de localités, on se contente, quand on a choisi l’automne, par exemple, de porter la marne directement sur le chaume de Ja céréale qu'on vient de récolter. Cette pratique, qui n’a pas de sérieux inconvénients sur les terres légères et propres, serait essentiellement vicieuse sur les champs argileux et engazonnés. Il faut toujours, dans ce dernier cas, que le terrain ait été préalablement labouré et hersé. Un labour léger, un déchaumage, est d’ailleurs suffisant. Dans les pays où les prairies temporaires entrent dans les assolements, on attribue une grande efficacité aux marnages qui accompagnent le défrichement de ces gazons. On donne alors un labour léger à l'automne sur lequel on porte l'amendement calcaire ; l’enfouissement est fait au printemps par un coup de scarificateur suivi de hersages.

Quand les petits marnons ne présentent plus qu’une masse pulvérulente, on épand à la pelle. Il nous paraîl inutile d’insister sur la nécessité d’un épandage régulier et parfait. L’enfouissement doit être superficiel; on l’obtient tantôt par un labour léger, tantôt par un scarifiage. Dans les deux cas, on herse, et, s’il reste des noyaux calcaires non recouverts, on les incorpore au sol par un roulage. On choisit un beau temps, alors que la terre est bien ressuyée, pour exécuter ces diverses opérations

Intensilé et fréquence des marnages. — On marne à des doses et à des intervalles très variables.

En Flandre, on applique, sur les terres fortes, 50 mètres cubes par hectare, pour quinze ans; sur les terres légères, 20 mètres cubes par hectare, pour neuf ans. En Sologne, on a été conduit à mettre 40 mètres cubes à l’hectare, sur les terres

MARNAGE

siliceuses, et de 60 à 100 mètres cubes sur les terres argileuses. Dans le Vexin, on va jusqu’à 400 mètres cubes par hectare, pour vingt ans. Les terres silico-argileuses du plateau de la Puisaye reçoivent 100 mètres cubes environ par hectare.

Dans d’autres localités, divers observateurs ont constaté des doses suivantes : Pas-de-Calais, terres fortes, 20 à 25 mètres cubes pour vingt ans; Dauphiné, graviers, 100 mètres cubes pour vingt ans; argiles, 120 mètres cubes pour vingt ans; Brie, argiles, 10jà 25 mètres cubes ‘pour vingt ans; Sarthe, sables, 5 à 15 mètres cubes pour vingt ans; Calvados, Lisieux, marne blanche, 25 à 30 mètres cubes pour quinze ans ; Pont-l'Evêque, marne grise, 74 à 80 mètres cubes pour vingt-cinq ans; Seine- Inférieure, Yvetot, 130 à 150 mètres cubes pour vingt à quarante ans ; Rouen, 30 à 70 mètres cubes pour quinze à vingt-cinq ans; Neufchâtel, 25 à 10 mètres cubes pour quinze à dix-huit ans; le Havre, 20 à 40 mètres cubes pour vingt-cinq à trente ans; Dieppe, 35 à 90 mètres cubes pour quinze à trente ans ; Bresse, marne dosant 30 à 40 pour 100 de carbonate de chaux, de 150 à 180 mètres cubes pour quinze à vingt ans.

Comme on le voit, ce n'est pas dans un examen d'ensemble des pratiques admises qu'on peut trouver une base solide pour établir une règle relative à la dose de marne à employer dans une situation donnée. C’est ce qu'ont compris les divers agronomes qui se sont occupés de la question. Puvis, qui a laissé sur ce sujet un traité estimé, a cru pouvoir poser que les marnages doivent être teis qu'ils apportent au sol une quantité de calcaire suffisante pour élever leur teneur en cet élément à 3 pour 100. C’est là une base précise, mais contestable.

De Gasparin, en effet, estime que le chiffre de Puvis est trop élevé et qu'il doit être ramené à 1,90 pour 100. D'un autre côté, M. Joulie conclut d’une longue série d'analyses que les bonnes terres contiennent 5 pour 100 de chaux.

Quel que soit le chiffre qu’on adopte, il faut, pour

"le faire servir à la détermination de la quantité de marne à employer, connaître : 1° la dose de carbonate de chaux que renferme le sol; 2° la richesse de la marne en carbonate de chaux; 3° l'épaisseur de la couche arable. L'analyse de la marne et du sol s'imposent donc avant toute chose. Ceci étant

admis, si nous supposons un sol ayant 20 centimètres d'épaisseur, le volume de terre dans lequel la marne est répartie se trouve être de 2000 mètres cubes par hectare. Si done on veut ajouter 1 pour 100 de calcaire à cette masse, on voit tout de suite qu'il faudra apporter 20 mètres cubes de cet élément. Avec une marne dosant 80 pour 100 de carbonate de chaux, on devra enfouir 25 mètres cubes.

Bien que ce calcul soit très simple, Puvis a voulu en éviter l’ennui aux cultivateurs, et il a dressé un tableau dans lequel il a consigné les nombres représentant la quantité de marne à incorporer aux sols suivant que leur épaisseur aura de 10 à 20 centimètres, et suivant que la marne dosera de 10 à 90 pour 100 de carbonate de chaux.

En ce qui concerne la périodicité des marnages, les nombres recueillis présentent autant de variations que ceux qui sont relatifs à la dose de marne à appliquer. On est seulement autorisé à dire, de l'examen de faits, que l'intervalle entre deux opérations peut être beaucoup plus long dans les terres compactes que dans les terres légères. Les récoltes décroissantes, malgré des fumures régulières, et, surtout, la réapparition des plantes spontanées dont le marnage avait amené la disparition, sont les signes qui attestent la nécessité d’un nouvel apport d'amendement.

Action de la marne. — Les marnages procurent des résultats qui ont une grande analogie avec ceux obtenus par les chaulages (voy. ce mot). Cependant il y a lieu de faire remarquer que

MARNAGE

l’action chimique de la marne est moins énergique que celle produite par la chaux, tandis qu’au contraire l’action mécanique est plus accentuée. On comprend facilement cette différence quand on songe aux doses énormes de marne que les cultivateurs emploient. Les marnes calcaires et siliceuses diminuent la compacité des terres argileuses, elles s'opposent au fendillement pendant la chaleur, favorisent la séparation de l’eau des parti cules terreuses, et, par suite, assurent un assainissement rapide après les pluies; enfin, elles empèchent la formation, à la surface des terrains argilo-siliceux, de la croûte résistante qui nécessite des binages multipliés pour être détruite.

Les marnes argileuses, au contraire, donnent aux terres siliceuses du corps, c’est-à-dire qu’en accroissant leur ténacité trop faible, elles améliorent leurs propriétes physiques.

En dehors de cette action purement mécanique de la marne, action qui est proportionnelle à la masse des matériaux importés, il Se produit dans les sols amendés une série de modifications dues à la présence du carbonate de chaux et de l'argile à un état de division très avancé.

En ce qui concerne l’effet du carbonate de chaux nous renverrons au mot CHAULAGE; nous ajouterons seulement que, dans les terres très riches en matières organiques plus ou moins décomposées, en humus, le marnage est moins efficace que le chaulage. Pour que le carbonate de chaux se com bine aux acides, il faut que le sol soit échauifé, ce. qui montre que la réaction n’a lieu qu’en été; la chaux au contraire réagit en tout temps.

Il est bien évident que la marne fournit aux plantes la chaux dont elles ont besoin; mais c’est là un rôle tout à fait secondaire qui expliquerait encore bien moins que pour le chaulage les doses que la pratique a adoptées. Pas plus que la chaux, la marne ne doit être regardée comme engrais, elle n’a, dans cet ordre d'idées, qu’une action très faible; elle agit, au contraire, comme un amendement énergique, en permettant l'utilisation par les plantes de principes qui resteraient inutilisés sans son intervention, en provoquant la formation de corps nouveaux, en améliorant, enfin, les propriétés physiques des sols. On comprend donc qu'un marnage ne saurait tenir lieu d’une fumure, et que bien loin de là, il faut au contraire, à moins de terres exceptionnellement riches, approprier l'importance des apports d'engrais à l’abondance de la marne enfouie. Des fumures copieuses doivent toujours accompagner ou suivre un marnage énergique.

C’est pour avoir enfreint ces règles qu'on a dû abandonner l'usage de la marne dans nombre de localités où elle avait donné tout d'abord de très beaux résultats. C’est pour avoir marné inconsidérément et pour avoir pris d’abondantes récoltes sans songer à restituer au sol les éléments ainsi détruits ou mobilisés, qu'on a stérilisé les champs et qu'on a donné naissance à l’adage : (€ la marne enrichit les pères, mais ruine les enfants. » L’emploi judicieux de cette matière a, au contraire, apporté le bien-être dans les pays où le sol manque de calcaire.

Il arrive cependant, mais exceptionnellement, que les marnes apportent des substances fertilisantes dont on doit tenir compte. Boussingault et Payen ont dosé dans des marnes du Bas-Rhin, du Gers, de l'Yonne, des quantités d’azote s’élevant d’un à deux millièmes.

Les marnes de Bouvines, de Cysoing et de la partie est de l'arrondissement de Lille donnent à l'analyse jusqu'à 3 pour 100 d’acide phosphorique.

Modification de La flore. — Comme la chaux, la marne amène un changement dans la flore spontanée et, d’ailleurs, également dans la flore cultivée. La petite Oseille, la petite Matricaire, le Chrysanthème jaune, la grande Digitale, diverses Fougères,

MARNAGE (BOIS DE)

Bruyères et Genêts qui envahissent certaines terres arables, disparaissent des champs marnés. Quand la dose de calcaire a été exagérée, on voit souvent apparaitre le Coquelicot, le Bleuet, le Mélampyre.

Dans les prairies, le marnage fait disparaitre les Jones, la Mousse, les Scirpes, les mauvaises Graminées comme la Canche, l’Agrostide, qui sont remplacées par les bonnes Graminées fourragères el surtout par des Légumineuses, telles que la Minette, le petit Trèfle jaune, le Sainfoin.

Les prairies artificielles, Trèfle et Sainfoin surtout, réussissent là où ils ne donnaient avant que de maigres pâtures. Les Pois, les Vesces bénéficient énormément de l'apport du calcaire.

Le Froment à pu, grâce à la marne, remplacer le Seigle dans des sols silico-argileux, comme ceux de la Sologne. Ce n’est que pour un travail peu judicieux qu’on a remarqué de mauvais effets, à la suite d’un marnage, sur le Froment et l’Avoine. L'Orge semble ne devoir pas être mise sur une terre qui vient de recevoir la marne.

Ce n’est souvent qu'après deux ou trois années que le marnage produit son maximum d'effet. Mais cet effet heureux s’atténue peu à peu, et, comme nous l'avons dit précédemment, les propriétés physiques du sol, les récoltes, la flore spontanée indiquent le besoin d’un second marnage. On s’explique d’ailleurs cette nécessité au bout d’une période de dix à trente ans, suivant les terrains et les doses de l'amendement, par suite de la consommation de chaux faite par les plantes cultivées, et surtout par suite de la descente du calcaire dans le sous-sol. Ces seconds marnages ne diffèrent nullement des premiers, si ce n’est que, pour beaucoup de terres dont on a diminué le stock de matières organiques, ils doivent être plus modérés.

Ce qui nous parait résulter nettement des considérations précédentes relatives aux marnages effectués dans différents pays, c'est que si la marne est un puissant moyen d'accroître les récoltes, elle ne donne ces excédents qu'aux dépens des réserves du sol; que, par suite, elle ne doit être employée qu'avec beaucoup de modération. On à pu sans inconvénient marner abondamment les terres très compactes, riches en matières organiques ; mais les mêmes doses, sur les sols légers et sans application de fortes fumures, ont toujours conduit, à bref délai, à des résultats désastreux. F. B.

MARNAGE (BOIS DE). — Voy. MARONAGE.

MARNE (DÉPARTEMENT DE LA) (géographie). — Le département de la Marne a été formé, en 1790, de pays appartenant à l’ancienne province de Champagne, et qui étaient connus sous les noms de Champagne pouilleuse au centre du département actuel, de Rémois au nord, de Perthois et de Vallage à l’est, de Brie champenoise au sud-ouest. Il est compris entre 1° 5’ et 2° 40’ longitude ouest et entre 48° 31! et 49° 26/ latitude nord. Il a reçu son nom de la rivière de la Marne, qui le traverse du sud-est à l’ouest. Il est borné : au sud par les départements de l’Aube et de la Haute-Marne ; à l'est, par celui de la Meuse ; au nord, par celui des Ardennes; à l’ouest, par ceux de l'Aisne et de Seine-et-Marne. Sa surface est de 818044 hectares. Sa forme générale est celle d’un parallélogramme irrégulier. Sa plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, est de 118 kilomètres, sa largeur, du nord au sud, varie entre 95 et 60 kilomètres. Il est divisé en 5 arrondissements, comprenant 32 cantons et 665 communes. L'arrondissement de Châlons-sur-Marne occupe le centre du département ; au nord-est, se trouve celui de ieims; à l’est, celui de Sainte-Ménehould; au sud-est, celui de Vitry-le-François ; au sud-est et à l’est, celui d’Epernay.

Le département est formé par une vaste plaine crayeuse, la Champagne pouilleuse, qui s'étend sur près de la moitié du territoire, à une altitude

MARNE

moyenne de 70 mètres; elle est comprise entre deux massifs de collines et de plateaux qui la bornent à l’est et à l’ouest. Le plus important de ces massifs est constitué par la montagne de Reims, dont les points culninants sont la montagne de Verzy (280 mètres) et le mont Joly (274 mètres). II se rattache, d’une part, à deux massifs isolés dans la plaine centrale, le mont Haut (257 mètres) et le mont de Berru (260 mètres), et, d'autre part, à la montagne boisée de Vertus, dont les croupes atteignent de 240 à 250 mètres, et qui se relie ellemême aux collines de Brie, au sud-est du département. À l’est, les collines de l’Argonne, dont le point culminant dans le département est la Côtedes-Cerfs (263 mètres), courent du nord au sud et rejoignent la région du Vallage où te coteau de Lembroie atteint 219 mètres.

Le département appartient tout entier au bassin de la Seine. Ce fleuve n’en traverse que la partie méridionale, sur une longueur de 21 kilomètres; il y reçoit l’Aube à Marcilly. Cette dernière rivière est grossie de la Superbe, du Puis, du Meldançon, qui ont tout ou partie de leur cours dans le département. Les deux principales rivières du départe-. ment sont la Marne et l'Aisne, l'une et l’autre tributaires de la Seine. — La Marne coule, dans le département, d’abord du sud-est au nord-ouest, puis de l’est à l’ouest, sur un parcours de 169 kilomètres ; elle arrose Vitry-le-François, Châlons, Mareuil, Ay, Epernay, Dormans. Ses prineipaux affluents sont : la Blaise, la Saulx grossie de l’Or- : nain, la Guenelle, la Coole, la Somme-Soude, le Grand-Morin, le Petit-Morin, le Surmelin. — L’Aisne envoie ses eaux à la Seine par la rivière de l'Oise. Née dans le département de la Meuse, cette rivière traverse la partie est du département sur un parcours de 55 à 60 kilomètres; elle passe à Sainte-Ménehould. Ses principaux affluents, qui coulent dans le département, sont : la Bierne, la Dormoise, et surtout la Suippe et la Vesle qui passe à Reims. Entre la Marne et l'Aisne, la ligne de faite est de 170 à 180 mètres ; entre la Seine et la Marne, elle est de 180 à 200 mètres.

Parmi les principaux étangs du département, il faut citer ceux de Champauvert et d'Etoges, près de Montmort, au sud-ouest; les nombreux étangs qui entourent Saint-Remy-en-Bouzemont, dans le Vallage ; l'étang de Belval (250 hectares) et quelques autres disséminés dans l’Argonne. — Le département est, en outre, traversé par plusieurs canaux : le canal de l’Aisne à la Marne, le canal latéral à la Marne, qui se prolonge dans le canal de la Marne au Rhin, lequel bifurque à Vitry-le-François; la longueur de ces canaux est de 161 kilomètres.

Sous le rapport climatologique, le département est placé à la limite des climats vosgien et séquanien; on le rattache généralement à ce dernier, quoique les températures extrêmes y soient beaucoup plus accusées. Les températures moyennes annuelles sont de 10°,5 à Chàlons et de 11 degrés à Reims. La hauteur de pluie annuelle est de 751 mullimètres à Montmort, de 698 à Sainte-Ménehould, de 619 à Vitry, de 602 à Chàlons, de 578 à Reims. La plaine de Champagne, balayée par les vents, très apte à s’échauffer et à se refroidir rapidement, est presque toujours sèche, grâce à la perméabilité de la craie.

Au point de vue géologique, le département est constitué presque entièrement par des terrains secondaires et des terrains tertiaires.

Parmi les terrains secondaires, le système infracrétacé est représenté dans les zones de collines qui surplombent le plateau central. La zone inférieure de la craie blanche est représentée par une bande étroite qui se prolonge de Reims à la Fère-Ghampenoise et à Sézanne, disparaissant parfois sous les terrains tertiaires, et qui présente aux environs de Reims son plus grand développement ; elle est

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caractérisée par le Belemnitella quadrata. L'assise supérieure, craie de Meudon ou craie à B. mucronata, recouvre l’assise inférieure dans les coteaux des environs d'Epernay, à Ay, ete. ; elle est recouverte directement par les sables et argiles du terrain tertiaire inférieur, ou bien entre ces couches s’'intercalent des bancs de calcaire pisolithique, comme aux environs de Vertus et de Chavot. La craie ammonitifère de l'étage cénomanien est surmontée, à Vitry, par une couche marneuse, tandis qu’elle est remplacée, aux environs de Sainte- Ménehould, par des sables quartzeux, dépourvus de calcaires, mais contenant des nodules phosphatés. La craie de l'étage turonien couvre une partie du plateau de la Champagne; à mesure qu’on s’avance vers le nord, elle devient plus argileuse. Dans certaines localités, la craie est marneuse et peut être exploitée pour la fabrication de Ia chaux hydraulique, comme à Soulanges; ailleurs elle est blanche, infertile, parfois noduleuse ; vers le nord, elle se mélange de lits marneux teintés de gris et de vert. C’est l’affleurement de l'étage sénonien qui constitue la craie de Champagne proprement dite; cet étage atteint, sur plusieurs points de la Champagne pouilleuse, une puissance de plusieurs centaines de mètres; cette craie forme les parties les plus arides et les plus stériles de l’arrondissement de Châlons; les silex y sont très rares; à la base, des couches assez tendres peuvent fournir du blanc d’Espagne; quelques assises de cette craie à Micrasler coranguinum peuvent fournir des moellons. Outre ces grandes formations générales, il faut citer des affleurements de l'étage cénomanien auquel appartiennent les calcaires marneux à /10laster subglobosus exploités dans les environs de Vitry, les sables verts qui forment, sur plusieurs points du nord-est du département, une bordure superposée à la gaize, et, enfin, la gaize, ou zone à Ammoniles inflatus, richement représentée dans l’Argonne, et où l’on a exploité des carrières de phosphates de chaux. À Poix, on trouve des affleurements des assises de l'étage bathonien.

Les terrains tertiaires présentent beaucoup moins d'importance dans le département que les terrains secondaires. Ils sont disséminés sur un certain nombre de points, particulièrement dans la partie occidentale. Des bancs marneux minces du gypse de l’étage parisien se trouvent de Ludes à Montchenot et au mont de Berru. Les premières assises tertiaires, constituées par des dépôts de sables à grain et à couleur variables, se retrouvent surtout sur les deux versants de la vallée de la Vesle. Les grès marneux sont signalés notamment à Muizon, à Brimont, à Chàlons-sur-Vesle, ete. ; des bancs de sable y sont exploités. Quant aux calcaires grossiers, les couches en sont assez variables. Le calcaire de Brie, recouvert par des argiles plus récentes, termine, dans le département, la série des terrains tertiaires; il se prolonge, au sudouest, dans le département de Seine-et-Marne.

Les vallées des principales rivières, notamment de la Marne, de la Suippe et de la Vesle, sont recouvertes par des alluvions plus ou moins siliceuses. La tourbe est abondante dans les anciens marais de Saint-Gond et dans la vallée de la Vesle.

En résumé, toute la partie centrale du département est constituée par la craie blanche; elle est entourée et dominée : à l’ouest, par des massifs de coteaux qui relèvent du bassin parisien; à l’est, par d’autres collines qui appartiennent surtout aux formations de la craie inférieure et du grès vert. La plaine de Champagne, sèche, aride, couverte de friches ou savarts qni constituaient de maigres pâturages pour les troupeaux errants de moutons, a été longtemps une terre déshéritée; sous l’influence du travail agricole mieux compris, elle s’est peu à peu transformée et elle a cessé de mériter son ancienne réputation. L’étendue des savarts a

Le BYE +

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diminué, les terres labourées ont donné de bonnes récoltes, les plus mauvais sols ont été plantés. La transformation n'est pas encore complète ; mais ce qui a été fait permet d'apprécier les résultats que l’avenir donnera.

La superficie du département de la Marne est de 818 044 hectares. Voici comment elle est répartie, d’après le cadastre achevé en 1842 :

hectares Terres labourabless:..#%.:. seen, 610 128 PRESS gt dede ASE ARE Poe en 39157 VITRES ur en PE 17 599 BOL ae 22 0 ee one D le PT 84659 Vergers, pépinières et jardins........ : 7139 Oseraices, aulnaies, saussaies.......... 2075 Mares, canaux d'irrigation, abreuvoirs, 52 Canaux detnavipationmrene Ne 7e 55 CATFLÉPES LE NINÉS TRE EEE En 30 Landes,“pâtis, bruyeres, etc... .. 13134 tapes M ES Dee M 4002 Chätaignérales 2 MS AE Te one 2 Propriétésihaties 2.404.731. Meme 3032 Total de la contenance imposable... 781 06% Total de la contenance non imposable. 306 950 Superficie totale du département... .... 818044

Les terres labourables représentaient alors 14 pour 100 de la surface totale du département, les bois 10 et les prairies 4 pour 100.

Le tableau qui suit indique l'étendue des terres cultivées en céréales, pour 1852 et pour 1882 :

1852 1882 ÉTENDUE RENDEMENT EÉTENDUE RENDEMENT

hectares hectol. hectares hectol.

Froment.... 423071 16,0% 93447 21,60 Méteil ...... 3620 45,11 3405 19,70 Seirles Fe 63 324 10,85 71450 16,80 Oire rar: 95 493 20,17 28 348 20,10 Sarrasin.... 6713 7,41 4110 15,70 Avoine...... 192 943 16,12 1924434 23,10 Mais een » » 31 17,40

D'après la statistique de 1852, la surface totale consacrée aux céréales était de 350 000 hectares : en 1862, elle était de 348 600 hectares; en 1882, de 325 000 hectares. Il y a done eu, pendant ces trente années, un mouvement décroissant, qui s’est surtout accusé pendant la deuxième moitié de la période. Ce mouvement a porté exclusivement sur 1e Froment, dont la culture a diminué de 30 000 hectares ; il y a eu accroissement sur les cultures du Seigle et de l’Orge; la perte subie par le Méteil et le Sarrasin est compensée par un accroissement à peu près égal sur l’Avoine. Sauf pour l’Orge, les rendements ont augmenté dans de notables proportions ; l'écart accusé entre 1852 et 1882 est supérieur à 7 hectolitres pour le Froment et le Sarrasin ; 1l atteint presque la même proportion pour l’Avoine; il est de 6 hectolitres pour le Seigle et de 4 hectolitres et demi pour le Méteil.

Voici, au même titre, le tableau comparé pour les autres principales cultures :

1852 1882 PRES D SR ue. OS ÉTENDUE RENDEMENT ÉTENDUE RENDEMENT hectares hectares Pommes de tente ire 6295 100 h1. 90 9194 71 qx Betteraves .… 365 308 qx 47 2317 292 qx Légumes secs 8949 14% h1. 40 1017 20 hi. 80 Racines et légumes divers 697 228 qx 74 9151 298 qx Ghanvre--7 813 41/h1219 45 41 D]. 50 Lino . 24 7 hl. 67 42 9 h1. 20 Colza, Navette, élec Lee 3842 10 hl. 46 125 12 hl. 78 Houblon...... 40 3 qx #4 » »

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L'étendue consacrée aux Pommes de terre s’est accrue de 50 pour 100 en trente ans; mais en 1862 elle avait dépassé 13000 hectares. — La surface cultivée en Betteraves a sextuplé, mais celle cultivée en légumes secs a diminué dans une proportion encore plus grande : les 1017 hectares constatés en 1882 se décomposent en 73 hectares de Fèves et Féveroles, 257 de Haricots, 109 de Pois, 529 de Lentilles et 49 de légumes non dénommés. L’étendue consacrée aux plantes textiles et oléagineuses à diminué considérablement, comme presque partout en France. Par contre, celle en racines fourragères et en légumes divers a presque sextuplé; les 5151 hectares de 1882 comprennent 4829 hectares de Betteraves fourragères, 202 de Carottes et 129 de Navets. Le département compte actuellement sept sucreries de Betteraves et un certain nombre de distilleries.

La statistique de 1852 évaluait la superficie des prairies naturelles à 38699 hectares, dont 4651 étaient irrigués. D’après la statistique de 1862, cette superficie était à peu près la même; on l’évaluait à 35514 hectares, dont 26387 de prés secs, 7427 de prés irrigués 1700 de prés-vergers ; mais, à ce total, il faut ajouter 9301 hectares d'herbages et de pacages. En 1882, les prairies naturelles couvraient 3o 800 hectares, se décomposant comme il suit :

hectares Prairies irriguées naturellement............... 22490 Prairies irriguées à l’aide de travaux spéciaux... 2361 Prairiés naturelles mon ürriguées..7...:...:.2. 212019

Il convient d'ajouter encore pour 1882 un total de 2949 hectares de prés temporaires et 1112 hectares d’herbages pàturés. Quant aux fourrages verts, ils étaient cultivés, à la même date, sur 3343 hectares dont 1059 de Vesces, 1095 de Trèfle incarnat, 162 de Maïs-fourrage, 331 de Choux, 354 de Seigle en vert.

En 1852, les prairies artificielles s’étendaient sur 77513 hectares ; en 1862, sur 80 316; en 1882, sur 11479;#savoirs

hectares CBS AUS TOURMENTE rose nd LIO!

LUzerneamepesct entrer COLE Re sont 96 7193 SIMS SERRE Ta DO TS SE CR CLS 21088 Mélanges de Légumineuses........... : 3137

Si l’on compare ensemble la totalité des surfaces consacrées, à trente années d'intervalle, aux cultures fourragères herbatées, on trouve qu’elles ont diminué de 2000 hectares ; mais, si l’on tient compte de l’augmentation de 4500 hectares constatée pour les plantes-racines, et de celle de 2000 hectares constatée pour la Betterave, on doit reconnaitre que, au lieu de décroître, les ressources alimentaires pour le bétail se sont accrues dans cette période, quoique dans des proportions moindres que dans plusieurs départements voisins.

La Vigne est une des principales cultures dans les arrondissements d'Epernay et de Reims. En 1852, on comptait 17 379 hectares de Vignes, produisant en moyenne 597 000 hectolitres de vin, d’une valeur totale de 11753 000 francs. La statistique de 1862 évaluait la surface en Vignes à 16 617 hectares, produisant 552000 hectolitres de vin, d’une valeur totale de 26 550 000 francs. Enfin, d'après la statistique de 1882, la superficie des Vignes serait de 15 084 hectares, savoir :

Vignes en pleine production........... 14187 — nouvellement plantées ......... 894 — avec cultures intercalaires...... 3

Le produit accusé pour 1882 est de 362 500 hectolitres de vin, d’une valeur totale de 14 millions

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de francs. On peut constater de grandes divergences dans les appréciations aux diverses époques ; elles portent surtout sur le prix du vin. Le vignoble, quoique légèrement diminué en étendue, donne un produit brut plus élevé qu’autrefois, à raison de la hausse dans le prix des vins. Les prix qu'on vient d'indiquer s'appliquent aux vins bruts, avant qu’ils aient été transformés par l’industrie pour former les vins de Champagne (voy. ce mot) pour lesquels les villes de Reims et d’Epernay sont les prineipaux centres de fabrication. La Vigne est le plus souvent cultivée par provignage ; on compte jusqu’à 40 000 ceps par hectare. Les détails sur les cépages les plus répandus sont donnés ailleurs (voy. CHAM- PAGNE). Qu'on cultive la Vigne haute ou la Vigne basse, cette plante est l’objet, de la part des vignerons, de soins incessants et minutieux; elle est, pendant toute l’année, soumise à une série de travaux qui occupent la majeure partie de la population, notamment sur les montagnes de Reims et de Vertus. La fabrication des vins mousseux a pris une très grande extension; si la Vigne couvr

aujourd'hui une étendue plus faible qu’il y a trente ans, c’est qu'on a arraché les plants fournissant le vin de boisson ordinaire, qui a été remplacé dans la consommation courante par les vins communs de la région méridionale de la France. Le vignoble du département de la Marne a échappé jusqu'ici à l'invasion du Phylloxéra.

Les cultures arborescentes sont secondaires dans le département. On y compte quelques vergers de Pommiers, de Cerisiers et de Pruniers; en 18892, la production a été de 23 000 hectolitres de pommes et 10600 de prunes et cerises. La fabrication du cidre atteint 15 000 hectolitres environ par an.

Lors de la confection du cadastre, on évaluait les bois et forêts à près de 85 000 hectares. Depuis 1842, cette superficie aurait presque doublé; en effet, d’après la statistique de 1882, elle serait de

135 545 hectares, savoir :

hectares Bois appartenant aux particuliers....... 41235577 — — aux communes ....... 416659 — — à l'Etat... 0lenn

En 1866, on évaluait la surface forestière à 115 000 hectares. Le mouvement de progression a donc été constant pendant cette période. En Champagne, comme en Sologne et ailleurs, les propriétaires ont compris que le boisement est la meilleure méthode pour tirer parti des terres de mauvaise qualité, dont la culture exige des frais considérables. C’est surtout avec des résineux (Pin sylvestre, Pin laricio, Pin noir d'Autriche), en mélange avec les essences feuillues (Chêne, Hêtre, etc.), que les reboisements ont été effectués. La forêt la plus importante est celle de Reims (plus de 10000 hectares) ; les plus grandes forêts appartenant à l'Etat sont celies de Trois-Fontaines (5200 hectares), de Traconne (2550 hectares), et celle de l'Argonne, qui commence dans le département. La forêt de Boult couvre près de 4000 hectares. Outre les Pins, les essences principales sont le Chêne, le Ilêtre, le Bouleau, le Tremble et le Charme. La mise en valeur par le boisement des mauvaises terres et des terrains improductifs se poursuit toujours dans presque toute la Champagne.

Sauf aux environs des principales villes du département, notamment de Reims, la culture potagère est rarement étendue au delà des besoins de la consommation locale.

Les terres labourables étaient évaluées, d’après le -

cadastre, à 610 000 hectares ; en 1852, à 621 000 hectares; en 1862, à 624000 hectares, dont 165 OUU en jachères; en 1882, à 564000 hectares, dont 134000 en jachères. Cette diminution, loin d’être un mal, est un signe de progrès ; comme il à été

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dit précédemment, une proportion notable de mauvaises terres qu’on s’obstinait naguère à soumettre à la charrue, a été consacrée à des plantations forestières. C’est un des caractères de la transformation agricole de la Champagne. La superficie productive totale, qui était de 766 000 hectares en 1852, est évaluée, d’après la statistique de 1889, à 773 578 hectares, et la superficie non productive à 13 573 hectares, qui se décomposent comme il suit :

hectares

Landes aus -bruyéres, etc. :...........:....,: 5 694 RÉTTAISNRUCREUX, 267 sos 0 0 « DITS AE LS 5 243 D AMIMATOCASOUX. ne een e soccer eds 2 556 LROTIIRNRRS Re ER ee 80

En 1852, les landes et bruyères étaient évaluées à 10000 hectares; près de la moitié ont été transformées en plantations forestières.

Les progrès considérables constatés plus haut dans l'accroissement du rendement des céréales et dans les étendues consacrées aux plantes fourragères n'ont été obtenus que par la transformation des anciennes méthodes de culture. Sous ce rapport des changements notables sont à signaler : dans beaucoup d'exploitations, surtout chez les fermiers, l’ancien assolement triennal avec jachères a disparu et il afait place à une rotation plus productive et en rapport avec les exigences du sol. Ces changements ont été accompagnés par l'adoption d'instruments plus puissants, d'engrais plus abondants et mieux appropriés aux besoins des récoltes à grands rendements. Dans la Brie champenoise, l’ancien assolement était : 1° Froment; 2° Avoine; 3° jachère ; lajachère y estaujourd’hui remplacée par des cultures sarclées ou des fourrages annuels. Dans la haute Champagne , l’assolement général était : 1° Seigle ; 2 Orge ou Avoine ; 8° jachère ; la même transformation y a été opérée, avec l'emploi assez fréquent du Sarrasin comme fümure verte. On emploie aussi des assolements de quatre années : 1° Betterave, Lin ou fourrages annuels ; 2° Froment ; 3° Trèfle ; 4 Seigle et Avoine. Dans quelques fermes, on a recours à des assolements intensifs dans lesquels la Betterave et le Froment se succèdent presque régulièrement, ailleurs à des rotations qui varient de cinq à neuf ans, suivant l’état et la fertilité du sol, mais qui sont toujours appuyées par des soles de prairies artificielles.

Le tableau suivant fournit, relativement à la population animale, les résultats accusés par les recensements de 1852, 1862 et 1882 :

CRÉVAURIE TS AU, Te sue 57 024 54928 59 682 Anes.et ânesses....... 10674 8899 3562 Mulets et mules........ 764 933 559 Bètes bovines...:..... 412171 133414 119 801 EN ONIN CSN ae 626 035 591 06% 410 488 + poreines 50 82 486 84023 07414 eh Caprines... fase 2865 4275 5267

11 convient de présenter quelques réserves à l’occasion des résultats de ces recensements. D’après les chiffres bruts, il y aurait eu diminution notable sur les existences de toutes les races de bétail pendant la dernière période de vingt années. Ce résultat, qui concorde pour les bêûtes ovines, avec l'ensemble des faits constatés, ne peut que difficilement être admis pour les bêtes bovines; il est, par exemple, de notoriété générale que la production laitière a pris, depuis quinze ans, un grand développement dans une partie du département, développement qu'il est difficile de concilier avec une diminution de 14000 têtes dans les existences.

Il est vrai que le département a souffert cruelle-

ment de l'invasion allemande, en 1870; mais il est

difficile d'admettre que les conséquences en aient

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été aussi sensibles après douze ans, alors que les cultures fourragères ont pris un développement incontestable. — D'après la statistique de 1882, le bétail abattu pour la boucherie a donné les quantités de viande indiquées ci-après :

POIDS VALEUR Espèce bovine...... 9106496 kilogr. 15 501821 francs. Espèces ovine et caprime. s….. 1153339 — 2081777 — Espèce porcine..... 8171787 — 14300852 —

Pour la même année, on accuse une production de 1135000 hectolitres de lait, d’une valeur totale de 15894000 francs.

Le département de la Marne ne possède pas de race chevaline qui lui soit spéciale ; la plupart des chevaux qu'il possédait naguère appartenaient à la race Ardenaise ; celle-ci a été souvent croisée, dans les temps récents, avec la variété Anglo-normande pour faire des chevaux de remonte. Dans la partie du département qui appartient à l’ancienne Brie, on se sert souvent de chevaux Boulonnais ou Percherons. Presque tous les travaux de culture se font avec des chevaux.

La plupart des étables sont peuplées de vaches Normandes, quelques-unes de Hollandaises. Les vaches sont élevées surtout pour la production du lait; dans une partie du département, on engraisse beaucoup de veaux pour la boucherie. On comptf aussi quelques étables de Durham.

Les troupeaux de moutons sont encore nombreux, quoiqu'ils aient diminué; la vaine pâture est pratiquée presque partout. La plupart des troupeaux sont formés par des moutons Mérinos. Autrefois, la laine formait un des produits les plus importants de presque toutes les exploitations ; son prix s'étant avili, on s'applique à obtenir des Mérinos plus précoces pour la boucherie.

Les porcheries ont diminué ; ce fait tient à la ré-. duction des débouchés pour les produits de la charcuterie qui, dans quelques parties du département, notamment à Sainte-Ménehould, avait acquis une importance remarquable. La plupart des porcheries sont peuplées de pores Lorrains et de croisements avec les races anglaises.

Les produits des basses-cours, principalement les œufs et les Lapins, sont l’objet d’un commerce qui à pris une assez grande importance. En 1882, on comptait dans le département 37336 ruches, qui ont produit 231500 kilogrammes de miel et 48 500 de cire.

La population du département s'élevait, d’après le recensement de 1886, à 429494 habitants ; c’est une population spécifique de 52 habitants par kilomètre carré, notablement inférieure à la moyenne de la France. En 1801, on n’y comptait que 304651 habitants ; l'accroissement y à été de plus du tiers, soit 125 000 habitants.

La population agricole (mâles adultes) a suk:i, de 1862 à 1889, les modifications suivantes :

Propriétaires agriculteurs...... 29857 34491 Fermiers-2..3. RARE Ar crte. 1197 1458.

MétayerSite MR NAT 46 93 Domestiques ................. 9922 11164 Journaliens tested 4144 4704 Totaux... 0020100 51770

On compte, dans le département, 2333580 parcelles, d'une contenance moyenne de 33 ares; lors de l’achèvement du cadastre, on y comptait

2487 894 parcelles.

Le nombre des exploitations qui était, en 1862, de 31 766, s’est élevé, pour 1882, à64911. Une partie de cette énorme différence vient de ce que, en 1862, on n'avait pas recensé les exploitations d’une éten-

Ill, — 43

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due inférieure à 1 hectare, lesquelles, en 1882, comptent pour 26 603. Les exploitations se divisaient comme il suit, par catégories de contenances :

Exploitations de moins de 5 hectares. 13825 43 89% — de 9 à 40 hectares... 5 395: 7788

— de 40 à 40 — …. 9445 10 193

— de plus de 40 hectares .… 3101 3031

On compte près de 750 exploitations d'une étendue supérieure à 100 hectares. L'exploitation directe par le propriétaire est, de beaucoup, le mode de culture le plus répandu; le métayage est rare. C’est ce que montre le tableau suivant qui se rapporte à l’année 1882 :

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