‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 20 sur 198 · HYACINTHE · texte numérisé non relu

HYACINTHE

teur général des écoles vétérinaires. Par sa science et son activité, il a joué un grand rôle sur le développement de l’art vétérinaire. Il fut membre de l'Académie des sciences et de la Société nationale d'agriculture, et l’un des fondateurs de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Outre un grand nombre de rapports et de notices que ses fonctions lui firent publier, on lui doit plusieurs ouvrages dont le plus important, écrit avec Chabert et Flandrin, a pour titre : Instruction et observations sur les maladies des animaux domestiques (6 vol., 1812); il fut l’un des auteurs du Cours complet d'agriculture dit de Déverville. — Son fils, Jean-Baptiste Huzard, né à Paris en 1793, mort en 1878, s’est principalement consacré à l'étude des races chevalines; on lui doit des notes sur les vices rédhibitoires, sur la pousse, sur la morve, sur le métissage ; son principal ouvrage a pour titre : Des haras domestiques et des haras de l'État en France. 11 fut membre de la Société nationale d'agriculture. HS.

HYACINTHE (horticullure). — Voy. JACINTHE.

HYBRIDATION (botanique). — On appelle ainsi l’acte par lequel le pollen d’une espèce a fécondé le pistil d'une espèce différente. Les individus issus des graines ainsi produites prennent le nom d’hybrides végétaux; ils possèdent des caractères empruntés à la fois à la plante qui portait l’organe femelle et à celle qui a fourni le pollen, nous verrons bientôt dans quelle mesure.

Il est aujourd’hui admis, d’après des observations fort attentives, que l’hybridation peut se produire par la seule action des agents naturels et sans aucune intervention de l’homme. Toutefois le phénomène doit être relativement rare dans la nature, surtout à cause de la diversité des conditions dont son accomplissement exige la réunion. En tout cas, il est permis d'avancer que la détermination exacte des hybrides naturels offre les plus grandes difficultés, parce que nous ne possédons pas de criterium infaillible pour y arriver, et que la connaissance de leur filiation est soumise à des procédés d'appréciation plus ou moins arbitraires. D'ailleurs l'étude des hybrides naturels n'offre, au point de vue pratique, qu'un intérêt assez éloigné, et nous pensons que le lecteur nous saura gré de laisser de côté cette partie de la question, pour nous occuper surtout ici de l’hybridation artificielle, c’est-à-dire de celle où l'homme détermine, règle et prépare les conditions dans lesquelles elle doit être tentée.

Nous avons à examiner dès maintenant quelles sont celles de ces conditions nécessaires que la science a prévues et que l'expérience a justifiées; nous dirons ensuite le plus brièvement possible comment on peut espérer de les réaliser.

La condition qui semble primer toutes les autres, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, c’est que les deux plantes destinées à l'expérience présentent entre elles la plus grande affinité possible. Ainsi, c’est d'ordinaire entre variétés de la même espèce que l’hybridation réussit le plus facilement et le plus complètement. Le croisement entre deux espèces différentes d’un même genre, bien que possible dans un assez grand nombre de cas, est déjà moins probable. Le nombre des résultats heureux obtenus entre espèces de genres différents est très restreint; et ceux que l’on connaît pourraient peut-être aussi bien être invoqués comme preuves d’une classification fautive que comme preuves d’une fécondation de genre à genre. Quant à l’hybridation entre plantes appartenant à des familles manifestement différentes, on n’en connaît aucun exemple authentique.

Il est d’ailleurs à remarquer que toutes les familles végétales sont loin de présenter une aptitude égale à l'hybridation. Relativement facile à réaliser dans certaines d’entre elles (Liliacées,

-HYBRIDATION

Renonculacées, Solanacées, Géraniacées, etc.), le phénomène dont il s’agit en trouve d’autres presque complètement réfractaires (Graminées, Crucifères, Labiées, etc.). Il en va très souvent de même dans les genres d'un même groupe naturel; ainsi les espèces de Tabacs et de Datura se croisent facilement entre elles; on réussit rarement avec celles des genres Solanum et Physalis.

La propension à l’hybridation ne peut pas se présumer par la seule ressemblance extérieure des plantes, car on voit des espèces fort voisines sous ce rapport, se montrer absolument inaptes au eroisement (ex. : Poirier et Pommier, Mouron rouge et Mouron bleu, etc.). Il semble que la réussite de la fécondation exige une certaine convenance biologique entre les cellules sexuelles des espèces mises en expérience, convenance que nous ne possédons encore aucun moyen de reconnaitre. Le volume du boyau pollinique, ses exigences au point de vue nutritif, les rapports qu'il doit prendre avec les tissus du style, la composition chimique de la fovilla et du contenu du sac embryonnaire (voy. FÉCONDATION), toutes ces particularités jouentelles un rôle prépondérant? Nous en sommes encore réduits à cet égard, à des conjectures fort vagues, il faut bien l'avouer.

De ce que l’hybridation aura réussi entre deux espèces dont l’une (A) aura reçu efficacement le pollen de l’autre (B), il faut bien se garder de conclure que le résultat sera certainement le même si l’on vient à intervertir les rôles. Il n’est pas rare, en effet, d'observer que le pistil de B sera inapte à utiliser le pollen de A. On dit dans ce cas que l’hybridation n’est pas réciproque. Ici encore l’expérience peut seule nous éclairer, et aucune considération théorique précise ne vient nous prémunir contre un échec possible. |

Les effets de l'espèce d'affinité sexuelle dont il vient d’être question se manifestent, suivant le cas, à des degrés très divers. Entre les plantes où l'hybridation reste constamment sans effet d'aucune sorte, et celles où elle donne lieu à des graines aussi nombreuses et fertiles que dans les espèces non hybridées, on peut observer un grand nombre d'intermédiaires. Ainsi, on voit quelquefois l'ovaire du sujet mère et les ovules qu'il contient prendre un certain accroissement, saus qu'aucun embryon se forme cependant dans les graines imparfutes produites. D’autres fois, le fruit mürit et renferme des graines en apparence bien conformées ; mais celles-ci demeurent incapables de germer.

L'observation montre que si l’on dépose en même temps sur le stigmate plusieurs pollens différents, il n’y à Jamais qu'un qui agit pour féconder la fleur : c’est évideinment celui qui possède la plus forte affinité sexuelle. Comme cette condition se trouve naturellement presque toujours remplie par. le pollen qui appartient à la même espèce que le pistil soumis à l’expérience, il est facile de concevoir pourquoi l’hybridation ne réussit pas d’ordinaire sur les pistils qui ont déjà subi l’action de leur propre pollen, et pourquoi il est absolument indispensable, dans ces sortes d’essais, d'empêcher l’imprégnation dont il s’agit. Il faut toutefois excepter de cette règle générale les cas où l’hybridation peut être plus favorable que la fécondation directe; c'est ce que l’on observe quelquefois entre deux variétés de la même espèce dont les produits seront plus vigoureux que ceux dus à la fécondation de chacune d’elles par son propre pollen. Ce que nous disons semble d’ailleurs s’appliquer surtout aux cas où les poilens étrangers arrivent simultanément sur le stigmate; car, après que la pénétration d’un pollen a commencé, tout autre pollen, même doué d’une plus forte affinité sexuelle, peut rester incapable de le supplanter.

Chez les plantes considérées à l’état de nature, il ne se produit sans doute des hybrides qu'entre

HYBRIDATION

espèces à floraison simultanée. Dans la culture, on peut assez facilement tourner la difficulté, soit en hâtant ou retardant la floraison de l’une des deux espèces, soit en conservant dans de certaines conditions le pollen de celle qui doit jouer le rôle de père, si elle fleurit la première.

Les considérations qui précèdent nous expliquent, au moins en grande partie, pourquoi les hybrides doivent se produire rarement dans la nature, et aussi quelles sont les difficultés inhérentes à ce genre d'expériences, quelles sont les précautions minutieuses auxquelles il faut s’astreindre pour obtenir des résultats qui aient quelque valeur scientifique. Aussi, nous n'hésitons pas à penser que l’on a, dans la pratique horticole surtout, beaucoup abusé des mots hybridation et hybride. Bien des plantes cultivées, que l'on désigne comme étant le résultat d'une fécondation croisée, ne représentent en réalité que des variations accidentelles plus ou moins remarquables. Personne n’ignore en effet aujourd’hui combien plus est commune chez les végétaux la tendance à la variation que l'aptitude à l’hybridation.

On a, depuis bien longtemps déjà, cherché à établir d’une façon précise quels sont les caractères des hybrides; mais il ne parait pas qu’on soit arrivé jusqu'ici à des résultats capables d’être formulés en règles absolues, règles que le sujet ne comporte d’ailleurs peut-être pas. Ainsi l’on a prétendu : tantôt que l’hybride montre toujours des caractères exactement intermédiaires entre ceux des plantes qui l’ont produit ; tantôt, au contraire, qu'il se rapproche davantage du père ou de la mère. Linné pensait que les organes végétatifs de l’hybride rappelaient surtout la forme du père, tandis qu'on retrouvait plus particulièrement dans ses organes reproducteurs les caractères maternels. Non seulement cette prétendue loi n’a pas été confirmée ultérieurement, mais les faits qui la contredisent absolument ne sont pas rares. Il semble résulter de cette diversité d'opinions que si la ressemblance des hybrides avec leurs parents est manifeste dans la plupart des cas, et donne ordinairement lieu à une sorte de sensation esthétique indéterminée, on se trouve fort empêché quand on cherche à la caractériser d’une façon précise.

Une des remarques les plus importantes à faire dans la question qui nous occupe, c’est que les hybrides se montrent assez fréquemment inféconds, et cela à des degrés très divers. Tantôt la stérilité est due à ce que l’étamine s’atrophie complètement, ou ne contient pas de pollen normalement constitué; tantôt à ce que les ovules avortent de bonne heure, ou qu’il ne se produit pas d'embryon dans leur intérieur. Chez les hybrides infertiles uniquement par manque de formation du pollen, l’imprégnation de l’ovule peut ordinairement être faite par le pollen de l’une ou l'autre des plantes génératrices ; c’est alors que l’on voit les produits successifs revenir peu à peu (en un assez petit nombre de générations) à l’un ou à l’autre type. L'observation a d’ailleurs montré que cette sorte de régression s'opère souvent avec une lenteur très différente suivant que c’est tel ou tel des auteurs qui joue le rôle de père dans les générations successives. Toutes choses égales d’ailleurs, les hybrides de variétés sont manifestement plus féconds que ceux d'espèces, et c’est un point qu'il ne faut pas perdre de vue dans la pratique culturale. Les caractères des ancêtres se retrouvent chez certains hybrides plus ou moins exactement fondus ; dans d’autres on les voit simplement juxtaposés, sans qu’il y ait pénétration, si l'on peut ainsi dire. Pour ce qui est de la couleur des fleurs, par exemple, on trouve quelquefois chez l'hybride une teinte résultant du mélange intime de celles que possèdent les parents ; ail-

HYBRIDATION

leurs on observe des fleurs simplement panachées par juxtaposition, sans mélange, des couleurs ancestrales.

Il est également fort important de remarquer que les hybrides peuvent montrer des caractères nouveaux qui n’existaient ni chez le père ni chez la mère, et cela est surtout vrai pour les hybrides de variétés. On les voit assez souvent plus vigoureux, plus précoces que leurs parents; on constate qu’ils ont acquis une tendance beaucoup plus marquée à la variation. Les hybrides vivent quelquefois plus longtemps que les formes originelles ; il n’est pas très rare de voir des plantes annuelles ou bisannuelles produire des hybrides capables de vivre plusieurs années. Toutes ces particularités présentent dans la pratique une importance si évidente, qu'il paraît inutile d’insister davantage.

Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les moyens les plus propres à obtenir l’hybridation artificielle.

Le but que se propose le cultivateur étant de produire des formes plus fortes ou plus belles que celles qu'il possède déjà, il devra apporter un discernement méticuleux dans le choix des plantes à hybrider, en se basant sur les considérations générales que nous avons esquissées plus haut. Il ne cherchera pas à réunir des espèees ou variétés dont la floraison soit très éloignée ; il choisira celles qui possèdent déjà les qualités qu’il désire voir se combiner dans l’hybride qu’il espère obtenir.

La fleur destinée à donner des graines doit être mise, d’une façon aussi parfaite que possible, à l’abri de son propre pollen et de celui de ses congénères qui pourrait lui être apporté du dehors (vent, insectes, etc.). Il est done indispensable d’avoir préalablement étudié le développement de ses étamines, de savoir à quelle époque elles s’ouvrent et laissent échapper leur pollen. C’est avant ce moment que les anthères seront enlevées. Dans un très grand nombre d'espèces, la déhiscence de l’anthère ayant lieu avant le complet épanouissement , ilest nécessaire de faire l’ablation des étamines dans le bouton même. Pour cela, on fend délicatement le périanthe s’il est gamophylle, ou on en écarte les pièces, et il devient alors possible de détacher les étamines sans endommager le pistil. On se servira avec avantage de ciseaux à branches très fines, droites ou courbes suivant les besoins, et à extrémité mousse, ce qui diminue beaucoup le danger de piquer l'ovaire.

Si l'opération a été faite avec le soin et la dextérité suffisante, le développement de la fleur ne sera pas entravé etson épanouissement se fera à peu près comme dans les fleurs restées intactes. Il va sans dire d’ailleurs que pour les fleurs unisexuées on se bornera à isoler les femelles.

Cetisolement, auquel les fleurs castrées doivent également être soumises, peut se faire de plusieurs façons. Relativement facile chez les plantes à fleurs solitaires, il exige d’abord, pour celles qui ont des inflorescences plus ou moins compliquées, la suppression des fleurs non préparées. On se contente souvent de renfermer la fleur mise en expérience dans un petit sac de gaze ou de mousseline, dont on serre l'ouverture autour de l'axe florifère. Ce moyen présente cependant de nombreux inconvénients; il rend notamment fort difficile l'examen ultérieur de la fleur qu'il y a danger de froisser ou de mutiler en enlevant et remettant en place le sac en question. Il y a grand avantage à remplacer celui-ci par une cloche de verre. On prépare à cet effet une planchette supportée par un piquet de longueur appropriée, et que l’on fixe à son extrémité supérieure. Cette planchette présente une fente pratiquée à la scie et de largeur suffisante pour laisser passer la branche sans la comprimer. Celle-ci une fois introduite dans la fente, on comble cette dernière avec de la mousse ou du

HYBRIDATION

coton cardé, sans tasser trop fortement. Il ne reste plus qu’à poser sur la planchette une cloche de verre à bords bien dressés, qui, recouvrant exactement la fleur, l’isolera parfaitement, tout en permettant l'examen à tous les instants. Si la séquestration doit durer longtemps, on se trouvera bien d’aérer la cloche en choisissant une de celles qui possèdent un bouton creux et perforé, et en pratiquant dans la planchette, autour de la fleur, un certain nombre de trous de grandeur convenable. Ces trous, ainsi que le bouton de la cloche, seront, bien entendu, garnis de ouate destinée à tamiser l'air. Si l’on opère en plein air, la cloche sera maintenue à l’aide de quelques fils croisés, de sorte que le vent ne puisse ni la soulever ni la renverser. Toutes ces précautions prises, 1l ne reste plus qu’à choisir le moment d’amener le pollen de la plante qui doit servir de père.

Ce moment n’est pas, on le pense bien, indifférent. Le pollen devra toujours provenir d’anthères déhiscentes, de manière à se rapprocher le plus possible des conditions naturelles. Pour la même raison, il aura le plus de chance d'agir efficacement quand l'examen direct permettra d’apercevoir la surface stigmatique enduite du liquide visqueux que ses papilles sécrètent d'ordinaire. Dans le cas où la floraison des deux plantes mises en jeu n’est pas simultanée, il peut y avoir nécessité de conserver le pollen, si le sujet père fleurit le premier. Placé dans un tube de verre bien sec et bouché, ou entre deux verres de montre dont on réunit les bords par une solution épaisse de gomme légèrement sucrée, le pollen a pu souvent être conservé des mois entiers (même une année) sans perdre ses propriétés fécondantes.

Pour la plupart des plantes, qui ont un pollen pulvérulent,on peut simplement frotter doucement le stigmate avec une ou plusieurs anthères ouvertes ou bien se servir, pour le transport, d’un pinceau très doux, propre et bien sec. Chez les formes dont le pollen est solide, comme on dit, c’est-à-dire formé de granules agglutinés, l'extraction hors de l'anthère ouverte et le transport des masses polliniques se font facilement avec la pointe d'une aiguille emmanchée ou à l’aide d’une pince à mors très déliés. Remarquons en passant que les plantes qui présentent cette disposition (Orchidacées, Asclépiadacées, etc.) se prêtent, mieux que celles dont le pollen est pulvérulent, à l’hybridation, parce que l'opérateur est beaucoup plus maitre des conditions qu’il s’agit de réaliser. La séquestration est évidemment ici beaucoup plus facile. Inversement, l’hybridation naturelle semble devoir être, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup plus chanceuse pour les plantes de cette sorte.

Dans tous les cas, il sera prudent de renouveler autant que possible la pollinisation du stigmate un certain nombre de fois, car il peut arriver qu'une première tentative reste infructueuse parce que le moment n’était pas favorable, et que l’opération réussisse très bien un ‘peu plus tard.

La fécondation une fois opérée, il y a avantage à replacer la fleur dans les conditions naturelles, c’est-à-dire à la débarrasser de la prison qui l’enveloppe. Il est donc important de pouvoir reconnaître si l’opération a réussi. Parmi les signes les plus utiles à constater dans ces circonstances, la manière d’être de la corolle est un des principaux, au point de vue pratique. On sait en effet que chez un très grand nombre de végétaux la corolle persiste fraîche et brillante tant que le pistil n’a pas été fécondé. L’'imprégnation une fois faite, on voit d'ordinaire la corolle se flétrir rapidement. L’attention du cultivateur sera donc toujours fixée de ce côté. Ce caractère perd cependant toute son importance dans les espèces apétales ou à corolle fugace. L'examen de l'ovaire fournit également de bons renseignements, Si on le voit grossir rapide-

HYBRIDATION

ment après la tentative d’hybridation, on pourra avec quelque probabilité supposer la réussite. Tous ces caractères cependant ne peuvent nous donner qu’une présomption plus ou moins forte, puisque nous avons vu que dans certaines plantes le pistil imprégné arrive à présenter bientôt toutes les apparences d’un fruit parfait, sans que ses ovules se développent, ou sans que ses graines soient capables de germer.

L'hybridation une fois obtenue, il y a un assez vif intérêt, dans la pratique, à pouvoir désigner les produits d’une façon claire. Aussi cette partie de la nomenclature botanique a-t-elle été souvent agitée. Sans pouvoir entrer ici dans des développements historiques qui seraient sans doute mieux placés dans un ouvrage de botanique générale, nous indiquerons seulement ce qui peut être d’une utilité journalière.

On est convenu de réserver le mot hybride pour désigner les produits obtenus de deux espèces différentes, et d'appeler métis ceux provenant de l'union de deux variétés de la même espèce. Les individus obtenus de l’une ou l’autre façon pouvant encore être fécondés par le pollen d'espèces ou variétés différentes, comme aussi par celui d’autres hybrides ou métis, on conçoit facilement que la filiation des formes ainsi créées s’obscurcit rapidement, et qu’il devient presque impossible de trouver un système de nomenclature régulière. Ce qu'il importe surtout d'éviter, c’est de donner à ces hybrides (ou prétendus tels) un nom spécifique qui puisse amener la confusion et les faire prendre pour des espèces distinctes. Il est regrettable de constater que la nomenclature horticole notamment fourmille de semblables errements, et ce n’est pas là certainement une des moindres causes de l’inextricable dédale qu’elle offre pour un grand nombre de sujets.

D’après les conventions arrêtées par divers congrès botaniques ou horticoles, tout hybride d'espèces du même genre doit être désigné par le nom générique suivi des noms spécifiques des parents, le nom de la mère étant placé le premier et terminé autant que possible par une désinence conjonctive et euphonique. Ainsi, par exemple, on appellera Digitalis luteo-purpurea hybride des Digitales jaune et pourprée, pour l'obtention duquel le pollen aura été fourni var le Digitalis purpurea. L’observation de cette règle est surtout importante pour les produits capables d’être multipliés par graines, et dont les descendants sont, comme nous l'avons dit, très sujets à varier. Pour les hybrides qui ne se multiplient que par bouturage, éclatement ou marcottage (Orchidacées, Broméliacées, etc.), comme ils restent forcément identiques à eux-mêmes, on peut tolérer dans le langage l'emploi d'un nom spécifique; mais à la condition de rappeler entre parenthèses, dans les écrits, les noms spécifiques des parents séparés par le signe X.

Quant aux hybrides de variétés ou métis, il y a tout avantage à les désigner par des noms de fantaisie que l’on choisira aussi simples que possible. Ceux de nos lecteurs que l'étude complète de cette question pourrait intéresser trouveront tous les détails nécessaires dans les actes du congrès international de botanique tenu à Paris en 1867, ainsi que dans la brochure de M. A. de Candolle intitulée Nouvelles remarques sur la nomenclature botanique, et publiée en 1883.

L'hybridation, telle que nous l’avons examinée succinctement, est fréquemment désignée sous le nom de fécondation croisée. Cette expression doit être réservée pour le phénomène qui consiste dans la fécondation d’un pistil par le pollen d’un autre individu appartenant à la même espèce ou variété. L'affinité sexuelle, dont nous avons fait entrevoir l'importance, est en général portée à son maximum entre les cellules reproductrices des individus de

HYBRIDE

Ja même espèce ou de la même variété, mais non pas, comme on serait tenté de le croire, entre les cellules sexuelles du même individu végétal. L’ohservation montre en effet, de concert avec l’expérimentation, que les plantes issues d’une fécondation croisée, telle qu’elle vient d’être définie, l’emportent ordinairement en vigueur végétative, en fertilité, sur celles provenant de l’autofécondation. D'où il résulte que l’hermaphroditisme de la fleur, qui semble, au premier abord, particulièrement favorable à la reproduction, constituerait au contraire une cause d’infériorité organique pour la descendance, si chaque pistil était régulièrement imprégné par le pollen de la même fleur, ou du même pied.

Il est à peu près certain que quelques plantes sont organisées de telle sorte que l’autofécondation y soit presque forcée, sans que l’on puisse apercevoir dans cette circonstance une conséquence nuisible à la vigueur des produits. Pour une foule d’autres, au contraire, cette influence préjudiciable est non moins évidente. Cela prouve simplement que la question est extrêmement complexe, et encore imparfaitement élucidée.

Le dommage qui peut résulter de l’autofécondation ne résulte pas nécessairement de quelque tendance maladive commune aux parents unis, mais bien plus probablement de ce que les descendants successifs sont ainsi rendus aptes à se ressembler en tous points, sans aucune propension à varier. Or, c’est une notion biologique fort importante que la variation constitue un phénomène favorable.

Il résulte de ce qui précède, et aussi de l’expérimentalion, que la conservation (par semis) des variétés peu tranchées ne peut être obtenue quand les individus-mères sont exposés à la fécondation croisée, mais que l’autofécondation est ici au contraire indispensable. C’est seulement au bout de quelques générations autofécondées que la variété se montre constante, même quand on la cultive dans des conditions un peu différentes. Elle sera, comme on dit, fixée, et on aura moins à craindre le croisement avec les individus de la même variété.

Quand il s’agit de maintenir, non pas une variation légère (telle qu’une nuance de la corolle), mais bien de procurer une plus grande vigueur végétative et une plus grande fécondité aux produits (ex : céréales, Choux, etc.), on tirera de meilleurs résultats, toutes choses égales d’ailleurs, du croisement entre individus ayant vécu dans les conditions le plus différentes possible, c'est-à-dire, dans la pratique, en fécondant les plantes porte-graines avec le pollen de plantes semblables cultivées dans un autre sol.

L'espace qui nous est accordé ne nous permet pas de nous étendre plus longuement sur ce sujet; nous avons surtout voulu essayer d’en montrer toute l'importance, tant au point de vue théorique que pour la pratique culturale. Nous ne saurions trop engager le lecteur désireux de s’instruire, à étudier l’ouvrage du grand naturaliste Ch. Darwin sur les Effets de la fécondation croisée et de la fécondation directe, dans le règne végétal. X y trouvera, en même temps que des considérations théoriques émanées d’un esprit profond et sagace, le détail des expériences sur lesquelles sont basées les conséquences qui y sont exposées. E. M.

HYBRIDE (botanique). — Se dit des individus nés de graines produites à la suite d’une hybridation naturelle ou artificielle. Les hybrides se montrent quelquefois fertiles ; le plus souvent ils sont stériles, parce que leur pollen reste imparfait (voy. HYBRIDATION). E. M.

HYBRIDES (ampélographie). — L'espoir d’obtenir des produits meilleurs que ceux que leur donnaient les semis des cépages indigènes de types purs, a poussé les semeurs de Vignes américaines à faire des croisements entre les diverses espèces ; ils ont créé ainsi une série de types hybrides

HYBRIDES

dont les plus connus sont : l’Alvey, qui paraît être le produit d’un croisement entre un V. æstivalis ct un W. vinifera ; l'Agawam (hybride de Roger, n° 15); l’Amber, obtenu par Jacob Rommel, par une fécondation entre V. riparia et V. Labrusca ; l’'Autuchon (hybride d’Arnold, n° 5), semis de Clinton croisé avec le Chasselas doré; le Barry (hybride de Royer, n° 43) ; le Black Defiance (hybride d’Underhill 8-8), résultat d’un croisement entre le Black Saint-Peters (V. vinifera) et le Concord (V. Labrusca), d'après M. Meissner : le Black Eagle (hybride d'Underhill, 8-12) entre V. Labrusca et V. vinifera; le Brant (hybride d’Arnold, n° 8), semis de Clinton croisé avec le Black Saint-Peters; le Canada (hybride d’Arnold, n° 16), comme le précédent, obtenu d’un semis de Clinton fécondé par le Black Saint-Peters ; le Cornucopia (hybride d’Arnold, n° 2), comme les deux précédents, semis de Clinton croisé avec le Black Saint- Peters; le Crolon, hybride du Delaware et du Chasselas de Fontainebleau obtenu par M. S. W. Underhill ; le Delaware, dont l'origine est inconnue, mais que M. Meissner pense être un hybride entre V. Labrusca et V. vinifera ; le Duchesse, obtenu par MM. A.-S. Cayvood et fils qui disent «qu'il a été produit par le croisement d’un Concord blanc de semis avec le Delaware etle Walter, le pollen des deux ayant été appliqué en même temps. »

L’Elvira est le produit d’une graine de Taylor semée par Jacob Rommel ; les semis des graines d'Elvira donnent fréquemment le Sphinx, type américain très curieux, cultivé au Jardin d’acclimatation sous le nom de Grand noir, qui a vraisemblablement fécondé la fleur de Taylor, d’où est né l'Elvira. Le Lady Washington a été créé par M. Rickett à la suite de la fécondation du Concord par l'Hybride d’Allen (Ghasselas doré par Isabelle). Le Lindley (hybride n° 9, de Roger) a été obtenu par hybridation entre le Wild mamoth de la Nouvelle-Angleterre et le Chasselas doré. Le Louisiana parait être un hybride de V. æstfivalis et de V. vinifera. Le Noah a été obtenu d’un semis de Taylor vraisemblablement fécondé par un YŸ. Labrusca. L’'Othello (hybride d’Arnold, n° 1) provient du Clinton fécondé par le Blanc Hambourg. Le Secretary a été obtenu par M. Rickett par le croisement du Clinton et du Muscat Hambourg. Le Senasqua a été créé par M. Undernhill par fécondation entre le Concord et Black Prince (V. vinifera). Le Triumph est un hybride de Concord de Campbell, n° 6.

Cet exemple a été suivi en Europe par MM. Millardet et de Grasset, par l’auteur du présent article à l'Ecole d’agriculture de Montpellier, et par divers autres viticulteurs français; mais, tandis que les Américains n’ont cherché dans lhybridation qu'un moyen de créer des producteurs directs, on a poursuivi chez nous un autre but, celui de créer des porte-greffes s’accommodant à certains sols ct offrant les qualités de résistance au Phylloxera, de facilité d’enracinement et de vigueur désirables.

On a enfin recueilli en Amérique des hybrides spontanés qui y existent à l’état sauvage, et on les a utilisés comme porte-greffes de nos cépages d'Europe : un certain nombre de V. riparia sauvages répandus actuellement dans nos cultures sont plus ou moins hybridés de V. rupestris ou de V. cordifolia, et le Champin, qui a donné de bons résultats comme porte-greffe dans certains sols de mauvaise qualité, est le produit d’un croisement entre V. rupestris et V. candicans.

Les hybrides entre les diverses espèces du genre Vitis ne sont pas inféconds. Lorsqu'on en sème les graines, il se produit une sorte de dédoublement, la plupart des formes obtenues se rapprochant de celles de l’un des parents ; c’est même le moyen le plus sûr de déterminer les espèces dont le concours a donné naissance à un hybride.

L'opération même de l’hybridation s'effectue de

HYBRIDES

la manière suivante : la fleur de vigne offre une disposition particulière ; ses pétales, au lieu de s'ouvrir par en haut, se détachent du calice par leur base et restent soudés entre eux en formant une sorte de bonnet ou capuchon qui maintient pendant un certain temps les anthères au contact du pistil ; après quoi à lieu la fécondation : on doit donc décapuchonner chaque fleur avant le moment où les pétales se sont détachés. On s’assure ensuite qu’aucune trace de pollen n’est sortie des anthères ; on enlève les étamines, afin d’ôter toute chance de fécondation ultéricure par leur moyen; on apporte alors des fleurs ouvertes du type qui doit jouer le rôle de mâle, et on les promène sur les premières de manière à y faire déposer une portion de la poussière fécondante. On enveloppe enfin les grappes fécondées avec un sachet de gaze.

Lorsqu'il y a discordance dans les époques de floraison, on peut avancer celle du cépage tardif en en plaçant un cep sous un coffre vitré et retarder celle du cépage hâtif en l’abritant, du côté du midi, avec des planches ou des paillassons et en enfermant les grappes dans des sacs en papier blanc.

Une fois la fécondation opérée, il est bon de prendre diverses précautions, afin d'éviter la coulure, qui peut résulter soit de l'entrainement du pollen par les pluies, soit du refroidissement accidentel de l'atmosphère. Pour éloigner le premier danger, on peut maintenir les sacs gonflés au moyen d’une carcasse en fil de fer logée à l'intérieur, et les abriter avec un chapeau en papier fort, passé à l’huile de lin. On combat assez efficacement le second par des soufrages répétés à partir du moment de l'opération, par des pincements ou par .l'incision annulaire. Gite

HYBRIDES BOUSCHET (ampélographie). — On désigne sous le nom d’hybrides Bouschet des cépages à jus rouge que MM. Bouschet de Bernard père et fils ont obtenus en semant des graines de nos divers cépages méridionaux fécondés par le Teinturier du Cher. Ce ne sont pas, ainsi que l’on peut s’en rendre compte, de vrais hybrides, puisqu'ils ne sont pas issus d’un croisement entre deux espèces différentes, mais seulement entre deux individus d'une même espèce, ainsi que cela a lieu normalement chez les plantes monoïques.

Quoi qu’il en soit, du reste, de leur valeur au point de vue botanique, les hybrides Bouschet jouent actuellement un rôle des plus importants dans les vignobles méridionaux, où ils prennent chaque jour une place plus considérable; la concurrence des vins fortement colorés d’Espagne et d'Italie amène, en effet, les viticulteurs méridionaux, producteurs de vins communs de grande consommation, à introduire largement dans les produits des vignobles qu'ils reconstituent l'élément de coloration que le commerce leur demande. Voici une liste générale des hybrides Bouschet, d’après M. P. Viala, qui a publié une excellente monographie de ces cépages :

A. — Aramons-Bouschet.

. Petit-Bouschet.

Gros-Bouschet.

Grand noir de la Calmette.

Aramon-Teinturier-Bouschet.

. Aramon-Bouschet n° 1.

Aramon-Bouschet n° 2.

Aramon-Bouschet n° 3.

. Aramon-Bouschet n° 4.

. Aramon-Bouschet n° 5.

. Aramon-Bouschet n° 6.

. Aramon-Bouschet n° 7.

. Aramon-Bouschet n° 8.

. Aramon-Bouschet n° 9.

. Bouschet à feuilles lisses et Aramon n° ©.

. Bouschet à feuilles lisses et Aramon n° 3.

. Bouschet à feuilles lisses et Aramon n° 5.

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