‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 22 sur 198 · Cinsaut-Bouschet · texte numérisé non relu

Cinsaut-Bouschet

. Espar-Bouschet.

Parmi les nombreux types que nous venons d’'énumérer, un petit nombre seulement a sérieusement attiré l'attention des viticulteurs. Les principaux d’entre eux sont : le Petit-Bouschet, l’Alicante-Bouschet extra-fertile, l’'Alicante-Henri- Bouschet, l'Alicante-Bouschet à sarments érigés, l’'Aramon-Teinturier-Bouschet, le Terret-Bouschet et l'Aspiran-Bouschet.

PETIT-BOUSCHET. — Le Petit-Bouschet est l’un des premiers cépages obtenus par M. Louis Bouschet, par la fécondation de l’Aramon par le Teinturier. Sa première fructification date de 1836, mais ce n’est que depuis peu d'années qu'on l’a largement introduit dans les vignobles méridionaux ; aujourd’hui, on le rencontre sur de grandes surfaces dans les plaines de l'Hérault, du Gard et. de l’Aude, et il commence à se répandre dans le sud-ouest et la vallée du Rhône.

Synonymie : quelquefois Teinturier-Bouschet ou Bouschet, dans l'Hérault.

Description. — Souche vigoureuse. Sarments étalés, vigoureux, à mérithalles assez longs. Feuilles moyennes, plus longues que larges, quinquélobées, avec le sinus pétiolaire ouvert; les sinus latéraux bien marqués, à dents inégales, courtes et aiguës, la face supérieure glabre, avec des nervures d’un rouge violacé, se teintant de rouge sang sur son pourtour lors de la maturité du fruit, et passant au rouge foncé ensuite, la face inférieure recouverte d’un duvet aranéeux. Grappe grosse, conique, ailée, un peu làche. Grains de grosseur moyenne, sphériques, d’un noir foncé, à jus rouge foncé.

HYBRIDES

Maturité précoce, à la première époque.

Le Petit-Bouschet est remarquable par sa fécondité, la couleur de son jus et sa précocité. Il produit dans les bons terrains quelquefois plus de 100 hectolitres à l’hectare, d’un vin peu alcoolique, mais coloré ; sa maturité, qui précède de dix à douze Jours celle de l'Aramon, lui permet de remonter beaucoup plus au nord que ce dernier cépage.

Sans être tout à fait indemne du Peronospora, le Petit-Bouschet souffre beaucoup moins de l’action de ce parasite que la plupart des variétés méridionales. D'une rusticité remarquable, il a résisté plus longtemps que les autres vignes de l’ancien monde, observées jusqu'ici, aux attaques du Phylloxera, auxquelles il à fini par succomber.

Les sols qui paraissent le mieux lui convenir sont ceux qui sont riches et profonds; c’est dans ces milieux qu’il rend le plus et où il est le plus utile de le cultiver pour compenser le défaut de coloration des vins qu’y donnent les autres cépages.

ALICANTE-HENRI-BOUSCHET. — C’est un des produits obtenus par la fécondation de l’Alicante ou Grenache par le Teinturier ; il n’a été livré au commerce que vers 1883 ou 1884, bien qu'il ait été créé en 1855. Ce cépage est aujourd'hui l’objet d’une grande vogue, justifiée d’ailleurs par ses très réelles qualités.

Synonymie. — Il est identique par tous ses caractères avec l’Alicante-Bouschet n° 2 qui n’a, cependant, pris naissance que dix ans après; on peut donc regarder en pratique ces deux cépages comme synonymes, bien que leurs qualifications s’appliquent à deux individus différents.

Description. — Souche vigoureuse, à port presque rampant. Sarments de l’année jaunes ou jaune vineux. Feuilles jeunes, grandes, légèrement trilobées, à tomentum abondant sur le revers, d’un vert jaunâtre nuancé, doux à la page supérieure ; adultes, moyennes, entières, orbiculaires, à sinus pétiolaire profond, en V et variable dans son ouverture, ce qui entraine des variations dans la situation du limbe, mais, en général, un peu en gouttière au centre avec bords incurvés du côté du sinus basilaire; face supérieure d’un beau vert foncé et assez luisante, face inférieure d’un vert blanchâtre avec tomentum aranéeux assez abondant sur les sous-nervures. Grappe grosse, épaisse, tronc-conique, ample et jamais tassée, à alie très développée; grains surmoyens, à pulpe abondante et fondante, d’un noir vineux foncé, jus d’un rougesang foncé et vif, à saveur sucrée et fraiche.

Maturité à la deuxième époque.

L'Alicante-Henri-Bouschet est l'un des types les plus précieux obtenus par M. Henri Bouschet : il donne un vin rouge vif grenat, alcoolique et possédant tout à la fois du corps et de la finesse. Sans produire autant que l’'Aramon ou le Petit-Bouschet, il est cependant d’une bonne fertilité; enfin il parait jusqu'ici assez réfractaire au Peronospora.

Ce sont les sols de moyenne consistance et sains qui conviennent le mieux à ce cépage. Sa maturité assez hâtive permet de le cultiver plus à l’ouest et plus au nord que ceux qui constituent ordinairement les vignobles méridionaux.

ALICANTE-BOUSCHET EXTRA-FERTILE. — Ce cépage a été créé, comme le précédent, par la fécondation de l’Alicante par le Teinturier,; bien que présentant de réelles qualités, il est inférieur à l’Alicante- Henri-Bouschet, qu'on doit lui préférer.

Description. — Souche assez vigoureuse, sarments étalés, longs, gros, légèrement sinueux, à mérithalles moyennement allongés, à nœuds assez gros, d’un jaune vineux clair après l’aoûtement. Feuilles moyennes, aussi ou plus larges que longues, bullées, presque entières; à sinus pétiolaire profond, en V ouvert, formant une gouttière assez prononcée, suivant la nervure centrale, avec bords fortement révolutés vers la face inférieure. Face

HYBRIDES

supérieure luisante, glabre, d’un vert foncé, prenant avant l’arrière-saison une coloration rouge-brun foncé. Face inférieure avec des poils aranéeux par bouquets. Grappe surmoyenme cylindro-conique, non âilée; grains moyens, un peu plus gros que ceux du Grenache, sphériques, légèrement déprimés, noirs, moins pruinés que ceux de ce cépage ; jus rouge, plus sucré que celui du Petit-Bouschet.

Maturité assez hâtive, à peu près à la deuxième époque.

ALICANTE-BOUSCHET A SARMENTS ÉRIGÉS. — Ce cépage a été obtenu en 1855 par le croisement du Grenache et du Petit-Bouschel, comme les précédents; on en trouve assez fréquemment quelques représentants dans les vignobles de l’Hérault, mais 1l y est beaucoup moins répandu que l’Alicante-Henri-Bouschet. |

Description. — Souche vigoureuse, à port très érigé, à bois de l’année d’une teinte gris Jaunâtre, rayé de brun. Jeunes feuilles entières, d’un jaune verdâtre uniforme à la face supérieure. Feuilles adultes moyennes, un peu ailongées, peu profondes, trilobées, fortement bullées et gaufrées ; sinus pétiolaire en V profond et presque fermé ; face supérieure d’un vert assez foncé et peu luisante; face inférieure avec un léger tomentum aranéeux. Grappe moyenne épaisse et pyramidale, très dense, pédoncule très dur à l'insertion; grains surmoyens, sphériques, déprimés par la pression; pulpe à jus d'un rouge brillant.

L’Alicante Bouschet à sarments érigés est d’une production régulière, sauf dans une variété coularde que l’on doit éliminer avec soin par la sélection; son vin est d’une très belle couleur rouge intense. La disposition de ses rameaux permet d'exécuter les labours à la charrue pendant toute la durée de sa végétation.

ARAMON-TEINTURIER-BOUSCHET.— Ce cépage a été récemment répandu dans les vignobles du midi de la France, et 1l a été l’objet d’un engouement qui tend à diminuer.

Description. — Souche peu vigoureuse, à port étalé, à bois de l’année d’un gris brunâtre. Bourgeonnement blanchâtre, duveteux; jeunes feuilles trilobées, avec tomentum laineux à la face inférieure, revêtues d’un duvet vert gai à la face supérieure. Feuilles plutôt grandes, presque aussi larges que longues, trois fois sublobées, à sinus pétiolaire assez profond, en U, nervures d’un vert jaunâtre clair; face supérieure d’un beau vert foncé, face inférieure d’un vert blanchâtre, avec un tomentum aranéeux, peu abondant. Grappe très grosse, troncconique, lâche, à rafle et pédoncuie vert clair et cassant;, grains gros, globuleux, d’un noir violacé foncé, à peau fine ; pulpe abondante, à jus d'une couleur rouge vineux assez foncée et brillante.

Maturité à la deuxième époque.

L'Aramon-Teinturier-Bouschet est d’une grande fertilité au début; il bourgeonne tardivement, ce qui lui permet d'échapper aux gelées; son vin ressemble assez à celui de l’Aramon ordinaire, mais il est en outre d’un rouge vif foncé. Malheureusement, 1l paraît sujet à la coulure, et 1l est prompt à s’épuiser sous l'influence de sa très grande production, il se rabougrit alors et prend une végétation des plus chétives.

TERRET-BOUSCHET. — Ce cépage a été obtenu en 1858 par le croisement du Terret gris ou Terret bourret et du Petit-Bouschel ; il s’est quelque peu répandu dans les vignobles du midi de la France, à cause de sa productivité.

Description. — Souche assez vigoureuse, à port étalé, bois de l’année d’un rose vineux sur fond jaune. Bourgeonnement presque glabre, feuilles moyennes, un peu allongées, cordiformes, trois fois sublobées; sinus pétiolaire assez profond, en V, et ouvert, à bords légèrement repliés ; face supérieure d’un vert foncé, légèrement tomenteuse

HYBRIDES

sur le revers. Grappe grosse, ramifiée, conique et presque lâche. Grains surmoyens, globuleux, à peau résistante, à jus abondant, d'un rouge vineux peu intense.

Le Terret-Bouschet est un cépage de moindre valeur que les précédents; son vin, d’une couleur rouge vif, est peu foncé. Il est très productif, et c’est là sa principale qualité. Sa maturité est relativement tardive. Il débourre tard et est peu sujet, par conséquent, aux gelées, mais il redoute beaucoup le Péronospora.

ASPIRAN-BOUSCHET. — L’Aspiran-Bouschet a été obtenu en 1865 par la fécondation du Gros-Bouschet par l'Aspiran-noir ; sa première fructification date de 1871. Il est très peu répandu jusqu'ici dans les vignobles.

Description. — Souche vigoureuse, à port presque rampant, bois fortement enviné à l'état herbacé, d’un gris cendré clair sur fond vineux lorsqu'il est aoûté. Bourgeonnement duveteux, rouge violacé clair. Feuilles grandes, aussi larges que longues, profondément découpées, quinquélobées ; les sinus latéraux et pétiolaires profonds, fermés au sommet, laissent un trou à la base; nervures envinées, pourtour liséré de rouge vineux; face supérieure d’un vert mat foncé ; face inférieure à fortes nervures, pourvues de poils courts et raides, à rares poils aranéeux sur le parenchyme; d’un carmin vineux, clair à l’automne. Grappe surmoyenne, allongée, tronc-conique, simple, lâche. Grains surmoyens ellipsoides, à pruine très abondante ; pulpe à saveur très agréable ; jus d’un rougesang intense, à couleur vive.

Maturité à la troisième époque.

L’'Aspiran-Bouschet est peu productif, mais il est très remarquable par la coloration très intense de son vin, qui dépasse celle donnée par tous les cépages connus jusqu'ici en France. G..F.

HYBRIDES (z0otechnie). — Dans le sens étymologique, le terme d’hybride s’appliquait aux produits d’un accouplement contre nature, par une sorte de violence faite aux lois naturelles. C’est en ce sens que les anciens l’ont toujours employé. Plus tard, en précisant davantage, on a qualifié d’hybrides les produits de l’accoupiement entre deux espèces différentes, et à cette qualité s’est jointe d'une manière plus explicite l'idée d’infécondité. Durant longtemps, sujet hybride ou sujet infécond étaient une seule et même chose pour les naturalistes. On s’en servait comme criterium dans la distinction des espèces. Mais vint un moment où il fut évident que des individus d'espèces notoirement distinctes donnaient, en s’accouplant, des produits indéfiniment féconds. On vit aussi le même fait se réaliser avee des espèces admises comme étant de genres différents, Et alors Isidore Geoffroy Saint-Hilaire reconnut des hybrides féconds et des hybrides qu'il nomma bigénères.

Broca, qui a publié en 1859 un long mémoire sur l'hybridité, à propos des métis de Lièvre et de Lapin qu'il a le premier, croyons-nous, nommés Léporides, établit des distinctions entre l'hybridité qu’il qualifia d’eugénésique et celle qu'il désigna par les épithètes de dysgénésique et d’agénésique. Il appliquait la première aux hybrides jouissant entre eux de la fécondité continue ou indéfinie qui appartient à l’espèce même; la deuxième, aux hybrides d’une fécondité difficile et bornée à quelques générations; la dernière, enfin, aux hybrides radicalement inféconds.

Ces distinctions, en grande partie spéculatives et fondées sur des observations dont la plupart, pour ne pas dire toutes, auraient eu besoin d’être contrôlées, laissent de côté le point essentiel, qui est celui de la définition exacte et précise de l’hybride ou de l’hybridité. La principale préoccupation de l’auteur, dans le mémoire un peu confus, pour avoir touché trop de sujets à la fois, où elles se

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