‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 4)Chapitre 98 sur 212 · LIMON · texte numérisé non relu

LIMON

LIMON. — Fruit du Limonier. C’est une baie assez volumineuse, à loges nombreuses remplies par une pulpe acide, de couleur blanc jaunâtre. Ce fruit est ovale oblong, de couleur jaune clair ; son sommet porte ordinairement une saillie conique et pleine, et sa surface est parsemée de ponctuations glanduleuses ; la couche jaune du péricarpe est aromatique et amère. Le limon, appelé vulgairement citron, sert dans les usages culinaires. Le suc frais de la pulpe entre dans la préparation de boissons acidulées et de limonades ; en le concentrant, on l’emploie à la préparation de l'acide citrique. Le jus de citron est aussi usité dans la teinture ; la préparation pour cet usage se fait sur une grande échelle dans l'Italie méridionale et en Sicile. On fait passer les fruits entre deux cylindres cannelés qui les déchirent et on les introduit sous une presse afin d'exprimer le jus; le meilleur moment est celui où les fruits ont atteint tout leur développement, mais sont encore verts et commencent à jaunir; on retire de 2000 à 2500 fruits 100 kilogrammes de jus, titrant de 4 à 5 degrés Baumé ; un litre de jus renferme une quantité d'acide correspondant à 55 ou 60 grammes d'acide citrique cristallisé. La pulpe peut servir à la nourriture du bétail ou au commerce.

De l’écorce du limon encore vert, on extrait de l'essence de citron. Cette extraction se fait par distillation, ou bien en écrasant les fragments de zeste contre des morceaux d’éponge qui s’imbibent d'essence. Un autré procédé consiste à comprimer les fruits dans une écuelle en forme d’entonnoir à fond fermé, qui porte des pointes destinées à déchirer les parois des cellules et à en faire sortir l'essence. Le zeste est aussi employé pour la préparation de médicaments ou de parfums.

LIMONAGE (hydraulique). — Le limonage est le résultat de l'apport, sur les terres voisines des rivières ou des cours d’eau, par les débordements naturels, des matières utiles à la végétation contenues dans les eaux courantes; en d’autres termes, c'est le résultat des submersions fertilisantes qui s’opèrent périodiquement dans les vallées. Le limonage ne produit pas, comme le colmatage (voy. ce mot), un sol arable d’une épaisseur déterminée, mais il dépose les substances utiles entrainées par les eaux en couches minces, souvent même imperceptibles ; il diffère encore du colmatage en ce qu’il est périodique, annuel ou bisannuel, et qu'il peut se renouveler indéfiniment; c’est, en un mot, la véritable irrigation naturelle. Il constitue, suivant les heureuses expressions de Nadault de Buffon, un puissant amendement, renouvelable à volonté et dont les effets, rendus palpables par la plus-value immédiate des récoltes, ne pourraient être obtenus par les moyens ordinaires qu'à l’aide d’une grande quantité d'engrais ou d’amendements artificiels, représentant une dépense infiniment supérieure à celle qui correspond à la pratique du limonage.

L'importance des limons entrainés par les cours d’eau est connue depuis longtemps. Chacun sait que la fertilité de la vallée du Nil en Egypte est maintenue par les crues périodiques de ce fleuve. Les exemples sont moins frappants mais très nombreux sur un grand nombre de points en France; dans les vallées de la Marne, de l’Aube, de la Saône, du Cher, de la Mayenne, de la Maine, de la Loire, de l'Allier, de la Garonne, etc., la valeur des terrains en prairies submersibles par les crues périodiques de ces rivières est souvent double de celle des terrains de même nature et de même exposition, mais qui ne sont pas soumis à ces submersions fertilisantes. D’autre part, quand des prairies, jouissant de ces submersions utiles, en ont été privées, on a constaté un décroissement, rapide dans leur production. C’est ce qui est arrivé notamment pour la vallée de la Dives (Calvados); à la suite d’inondations intempestives survenues au

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LIMONAGE

printemps, plusieurs fermiers endiguèrent leurs prairies de manière à empêcher tout apport de la rivière; la récolte diminua rapidement sur ces prairies privées ainsi de leur amendement naturel, mais elle reprit toute sa valeur lorsque, quelques années ylus tard, on supprima ces digues malencontreuses. Le même fait se produisit dans la vallée de 4 5eine, entre Oissel et Rouen, à la suite de la construction d’un chemin de halage sur la rive gauche du fleuve, et l’on ne rendit leur fertilité à ces prairies qu'en établissant dans ce chemin des pertuis qui ont permis l'accès des eaux sur les prairies pendant les crues du fleuve.

Des recherches assez nombreuses ont été poursuivies sur les quantités de limon que les cours d’eau entrainent. Ces proportions varient beaucoup suivant la nature des terrains sur lesquels ils coulent, suivant la vitesse des courants, et suivant les saisons. Le Nil charrierait en moyenne 883 grammes de limon par mètre cube d’eau, le Pô 749 grammes, le Mississipi de 553 à 690 grammes, l’Elbe de 170 à 200 grammes, la Meuse, 100 grammes, le Rhin, de 50 à 80 grammes. En France, on a évalué ces proportions à 150 grammes pour le Rhône, à 239 pour la Garonne, à 96 pour la Saône, à 559 pour l'Allier, à 25 pour la Scine. D’après les observations directes de M. Hervé-Mangon, la proportion moyenne de limon charrié par mètre cube d’eau serait de 1454 grammes pour la Durance, de 3577 grammes pour le Var, de 75 grammes pour la Marne, de 40 grammes pour la Seine, de 55 à 495 grammes pour la Vienne, de 56 à 467 grammes pour la Loire. Ainsi que l’a fait observer ce derniér savant, « les cours d’eau, comme d’infatigables terrassiers, enlèvent sans cesse aux continents d'énormes volumes des terres les plus fertiles pour les jeter dans la profondeur des mers ; il importe à la science d'étudier le jeu de ces grandes forces, il importe à l’agriculture de détourner à son profit cet immense labeur des eaux en l’utilisant au colmatage et au limonage de nos terres arables ». La Durance est, de toutes nos rivières, celle dont les eaux sont utilisées dans la plus forte proportion, et l’agriculture profite seulement d’un dixième de ses limons ; M. Hervé-Mangon a constaté, dans les mêmes expériences, que cette rivière entraîne chaque année 11 millions de mètres cubes de limon, contenant autant d'azote assimilable que 100 000 tonnes d’excellent guano et autant de carbone qu’une forêt de 79 000 hectares.

La richesse des limons est très variable, mais elle est toujours élevée. C’est ce qui résulte des nombreuses analyses dues à M. Hervé-Mangon ; voici les moyennes de celles qu'il a exécutées sur les limons de la Durance, de la Vienne, de la Loire, du Var, de la Marne et de la Seine (pour les détails, voy. Expériences sur l'emploi des eaux dans les irrigations, 1869) :

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