GUI
dont la surface est de 1467 hectares. L'ensemble forme un total de 7940 hectares. La population y dépasse 32000 habitants, ce qui dénote une production agricole prospère, car l’industrie est presque nulle. La petite culture et la petite propriété y ont réalisé des résultats tout à fait remarquables.
Sur un total de 4505 hectares en culture, on compte 2125 hectares en prairies et pâtures, 1320 en récoltes fourragères, et 695 seulement en céréales ; les jachères ne couvrent pas plus de 40 hectares. Ces indications montrent que l'élevage du bétail constitue la principale industrie agricole; en effet, on compte dans l’île de 1500 à 1800 têtes chevalines, 7000 têtes bovines, 1000 têtes ovines, de 4500 à 6500 pores. Les rendements de toutes les récoltes sont très élevés; outre le fumier, toujours. abondant, on a recours aux engrais de mer, ainsi qu'aux engrais commerciaux, surtout aux phosphates. Le bétail et ses produits forment les prin- Cipaux éléments du commerce. H.S.
GUERNESEY (zootechnie). — C’est, comme on sait, le nom d’une des îles de la Manche ou iles normandes, dont le bétail est renommé pour la production du beurre. Ce bétail des îles de la Manche, qui est une population métisse résultant d'anciens croisements entre le type Irlandais (B. T. hibernicus) et le type Germanique (B. T. germanicus) introduit en Normandie, et qu’on considère à tort comme appartenant à une race distincte, est appelé en Angleterre race d’'Alderney. En France, on l'appelle plutôt race de Jersey ou race Jersyaise. Sous ces deux désignations on englobe les vaches de Guernesey avec celles des autres iles, en signalant seulement les quelques particularités de pelage qu'elles présentent (voy. les mots ALDERNEY pour les caractères zootechniques, et JERSEY pour la caractéristique zoologique). A. S.
GUETTARD (biographie). — Jean-Etienne Guettard, né à Etampes en 1715, mort en 1786, naturaliste français, a laissé un grand nombre de travaux importants sur les diverses branches de l'histoire naturelle. On lui doit notamment des recherches sur les glandes dans les végétaux et des expériences importantes sur la transpiration des végétaux. La plupart de ses travaux ont été publiés d’abord dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences dont il était membre, et réunis ensuite sous le titre : Mémoires sur diverses queslions d'histoire naturelle, de science et d'art (6 vol. in-4°). H. S.
GUEULE-DE-LION (horticullure). — Noy. AN- THIRRINE.
GUI (sylviculture). — Arbrisseau parasite de la famille des Loranthacées. Le Gui (Viscum album) est une plante ligneuse dioïque, dont les feuilles coriaces, persistantes, opposées, sessiles, oblongues, obtuses et entières, sont d’un vert jaunâtre. Les fleurs petites, d’un jaune verdâtre, sont sessiles et disposées en capitules. Le fruit est une baie globuleuse, d’un blanc translucide, à suc visqueux.
Le Gui vit en parasite sur un grand nombre d'arbres forestiers et fruitiers ; il est commun sur le Sapin, l'Erable, le Peuplier, le Saule, le Pommier, le Poirier ; il est beaucoup plus rare sur le Chêne.
Ce végétal, dont les racines percent l'écorce de l'arbre sur lequel il s'implante, se nourrit aux dépens des tissus de son support et nuit par conséquent à sor développement. Les bourrelets qui se forment au point où ses racines pénètrent dans l'écorce déterminent des nodosités qui entravent la circulation de la sève. Il est donc important de ne pas laisser ce parasite envahir les arbres fruitiers dont il hâte le dépérissement. Il serait sans doute utile aussi de le détruire dans les forêts, si cette opération n’était pas trop difficile.
Le Gui peut être donné comme fourrage aux
GUIGNIER
moutons. On fait, en broyant les feuilles, les rameaux et les fruits, une pâte qui, convenablement malaxée sous un filet d’eau froide, après avoir fermenté pendant quelques jours dans un endroit frais,
Re
Fig. 76. — Port du Gui.
devient cette matière visqueuse connue sous le nom de glu, dont on se sert pour capturer les petits
Oiseaux. B. DE LA CG.
GUIGNIER (arboriculture). — Voy. CERISIER.
GUILLORY (biographie). — Guillory aîné, né
en 1796, mort en 1878, a été un des principaux agronomes d'Anjou ; il a présidé pendant de nombreuses années les travaux de la Société industrielle de Maine-et-Loire. On lui doit : Les congrès de vignerons français, Les vins blancs d'Anjou, Munuel du vigneron en Maine-et-Loire, et une étude historique sur le marquis de Turbilly (1862). I] fut membre associé de la Société nationale d’agriculture. HS.
GUIMAUVE (botanique et horticulture). — Plantes de la famille des Malvacées, tribu des Malvées, les Guimauves sont très voisines des Mauves dont elles ne diffèrent que par l’involucre qui accompagne leurs fleurs et qui est formé de six à neuf divisions unies entre elles. Les fleurs sont régulières et hermaphrodites, elles portent sur un réceptacle convexe un calice gamosépale de cinq pièces avec lesquelles alternent les cinq pétales de la corolle qui sont unis à leur base sur une faible étendue. L’androcée comporte un nombre indéfini d’étamines dont les filets se réunissent en un tube creux qui laisse passer dans son centre la colonne stylaire. Ces étamines offrent la particularité de porter des anthères uniloculaires. L’ovaire, qui comporte un nombre variable de loges, est surmonté d’un style à autant de branches qu’il y a de loges. Le fruit est accompagné du calice et de J’involucre qui l’induvient; il est multiple et se divise en autant d’achaines qu'il y avait de loges dans l'ovaire.
Les Guimauves sont des herbes annuelles ou
GUISAN
plus souvent vivaces. M. Baïllon réunit à ce genre les Lavatères et quelques autres plantes du même groupe. Ainsi constitué, ce genre comporte une trentaine d'espèces propres surtout aux régions tempérées. Deux espèces sont particulièrement intéressantes : l’une, la Guimauve officinale, par les propriétés qui la font rechercher en thérapeutique; l’autre, la Guimauve rose trémière, à cause de ses qualités ornementales.
GUIMAUVE OFFICINALE (Althæa officinalis L.). — Plante vivace par un rhizome souterrain. Ses tiges, qui atteignent jusqu'à un mètre de haut, et ses feuilles sont recouvertes d’un tomentum blanchâtre. Les feuilles sont cordiformes à lobes inégalement crénelés. Les fleurs blanches ou blanchâtres sont disposées en cymes à l’aisselle des feuilles ou forment des grappes de cymes à l’extrémité du rameau. On rencontre cette plante à l’état spontané dans les prairies humides, au bord des fossés et des marais dans toute la région maritime tempérée de l’Europe. Elle est fréquemment cultivée dans les jardins à cause de ses longues racines pivotantes qui sont blanches et très mucilagineuses, ainsi d’ailleurs que toutes les parties de la plante.
Elles servent en médecine comme émollientes. Ses fleurs sont employées en tisanes qui sont adoucissantes. Bon nombre d’autres Malvacées, et particulièrement la Guimauve rose trémière, partagent avec cette espèce ses propriétés mucilagineuses et sont employées comme succédanés de la Guimauve officinale.
GUIMAUVE ROSE TRÉMIÈRE (Althæa rosea Cav.). — La description de cette plante est donnée sous le mot ALCÉE (voy. ce mot). JD:
GUIMBARDE. — Voy. VÉHICULES et VOITURES.
GUINÉE (géographie). — La Guinée forme, sur la côte occidentale d'Afrique, une vaste étendue de territoire, sur divers points duquel plusieurs colonies françaises, formées ou en voie de création, peuvent devenir des centres agricoles importants.
Les établissements de la Côte-d'Or (Grand-Bassam et Assinie) ne sont que des comptoirs pour le commerce avec l'intérieur. — Le territoire de Porto- Novo a une étendue de 1800 à 2000 kilomètres carrés ; il est encore à peine exploré; les cultures indigènes se bornent au Palmier qui fournit l'huile, à l’Arachide, au Manioc, au Maïs et à quelques autres plantes alimentaires ; l'huile et l’amande de palme sont les seuls produits exportés en quantités croissantes chaque année. — Le Gabon est un vaste territoire, où la population européenne est encore presque nulle, sur lequel la plupart des plantes des pays tropicaux, Caféier, Cacaoyer, Cotonnier, Vanillier, Canne à sucre, prospèrent ; mais les indigènes ne cultivent presque exclusivement que les plantes nécessaires à leur consommation. Les principaux articles d'exportation sont jusqu'ici le bois rouge ou bois de santal, le bois d’ébène, l'huile et la noix de palme.
À ces établissements se rattache la nouvelle colonie du Congo, d’une étendue approximative. de 670000 kilomètres carrés, où la culture est encore à peu près nulle, mais qui paraît appelée à un grand avenir par une exploitation raisonnée de ses produits. Les principaux produits que le Congo fournit jusqu'ici sont le caoutchouc, le bois de santal, le bois d’ébène et l'huile de palme.
GUISAN (biographie). — Samuel Guisan, né dans la canton de Berne, mort aux Antilles à la fin du dixhuitième siècle, s’est fait connaître surtout par ses
GUMPRECUT
efforts pour la colonisation de la Guyane de 1777 à 1791. On lui doit un traité sur l'exploitation des terres basses de cette colonie, publié en 1788, réimprimé par ordre du gouverneur de la Guyane en 1324. HS:
GUMPRECHT (biographie). —Théodore-Godefroy Gumprecht, né à Hambourg en 1793, fut successivement administrateur des terres de la couronne de Saxe-Weimar, et publiciste à Berlin. Il a dirigé successivement les Comptes rendus de l’économie rurale dans l'Allemagne centrale (1832-52) et la Nouvelle gazette d'économie rurale. I a publié plusieurs ouvrages, notamment : Observations sur le dessèchement des terres (1852), le Voyage de l'agriculteur (1852). ; H. S.
GURLT (biographie). — Ernest-Frédéric Gurlt, né à Drentkau (Silésie) en 1794, vétérinaire allemand, a publié un grand nombre d'ouvrages estimés sur l’anatomie et la physiologie des animaux domestiques, notamment : Manuel d'anatomie comparée des animaux domestiques (1822), Traité d'anatomie pathologique des animaux domestiques (1831-32), Traité de physiologie comparée (1837). Il a été l’un des rédacteurs du Magasin de la science vétérinaire. HS.
GUYANE (géographie). — Vaste contrée de l'Amérique méridionale, dans le bassin de l’océan Atlantique, est située entre 9 degrés de latitude nord et 4 degrés de latitude sud, d’une étendue de plus de 2 millions de kilomètres carrés. Elle est située tout entière dans la zone intertropicale. La partie septentrionale appartient au Vénézuela, et le reste du territoire constitue trois colonies appartenant à l'Angleterre, à la Hollande et à la France. La Guyane forme la partie inférieure des bassins de l'Orénoque et du fleuve des Amazones ; elle possède au plus haut degré le caractère des contrées intertropicales : la chaleur unie à humidité. On y distingue les terres hautes et les terres basses; ces dernières sont le plus souvent marécageuses. A raison de l'insalubrité du climat dans les terres basses, la Guyane est jusqu'ici peu peuplée, et la colonisation n’y a pas fait de progrès. Cependant les terres y sont généralement d’une fertilité remarquable : toutes les productions des pays chauds s’y rencontrent, un grand nombre de plantes des colonies et d'Europe y ont été acclimatées avec un réel succès.
Dans la Guyane française spécialement, l’agriculture est à l’état rudimentaire. Sur une superficie totale de 15000 à 18000 kilomètres carrés, on ne compte pas plus de 6500 hectares en culture, portant, outre les plantes potagères des pays tropicaux, le Rocouyer, la Canne à sucre, le Caféier et le Cacaoyer. Le nombre des exploitations est de 1750 à 1800 ; elles sonttoutes d’étendue restreinte. Le bétail y est rare. La Guyane ne produit pas suffisamment pour la consommation locale, quoique la population ne dépasse pas 24000 habitants; elle a augmenté de 1000 âmes seulement pendant les quinze dernières années. La colonie française est, sous ce rapport, inférieure à la Guyane anglaise et à la Guyane hollandaise. Des vastes forêts couvrent une partie de l’intérieur du pays : on y rencontre les arbres des essences les plus précieuses et les plus variées; mais les difficultés de transport en ont jusqu'ici enrayé l’exploitation. Une des causes du défaut d'immigration peut être attribuée à ce fait que les. concessions agricoles sont faites par la colonie au taux relativement élevé de 25 francs par hectare. I25
GUYOT (biographie). — Le docteur Jules Guyot, né à Gyé-sur-Seine (Aube) en 1807, mort en 1879, s’est d’abord adonné aux études de médecine et de physique. Vers 1850, il prit la direction d’un grand vignoble à Sillery (Marne); 1l y étudia les meilleures conditions de culture de la Vigne, et ïl imagina un nouveau système de taille qui porte
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
son nom. En 1861, il reçut la mission de parcourir les vignobles français et d'y propager les meilleures méthodes de culture. On lui doit plusieurs ouvrages, parmi lesquels les principaux sont : Culture de La Vigne et vinification (1860), Etude des vignobles de France pour servir à l’enseignement mutuel. de la viticulture et de la vinificalion françaises (3 vol., 1868). Hi°$:
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE (z00{echnie).
— La gymnastique fonctionnelle est la plus importante des méthodes zootechniques. Seule elle est capable de créer ce qu’on considère comme des améliorations, en développant les aptitudes naturelles des animaux, de façon à les rendre plus utiles et de les rapprocher ainsi de la perfection zootechnique. Les méthodes de reproduction, durant si longtemps en possession exclusive de ce rôle, et tout au moins encore si souvent mises au premier rang, ne sont en ce sens point créatrices : elles ne peuvent que propager ces améliorations en les transmettant par l’hérédité. Seule la gymnastique fonctionnelle agit sur les individus et les modifie, les perfectionne comme machines industrielles ou comme objets de luxe. La génération se borne à les reproduire tels quels. On voit done combien cette méthode, dont la constitution à l’état scientifique ne date que de peu de temps, est digne d'attention. Sans doute la plupart des pratiques que ses applications comportent ont été empiriquement réalisées depuis longtemps. L’entrainement des chevaux de course et les opérations de Bakewel sur les Ovidés et les Bovidés du comté de Leicester en sont des exemples éclatants; ces dernières témoignent du génie de leur inventeur. Les frères Colling et les autres grands éleveurs anglais du temps de Bakewel les ont imitées. Mais on chercherait en vain la preuve qu’ils en ont possédé la théorie. Ils connaissaient un ensemble de procédés empiriques, qu’ils savaient appliquer avec une habileté merveilleuse, mais à ces procédés ils auraient été incapables même de donner un nom. Il n’est d’ailleurs pas dans le génie anglais, génie exclusivement pratique, de s'arrêter à ce genre de préoceupation.
Le terme qui désigne la méthode aujourd’hui scientifiquement constituée dont il s’agit ici a eu une rapide fortune, plus rapide que celle d'aucun des autres introduits par la zootechnie moderne. On peut dire qu'après quelques timides contestations isolées, il a été universellement adopté. La gymnastique musculaire, les exercices réglés du corps, étaient connus dans leurs effets dès l’antiquité. On sait qu’ils jouaient dans l'éducation des jeunes Grecs un rôle prépondérant. Les pédagogues, dans les derniers temps, avaient souvent qualifié de gymnastique intellectuelle ou cérébrale leurs procédés pédagogiques. L'idée d'exercice réglé, méthodiquement gradué, quel qu’en fût l’objet, devait donc s'associer sans résistance à celle de gymnastique ; et c’est pourquoi l’on admit du premier coup qu'elle pouvait s'appliquer à une fonction quelconque et être ainsi convenablement qualifiée de fonctionnelle, comme méthode générale. Aussi l'expression a-t-elle tout de suite passé dans le langage courant.
En vue des buts zootechniques, les fonctions auxquelles s'applique la méthode gymnastique sont celles de la digestion, de la respiration et de la circulation du sang, dites fonctions de nutrition, celle de la locomotion ou fonction musculaire, et celle de la lactation ou fonction mammaire. Plusieurs de ces fonctions sont solidaires, ce qui veut dire qu’elles ne peuvent être exercées isolément. L'exercice de l’une d’elles entraîne nécessairement celui d’une autre au moins ou de quelques autres. La gymnastique musculaire, par exemple, active infailliblement la respiration, qui active non moins infailliblement la circulation sanguine, qui active
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
la nutrition des muscles exercés, ce qui a pour effet d'en accroître le volume. Le fait est de connaissance vulgaire. Tout le monde sait que les ouvriers boulangers, les forgerons, ont les bras relativement volumineux, que les danseurs et les piétons ont les cuisses et les jambes au contraire plus musclées.
Quelle que soit la fonction soumise à une gymnastique méthodique, au fond l’objet est toujours le même et le phénomène essentiel identique. En établissant le déterminisme de ce phénomène, c’està-dire en mettant en évidence sa condition déterminante, on peut donc faire la théorie physiologique de la méthode et montrer ainsi son caractère de généralité, en même temps que son caractère scientifique. Cela seul est capable de nous en rendre complètement maitres, de nous indiquer les moyens sûrs de l’appliquer facilement et avec succès à tous les cas. C’est là ce qui distingue absolument les méthodes scientifiques des procédés purement empiriques et leur communique une puissance incomparablement plus grande.
Il s’agit toujours, dans la gymnastique fonctionnelle, de faire acquérir aux éléments anatomiques, par l'entrainement de l'habitude, la faculté de fonctionner avec une intensité plus grande, l’aptitude à des mouvements plus rapides, moléculaires ou visibles. Cet entraînement résultant de l'habitude, de la répétition fréquente, est un fait connu de tout le monde. Il n’est pas nécessaire conséquemment d’y insister, ni même de le définir. On exécute toujours plus facilement les choses auxquelles on s’est habitué.
Les éléments anatomiques, sécréteurs ou moteurs, qui entrent en jeu dans l'exécution des fonctions que nous visons ici, doivent leur activité à des excitations partant des centres nerveux. La preuve péremptoire en est que cette activité cesse immédiatement, dès que les centres où ces excitations s’élaborent sont altérés ou détruits, ou dès que leurs conducteurs sont interrompus. Que le nerf d’un muscle ou d’une glande, conducteur des excitations, soit coupé ou altéré d’une façon quelconque, aussitôt le muscle est paralysé, la glande ne sécrète plus. De même des centres et des nerfs spéciaux président aux mouvements d’échanges moléculaires ou nutritifs. Ils sont, pour ce motif, appelés trophiques. Quand ils ne peuvent plus fonctionner, élaborer ou conduire les excitations, les échanges s'arrêtent. Le muscle, par exemple, s’atrophie progressivement, tout en conservant jusqu’à la fin sa faculté de se contracter, si toutefois le centre et le nerf moteur sont restés intacts.
On comprend dès lors facilement que l’activité des éléments anatomiques, sous tous ces rapports, soit proportionnelle à la propriété d'élaboration des centres nerveux et à celle de conduction des nerfs pour ces excitations. On comprend aussi que dans le cas où lesdites propriétés pourraient être agrandies, il en résulterait un agrandissement correspondant de l’activité des éléments. Elle serait nécessaire. C’est précisément le résultat de l’entrainement de l’habitude, et pour les centres et pour leurs conducteurs. Exercés méthodiquement, ils acquièrent bientôt une remarquable facilité de fonctionnement, qui a pour effet, notamment, de substituer dans le système nerveux moteur l’action réflexe ou automatique de la moelle à l’action volontaire du cerveau, beaucoup moins rapide. Un exemple vulgaire, que nous citons habituellement à ce propos dans nos cours, rend frappante cette substitution. I1 s’agit des pianistes, dont le doigté acquiert une si merveilleuse agilité, et dont les exercices réguliers ne sont pas autre chose qu’une gymnastique spéciale. Ils exécutent, comme on sait, des gammes sur le clavier de leur instrument. Au début de leurs études, la volonté doit conduire
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
les doigts. Le cerveau, où l’on en place le siège, envoie, par l'intermédiaire de la moelle et du nerf spécial, à chacun l’ordre du mouvement qu'il lui faut communiquer à la touche. Aussi la gamme s'exécute sur un rythme relativement lent. Peu à peu, la répétition des exercices amène ce résultat que le rythme en devient d'une rapidité vertigineuse, et ledit résultat ne peut s’expliquer que par la substitution des mouvements réflexes aux mouvements conscients. Le temps écoulé entre les deux notes qui se suivent, et qui est à peine, peut-être, d’un millième de seconde, ne serait pas suffisant pour que l'ordre de contraction pût venir du cerveau. Il vient donc de plus près, c’est-à-dire de la moelle, au point de départ du nerf. La preuve, d’ailleurs, en est que le pianiste exécute ses exercices ou sa gymnastique de doigté en pensant à autre chose et même souvent en lisant un livre intéressant placé sur le pupitre de son piano.
Pour les fonctions qui dépendent du système nerveux ganglionnaire, où il n’y a que des actions réflexes, le phénomène ne diffère point. Ce système s’entraine comme l’autre. Il renvoie ensu'te, élaborées, les excitations périphériques avec plus de rapidité, conséquemment plus nombreuses dans l'unité de temps. Ce qui, pour le système cérébrospinal, se passe dans la moelle épinière, s’accomplit ici dans les ganglions nerveux. Pour le reste, pour la conductibilité des nerfs, les choses sont identiques de tout point. Les molécules vibrent avec plus de rapidité.
La gymnastique fonctionnelle agit donc d’abord et dans tous les cas sur l’un ou l’autre des systèmes nerveux auxquels elle fait, par l'entrainement de l'habitude, acquérir l'aptitude à élaborer et à conduire avec plus de rapidité les excitations qui mettent en jeu les propriétés spéciales des éléments anatomiques. C’est toujours par l'intermédiaire de ces systèmes que son action se fait sentir sur les organes ayant à accomplir les grandes fonctions dont nous avons parlé. À l’égard du système cérébro-spinal, elle agit directement sur le centre, par un acte initial de volonté qui s'impose. À l'égard du système ganglionnaire, son action est au contraire périphérique. Elle se produit par des impressions méthodiquement répétées, excerçant surtout la conductibilité des nerfs dans les deux sens centripète et centrifuge, par où le pouvoir réflexe des ganglions arrive lui-même à s’exalter.
C’est ce que nous allons voir en étudiant successivement la gymnastique spéciale des fonctions.
GYMNASTIQUE DE LA DIGESTION. — La gymnastique de la digestion a pour objet de favoriser le. développement de la puissance digestive, en activant le fonctionnement des glandes de l'appareil sur lequel elle agit. Son effet final se traduit par un accroissement du coefficient digestif. Tandis que d’une alimentation donnée, tel individu qui n'y à pas été soumis utilise 0,60 de la substance organique contenue dans cette alimentation, tel autre arrivera, Sous son influence, à en utiliser de 0, 70 à à 0,72. Elle lui aura donc fait gagner de 10 à 12 pour 100 en puissance digestive. Des expériences rigoureuses de F. Krocker, entre autres, exécutées il'est vrai dans de tout autres vues, ont mis le fait en complète évidence.
Comme conséquence nécessaire de ce premier fait, la gymnastique de la digestion en entraîne un autre non moins important pour la pratique z00technique. Elle conduit les sujets qui la subissent au développement, ou pour mieux dire à l’achèvement hâtif de leur squelette, de l’évolution de leur système dentaire, et en somme par là de tous les
tissus de leur organisme, réalisant ainsi ce que l’on
nomme la précocité (voy. PRÉCOCITÉ). Bakewel, au génie de qui l'on doit le phénomène ainsi nommé et si faussement attribué, durant longtemps, à une prétendue aptitude de race, Bakewel n'a pas fait
LR
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
autre chose que de la gymnastique fonctionnelle sans le savoir. Les pratiques dont il a doté l’art de l'éleveur et qui ont été suivies par ses contemporains sont précisément celles à l’aide desquelles l'appareil digestif est méthodiquement exercé.
Ces pratiques consistent en une alimentation régulière et toujours au maximum, tant que dure la période de croissance de l'individu, depuis la naissance jusqu'à l’âge adulte, de façon que les réflexes salivaires, gastriques et intestinaux soient continuellement et régulièrement mis en jeu et de la sorte entraînés par l’habitude. Le contact répété des aliments sur la muqueuse digestive impressionne ses nerfs et l'impression se réfléchit en excitation sécrétoire (voy. DIGESTION). Là est toute la gymnastique digestive, dont les procédés n’ont besoin que d’être rappelés.
Elle commence avec l'allaitement du jeune, qui ne saurait jamais être trop copieux. C’est le point capital de son application. C’est aussi par ce point que celle-ci est le plus généralement négligée, surtout dans les genres où le lait des mères est un objet d'exploitation directe, comme c’est le cas pour celui des vaches, Ou bien l'allaitement est insufisant en quantité, ou bien il est trop tôt supprimé, pour faire place à l’alimentation végétale. L’aptitude digestive ne peut atteindre son maximum qu’à la condition de n’avoir à s'exercer que sur les aliments qui, d'après les lois naturelles, sont appropriés à l’état de l’appareil, et par leurs propriétés physiques et par leur composition chimique. Aussi longtemps que le jeune animal a dans la bouche
eulement des dents caduques, qui ne sont point mal nommées dents de lait, seul le lait est son aliment normal, celui qui seul peut être digéré complètement et lui procurer un développement régulier. Son appareil digestif n’est prêt pour bien fonctronner sur les aliments végétaux qu’à dater du moment où la dentition permanente a déjà commencé son évolution, alors que les mâchoires sont pourvues des quatre premières molaires vraies (voy. DENTI- TION). L’éruption de ces dents sc fait au bout d’un temps variable, selon les individus, d'autant moins tard, d’ailleurs, que l'allaitement a été plus copieux. Mais il est bien certain que la méthode de gymnastique fonctionnelle n’est point suivie lorsque le sevrage est opéré avant leur apparition. Auparavant, l'animal n’est pas encore outillé pour se nourrir exclusivement d'aliments végétaux.
Des expériences de Wilckens ont mis en évidence ce fait, que l’observation attentive de ce qui se passe trop généralement dans la pratique suflit à faire reconnaitre. Ces expériences ont été exécutées comparativement sur des veaux et sur des agneaux. Un veau fut nourri exclusivement avec du lait durant quarante-quatre jours, et l’on constata qu'il gagnait un kilogramme de poids vif par 12 litres de lait consommés. Quand on l’abattit au bout de ce temps, il pesait vif 79*,250 et il rendit 48:,250 de viande nette, soit 0,615 de son poids. La capacité de ses estomacs fut mesurée et l’on trouva que la panse et le réseau ensemble avaient 6430 centimètres cubes, le feuillet et la caillette 5075, ou une capacité totale &e 11 505 centimètres cubes. Le rapport entre les deux groupes d’estomacs était 1 : 0,79. Un autre veau, laissé librement avec sa mère, du 41 juillet au 28 août, consommait par jour 8“,500 de lait. A partir du 38 août il fut sevré et reçut des aliments végétaux mous. On l’abattit le 12 septembre. 11 pesait alors 80 kilogrammes et il rendit 40*%,625 de viande nette, soit 0,509 de son poids. La panse et le réseau ensemble mesuraient 15 000 centimètres cubes; le feuillet et la caillette 7820 ; en tout 22 820. Le poids des deux sujets, à la naissance, était sensiblement le même; à 750 grammes près il était de 42 kilogrammes. Celui qui avait été nourri exclusivement de lait a gagné une moyenne de 846 grammes par jour, l'autre une moyenne de
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
7190 grammes seulement. Mais en outre le rendement en viande nette de ce dernier n’était que de 0,509 contre 0,615 pour le premier; et l’on voit que l’alimentation végétale, bien qu’elle eût peu duré, avait eu pour effet d'augmenter considérablement la capacité des deux premiers compartiments de l’estomac, qui ne sont, comme on sait, que des réservoirs d’aliments, non des organes digestifs proprement dits.
Sur deux agneaux, dont l’un allaité durant trente jours et l’autre durant quinze, puis nourri d’'aliments solides les deux semaines suivantes, le même expérimentateur a constaté que le rendement en viande nette était pour le premier de 0,590 du poids vifet deU,530 pour le second. La capacité des deux premiers compartiments de l'estomac mesurait 345 centimètres cubes pour l’un et 2038 pour l’autre ; celle des deux derniers, 640 et 803 centimètres cubes. Un examen détaillé des organes montra que la caillette de l’agneau de lait avait une surface de muqueuse, par conséquent une capacité digestive, considérablement plus grande que celle de l’agneau nourri d'aliments solides.
Sur deux autres agneaux l’expérience fut encore plus démonstrative. Ils étaient tous deux Southdown-mérinos. L'un fut nourri exclusivement de lait durant quatre-vingt-cinq jours; l’autre reçut, outre le lait de sa mère, de l'herbe de prairie, du foin et de la paille durant quatre-vingt-dix jours. Abattus le même jour ils pesèrent exactement le même poids vif, 11 950 grammes. Le premier rendit 6450 grammes de viande nette, ou 0,54 du poids vif, et le second 5290 grammes ou 0,44. La panse et le réseau avaient, chez le premier, une capacité totale de 1040 centimètres cubes; chez le second, une de 3110. Le feuillet et la caillette mesuraient, chez celui-ci, 590 centimètres cubes, 615 chez l’autre.
La capacité digestive, dans ce cas comme dans les précédents, était done évidemment plus grande chez le sujet exclusivement nourri de lait et elle s’est traduite invariablement par une plus forte élaboration des principes immédiats constituants de la chair. Des expériences comparatives analogues, faites également sur des agneaux, à l’école de Grignon, avec la composition végétale appelée lactina et préconisée pour remplacer l'allaitement, ont donné des résultats peut-être encore plus frappants. Nous avons communiqué ces résultats à la Société de biologie, et 1ls ont montré que les sujets ainsi nourris avec toutes les précautions recommandées restaient toujours de beaucoup en arrière des autres sous le rapport de leur développement mesuré par la balance.
Cette capacité digestive ne peut donc atteindre son maximum qu'à la faveur d’un allaitement copieux et suffisamment prolongé. Du reste, tous les éleveurs habiles, en tête desquels il faut placer les Anglais, l’ont observé depuis longtemps. On sait qu'ils ne manquent pas de donner une seconde nourrice à ceux de leurs veaux Courtes-cornes dont la mère ne se montre point suffisamment laitière pour satisfaire leur appétit. Chez nous, M. de Béhague, qui a fait largement ses preuves, recommandait en toute occasion cet allaitement comme la condition sine qua non pour obtenir des animaux précoces. On ne saurait trop y insister, à titre de point de départ indispensable pour la gymnastique de l’appareil digestif.
Vient ensuite la façon d'opérer le sevrage, ou la substitution de l’alimentation végétale ou solide à l’alimentation lactée. En toute circonstance, un changement brusque quelconque, non progressif ou ménagé, dans l’alimentation, trouble toujours le fonctionnement de l’appareil digestif. Mais c’est particulièrement chez les jeunes sujets et au moment où il s’agit pour eux de passer de la qualité de carnassiers à celle d’herbivores, que ce changement brusque est dommageable. Il ne se borne pas
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
à l'arrêt de leur accroissement durant un temps variable, il le fait rétrograder, puisqu'ils perdent toujours du poids, qu’ils ne regagnent ensuite qu'après un temps plus ou moins long, lorsque leur estomac a enfin acquis l’accoutumance à son nouveau régime. Mais le temps perdu ainsi est un retard définitif par rapport à ceux qui ne l'ont point subi. On reconnaît toujours, au milieu d'un groupe de jeunes animaux, les sujets dont le sevrage ne s’est pas accompli avec les transitions nécessaires. Ils restent en dessous du poids moyen, et plus tard, quand ils sont adultes, leur coefficient digestif est moins élevé. Les faits constatés avec précision dans les expériences citées plus haut en fournissent une explication claire. Il est évident par là que la constitution anatomique de l'appareil digestif se trouve modifiée.
L’estomac agissant sur un aliment liquide comme le lait, dont la relation nutritive est en moyenne 1 : 2, ne peut s’accommoder que progressivement, par la gymnastique même de ses éléments anatomiques, à recevoir un aliment solide, dont la relation n’est que bien rarement plus étroite que 1 : 3, et à le digérer au maximum. Surprises, en quelque sorte, par le changement, ses glandes à pepsine ne fonctionnent plus avec la même activité. Il faut les y entraîner peu à peu, par une transition ménagée entre les deux états physique et chimique des aliments, en préparant lentement le sevrage, de façon qu’il dure le plus longtemps possible. Les aliments végétaux, choisis d’abord parmi les plus fortement concentrés, dont la relation est aussi étroite que celle du lait, seront donnés sous forme de farine et fortement délayés, pour qu’il n’y ait point de différence de consistance, et en très faible proportion dans la ration journalière, à partir du moment où commence l’évolution des premières dents permanentes. De semaine en semaine, la proportion de l’aliment solide ira croissant, celle de l’eau restant la même, et celle du lait diminuant à mesure, en telle sorte que la substitution se trouve ainsi complètement réalisée au bout de quelques semaines, Cinq à SiX au moins.
Ainsi le sevrage s’est opéré sans que le jeune animal en ait aucunement souffert, sans que son estomac ait cessé de fonctionner régulièrement, sans qu'il y ait aucune interruption dans sa gymnastique. Ce ne serait pas ici le lieu d’entrer dans les détails de l'exécution pratique de l’opération. Il suffit d'en signaler la grande importance à notre point de vue actuel (voy. SEVRAGE).
À partir de ce moment, l'aptitude digestive normale pour la protéine a diminué chez le jeune herbivore, et elle a proportionnellement augmenté pour les éléments constituants du second terme de la relation nutritive. Cette aptitude ne peut être convenablement exercée qu’à la condition de mettre à sa disposition, en quantité mesurée seulement par son appétit, stimulé d’ailleurs par tous les moyens que la science nous indique, une ration journalière dont la relation soit 1 : 3. Durant la belle saison, les herbes de pâturage la réalisent au mieux, et elles fournissent la meilleure alimentation, sous ce rapport comme sous celui de la digestibilité (voy. ce mot). Le régime du pâturage est incontestablement la gymnastique la plus efficace pour la fonction digestive. Durant la saison d'hiver dans nos climats, et durant celle de sécheresse dans les climats chauds, il faut artificiellement composer des rations pour y suppléer. C’est ce passage du régime vert au régime sec, du régime d'été au régime d'hiver chez nous, qui est la grosse question. C’est le point capital de la méthode dont nous nous occupons.
Dans les conditions naturelles, et encore dans la plupart des conditions artificielles, on veut dire dans celles de l’état domestique, l'alimentation d'hiver des jeunes herbivores est très précaire ou
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
parcimonieuse, ou composée d'aliments d'une très faible digestibilité à la fois absolue et relative. Leur activité digestive se ralentit forcément et ils ne peuvent digérer qu'à peine le nécessaire pour s’entretenir en vie. Aussi leur croissance s’arrète pour ne reprendre qu’au printemps suivant, au retour des jeunes herbes. C’est ce ralentissement qu'il s’agit d'éviter, en fournissant aux organes l’objet de leur exercice, de façon en outre à rendre la croissance du corps continue. On comprendra facilement qu'il n’y ait point sans cela de précocité possible. Des rations d’hiver d’une composition analogue à celle des jeunes herbes et autant que possible d’une égale digestibilité, font atteindre le but. On les réalise sans difficulté par le mélange des aliments concentrés avec les aliments grossiers, en calculant leurs proportions pour que la relation nutritive soit suffisamment étroite (VOy. ALIMENTA- TION et RELATION NUTRITIVE).
Les auteurs allemands ont eu la prétention singulière de déterminer les quantités de chacun des groupes de principes immédiats nutritifs qu'il convient de ne point dépasser pour la ration journalière des animaux herbivores, et en particulier des jeunes. C’est ce qu'ils ont appelé des normes alimentaires (Futlerungsnormen). A coup sùr, chaque sujet a sa limite individuelle de consommation possible. Mais nous ne saurions comprendre, à aucun point de vue, l'utilité de ne pas atteindre cette limite, sous prétexte qu’un certain quantum pour cent de poids vif devrait suffire. Le seul rôle utile de l'animal étant de transformer ses aliments, il est évident qu'il ne peut en aucun cas en transformer trop. Il est donc d’une sagesse élémentaire de lui en fournir toujours autant qu’il se montre capable d'en digérer. Conséquemment, la ration ne peut être convenablement mesurée qu’à l'appétit du consommateur. Et c’est l’une des prescriptions essentielles de la gymnastique de stimuler le plus possible cet appétit, de manière que la consommation s’accroisse Sans cesse. Il n’y à pas d’autre norme pratique.
Tant que dure surtout la période de croissance, pendant laquelle l'efficacité de la gymnastique di-. gestive est la plus grande, cela ne doit pas être perdu de vue. En songeant que la puissance digestive pour la protéine va graduellement en diminuant, et que par conséquent la relation nutritive doit aller, pour ce motif, s’élargissant de son côté, passer successivement de 1:3 à 1:3,9:4:4,5:5, la seule autre préoccupation sera de nourrir constamment les jeunes animaux au maximum. On n’est sûr qu'ils en ont assez que quand ils font des restes. La gymnastique de la digestion se fait en mangeant. Il faut forcer l'alimentation, avec les précautions de gradation voulues, tant que l’aspect des déjections ne montre pas un trouble digestif (vOy. DIGESTION).
Ainsi exercée régulièrement et méthodiquement, sans aucune interruption depuis la naissance, par les aliments les plus appropriés à l’état de ses organes, la fonction digestive atteint le maximum d'intensité auquel elle puisse parvenir. Non seulement la preuve en est fournie expérimentalement par ce fait constant, que les sujets soumis à cette gymnastique arrivent en moins de temps au complet achèvement de leur squelette, attesté par l’évolution bhâtive de leur dentition permanente, et qu'alors ils pèsent plus que les autres sujets de même âge, mais encore plus directement par ceci, que chez ces sujets précoces le coefficient digestif est plus élevé. Baudement disait qu'ils étaient meilleurs utilisateurs de leurs aliments. La recherche physiologique a montré, en établissant par l'analyse chimique le bilan de leur alimentation, qu'ils digèrent une plus forte proportion des principes immédiats nutritifs contenus dans ces aliments.
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
GYMNASTIQUE DE LA LOCOMOTION. — Nous avons
dit que les organes de la locomotion, les muscles des membres en particulier, ne peuvent pas être exercés sans que le soient en même temps ceux de la respiration. Le travail musculaire active nécessairement les mouvements du thorax. C’est un fait de connaissance vulgaire. On sait de même que la respiration plus active entraîne forcément des contractions cardiaques plus nombreuses et conséquemment une circulation sanguine plus rapide. Mais en outre les excitations motrices plus fréquentes s’accompagnent forcément aussi d’excitations trophiques plus intenses et dès lors d’une nutrition plus active des organes locomoteurs, muscles et os. Il n’est donc pas difficile d'expliquer le fait connu dès la plus haute antiquité, que la gymnastique musculaire, l’antique gymnastique, ait pour conséquence de grossir les muscles et les os, d'élargir les articulations et d’amplifier le thorax, en même temps que par l'entrainement elle rend les contractions musculaires plus faciles et plus puissantes, et la respiration plus aisée. On peut donc, d’après cela, dans l'examen des détails d'application de la méthode, laisser de côté ce qui concerne et la respiration, et la circulation, et la nutrition. Assurer l'exercice méthodique des puissances musculaires des membres, ou de ce qu'on est convenu d'appeler l’appareil locomoteur, suffit, puisque cet exercice ne va point sans le reste.
Chez les animaux dont nous nous occupons, la gymnastique de la locomotion ne s'applique utilement qu'à ceux dont la fonction économique prédominante, sinon exclusive, est de produire du travail moteur ou autrement dit de la force motrice. Nous désignons ainsi les seuls Equidés, car chez les autres il n’y a que les Bovidés qui en produisent, et pour eux cette fonction doit devenir de plus en plus un faible accessoire.
L'entrainement des chevaux pour les courses, débarrassé de ses pratiques empiriques et réduit à ce qui est. de la véritable gymnastique, de véritables exercices gradués de l’appareil locomoteur, nous offre un frappant exemple d'application de la méthode. Il met en évidence tous ses effets, jusques et y compris la substitution des actions réflexes aux actions volontaires du système nerveux, qu'il exalte au point de rendre souvent impropres à tout service utile les sujets qui l’ont subi. Ils ne sont bons que pour gagner des prix de course. Avec la vitesse qu’on en exige, il ne peut guère en être autrement. Les contractions de leurs muscles doivent, pour atteindre cette vitesse, se répéter à si courts intervalles, qu’elles ne peuvent être que réflexes. Une fois partis, ils courent en quelque sorte automatiquement. Leur succès dépend plus de leur entrainement que de leur puissance naturelle, surtout maintenant qu’on a tout à fait renoncé aux courses à longue distance, où la force individuelle et l’émulation avaient nécessairement une part. Aujourd’hui, c’est l’excitabilité neuromusculaire qui est le principal.
Ce genre d'entrainement aux courses de vitesse fournit une démonstration expérimentale de l’efficacité de la méthode, mais ce n’est certainement pas celui qu’il convient de recommander pour l’appliquer dans la pratique. Les Equidés moteurs doivent être entrainés seulement en vue de l’accomplissement de leur fonction écenomique. Dans aucun cas celle-ci ne comporte une vitesse d’allure comparable à celle du cheval de course. Les uns travaillent habituellement au trot et exceptionnellement au galop ordinaire, les autres toujours au pas. Le plus important pour tous, c’est qu'ils acquièrent des articulations solides et des muscles puissants. Ils ne le peuvent qu’à la condition d’être soumis de bonne heure à la gymnastique fonctionnelle, au libre exercice du pâturage et du parc, tant qu'ils ne sont
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
pas encore assez forts pour effectuer un travail utile, à l’'accomplissement de ce travail ensuite. Elever des chevaux à l’ écurie et dans l’oisiveté complète jusqu’à l’âge de trois ou quatre ans, est un moyen sûr de ne point les avoir solides et durables, quelles qu'aient pu être les qualités de leurs ascendants.
Le moment convenable pour commencer l'application de la gymnastique méthodique est vers l’âge de quinze à dix-huit mois, selon la force des sujets, et le meilleur procédé consiste à employer les poulains aux travaux agricoles n’exigeant qu’une faible traction. De grands efforts risqueraient de dépasser la limite de résistance de leurs articulations et d'y produire des avaries. Attelés à des chariots légers et peu chargés, qui peuvent être menés au trot sur les belles routes et quand ils sont à vide, les poulains de variété fine peuvent déployer sans danger des efforts totaux de 20 à 25 kilogrammes, dont environ 15 pour leur propre déplacement. Les autres peuvent aller jusqu'à 30 à 3o kilogrammes. Nourris au maximum, comme nous l'avons vu, en travaillant ainsi de trois à quatre heures par jour et en effectuant un travail d'environ 300000 kilogrammètres, ils ne prélèvent sur leur ration qu'un peu plus de 180 grammes de protéine alimentaire, équivalent mécanique de ce travail, qui d’ailleurs, en stimulant l’appétit, les fait bien consommer en plus. L’accroissement total . n’en est donc pas diminué, et celui de l’appareil locomoteur est favorisé.
Pour les uns comme pour les autres, ce travail journalier va graduellement croissant, à mesure qu’ils avancent en âge et que leurs membres se fortifient. C’est seulement lorsque arrive, pour ceux dont la fonction doit être de porter un cavalier ou de s’atteler à des voitures légères de luxe ou de service industriel, le moment de les dresser à leur fonction, de faire leur éducation spéciale, qu’il y a lieu d’avoir recours à d’autres procédés.
À l'égard des chevaux de luxe, l'application de la gymnastique combinée avec cette éducation comporte une installation, un outillage et un personnel particuliers. C’est une industrie à part, dans laquelle lesoin de tout ce qui touche à l'élégance a plus d'importance que la gymnastique elle-même, cette élégance jouant le plus grand rôle dans l’appréciation de la valeur commerciale des sujets. De même pour ceux qui, ayant à subir, pour être admis comme étalons, des épreuves au trot, doivent être spécialement entrainés à cette allure durant quelques mois avant l’époque fixée. Les autres, ceux qui restent en petit nombre entre les mains de leurs producteurs, sont avantageusement utilisés pour le service personnel de ceux-ci, soit qu’ils les montent, soit qu’ils les attellent à leur propre voiture.
On peut dire qu’en dehors de ces façons de procéder, qu'en l’absence de la gymnastique fonctionnelle ainsi appliquée durant la période de croissance, il ne s'obtient point de bons chevaux. L’insuffisance des membres de la plupart de ceux qu’on voit dans nos régiments de cavalerie et qui ont pour l'ordinaire été élevés dans une oisiveté presque complète, en est une preuve notoire. Quand on les compare aux chevaux des Arabes et autres peuples cavaliers, soumis au contraire de bonne heure, pour les besoins mêmes de leur existence nomade, aux exercices gradués que nous préconisons, l’on est frappé de la supériorité évidente de ces derniers.
Cette supériorité, d’une manière générale, n’est pas moins évidente dans les variétés dites communes ou encore de chevaux de trait, dans celle notamment de nos Percherons. C’est que pour elles la gymnastique fait de temps immémorial partie intégrante du mode d'élevage. On ne s’est probablement point préoccupé de ses effets, lorsque ce mode d'élevage a été établi. Le régime auquel les poulains sont soumis a été adopté sans doute en
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
raison seulement du bénéfice immédiat qu'on en tire. On n’a songé qu’à utiliser leur force motrice, à dater du moment où elle a paru suffisante pour l'exécution des travaux agricoles. Le motif d’économie a été certainement au moins prédominant. N'importe, l'exercice régulier et gradué des organes locomoteurs n’en a pas moins ses conséquences naturelles; et nous devons y voir l'application de la gymnastique fonctionnelle dans ses conditions les plus pratiques, en même temps que l'explication des qualités unanimement reconnues aux sujets qui se développent sous son influence. Le travail utile qu’on en obtient paye, en partie ou en totalité, les frais d’alimentation, et la plus-value acquise au moment où les jeunes chevaux sont vendus pour les besoins de l’industrie est tout bénéfice ; ou bien cette plus-value paye elle-même les frais, et alors c’est le travail moteur qui est obtenu gratuitement. Dans l’un comme dans l’autre cas, l'opération est bonne, et il est incontestable qu’une bonne part de cette plus-value doit être attribuée à l'effet gymnastique du travail ainsi utilisé.
La seule condition est que les efforts de traction exigés des jeunes sujets soient toujours bien exactement mesurés, de façon à ne point dépasser la limite de résistance de leurs articulations, afin d’en éviter l’avarie. C’est là principalement que git l'art de l’éleveur. Tant que toutes les épiphyses (voy. ce mot) ne sont point soudées et que conséquemment les os des membres sont le siège d’un travail de croissance ou d’ossification, les fortes tractions opérées sur les insertions ligamenteuses peuvent irriter le périoste et y provoquer la formamation de périostoses, vulgairement connues sous le nom de tares. Le seul moyen sûr de les éviter est de ne demander aux jeunes que des efforts bien inférieurs à ceux qu'ils seraient capables de déployer. Ces efforts, dans leur limite extrême, atteignent facilement et dépassent même le poids de l'individu, quand il est courageux. Il convient de ne jamais les mettre dans le cas d’être obligés d’en déployer plus de la dixième partie. Pour les adultes, c'est l’effort moyen qui importe, parce qu'il est seulement fonction du travail total. lei c’est l'effort extrême qui doit être surtout mesuré, parce que lui seul influe sur la conservation des articulations, qu'un écart accidentel suffirait à compromettre.
Ces choses sont bien connues des éleveurs soigneux, quoiqu'ils ne soient point en mesure de les raisonner comme nous venons de le faire. Ils n’attellent leurs poulains et leurs jeunes chevaux qu’à de faibles charges, et ils se gardent de les exposer à l'éventualité d’être obligés de démarrer à un seul la charge de plusieurs, auquel cas il faudrait déployer ces efforts extrêmes dont il vient d’être question. Les notions scientifiques donnent à ce sujet encore plus de garanties que les lâtonnements de la pratique empirique; on ne saurait donc trop s’en pénétrer (voy. MOTEURS ANIMÉS).
En résumé, ainsi que nous l’avons dit dans le Traité de zootechnie (t. II, p. 323), « sous l’influence de cette gymnastique doublement utile, et par ses effets physiologiques et par ses résultats économiques, l'appareil mécanique des moteurs animés dont il s’agit atteint son maximum de développement et de solidité possible. Avec des os volumineux, des articulations solides et saines, des muscles vigoureux, ils acquièrent l'habitude des allures régulières, et aussi rapides que le comportent les dispositions et les aptitudes dont ils ont hérité de leurs parents. Ces dispositions et ces aptitudes s’améliorent même par l'exercice progres- BIO
GYMNASTIQUE DE LA LACTATION. — C’est un fait que les mamelles peuvent entrer en fonction indépendamment de l'influence de la gestation. Il en a été enregistré dans la scicnce de nombreux cas, relatifs principalement à des chiennes, mais aussi à
GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE
des génisses, dont une a été conservée pendant un certain temps à l'Ecole vétérinaire de Bruxelles, où j'ai pu moi-même la voir et constater son état. Dans tous ces cas, il fut établi que des succions avaient été opérées sur les mamelons par les femelles elles-mêmes. I1 y faut voir la preuve que la fonction de lactation peut être provoquée et mise en jeu de la sorte, et que conséquemment les mulsions répétées sont une véritable gymnastique pour la glande mammaire.
Mais il y a évidemment mieux à faire, pour réaliser dans la pratique cette gymnastique, que de s'astreindre à l'exécution de mulsions à vide. Ce serait tout au plus bon pour une démonstration expérimentale. Quant à l'utilité du résultat, il est à peine besoin de faire remarquer combien elle est grande. Ce qui a été dit plus haut au sujet du rôle considérable de l'allaitement suffit à montrer jusqu’à quel point la qualité de forte nourrice est prépondérante pour les mères. Ce n’est donc-pas en vue de l'exploitation des laitières que la fonction importe le plus. Cette exploitation ne se fait que pour trois groupes d'espèces. Toutes au contraire doivent nourrir leurs jeunes,
Le meilleur moyen de soumettre les mamelles à la gymnastique de leur fonction est de les faire fonctionner normalement le plus souvent et le plus longtemps possible, durant la période de développement ou de croissance de la femelle. Ceci veut dire que ce moyen consiste à faire accoupler le plus tôt possible les jeunes femelles, afin que le plus tôt possible aussi elles deviennent nourrices. On le peut dès qu’elles en manifestent Le désir par les signes connus. De la sorte les mamelles entrent en fonction et se développent davantage, leurs éléments étant exercés et plus abondamment irrigués de sang.
Tous les bons observateurs ont recommandé d’en agir ainsi avec les génisses, afin d’avoir de plus fortes laitières. Les vrais praticiens, non raisonneurs, des grands pays de production de lait n’agissent pas autrement. Dans ces pays, les génisses ont toujours fait leur premier veau avant l’âge de deux ans révolus. Elles en ont ainsi pu faire trois lorsqu'elles atteignent la fin de leur croissance, et par conséquent les mamelles ont accompli, durant cette croissance, trois périodes de lactation. C'est ainsi qu’on obtient les rendements énormes qui, pour chaque mère, suffiraient à l'allaitement de plusieurs veaux.
Il n’y a donc pas le moindre doute sur l'efficacité gymnastique de la pratique en question. On objecte qu'elle a l'inconvénient de nuire au développement corporel de la jeune femelle, et aussi celui de donner des produits moins bons. Ce ne serait pas ici le lieu de discuter l’objection, du moment qu'il s’agit seulement d'exposer la méthode de gymnastique. On ne peut se dispenser toutefois de dire que ni dans un sens ni dans l’autre elle n’est fondée. Cest une objection de pur raisonnement, contre laquelle les faits les mieux circonstanciés viennent déposer. A.S.
GYMNOSPERMIE (botanique). — Voy. CONIFÈRES.
GYNÉCÉE (botanique). — On donne ce nom, dans les plantes phanérogames , à l’ensemble des organes femelles qui, considérés isolément, prennent celui de pistiis. Le gynécée constitue toujours le verticille le plus intérieur de la fleur ; il manque dans les fleurs mâles, et existe sans les étamines dans les fleurs femelles, entouré alors d’un calice ou d’une corolle, ou d’un seul de ces organes, suivant que l'espèce considérée est munie d’un périanthe. double ou simple. Quand la fleur est à la fois femelle et nue, le gynécée la constitue à lui seul (ex. : Couifères, ete.). HA
Dans un grand nombre de végétaux , le gynécée ne comporte qu’un seul pistil (ex. : Cerisiers, OŒillets, Froments, etc.); dans d'autres il est formé d'un