PRISONNIERS (CEPS DE) — PRISQUE (SAINTE
de captifs entravés; sur un vase grec du Louvre, figure un personnage la tête clans un carcan, dont les pieds sont passés dans deux anneaux réunis par une barre ou un lien très court. A l'époque romaine, on désignait sous le nom de compedes une entrave semblable, laissant le plus souvent une certaine liberté de mouvement au prisonnier. Quand on désirait réduire le condamné à l'immobilité complète, on fixait à ses chevilles des ceps composés de deux anneaux accolés à une tige, le plus souvent munie d'une serrure ou
10566. ■ — Nervus trouvé à Pompéi.
D'après E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs,
d'un cadenas. Des appareils de ce type ont été retrouvés dans la Saône; la fouille d'un cimetière gallo-romain à Beaucaire, l'antique Uyernum, a rencontré une tombe dont le squelette avait les tibias et les péronés verticalement plantés dans deux anneaux de fer, de 0 m. 20 de diamètre, et du poids d'environ 2 kilogs. A Pompéi on a découvert un autre genre d'entraves, appelées nervus : une barre de fer, scellée dans le sol, était surmontée de pitons rivés, dans lesquels se glissait une autre barre de fer venant immobiliser les pieds précédemment introduits entre les pitons (fig. 10560). Ce type d'entraves, employé durant les persécutions contre les chrétiens, servit d'instrument de torture;
10567. — Dessous de lampe.
Fouilles de Saint-Biaise (Bouches-du-Rhône),
le martyr était écartelé par réalignement graduel des pieds, passés tour à tour dans des trous de plus en plus éloignés du nervus.
l^nc lampe chrétienne décorée d'une colombe, trouvée dans les fouilles de l'oppidum de Saint-Biaise (Bouches-du-Bhône) offre, au-dessous de la vasque, une image estampée dans laquelle on peut reconnaître une entrave à peu près analogue (fig. 10507).
Elle consiste en deux fers accostés, en forme de demi-anneaux, assujettis à une verge métallique por-
1 Carini, Sut titolo prcstntcrulc ili sauta Prisca, in-8", Palermo, 1885, p. 15 sq. — "Act., xvm, 2. -*On trouve Prisquc, Boni., xvi, 3; II Tim., IV, 19 cl PriscllU, I Cor., xvi, 19; Act., xvi, 3, xvm, 2, 18; 19, 26, désignant la même personne. — ' Deseine, Description de la ville de Home en faveur des étrangers, in-8°, Lyon, 1690, t. [Il, p. 595, croit que c'est lors du second séjour. — * Schmid, Petrus in Rom oder noow vindiciœ Pctrinœ, Luzern, 1892, p. 67; Carini, op. cit., p. 30; Alf. Merlin, L'Aventin dans l'antiquité, in-S', Paris, 1906, p. 379. — ' X. Barbier, Le guide du pèlerin dans
tant à l'opposé, au milieu de l'appareil, une courte potence destinée, sans doute, à fixer l'instrument au sol ou à une muraille.
Les ceps de prisonniers sont restés en usage durant le Moyen Age; ils devinrent même, dans les pays flamands, l'emblème de la magistrature judiciaire. C'est pourquoi on les trouve figurés sur quelques armoiries de familles, mais, dans leur stylisation héraldique, les deux demi-anneaux se trouvent opposés, de chaque côté de la barre centrale. C'est ainsi qu'ils sont encore représentés, au xvie siècle, sur une médaille d'André Doria, gravée par l'artiste arétin Leone Leoni qui avait été délivré des galères par l'amiral génois.
Ribl. — Cf. Eusèbe, Hist. eccles., v, 1; vi, 39; vin,
10. — Tertullien, Ad mart., 2. — E. Le Blant, Rev. arcltéol., 1889, t. i, p. 12. — N. Julian, Mém. de l'inst. hist. de Provence, vu, 1930, p. 108. — A. Armand, Médailleurs italiens, t. i, p. 104, n. 8.
If. Rolland.
PRISQUE (SAINTE).— I. Sur Aquila et Prisque.
11. Le titulus sanctœ Priscse. III. Rome et Éphèse. IV. Examen archéologique. V. Examen généalogique. VI. Prisque et la martyre Prisca. VIL La dénomination du titulus. VIII. L'ecclesia domestica.
I. Sur Aquila et Prisque. — Sous le double vocable de Prisque ou de Priscille, on a pris l'habitude de désigner un personnage, imprécis comme une ombre, de la plus lointaine antiquité chrétienne. Son nom, inséparable de celui de son mari, Aquila, se retrouve aux origines de l'Église apostolique et tous les deux font escorte au souvenir de Paul. Prisque a laissé une mémoire qui s'est conservée jusqu'à nos jours dans l'église de Sainte-Prisque, titulus sanctœ Priscse, sur le mont Aventin l.
Aquila était un juif originaire du Pont * venu s'établir à Rome où il se maria 3 et fit le métier de fabricant de tentes. En sa qualité de juif, il rencontra saint Pierre lors du premier séjour4 que l'apôtre fit à Rome et lui donna l'hospitalité 5. Selon les uns, Aquila accompagnait Pierre dans son voyage, selon d'autres il fut un des premiers convertis de l'apostolat romain; si certains conjecturent que c'était chose faite, les textes dont nous disposons n'autorisent pas ces précisions trop minutieuses. Il faut mettre ces récits au rang des conjectures et laisser à ceux qui s'y complaisent les affirmations attendrissantes sur le baptême de Prisque par l'apôtre et le vase dont il usa dans la circonstance6. Ce qui est du ressort de l'histoire c'est l'exil des juifs par Claude vers l'an 50 '.
De Rome, Aquila et Prisque se rendirent par mer à Corinthe et s'y installèrent ', bientôt après ils rencontrèrent l'apôtre Paul, qui exerçait, lui aussi, la profession de fabricant de tentes • et le reçurent dans leur maison. L'intimité qui s'établit entre eux explique comment, dix-huit mois plus tard, on retrouve Aquila, Prisque et l'apôtre à Éphèse où ils logent encore ensemble10 et font de cette demeure commune un lieu de réunion pour la communauté naissante ll.
Cette situation se prolongea trois ans environ jusqu'à ce qu'ait pris fin la persécution contre les juifs". Il est un peu aventureux de dire qu'Aquila et sa femme firent une étape à Corinthe en retournant d'Éphèse à Rome13. Quoi qu'il en soit, à leur retour à
les églises de Home, in-12. Arias, 1877, p. 310. : Vers l'an 50, 51 ou 52, cf. P. Allant, Hist, des perséc. pendant les deux premiers siècles, p. 12; l'.rn. Renan, Suint Paul. p. 101.
lll;Sanday ci Headlam, Acrittcaland exegetical commentait! on Ole epistlc lo tlie Romans, Edimburgh, 1896, p. 118. — " Act., xvm, 3. — • • S. Jean Chrysostome, homil. n. In epist. ad Romanos, P. G., t. i.x, col. 407, et homil. x\\. dans ilnd.. col. 66 1-665. — "> Act., xvm, 19. — "I Cor.,
xvi, 19. — »■ Act., xx, 21. - "Fouard, Saint Paul et ses missions, in-8°, Paris, 1900, p. 182.
PRISQUE (SAINTE]
Rome ', ils revinrent habiter l'Aventin 2 et continuèrent à rassembler chez eux un groupe de fidèles3. Cette maison devint un des premiers oratoires d'où la prière chrétienne, à Rome, monta vers Dieu4. Paul, à son séjour à Rome, avait toutes les raisons de s'y rendre et d'y adresser la parole aux fidèles, et ce souvenir valut une consécration qu'on n'oublia plus, aussi un sanctuaire 's'éleva en ce lieu lorsque la paix rendue à l'Église au ive siècle permit d'en commémorer les lointaines traditions toujours vivaces. Mais celles-ci eurent à subir une modification. Le titulus Aquilœ et Priscœ qui, peut-être, était désigné par ce dernier nom seulement, reçut vers la fin du me siècle, les reliques d'une vierge martyre, autre Prisca et parente de la première — du moins on peut le croire — qui avait confessé la foi sous Claude II 5. La nouvelle venue éclipsa le souvenir des amis et collaborateurs de saint Paul, sa popularité prévalut et l'église devint, en quelque façon, exclusivement sienne sous le nom de titulus sanctœ Priscse 6.
II. Le titulus sanctaï prisVjE. — En ce qui concerne la maison d'Aquila et Prisque sur l'Aventin, elle se trouve attestée par ce passage de l'épître aux Romains : 'Aana.aa.aQe Ilpiaxav xai, 'AxûXav... xai xr)v xax' olxov aùxwv èxxX7]<j[av 7. On ne peut rien souhaiter de plus clair. Mais il y a mieux encore et l'archéologie doit être appelée à déposer. Elle ne s'y est pas dérobée 8.
« Au milieu du ixe siècle, sous Léon IV (847-855), on a transféré dans l'église des Quattro Coronati une certaine quantité de reliques, parmi lesquelles le Liber pontificalis " mentionne celles d'un Aquila et d'une Prisca. De Rossi 10 a cru pouvoir démontrer que ces corps étaient ceux des deux personnages cités dans les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul et qu'ils avaient été trouvés sur la voie Salaire, dans la catacombe de Priscille. De plus Prisque ou Priscille, femme d'Aquila, porte un nom qui est très fréquent chez les Acilii Glabriones, fondateurs du cimetière, qui est en particulier celui de l'éponyme de l'hypogée, mère de Pudens; de même Aquila évoque le gentilice Acilius. De cette communauté de sépulture et de cette similitude de noms, il est probable, suivant De Rossi11, que des rapports étroits, sans doute d'affranchis à patrons, unissaient les deux compagnons de saint Paul aux Acilii Glabriones, plus précisément à Cornélius Pudens et à sa mère Priscilla. Des fouilles ont révélé qu'il existait également un lien entre l'église de Sainte- Prisque sur l'Aventin et les Cornelii Pudentes. Sous le pontificat de Pie VI, en 1776, on a déterré près de Sainte-Prisque un diplôme en bronze du 13 avril 222, délivré par le concilium conventus Clunieni à C. Marks Pudens Cornelianus12. L'emplacement qu'occupe l'église actuelle appartenait donc au début du me siècle à un membre de la famille des Cornelii Pudentes. C. Marius Pudens Cornelianus s'appelait primitivement C. Cornélius Pudens; entré par adoption dans la
1 Rom., xvi, 3. — ■ ' On se demande comment il est possible d'affirmer qu'ils habitèrent successivement le Transtévère, le Janicule, l'Aventin, cf. Carini, op. cit., p. 31, 36, 46-47. — 3 Rom., xvi, 3; Fouard, op. cit., p. 183, note 1. — 4 Paléologue, Rome. Notes d'art et d'histoire, in-8°, Paris, 1902, p. 106; Alf. Merlin, op. cit., p. 380. — 5 Acla sanct., jan. t. n, p. 551-552; Alb. Dufourcq, Les Gesta martyrum romains, t. i, p. 169. — * Acta sanct., jan. t. n, p. 548; De Rossi, Délia casad' Aquila sull'Aventino, dans Bull, di archeol. crist., 1867, p. 44-46; Priscilla e gli Acilii Glabrioni, dans ibid., 1888-1889, p. 128 sq. — 7 Rom., xvi, 3-5. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1888- 1889, p. 129; cf. ibid., 1867, p. 44; A. Harnack, Ueber die beiden Recensionen der Geschichte der Prisca und des Aquila in Act.apost., XVIII, 1-27, dans Sitzunqsberiçhte d. Berliner Akad., 1900, p. 7. — » AU, Merlin, op. cit., p. 382-
DICT. d'arch. chrét.
famille des Marii, il prit le nom de sa nouvelle gens et fit, suivant l'usage, de son ancien gentilice Cornélius, un cognomen : Cornelianus13. Comme nous savons que Prisque, femme d'Aquila, avait avec la famille des Pudentes des relations intimes, il est évident que la présence du titulus sanctœ Priscse sur un domaine que possédaient les Pudentes, ne peut être l'effet du hasard u. Prisque, à qui est consacrée l'église, est bien la femme d'Aquila; affranchie des Acilii Glabriones, peut-être de Priscilla, mère de Pudens; elle a eu un cognomen très usité chez ses patrons, et plus tard elle fut ensevelie dans le cimetière creusé sur une de leurs propriétés; de même, elle devait sans aucun doute la maison où elle habitait à la libéralité de ses anciens maîtres15 et c'est cette maison, sise sur l'Aventin, où elle a vécu avec son mari Aquila, qui a été au ive siècle convertie en église. A la mort des deux époux amis de saint Paul, elle était revenue aux descendants de Priscilla, mère de Pudens, représentés au me siècle par un Cornélius Pudens dont la parenté exacte avec celle-ci nous est inconnue 16.
« D'autres trouvailles attestent que la mémoire des apôtres était attachée à ce coin de la colline où s'élève Sainte-Prisque. Sous Pie VI, on y a déblayé un oratoire antique, décoré de peintures datant environ du ive siècle où subsistaient les images des apôtres 17. C'est là inter antiquœ ecclesise rudera prope Sanctam Priscam, que, suivant Rianchini, dans ses commentaires au Liber pontificalis18, on a mis au jour un verre gravé du IVe ou du V siècle, orné d'effigies en creux reproduisant les apôtres et sur lequel on déchiffrait encore trois noms : Petrus, Andréas, Philippus. De Rossi19 a signalé un autre verre analogue exhumé de son temps dans la vigne du Collège romain, près de Sainte-Prisque.
« N'est-il pas curieux, dit-on, de rencontrer ces témoignages apostoliques si vivaces en ce lieu qui passe pour avoir été honoré de la présence de Pierre et de Paul, résidant chez Aquila et Prisque? Ne peut-on pas voir dans la persistance opiniâtre de ces souvenirs une confirmation de la donnée courante20, et s'en prévaloir pour localiser à cet endroit la maison de ces deux personnages?
« A côté de ces déductions, appuyées sur les découvertes archéologiques, les défenseurs de la tradition s'autorisent du nom porté par l'église dans certains textes pour affirmer la solidité de leur thèse. Dans les premiers temps, le sanctuaire s'appelle simplement titulus sanctœ Priscœ, sans aucune trace d'Aquila, dont le nom est, selon eux, sous-entendu; mais, à partir du IXe siècle, cette désignation abrégée s'efface devant la dénomination complète, avec la mention des deux saints. Tel est le cas, pour n'alléguer que les exemples les plus anciens, dans la vie du pape Léon III, au Liber pontificalis-1. dans un vieux sermon de sanctis Aquilœ et Priscœ, où l'on parle de leur église sur l'Aventin22, dans les actes de sainte Prisque, vierge et martyre, qui doivent avoir été rédigés vers le xc
385, a condensé toute la démonstration de De Rossi, Bull, di arch. crist., 1867, p. 45; 1888-1889, p. 126-130; c'est son résumé que nous donnons en le délestant des références à Caini, Armellini, Marucchi et Stapl. Barnes qui comptent très peu. — ' Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. n, p. 115- 116. — '"De Rossi, Escavazioni e scoperte nel cimitero di Priscilla, dans Bull, di arch. crist., 1880, p. 51. — u Id., ibid., 1867, p. 46; 1880, p. 53; 1888-1889, p. 118, 119, 131.
— 12 Corp. inscr. lat., t. vi, n. 1454 = 31659. — la De Rossi, Bull, di arch. crist., 1888-1889, p. 126. — » Id., ibid., 1867, p. 46. — "Id.. ibid., 1867, p. 46; 1888-1889. p. 131-133.
— 18 Id., ibid., 1888-1889, p. 127. — IB Id., ibid., 1867, p. 45.
— » P. L., t. cxxvn, col. 1315; De Rossi, op. cit., 1867, p. 48. — 19 Id., ibid., 1868, p. 35. — "De Rossi, Bull, di arch. crist., 1867, p. 88. — 21 Édit. Duchesne, t. II, p. 20.
— "Codex Vatic, 1193.
PRISQUE (SAINTE)
ou le xr siècle ', dans un document du xie ou du xne siècle, où il est question de Vabbatia sanctorum Prisca' et Aquilse '-. Si l'on a cru bon de faire figurer les deux noms dans le vocable de l'église, c'est vraisemblablement qu'on la regardait, dès les premiers siècles, comme s'étant substituée à la maison où avaient jadis vécu les deux époux chrétiens. L'identification topographique entre la maison et l'église, qui se laisse deviner dans les documents que nous venons de rappeler, s'étale nettement dans certains autres; sur l'architrave de la porte d'entrée, on a lu longtemps deux distiques qui débutent ainsi : HAEC DOMVS EST AQVILAE SEV PRISCAE VIRGINIS ALMAE... » Cette inscription 3, gravée, suivant P. Sabinus qui la copia au xve siècle, litieris antiquis, c'est-à-dire, d'après De Rossi 4, en caractères du vme ou du ixe siècle, prouve (pie la transformation de la demeure d'Aquila et Prisque en église était, à cette date, admise couramment et depuis cette époque nous avons une série ininterrompue de témoignages, qui s'accordent tous à considérer que le sanctuaire actuel s'est superposé à l'ancienne construction où habitaient les compagnons de saint Paul et où se rassemblait V ecclesia domestica à laquelle l'apôtre fait allusion 6.
III. Rome ou Éphèse. — On sait qu'il existe deux interprétations de ces mots de l'épître aux Romains, xvi, 3-5 : 'Aa7rdcaa(r(k Ilpîaxocv xai 'AxûXav... xal tï)v xoct' olxov aÙTwv èy.x.'kriaioi.v. Il existait donc une ecclesia domestica dans la maison de Prisque et Aquila, ceci est certain; le doute ne s'élève que sur la ville où ils résidaient. Ni l'inspiration, ni l'intégrité de l'épître ne sont ici en cause, mais on s'est demandé si la contexture particulière de ce chapitre xvi n'autorisait pas une ingénieuse, explication. Il se compose, en effet, de quatre ou même cinq avertissements indépendants les uns des autres, ce qui a donné à penser qu'ils s'adressaient à différents destinataires. Dès lors, deux opinions ont été soutenues. L'une qui voit dans ces finales successives l'indice de la longue élaboration de l'épître, au cours de laquelle l'apôtre ajoute à plusieurs reprises un paragraphe d'exhortations et de souvenirs particuliers qui visent tous les membres de l'Église de Rome. L'autre opinion voit dans les quinze premiers chapitres une encyclique adressée à différentes communautés, identique pour chacune d'elles et qui s'achève au verset 33 du chapitre xv. Chaque exemplaire reçoit ensuite quelques recommandations destinées en particulier à l'Église à laquelle on l'envoie. Il y a aussi une copie pour Rome avec les salutations d'usage, il y a de même une copie pour Éphèse avec, elle aussi, des salutations, mais différentes. Rt il arriva dans la suite, lorsqu'on se procura les copies conservées dans les Églises, qu'on s'aperçut que si le texte des quinze premiers chapitres était immuable; il n'en allait pas ainsi du XVIe chapitre et ce fut alors (pi' « afin de ne rien perdre, on mit à la suite du texte ainsi constitué les parties variantes et notamment les diverses finales des exemplaires i collât ionnés » •. L'explication est subtile et respectueuse, elle autorise à penser que la recommandation contenue dans les versets 3-5 s'applique à une ecclesia domestica située non à Rome mais à Éphèse.
L'encyclique doctrinale, un des fondements de la
1 Aria sanct., jan. t. h, p. 551-552; De Rossi, op. cit., 1888-1889, p. 11C, „. 5. - - A. Giorgl, De lilur,,. mm. Pontif., t. il, p. 554; De Rossi, Huit, di <irch. cris!., [867, p. 45, attribue ce texte au xiic siècle; en 1888-1889, p. 130, au xie siècle. — 3 De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. n, 1" part., p. 443, n. 165. — ' Bull., 1867, p. t.">, n. .i; 1888- 1889, p. 128. — 6 Forcella, Iscrizioni, t. xi, p. lT.i, n. !il9. — •• Km. Renan, Saint Paul, iatrod., p. i.xxm; P. Sabatier, L'apôtre Paul, 3« édit., Paris, 1896, p. 212; Semeria, Venticinque <umi di storia del cristianesimo naseente, in-8°, Roma
théologie catholique, demeure immuable; la question est purement archéologique, à savoir si Aquila et Prisque habitaient alors à Éphèse ou à Rome.
On ne peut arriver à une solution définitive, les raisons décisives faisant défaut, mais on doit observer l'analogie des deux formules : > Saluez Prisca et Aquila... saluez aussi l'église qui est dans leur maison » (Rom., xvi, 3-5) et « Aquila et Priscilla chez qui j'habite et l'église qui est dans leur maison vous saluent » (I Cor., xvi, 19), ceci est écrit d'Éphèse. il se trouvait donc dans cette ville une ecclesia domestica.
L'épître aux Romains est de l'année 56-57, antérieure par conséquent à tout séjour de l'apôtre Paul à Rome. Dans les épîtres qui ont précédé celle-ci, Paul salue ordinairement deux ou trois personnes, à moins qu'il ne transmette une commission comme c'est le cas pour l'épître aux Colossiens qu'il n'a pas évangélisés en personne. Mais dans l'épître aux Romains, il ne s'agit plus de commissions faites au nom de tiers, il parle en son nom personnel. Or, avant d'être jamais allé à Rome on s'est demandé comment il peut y compter autant d'amis qui ont coopéré avec lui à ses missions, dont il sait non seulement les noms mais la condition servile, avec le nom des maîtres de ceux qui sont esclaves. Ils sont ainsi 24, dont 16 sont grecs, 7 latins, t hébreu, tous Orientaux qu'on ne sait quelle circonstance a conduits à Rome. Il semble que l'apôtre doit être exceptionnellement renseigné pour savoir qu'ils s'y trouvent tous en ce moment. Dans ce nombre, il y en a plusieurs qu'il considère comme ses parents : Andronique, Junie, Hérodion. Or, ce ne sont pas des gens riches et puissants dont les déplacements sont connus par la voix publique, et quelles raisons tous ces Orientaux de condition probablement fort modeste ont-ils de faire ce long et coûteux voyage de Rome? Quelles affaires pressantes ont pu les y amener tous à ce moment? Si au lieu de les chercher à Rome on se contente de les voir à Éphèse, on s'étonne moins de leur intimité avec l'apôtre qui a fait un séjour prolongé dans cette dernière ville et a dû y nouer des relations.
L'épître aux Romains a été écrite neuf mois environ après que Paul a quitté Aquila et Prisque, alors à Éphèse; dans cet espace de temps assez court, il faudra donc admettre qu'ils ont liquidé leur commerce, sont revenus à Rome et, de retour dans leur maison, y ont de nouveau réuni une communauté. Cela suppose une très grande activité, mais qui n'est pas impossible. Cependant, plus tard, on les retrouve en Asie, à Éphèse (II 'fini., iv, 11)), et on les fait mourir in Asia minore, mais cette formule peut être négligée7.
I! est permis de s'étonner des voyages longs et coûteux de ce couple dont le métier ne semble pas réclamer de si fréquents déplacements et à qui — à en juger par cette modeste profession — la fortune n'avait pas prodigué ses dons. Car non seulement il faut les suivre du Pont jusqu'à Rome et à Corinthe puis à Éphèse. mais encore à Rome, puis en Asie Mineure d'où il reviendront mourir à Rome pour être enterrés sur la voit- Salaire nouvelle, 'fou-; ces déplacements peuvent recevoir des explications vraisemblables, mais de ce que ces voyages ne sont pas Impossibles, il ne suit pas de là qu'ils aient été accomplis.
1900, p. :î7:î ; R. Cornely, Commentarius in s. Pauli apostoli epistolas. I. Epistola <«/ Romanos, in-8". Parts, 1896, p. T7o; Jacquier, Histoire îles linrcs iln Nouoean Testament, in-12, l'aria, 1903, p. 219, n. 1, p. 276; un grand nombre dY\cnétcs oui accepté la partie essentielle el rattaché à l'Eglise d'Éphèse un nombre plus ou mains grand de versets du
C, xvi, mais toujours les y. 3-5. : Elle se lit dans le Petit marturol. mm.. 8 juillet, d'après De Rossi, Bull, di areh. crist.. 1867, p. I 1-45, ces trois mots peuvent ('Ire une addition de l'auteur du martyrologe.
PRISQUE (SAINTE)