PUISQUE (SAINTE
faite d'elle-même à la lecture des deux noms ainsi rapprochés, elle n'y gagnait rien en certitude historique. Ainsi donc, on peut dire, semble-t-il, « que les deux personnages exhumés sous Léon IV, même s'ils provenaient de la catacombe de Priscille, ce qui est à peu près sûr, ne sont pas les hôtes de saint Paul. Dès lors, les rapports étroits que De Rossi avait essayé d'établir entre la mère de Pudens ou les Acilii Glabrion et la femme d'Aquila n'ont pas d'objectivité. Rien ne montre que celle-ci ait été affranchie de cellelà ou de ceux-ci l ». « Il faut, je crois, écrivait L. Duchesne, être très réservé à l'endroit des conjectures qui rattachent la Priscilla, éponyme du cimetière, à la femme du juif Aquila, dont il est question dans les Actes et dans les épîtres de saint Paul 2. » « Dans l'ensemble, on peut conclure que les arguments que De Rossi avait espéré fonder sur les découvertes archéologiques ne sont d'aucun poids pour mettre hors de doute la vérité de la tradition : nous ne voyons nullement, grâce à eux, que le tilulus sanctœ Priscse ait été construit dans un terrain appartenant aux Cornelii Pudentes, sur l'emplacement où se trouvait la maison d'Aquila et Prisca *. »
VII. La dénomination du titvlus. — Elle a varié suivant les époques. Jusqu'à la fin du vme siècle il n'est jamais question d'Aquila sur aucun monument : 1° Dans les synodes romains : en 499, Dominicus prèsbyter tituli sanctœ Priscœ »; en 595 : Maurus presbyter Sanctœ Priscse 5 : en 721 : Joannes presbyter sanctœ romanœ Ecclesise tituli sanctœ Priscse *; en 745 : Dominicus humilis presbyter sanctœ romanœ Ecclesiœ tituli sanctœ Priscse''; 2° Sur les inscriptions (du ve siècle environ): MRfelius) j\T(uli) PRISCAE8; LOCVS ADEODATI PRESBYTERI TITVLI PRISCAE9; 3° Au Liber pontificalis, notice d'Hadrien (772-795) l0.
A partir du ixe jusqu'au xme ou au xive siècle, on rencontre les deux noms rapprochés, par exemple au Liber pontificalis dans la notice de Léon III (795- 816) pour la première fois on lit : in litulo beatis Aquilœ et Priscœ, on en peut citer trois autres exemples dans des textes de peu d'autorité, mais le nom de Prisca reparaît seul dans cette même vie de Léon III n et il en est de même dans beaucoup d'autres textes du ixe au xivc siècle, notamment dans le concile romain de 853, dans des catalogues d'églises romaines, dans des bulles papales en 1063, 1066, 1098, 1119, 1129, etc.; en sorte que pendant cette période on peut dire que le nom d'Aquila n'est accolé à celui de Prisque que d'une manière exceptionnelle. L'histoire de la dénomination du vocable peut donc se résumer ainsi : 1. Jusqu'au IXe siècle, exclusivement tilulus :anclœ Priscœ. 2. Du ixe au xme siècle, le nom d'Aquila se lit parfois, mais très rarement avec celui de Prisque. 3. A partir du xive siècle jusqu'à nos jours, le nom d'Aquila disparaît complètement. Ces transformations successives du vocable doivent répondre à des raisons qui ne sont pas toutes évidentes.
De Rossi a supposé que l'exclusion d'Aquila pendant la première période pouvait s'expliquer par un besoin d'abréviation. C'est douteux, outre que c'est presque sans exemple à Rome, on voit le nom de la femme prévaloir sur celui de l'homme et précisément ce nom de Prisca était si répandu chez les chrétiens qu'il pouvait naître de là une confusion; on se demandera aussi comment et pourquoi Aquila n'a pas été préféré à Prisque dans un seul document de cette période; enfin, si le public a préféré abréger, est-il
1 Alf. Meilin, op. cit., p. 401-402. — ' L. Duchesne, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1901, p. 116. — ' Alf. Merlin, op. cit., p. 402. — * Mon. Germ. hist., Auct. untiq., t. xn, p. 413, n. 45. — » Labbe, Concilia, t. v, col. 1200. — • Id., ibid., t. vi, col. 1459. — ' Id., ibid., t. vi, col. 1562. —
admissible que les documents officiels — signatures de synodes — aient fait de même.
Il est aussi difficile d'expliquer l'omission complète d'Aquila pendant la première période que son admission exceptionnelle pendant la deuxième période et sa disparition à partir du xive siècle, si on accepte toute autre explication que celle-ci : le vocable primitif est Prisca et c'est à une époque d'érudition, la renaissance carolingienne, que des clercs lettrés, désireux de faire parade de leurs connaissances historiques, ont produit Aquila. De la martyre sous Claude II et de l'épouse d'Aquila laquelle est titulaire? C'est, aujourd'hui, incontestablement la première dont la fête tombe le 18 janvier. Son souvenir est attesté par le reliquaire qui porte les sigles V. M. et par les peintures murales qui figurent son supplice. Peut-on croire qu'elle ait supplanté son homonyme de l'âge évangélique? On peut le croire, certes, mais on n'en peut donner la preuve, il faudrait alors soutenir que cette vierge martyre Prisca a pris la place d'Aquila et Prisca, ce qui serait surprenant puisqu'on a vu plus haut que le souvenir de la femme d'Aquila ne se rattache à l'Aventin que par une tradition qui n'est pas antérieure à la fin du vin6 siècle.
La vierge et martyre, quoique Romaine, n'avait pas fort exalté l'imagination de ses compatriotes, comme une Agnès ou un Laurent, et il semble que sa personnalité se défendait non sans peine d'une confusion avec la compagne de saint Paul qui avait le même nom. On en vint peu à peu, surtout à une époque où l'histoire était mal connue dans son détail, à amalgamer la martyre et l'hôtesse de saint Paul pour en faire un unique personnage. L'opération était accomplie au début du ixc siècle et Aquila pouvait se montrer, mais à ses risques et périls. Nous avons dit que dans la notice de Léon III, on lit une fois la formule Aquilœ et Priscœ contre deux fois Priscœ. A peu d'années de là le bruit se répandit dans Rome qu'on avait retrouvé les reliques d'Aquila et celles d'une Prisca; il n'en fallait pas de meilleure preuve et de la vierge martyre Prisca il ne fut plus question pendant quelque temps, pour certains du moins, car nous avons dit qu'Aquila eut grand peine à s'imposer et n'évinça pas la martyre, qui demeura en possession dans les documents officiels, sauf une seule infraction entre le ixe et le xne siècle.
Prisca, la martyre, se défendait si bien qu'entre le ixe et le xne siècle on put lire sur la porte de son église ces mots :
Hœc dormis est Aquila; seu Prisca: inrginis aimas...
Ainsi Prisque n'avait eu accès avec son mari qu'à la condition de devenir vierge! La véritable Prisca conservait sa fête au 12 janvier et, vers le xe siècle, on éprouva le désir de tout arranger pour le mieux dans une passio qui n'est pas de bien grande valeur, comme De Rossi a dû le reconnaître. On mit en circulation que la dépouille de la vierge martyre avait trouvé un abri, dès le ine siècle, dans l'église bâtie sur l'emplacement de la maison d'Aquila et Prisque. L'explication semblait ingénieuse et satisfaire tout le monde, elle expliquait comment le nom de titulus sanctœ Priscœ avait pu prévaloir sans déposséder aucunement Aquila et Prisque. En fait c'était « le contraire de ce qui s'était passé : ce n'est pas Prisca qui s'est immiscée dans une église consacrée à Aquila et à sa femme; c'est en l'honneur de ceux-ci qu'on a essayé d'accaparer un sanc-
8 G. Marchi, Monumenti, p. 26. — " L. Duchesne, Les titres presbyléraux et les diaconies, dans Mél. d'arch. et d'hist., t. vu, 1887, p. 226. — ■ laLiber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, (1886) p. 501. — » Liber pontificalis, édit. L. Duchesne, t. il, p. 4, n. 24.
PRISQUE (SAINTE)
PROBST
tuaire jusque-là réservé à l'autre martyre en lui imposant le vocable de litulus Aquilœ et Prisca? 1 », qui remplaça pour un temps, mais jamais officiellement, le litulus sanctae Priscœ primitif.
VIII. L'ECC'LESIA domestica. — De ce qu'on vient de lire, il résulte que le nom d'Aquila n'a pas de titre historique à figurer en ce lieu. Ni les découvertes archéologiques, ni les documents littéraires ou historiques ne peuvent prouver que la maison d'Aquila s'élevait sur l'Aventin, là où se voit aujourd'hui l'église qui porte le nom de Sainte-Prisque; la tradition qui l'y place ainsi que Vecclesia domestica ne se réclame que d'une tradition qui n'est pas antérieure au ixc siècle ou de la fin du vme.
Il semble qu'on ne puisse pas soutenir qu'au ier siècle, en ces lieux, se trouvait l'oratoire qui retentit de la voix des deux grands apôtres; on a vu que rien n'autorise cette affirmation et on dira quelques mots, en terminant, des monuments archéologiques invoqués en faveur de la prétendue tradition. Ce sont :
1° Un chapiteau antique, peut-être de l'époque des Antonins, sur lequel sont gravés, en lettres du xne et du xme siècle, ces mots : Bactismu(m) s(an)c(l)i Pétri 2. Ce chapiteau qui subsiste encore dans la crypte, en face l'autel, n'a, il est à peine besoin de le dire, aucune valeur comme document historique, concernant le séjour de saint Pierre sur l'Aventin 3.
2° Une mosaïque du xne ou xme siècle, dans la crypte, représentant saint Pierre * qui fut détruite lors de la restauration de l'église au début du xixe siècle 5.
3° L'inscription en vers, gravée au ix' siècle sur la porte d'entrée, dont nous avons donné le début et dont voici la fin • :
Ilie l'être, divini tribuebas fcrcula uerbi, sepius Iwcce loco sacrificans domino.
4° L'inscription gravée au xvf siècle, par ordre de Callixte III et qui se lit encore dans le chœur, à gauche de l'autel 7 :
...Monlis Aventini nunc fada est gloria major
unius oeri relligione Dei.
prœcipue 06 Prises 71101/ cernis nobile templum
<iuo<l priscum merito par sibi nomen habet.
Nam Peints il coluit populos dum saepe doceret,
dum faceret magno sacraque ssepe Deo.
dum quos Faunorum fontts deceperat error,
liic melius sacra purificaret aqua.