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IN PACE SECON DINA

Ajoutons en terminant qu'il nous est arrivé de dire qu'on est tenté parfois de se demander comment les générations chrétiennes qui font l'objet de nos études parvenaient à s'entendre à l'aide du langage qu'elles employaient. A plusieurs reprises nous avons exposé quelque chose de l'orthographe qu'il est possible de reconstituer, principalement à l'aide des inscriptions (voir Dictionn., t. i, col. 747-775; t. v, col. 2413-2435; t. vm, col. 1343-1348), car, nulle part mieux que dans nos inscriptions chrétiennes, ne se montrent les façons de dire, la prononciation des époques dont nous cherchons à éclairer tous les aspects. C'est ce qu'a fort bien montré Edm. Le Blant dans un clair résumé : Grégoire de Tours, dit-il ', s'accuse lui-même de ne pas distinguer exactement l'ablatif de l'accusatif; ces fautes et d'autres de même nature sont des plus fréquentes sur nos marbres IN HOC TOMOLVM, IN PACEM, INTER SANCTIS, VRSINIANO OSSA, DE DÎ DONVM. NVVELIS (nobilis) ORTVM, IN NOME- NI. DNI. IHM. XPT, ANNVM QVARTVM REGNVM, POST CONS HORIO POST CONSOLATO IMPOR- TVNO (post consulatum Honorii, Importuni ), telles sont les formes qu'on y relève, et celte confusion des cas fait apparaître la préposition, l'article de notre langue sans flexions. Au lieu de minisler templi, on dit, au vi° siècle, MINESTER DE TEMPVLO GERO- SALE; pour membra duorum fratrum, on écrit MEM- BRA AD DVOS FRATRES. forme qu'on retrouve, vers l'année 751 , dans les mots pro stipendia ad ipsos fratres, au xie siècle, dans les lois de Guillaume le Conquérant, et qui subsiste encore dans notre parler vulgaire pour indiquer le rapport de possession. Pareil langage semble, au premier abord, participer tout à la fois de l'énigme et du jargon. On a lu sur une inscription de Mandourcl (près de Durban, Aude) A dEO ONORM, ce qu'il faut interpréter A Deo honor(e)m pour Ad honorent Dei.

On commence à voir apparaître comme une ébauche de futures formes françaises : le pronom qui s'emploie au féminin de même qu'au masculin. Sur une épitaphe d'Aultm on rencontre la forme NAVFRAGIO NECTA qui laisse entrevoir le mot nat/er, encore en usage dans les campagnes. Au VIIe siècle on trouve les mots trienta, quarranta, d'où sortiront « trente, quarante . En l'an 517, le nom Desiderius est écrit Disdcrius et cette contraction nous acheminera vers la forme « Didier ».

Il existe encore des déclinaisons, mais il est presque impossible de s'y reconnaître; on dit AMICIBVS, DIES SATVRNIS, IN ORATIONIS TVIS. DIES LVNIS. La forme du génitif pluriel de la 2€ déclinaison semble tendre à devenir dominante : on dit OM- NIORVM. PONTIFICORVM. VERSORVM, MENSO- RVM. PARENTORVM, PAVPERORVM. Mais ces formes choquantes pour nous ne le sont pas également alors; il n'est pas exceptionnel de les lire sur des marbres des catacombes antérieurs à la paix de l'Église, c'est plutôt là « parler vieux » que parler mal. Le féminin paupera atteste l'existence de pauperus d'après lequel on fera pauperorum*. 11 en est de même pour versorum qu'employait Laberius ».

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