PSALMODIE
PSALTRRION
Ainsi donc, à cette époque on est déjà loin de la simplicité des jours de saint Athanase qui contenait peutêtre une reproduction et comme un écho tout au moins de la méthode des Pères du désert tant aimés et suivis par le grand évêque d'Alexandrie : Tarn modico flexu vocis faciebat sonare lectionem psalmi ut pronuntiati vicinior esset quam canenti... Melos omne cantilenarum suavium quibus Dcwidicum psalterium frequentatur, etc. C'est une mélodie, un ensemble de cantilène et, néanmoins, une psalmodie. Bref cette musique ne tire rien de leur force puisqu'elle provoque les récriminations des hérétiques et, particulièrement, des donatistes. C'est la méthode de l'Église de Milan dont la mélodie ambrosienne est si proche voisine de la mélodie grégorienne. C'était aussi l'époque où saint Jérôme, avant de traduire de l'hébreu le texte des saintes Écritures, venait de faire paraître ses deux premières revisions du psautier de l'ancienne Italique sur la version grecque des Septante, revisions connues sous le nom de psautier romain et de psautier gallican. Or on sait qu'à part quelques passages de la liturgie
— par exemple l'introït de la troisième messe de Noël
— demeurés conformes à l'ancienne Vulgate et non corrigés, c'est principalement tantôt du psautier gallican, tantôt du psautier romain que sont tirés la plupart des versets des psaumes qu'on lit dans les introïts, les graduels, les offertoires et les communions du missel, dans l'invitatoire, les antiennes et les répons du bréviaire. Martinettil'a solidement établi après Bernon de Beichenau qui, avant lui, l'avait remarqué1.
Peut-être cette circonstance pourrait-elle donner lieu à un préjugé touchant la date approximative de naissance de nos chants actuels? Lorsque deux siècles après saint Augustin le pape saint Grégoire Ier parle du chant romain, c'est en des termes qui lui assignent les deux caractères qu'on a reconnus tout à l'heure à celui dont parlait saint Augustin. En 595, saint Grégoire s'oppose à ce que l'on maintienne dans leur fonction de chantres des clercs ordonnés d'abord pour cet office et postérieurement élevés au diaconat : Modulationi vocis inserviunt quos ad prœdicationis offlcium et eleemosynarum sludium vacare congruebat.
De ce texte on doit tirer trois conséquences : 1° Le chant est attrayant (comme à Hippone et à Milan) cum populum vocibus delectet; plus orné que celui de l'évangile et fait l'objet des études des clercs à ce réservés. — 2° Ce sont encore néanmoins des lectiones, car, dit saint Grégoire : Psalmos vero ceterasque lectiones. — 3° Ce sont des psalmos qui sont la grande affaire des chantres, leur office, leur objet, leur destination. Selon lui il n'y a que des psaumes ou, du moins, de la psalmodie.
Nous avons parlé (voir Dictionn., 1. 1, col. 2282-2292) des trois modes d'alternance. En 341, à Alexandrie, saint Athanase soutient un siège dans son église cathédrale : Erat itaque jam nox et aliqui populorum ad vigilias vénérant, expectabatur jutura diei collectio... Ego vero... residens in sede prwcepi ut diaconus psalmum legeret, populis respondenlibus : Quoniam in œternum misericordia ejus. C'était le psaume cxxxv, mais la conformation spéciale de ce psaume s'oppose aux inductions générales. Par exemple le cantique des trois Hébreux dans la fournaise : Benediclus es Domine Deus Patrum noslrorum, que l'on chante au samedi des quatre-temps d'avent, de carême et du mois de sep-
1 Dp psallerio romano, in-1", lliiraa, 17-15. — ■ ' Voir dans les impropères du vendredi saint, la vigne d'Isaîe, curieux mélange d'antlphonie et de responsorial. — * Toniasi, dans sa préface au psautier, s'appuie sur un passage de saint Augustin pour justifier sa division des versets en fragments moins étendus qu'ils ue le sont au bréviaire et il démontre la conformité de cette fragmentation avec la
tembre après la 5e leçon, a cette particularité que le chantre psalmodie la première partie du verset et le chœur reprend d'une façon invariable... et laudabilis, etc., sauf d'insignifiantes et d'ailleurs très rares modifications.
Était-ce la tradition de la synagogue? Ou bien cette pratique était-elle fondée sur les livres saints et la disposition adoptée par eux pour ces deux cantiques et quelques autres offrant une disposition identique ou approchante. Quelle qu'en soit l'antiquité, cet usage subsiste à la fin du me siècle (chez saint Méthode) et au milieu du ive siècle (chez saint Athanase) *. — Dans quelle mesure empruntait-on au texte même du cantique ou du psaume à psalmodier le fragment destiné aux reprises du chœur? Nous ne le savons pas, mais il semble probable que l'emploi d'une intercalation étrangère commença de bonne heure, si l'on observe que le chant des psaumes avec Alléluia, durant le temps pascal, remonte à l'époque apostolique. Toutefois ces développements introduits successivement laissaient intact le caractère psalmodique du chant. Le rythme récitatif était observé loin d'être détruit.
Ainsi, de même que l'antiphonie avait son intercalalion corrélative dans l'antienne, ainsi le chant responsorial des psaumes eut aussi son intercalation corrélative dans ce que nous appelons aujourd'hui le. « corps du répons » dont la « réclame » n'est qu'une partie tronquée. Peu à peu l'accessoire prenait la place du principal et on s'habitua au cours des derniers siècles à traiter les antiennes et les répons soit de l'office canonial, soit de la messe, sans les rapporter à la psalmodie 3.
H. Leclercq.
PSALTERION. — Aux monuments décrits dans le Dictionn., t. vu, col. 1161-1163, fig. 5902-5905, nous ajouterons ceux-ci d'une époque plus ancienne.
10571, — Lampe de Khamissa.
D'après Ilull. arch. du Comité, 1917, pi. xxxiv.
1. Lampe de terre cuite découverte en 1910. à Khamissa (Afrique du Nord) près du Forum novum. de fabrication chrétienne à deux becs et à deux trous (fig. 10571). Le disque présente dans un double cercle
pratique îles premiers âges du christianisme. Cf. S. Augustin, Tract. XXII Ul Joaruiem, n. V. Ainsi nos versets actuels non plus que la coupure hébraïque ne les inquiétait. Tomasi montre que la coupure des vers hébraïques prévalut dans l'usage des premiers siècles jusqu'à l'époque qui S'éCOUla entre saint Augustin et Casslodore, et elle n'aura pas dû
disparaître brusquement.