H. LECLERCQ
PRY. — Pry est une commune située en Belgique dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, à 2 kilomètres de la petite ville de Walcourt (prov. de Namur); on y voit
10570. — Tète d'épingle.
D'après Annales de la soc. arch. de Namur,
t. xxi, 1897, p. 334.
au sommet d'un rocher escarpé dominant la rivière d'Heure, les restes d'une petite forteresse élevée vers la fin du me siècle et dominant la route qui du Rhin et de la Moselle se dirigeait vers Bavay, route liés
1 H. Leclercq, Moniim. Hcclcs. lilurg., t. i, n. 2130, 378."); t. n, n. 1Ô30. — - Sidoine Apollinaire, Epist.,1. IV, epist, XI, P. L., t. lviii, col. 518; cf. Cassien, De instit. cœnob., 1. III,
fréquentée par les Francs à en juger par les traces nombreuses qu'ils ont laissées le long de son parcours, Ces Francs y eurent un établissement vers le ve siècle et un « tombois » ou cimetière, de l'autre côté de la rivière, à 1 200 mètres. Le tombois a contenu 293 sépultures qui ont été fouillées et où Alf. Béquet n'a rencontré aucun indice de christianisme. Les divers objets recueillis ne nous retiendraient donc pas si nous ne devions signaler un spécimen de bijouterie byzantine. C'est une tête d'épingle à cheveux, en or, trouvée dans une tombe pillée jadis. Cette tête d'épingle, figurée ici au double de ses dimensions (fig. 10570), doit dater du vne siècle; elle représente un petit édifice en forme de rotonde couverte d'un dôme percé d'arcatures et surmonté d'une pâte en verre enchâssée dans une bâte. Le filigrane granulé, en or, figure les archivoltes des arcatures et la décoration de la coupole. De petits tubes soudés portent des perles en pâte de verre d'un blanc laiteux. Trois autres bijoux analogues découverts en Belgique, appartiennent à la même époque et peuvent sortir du même atelier; ils ont été trouvés dans la province de Liège et dans le Brabant. Peut-être a-t-on voulu rappeler un édifice religieux.
Bibl. — Alf. Béquet, Le cimetière, franc de Pry, dans Annales de la Société archéologique de Namur, t. xxi, 1897, p. 311-337.
H. Leclercq.
PRYMNESSOS.— Localité de la Phrygie centrale. On y a trouvé une stèle décorée qui offre de l'intérêt. Abercios, fils de Porphyrios, diacre, a dédié ce monument à lui-même et à sa femme Theuprepie et à leurs enfants. (Voir Dictionn., t. vu, col. 402, fig. 5818.) 'A6tpxioç DTopcp'jpïou Siâxcov xaTso-xsûaaa tô jj.eu.6pi.ov
ÉaUTCÔ Xaî ffl CTUU.6ÎG) U.OU 0pEU7rpE7Ûfl XÈ TOÏÇ TÉXVOI.Ç.
Au-dessous du texte on voit le Sauveur avec la main levée pour bénir (voir Dictionn., t. n, à ce mot); il est représenté de face, avec la vierge de profil et de chaque côté les visages d'Abercios et de Theuprepie, très insignifiants tous les deux.
Bibl. — W.-M. Ramsay, The ciliés and bishopries o\ Phrygia, in-8°, Oxford, 1897, t. n, p. 736, n. 672; Le même, The church in the Roman Empire, p. 440; Legrand et Chamonard, dans Bull, de corresp. hellén., 1893, p. 290.
PSALM ISTE. Il existe une inscription
grecque du iue siècle, d'Hadriani ad Olympum. en Bithynie, qui mentionne un jeune défunt « qui formait tous les fidèles au chant des psaumes sacrés » (voir Dictionn.. t. H, col. 919-920). Ce n'est pas le seul connu, mais c'est le plus ancien probablement ; quelques autres se laissent entrevoir dans des textes du ive siècle ■ ; plus tard, Sidoine Apollinaire le désigne par le nom de Psalmorum modulator et phonascus2, on l'entrevoit sous les noms de lector, de cantor, de psalmista, mais il est peu exact de dire que le psalmiste avait l'ordre de lecteur ni même qu'il appartenait à un quasi-ordre de constitution particulière. Dans les Statuta Ecclesix anliqua nous lisons cet avis : Psalmista, id est cantor, potest absque scientia episcopi, sola jussione presbyteri. o/Jicium suscipere caniandi, dicente sibi presbytero : Vide ut quod ore canlas, corde credas; et quod corde credis operibus comprobes 3.
H. Leclercq.
PSALMODI. — Camille .lullian écrivait, en 1923 : » Qui nous donnera un jour l'histoire de cette abbaye, dont les origines remontent au plus lointain passé de la Gaule? car il y avait là certainement un sanctuaire celtique 4 ». Et il mentionnait une Note
c. vin, P. /.., t. xi. ix, col. lit. J 1 [efele-Leclercq, Histoirt
des conciles, t. u, lre part., p. 113. — *C. .lullian, Chronique gallo-r<>m<linr, dan-- Kev. des et. ane., t . xxv, 1923, p. 2t>.">.
PSALMODI — PSALMODIE
archéologique sur Psalmodi, parue à Aix, en 1922, dont les 12 pages sont condensées dans ces quelques lignes : « Le monastère de Psalmodi est situé dans le diocèse de Nîmes, entre Saint-Laurent d'Aigouze et Aigues-Mortes. Il existait déjà à la période mérovingienne et avait été bâti sur emplacements gallo-romains. Dévasté par les Sarrasins, il reprit une splendeur nouvelle au xie siècle et devint un centre religieux très important. L'église construite peu après était magnifique. On devine sa beauté, son ampleur à l'importance de ses ruines. M. Chaillan décrit ce qui reste de l'édifice et des dépendances; il parle d'un autel, paré de jolis rinceaux, qui gît dans la cour [parmi les] outillages agricoles du mas... qui a remplacé le monastère. Pas d'inscription: ...amoncellement de pierres variées, débris de tombeaux, larges briques plates, tessons de vases, débris de peinture sur enduit de mortier, cubes de mosaïques, nombreux fragments et vestiges d'antiquités l. » De l'autel païen offert par C. Octavius Pedo à Jupiter et à Sylvain 2, nous n'avons pas à nous occuper, mais il ne faut pas désespérer de lire un jour l'histoire de l'abbaye mérovingienne de Psalmodi si se réalise la promesse inscrite parmi les positions de thèses de l'École des Chartes, en 1926 3.
H. Leclercq.
PSALMODIE RESPONSORIALE. — Ce sujet a été traité dans le Dictionnaire, t. i, col. 2297- 2319, à l'occasion de la psalmodie antiphonique; ici nous n'envisagerons que la psalmodie responsoriale.
En ce qui a trait à la messe et aux heures canoniales, tout ce qui a été dit précédemment pourrait être répété, c'est toujours la différence d'alternance :
Antiphonie
Responsorial
Chœur à chœur Chantre à chœur
Responsorios Itali tradiderunl anlequam Grseci. Antiphonas, inde dicti, quod alio canere desinente, aller respondens et hoc difjerunt ab antiphonis quia in responsoriis unus versum dicit; in illis autem anliphonarum versibus chori alternant *. — Inter Rcsponsoria et Antiphonas hoc difjert quod in Responsoriis unus dical versum in Antiphonis autem alternent versibus chori 5. — Responsoria vocata sunt hoc nomine, quod uno canente, chorus consonando respondet ".
Voici la thèse qu'on peut soutenir : Identité de nos répons, graduels et autres avec la psalmodie responsoriale primitive dont ils sont sortis. Voir les sermons de saint Augustin prononcés pendaiit la première partie de la messe, dite « des catéchumènes », après la lecture de l'Évangile :
Aposlolum audivimus (c'est l'épître); psalmum audivimus (c'est le psaume graduel chanté de la manière responsoriale si souvent mentionnée dans les Enarrationes) '.
De divinis lectionibus quod Dominus admonere dignatur intenti audite, fratres, illo dante, me minislrante. Primam lectionem audivimus apostoli : Fidelis sermo et omni acceptione dignus, etc. Hoc de apostotica leclione percepimus (l'épître). Deinde cantavimus psalmum (le graduel) exhortantes nos invicem, una voce, uno corde dicenles : Venite adoremus, etc. — Post hsec evangelica leclio (l'évangile) decem leprosos mundatos nobis ostendit... etc.
Has 1res lectiones quantum pro lempore possumus,
1Bull. archéol. du Comité, 11(22, p. lxxxi-lxxxm. -- * C. Jullian, L'autel de Psalmodi, dans Revue des études anciennes, t. xx, 1918, p. 244. — 3 École des Chartes. Positions de thèses. L. Chamson-Mazaurie, Histoire de l'abbaye bénédictine île Psalmodi des origines à l'année 1099, in-18, Paris, p. 19-23. — «Papias, Vocabul. — 5Rhaban Maur, De instit. elerieor., 1. I, c. xxxm. — 6 S. Isidore, De ecclesiast. o/ficiis, 1. 1, ca. m, — ' S. Augustin, Sern\o vu,
pertractemus, etc. 8. Lectiones sanctse propositœ sunt et quas audiamus et de quibus aliquid sermonis, adjuvante Domino, proferamus. In leclione apostolica gratise aguntur Deo de fide gentium, utique ideo quia ipse fecil. — In psalmo diximus : Deus virlutum converle nos et oslende jaciem tuam et salvi erimus. — In evangelio ad cœnam vocali sumus, immo alii vocati, nos non vocati, sed ducti; non solum ducti, sed etiam coacli ».
Divinse lectiones omnes ila sibi connecluntur, lanquam una sil lectio quia omnes ex uno ore procedunl. Audivimus Aposlolicam lectionem et forte aliquem moveal quod ibi scriptum est secundum justitiam quse ex lege est, qui fuerim sine querela. — Audi psalmum interiora dicentem : Tibi soli peccavi. — Auditis et evangelium islis lectionibus. Concordare : Voluntas, inquit, Palris est ut quœ dédit mihi non pereant, etc. 10.
Relevons ici : 1° Il s'agit d'un chant responsorial : Psalmum audivimus, psalmum cantavimus. Ces deux expressions sont corrélatives dans le langage de saint Augustin, elles supposent l'alternance de versets d'un lecteur avec l'assemblée qui répète après lui : respondere, voir les Enarrationes sur le ps. cxix : quem modo cantatum audivimus et canlando respondimus; sur le ps. xl : quod legenti respondentes, cantavimus.
2° Le lieu d'où ce chantre s'adressait aux fidèles soit pour les lectures, soit pour le psaume responsorial était l'ambon.
3° Le psalmus dont parle saint Augustin a sa place entre la lecture de l'épître et celle de l'évangile. C'est également la place assignée dans la liturgie romaine à notre Gradue] d'où ressort une conformité plus proche entre Rome et l'Église d'Afrique qu'entre Rome et les Églises mozarabe et orientale au point de vue des rites. Les psallenda d'Espagne (psalmellus, au rite ambrosien) et les Trpoxetjxsva à7t6crroXou ( propositum apostoli) des Grecs (correspondant à notre Graduel), se chantent en effet avant l'épître et non après, pour des raisons particulières et très justifiées.
4° On peut identifier la fonction liturgique de ce psalmus avec celle du Graduel de nos missels. Ce psalmus était chanté sur les degrés (grudus, gradale) de l'ambon par un lecteur suivant la forme responsoriale (responsorium) ; voilà toute l'étymologie du responsorium graduale.
5° Tomasi croit que le responsorium graduale était autrefois un psaume tout entier. Cela semble en effet. Saint Augustin dirait-il : Psalmum audivimus, psalmum cantavimus, s'il s'agissait de psaumes tronqués comme le sont nos graduels; en tout cas de psaumes assez longs pour mériter d'être assimilés aux lectures qui l'encadrent et en prendre l'importance et le nom : Primam lectionem apostoli. — Deinde cantavimus psalmum. — Post hsec evangelica lectio. — Has très lectiones... pertractemus.
6° Cette psalmodie est un véritable chant. Nul doute. Chant de nature rythmique assez libre et assez simple pour être qualifiée du nom de lecture : Has très lectiones. Sans doute l'idée que doit éveiller ici le terme leclio vise aussi la circonstance du codex qui se trouvait devant les yeux du lecteur, par opposition aux reprises ou répétitions que le peuple faisait mernoriter; mais l'idée de chant récitatif ne se trouve pas exclue toutefois, car le psalmus est confondu sous l'unique dénomination de lectio avec l'épître et l'évangile : Has très lectiones n.
De vérins Apostoli. — " S. Augustin, Serm. x, De vcrbis Apostoli. — " S. Augustin, Serm. xxxxm, De verbis Domini secundum Lucam. — 10 S. Augustin, .Serm. xlix, De lempore. — " Et encore cette citation : Lectiones sacras phires cum recitarentur audivimus... cum ergo in ullimum sil situm evangelium reeitalum. S. Augustin, Serm. ccxxxvii, De tempore; cf. Confessiones, 1. IX, c. xxxm, et VEpistola II ad Januarium, écrite vers 400.