PUDENTIENNE (BASILIQUE DE SAINTE
Avec le temps tous ces noms revivent et les souvenirs se complètent; on a retrouvé, en 1850, ce texte conservé au musée de Latran :
OMNIA QVAE VIDENTVR A MEMORIA SANCTI MAR TYRIS YPPOLITI VSQVE HVC SVRGERE TECTA ILICIVS PRESB SVMPTV PROPIO FECIT
Comme il se trouve que l'église de Saint-Hippolyte est située sur le viens Patricius, il s'agit peut-être du prêtre Ilicius mentionné dans l'inscription qui précède.
Avec le temps Vecclesia Pudenliana devint le titulus Pudentianœ ou sanctse Pudentianœ ou Polentianse. La première fois que cette dernière forme apparaît dans les signatures des conciles, c'est au concile romain de 745, sous le pape Zacharie. Dans la notice du pape Hadrien Ier on trouve le titulus Pudentis, id est ecclesia sanctœ Pudentiane et ces deux appellations se lisent aussi dans celle de Léon III. De nouvelles restaurations furent exécutées sous Hadrien Ier en 772-774, dont le monogramme se lisait sur l'arc triomphal; sous son pontificat, la voûte de la salle thermale fut démolie et l'église resta couverte par un plafond ou par une simple charpente apparente; la nef fut prolongée par delà l'ancien mur en exèdre jusqu'à la façade actuelle et des remaniements furent exécutés à certains piliers. Ensuite nouvelles retouches sous le pontificat de Grégoire VII, en 1079 et sous Innocent II, en 1210. Refaite complètement, en 1588, par le cardinal Gaetani, ce fut pour Panvinio l'occasion de prendre des notes qui sont utiles pour reconstituer l'état primitif (Cod. Vat. 6780).
V. La mosaïque. — La basilique a conservé sa disposition antique, les douze colonnes furent, les unes au ixe, les autres au xvie siècle, enfermées dans des piliers; tout l'intérêt artistique se rencontre dans la mosaïque de l'abside (voir Diclionn., t. m, col. 35, fig. 239fi; t. iv, col. 2225, fig. 3976; t. ix, col. 2504, fig. 8395; t. xn, col. 237-238, fig. 8524; col. 285-287). Cette mosaïque fut mutilée en 1588 par suite du rétrécissement de l'abside; l'adjonction d'un baldaquin entraîna la disparition de l'agneau placé aux pieds du Christ; en 1831-1832 presque toute la partie droite fut refaite. On voudra bien se reporter à la figure 8524 et à la description qui l'accompagne.
A part la décoration du mausolée de Sainte-Constance (voir Diclionn., t. m, à ce nom), il n'existe pas à Rome de mosaïque plus ancienne que celle du titulus Pudentis. La date et l'interprétation de cette mosaïque ont été fort discutées. Aujourd'hui l'accord est fait sur la date et le sujet : le Christ parmi les douze apôtres. Un seul point reste litigieux, c'est l'identification des deux figures de femmes, debout, en arrière de saint Pierre et de saint Paul, tenant des couronnes à la main, précisément au-dessus des têtes des deux apôtres. De Rossi y voyait les saintes Praxède et Pudentienne qui ont un rôle important dans la tradition locale. L. Lefort l y reconnaît deux figures symboliques, l'Église de la circoncision et l'Église de la gentilité, comme dans l'église de Sainte-Sabine (voir Dictionn., t. iv, col. 2227, fig. 3977) et les deux femmes en question couronnant les apôtres. L. Duchesne n'en croit rien et, selon lui, le geste est fortuit et s'explique, en tout cas, par la proximité du Christ auquel, suivant De Rossi, les couronnes sont présentées. Des figures dans cette attitude sont fréquentes dans les mosaïques anciennes tandis qu'on n'y voit jamais un personnage couronné par un autre que par Dieu lui-même, qui est alors représenté par une main sortant des nuages. Dans le cas présent, il y aurait presque inconvenance à ce que
les apôtres fussent couronnés, et cela en présence du Christ, par les Églises dont ils furent les fondateurs et les chefs.
J.-R. De Rossi et L. Duchesne croient donc que les couronnes sont présentées au Christ, mais Duchesne préfère voir les Églises de la circoncision et de la gentilité aux saintes Pudentienne et Praxède. « Que ces figures symboliques eussent place dans les mosaïques des églises de Rome, c'est ce que nous voyons par celle de Sainte-Sabine, qui n'a que trente à quarante ans de moins que celle de Sainte-Pudentienne. Il y a des différences, on le sait : à Sainte-Sabine, les légendes ECLESIA EX CIRCVMCISIONE, ECLESIA EX GEN- TIBVS excluent tout doute et chacune des deux femmes tient en main un livre ouvert, au lieu d'une couronne. Mais ce dernier détail vient de ce qu'elles ne sont pas groupées avec le Christ, comme à Sainte-Pudentienne; en revanche, comme à Sainte-Pudentienne, elles sont coordonnées aux apôtres Pierre et Paul. Il serait difficile de citer un seul exemple, du ive ou du ve siècle, qui favorisât l'opinion contraire. Même au vie et au viie siècle, quand les saints éponymes des églises sont figurés dans les mosaïques de Rome, en compagnie des apôtres, on les voit toujours présentés au Seigneur par saint Pierre et saint Paul, ou du moins placés à la suite de ceux-ci et comme dans leur cortège.
« A Sainte-Pudentienne, la tradition nous présente deux femmes. Pudentienne et Praxède, comme ayant participé à la fondation de l'église. Mais avant de reconnaître ces deux saintes dans les figures de la mosaïque, il faudrait d'abord mesurer la valeur de la tradition qui les concerne. Son principal document, nous l'avons dit, est un recueil de pièces apocryphes, fabriqué à une date difficilement assignable. Par où on n'entend point dire que l'auteur ait inventé ses personnages; Praxède et Pudentienne sont des personnes réelles, dont les tombeaux étaient connus et vénérés dans le cimetière de Priscille, encore que leurs noms n'eussent point été inscrits dans les anciens calendriers et les livres liturgiques de l'Église romaine. Mais autre chose est leur propre réalité, autre chose la réalité de leur histoire, telle que nous la lisons dans les pièces suspectes. Ce ne serait pas le seul exemple de récit imaginé d'après les noms et les monuments.
« Du reste la légende elle-même affirme que le premier fondateur de l'église fut Pudens père de Praxède et de Pudentienne; en ceci elle est confirmée par la dénomination de titulus Pudentis, (pie l'on rencontre dans les signatures des conciles romains de 499 et de 595, ainsi que dans une épitaphe de l'année 528. C'était la tradition ancienne : Vecclesia Pudentinnn dérivait son nom de Pudens, son fondateur. Et on r.e voit pas pourquoi ce fondateur eût été négligé, dans la mosaïque de l'abside, au profit de ses filles *. »
Dans le texte qui accompagne la grande planche en couleurs de Musaici cristioni, on a inséré un dessin où des teintes différentes permettent de reconnaître au premier coup d'œil les parties modernes. Ce dessin était exécuté avant qu'un document très exact sur les restaurations faites en 1831 et 1832 fût parvenu entre les mains de J.-R. De Kossi. Les indications qu'il apporte complètent sur quelques points mais vérifient le plus souvent les appréciations portées sur le dessin et fondées sur la seule inspection du monument.
VI RinnocnAPHiE. — P. Adinolfî, Roma nell' etàdi mezzo. in-S°, Roma, 1882, t. n, p. 240. — D. Angeli. Chiese di Roma, Guida storica e artistica, in-16, Roma,
1 L. I.efort, Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne m Italie, in-12, Paris, 1885. — 'L. Duohesne, dans liullctin critique, t. vu, 1886,p. !-.">.