Liberius II
14. Probus II. — Fondateur de l'église qui devint la cathédrale suburbaine de Classe. Cf. Acta sanct., nov. t. iv, p. 475.
15. Florentius. — Du temps de Baronius il existait à Verceil une lettre du concile de Milan de 355 à l'évêque de cette ville, portant trente souscriptions d'évêques condamnant le « sacrilège Athanase ». Le neuvième porte le nom de Probus et le vingtseptième Florentinus. Sont-ce ceux-ci ?
16. Liberius III. — Il existe une Vita beati Liberii (du xiic siècle) qui le concerne et une inscription funéraire relative à Florentius et à Liberius enterrés tous les deux à Ravenne (Corp. inscr. lat., t. xi, n. 302).
17. Ursus. — Il fit construire et consacra (le 13 avril 385 ou 396) la cathédrale de Ravenne appelée Anastasis et qui d'après son nom fut appelée basilica Ursiana. Sans doute la cour impériale établie à Ravenne depuis l'année 404 environ concéda l'emplacement sur lequel cet édifice fut construit. G. Marini a publié dans ses Papiri diplomalici, n. lxxxvii, deux actes de l'année 444 où il est question d'un patrimonium siciliense et de conductores llcclesiœ Ravennatis, patrimoine mentionné par saint Grégoire le Grand en l'an 600. Ce patrimoine devait constituer à l'époque du pontificat d'Ursus la dotation impériale pour la nouvelle organisation ecclésiastique. Probablement, sous Ursus, l'empereur Honorius (t 423) fit construire l'église Saint-Laurent in Cesarea dont parle saint Au-
269. — « Bibl. hagiogr. Int.. a. 2448. — "Bibl. ha<jio,)r. lat., n. 2449. — • Bibl. hagiogr. lut., n. 1533. — ' Bibl.
RAVENNE
gustin, dans son sermon cccxxn, comme d'une église récente, dédiée en 435. L'évêque Ursus mourut entre 424 et 429.
Bibl. — Testi-Rasponi, Note marginali al « Liber pontificalis » di Agnello ravennate, dans Atti e memorie délia r. dep. di stor. patr. per le provincie di Eomagna, 1909, p. 65-69, 94-98; Félix Ravenna, 1914, p. 537-541 ; F. Lanzoni, Le diocesi d'italia, t. n (1927), p. 749.
18. Petrus Chrysologus. — Né à Forum Cornelii (Imola), fils de l'évêque du lieu : Ipse me per evangelium genuii, ipse pius piissime nutrivit, ipse sanctus sancta insliluit servitute, ipse pontijex sacris obtulil et consecravit altaribus. Pierre fut élu et ordonné évèque de Ravenne entre 425 et 429; il prononça son sermon d'intronisation en présence de Galla Placidia, mater christiani, perennis et fidelis imperii quse procreare augustam meruit trinitalem, c'est-à-dire Théodose, Honoria et Valentinien III. Entre 425 et 439, Pierre consacra l'église de Saint-Jean-Baptiste construite par Galla Placidia à la suite d'un vœu fait pendant une tempête (voir Diclionn., t. vi, col. 260, fig. 4850). Dans l'abside, saint Pierre Chrysologue est représenté portant la barbe longue, célébrant la messe, ayant à son côté l'ange de l'épiclèse l. Ce fut cet évêque qui fonda la cathédrale urbaine de Classe appelée ecclesia Petriana et qui consacra l'église des Saints- Jean-Baptiste-et-Barbatien 2. C'est lui qui accueillit avec honneur saint Germain d'Auxerre 3.
Ses sermons sont imprimés dans la P. L., t. lu; ils étaient brefs et leur débit pouvait demander un quart d'heure environ4; il y aurait lieu d'en revoir l'ordre chronologique. Dom Cabrol a entrepris d'attribuer la composition du « Rouleau de Ravenne » à saint Pierre Chrysologue 6; sa démonstration ne nous a pas semblé convaincante. C'est Agnellus qui a imposé pour la première fois à l'évêque Pierre le surnom de Chrysologus, qui pourrait être inspiré de Chrysoslomus. Il existe deux lettres de saint Léon le Grand à saint Pierre Chrysologue, elles sont apocryphes *. Agnellus dit que l'évêque Pierre mourut à Forum Cornelii, son lieu de naissance, et fut enterré dans la basilique suburbaine de Saint-Cassien '. (Voir Dictionn., t. xin, au mot Pédagogie.) C'est encore Agnellus qui assigne le dies depositionis au 3 décembre, tandis que Testi-Rasponi choisit le 31 juillet 8 et soutient que c'est le jour de la mort de Pierre II qu'on a attribué par erreur à Pierre Ier.
19. Néon, 458. — Il décora magnifiquement le baptistère de la basilica Ursiana appelé au Moyen Age San Giovanni in Fonte où on trouve son monogramme et des inscriptions à son nom "; il continua la construction de la basilique de Classe commencée par Pierre Chrysologue et bâtit la basilica apostolorum (aujourd'hui Saint-François) où une inscription lu fait mention de lui et où il fut enseveli ad sedem, c'est-à-dire près de sa cathédrale. Au ixe siècle, on célébrait sa depositio le 11 février11. Des fouilles peu anciennes ont permis de lire dans la crypte de Saint-François une
1 A. Muratori, Rerum italicarum scriplores, t. i, 2" part., p. 567-572; cf. Corp. inscr. lut., t. xi, n. 216; Testi-Rasponi, Note mcirginali, n, p. 117-121; F. Lanzoni, Sludi sloricoliturgici, dans Félix Ravenna, 1916, p. 90-9S. — 2 Bibl. hagiogr. lalina, n. 972; F. Lanzoni, dans Rivisla di scienze storiche de Pavie, 1909, p. 635-658, 712-732. — 3 Bibl. hagiogr. lalina, n. 3453. — * Fr. Lanzoni, I sermoni di S. Picr Crisologo, dans Riv. di scienze storiche, 1909, p. 944- 962; 1910, p. 121; La benediclio fontis e i sermoni di S. Pier Crisologo, dans Ressegna gregoriana, 1908, p. 425- 428; [Boehmer, Petrus Cltrysologus aïs Prediger, Paderborn, 1919; Peters, -Petrus Clirysologus als Homilet, Cologne, 1919]; D. L. Baldisseri, San Pier Crisologo arcivescovo di Ravenna, in-8°, Imola, 1920; Cl. Jenkins, Aspects o/ the theology of S. Peter Chrysologus, dans The Church Quarterly
inscription en mosaïque mutilée mais se rapportant sans aucun doute à Néon et au-dessous un sarcophage brut scellé avec cette inscription. Le couvercle de marbre étant en deux pièces, on a pu extraire de la tombe les ossements presque au complet d'un corps bien conservé, certainement celui de l'évêque Néon.
20. Exuperanlius. — Une lettre du pape Simplice au successeur d'Exuperantius rappelle que celui-ci deliqueral faciendo presbyterum invitum 12. Pareilles ordinations contraintes n'étaient pas alors sans exemple. Ce fut pendant son épiscopat qu'on entreprit la construction de la basilique de Sainte-Agnès où il fut enterré, mais son épitaphe est du ixe siècle 13. Sa dépouille fut transférée à la basilica Ursiana en 1809. Au ixe siècle on célébrait sa déposition au 30 mai.
21. Joannes. — Consacré en juillet 477, et, en 482, une lettre du pape Simplice le blâme d'avoir consacré invitum Grégoire en qualité d'évêque de Modène : si posthac aliquem seu episcopum seu presbyterum seu diaconum invitum facere forte crcdideris, ordinationes tibi Ravennalis seu Aemiliensis noveris auferendas... nam privilegium meretur amittere qui permissa sibi abulitur polestaie u. D'après cela on pourrait conclure qu'entre 451 et 482 les évêques de Ravenne obtinrent le droit de consacrer tous les évêques de la province d'Emilie, c'est-à-dire, outre ceux qui sont rappelés, les évêques de Plaisance, de Parme, de Brescello et de Reggio. En 491, une nommée Marie fait son testament en faveur du sancto ac beatissimo papœ Johanni 16. Le roi Théodoric ayant conclu la paix avec Odoacre le 25 février 493, entra à Classe le lendemain et fit son entrée à Ravenne le 5 mars suivant. Entre ces deux dates il donna audience à l'évêque pour régler avec lui sa réception solennelle par le clergé et le peuple. Au mois de mars 494, le pape Gélase Ier mentionne honorablement l'évêque Jean dans une lettre aux évêques de Lucanie, du Brutium et de Sicile16; son épitaphe fixe sa mort au 5 juin 494, elle lui donne le titre sanctus papa Iohannes17;ïl fut enterré dans l'église Sainte- Agathe qu'il avait fait bâtir. Il fut particulièrement vénéré à Ravenne, Agnellus nous dit que : ad ejus effigiem infra orbita intus in ecclesia Ursiana, per omnem noctem, usquequo sufixa ecclesia renovata est (nous ne savons pas quand), clari luminis candela fulgebat. Dans l'abside de Sainte-Agathe, on voyait son portrait super sedilia depicta, célébrant la messe avec l'ange de l'épiclèse auprès de lui. De là vint qu'on conta dans le peuple que l'évêque Jean vit un jour un ange qui, pendant la messe, lui offrait le calice, ce qui lui valut le surnom de Ioannes angeloples ou qui vidit angelum.
22. Petrus II ou junior. — Il fut consacré le 15 septembre 494 ls. Le pape Gélase Ier lui écrivit plusieurs fois vers 495 et 496 19. Le 8 août 501, il reçoit une lettre du roi Théodoric adressée aux évêques Laurent de Milan, Marcellin d'Aquilée, Pierre de Ravenne et cunctis episcopis (d'Italie) in urbe residentibus 20. En 502, on lit sa signature parmi les évêques présents au
revieiv, t. cm, 1927, p. 233-259 [d. de Bruyne a publié neuf nouveaux sermons de P. Chrysologue, Journal of theological Studies, 1928]. — 6 F. Cabrol, dans Revue bénédictine, octobre 1906. — * Kehr, lialia pontificia, t. v, p. 20. — ' F. Lanzoni, Le leggende di S. Cassiano d' Imola, dans Didaskaleion, 1925. — ■ 8 Codex pontif. Eccles. Ravenn., p. 70-76, 138-154. — • Corp. inscr. lat., t. 51, n. 255- 267. — 10 Ibid., n. 302 a. — » Codex pontif. Eccles. Ravenn. p. 87. — "Jaffé-Loswenfeld, Reg. pont, rom., n. 583. — 13 Corp. inscr. lat., t. xi, n. 303. — 14 Jalïé-Lœwenfeld, op. cit., n. 636. — 15 Marini, / papiri diplomatici, n. 84. — 16 .Jalïé-Loewenïeld, op. cit., n. 636. — ■ " Corp. inscr. lat., t. xi, n. 304. — » Testi-Rasponi, Cod. pont. Eccl. Rav., p. 138. — >• Jaiïé-Lœwenleld, op. cit., n. 707, 730, 739. — •• Cassiodore, Varia;, p. 419-420.
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synode romain el on rencontre encore son nom en 503 et en 516-517. En 519, les habitants de Ravenne, nonobstant la résistance de leur évêque mettent le feu à toutes les synagogues de Ravenne et le roi Théodoric adresse de Vérone à l 'évêque Pierre un prœceptum ordonnant de les reconstruire '.
Ce fut cet évêque qui fit construire le baptistère de \'ecclesia Pelriana à Classe. Pendant son épiscopat on commença à Ravenne la construction du Tricoli ( Triclinium ? ) et, non loin de là, le monasterium S. Andréa? qu'on nomme de nos jours, quoique à tort, la cappella di S. Pier Crisologo, chapelle du palais épiscopal destinée à l'administration du sacrement de pénitence. Pierre II serait mort le 3 décembre2 et aurait été enterré à Classe au monasterium S. Jacobi, près des fonts baptismaux de la cathédrale élevée par ses soins 3
2:j. Uvimundus, 514. — Evêque arien. Sous Odoacre et les rois ostrogoths professant l'arianisme, on vit s'élever à Ravenne et à Classe des basiliques et des baptistères ariens. Agnellus rapporte à l 'épiscopat d'Uvimond, en la XXIVe année de Théodoric, soit en 514 4 la construction d'un évêché et d'une basilique.
L'historien Jornandès dans quelques manuscrits de son Chronicon de rébus geticis est désigné comme episcopus natione Gothusb; on précise même qu'il fut évêque de Ravenne. A cette époque les évêques catholiques de Ravenne, afin de se distinguer de leurs concurrents, se disaient : N. episcopus sanctœ ecclesiœ catholicœ Ravennatis.
24. Cselius Aurelianus. — Il mourut le 26 mai 521 et fut enterré juxta ambonem de Vecclesia apostolorum. Le 5 juin suivant son testament en faveur de son Église fut présenté au magistrat de la curie municipale. Cet évêque poursuivit la construction du Tricoli et éleva l'église de B. Marise in Pado vetere à laquelle il donna les terrains environnants '.
25. Cselius Ecclesius. — En 523, il reçut une donation de Hildevara : beatissimo atque apostolico viro... urbis episcopo ' ; en 525, il accompagna le pape Jean Ier à Constantinople d et. dès son retour, il éleva à Ravenne l'église de Sainte-Marie-Majeure ', Entre 526 et 530, le pape Félix IV règle un conflit survenu entre Ecclesius et les clercs de Ravenne et de Classe '". Il poursuit la construction du Tricoli et fait bâtir Saint- Vilal ", grâce aux largesses de l'empereur Justinien. D'après Agnellus, il fut évêque pendant dix ans, 5 mois et 7 jours; il mourut le 27 juillet et fut enterré dans la chapelle des Saints-Nazaire-et-Celse à Saint-Vital. Son sarcophage mutilé se trouve au musée de l'église et son portrait se trouve à Saint-Vital et à Saint-Apollinaire in Classe 12.
2<î. Ursicinus. - Il poursuivit la construction du Tricoli et, avec Julien l'Argentier, il éleva sur remplacement de l'antique cimetière chrétien de Classe la basilique actuelle de Saint-Apollinaire. L'édicule contenant la tombe du premier évêque fut enfermé dans le narthex. Le portrait d' Ursicinus se voit dans l'ancienne basilique. Il mourut le 5 septembre après trois
1 Citron, minores, I. î, p. 321-320. = Testi-Rasponi, Cad., puni. Ecct. Ravenn. p. 74,224. — 'Ul., ibid., p. 71,133-154; Félix Ravenna, 1912, p. 303; 1925, p. 19-20. - « Testi-Rasponi, <>/>• cil., p. 188-210. s Monum. Germ. hist., Scriptores, t. ii, p. 272, 287; t. xiu p. 078. — * Testi-Rasponi, op. cit., p. 155-161. — ' Marini, / papiri diplomatici, n. 85. — " Chron. minores, t. i, p. 328. — s Corp. inscr. lai., t. Kl, n.284. — 10 Jaffé-Lœwenfeld, Reg. pont, mm., n. 877. — 11 Corp. inscr. Int., t. XI, n. 290-292. — " Testi-Rasponi, Cod. pont. IacI. Rni>cnn.,p. 162-173 ; lelix Rai'enna, 1925, p. 21-
22; F. Lanzoni, Le diocesi d'Italia, t. n, 1927, p. 757,
'» Testi-Rasponi, op. Cit., p. 100,174-180.— "Corp. inscr. Int., t. xi, n. 272. — " Ibid., t. xi, n. 203. - '« Ibid., t. xi, n. 202. ,; Testi-Rasponi, Cod. pont., p. 100. 181-185;
ans, six mois et neuf jours de pontificat. Il fut inhumé dans la chapelle des Saints-Nazaire-et-Celse à Saint- Vital 13.
27. Victor. — Il orna le baptistère de la cathédrale urbaine de Classe14, fit restaurer les bains situés près de sa résidence épiscopale 1:\ poursuivit la construction du Tricoli; éleva sur l'autel de la basilica Ursiana, à titre de vœu pour la délivrance de Ravenne de la domination ostrogothe un eiborium d'argent, et au cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale offrit un voile d'or pour l'autel 16. Après six ans, onze mois et onze jours d'épiscopat, il mourut le 15 février et fut enterré à Saint-Vital 17.
2K. Maximianus. — (Voir Dictionn., t. x, col. 2783- 2794, fig. 7828-7841). Il fut le premier archevêque de Ravenne.
29. Vacance du siège en 551. — Le clerus universus Ecclesiœ goticae ou legis Gothorum sanctse Anastasise basilicas Gothorum, en cette année, d'après le papyrus CX IX publié par Marini, céda ses biens propres à un Petrus dejensor à cause du manque d'évêque. L' Anastasis des ariens était Saint-Théodore, voisine du célèbre baptistère des ariens.
:ï0. Agnellus. — Né en 487, diacre sous Félix IV (526-530), attaché à l'église Sainte-Agathe, consacré le 24 juin 557 18. Il fonda le monasterium S. Georgii, celui de S. Matthœi 19, celui de S. Jacobi, construisit un ambon dans la basilica Ursiana*0; il reçut plusieurs lettres du pape Pelage Ier (558-560) 2l. Entre 557 et 561, Justinien accorda à l'Église orthodoxe" de Ravenne tous les biens mobiliers et immobiliers de l'Église gothique arienne de Ravenne". L'évêque Agnellus procéda à la reconsécration de Saint-Sergein-Classe, de Saint-Zénon-in-Cesarea, de Saint-Georges et Saint-Eusèbe près de Ravenne (en 561), de Saint- Théodore (la basilica Gothorum) et de son baptistère (Sainte-Marie-in-Cosmedin), de la basilique palatine fondée par Théodoric alors Saint-Martin au Ciel-d'or, aujourd'hui Saint-Apollinaire-Neuf, avec son baptistère 24. Plusieurs de ces églises furent décorées par les soins d'Agnellus, notamment Saint-Martin, et reçurent de lui de nouveaux vocables que plusieurs d'entre elles ont conservé. Agnellus mourut le 1er août 570 et fut enterré à Sainte-Agathe25; une inscription du temps l'appelle papa Agnellus 26.
31. Petrus III. — Consacré à Rome en septembre 570, reçut le pullium de Jean III et la confirmation des anciens privilèges 27. Il commença l'église de Saint- Sévère au Viens salutaris, près de Classe el entreprit plusieurs autres ouvrages. On a trouvé son monogramme à Sainte-Agathe et une inscription de Sainte- Marie-Majeure parle de lui 28. Le n. Lxxxvm des Papiri diplomatici est un testament fait en sa faveur en 572. Il mourut le 17 août 578 et fut enterré dans la basilique de Probus 29.
:12. Joannes II. -- Romain de naissance, consacré évêque le 4 décembre 578 par le pape Pelage IL II entretint une correspondance avec saint Grégoire le Grand qui lui adressa sa Régula pastoralis.cn 591 " .
Félix Ravenna, 1912, p. 310-317. "Corp. inscr. lai., I. xi, m. 305. — '• lbid., t. .xi, n. 273. — •• Ibid., I. XI, n. 200- " Jaffé-Lœwenfeld, op. cit., n. 990, 1007, 1009, 1012. 1032. — " Ainsi qualifiée pour sa fidélité à la condamnation des Trois Chapitres. — " .4(li e ment, délia r. dcputazione di storia patr. per. le prov. di Romayna, (899, p. 1-0; (1. Marini, Papiri, p. 134. — •• Corp. inscr. Int., t. xi. n. 281, 281 ,(. " Ibid., t. XI, n. 305. — " Ibid., I. xi.
n. 273. Sur ses portraits, cl. Ftlix Ravenna, 1910, suppl. n, p. 14-71. — *» Jaffé-Lœwenfeld, Réf. pont, rom.. n. 141. 1259. "Corp. inscr. lot., t. xi. n. 2S">. » Testi-
Rasponi, Codex pontiflcalis Ecclcsiae Ravennae, p. 50, 220- 212. ■ *° Jaffé-Lœwenfeld, Hegesta pontifleum romanorum, n. 1094, 1105.
Il A VENNK
En 591-592 l'archevêque Jean dédia avec les reliques envoyées par le pape Grégoire le monasterium SS. Marri, Marcelli et Feliculee, construit par ses soins à Saint- Apollinaire-in-Classe '. Une lettre de saint Grégoire à Jean II 2, au mois d'avril 592, aide à comprendre comment l'archevêque de Ravenne étendit sa juridiction sur les diocèses de Cesena, de Forlimpopoli el de Sarsina. En l'ait, le pape lui ordonne de veiller sur les évêques suffragants de Rome qui pro interpositione hostium (les Lombards) ne peuvent recourir ad limina.
L'importance de l'archevêque de Ravenne allait grandissant3, mais le pape ne déplorait pas moins les abus qui s'introduisaient dans cette Église touchant l'usage du pallium et contra consuetudines et humilitatis tramitem '. Quoique romain d'origine, Jean II se montrait très avide d'étendre les privilèges de Ravenne et à la suite d'une lettre très humble, le pape Grégoire lui accorda l'usage du pallium aux quatre processions ou litanies solennelles el nihil sibi amplius ausu temerario presumptionis arrogare 5. Il y eut entre eux d'autres difficultés 6. Jean II termina la construction de la basilique de Saint-Sévère-in-Classe, autorisa la sépulture à Saint- Vital du chef barbare Droktulft '. Il mourut le 11 janvier 595" et fut enterré dans le monasterium fondé par lui '.
Vacance du siège. — Le 1(1 février 59510, Grégoire Pr nomma Sévère de Cervia visiteur de Ravenne et il exhorte le clergé et le peuple à procéder avec sollicitude à une nouvelle élection u. Peu après, le pape repousse l'archidiacre Donat quoniam multa inventa sunt, quse eum procul ab episcopatu removerent et Jean psalmorum nescium. On choisit à leur place Marinianus qui a vécu longtemps avec Jean II in monasterio et s'est montré in lucrandis animabus sollicilus12. Après les refus protocolaires, Marinianus accepte finalement et il est consacré (5 juillet 595i.
:i:i. Marinianus. — Le 15 août 595, le pape Grégoire lui accorde le pallium suivant les limites tracées à son prédécesseur et lui confirme les anciens privilèges a. Peu de temps après une lettre pontificale loue le dévouement de Marinianus à la doctrine du concile de Chalcédoine u, mais au cours des années suivantes, les critiques succèdent aux éloges; en 596, le pape déplore que l'archevêque de Ravenne ne réponde pas à ses lettres10; en 597. il le blâme de se montrer, lui moine, si peu favorable aux moines qu'il moleste ou laisse molester. Quand Marinianus tombe malade, en 601, et lorsqu'il a des crachements de sang, le pape l'exhorte à ne pas jeûner, à se modérer sur les vigiles et les cérémonies et même à se rendre à Rome où il trouvera un climat plus doux. Il reste de Marinianus un fragment de mosaïque de pavement et un ambon à Saint-Jean l'Évangéliste. L'ambon des Saints-Jeanet-Paul fut exécuté temporibus Mariniani la. II mourut le 23 novembre 606, fut enterré à Samt-ApolIinaire-in- Classe où le rejoignirent ses successeurs ".
Si on parcourt le IJber pontificalis Ecclesiœ Ravennatis rédigé au ixc' siècle par Agnellus 1S on ne peut manquer de croire au premier abord qu'il y eut peu d'Églises plus saintement gouvernées car le titre de chaque notice présente chaque évêque comme « saint •>: De sancto Aderilo, de sancto Eleucadio et ainsi des autres. C'est là une formule protocolaire qui n'implique pas des vertus éminentes et leur consécration
1 Corp. insep. lut., t. xi, n. 297 ot p. 62, 1; Jaffé-Lrewenl'eld, op. cit., n. 1330, 1695. — - Id., ibid., a. 1181. — — 3 Jafîé-Lœwenfeld, Reg. pont, rem., n. 1195. — 4 Id., ibid., n. 1259. s Ici., ibid., n. 1326. - • Ici., ibid., n. 1309, 1317, 1333, 1339. — ' Corp. inscr. lui., t. xi, n. 319. — s Pau! Diacre, Ilist. Langob., 1. IV, c. x. — * Testi-Rasponi, op. cit., p. 50, 213-247. Sur son testament, cf. Jaffé-Lœwenfeld, n. 1380. — ,0 Id., ibid\,n. 1336, 1337. — " Id., ibid..
publique par l'Église; d'ailleurs Agnellus n'en est pas responsable. Nous avons dit ailleurs qu'il a son francparler, aussi lui suflit-il de les appeler carrément : Aderitus, Eleucadius, etc., et il s'en rencontre qui passent, sous sa plume, un fâcheux quart d'heure; ce qui est le cas pour Theodorus : Isle juvenis selate, terribili forma, orridus aspeetu et omni falla.cita.te plenus... Theodorus istïus ciuitatis pontifex non recedebat a nequitia infinita quam eœperat.
Au ix° siècle un très petit nombre de ces évêques était l'objet d'un culte, ce qu'on sait de la plupart d'entre eux ne le justifierait pas. Agnellus sait fort peu de chose sur les quinze premiers titulaires du siège, souvent il ignore l'emplacement de leurs tombeaux, ce qui témoigne assez que leur culte est fort négligé.
Aderitus est dans ce cas, on ignore sa tombe et son jour anniversaire. — Eleucudius était enterré extra muros Classis, ubi usque hodie ad laudem est nominis ejus ecclesia œdificata et Deo consecrala, mais il avait quitté cette ecclesia lorsque l'archevêque Maximien jugea bon de transporter son corps dans la basilique de Probus. Pour quelle raison? On l'ignore. — Marcianus n'avait ni tombeau ni anniversaire et Agnellus le croyait enterré dans l'église d'F.leucadius, avec qui il avait été ordonné diacre; mais ce n'était là qu'une conjecture. — Calocerus est un des évêques transportés par Maximien dans la basilique de Saint-Probus. — Proculus, n'a pas d'anniversaire et le tombeau est douteux : ubi ejus sit sepulcrum ignoro. Évidemment le culte manque de ferveur. — Probus, il y avait à Ravenne une basilica Probi, portant le nom de son fondateur, mais alors on ne peut croire qu'elle remonte à Probus, 6e successeur d'Apollinaire, antérieur à la paix de l'Église; c'est Probus II qu'il faut entendre lequel a vécu dans le dernier tiers du IVe siècle et a bâti une basilica sur le terrain du cimetière chrétien; elle fut consacrée le 10 novembre; quant à Probus ICI il ne fut jamais l'objet d'un culte. — Datus, Eiberius, Agapitus, ni anniversaire, ni lieu de sépulture. — Marcellinus, pas de date mais sepullus est, ut fatentur alii, in basilica beati Probi. — Severus, culte le lel février m civitate dudum Classis. — Eiberius, ni date anniversaire ni lieu de sépulture. — Probus //, pas de date et pour la sépulture voir à Probus Ier. — Florentins, enterré in monasterio sancle Petronilte, pas de culte. — Eiberius, enterré in monasterio sancti Pullionis, pas encore de fête au temps d' Agnellus.
V. Liturgie. — On a bien fait de rapprocher la liturgie de Ravenne de celle de Rome. A propos de celle-ci on a écrit que le canon romain possédait encore, au temps du pape Gélase Ier, une épiclèse ". Il l'aurait, ajoute-t-on, perdue au cours du ve siècle, sans que cette suppression ait eu une signification dogmatique. Le Te igitur, le Communicantes, les deux .1/emento étaient originairement placés après la consécration; les prières Hanc igitur et Quam oblationem manquaient et ont été empruntées à une autre liturgie par saint Léon le Grand qui a aussi développé le Supra que? et le Nobis quoque, et introduit la prière Supplices. Grégoire Ier a fait certaines réductions et déplacé le Te igitur. Tout ceci n'est pas précisément nouveau, mais on ajoute que l'auteur de l'inversion n'est pas Gélase mais Grégoire le Grand; en outre on taille un bout de rôle aux deux autres papes auxquels on attribue la confection d'un sacramentaire. Tout cela est
n. 1335. — '* Id., ibid., n. 1367. — » Id., ibid., n. 1377. 11 Id., ibid., n. 1381. — '« Id., ibid., n. 1113. — '6 Corp. inscr. Int., t. xi, n. 300. — » Ibid., t . xi, n. 307. — ,8 H.-L. Gonin, Excerptu Agnelliana. The Ravennate Liber pontificalis as o source for the history ofurt, in 8°, thèse de Leyde, 1933. — — "A. Baumstark, Lituraiu romana e liturgia dell' esarcalo; il rito detto in seguito putriarcliino e le origini del ■ Canon misse; » rnmano, in-8°, Roraa, 1904.
RAVENNE
peut-être plus précis que prouvé; on l'a montré ailleurs 1.
La liturgie qui aurait fourni à ces papes un modèle et des textes, serait la liturgie de Ravenne. Nous n'avons à peu près rien de cette liturgie et nous ne savons pas comment le patriarche de l'exarchat disait la messe. Mais le De sacramentis, ce bien sans maître, nous donnerait, paraît-il, une description de la liturgie ravennate. L. Duchesne disait à ce propos : « Ce livre me paraît avoir été composé dans une de ces églises du nord de l'Italie où l'usage de Rome se combinait avec celui de Milan 2. » C'est tout.
Mais voici qu'au témoignage si discutable du De sacramentis on propose d'ajouter celui des mosaïques. La prière Supra quœ présente comme les figures du sacrifice eucharistique les sacrifices d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech. A Rome, ces représentations sont rares, elles ne sont jamais réunies et elles ont plutôt une signification funéraire. A Ravenne, elles sont réunies à Saint-Apollinaire-Neuf; elles sont groupées à Saint-Vital. Le contraste est, à coup sur, intéressant. Mais il est moins probant qu'on ne peut penser, car nous n'avons pas à Rome l'équivalent des églises de Ravenne. De plus ces églises sont déjà du vie siècle et Léon et Gélase du ve. D'autre part, dans les liturgies gallicanes et spécialement dans l'ambrosienne, la mention des trois « types » se rencontre, mais souvent en dehors du canon 3.
VI. Rouleau de Ravenne. — Voir Dictionn., au mot Rome et au mot Rouleau.
VIL LIBER PONTIFICALIS RAVENNE. — Voir Dictionn., t. ix, col. 4GG-474 et H.-L. Gonin, Excerpta A gnelliana. The Ravennate Liber pontiflcalis as a source jor the hislorg of art, in-8°, Leyde, 1933 et la nouv. éd. de Mgr Testi-Rasponi, dans Rerum italicarum script., fasc. 197 sq., Bologne, 1924.
VIII. Palais et tombeau de Thf.ooohic. — Théodoric fut un barbare cultivé et bâtisseur; il couvrit l'Italie de ses constructions. A Pavie, à Vérone, à Terracine, à Spolète, des palais, des thermes, des amphithéâtres, à Ravenne des monuments sacrés et profanes parmi lesquels l'église Saint-Théodore (devenu le Saint-Esprit), le baptistère arien (devenu Sainte-Marie in Cosmediri) et Saint-Martin au Ciel-d'or (devenu Saint-Apollinaire-Neuf).
Depuis longtemps on savait par les témoignages des anciens auteurs, par les documents de Ravenne et par des mosaïques découvertes dans les environs, que le célèbre palais que le roi ostrogoth s'était bâti à Ravenne se trouvait non loin de Saint-Apollinaire- Neuf, dans la région qui, derrière celte église, s'étend vers l'Est jusqu'aux murailles de la ville. Il ne nous est plus connu aujourd'hui que par la représentation de son élégante façade (voir Dictionn., t. i, col. 2833, flg. 951). De sa somptueuse décoration de marbres précieux et de mosaïques, de ces curieux tableaux où Théodoric s'était fait représenter, soit monté sur son cheval de guerre, soit debout, en costume militaire, entre deux figures de femmes qui symbolisaient Rome et Ravenne (voir Dictionn., t. xn, col. 194, n. 9), il ne reste que le souvenir. Depuis le jour où Charlemagne, pour embellir Aix-la-Chapelle, commença à mettre au pillage L'ancienne résidence du roi ostrogoth, le monument s'est lentement acheminé vers la ruine. Il n'en subsiste plus d'autres traces que quelques débris de pavés en mosaïque, retrouvés dans les jardins qui avoisinent Saint-Apollinaire. Jusque vers les derniers jours du xixe siècle, on montrait aux visi-
1 Fr.-K. Funk, dans Theologische QiHirtalschrill, t. xxxvi, HIOl, p. 600 sq. — * L. Duchesne, Orii/ines du culte chrétien, '.Ie édit., p. 177. — 3 1'. Lejay, dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. xt, 190G, p. 381. — 4 Ch. Diehl,
teurs une série d'arches et quelques colonnes, résultats des fouilles de 1898. On a reconnu que ces constructions étaient bien postérieures au vne siècle et qu'elles appartenaient à un palais construit devant celui du roi, probablement avec des débris de l'ancien. Corrado Ricci put établir de façon certaine la situation du palais primitif entre les murs de la cité, l'église Saint- Apollinaire et la rue Albéroni. On a alors commencé des fouilles importantes, on a mis au jour une porte, des mosaïques, le commencement d'un atrium soutenu par des pilastres, quelques fragments de bas-reliefs ou de colonnes de marbre. Quant à l'édifice appelé « palais de Théodoric », avec sa haute porte massive, sa loggia du premier étage, sa décoration d'arcades portées sur des colonnes de marbre, les deux tours détruites aujourd'hui qui le flanquaient jadis, il rappelle la Porte-Dorée du palais de Dioclétien (voir ce nom) à Spalato. Mais il n'y faut voir qu'une bâtisse du commencement du vme siècle, que les exarques byzantins, qui occupaient alors le palais de Théodoric, édifièrent, dans un but défensif, en avant du principal corps d'habitation 4.
Les mosaïques qui revêtaient le palais de Théodoric à l'intérieur et à l'extérieur existent encore en partie. On a vu que Charlemagne les avait fait détacher pour faire servir les cubes à de nouveaux dessins à Aix-la- Chapelle. Ces cubes entrèrent dans une composition qui fut détruite à son tour, les débris furent jetés pêle-mêle dans des caisses.
Baronius rapporte, à l'année 795, d'après le sommaire de la lettre xne du pape Hadrien Ier que Carolo régi musiva et marmora urbis Ravennse, tam in templis quam in parietibus et stratis sita, sicut petierat, donat. Voici le texte de la lettre papale : Domno excellentissimo /ilio nostroque spirilali confratri Carolo, régi Francorum et Langobardorum, atque patricio Romanorum, Hadrianus papa. Prœfulgidos atque nectareos regalis potentise vestrse per Arvinum ducem suscepimus apices, in quibus rejerebatur quod palatii Ravennatis civitatis musiva atque marmora cœteraque exempta tam in slrato quamque in parietibus sita, Vobis tribueremus. Nos quippe tibenti animo et puro corde cum nimio amore Vestrse Excellenliœ tribuimus efjectum et tam marmora quamque musivam cœteraque exempta de eodem palatio vobis concedimus auferenda; quia per vestra laboriosa regalia cerlamina multis bonis fautoris vestri B. Pétri clavigeri regni cœlorum, Ecclesia quotidie fruitur, quatenus merces vestra copiosa adscribalur in cœlis 6.
On ignore de quelle façon on procéda à l'arrachement et à l'emballage des mosaïques, les moyens dont on disposait au vme-ixe siècle n'étaient pas tels qu'on ne dût mettre en pièces les panneaux qu'on aurait su détacher. Et les édifices d'Aix-la-Chapelle étaient de dimensions autres, ne permettant pas le remploi.
Théodoric fut plus heureux dans son tombeau que dans son palais. Cette fameuse rotonde est, par son ordonnance, tout antique (voir Dictionn., 1. 1, col. 2834, fig. 952) *. Il est vrai qu'on a soutenu le contraire; on a dit que le monument est imité des tombeaux en forme de tour, à plusieurs étages, qu'on rencontre à la fin de l'époque romaine, particulièrement en Syrie. Théodoric, imbu de culture antique, a voulu, à la lin de sa vie, rappeler ses origines germaniques. Son tombeau considéré de bas en haut, lui ressemble : il commence à la mode romaine et s'achève à la façon germanique, (sic) '. Le relèvement du sol produit par les destructions successives fait que le tombeau de Théodoric est aujourd'hui en contre-bas de plus de deux
lliweune. p. 4;}; C. Ricci, Kai'tnna, p. 17-19. — «Bouquet,
Recueil des hist. des Gaulés, t. v, p. 582-583. — ' Gaxettt des
beaux-arls, 4» période, t. vi, 1911, p. 82. — ' W. Jan-
necke, dans Sitzungsberichte, Heidclberg, 23 mai 1927.
RAVENNE
mètres dans le sol (voir au mot Poitiers, le baptistère Saint-Jean). On n'a pu encore décider si le monument fut commencé par Théodoric ou par sa fille Amalasonte; quoi qu'il en soit, c'est une construction de forme décagonale, décorée au rez-de-chaussée de massives arcades et dont le premier étage, un peu en retrait, est couronné d'une coupole taillée dans un énorme monolithe de pierre d'Istrie qui ne mesure pas moins de 33 mètres de circonférence. A l'intérieur une salle voûtée, en forme de croix grecque, occupe le bas du monument; en haut, une pièce circulaire forme une sorte de chapelle. On s'est fort préoccupé, nous venons de le dire, de trouver dans la décoration de cet édifice des traces d'influences germaniques. En fait, dans ses traits généraux, l'ornementation comme l'ordonnance de la Rotonde sont d'une inspiration toute classique. Elle procède visiblement du mausolée que Dioclétien (voir ce nom) s'était fait bâtir dans son palais de Salone et qui est aujourd'hui la cathédrale de Spalato; et il semble bien que, comme dans ce dernier édifice, un portique circulaire, maintenant disparu, entourait au premier étage le sépulcre du roi ostrogoth. Ce tombeau colossal a toujours puissamment agi sur l'esprit des habitants de Ravenne. Si, d'assez bonne heure, la piété des moines installés à côté de la Rotonde, arracha de son mausolée le cadavre du grand roi hérétique, durant tout le Moyen Age, l'édifice demeura une sorte de Panthéon où l'on ensevelit, dans des sarcophages placés sous les arcades, les plus illustres enfants de la cité.
L'énorme calotte monolithe qui vint, vers l'an 520, couronner le mausolée de Théodoric, porte sur ses douze oreilles les noms suivants ! :
SCS PETRVS SCS PAVLVS SCS ANDREAS SCS IACOPVS SCS IOHANNES SCS FELIPPVS
SCS BARTHOLOM SCS MATTEVS SCS MARCVS SCS LVCAS SCS THOMAS SCS SIMEON
C'est le plus ancien exemple d'une liste des douze apôtres comprenant les évangélistes Marc et Luc qui n'ont pas appartenu au collège apostolique. On s'est demandé la raison de cette particularité; l'explication proposée n'est qu'un ingénieux divertissement.
IX. Les mosaïques. — Les mosaïques de Ravenne appartiennent à trois périodes d'art nettement distinctes : périodes romaine, gothique et byzantine. Leur ensemble compose un trésor d'art aujourd'hui unique au monde par sa magnificence et sa variété; il ne contient rien de médiocre, et on ne saurait exagérer son importance dans l'histoire de l'archéologie et de l'art chrétiens. Un développement artistique libre de ses moyens, original, exceptionnellement conservé, multipliant ses productions avec une profusion somptueuse, fait de Ravenne l'expression la plus achevée, en Occident, de l'art oriental. « Nulle part enfin, mieux qu'à Ravenne, on ne peut se rendre compte dans le détail des procédés qu'employa cet art si particulier et si savant de la mosaïque. La merveilleuse gamme des couleurs dont disposent ces artistes, l'habileté avec laquelle ils combinent les pâtes de verre colorées, la richesse croissante des matières dont ils font usage, mêlant les plaques de nacre aux cubes d'argent et d'or, la science avec laquelle ils savent, par des cubes de dimensions inégales, dégrader les tons ou faire chanter les harmonies, la technique différente enfin des temps
1 G. de Jerphanion, Quels sont les douze apôtres dans l'iconographie chrétienne? dans Recherches de science religieuse, t. xi, 1920, p. 362; Le même, Contribution à l'histoire du sacramentaire léonien. Son influence sur un monument de
et des maîtres divers, tout cela apparaît à Ravenne en une éclatante lumière. z»
Nous avons donné déjà (voir Dictionn., t. xn, col. 192-197) le pitoyable inventaire des mosaïques détruites ou disparues; ce qui subsiste suffit heureusement à retenir et à satisfaire l'attention et l'admiration.
Peu de temps avant sa mort, l'impératrice Placidie (Galla Placidia) se fit ériger un mausolée sous le patronage des saints Nazaire et Celse. C'est une petite chapelle que nous avons décrite (voir t. vi), en forme de croix grecque, longue de 15 mètres, large de 13, couverte par une voûte cintrée. Au premier coup d'oeil, on est enveloppé par le charme doux de la couleur qui agit seule en l'absence d'une inspiration bien évidente, et c'est là comme un trait d'ultime ressemblance avec l'apparent désordre des fresques catacombales. L'attention ne sait trop où se fixer dans cet ensemble trop uniformément agréable et, pour ainsi dire, neutre. Peu à peu la réflexion fait saisir la conception de l'œuvre totale. A la voûte, au centre, une croix d'or dans un semis d'étoiles avec les symboles des évangélistes aux angles; viennent ensuite les apôtres et le martyr saint Laurent en grande vénération à Ravenne, mais tout cela ne s'impose pas clairement.
Aussi le thème symbolique paraît-il subordonné à l'effet général décoratif. Ici la compensation est complète. Rien de plus habilement conçu que la disposition des figures d'apôtres et des compositions, comme le saint Laurent et le bon Pasteur, parmi des symboles floraux et décoratifs qui n'arrêtent pas l'attention : cerfs qui s'abreuvent à la source de vie, colombes qui boivent à la coupe eucharistique. Des vignes enroulent leurs volutes souples et élégantes. Un fond bleu sombre ajoute à l'éclat des figures, et des ornements son reflet velouté semblable à celui du ciel de quelque terre lointaine. Au-dessus de la porte, une mosaïque d'un art consommé montre l'art ravennate atteignant la perfection dès l'heure même de ses débuts. Dans un paysage dégagé de la niaiserie des peintures campaniennes ou alexandrines, le bon Pasteur se repose à la fraîcheur parmi son troupeau. « Jeune, imberbe, couronné d'un large nimbe, il est assis parmi les roches semées de fleurs et d'arbrisseaux. Ce n'est plus le pâtre populaire des catacombes, rapportant sur ses épaules la brebis égarée; c'est un jeune roi bienveillant et noble, vêtu d'un manteau de pourpre à plis nombreux et s'appuyant sur la croix qui remplace la houlette. Les brebis le regardent et cherchent ses caresses; et le sentiment chrétien donne un charme exquis à cette scène dont tous les détails, le paysage varié, le modelé des chairs et la souplesse des draperies, peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures œuvres de l'antiquité 3. »
Les mosaïques ravennates de la période gothique font de l'église dédiée à Saint-Apollinaire-Neuf un des édifices chrétiens les plus somptueux et les pfus admirables, surtout depuis les additions dues à la période byzantine de la décoration. L'œuvre soulève un immense intérêt. Une série de petits tableautins d'inspiration évangélique compose un cycle dont la valeur, pour être exactement appréciée, demanderait à être rapproché de celui qui décore la nef centrale de Sainte- Marie-Majeure (voir Dictionn., t. x, à ce nom).
« A Saint-Apollinaire-Neuf, disait Ch. Bayet 4, la décoration présente, comme à Saint-Vital, un caractère complexe. Au-dessus des deux grandes processions de saints et de saintes, se trouvent des figures isolées de saints ou de prophètes, plus haut encore des sujets
Ravenne, dans ibid., t. xxvi, 1936, p. 364-366. — ' Ch. Diehl, Ravenne, in-8°, Paris, 1903, p. 9. — 3 A. Pératé, Archéologie chrétienne, in-8°, Paris, 1892, p. 225-226. — « Ch. Bayet, op. cit., p. 99.
empruntés à la vie du Christ. Là, les traditions de la période antérieure reparaissent avec une singulière énergie : le Christ reprend cette figure jeune d'un type indécis, qu'on lui donnait autrefois, et plusieurs scènes choisies parmi les anciens sujets sont traitées de la même façon. 11 serait trop long d'examiner ici séparément chacune des parties de cette riche série de tableaux; mais, pour prendre quelques exemples, la guérison du paralytique, la résurrection de Lazare, le Christ et la Samaritaine semblent comme de fidèles copies des fresques ou des sarcophages anciens. Ces mosaïques ajouteraient ainsi tout un ensemble de témoignages nouveaux à ceux qui démontrent l'unité de l'art chrétien primitif en Orient et en Occident. Par ce scrupule qui est aussi fort significatif, l'artiste, tout en reproduisant plusieurs épisodes de la Passion, a évité le plus douloureux de tous, la Crucifixion; ce sentiment de pieuse réserve s'effacera bientôt. »
A cette époque les fonds d'or ont, à Ravenne, remplacé les fonds bleus et changé considérablement les conditions décoratives; néanmoins la science de la composition n'a pas faibli, les expressions et les attitudes demeurent aussi justes et aussi finement observées que par le passé; par contre le coloris a perdu de son éclat et la science de la perspective n'a fait aucun progrès. En somme, la mosaïque de l'époque gothique marque un pas décisif pour s'éloigner du symbolisme primitif et se rapprocher du naturalisme byzantin.
Les mosaïques moins complètes et assez détériorées de Saint-Apollmaire-in-Classe nous offrent un autre exemple notable de ces hésitations qui marquent les ccuvres d'une époque de transition entre deux systèmes symboliques. Dans l'abside, au-dessus d'une figure de saint Apollinaire, se dresse un large médaillon contenant sur un semis d'étoile une croix gemmée. Le paysage s'étend et se modifie peu à peu pour aboutir à la scène de la transfiguration, mais en esquivant la représentation du Sauveur.
A Ravenne. l'influence byzantine était si solidement établie que la domination des rois ostrogoths ne parvint pas à l'ébranler; toutefois ce ne fut qu'à partir de l'établissement de l'exarchat byzantin que cette influence régna exclusivement. On n'en peut rencontrer de plus complète expression que dans l'église Saint- Vital, commencée sous t'épiscopat d'Ecclésius (524- 544) et terminée sous celui de Maximien, en 547. Celuici évoque le souvenir du tableau resplendissant où il retient l'attention à l'égal de Justin ien entouré de ses ministres et de ses gardes et de Théodora environnée de sa cour. Ce sont d'inoubliables visions.
Non moins importante est la mosaïque du fond de l'abside qui nous montre le Christ siégeant sur le globe entre deux anges, un martyr et un évoque. Le Sauveur y est représenté presque adolescent, imberbe, la chevelure abondante, les traits expressifs et non sans beauté.
Les mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf a l'avenue ne sont pas moins précieuses que celles de Saint-Vital pour l'étude de la mosaïque à l'époque byzantine. Sur une des parois, nous voyons la vue de la ville et du port de Ravenne, le palais de Théodoric, des remparts, des vaisseaux. Au-dessous, des processions, de longues théories de saintes et de saints qui nous aident à mesurer la distance qui nous sépare des oeuvres analogues de l'art classique. Au rythme savant qui groupait toutes les différentes figures dans l'harmonie de l'ensemble s'est déjà substituée la symétrie implacable qui réduit toutes ces figures à la monotonie d'un type
1 Labbe, Concilia, t. vin, col. 533. — * Muratori, Reram italicarum scriptores, t. il, 2' part., p. 52, dit que saint Ursus sérail le premier archevêque dont Agnellus aurait emprunte
immuable. On devine l'inintelligence grandissante et on peut pressentir les maladresses et les ignorances qui vont suivre.
L'importance exceptionnelle des mosaïques de Ravenne au triple point de vue de l'histoire, de l'iconographie et de l'art, a été reconnue et proclamée dès les premiers temps du Moyen Age. La première marque d'admiration qu'elles aient provoquée remonte à Charlemagne qui prit tant de plaisir à les admirer qu'il sollicita du pape Hadrien Ier l'autorisation de les emporter '.
Un contemporain de Charlemagne, le chroniqueur Agnellus, dans son Liber pontificalis, écrit vers 841, a étudié attentivement les mosaïques de sa ville natale. Il a notamment examiné avec le plus grand soin les portraits d'archevêques peints ou incrustés dans les basiliques de Ravenne, et s'en est servi pour reconstituer la physionomie des prélats dont il écrivait la biographie. Les notes sur le caractère et l'extérieur de ses héros commencent avec saint l'robus (141-174). Il nous apprend que ce prélat était mitis et pius, clarus in specie, fulgidus in opère. Mais ces termes sont trop vagues pour qu'on ne soit pas tenté de contester l'existence d'un portrait authentique du personnage. Pour saint Probianus (351-361), les détails sont déjà plus précis : Pinguis divina gratia et speciosus forma, decrepitus œtate, gravis corpore, hilari vullu. A partir de ce moment 2, il devient de plus en plus évident que le chroniqueur a eu sous les yeux de véritables portraits. Il ne tardera d'ailleurs pas à le déclarer. Avec saint Liberius (374-378) on retombe, mais pour un instant seulement, dans le vague : Pulcher fuit in forma, clarior in sensu. Pour saint Ursus par contre, les descriptions sont déjà d'une netteté qui ne laisse rien à désirer : Tensam et pulchram habu.it faciem, modice calvus fuit. Il en est de même de son successeur saint Pierre dont on lit : Tenui corpore, procera slatara. macilentus effigie, prolixam habens barbam. Dans la biographie de saint Exuperantius, le chroniqueur nous fait la déclaration suivante : De illorum (episcoporum ) effigie si forte cogilalor fuerit inter vos, quomodo scire potui, sciatis quod me pictura docuit, quia semper fiebanl imagines suis temporibus ad illorum similitudinem. Il renouvelle cette déclaration à propos de l'archevêque Bonus. Nous nous contenterons de mentionner les portraits de saint Jean, mediocris corpore, tennis fade, maceratus jejuniis, de saint Pierre Chrysologue. pulcher aspectu, deleclabilis forma, de saint Victor (539-5 Iti), putchra fuit facie et alacri pultu, pour arriver à l'esquisse du premier archevêque, saint Maximien. Ici le portrait original existe encore et nous permet de contrôler l'exactitude de la description d'Agnellus qui le dépeint ainsi : Longseoa statura, tenui corpore, macilentus in facie, calvus capite, modicos habuit capillos, oculos glaucos, et omni gratia dccoralus. Sauf ce dernier trait, qui est empreint d'exagération, on ne saurait reprendre un seul mot à l'analyse donnée par Vguellus du merveilleux portrait conserve à Saint-Vital. On voit par ces citations de quel secours le l.iber pontificalis de Ravenne peut être pour servir à l'étude des monuments de cette ville.
Un écrivain postérieur, l'auteur du Traetatus œdi/icationis et consiructionis eccle&ise sancti Johannis EvangelisUv de Ilavenne, ne témoigne pas moins d'intérêt aux mosaïques ravennates. Il décrit en détail celles dont ('.alla Placidia avait fait orner l'église Saint-Jean l'Évangéliste 3.
La Renaissance, loin de dédaigner ces glorieux restes de l'art chrétien primitif, en proclama hautement
le portrait à ure mosaïque; le renseignement parait sujet à caution. * Muratori, Reniai italicarum scriptores, t. î, 2' pari., p. 570.
l'importance. Un des champions les plus éminents de la rénovation littéraire et archéologique du XVe siècle, Ambroise le Camaldule, célébrait, dès 1433, la beauté du mausolée de Placidie, celle de Saint-Apollinaire-in- Classe, celle de Saint- Vital l. Quelques années plus tard Desiderio Spreti (1414-1474) mettait au jour son De amplitudine, eversione et restauralione urbis Ruvennœ souvent réimprimé. La description des mosaïques occupe dans cet ouvrage une place considérable.
Le xvie siècle provoqua en faveur de l'étude des monuments "de Ravenne un redoublement d'efïorts. Il nous faut surtout citer l'ouvrage, aujourd'hui encore inappréciable, de Girolamo Rossi (Rubeus). Dans son Historiarum ravennatum libri decem '-, il étudie avec le plus grand détail les mosaïques de sa ville natale. Grâce à ses descriptions, auxquelles sont jointes quelques gravures, il a été possible de reconstituer celles (le ces compositions qui ont été détruites au cours du XVIIe et du xvnic siècle. Un contemporain de Rossi, Tomaso 'l'ornai, accorde également une place aux mosaïques dans son Historia di Ravenna, mais ses informations sont loin d'offrir la même importance 3.
Au xviie siècle, on n'a que trop souvent l'occasion de le constater, le sens de la critique monumentale s'émousse complètement. Pour l'archéologie chrétienne, cette période, si brillante dans d'autres branches de l'érudition, correspond à la plus entière décadence. Ciampini lui-même, le plus célèbre des antiquaires du siècle, l'auteur des Vêlera monimenta, a l'œil si peu exercé qu'il lui arrive constamment de confondre les ouvrages du Moyen Age avec ceux des premiers siècles de l'Église et inversement. C'est à lui et à un ecclésiastique de Ravenne, Fabri, que nous devons les seuls travaux de quelque importance dont nos mosaïques aient été l'objet, dans Le sacre memorie di Havenna antica, Venetiis, 1664; Ravenna ricercata, ovvero eompendio islorico délie cose piu nolevoli deW antica citlà di Ravenna, Bologne, 1678.
Si le rôle du xvmc siècle est absolument nul en ce qui concerne l'étude des monuments de Ravenne, en revanche le grand mouvement archéologique du xixe siècle leur a singulièrement profité. Nommons Seroux d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, depuis sa décadence au 1 1 e siècle jusqu'à son renouvellement au XVIe pour servir de suite à l'histoire de l'art chez les anciens, in-fol., Paris, 1823; Al. Perd, von Quast, Die allchristliche Rauwerke von Ravenna, von r. bis zum f.\. Jahrh., hislorisch geordnel und Abbildungen erlâutert, in-fol., Berlin, 1842; Parker, Mosaic piclures in Rome and Ravenna, in-8°, Oxford, 1866; Ralm, Ravenna. Eine kunstgeschichtliche Studie, in-8°, Leipzig, 1869; J.-P. Richler, Die Mosaiken von Ravenna, Reilrag zu einer krilischen Geschichle der attchrisllichen Malerei, in-8°, Wien, 1878; X. Barbier, Les mosaïques des églises de Ravenne, dans Revue de l'art chrétien, IVe série, t. vu, 1896. p. 69; p. 73-86 : baptistère de la cathédrale; p. 177-188 : mausolée de Galla Placidia; p. 188-190 : palais de Théodoric; p. 275-284 : chapelle de l'archevêché; p. 284-291 : baptistère des ariens; p. 363-385 : Saint-Apollinairein-Classe; p. 459-484 : Saint-Apollinaire-Neuf; t. vm, 1897, p. 22-46: Saint-Vital; p. 128-130 : Saint-Agathe; p. 130 : chapelle de Saint-Marc; p. 130-134 : Saint- Michel in Affricisco. Ce cju'il y a de plus utile clans ce travail c'est le renvoi aux planches d'ouvrages anciens relatives à chaque édifice; A. Marignan, Louis Courajod, in-8°, Paris, 1899, p. 36-54; De Rossi, Mosaïques chrétiennes de Rome, in-fol.. 1872- 1894, ne s'en est occupé que d'une manière incidente; Garrucci, Storia dell' arle cristiana, t. iv, dessins au trait du P. Arth. Martin; Ricci, Catalogo générale délie fotografie di tutti i monimenti antichi di Ravenna, Ravenna, 1869; cf. Congr, archéol. de France, xxxvm'
session, 1871, p. 275-281; Ch. Diehl, Ravenne, Études d'arch. bi/z., in-4°, Paris, 1886; Ravenne, in-8°, Paris. 1903; G. de Jerphanion, Une ancienne reine de l'Adriatique, Ravenne, dans La voix des monuments, in-8°, Paris, 1930, p. 78-95; M. Mesnard, L'influence de l'iconoqraphie romaine sur les mosaï pies de Ravenne, dans hivista di archeologia cristiana, t. v, 1928, p. 307-335.
11 en est des mosaïques de Ravenne comme de beaucoup d'autres vestiges archéologiques, on leur a prodigué les études savantes mais l'art s'est trouvé très en arrière de l'érudition. Ce n'est donc (pie par acquit de conscience que nous énumérons ici d'anciens ouvrages où l'illustration est détestable et parfois erronée; depuis quelques années la situation s'est améliorée. La plupart des anciens érudits italiens n'avaient pas même paru s'apercevoir que les mosaïques comprenaient des portions originales et des restaurations, parfois grossières, maladroites, qui dénaturaient la composition primitive, lui 1898, C. Ricci prit la surintendance des monuments de Ravenne et débuta par le rétablissement des mosaïques de Saint-Apollinaire- Neuf, travail qui fut, par la suite, étendu aux autres mosaïques de Ravenne. Aidé de deux mosaïstes, il entreprit une publication en couleurs montrant au premier coup d'œil les portions originales et les parties restaurées. Les planches en grand formai sont accompagnées d'un texte de moindres dimensions qui présente l'histoire de chaque mosaïque, la critique des documents, la discussion des opinions soutenues relativement à la chronologie. L'ouvrage est intitulé T.avole sloriche dei mosaici di Ravenna (dessins île Alex. Arrazoni et de Joseph Zampiga). I. Sepolcro di Galla Placidia, 11 p., 15 pi.; IL Ratlistero délia cattedrale, 36 p., 22 pi.; III. Baltistero degli ariani, 28 p., 5 pi., Roma, 1930-1932. Le principal intérêt consiste à montrer combien les mosaïques sont bien conservées dans l'ensemble au mausolée de Galla Placidia. Le baptistère des orthodoxes a subi d'importantes restaurations de Kibel en 1854-1861 et en 1861-1862. Dans la coupole, toute la partie supérieure de la scène du baptême du Christ a été refaite par Kibel et le geste de Baptiste reste discuté. Le baptistère des ariens est d'une meilleure conservation. Enfin, il faut mentionner aussi la publication de J. Wilpert, Die rômischen Mosaiken und Malereien der kirchlichen Ikiuten vom i V-XIII. Jahrhundert.
X. Mausolée de Galla Placidia. — Voir Dictionn., t. vi, col. 248-275. l'ne construction de la première moitié du ve siècle, en forme de croix latine, située entre Saint-Vital et Sainte-Croix, contenant trois sarcophages placés dans les branches de la croix et qui sont réputés avoir contenu les restes de Galla Placidia, de son second mari Constance III et de son frère Honorius ou bien de son fils Valentinieh III. Tout cela est invérifiable. En ce qui regarde l'impératrice, elle mourut à Rome, le 27 novembre 450, et on n'a aucun indice que son corps ait été transporté a Ravenne, dont son souvenir est inséparable. Elle y avait déployé une grande activité, élevé peut-être une première basilique à saint Vital, enrichi des monastères et fait construire dans celui de Saint-Nazaire le mausolée qu'elle se destinait, au dire d'Agnellus qui n'affirme pas. Ce n'est que beaucoup plus tard, à la fin du xme et au xive siècle que le récit s'autorise de monuments : trois sarcophages d'abord dignes de recevoir des dépouilles impériales, deux autres plus simples où peuvent prendre place les corps des père et mère nourriciers des enfants de Placidia.
Celle-ci reposait dans le plus grand de tous, encore
1 Epistolee, édit. Mehus, 1. VIII, op. lu, p. 421. — a Venetiis, 1572, 158'.), 1590, 1603, réimprimé dans le Thésaurus deGreevius, t. vu. — 3 In-8°, Ravenne, 1580, p. 23, 29, etc.
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visible par une fente, disait-on, et assise sur un trône en bois de cyprès. Au mois de mai les pèlerins affluaient et gagnaient à cette visite huit années d'indulgence. Les plus fervents élevaient leurs prétentions jusqu'aux miracles et on les entretenait dans cet espoir en leur racontant comment en l'année 1346, au mois de mai précisément, une jeune fille y recouvra la santé et sa mère offrit à l'abbé de Saint-Vital le poids de cire de la miraculée, vêtements et bijoux compris, soit 97 livres.
Aux pèlerins, on contait encore l'histoire de l'impératrice momifiée et assise, malheureusement la fente avait été bouchée et voici qu'en 1577, toujours au mois de mai, des enfants enlevèrent le plâtre, introduisirent une lumière et les voiles, la chaise de cyprès, le squelette brûlèrent. L'abbé de Saint-Vital fit desceller le couvercle, mais quand ce fut achevé l'incendie avait fait son œuvre et Girolamo Rossi ne vit que des ossements et un crâne qu'il admira fort, on ne sait pourquoi. Tout n'a pas péri, heureusement; le mausolée nous reste.
Nous avons dit la place qui lui appartient parmi les protecteurs de l'art et du goût (voir Dictionn., t. vi), et c'est principalement à Ravenne que, par ses dons, son souvenir s'est conservé. Rien ne subsiste du somptueux palais qu'elle s'était fait construire, « les Lauriers », et de ses autres libéralités, que le mausolée en question.
Nous l'avons déjà décrit (t. vi, col. 266-274) et nous rappellerons seulement qu'il semble destiné à la glorification de la croix qui se montre au sommet de la coupole, entre les mains du bon Pasteur, sur l'épaule de saint Laurent, et parmi les bordures comme sous les voûtes des bras du transept.
La coupole (voir Dictionn., t. i, col. 3019, fig. 1050) est semée de huit cents étoiles d'or à huit rais chacune, disposées en cercles concentriques, plus petites au sommet que dans les retombées de la voûte, afin d'aider à la perspective. Au centre, une croix latine en or, dont le pied est tourné vers l'Orient. Aux angles, sur les retombées, les symboles des évangélistes posés sur de légères'nuées. Chaque figure est vue de trois quarts, sans nimbe et avec les ailes de profil (voir Dictionn., t. vi, col. 265, fig. 4854). La coupole pose sur un tambour dont les quatre côtés présentent chacun deux apôtres séparés par une fenêtre (voir Dictionn., t. vi, col. 265, fig. 4854, 4855, 4857). Sur la face orientale, les apôtres Pierre et Paul, conformes au type iconique connu, en outre saint Pierre tenant une clef (voir Dictionn., t. vi, fig. 4857), ils lèvent les regards vers la croix de la coupole. Les autres apôtres sont représentés de trois quarts ou de face. Tous sont chaussés de sandales, vêtus de la tunique blanche rehaussée de clavi et du manteau orné des lettres H ou |. Tous étendent la main droite à leur droite sauf saint Paul dont le bras droit passe devant le corps.
Au-dessus de chaque groupe de deux apôtres se développe une sorte de coquille, du sommet de laquelle pendent en festons trois rangs de perles. Le bord supérieur de la conque est à redans et semble formé d'ailes repliées les unes sur les autres, le motif décoratif central formant une tête d'oiseau.
Au-dessous de chaque fenêtre une coupe à laquelle deux colombes se désaltèrent ou vont se désaltérer, à moins que l'eau n'en retombe en cascade. Le sol vert s'adoucit peu à peu jusqu'à se fondre dans le bleu indigo qui forme la tonalité générale de la décoration.
1 Tout simplement des roulettes qui permettaient de le déplacer. — * E. Bottini Massa, I musaici di Gallo Placidta ii Rauenna, Forli, 1811. — s Ch. Diehl, Ravenne, Paris, 19D3, p. 32. — * F. Filippini, Il valore simbolico dei musaici del
Les bras du transept sont décorés symétriquement par des enroulements d'acanthes, entre lesquels deux cerfs se penchent vers un petit bassin entouré d'herbes. C'est l'interprétation facile à saisir du psaume xlii (voit Dictionn., t. vi, col. 269, fig. 4856). Les voûtes de ces bras ont pour motif central le monogramme du Christ, flanqué des lettres A et G) et quatre petits personnages, deux de chaque côté, perdus dans des volutes de pampres et qui pourraient être les quatre apôtres qui n'avaient pas trouvé place sur les faces du tambour (voir t. vi, col. 269, fig. 4856).
Le bras septentrional de la chapelle, face à l'entrée est orné d'une composition qui a fait l'objet de longues discussions (voir Dictionn., t. n, col. 895, fig. 1557). Nous nous sommes prononcé, il y a plus de trente ans, pour l'opinion qui paraît avoir prévalu aujourd'hui. Voici d'abord la description. Dans un arc, sous la fenêtre qui en occupe le centre se dresse un gril aux pieds garnis de rondelles verticales * entre lesquels se tordent des flammes. A gauche, une armoire ouverte, au fronton triangulaire, laissant voir à l'intérieur quatre livres posés à plat sur des rayons (c'est l'ancienne méthode) et sur lesquels on lit :
M A R C V S LVCAS MATTEVS IOANN
ES
A gauche, un adulte vêtu d'un manteau dont les plis semblent agités par un vent violent, il est nimbé, marche à grands pas, porte sur l'épaule droite la haste d'une longue croix et tient de la main gauche un livre ouvert.
Les interprétations n'ont pas fait défaut. On a proposé d'y voir un ange traversant le ciel au pas accéléré pour venir menacer des flammes éternelles les impies qui n'adopteront pas l'Évangile dont les exemplaires sont soigneusement rangés dans une armoire. C'est inepte 2. On a avancé que « dans cette figure nimbée et ardente, on s'accorde généralement à cause du gril, instrument de son martyre, à reconnaître saint Laurent; mais, si ingénieuse que soit cette hypothèse, on ne saurait l'accepter sans quelques réserves, et peutêtre faut-il jusqu'à nouvel ordre se résigner à ignorer le nom de ce saint qui semble surtout préoccupé de brûler le livre, sans doute hérétique, qu'il tient en sa main s ». C'est timide. On a imaginé y voir le Christ venant juger le monde par la croix et lui montrant les flammes de l'enfer. C'est fantaisiste4. Enfin on a soutenu que c'est saint Laurent et nous en dirons la raison.
Pour y voir le Christ ou un ange venant brûler les livres pervers des manichéens, on a dit qu'à l'époque où le mausolée fut construit et décoré, avant 450, sous le pontificat de saint Léon le Grand, ce pape fit la chasse aux sectateurs de Mani et, en 443, plurimos manichœos de secrelis suis erulos et oculis totius Ecelesiœ publicalos, omnes dogmatis sui turpiludinem et damnare jecit et prodere, incensis eorum codicibus, quorum magnœ moles fuerant intercepta; 5. C'est là une affaire de gens d'Église. Il est vrai qu'une loi promulguée deux ans plus tard, en 445, inflige aux manichéens la peine édictée contre les sacrilèges6, et qui était la peine de mort, mais ceci n'a plus de rapport avec la mosaïque où il n'est question que de livres. Il est vrai que dans l'armoire ouverte nous voyons les quatre évangiles ;-l les manichéens ne se privaient pas de les interpoler, dit-on. Mais ceci dépasse le texte de la lettre écrite par saint Léon à l'évêque Turibius, dans laquelle on
mausolco di Galla Placiilin, d;in< BollettinO d'arle délia etlu-
cazione nationale, 1931, p. 387-375. Cf. s. Muratori, dans Félix Haoenna, 1931, p. 65-68. — * Prosper d'Aquitaine, Chronicon. — • P. L., t. liv, col. 622.
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lit : Apocryphœ aulem lilterœ, quœ sub nominibus aposlolorum multorum habent seminarium falsitatum... Quamvis sint in illis quœdam quœ videnlur speciem habere pietalis, nunquam (amen vacuœ sunt venenis1. Aucune désignation des évangiles canoniques, mais bien d'écrits apocryphes mis sous des noms d'apôtres, et ce sont ces apocryphœ scripturœ qui sont non solum inlerdicendœ, sed etiam penitus aujerendœ otque ignibus concremandœ *. Mais dans un sermo IV in Epiphaniam, nous lisons, en effet, que les Écritures ont été interpolées par ces mécréants : Apostolicas paginas, quœdam auferendo, quœdam inserendo, violaverant manichœi 3. D'où on semble pouvoir conclure que « replacée dans l'ambiance de ces événements, la scène s'interprétera à merveille. D'un côté, les écrits coupables et pervertisseurs qu'un saint personnage va détruire radicalement par le feu, et, en opposition, les Écritures authentiques, à l'enseignement desquelles, purgées des altérations déformantes, il faut revenir *. »
Reste à identifier le personnage. D'après le type iconographique, ce n'est ni saint Pierre ni saint Paul; si on veut y voir saint Léon on se jette en plein arbitraire; on a une première raison de s'en tenir à saint Laurent dont le supplice est évoqué par le gril caractéristique, par la croix portée sur l'épaule droite, par la présence des Évangiles mis à sa portée et à la lecture desquels, en sa qualité de diacre, il était préposé comme à sa fonction essentielle, car les diacres au ve siècle n'étaient plus uniquement préposés à l'administration des biens de l'Église et au service des pauvres. Le témoignage de Sozomène, contemporain de Galla Placidia, nous apprend qu'en Orient un prêtre ou un diacre faisait la lecture liturgique de l'Évangile 6. En était-il de même en Occident? A ce sujet on a proposé une ingénieuse explication. Saint Jérôme écrit à Sabinien : Evangelium Christi quasi diaconus lectilabas". Ceci se passait, il est vrai, à Bethléem, en Orient, mais dans une cérémonie où les saints offices furent célébrés en langues diverses et probablement suivant différents rites.
« Comme Sabinianus, qui porte un nom latin, avait été ordonné en Italie et probablement même à Rome ou dans une grande ville telle que Milan, d'après un autre passage de cette même lettre cxlvii, on doit admettre que cette indication de Jérôme vaut pour l'Italie du ive siècle. En Afrique, il est vrai, on voit que l'usage plus ancien de la lecture faite par les lecteurs se conservait encore au temps de saint Augustin ', de même en Espagne vers l'an 400 8. Mais, pour la Gaule, un canon du concile de Vaison, en 529 9, laisse entendre que la lecture évangélique était la fonction traditionnelle des diacres, ce qui semble autoriser à lui attribuer au moins un siècle d'existence. La liturgie gallicane et la liturgie romaine coïncident donc sur ce point et nous ne saurions être surpris qu'elles aient inspiré l'auteur d'une mosaïque de Ravenne exécutée vers le milieu du ve siècle.
« Si on ajoute encore à ceci ce détail, qui a son prix, qu'il résulte d'un sermon de saint Augustin 10 que le culte de saint Laurent était en grand honneur a Ravenne, où lui avait été élevée une basilique, peut-être jugera-t-on qu'il n'y a plus lieu de douter de l'interprétation de la mosaïque du mausolée de Placidie qui est, dès le premier abord, la plus naturelle et en faveur de laquelle, malgré la séduction d'arguments contraires capable d'impressionner un instant, convergent, en définitive, les données les plus décisives n. »
1 P. L., t. liv, col. 688. — • P. L., t. liv, col. 687. — * P. L., t. liv, col. 248. — * ,1. Zeiller, Sur une mosaïque du mausolée de Galla Placidia, à Ravenne, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1934, p. 48. — « Hisl. eccl., 1. VII, c. ix. — ! « P. L., t. xxn, col. 1200. —
Nous en venons à la mosaïque placée au-dessus de la porte d'entrée (voir Diclionn., t. vi, col. 273, fig. 4858; t. xiii, col. 2337, fig. 9898) et qui représente le bon Pasteur dans un paysage de rochers et d'arbustes où sont disséminées dix brebis, les unes couchées, les autres debout. Jésus assis sur un rocher, jeune, imberbe, nimbé, les pieds croisés, le bras gauche appuyé sur une croix, et flattant de la main droite le museau d'une brebis. Le vêtement du pasteur consiste en une tunique pourpre aux larges clavi, un manteau jeté sur l'épaule, enveloppant le corps, passant sur les jambes et tombant jusqu'à terre. Au premier plan, une série de crevasses semble indiquer que la scène est située au sommet d'une montagne. Toutes les brebis, sauf celle que caresse le bon Pasteur, ont le corps tourné vers l'extérieur et détournent la tête afin de le regarder. Il n'est pas nécessaire d'insister sur la beauté de cette composition, sa noblesse et la place qu'elle tient dans l'art chrétien.
La brebis couchée à gauche a été refaite entièrement à l'exception de la tête 12; les pattes et la queue de la brebis voisine, les pieds et le bas de la tunique du Pasteur sont également refaits ainsi que la moitié des crevasses.
L'énumération des notices et ouvrages consacrés à ce monument rendrait peu de services, un très grand nombre de ces écrits sont dépourvus d'intérêt. Nous avons donné déjà une liste détaillée des meilleures reproductions, en plus de celles qui sont disséminées dans le Dictionnaire (voir Dictionn., t. xn, col. 197-198, ad 1°). Ici nous mentionnerons, comme pour les monuments ravennates qui vont suivre, quelques publications modernes ou récentes qui contiennent de bonnes reproductions.
Bibl. — Ch. Diehl, Les villes d'art célèbres. Ravenne, in-8°, Paris, 1903, p. 25-33; J. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna, in-8°, Mûnchen, 1912, p. 44-64, pi. ix-xiv; W. Neuss, Die Kunst der alten Christen, in-4°, Augsburg, 1926, pi. xxxix, fig. 84-85; E. Josi, Intorno al sepolcro di Galla Placidia, dans Studi romani, t. i, 1913, p. 338-340; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, in-4°, Paris, 1932, t. i, pi. cxv; C. Ricci, Il mausoleo di Galla Placidia in Ravenna, in-4°, Roma, 1914, et dans Bollellino d'arte del ministero délia p. islruzione, 1913, p. 389-418, 429-444; 1914, p. 1-22, 141-174; le même, Ravenna, in-8°, Bergamo, 1902, p. 10-11; M. van Berchem et E. Clouzot, Mosaïques chrétiennes du iv° au .Ve siècle, in-4°, Genève, 1924, p. 91-96, fig. 103-109; J. Wilpert, Die rômische Mosaiken, t. ni, pi. xlviii-lii; O. Wulff, Allchrislliche und byzantinische Kunst, in-4°, Berlin, 1922, pi. xx, n. 2, fig. 310, 320; C. Ricci, Tavole sloriche dei mosaici di Ravenna. I. Galla Placidia, 11 p., 15 pi., 1930-1932.
XL Baptistère des orthodoxes. — Voir Dictionn., t. xn, col. 198-205; cf. t. n, col. 436 et fig. 1347, légende à corriger. Ce baptistère est tout voisin de la cathédrale, il est. désigné sous le vocable de Saint- Jean-des-Fonts ou des orthodoxes et parfois baptisterium Ursianum; il passe pour être une ancienne salle de thermes qui reçut de l'archevêque Néon sa destination nouvelle. Nous en avons donné ailleurs le plan (Dictionn., t. n, col. 427) d'après Isabelle, et la vue, fig. 1347; enfin t. xn, col. 184, une vue intérieure en pi. hors texte. On trouvera la mosaïque de la coupole au t. v, pi. hors texte, col. 672 et la mosaïque centrale représentant le baptême de Jésus, au t. n, col. 361, fig. 1295; enfin t. n, col. 1509, fig. 1809, une encoi-
' Serm., lxvi, 1, P. L., t. xxxvni, col. 433. — ! Conc. Tolet. I, can. 2, 4. — • Can. 2. — 10 Serm., cccxxn, P. L., t. xxxvin, col. 1144. — II J. Zeiller, op. cit., p. 52-53. — 12 Jadis couchée (voir Ciampini), refaite et mise debout, elle a été rétablie en 1902 dans sa posture primitive.
KAVKNNK
gnure. La description rlonnce au t. xn, col. 198-205 et la fig. 8500 peuvent suffire.
Bibl. — Ch. Dielil, Ravenne, p. 35-40; J. Kurtli, Die Wandmosaiken von Rcwenna, p. 65-81, pi. xv; \V. Neuss, Die Kunsl der alten Christen, pi. xli, fig. 87; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cxxxiv, cxxxvi, cxxxvn; A. Venturi, Storia, t. i, p. 120, fig. 114, 115; Van Berchem et Clouzot, Mosaïques, p. 97-102, lig. 110-113; Wilpert, Die rôm. Mosaiken, t. m, pi. lxxviii-lxxxii ; cf. Repue de l'art chrétien, 1883, p. 573-578: Revue critique, 1878, p. 314: C. Sangiorgi, // battislero délia basilica Ursiana di Ravenna, in-8°, Ravenna, 1900; J. Ficker, Der Bildscbmuck der Baptisterium Ursianum in Ravenna, dans Byzantinische-Xeugriechische Jahrbùchen, t. n, 1921, p. 319-328; C. Ricci, Tavole storiche dei musaici di Ravenna, fasc. 2, Battistero délia caltedrale, 1930-1932, 36 p., 22 pi.
XII. La basilique Ursienne. — La basilique monumentale à cinq nefs élevée par l'évêque Ursus pendant la première moitié du ve siècle, et qui était la première grande église chrétienne construite à Ravenne, fut complètement détruite lorsque Jean-François Buonamici édifia ce qu'on appelle aujourd'hui le dôme. C. Ricci s'est servi de la notice d'Agnellus dans le Liber pontificalis, des descriptions partielles, des pleins et dessins antérieurs à la démolition, de quelques vestiges épargnés de la décoration architectonique intérieure, particulièrement de chapiteaux de colonnes, pour reconstituer l'aspect et la disposition primitifs de l'édifice. On ne saurait contester à l'rsus le mérite d'en avoir été le fondateur pendant la durée de son long épiscopat. Les noms d'Fusèbe et Paul, de Statius et Etienne, mis par Agnellus en connexion avec la fondation de la basilique, indiquent très probablement des artistes employés à l'œuvre décorative. A quelqu'un d'entre eux appartiennent peut-être les quatre chapiteaux conservés de nos jours au musée de l'archevêché. A l'intérieur, on comptait quatre files de quatorze colonnes chacune, en tout cinquante-six.
On conserve du passé des colonnes, un campanile rond et une crypte; en outre deux sarcophages chrétiens et la chaire épiscopale de l'archevêque .Maximien dans la sacristie (voir Dictionn., t. x, col. 2783-2798, fig. 7829-7841).
Bibl. — C. Ricci, L'antico duomo di Ravenna. dans Félix Ravenna, nouv. sér., 2, 1931, p. 7-32.
XIII. Église Sainte-Croix. — La construction de cette petite église est attribuée à Galla I'Iacidia; elle subit une restauration complète en 1716, où la décoration en mosaïque fut entièrement sacrifiée. On ne sait à peu près rien sur elle. D'après le Times du 2 septembre 1927 des fouilles conduites par M. di Pietro derrière cette église auraient rendu au jour les restes du palais d'Honorius et de Galla Placidia, palais qui semble avoir été d'une grande magnificence, et du baptistère de la famille impériale.
Bibl. J. Kurth. Die Wandmosaiken von Ravenna, 1912, p. 85; F. di Pietro, Ravenna sepolla. Per la zona archeologica a Ravenna e a Classe, in-8°, Ravenne, 1927.
XIV. Chapelle du palais archiépiscopal. - Voir Dictionn., t. vin, col. 2419, fig. 6209: t. xn, col. 205-206. fig. 8501-8507. Cette chapelle est située au premier étage du palais archiépiscopal ; elle a été depuis peu de temps identifiée avec le monasterium sancli Andrée fondé par Pierre II (494-519)'. Nous avons donné la voûte d'arête (t. xn, col. 201, fig. 8501) qui nous dispense d'entrer dans plus de détails. La mosaïque porte la trace de nombreuses restaurations.
Nous avons donné (voir Dictionn., t. vu, col. 24 t 9. lig. 6208) le Christ debout, vu de face, imberbe, por-
1 In superiora ilomi episcopil S. Ravenn. ecclesie juxta capella S. Andrée, 1 l janv. 1031, dans Fantuzzi, op. cit.,
tant la croix en bataille et tenant un livre ouvert. Toute la partie inférieure du corps est refaite: on lui a donné une longue jupe plissée qui est une lâcheuse innovation. J. Wilpert suppose que le Sauveur devait être représenté — par analogie avec ce qui se voit au baptistère des orthodoxes — écrasant le lion et le serpent (Ps., xci, 13). D'après cela on a exécuté une restauration en peinture. D'après C. Ricci, on aurait retrouvé, à l'angle inférieur gauche, l'arrière-train d'un lion en mosaïque. On peut se reporter à la reproduction donnée par H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. cxxvm-cxxix. On a retrouvé des restes d'une mosaïque originale avec quelques lettres qui prouvent que les restaurateurs du XVIIe siècle avaient débaptisé deux saints sur trois : Polycarpe en Sébastien et Côme en Fabien. En 1914 on leur a rendu leur identité. De la mosaïque originale, il ne reste rien dans les têtes, très peu de chose dans le fond et dans la bordure à droite (ibid., t. n, pi. cxxxi a).
XV. Saint-Apollinaire-Neuk. — Voir Dictionn.. t. i, col. 2827, fig. 947; col. 2831, fig. 950; col. 2833. fig. 951; t. i, col. 2829, fig. 948; col. 2931. fig. 9 19: t. n, col. 1809, fig. 1988; col. 3045, lig. 2339: t. ni. col. 377, fig. 2484; t. vu, col. 2417, fig. 6206: t. vin, col. 269, fig. 6398; t. xi, col. 235, fig. 7900; t. xn, col. 1249, lig. 8847; t. xm, col. 1625, fig. 9724 ».
Cette basilique fut construite par le roi arien Théodoric (t 526) qui la dédia à Jésus-Christ Sauveur. Quelques années plus tard, l'archevêque Agnellus (556-569) la rendit au culte catholique et fut nommée Saint-Martin au Ciel-d'or; ce ne fut que trois ou quatre siècles plus tard environ qu'elle prit le vocable de Saint-Apollinaire, probablement à l'occasion du transfert des reliques rapportées de la basilique de Classe. Cette basilique peut être considérée parmi les témoins exceptionnellement conservés de l'ancien art chrétien. L'abside a perdu sa décoration, la nef au contraire l'a conservée du sommet des arcades jusqu'au faite.
Les mosaïques forment trois zones distinctes. La zone inférieure se compose de vingt-six scènes évangéliques, treize de chaque côté. Chaque composition est séparée de ses voisines par une conque surmontée d'une croix entre deux colombes. La zone intermédiaire, celle des fenêtres, compte seize figures en pied : prophètes ou écrivains inspirés. La zone inférieure voit se dérouler une double procession : à gauche, le port de Classis (voir Dictionn.. t. i. col. 2831. lig. 950) d'où vingt-deux vierges, à la suite des reis mages, se dirigent vers le trône de la vierge Marie; à droite, le palais de Théodoric (voir Dictionn.. t. i. col. 2833, fig. 951) d'où vingt -six martyrs s'avancent vers le Christ (voir DicKonn.,t. i. col. 2931, fig. 950: col. 2833. lig. 951).
Nous avons donné rémunération des scènes évangéliques (voir t. XII, col. 207-208) dont une dizaine environ ont été figurées dans le Dictionnaire. Celle partie de la décoration a dû être exécutée sous le règne de Théodoric lorsque la basilique était dédiée a .lesus- Christ Sauveur. Ces tableaux ont été parfois retouchés, c'est le cas pour les noces de Cana (voir Dictionn.. t. u, col. 1809, fig. 1988) où on en a pris fort à l'aise avec le modèle ancien. Les trois mages qui présentent leurs offrandes à la Vierge et à Jésus ont été refaits en grande partie (voir Dictionn.. t. x, au mot Maobs).
Les deux processions offrent un grand intérêt. Nous y voyons d'abord le port de Classis (voir Dictionn.. t. i. col. 2831. lig. 950) ligure par deux tours entre lesquelles, dans une échappée, on aperçoit la nier et trois barques pourvues de leurs mâts. Celle partie a été refaite vers le milieu du xix' siècle et les détails sont
; Voir
ci. Félix Rauenna, Janv.-nmrs 191 i. p. ">7o. Dictionn., t. IV, col. 2303, li^. 3982,
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un peu suspects, notamment les rames. La ville appelée Cl VI Cl ASSIS a été refaite, elle aussi, dans sa partie supérieure depuis la petite tour médiane jusqu'à la porte ainsi que le sommet des édifices situé à l'intérieur de la ville. Les créneaux sont plus grands et plus rectilignes, les joints de la muraille plus réguliers, enfin le restaurateur a employé des smaltes rouges et des cailloux jaunes qui marquent d'une façon trop crue la démarcation de la partie nouvelle avec l'ancienne.
La procession des vierges nous les montre toutes semblables (voir Dictionn., t. i, col. 916, flg. 219). Nous avons déjà dit que le palais de Théodoric sert de point de départ à une procession de vingt-cinq martyrs conduits par saint Martin (voir Dictionn., t. xn, col. 211-212). « On a rapproché de la série de ces martyrs les noms du canon ambrosien et de l'antique canon romain. On indiquera ici respectivement par les lettres A et R les noms communs à la mosaïque de Ravenne et aux canons ambrosien et romain.
« En tête de la troupe des martyrs, sur la paroi de droite, nous voyons saint Martin, qui peut être considéré comme hors série. Il y figure en qualité de patron de l'église.
Paroi de droite : Paroi de gauche.
Clemens A R Eufimia A
Syslus A R Pelagia A
Laurenlius A R Agalha A R
Hypolitus A Agnes A R
Cornélius • A R Eulalia
Cyprianus A R Cecilia A R
Cassianus Lucia A R
Iohannes A R Crispina
Paulus A R Valeria
Vilalis A Vincentia
Gervasius A Perpétua A R
Protasius A Félicitas A R
Vrsicinus lustina A
Nabor A Anaslasia A R
Félix A Daria
Apollenaris A Emerenliana Sebastianus Paulina
Demiter Victoria
Policarpus Anatolia
Vincenlius A Crislina Pancratius Savina A
Crisogonus A R Eugenia Protus Iacinthus Sabinus
« Les diptyques ambrosiens contiennent, outre les martyrs de la mosaïque, les saints Côme et Damien, qui sont aussi dans le canon romain, et les saints mila nais Nazaire, Celse et Victor, En outre, dix noms d'évêques.
« Les noms suivants du canon romain manquent à Ravenne : Linus, Cletus, Cosmas et Damianus. Ravenne a en propre Ursicinus, Demetrius, Polycarpus, Sabinus, et cinq noms de martyrs romains : Hippolytus, Sebastianus, Protus, Hyacinthus, Pancratius qui manquent au canon de Rome.
« Tous les noms ambrosiens, sauf Thecla, et tous les noms romains se retrouvent dans la série des saintes femmes de Ravenne, beaucoup plus longue que les deux autres.
« On ne sait si de la comparaison des trois listes il est loisible de tirer des conclusions un peu fermes sur la composition du canon de Ravenne, même en ce qui concerne la partie propre. Ursicinus était honoré dans cette église, on le sait; Démétrius est le titulaire de la plus ancienne chapelle de Ravenne. Mais leurs noms figuraient-ils au canon? Et peut-on affirmer que les
DICT. ARCH. CHRÉT
saints romains Hippolyte, Sébastien, Pancrace, Protus, Hyacinthus y étaient nommés? Et toute la série des femmes martyres étrangères à Milan et à Rome? Il est assez probable que le canon de Ravenne comprenait également les saints Nazaire, Celse et 'Victor, et surtout les saints évêques dont le culte était bien établi, à tout le moins Sévère. Si, comme on l'a pensé, les artistes sous l'impulsion de l'évêque Agnellus, avaient voulu représenter les saints du canon de Ravenne1, ils ne s'en seraient pas tenus exclusivement à des martyrs. Contentons-nous de dire qu'on a voulu représenter les martyrs les plus connus dans le pays. Il est assez naturel que Milan et Rome aient fourni un notable contingent. On notera une lacune intéressante : le martyr Agricola, que nous avons l'habitude de ne pas séparer de saint Vital, ne paraît ici, pas plus que partout ailleurs 2. »
A Saint-Apollinaire-Neuf, à l'entrée de la basilique, on voyait les portraits de l'empereur Justinien et de l'archevêque Agnellus; en 1664, celui de Justinien subsistait seul; il ne reste aujourd'hui que le buste de Justinien (voir Dictionn., t. vm, col. 514, fig. 6421 ; t. xn, col. 195, fig. 8499; col. 1301, fig. 8866), on y lit le nom de l'empereur représenté le chef couronné d'un diadème perlé, se détachant sur un nimbe incrusté de perles de nacre, deux pendeloques de chaque côté de la tête, à hauteur des oreilles et trois autres pendeloques à la fibule qui attache la chlamyde. Ce portrait a été refait au xixe siècle.
Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 46-58; J. Kurth, Die Mosaiken von Ravenna, 1912, p. 134-192, pl.xxvxxvi; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. xxxvm, xxix, lxxviii; O. WulfT, Altchristliche und byzantinische Kunst, t. Il, fig. 371, 372, 373, pi. xxiii, xxiv, n. 1,2; C. Ricci, Ravenna, 1902, p. 20- 31 ; W. Neuss, Die Kunst der alten Christen, Augsburg, 1926, pi. xliii, fig. 89; pi. xliv, fig. 91; pi. xlv, fig. 92, 93; pi. xlvi, fig. 94, 95; pi. xlvii, fig. 96-97; C. Ricci, Le idrie di Cana, dans Félix Ravenna, nouv. sér., 2, 1931, p. 109-120; G. Gerola, La cripla di Sant- Apollinare nuovo a Ravenna, dans A uovo bull di arch. crist , t. xxiv-xxv, 1920, p. 5-25, pi. i (elle est du ixe siècle); le même, L'orientazione délie chiese di Ravenna antica, dans Rivisla del R. Isiit. d'archeol. e storia dalmala, 1939, p. 242-266.
XVI. Saint-Vital. — Cette église est bâtie sur un plan octogone que nous avons donné déjà (voir Dictionn., t. vu , col. 1867-1868, fig. 6014). Pour la décoration mosaïque nous renvoyons aux figures déjà données (voir Dictionn., t. i, col. 2099, fig. 618; col. 2116, fig. 636; col. 3018, fig. 1049; t. n, col. 1463, fig. 1784; col. 1845, fig. 2014; col. 1963, fig. 2028; t. m, col. 379, fig. 2485; col. 1404, fig. 2811; col. 1530, fig. 2889; t. v, col. 22, fig. 4063-4064; t. vu, col. 1561, fig. 5979; col. 1867, fig. 6014; col. 2418, fig. 6207; t. vm, col. 514, fig. 6421, 6422, 6423, 6424; t. x, col. 1019, fig. 7476; col. 1355, fig. 7558; col. 2783, fig. 7828; t. xi, col. 235, fig. 7899; t. xn, col. 212-221, fig. 8512-8519; col. 2443, fig. 9136.
A Saint-Vital, quoique la superficie couverte soit moindre qu'à Saint -Apollinaire-Neuf, l'ensemble offre plus de cohésion et l'effet n'est pas moins impressionnant. C'est véritablement un lieu privilégié. « Pour juger l'art de l'époque de Justinien, il n'est pas de monument plus important. Tandis qu'à Sainte-Sophie ou dans les églises de Thessalonique le badigeon turc — enfin disparu — a pendant de longs siècles tout effacé, ici au contraire se conserve intacte toute l'admirable décoration des mosaïques primitives. Du
1 F. Lanzoni, Studi storico-lilurçiici su S. Apollinare Nuovo, dans Félix Ravenna, suppl. n, 1916, p. 98. — * H. D., dans Anal, boll., t. xlvii, 1929, p. 10-12.
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sol jusqu'au sommet des voûtes, au tympan des arcades, à la courbe des hautes fenêtres, à la conque de l'abside, l'éclat de l'or se mêle à l'harmonie des couleurs les plus riches. Ici, à l'arc d'entrée, des médaillons encadrent les têtes du Christ et des apôtres; là à la voûte du chœur, sur les fonds où l'or et le vert alternent parmi d'élégants rinceaux où se joue tout un peuple d'animaux et d'oiseaux, quatre anges soutiennent de leurs bras tendus l'image de l'agneau divin (voir D/Wi'on/i., t. i, col. 2116, fig. 636; t. xn, col. 215, fig. 8512). Plus bas, sur les parois latérales s'étagent des figures d'évangélistes et de prophètes (voir t. xn, col. 217, fig. 8513), des épisodes empruntés à la vie de Moïse ; au-dessus des arcades, de grandes compositions, d'un symbolisme grandiose, représentent Abel et Melchisédech offrant leurs dons au Seigneur (voir t. xi, col. 235, fig. 7899). Abraham recevant les anges à sa table et se préparant à sacrifier Isaac (voir t. vu, col. 1561, fig. 5979; t. x, col. 1355, fig. 7558). A l'arc triomphal, entre les villes saintes de Bethléem et de Jérusalem, des anges flottant doucement dans les airs supportent le monogramme du Christ. Sur le fond d'or de l'abside, le Sauveur est assis sur le globe du monde et à ses côtés deux anges lui présentent l'un, saint Vital, patron de la basilique, vêtu du magnifique costume des dignitaires byzantins, l'autre l'évêque Ecclesius, fondateur de l'édifice qui tient sur ses mains voilées le modèle de l'église qu'il offre au Sauveur (voir Dictionn., t. m, col. 379, fig. 2485; t. vu, col. 2418, fig. 6207). Et enfin, au-dessous de cette scène, aux côtés de l'abside, se voient deux tableaux célèbres, les plus curieux peut-être que nous ait laissés le vic siècle où apparaissent, au milieu de leur cour, dans tout l'éclat de leur puissance, Justinien et Théodora (voir Dictionn., t. vin, col. 514, fig. 6421, 6422; cf. t. m, col. 1530, fig. 2889; col. 1404, fig. 2811; t. n, col. 1845, fig. 2014; t. vin, col. 516, fig. 6423; cf. t. n, col. 1963, fig. 2028; t. xn, col. 2443, fig. 9136). Et sans doute, pour l'artiste, ces deux grandes compositions ne forment pas la partie la plus remarquable de la décoration de Saint-Vital; c'est à elles pourtant, dès qu'on pénètre dans l'abside, que le regard va tout d'abord, tant il y a là une image vivante du luxe raffiné et de l'étiquette savante du Palais-Sacré de Byzance tant il semble qu'un morceau d'histoire morte se réveille et s'anime dans ces portraits d'une si évidente réalité. Et devant ces figures symétriquement rangées, longuement, dans l'abside solitaire, on s'essaie à déchiffrer le secret de ces énigmatiques visages, de ce Justinien qui fut le dernier des grands empereurs romains, de cette Théodora qui, des coulisses de l'Hippodrome monta sur le trône des Césars.
« Cet ensemble représente assurément l'œuvre d'art la plus considérable, la plus complète du vie siècle, et l'une aussi des mieux conçues. Une grande idée en inspire et en coordonne les parties essentielles : c'est au-dessus de l'autel où la messe est célébrée, la glorification du saint sacrifice annoncé par les prophètes, célébré par les évangélistes, symbolisé par les scènes empruntées à l'histoire d'Abel, de Melchisédech, d'Abraham, exalté enfin dans l'image de l'agneau, de l'hostie sans tache, planant au sommet de la voûte du chœur (voir Dictionn., t. i, col. 3018, fig. 1049). Et aussi bien, toutes ces mosaïques qui couvrent l'espace quadrangulaire compris entre l'église et l'abside proprement dite, sont-elles d'un même art et d'une même main. Antérieures, ainsi qu'il ressort de la technique qui y est usitée, à la conquête byzantine, étroitement apparentées encore par certains traits aux œuvres du vc siècle, elles constituent la partie la plus ancienne du décor de Saint-Vital. Non qu'elles datent comme on l'a soutenu, des toutes premières années du vie siècle : on sait que l'église ne fut pas commencée avant 526;
mais elles appartiennent sans doute à la période initiale de la construction, entre 526 et 534; et elles précèdent ainsi de fort peu de temps à la vérité, les mosaïques de la conque de l'abside, et de quinze ou vingt années les deux peintures d'histoire. Quoiqu'il en soit, un art s'y révèle, où comme à Saint-Apollinaire-Neuf, apparaît nettement le mélange des compositions historiques et des scènes empruntées aux souvenirs de l'ancien cycle chrétien. Abel, Melchisédech, Abraham, Moïse reproduisent des types fréquemment employés dans les œuvres du me et du ive siècle; le sacrifice d'Abel, la philoxénie d'Abraham sont d'une liberté d'exécution, d'une simplicité, d'un naturel qui rappellent les originaux anciens. Mais deux traits surtout marquent cette portion de la décoration : la beauté de l'ornementation, servie par une merveilleuse richesse de coloris et qui apparaît en particulier dans la voûte qui domine le chœur; un certain goût de réalisme, d'observation de la nature qui se manifeste dans la façon de traiter le plein air et le paysage, et plus encore dans la manière de rendre, d'un accent si vrai, les animaux qui symbolisent les évangélistes : le lion de saint Marc, à la gueule ouverte, aux yeux injectés de sang (voir Dictionn., t. xn, col. 217, fig. 8513), le taureau blanc de saint Luc, si fort, si bien modelé (fig. 10589) sont d'une vérité tout à fait saisissante ; et de même, dans ces figures de Moïse détachant sa sandale, d'Abel si bien dessiné dans sa robuste nudité, dans ce groupe si vivant des juifs gesticulant autour d'Aaron, il y a un sens de la réalité et de la vie tout à fait remarquable. Et c'est chose curieuse de voir ces qualités originales et puissantes s'appliquer aux données traditionnelles de l'art chrétien et y infuser un esprit nouveau.
« Dans cette partie de la décoration il faut noter, au point de vue des procédés, l'emploi des cubes d'argent et l'absence de la nacre. Dans la belle mosaïque de l'abside au contraire, un art plus pompeux, plus cérémonieux déjà se manifeste. De graves et solennelles figures s'enlèvent sur les fonds d'or; des nacres, traduisant l'éclat des perles, rehaussent la splendeur des vêtements; une expression de grandeur anime la belle figure juvénile du Christ imberbe, largement drapé dans son manteau de pourpre violette (voir Dictionn., t. i, fig. 618; t. vu, col. 2418, fig. 6207); le riche costume de saint Vital, la tête si caractéristique — vrai portrait de l'évêque Ecclésius (t. ni, col. 379, fig. 2485) attestent le goût de l'artiste pour la peinture d'histoire. Et cet art aboutit tout naturellement aux tableaux, un peu postérieurs en date, qui représentent Justinien et Théodora. On a décrit bien des fois les magnifiques habillements de l'empereur, de ses chambellans, de ses gardes, les ajustements splendides, tout étincelants de bijoux et d'or, que portent l'impératrice et les dames de sa suite. Le luxe des matériaux employés correspond à cette pompe du cérémonial. C'est un éblouissement de cubes d'or, de nacres, de pierres précieuses même, comme celle qui forme le centre de l'agrafe du manteau de Justinien, comme les perles véritables qui s'accrochent aux oreilles de Théodora. Mais ce qui est plus que tout remarquable, c'est le caractère individuel dont le maître a marqué ses figures. Justinien avec ses yeux largement ouverts, son nez droit et mince, son menton ferme et volontaire, son expression énergique et un peu soucieuse (voir t. n, col. 1845, fig. 2014). Théodora avec son visage mince et délicat, mélancolique un peu et flétri qu'illuminent deux grands yeux noirs (voir t. xn, col. 2443, fig. 9136); .Maximien, avec son crâne chauve, ses sourcils épais, ses traits creusés (voir t. x. col. 2783, li;:. 7828); et les personnages secondaires mêmes, prêtres au doucereux sourire, officiers à l'air brutal et rude, eunuques glabres
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aux joues trop pleines, dames de la cour à l'éclatante beauté, sont autant de portraits expressifs et vivants. Dans ces belles mosaïques, suite logique des œuvres précédentes, et plus qu'elles encore tout imprégnées d'influences orientales, l'art byzantin nous a laissé une de ses plus admirables créations '. »
Dans la conque de l'abside on a représenté de chaque côté du Sauveur saint Vital, titulaire de l'église et l'évêque Ecclesius par qui elle fut construite. Jésus
10580. — Saint Luc. Mosaïque de Saint-Vital, d'après Van Berchem, Mosaïques chrétiennes, 1924, p. 14S, fig. 188.
imberbe est assis sur un globe de couleur bleue (voir Diclionn., t. vu, col. 2418, fig. 6207), il porte le nimbe crucifère, gemmé de nacre. Il tend à saint Vital la couronne et tient de la main gauche le rouleau scellé de sept sceaux (voir Diclionn., t. i, col. 2099, fig. 618). Le Christ a des laticlaves plus larges que. ceux des anges et sur son manteau la lettre Z- Les anges sont vêtus et ailés, ils tiennent la canne surmontée d'une fleur d'or; sur leur vêtement on voit le gamma. Les deux saints portent leurs noms : SCS VITALIS qui tend les mains recouvertes d'un pan de la chlamyde et porte un riche costume byzantin, et ECLESIVS EPIS qui porte sur un pan de sa chasuble le modèle de l'église qu'il fait construire; il porte au cou le pallium, sa tunique est rehaussée dans le bas d'une bande brodée, garnie de deux pans à franges. Il est chaussé de campagi. Le sol est semé de crevasses et de fleurs blanches. Sous le Christ, quatre crevasses laissent écouler les quatre fleuves du paradis.
Sur l'arc absidal, deux anges en plein vol soutiennent un disque à fond bleu, dont le centre, où s'inscrit la lettre A, irradie huit rayons blancs et rouges; de
chaque côté Jérusalem et Bethléem et chaque ville est précédée d'un cyprès aux fruits d'or.
Il n'y a pas lieu d'entrer dans une description de la voûte (voir Dictionn., t. xn, col. 215, fig. 8512), des anges (t. i, fig. 636) et de l'agneau (t. i, fig. 1049). On peut juger des évangélist es parles fig. 8513-8514, 10589; chacun d'eux porte son nom en toutes lettres. Tous quatre sont nimbés, barbus, drapés, chaussés de sandales. La facture générale de ces quatre images est lourde et grossière, dans certaines parties surtout.
Nous avons rappelé (§ Liturgie) qu'on a édifié une théorie sur la présence d'Abel et de Melchisédech sur une mosaïque (voir Dictionn., t. xi, col. 235, fig. 7899). Un autel carré supporté par cinq colonnes est recouvert par deux étoffes superposées; l'une, en dessous, de couleur foncée, tombe à plis lourds presque jusqu'à terre; l'autre, blanche frangée et brodée. Sur l'autel on voit deux pains ronds et modelés de chaque côté d'un cratère muni de deux anses. Au-dessus une main divine sortant de la nuée.
A gauche Abel, désigné par son nom, vêtu d'un sayon de peaux de bêtes, serré à la ceinture, les bras et les jambes nus, une sorte de pèlerine sur l'épaule se tourne vers l'autel et, à bout de bras, élève un agneau vers le ciel ; derrière lui une cabane, un arbre et un arbrisseau.
A droite Melchisédech, vieillard barbu, nimbé d'or, élève vers la main divine un troisième pain rond. Il porte une tunique blanche dont le bas est orné d'une large bande de pourpre et les poignets ont deux bandes plus étroites. Cette tunique est serrée au-dessous des bras par une ceinture verte dont les pans retombent en avant jusqu'au bas. Par-dessus la tunique, une chape violette, bordée d'une bande d'or. Sur la tète, une calotte; aux pieds, des chaussures collantes. En arrière, un temple orné d'un fronton triangulaire supporté par deux pilastres et surmonté d'une toiture de tuiles à rebords. Le sol vert est parsemé de fleurs.
Au-dessus de la scène, deux anges vêtus du blanc, en plein vol, soutenant un médaillon Jond où se détache une croix gemmée portant l'A et 60 suspendus. Les écoinçons nous montrent le prophète Isaïe tenant un rouleau, Moïse gardant les brebis de son beau-père Jethro et ensuite détachant ses sandales pour gravir le Sinaï selon l'ordre du Seigneur.
La philoxénie d'Abraham et le sacrifice d'Isaac (voir Dictionn., t. vu, col. 1561, fig. 5979; t. x, col. 1355, fig. 7558), donnent la place centrale à la table qu'abrite un sycomore et à laquelle trois jeunes hommes imberbes, nimbés, vêtus de tuniques à clavi de pourpre se sont assis et ont en face d'eux trois pains ronds. Comme la table n'a pas de nappe on voit le bas de leurs corps et les pieds chaussés de sandales.
A gauche, Sarah, vêtu d'une longue robe dont la ceinture pend par devant, les épaules couvertes d'une sorte d'écharpe, debout sur le seuil d'une cabane, l'air curieux et renfrogné. Abraham, vêtu d'une tunique courte qui laisse les jambes nues jusqu'aux genoux, ceinturé d'une espèce de foulard blanc; il offre à ses visiteurs sur un plat ovale un veau minuscule.
A droite, Abraham brandit un couteau de la main droite tandis qu'il maintient Isaac de la main gauche, placé sur l'autel du sacrifice. Le bélier est proche et la scène se déroule en pays de montagnes. L'entourage fait pendant au panneau précédent : Jérémie déroule un volumen; Moïse dans un paysage basaltique tend les bras pour recevoir les tables de la Loi, tandis qu'au pied de la montagne le peuple représenté par une dizaine d'adultes attend son retour.
Quinze médaillons (voir Dictionn., t. xn, fig. 8513,
1 Ch. Diehl, Havenne, 1903, p. 75-83.
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8514-8519) représentent les apôtres et les trois martyrs Vital, Gervais et Protais.
Les mosaïques de Saint-Vital ont soulevé de longues discussions quant à leur origine et leur inspiration. Tels archéologues y ont vu une oeuvre italienne et en ont donné pour preuve qu'elles représentaient la glorification, contre l'Orient, du canon de la messe romaine. En effet, on y trouve représentés les sacrifices d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech qui sont cités dans la prière Supra quse propitio du canon romain comme types du sacrifice de la croix et qui ne se retrouvent pas dans le canon des orientaux. A cela on a répondu que les mosaïques en question sont à ce point orientales qu'elles expriment la glorification du diophysitisme, l'exaltation de la doctrine catholique contre les erreurs d'Eutycbès. Les représentations d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech se retrouvent en Orient aussi bien qu'en Occident, tout au moins séparément. Ensuite, le cycle de Saint-Vital ne représente pas que ces trois scènes, mais bien d'autres encore qui n'ont aucun rapport avec le canon de la messe; au contraire les symboles et figures qui passent pour représenter communément le sacrifice de la messe ne s'y voient pas.
D'où vient donc l'inspiration qui a trouvé son expression dans l'ensemble de Saint-Vital? On a pensé la trouver dans une œuvre de Vigile, évoque de Thapse en Afrique, et défenseur zélé de l'orthodoxie. Dans un de ses écrits, Vigile s'évertue à prouver l'humanité du Christ par un grand nombre de figures tirées de l'Ancien Testament et dont la plupart se retrouvent précisément dans les mosaïques de Ravenne. Plusieurs d'entre elles sont du reste employées par la plupart des Pères contre les monophysites. On ne saurait ici les reproduire toutes, en voici l'une ou l'autre qui donnent une idée du genre. La figure de Moïse prouve l'humanité du Christ. Voici comment : Dieu a dit de Moïse : « Je susciterai un prophète de ton peuple et de tes frères... » Donc Moïse est de la même nature que le reste des juifs. Or, Moïse est l'antitype du Christ. Donc le Christ est de la même r.ature que le reste des mortels. Le buisson ardent est expliqué ainsi d'après saint Grégoire : « Que veut montrer Dieu dans le buisson ardent sinon que de son peuple sortirait Celui qui accepterait dans le feu de sa divinité la douleur de notre chair comme les épines du buisson et qui conserverait entière la substance humaine dans les flammes de la divinité? »
Des explications analogues se trouvent dans Vigile et d'autres Pères, sur les prophètes, les évangélistes, le Christ lui-même et les apôtres, qui ont vu le Christ et qui ont touché son humanité de leurs mains.
Mais la question reste posée. Où ce cycle fut-il conçu et par qui exécuté? A Ravenne ou en Orient? Les luttes contre le monophysisme se livraient à Constantinople, l'Occident s'en tenait à l'écart et à Ravenne moins qu'ailleurs, où l'arianisme conservait des partisans. Cette dernière affirmation est contestable, car Saint-Vital fut consacré sous le règne et en présence de Justinien. Mais toute cette argumentation n'a d'autre but que d'attribuer la décoration de l'église à une inspiration byzantine et à des mosaïstes byzantins.
Quel fut le patron de l'œuvre? Si ce n'est pas un évêque de Ravcrne, ce ne peut-être que Justinien en personne, aussi magnifique protecteur des arts qu'adversaire irréductible des monophysites, aussi grand constructeur d'églises qu'amateur de controverses dogmatiques. Il a pris plaisir à se faire représenter dans cette église érigée et décorée suivant son goût, œuvre purement byzantine élevée comme une apologie du dyophysitisme.
Tout cela est plus ingénieux que démontré.
Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1 903, p. 75-83 ; J. Kurth,
Die Mosaiken von Ravenna, 1912, p. 88-131, pi. xvixxiv; C. Ricci, Ravenna, 1902, p. 35-47; le même, Le pitture délia cupnla di San Vitale di Ravenna, dans l'Arte, t. m, 1900, p. 403-411; Revue archéologique, 1893, pi. ix; W. Neuss, Die Kunsl der, allen Chrislen, 192G, p. 77, fig. 18; pi. lv, fig. 113; pi. lvi, fig. 115; pi. lvii, fig. 116, 117; J. Ebersolt, Orient et Occident, t. i, pi. xx ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. lxxvi, lxxvii, lxxix, lxxx,