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LXXXI, LXXXIII, LXXXIV, LXXXVIII, XCII, XCIII, CXIV

cxxvi, cxxxn, cxxxin, cxxxiv a, b, c, d; O. Wulfï, Allchristiiche und byzantinische Kunst, t. il, p. 370, fig. 318; p. 371, fig. 319; p. 372, fig. 320; C. Cccchelli, Vetri da fineslru nel san Vitale, dans Félix Ravenna, nouv. sér., fasc. 2, 1930, p. 1-20; id., La basilica di San Vitale a Ravenna ed i suoi novi restauri, dans Illuslra- :ioni Vaticana, t. m, 1932, p. 560-566; R. Bartoccini, Restauri in S. Vitale a Ravenna, dans Félix Ravenna, nouv. sér., fas. 2, 1931, p. 77-101; id., ibid., 1932, p. 133-165. Cf. pour le labyrinthe de Saint- Vit al, Fabri, Ravenna ricercata, in-8°, Bologna, 1678, p. 60; Durand, dans Annal, archéologiques, t. xvn, 1858, p. 119, pi.

XVII. Saint- Apolljnaire-in-Classe. — Voir Diclionn., t. i, col. 2107, fig. 624; t. n, col. 579, fig. 1441; t. ni, col. 1979. fig. 3058: t. vu col. 2061, fig. 6097; t. xi, col. 237, fig. 7900; t. xn, col. 221-224, fig. 8520, 8521; col. 1291, fig. 8862. Cette basilique fut construite sous l'archevêque Ursicinus (532-536) et consacrée par l'archevêque Maximien en 549; c'est encore Julien l'Argentier qui pourvut à la dépense. Cependant cette église ne ressemble en rien à Saint-Vital, comme plan et comme décoration ; celle de Saint-Apollinaire in Classe est loin de soutenir la comparaison au point de vue de l'art, du goût et de la technique. Rica ne permet de croire qu'il en ait été ainsi à l'origine et les restaurations successives peuvent en être la cause.

La conque de l'abside a été déjà décrite et figurée dans le Diclionn. (t. xn, col. 221-223, fig. 8520), elle représente saint Apollinaire et la transfiguration. C'est à ce dernier sujet qu'appartient le grand médaillon qui remplace le personnage du Christ. On y voit une grande croix gemmée et pattée se oétachant sur un fond bleu, semé de quatre-vingt-dix-neuf étoiles d'or à six rais, dans une gloire gemmée (voir Dictionn., t. vu, col. 2061, fig. 6097); dans le médaillon central on voit une petite du Christ portant la barbe en pointe. A droite et à gauche, Moïse et Élie; au-dessus de la croix, dans les nuées, une main divine.

L'unité de composition a été sauvegardée par l'aspect champêtre que lui donnent douze, trois et encore douze brebis. « Depuis que l'incendie de 1823 a détruit à Rome Saint-Paul-hors-les-Murs, et qu'une restauration maladroite en a altéré le caractère primitif, Saint-Apollinaire in Classe demeure le type le plus complet, le plus expressif de l'ancienne basilique chrétienne. Comme toujours l'extérieur est d'une austère et presque excessive nudité avec, son abside ;\ sept pans et le double étage d'arcades aveugles qui décorent les murailles; l'aspect en est rendu pourtant singulièrement pittoresque, un peu par le haut campanile circulaire dont le ixe siècle a flanqué l'édifice, et surtout par le site, d'une beauté si triste et si profonde, qui enveloppe d'un désert fiévreux la basilique solitaire (voir Dictionn., t. il, col. 579, fig. 14 11).

« L'intérieur est plus impressionnant encore (fig. 10590). Quoique le monument ait perdu depuis le xve siècle le somptueux revêtement de ses marbres, que Sigismond Malatesta enleva pour en parer le temple de Rimini, quoiqu'il ait été en quelques parties restauré aux siècles suivants, il offre, avec m"- longues files de colonnes de marbre, ses grandes fenêtres cintrées éclairant la nef principale, ses plafonds en char-

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pente, son chœur demi-circulaire auquel on monte par un large escalier, avec les riches mosaïques enfin qui décorent l'abside et l'arc triomphal, une grandeur de lignes puissante et sobre d'un incomparable effet. Toute l'histoire ancienne de Ravenne semble s'éveiller dans ces nefs désertes. Dans les sarcophages anciens

l'abside sont, à Saint-Apollinaire-in-C/asse du vie siècle. La décoration de l'arc triomphal, avec ses douze brebis sortant de Jérusalem et de Bethléem et se dirigeant vers le Christ, les médaillons contenant des portraits d'évêques fort restaurés, qui garnissent, au pourtour du chœur, les intervalles des fenêtres, et

Intérieur de la basilique de Saint-Apollinaire-in-Cfasse à Ravenne, d'après Ch. Diehl, Ravenne, 19(13, p. 67.

rangés le long des murailles, ont été ensevelis, au vne et au vme siècles, les plus illustres archevêques de la cité, tous ces grands ambitieux : Maurus, Reparatus, Félix et tant d'autres, qui, sans trêve luttèrent pour l'indépendance de leur église contre le pape et même contre l'empereur, et Théodore aussi, le « traître », qui le premier se soumit à Rome et dont, au ixe siècle encore, tout prêtre maudissait la mémoire en passant devant son tombeau. Ailleurs, dans l'une des nefs latérales, voici le baldaquin ou ciborium qui couvre l'autel de saint Eleucadius, œuvre des premières années du ix° siècle, et l'un des monuments les plus importants et les plus intacts du style italo-byzantin (voir Diclionn., t. m, col. 1605, fig. 2929) K »

Nous avons décrit la grande page de mosaïque qui décore la conque de l'abside. Ce qui est surtout remarquable ici, c'est le mélange de symbolisme et de réalisme, ce fond d'or étincelant qui achève le paysage où l'on a pensé reconnaître le décor de la Pineta. L'œuvre somptueuse est contemporaine de Justinien, car pour la chronologie l'emploi des nacres vaut une date. Mais on remarquera surtout dans la composition la survivance des vieilles inspirations chrétiennes s'affirmant dans une dernière tentative de réaction contre l'école historique triomphante. Les mosaïques de

enfin les deux compositions qui couvrent les parois latérales, datent de la seconde moitié du vne siècle.

Les quatre archevêques Ursus, Severus, Ursicinus et Ecclesius ont été fabriqués en série (voir Diclionn., t. xii, col. 223, fig. 8521), même attitude, même costume, même encadrement; à peine peut-on signaler quelques différences dans la coiffure et les traits des visages et dans la reliure des livres qu'ils tiennent en main. Les pilastres qui les encadrent présentent d'insignifiantes différences ornementales. Le visage d'Ursicinus paraît néanmoins être un portrait.

De chaque côté de l'abside on voit deux compositions dont l'une a déjà été donnée dans le Dictionnaire; c'est le sacrifice offert par le grand-prêtre Melchisédech, placé devant l'autel qui porte les pains et le vin et entre les personnages d'Abel offrant une brebis et d'Abraham présentant son fils (t. xi, col. 237, fig. 7900).

L'autre composition est de caractère historique : c'est la remise des privilèges de l'église de Ravenne à l'archevêque Reparatus. La mosaïque compte neuf personnages placés sensiblement sur le même plan. Au centre un archevêque nimbé revêtu de la tunique

1 Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 66-68.

clavée, de la chasuble et du pallium. C'est probablement l'archevêque Maurus, prédécesseur de Reparatus, pris à témoin de la remise des privilèges. A gauche, on voit l'empereur Constantin IV Pogonat et ses fils Iléraclius et Tibère désignés par leurs noms : Constantinus maior impcrator. — Heraclii et Tiberii imperulor, suivis d'un haut dignitaire. A droite sont l'ar(chiepis)copus Reparatus et trois assistants dont deux diacres dont l'un porte la navette et l'autre l'encensoir. Reparatus reçoit dans un pan de sa chasuble un rouleau où on lit le mot privilégia. Cette mosaïque était déjà en très mauvais état au xvir8 siècle, elle a subi beaucoup de repeints qui lui enlèvent une grande partie de sa valeur 1.

Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 66-75; J. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna, p. 201-224, pi. xxvii-xxviii-xxxiv; C. Ricci, Ravenna, 1902, p. 48-51 ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. lxxxvi, cxxx a, b, cxxxv; O. Wulff, Altchristliche und byzantinische Kunst, t. i, p. 5, fig. 4; t. n, p. 397, fig. 343, 344; Van Rerchen et Clouzot, Mosaïques chrétiennes, 1924, p. 159-168, fig. 201-215; G. Galassi, La cosi delta decadcnza nell arte musiva ravennate; mosaici di Sant' Apotlinare in Classe, dans Félix Ravenna, 1914, fasc. 15-16, p. 623-633, 683-691 ; J. Dôlger, Die IXOYC Formel in einem griechischen papyrus des Jahres 570 und des Apsis-mosaik von S. Apolin. in Cl. a Ravenna, dans Byzantinische-neugriechische Jahrbùcher, t. i, 1920, p. 40-47; Farabulini, / celebri musaici délia basilica classense in Ravenna e la quistione mosse inlorno ad ersi da illustri archeologi, dans Dissertaz. délia accad. pont. rom. di archeol., IIe série, t. vin, 1903, p. 273-351; M. G.-M., Classe, Sant' Apollinare e la sua basilica, in-8°, Ravenne, 1930.

XVIII. Saint-Michel al Frigiselo. — Voir Dictionn,, t. xii, col. 225, fig. 8522. Nous avons décrit cette mosaïque transportée à Rerlin.

Bibl. — J. Kurth, Die Mosaiken von Ravenna, 1912, p. 236-240, pi. xxix ; O. Wulff, Das Ravennatische Mosaik von S. Michèle in Afjricisco im Kaiser-Friedrich-Museum, dans Jahrbuch dcr kôniglich preussischen Kunstsammlung, t. xxv, 1904, p. 374-401, pi. en couleurs; le même, Altchristliche und miltelallerliche byzantinische und italianische Bildiverke, in-4°, Rerlin, 1909, Supplem., p. 14, n. 2282; le même, Altchristliche und byzantinische Kunst, t. n, 1922, p. 427, fig. 367; p. 429, fig. 369; M. von Berchem et E. Clouzot, Mosaïques chrétiennes du IVe au Xe siècle, in-4°, Genève, 1924, p. 169-170, fig. 216, 217.

XIX. Baptistère des ariens. — Voir Dictionn., t. i, col. 2823, fig. 944; t. n, col. 362, fig. 1296. L'évêque Agnellus le réconcilia au culte catholique, en 558. (voir Dictionn., t. xn, col. 226, fig. 8523).

Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 45; J. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna, p. 193-200, pi. xxvi; M. Van Berchem et E. Clouzot, Mosaïques chrétiennes, p. 171-173, fig. 218-220; J. Wilpert, Die Mosaiken, t. m, pi. ci; C. Ricci, Tavole storiche dei musaici di Ravenna, fasc. 3, battistero degli ariani, 1930-1932, 28 p., 5 pi.; Byzantion, t. m, 1926, p. 251-252.

XX. Église Saint-François. — Bâtie vers 450 par saint Pierre Chrysologue, sous le vocable de Saint- Pierre-Majeur, sur les ruines d'un temple de Neptune, église à trois nets, modernisée, mais qui a conservé sa forme ancienne en partie, avec d'anciennes colonnes, un campanile, un sarcophage du Ve siècle de l'évêque Liberius.

Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 6, fig.

XXI. Église Saint-Jean-l'Évangéliste. — Construite par les soins de Galla Placidia, en 425, à la suite d'un vœu pendant une tempête sur mer; elle a été complètement transformée; les bas-reliefs au-dessus du portail sont sculptés avec richesse et la qua-

trième chapelle est décorée de fresque de Giotto.

Bibl. — J. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna, 1912, p. 41-43; Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 26-28; L. Faenzi, Aflreschi in S. Giovanni Evangelista, dans Félix Ravenna, nouv. sér., 2, 1931, p. 121-126.

De la décoration primitive exécutée par les ordres de Galla Placidia, il ne subsiste rien. A son retour de Constantinople, en 424, elle faillit périr avec ses deux enfants et fit vœu à saint Jean de lui construire une église magnifique. On vit ou on pensa voir une figure lumineuse s'asseoir à la proue du navire et, sur les flots apaisés, le mener au port. Cet événement était représenté dans l'abside de l'église et au-dessous les portraits de l'impératrice et de ses enfants. Peut-être a-t-on un souvenir de cette mosaïque dans une miniature du xive siècle que nous avons donnée déjà (voir Dictionn., t. vi, col. 257, fig. 4850). Dans l'actuelle église de Saint-Jean, seuls quelques débris de l'abside curieusement décorée d'arcades à colonnettes de marbre, et vingt-quatre belles colonnes antiques, au chapiteau desquelles apparaît pour la première fois le coussinet timbré d'une croix (voir Dictionn., t. vi, col. 260, fig. 4851).

XXII. Église Sainte-Agathe-Majeure. — Voir Dictionn.. t. m, col. 1978, fig. 3057. D'après Ciampini cette église aurait été construite en 378 par l'évêque Ursus et restaurée par le diacre Gemellus au début du ve siècle. La décoration en mosaïque périt en 1688. De nos jours, la démolition des maisons qui occupaient Varea devant la basilique a permis des fouilles qui ont révélé les dimensions de l'atrium et plusieurs sarcophages. Ceux-ci étaient placés à trois niveaux différents : douze au niveau supérieur, cinq au niveau intermédiaire et trente-huit au niveau inférieur qui est aussi le plus intéressant. Certains d'entre ces sarcophages sont ornés de croix et de monogrammes.

Ce qui paraît assuré c'est que l'église Sainte-Agathe est bien attestée vers le milieu du vi* siècle. L'atrium fut construit à une époque postérieure à celle où fut élevée la façade. Les tombes, ou du moins plusieurs d'entre elles peuvent être reportées vers la fin du ve siècle.

Bibl. — Ciampini, Vetera monimenta, t. i, p. 184. pi. xlvi; Garrucci, Storia dell' arte cristiana, pl.ccLiv; J. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna, p. 82-84 : G. Gerola, Il quadriportico di S. Agata, dans Félix Ravenna, 1934, p. 85-123.

XXIII. Église Saint-Théodore. — Basilique construite sous Théodoric dont elle honorait le patron; elle changea de vocable en passant au culte catholique et existe encore sous le titre du Saint-Esprit. Aucune mosaïque.

Bibl. — Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 10, 11 ; et. p. 4.

XXIV. Église Saint-Jean-Baptiste. — S. Ghigi, La chiesuola dei SS. Giovanni Battisla e Barbaziano in Ravenna, sec. V, dans Rivista délie scienze storiche. t n, 1909, p. 108-124.

XXV. Les sarcophages chrétiens. — A Ravenne. nous trouvons un assez grand nombre de bas-reliefs à destination funéraire qui, de même que les mosaïques de cette ville, doivent être considérés comme des ouvrages grecs; mais la décadence s'y manifeste de façon souvent pitoyable. On rencontre d'abord des œuvres assez voisines de l'antique; puis les traditions s'effacent, l'artiste s'abandonne à son inexpérience .i sa maladresse, il renonce à la représentation île la ligure humaine pour se restreindre à des sujets d'ornement. Ces sarcophages ont fait l'objet de plusieurs éludes. Le P. Arthur Martin (voir Dictionn., t. \. a ce nom) a dû les dessiner à peu près tous et ils oui été

1 M. Van Berchem et E. Clouzot, Mosaïques chrétiennes,

1924, p. lo:S-164.

RAVENNK

donnés dans la Storia dell' arte cristiana du P. Garrucci. Divers auteurs tels que Spreti, Giampini, Cavalcaselle, Rahn en ont cité des exemplaires. Ch. Bayet chercha, pendant un séjour à Ravenne, à en dresser le catalogue et en compta plus de vingt-six ornés de sculptures. Ad. Venturi en publia quelques-uns dans sa Storia dell' arte italiana, t. i; peu de temps après Hans Diïtschke donna dans ses Ravennatische Studien, un catalogue de quatre-vingt-deux numéros, mais dans lequel entrent les bas-reliefs païens, et depuis lors on a découvert quelques monuments '.

D'après Ch. Bayet, on peut diviser ces bas-reliefs en trois classes : 1° sujets empruntés aux livres saints; 2° le Christ et les apôtres; 3° sujets d'où la personne humaine est absente. Cette division n'exclut pas certains sarcophages offrant des personnages sur les grands côtés et des ornements sur les faces latérales.

Les bas-reliefs qui interprètent des épisodes des livres saints sont de beaucoup les moins nombreux. De ce nombre sont ceux qui représentent l'adoration des mages. Daniel entre les lions, la résurrection de Lazare qui sont conservés près de Saint-Vital. Par les sujets traités, ces sculptures se rapprochent des œuvres plus anciennes de l'art chrétien; mais elles s'en écartent singulièrement par le style et l'exécution. Le sarcophage de l'exarque Isaac (vne siècle) accuse surtout une grande décadence; le travail est lourd et manque d'aisance. Si, dans la scène de l'adoration, quelques arrangements de draperies sont encore assez heureux, on sent néanmoins que la main de l'artiste est inhabile et inexpérimentée.

A un autre endroit de la ville, non loin de l'Académie, un grand sarcophage, placé dans la rue, offre des sujets plus nouveaux, mais d'un style moins imparfait. Un des bas-reliefs latéraux représente l'Annonciation. L'ange est debout devant la Vierge : il est reconnaissable à ses ailes, Marie est assise, à ses pieds se trouve un grand panier en osier tressé dont elle tire la laine qu'elle est occupée à filer (voir Dictionn., t. i, col. 2259, fîg. 764). Ciampini interprétait cette scène d'une femme qui découvre un serpent dans un vase, mais il n'osait pas se prononcer si la femme avait été mordue2! Sur l'autre face, on voit deux personnages qui se rencontrent et se tendent la main, ce qui peut s'entendre de la Visitation. Ces deux bas-reliefs se distinguent par certaines qualités d'exécution qui deviennent alors (ve siècle) assez rares; on sent que l'artiste n'a point tout à fait perdu l'habitude de tailler la pierre pour en faire sortir des personnages, qu'il sait leur donner des attitudes naturelles, des mouvements justes; les détails même sont ici rendus avec plus d'exactitude et de souplesse.

D'après les monuments qui nous restent, les sculpteurs de Ravenne auraient ordinairement préféré aux épisodes de l'histoire sacrée une composition, dans laquelle ils groupaient autour du Christ soit tous les apôtres, soit seulement quelques-uns d'entre eux. On compte sept ou huit bas-reliefs de ce genre. Un des plus célèbres est celui qu'on voit dans la basilique de Saint-Apollinaire-in-Classe, et qui représente le Christ assis, entouré des douze apôtres (voir Dictionn., t. x, col. 1209, fig. 7519) 3. On le cite souvent comme un des plus anciens monuments où saint Pierre figure avec les clefs qui devaient lui servir d'attribut. Sur deux basreliefs conservés dans l'église Saint-François, la scène est également développée, et chacun des apôtres occupe une arcade séparée : l'exécution est assez bonne (voir Dictionn., t. vi, col. 649, fig. 4871). Ailleurs, le nombre des personnages est plus restreint. Sur un sarcophage qui se trouve près de Saint-Vital, le Christ

1 [Marion Lawrence, The Sarcophagi of Ravenna, New- York, 1945]. — a Ciampini, Vetera monimenla, t. n, p. 8.

est debout sur un tertre; un large nimbe orné du monogramme sacré entoure sa tête. Deux apôtres se tiennent à ses côtés : à l'un il tend un rouleau à demi déployé; à l'autre un objet dont la forme a disparu. Des palmiers encadrent ce groupe; plus loin, aux extrémités du bas-relief, sont placés deux personnages, un homme et une femme, de taille plus petite et d'attitude plus modeste. Sur le sarcophage de saint Réginald, conservé à la cathédrale, le Christ est assis, et son siège surmonte le tertre d'où s'échappent les quatre fleuves. Les deux apôtres qui l'accompagnent ont en main leurs couronnes; celui de droite porte en outre une longue croix, appuyée sur son épaule; des palmiers sont également sculptés aux extrémités de la scène. Mais si la donnée est analogue, l'aspect des deux bas-reliefs est assez différent. A Saint- Vital la composition n'est pas mauvaise, les personnages sont relativement assez bien posés, l'ensemble n'a rien de choquant. Ici, au contraire, tout accuse une époque plus basse, une singulière maladresse : les figures sont grossièrement sculptées, les attitudes d'une invraisemblance qui touche au grotesque. On ne s'explique point, par exemple, comment l'apôtre placé à droite peut se tenir debout, tant l'artiste a exagéré le mouvement du corps penché en avant. Le sarcophage de saint Exuperantius, qu'on rencontre dans la même église, choque moins le goût : les trois personnages qu'on y a représentés sont debout, dans une attitude uniforme; mais il y a là une pauvreté d'invention qu'on remarque mieux encore sur un sarcophage voisin, celui de saint Barbatien, dont le travail est plus barbare. Les figures mal proportionnées, isolées dans de trop larges arcades, attestent la décadence de la sculpture (Dictionn., t. vi, col. 251, fig. 4848).

Aussi bien l'école dont nous étudions en ce moment les œuvres, semble avoir eu de bonne heure une tendance marquée à négliger la représentation de la personne humaine. Ce qu'on trouve le plus souvent sur ces bas-reliefs, ce sont des motifs où l'ancien symbolisme reparaît, bien que fort modifié. Le nombre en est très limité : on rencontre uniformément des agneaux, des colombes, des paons, des vases d'où s'échappe la vigne, des monogrammes ou des croix, groupés de manières diverses, mais toujours avec un très grand amour de la symétrie. Quelquefois on imagine de reproduire sous cette forme des scènes à personnages : ainsi sur un beau sarcophage, que la tradition désigne comme celui d'Honorius, nous retrouvons le Christ entouré des apôtres, mais les figures humaines sont remplacées par des agneaux. Ces décorations ne manquent ni de caractère ni d'une certaine élégance, citons comme exemple un des bas-reliefs latéraux du sarcophage de saint Réginald. La vigne qui sort en gros rameaux du vase sacré, se développe symétriquement dans tous les sens; des oiseaux becquètent les lourdes grappes qui pendent aux branches : l'ensemble est d'un aspect assez gracieux.

Par leur forme générale, par leur ornementation, ces sarcophages de Ravenne s'écartent souvent de ce qu'on voit à Rome, et dans la plupart des pays occidentaux; mais en revanche ils s'accordent avec tout ce que nous connaissons de l'Orient. Peut-être quelques-uns de ceux qui nous sont parvenus furent-ils exécutés par un artiste, dont un document contemporain nous a conservé le nom. On lit dans Cassiodore une lettre adressée à Théodoric à un sculpteur de Ravenne, du nom de Daniel qui avait la spécialité de ce genre d'ouvrages '. Quelle était la nationalité de ce Daniel? La lettre ne. le dit pas, mais le nom semble plutôt indiquer une origine orientale.

— 3 Les deux faces latérales représentent chacune trois apôtres. — 4 Cassiodore, Variarum, 1. III, c. xix.

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