‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 19 sur 477 · V.-J. Vaillant, Épigraphie de la Moriuie, 1890. p · texte numérisé non relu

V.-J. Vaillant, Épigraphie de la Moriuie, 1890. p

PORT us mus

mare accepisset [Carausius] quod Franci et Saxones infestabant; ainsi les pirates francs et saxons s'étaient montrés sur le littoral de la Morinie bien avant Carausius, mais ils reparurent plus redoutables à la fin du ive siècle : Erupil Saxonum multitudo et Oceani difficultatibus permeatis romanum limitem gradu petebat inlenlo; en sorte qu'on fut contraint de constituer de grands commandements militaires le long de l'Océan. Le commandant de la Belgique IIe avait sous ses ordres trois corps de troupes : 1° un détachement de cavaliers dalmates à Marci (Marquise?); 2° une colonne de Nerviens à Epatiacus (Étaples?); 3° une flottille à l'embouchure de la Somme. Peut-être la classis britannica demeurait-elle dans la dépendance des légions de Bretagne. En 406, Arras, Thérouanne, Amiens tombèrent au pouvoir des barbares, on ignore si Bononia partagea leur sort, mais en 407 un usurpateur breton nommé Constantin III débarqua à Boulogne et réussit à se faire reconnaître par les troupes restées en Gaule et, avec leur concours, réussit à repousser les Vandales qui allèrent droit devant eux jusqu'en Espagne, puis en Afrique. Ces événements entraînèrent une conséquence inespérée : la Bretagne, reconnue indépendante par Honorius, perdit ses garnisons et redevint indépendante. La classis britannica n'avait plus, à Boulogne, sa raison d'exister et, désormais, on ne signale dans ce port qu'un passage de troupes, en 421, envoyées en aide aux Bretons contre les agressions répétées des Pietés et des Scots. En 446, Aetius conduisit une autre expédition en Bretagne, mais on ne peut dire si le point d'embarquement fut l'embouchure de la Liane ou celle de la Somme.

Le premier roi connu des Francs, Clodion, habitait vers l'an 440 le pays des Thuringes et résidait à Dispargum; quelques années plus tard on le retrouve très à l'ouest de ce point de départ, ayant rencontré et battu une armée romaine et s'étant rendu maître de Tournai, Cambrai, Arras, Thérouanne et de tout le pays situé au nord de la Somme. Le sort de Bononia était fixé; si la ville échappa à Attila elle ne put tarder bien longtemps à être soumise à Mérovée pour être, dans la suite, rattachée au royaume de Soissons, puis au duché de Dentelin.

On ne peut dire quelle est la tribu franque qui s'établit, au ve siècle, chez les Morini; tout ce qu'on sait c'est que le pays fit successivement partie du royaume de Soissons et du royaume de Neustrie jusqu'au règne de Dagobert. Ces circonstances ne permettent pas de préjuger si Boulogne conserva sa constitution municipale romaine; ce qu'on sait se réduit à l'indication suivante : en 940, Boulogne possède des primores civitatis. Les Francs avaient peu de goût pour l'existence urbaine, ils préféraient l'existence rurale. Nous dirons plus loin qu'on a pu retrouver dans le Boulonnais et dans un rayon de vingt kilomètres autour de Boulogne seize ou dix-sept cimetières barbares. Il y a là un indice notable en ce que les emplacements choisis offrent cette particularité que chacun d'eux se trouve en un point stratégique, à la croisée des routes, au passage des ponts. Ainsi s'exerçait la domination franque : les Francs se contentaient de lever des contributions sur les convois de marchandises, sans se mêler du gouvernement des villes; c'étaient des coupeurs de bourses. De temps en temps, tous ces petits clans se réunissaient à la voix d'un chef pour tenter une expédition, dont ils revenaient le plus souvent chargés de

1 Rosny, Histoire du Boulonnais, in-8°, Amiens, 1869, t. i, p. 223. — ' Bède, Hist. eccles. Anglorum, 1. I, c. xxxm. — 3 Acta sanct., aug. t. vi, col. 377. — • Ibid., mart. t. m, col. 784. — s Silvinus Tarvennensis episcopus aurait vécu, d'après Folcuin, vers 717. Mais on ne lit pas son nom dans les listes épiscopales et Folcuin l'exclut. D'après sa Vita,

butin. Une fois par an, ils se rendaient aux assemblées où les grandes guerres étaient décidées.

XXIII. Du vne au ixe siècle. — -Le fait que cette ville et cette église de Boulogne englouties, semble-t-il, dans un tel silence ont subsisté et reçu un titulaire du siège épiscopal en la personne de saint Orner, permet de croire que ce siège existait depuis assez longtemps pour qu'on sentît l'obligation de le faire revivre. On a pu relever un signe de christianisme sur une monnaie frappée à Boulogne au vie siècle ', malheureusement ce nom n'a été lu sur aucune monnaie d'Église épiscopale de l'époque mérovingienne (voir Dictionn., t. xi, col. 2313). Autre indice : en 606, le corps d'un naufragé, Pierre, compagnon de l'évêque de Cantorbéry, fut enterré à Boulogne dans une église2. Vers 629, Audomarus, moine de Luxeuil, devint episcopus Morinensis et cet Orner est désigné par un hagiographie 3 et par un chroniqueur 4 comme episcopus Bononiae et Terruanensis oppidi pastor laudabilis. L'union des deux sièges ne fait aucun doute à cette date. L'évêque établit pendant quelque temps sa résidence à Boulogne où il trouva une population chrétienne et, dans le castrum, une église érigée en l'honneur et dédiée à la vierge Marie; là reposait le corps de l'abbé naufragé. Cette église était desservie par des chanoines avec qui l'évêque Orner célébra la vigile nocturne, le lendemain il célébra la messe, imposa les mains et prêcha. Ces déteils révèlent un fonctionnement régulier du culte chrétien. A peine les Irlandais ont-ils appris que le siège de Boulogne est confié à un moine de la fondation de Luxeuil (voir Dictionn., t. ix, à ce nom), on les voit accourir, réclamant leur part dans l'apostolat. Ainsi qu'il leur arrive parfois, leur concours n'est pas généralement un gage de paix. Invariablement conduits par les anges, ils apaisent sur mer des tempêtes et, sur terre, soulèvent des ouragans dont ils sont victimes. Un premier groupe, composé de Killian, Bauric et Wulgan, fait merveille et disparait en approchant de Thérouanne; un deuxième groupe, composé de Lugle et Luglien, redoutant la renommée que lui vaut ses miracles, disparaît brusquement et périt assassiné. L'n compatriote, Silvain 5, leur succède et les éclipse complètement pendant un apostolat de trente années.

Les successeurs de saint Orner, ainsi que lui-même, ont résidé ordinairement à Thérouanne.

XXIV. Liste épiscopale. — Les deux liftes que l'on a conservées des évêques de Boulogne-Thérouanne portent les titres de Morinorum episcopi, dans le Liber Floridus et de Nomina episcoporum Morinensium dans le recueil de Robert de Torigni. La série épiscopale paraît digne de confiance au jugement de L. Duchesne 6.

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