‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 18 sur 477 · PORTUS CARSICIS — PORTUS ITIUS · texte numérisé non relu

PORTUS CARSICIS — PORTUS ITIUS

M. Aug. Bérengier eut la satisfaction de constater. Voici le texte de l'inscription :

TVTELAE CHARSI TANAE S D S D

Le texte ainsi retrouvé le 25 avril 1930 est complet et parfaitement conservé. Les caractères sont tracés avec netteté, profondément creusés et paraissent appartenir au ne siècle de notre ère. Le texte est une dédicace à la déesse locale : Tutelœ Charsitanœ et la 4e ligne peut être lue : Sacrum Dese sacerdos dedicavit, ou bien Sanctse Dese sacrum dedicatum, ou encore : Sanctœ Dese sacrum dédit. On a proposé une autre lecture d'ailleurs impossible :

TVTELAE CHARS[i'ci's TANAT SDSD

et développé les lignes 3-4 :T(itus) An (ni us ) At (tilus ) S(acerdos) D(e) S(uo) D(edit) ou D(onavit).

On a supposé avec vraisemblance que ce bloc était un autel érigé à la déesse tutélaire de Cassis par son desservant sur le territoire voisin de la baie de l'Arène, dans la partie orientale du golfe. Lorsque le paganisme eut perdu ses partisans, les chrétiens trouvant le bel autel de bonne prise ne changèrent pas sa destination mais l'adaptèrent à leur culte. Sur la face opposée au texte païen un sculpteur figura trois chrismes, un à six branches et deux plus simples, tous pourvus des lettres AGO (voir Dictiunn., t. i, col. 1 sq.). Cette sculpture ne paraît pas antérieure au vie-vne siècle. La face qui nous occupe mesure 0 m. 65 de hauteur sur 0 m. 45 de largeur (voir Diclionn., t. XI, col. 1583, fig. 8219).

VI. Bibliographie. — De Villeneuve, Statistique du département des Bouches-du- Rhône, in-8°, Marseille, t. il, 1824, p. 834-838. — Alfr. Saurel, Statistique de la commune de Cassis, dans Répertoire des trav. de la Soc. de statistique de Marseille, 1857, IVe série, t. v, et in-8°, Marseille, 1857 ; le même, Réperloird des j.iits les plus saillants et des dates les plus remarquables de l'histoire de Cassis, in-8°, Marseille, 1857. — Le Corp. inscr. lai., t. xii donne l'inscription parmi les falsse. — Bulletin mensuel di l'Institut historique de Provence, 7e année, 1930, juin, n. 55. — Les Bouches-du- Rhône, t. xv, p. 43. — J. Mouquet, A propos de l'inscription de Cassis, dans Revue archéologique, 1931, t. i, p. 174-175; le même, Sur quelques ports de l'itinéraire maritime, ibid., 1931, t. n, p. 123-126. — G. Rohault de Fleury, La mess3, Études archéologiques, in-4°, Paris, 1886, t. i, p. 152, pi. xxxvii. — M. Chailhm, Autels chrétiens de Cassis, de Buoux et de Cavaillon, dans Bull, archéol. du Comité, 1910, p. 15-17, pi. i.

H. Leclercq.

PORTUS ITIUS. — [.Géographie historique.

II. Le port de Boulogne. III. Boulogne et César. IV. L'expédition de Germanie. V. L'expédition de Bretagne. VI. Le port d'embarquement. VII. Le nom du port. VIII. Les calculs des anciens. IX. Les titres d'Ambleteuse. X. Les titres de Boulogne. XL Portus Itius à Boulogne. XII. Le retour de l'expédition. XIII. Bibliographie de Portus Itius. XIV. Le phare de Caligula. XV. Ilius, Gesoriacum, Bononia. XVI. L'occupation romaine. XVII. La ville haute ou Cas-

1 E. Desjardins, Géographie histor. et adminislr. de la Gaule romaine, t. i, ]>. 345. — ' En face du cap (Iris-Nez le détroit D'à plus que 33 kilomètres.—* Halle/., dans Boulogne-sur-Mer et la région boulonnaise, ln-8°, Boulogne, 1899, t. n, p. 539, carte, p. .">.">.'{. ' E. Desjardins, <>/>. cil..

trum. XVIII. La via Solemnis vers Lyon. XIX. Le cimetière de Vieil-Atre. XX. Introduction du christianisme. XXI. La communauté au Vieil-Atre. XXII. Du ive au vic siècle. XXIII. Du ixe au xie siècle. XXIV. Liste épiscopale. XXV. Notre-Dame de Boulogne. XXVI. Les pagus Bononiensis. XXVII. Le musée de Boulogne. XXVII. Nécropoles barbares du Boulonnais. XXVIII. Épigraphie. XXIX. Manuscrits liturgiques. XXX. Bibliographie.

I. Géographie historique. — « Depuis Le Tréport jusqu'au Portel, et sur toute la côte au nord-est de Calais, s'étendent aujourd'hui des plaines marécageuses bordées d'un bourrelet de dunes. Nul doute qu'à l'époque romaine il y eût là une série de lagunes séparées de la mer par un cordon littoral, colmatées par les apports des fleuves. Ce littoral malsain, peu accessible, ne se prêtait guère aux établissements humains ni à la navigation. Peu ou point de ports : Étaples, Calais ne nous apparaissent que tard dans le Moyen Age l; les voies romaines ne les atteignent pas. Au contraire, le Boulonnais s'avançait vers l'Angleterre comme un promontoire au rivage rocheux et découpé 2, aux ports profonds et abrités. La bassure de Baas, banc de grès portlandien, maintenant à 4 ou 5 mètres de profondeur, émergeait encore et protégeait la « rade foraine 3 ». La Liane ne pouvait servir de voie de pénétration — ce fut là et c'est encore l'obstacle le plus sérieux au développement de Boulogne — mais les pointes de Chàtillon et d'Ordre, qui s'avançaient en mer de 700 à 800 mètres au delà des falaises actuelles, enfermaient dans le cours inférieur du fleuve un bassin de 8 kilomètres de long sur 500 mètres de large. Jusqu'à Isques s'enfonçait un véritable bras de mer, qui pénétrait dans les anfractuosités de la roche, y formait de petits havres dominés par des collines assez élevées 4. Tel était bien le site que choisissaient les Romains pour leurs établissements de l'Océan; un large et profond estuaire, à l'abri des vents et des coups de mer, à portée des bois et des matériaux de construction.

« Boulogne dut à cette situation de devenir, dès la conquête romaine, la grande station navale dans les mers du Nord 6. La classis britannica y avait son point d'attache. Un fait tendrait même à nous prouver que ce fut sous l'empire le seul lieu d'embarquement pour la Grande-Bretagne; quand Julien voulut dérober la nouvelle de son avènement à l'armée de Bretagne, il envoya un agent à Boulogne pour empêcher que personne ne franchît le détroit (360) 8. Sur ce point se réunissaient quatre chaussées venant de Juliobona (Lillebonne), de Samarobriva (Amiens), de Teruana (Thérouanne) et de Cassel.

IL Le port de Boulogne. — La première mention d'une ville sur l'emplacement actuel de Boulogne se lit dans Pomponius Mêla qui lui donne le nom de Gesoriacum, que nous retrouvons dans l' Itinéraire d'Antonin. On s'est flatté de simplifier les questions d'origine en plaçant Gesoriacum dans la ville basse actuelle et Bononia dans la ville haute; il y a lieu d'y regarder de plus près.

On a trouvé à Boulogne des témoins nombreux et irrécusables d'établissements préhistoriques. E.-T. Hamv a montré que l'homme y avail établi son domicile de bonne heure et les gisements de pierre taillée qu'on a découverts à Chàtillon et au mont de Couple se classent entre les agis du quaternaire moyen et de la période néolithique; des ossements de renne de la

t. i, i». 384, pi. xv-xvn. — s Dès Caligula, Boulogne est le seul port militaire de la cote.—- '.I. Sion, Les origines du port de Boulogne, dans Mélanges littéraires publiés par In faculté de Clermont, in-Su, Qermont-Ferrand, 1910, p. 183-184.

port us mus

même période ont été rencontrés au sud du Portel et on a trouvé, dans l'ancien port, des crânes dont un néanderthaloïde, des ossements enfoncés dans la tourbe. « Avec l'apparition du métal, c'est presque l'histoire qui commence, et les milieux se rapprochent de plus en plus des milieux actuels. Les cordons littoraux ont disparu, démolis peu à peu par les courants côtiers qui les rongent et les emportent, en même temps qu'ils s'affaissent dans le mouvement de subsidence que l'on constate alors en divers points du littoral; ils ne laissent à la place qu'ils occupaient jadis que des bancs allongés parallèles au rivage. Les forêts qu'ils protégeaient sont ensevelies sous les sables, et les eaux intérieures ont trouvé leur cours direct vers la mer. Le flot puissant, poussé du Sud-Ouest à chaque marée contre les roches de l'Heurt et de l'Inheurt, se partage en montant vers le détroit, en deux courants secondaires : l'un qui se précipite entre la bassure et la terre, déterminant le courant littoral, l'autre qui se déverse au large, contournant la bassure en dehors, et produit à la longue en passant la dépression constatée au large de Châtillon, où la Liane va trouver son embouchure historique l. »

Dès l'époque romaine, le port de Boulogne a joui d'une certaine importance, mais il ne porte pas tout de suite, semble-t-il, un nom qui le désigne ; peut-être se contente-t-on de l'appeler portus et ce terme correspond au vaste bassin intérieur d'une extension déjà considérable vers la fin des temps préhistoriques. L'embouchure de la Liane était le seul point du détroit où les Romains pussent trouver à la fois un abri pour une grande flotte et ses chantiers, de l'eau en abondance pour les troupes d'embarquement et le bois nécessaire à la construction et à la réparation des vaisseaux 2.

Dès la lre moitié du Ier siècle de notre ère, la flotte romaine avait sa station en ce lieu et on a trouvé dans le bassin à flot, à 9 ou 10 mètres de profondeur, des tessons romains de la flotte en grande quantité, des aiguilles de voilier, du cuir, etc., à 9 mètres de profondeur dans l'avant-port une barque et, à 8 mètres audessous de la plage de Châtillon, des traces indiscutables du niveau de la mer à l'époque romaine. « Les fouilles exécutées en 1860-1861, lors de l'établissement du bassin à flot ont été confirmées par le résultat de celles opérées, en 1898, sur la plage de Châtillon et indiquent que le port avait son entrée dirigée vers l'Ouest et placée à un niveau inférieur de 8 mètres environ au niveau de la plage. Les falaises de la tour d'Ordre et de Châtillon devaient s'avancer à plus de 1 kilomètre en mer et se rapprocher de façon à ne laisser entre elles qu'un goulet relativement étroit; la bassure de Baas elle-même devait émerger à basse mer au nord et au sud du thalweg géologique de la Liane dont la dépression est encore bien marquée; enfin la forêt littorale dont on retrouve tant de traces sur les plages aux abords de Boulogne et qui semble dater de la période néolithique n'était peut-être pas encore complètement submergée. Le flot avait probablement plus d'importance que de nos jours et il semble établi que la nappe d'eau s'étendait, en se ramifiant, dans le Val de Tivoli et le "Val de Saint-Martin, entre les collines de la tour d'Ordre, de la Colonne, de Marquetra, de Dringhen, de Bertinghen, d'Ostrohove et d'Herquelingue, au Nord, et les falaises d'Outreau et de Saint-Étienne, au Sud. En somme, cette vaste étendue d'eau dans laquelle certains ont vu le fameux Portus Itius des Commentaires de César et de la Géographie de Strabon, s'étendait sans doute jusqu'à

1 E.-T. Hamy, Boulogne dans l'antiquité, dans Boulognesur-Mer et la région boulonnaise, in-8°, Boulogne-sur-Mer, 1899, t. i, p. 23. Cf. Stoeklin et Laroche, Des ports maritimes considérés au point de nue des conditions de leur établissement.

Isques. D'ailleurs, il n'existait pas à l'époque d'autre ville maritime romaine dans la région, Quentovic étant de fondation bien postérieure, bien que des auteurs en fassent remonter la fondation 50 ans avant Jésus-Christ ou au milieu du Ier siècle de notre ère s. »

D'après César la distance entre le Portus Itius et la côte bretonne était environ de xxx milles romains, soit 44 kilomètres 500, ce qui est presque exactement la distance qui sépare Boulogne de Douvres, soit 25 milles marins ou 46 kilomètres 500. 11 faut remarquer que de nos jours la distance est plus forte qu'à l'époque romaine, ce qui peut s'expliquer par le fait de la submersion de la bassure de Baas.

De Boulogne, les Romains se rendaient à Douvres (Dubroe) et plus généralement à Richborough (Iiutupiae), près de Ramsgate. Or, la distance de Gesoriacum à Hulupiae est de ccccl stades ou xlv milles, soit 66 kilomètres 500, c'est-à-dire à peu près exactement la distance de Boulogne à Richborough.

Le port formé par l'estuaire de la Liane, bien abrité des vents par un amphithéâtre ininterrompu de hautes collines, offrait une base maritime favorable à la construction et au radoub de flottes importantes; il n'était pas moins propice à la pêche, le reflux entraînait les barques au large d'où le flux les ramenait à leur point de départ. Il n'était pas jusqu'à la Liane qui ne concourût à rendre quelques services. Le lit de la rivière, beaucoup plus large que n'est aujourd'hui le bassin de retenue, venait frôler le pied des collines entre la roule nationale de Boulogne à Montreuil et l'ancien chemin de la Verte-Voie. Toute la plaine où circule aujourd'hui un peu paresseusement cette rivière était, vers le début de notre ère et jusqu'à une époque moins éloignée de nous, couverte chaque jour par la marée montante qui arrivait au moins jusqu'à Isques et peut-être au delà, car on ne saurait préciser. Le premier essai de barrage qui fut tenté pour limiter ce trop vaste estuaire fut la construction du pont qui a donné son nom au hameau du Pont-de-Briques. Un document du xve siècle dit expressément que ce travail fut exécuté « pour arrêter les desbordemens de la mer ».

On s'explique sans peine que les Romains aient choisi ces lieux pour leur principal établissement sur la Manche, face à cette île de Bretagne qu'il leur fallait surveiller et, au besoin, menacer; aussi Strabon fait de Boulogne le quatrième port d'embarquement de la Gaule pour la Grande-Bretagne. Avec son inépuisable réserve de forêts où les destructions méthodiquement poursuivies depuis vingt siècles n'ont pu venir à bout de détruire cet approvisionnement prodigieux, la Morinie, et surtout le Boulonnais, paraissaient le chantier providentiel nécessaire à un vaste établissement maritime, aussi Ptolémée appelait-il Gesoriacum navale Morinorum. Des observations géologiques minutieuses ont permis d'évaluer le volume des eaux de la Liane, plus abondant que de nos jours, et qui permettait le flottage des bois jusqu'aux cales de radoub, avantage que n'offrait aucun autre point du littoral.

Un autre avantage qui n'était pas à négliger était le plateau de la haute ville qui permettait une surveillance et, au besoin, une défense efficace des installations et aménagements qu'on atteignait sans délai grâce à une pente douce qui descend des hauteurs de Saint-Martin jusqu'au milieu de la partie du port la plus rapprochée de la mer. Les lieux présentaient une position exceptionnellement favoiable à la construction d'un eastrum à peu près inexpugnable d'où que se révélât le danger, du côté de la mer ou de la terre.

in-8°, Boulogne-sur-Mer, 1879, p. 8; H. Malo, Petite histoire de Boulogne-sur-Mer, in-12, Boulogne-sur-Mer, 1899. — 2 E.-T. Hamy, op. cit., p. 29; c'est le seul point où ils bâtirent une ville. — ' J. Voisin, Le port de Boulogne, 1899, p. 709-710.

POHTUS mus

III. Boulogne et César. — Les années 58-56 avant notre ère avaient été marquées par la défaite des Helvètes, la soumission de la Belgique au sud de la Sambre, la conquête de l'Armorique et de l'Aquitaine, l'annexion apparente de toute la Gaule. Tout semblait terminé. César touchait au Rhin d'une part, à l'Océan d'autre part, ce qui portait encore le nom gaulois semblait n'être plus que province romaine. César affirma que la conquête était un fait accompli et il se le persuada à lui-même parce que les apparences étaient plus flatteuses pour lui que les réalités. Les faits, sous la forme de soulèvements partiels, lui apportèrent un démenti. Il fallut soumettre la Bretagne et la Normandie, ensuite s'occuper de la Morinie et de la Flandre. Le Rhin paraissait une frontière infranchissable et les ambassades de Germains prodiguaient les protestations pacifiques, tellement que les Romains pouvaient se croire solidement adossés au fleuve depuis le confluent du Mein jusqu'à celui de la Ruhr. Mais la sécurité n'était plus pareille dès que le fleuve entrait dans la plaine. Sicambres, Morins et Ménapiens affectaient une entière ignorance des conquérants latins et de leur général. Celui-ci souhaita faire connaissance avec eux avant l'automne de 56, et il pensa les soumettre en quelques semaines et quelques combats, il en a convenu lui-même : Arbitralus id bellum celeriter confici posse l. Il lui fallut reconnaître que ces nouveaux adversaires différaient des Gaulois rencontrés dans les trois années précédentes : longe alia ratinne 2, dit-il.

En plaine il n'aperçut personne * et il dut se dire que ceux qu'il cherchait se tenaient cachés dans la forêt proche qui est représentée de nos jours par ce qui en reste sous le nom de forêt de Nieppe, à l'intérieur ou, peut-être, à la lisière du fond, vers le mont Cassel ou vers les hauteurs de Bailleul et le mont Kokerule. César ne pouvait reculer et la saison avancée ne lui permettait pas d'attendre, il chercha l'adversaire, probablement dans la direction du mont Cassel, qui appartenait aux Ménapiens, mais il ne dépassa pas le pays des Morins *. S'il y entra ce ne put être que par li route venant d'Arras vers Cauchy et qui se redress it au Nord vers Cassel ; il aura campé vers Lilliers ou le mont Corbeau où il se trouva affronté aux marais de la Lys et aux premiers boqueteaux de la forêt de Nieppe : initium silvarum 6. L'armée s'arrêta et commença à bâtir le camp, jusqu'à ce que soudain toute une fourmilière se précipitât sur les légions, les assaillît et, profitant de l'effet de surprise, les bousculât jusqu'au moment où l'armée romaine les refoula dans le bois, assez avant pour n'y être pas soutenue et perdre du monde *. César en fut pour sa courte honte et, pour atteindre ceux qu'il appelait barbares, adopta une tactique de sauvage. Pendant des jours on vit les légionnaires armés de la hache se frayer une route dans l'épaisse forêt dont les troncs d'arbres entassés de chaque côté du couloir formaient une sorte de rempart '. Il se pourrait même qu'on ait eu recours à l'incendie ", mais le tracé de cette route n'est pas assuré, certains ont cru la retrouver de Thiennes à Wallon- Cappel vers Cassel, d'autres de la Lys et de Thiennes à Vieux-Berquin, vers les monts de Bailleul. Quoi qu'il en soit, César fit buisson creux, rencontra des habitations abandonnées et ramena quelques bestiaux, mais point d'hommes. L'hiver approchait, les Romains se retirèrent, détruisant sur leur passage tout ce qu'ils

1 César, De bello gallico, I. III, c. xxvm, 1. — * Id., ibid. — ' Id., ibid., 1. III, c. xxvm, n. 2. — 4 Id., ibid., 1. IV, c. xxxvni, 2. — ' Id., ibid., 1. III, c. xxvm, 3; Dion, llist. rom., 1. XLIV, c. n. — • Id., ibid., 1. III, c. xxvm, 3-4; Dion, op. cit., 1. XLIV, c. u. — ' Id., ibid., 1. III, e. xxix, 1-2; Dion, op. cit., 1. XLIV, c. il. — " Florus, I, xlv, 6, jussit

purent atteindre. — Telle fut la première rencontre de César avec les arbres et les hommes de Flandre : il recula.

Mais il reparut. L'année 55 le vit tenter deux entreprises importantes : le passage du Rhin et celui de la Manche. C'est qu'il pouvait alors se flatter d'avoir mis fin aux soulèvements des nations gauloises et d'avoir supprimé les patries locales. L'assemblée des cités n'était plus, au printemps de 55, qu'un rouage administratif entre les mains et à la volonté du proconsul qui y parle en maître aux chefs convoqués par lui : principibus Galliae evocatis*, qui énonce le chiffre du contingent des troupes eru'on doit lui fournir et donne ses ordres.

IV. L'expédition de Germanie. — L'année 55 fut signalée par les campagnes de Germanie et de Bretagne destinées, en apparence, à consacrer la défaite et l'isolement des Gaulois. En réalité, César voyait plus loin. Bretons et Germains n'étaient, à ses yeux, que les éléments d'une gloire destinée à égaler et à dépasser toutes les gloires des conquérants qui l'avaient précédé et Alexandre lui-même, surtout Alexandre. Le mystérieux Orient enveloppait les renommées du halo lumineux de son soleil éblouissant, il fallait que l'Occident septentrional entourât d'une prodigieuse horreur la réputation de celui qui s'enfonçait héroïquement dans les brumes où finit la terre habitée. C'est la part de rêve, « mais c'est encore de l'idéal qu'un tel amour de gloire ». Gardons-nous, en y insistant pour César, de trop embellir son âme. D'autres besoins, vulgaires et mauvais, le poussaient aussi à ces nouvelles aventures. Du moment que la Gaule était pacifiée, ni lui ni ses complices ne pouvaient, de quelque temps, y espérer de très belles affaires ; il fallait chercher ailleurs l'occasion de ces coups de fortune, comme la mise à l'encan de 50 000 Aduatiques et de la nation des Vénètes. Dans ces solitudes de Bretagne et de Germanie on ramasserait des hommes à foison : hominum... infînita multitudo10. La Bretagne, c'était le pays fabuleux de l'étain, où Carthaginois et Marseillais avaient acquis tant de richesses, et c'était l'île aux perles grosses comme le poing". César voulait maintenant de tout cela. Un âpre désir de luxe et de dépense l'avait saisi, aussi fort que son ambition : esclaves, tableaux, meubles et statues, il achetait tout à en avoir honte luimême ". Officiers, soldats et marchands qui l'entouraient étaient à l'unisson. Dans quelques mois, Quintus Cicéron le suivra chez les Bretons en qualité de légat : et ce qui préoccupe le plus son frère l'orateur, c'est de savoir le butin qu'on y fera ls.

Ce fut en Germanie ejue l'opération débuta. Dès le début de l'année 55, à Rome, une loi avait prolongé les pouvoirs de César : il ne souhaitait, pour le moment, rien au delà et rejoignit en Gaule son quartier général. Il y trouvait une situation assez trouble : la défaite d'Arioviste avait refoulé au delà du Rhin des milliers de Suèves qui, pour se faire une place, avaient occupé les terres de populations germaniques, Usipètes et Teuctères; les Ubiens tinrent bon mais durent payer tribut aux Suèves. Rejetés de partout, Usipètes et Teuctères finirent par échouer chez les Ménapiens vers la Meuse, le Brabant et la Flandre. Les Gaulois, aux illusions incorrigibles, imaginèrent voir dans tes envahisseurs des libérateurs à titre d'auxiliaires it leur laissèrent remonter la Meuse jusqu'à Tongres dans la direction ele Maestricht. César, tenu au courant ele

incendi; édit. Rossbach. — 'De bello gall., I. IV, c. VI, n. 5. — " De bello gallico, 1. V, c. xn, n. 3; cf. 1. IV, c. i, n. 1. — 11 Suétone, C<rs<ir, c. xi.vu; Pline, Ilist. net., 1. IX, c. cxvi; Solin, xxil, 10. — "Suétone, Cœsar, c. xlvii. — "Cicéron. Ad Atticum,l. IV, xvi, 13:pra>d« ex mancipiis; cf. Ad fainil., 1. VII,VII,1;C. Jullian, llist. de la Gaule, t. m, 1931, p. 323.

PORTUS ITIUS

ces événements, ne voulut pas laisser aux Germains et aux Gaulois le loisir de s'entendre, se rendit en Gaule, convoqua les chefs gaulois (à Amiens?) et leur demanda leur concours pour les protéger de l'invasion menaçante. Gela dit, il marcha contre les Usipètes et les Teuctères qui le supplièrent de les laisser vivre en paix. César fit les chefs prisonniers au moment où ils se présentaient en parlementaires et refoula toute la nation — environ 430 000 âmes — dans l'impasse que formait le confluent de la Meuse et du Rhin, peut-être au passage de Gennep et tout périt dans le fleuve. A cette nouvelle, les Romains connurent cette ivresse d'orgueil et d'ambition qui consacre chez eux leur participation aux pires iniquités; seul Gaton accusa César d'avoir violé le droit des gens.

Lui se préparait au passage du Rhin sous prétexte de défendre les Ubiens contre les Sicambres. C'était un solennel démenti donné à son affirmation que le Rhin était la limite naturelle de la Gaule : Populi romani imperium Rhenum finire l, mais il n'était pas homme à être lié par sa propre parole. Il voulut traverser le fleuve non sur des barques, mais sur un pont qui se prêterait à un défilé militaire plus majestueux 2. Il se peut que le pont ait été construit à Cologne, où le fleuve mesure cinq cents mètres de largeur, il se composait de pilotis supportant un tablier continu; la construction demanda dix jours et le passage suivit. Cela fait, le proconsul se dirigea contre les Sicambres et trouva le pays abandonné, toute la population ayant gagné les marécages et les déserts à l'Est. César fit brûler les huttes et couper les moissons afin d'initier les fugitifs à une civilisation italienne. De retour chez ses alliés, les Ubiens, il y reçut des députations qui le suppliaient d'attaquer les Suèves et de conquérir la Germanie. Il y avait là l'espoir d'une entreprise à la mesure de l'aventurier et du capitaine : une armée prête et rendue sur place, des alliés entreprenants, un adversaire digne de lui, ses communications avec l'arrière assurées, la Gaule soumise, et devant lui la route du Danube, celle de l'Inde! C'en était trop et César fit demi-tour, repassa le pont, qu'on démolit, à la vue des Sicambres rentrés dans leurs terres et fort amusés, on peut le croire, du spectacle qu'on leur offrait 3.

V. L'expédition de Bretagne. — ■ C'était un échec pis qu'une bataille perdue, mais, à ce début de l'été, le temps s'offrait encore de le réparer. César se retourna vers la Bretagne. On a parlé de campagne « improvisée »; c'est méconnaître l'homme et les ressources de son génie. Des intelligences à la mesure de celles de César et de Napoléon peuvent suppléer à la durée des réflexions par l'intensité de l'intuition. On pourrait s'étonner à ce propos de ne pas trouver ici un rappel de ce qui se passa au camp de Boulogne en 1805 où, par une improvisation mémorable, l'empereur, dont la pensée et l'effort sont concentrés sur l'objectif du débarquement en Angleterre, apprend la menace austrorusse qui se révèle sur le Danube et dicte les ordres de marche de la Grande armée (29 août) qui se transportera sur le Rhin et le Mein, de là à Ulm où le général Mack capitulera le 17 octobre. Cet exemple suffit à montrer qu'il y a des improvisations plus mûries que ne le seraient de longues méditations, et on peut appliqu r ctte remarque à l'expédition de César en Bretagne (fig. 10474).

Son premier soin, une fois son parti arrêté, fut de prendre sur le pays tous les renseigneimnts possibles. Il fit donner ordre à sa prévôté de rabattre vers son camp tous les marchands et il les interrogea lui-même4;

1 De bello gallico, 1. IV, c. xvn, n. 1. — a Id., ibid. — » C. Jullian, op. cit., p. 330-336. — « De bello qallieo, 1. IV, c. xx, c. 4. — ' Ibid., 1. IV, c. xxi, n. 1-2. — 8 Ibid., 1. IV, o. xxi, xxv, n. 8. — ' Ibid., 1. IV, c. xxi, n. 8. — 8 Ibid.,

en même temps un officier distingué, le tribun Volusénus, partit sur un navire de guerre avec la mission de reconnaître les côtes et les lieux de débarquement 5. César profita d'un personnage à qui il croyait pouvoir se confier pour capter la bienveillance de députés bretons venus vers lui, qu'il reçut de la façon la plus courtoise et qu'il renvoya chez eux (dans le Kent?) en compagnie de l'Atrébate Comm et de trente cavaliers gaulois 6. Comm avait sa leçon faite et devait annoncer aux impatients et aux mécontents l'arrivée prochaine de l'armée romaine ' : Se celeriter venturum nuntiet.

Richborout, Rutupiae

10474. — Les côtes de la Manche à l'époque de César.

D'après E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine,

t. i, 1876, pi. xv.

Celle-ci ne serait que peu retardée par le transport, car le proconsul disposait d'une flotte imposante et exercée, elle se composait de la flotte victorieuse dans la bataille navale contre les Vénètes renforcée des bâtiments montés par les peuplades du littoral soumises à Rome 8. Ceci frisait au total : cent vaisseaux de transport destinés au gros des légions, aux chevaux et aux bagages9; en cas de combat, les vaisseaux longs à la romaine 10, avec leurs équipages de frondeurs, d'archers et d'artilleurs"; sur leurs flancs, des chaloupes prêtes, qui débarqueraient des hommes de première ligne 12; en avant-garde, de lég srs navires servant d'éclaireurs 13 : c'était là, on l'a bien dit 14, une escadre ordonnée et pourvue de tous ses éléments. — Comme lieux de concentration et d'; ppareillage, César n'avait rien négligé des ressources que lui offrait le littoral assez peu découpé qui se prolonge de Dunkerque à Étaples. A partir de cette ville, la profonde échancrure de la Cinche commençait la série des ports des Ambiens, qui depuis l'an 57, étaient soumis à son autorité; mais, au nord d'Étaples, les ports des Morins étaient indépendants. Gela ne pouvait que lui paraître intolérable, aussi son premier soin, au retour de la ridicule parade sur le Rhin, fut-il de se diriger vers

I. IV, c. xxi, n. 4. — ' Ibid., 1. IV, c. xxi, n. 4. — 10 Ibid., 1. IV, c. xxiï, n. 3, 4. — " Ibid., 1. IV, c. xxi, n. 4; xxii, n. 3: xxv, n. 1. — 12 Ibid., 1. IV, c. xxvi, n. 4. — la Ibid., 1. IV, c. xxvi, n. 4. — " C. .Jullian. op. cit., t. m, p. 337.

PORTUS mus

Boulogne ' avec une armée qui devait donner à réfléchir. Les Morins du Boulonnais n'étaient pas, à cette saison, en état de rien refuser, ils livrèrent des otages2 et, en échange, reçurent un roi : Commium, quem ipse, Atrebalibus superatis, regem ibi constituerai 3. On peut le contester, mais nous croyons que ibi désigne les Morins parmi lesquels se trouvait César au moment dont il parle4, car: l°Gomm est Atrébate et c'est à sa demande que César a rendu la liberté à son peuple, ce à quoi on ne s'attend guère de la part d'un roi imposé; 2° Coram, chaque fois qu'il est nommé est désigné en qualité d'Atrebas et non pas de rex Atrebatium; 3° dans ipsi Morinos attribuerait (César), le mot ipsi paraît s'appliquer à Comra, non à la cité des Atrébates. On p >ut donc soutenir qu'à raison de ses relations avec les mécontents de l'île de Bretagne, César aura fait de ce beau parleur le roi éphémère de Boulogne.

Ce fut d'ailleurs à Boulogne que le proconsul établit son quartier général; ce fut de là qu'il convoqua la flotte et l'armée 5. Aucun navire ne se montrait dans le détroit, la mer était libre 6. La traversée, favorisée par le beau temps, pouvait demander environ neuf heures. « Mais rien ne se passa suivant les prévisions de César. Les trafiquants gaulois, qui voyaient sans plaisir les Italiens approcher des marchés de l'île ', répondirent à César qu'ils ne savaient rien du pays, de ses habitants et de ses ports8; puis, laissant le proconsul se tirer tout seul d'embarras, ils avertirent de ses desseins leurs hôtes de Bretagne 9. Volusénus et ses marins ne firent que louvoyer la côte; ils revinrent au bout de cinq jours, sans avoir osé débarquer et ne rapportant que de vagues indications 10. Coram, en revanche, put descendre à terre avec ses cavaliers (à Douvres?) et aborda les indigènes qui avaient envoyé des députés à César; mais à peine commença-t-il sa harangue qu'on se saisit de lui et de son escorte u : les messages d'amitié envoyés au proconsul ressemblaient fort à une manœuvre d'espionnage.

« De plus graves contre-temps gênaient César sur le continent. Dix-huit navires de transport restèrent en souffrance, à quelques milles du port », faute d'un Vînt favorable". Il ne lui fut môme pas possible d'emmener beaucoup d'hommes; il dut laisser une légion à Boulogne 14, et en envoyer d'autres contre les Ménapiens et le reste des Morins ,5 : tous ces barbares étaient encore insoumis; ils avaient leurs vaisseaux, leurs marins, des habitudes de brigands et de pirates; qui sait ce qu'ils tenteraient contre la flotte et la garnison, si on ne les tenait pas en respect? Et César ne put disposer que de quelques cavali-rs qu'il envoya s'embarquer sur les vaisseaux en retard l6, et de ses deux meilleures légions, la VIIe et la Xe1'. Ce n'était pas cette petite armée, 10 000 hommes à peine, qui ferait de lui le conquérant de la Bretagne : l'été finissait, les mauvais temps survenaient; à moins d'une chance inespérée, l'affaire, dès lors paraissait manquée.

« C?sar espéra encore cette chance. Quand tout fut prêt, un jour de septembre il leva l'ancre vers minuit, et, vers 9 heures du matin, les premiers navires s'arrêtèrent devant le rivage breton 18 ».

VI. Le port n'iîMBARyUEMENT. — Dès l'époque de Guillaume le Conquérant, la question du port où

1 Par Cologne-Tongres-Amiens et de là à Boulogne par la chaussée de Domqueur. — 'De bello gallico, 1. IV, c. xxi,n.3; Dion, o/>. cit., 1. XXXIX, C. i.i, 1. — 3 De bello gallico, 1. IV, c. xxi, n. 7. — ' C. Jullian, op. cil., t. m, p. 315, note 1, cl Mtinzer, dans Pauly-Wissowa, Encykl.,t. iv, col. 770. — * De bello gallico, 1. IV, c. xxn, n. 3. — • > Cela, dit ('.. Jullian, résulte du récit de la t raversée; ei on peut en conclure que le trafic entre Bretagne et Gaule avait Heu sur des vaisseaux

belges et armoricains, i Cf. De bello gallico, I. III, C. vm, n. 1 . — ' Cf. Strabon, Geogr., 1. IV, c. iv, 1. ■ ■ De bello gallico, 1. IV, c. xx, n. 1. — B Ibid., 1. IV, c. xxi, n. 5. — '" Ibid.,

César embarqua ses légions formant le corps expéditionnaire de Bretagne, en l'année 55, a été discutée, elle a toujours trouvé des auteurs pour se contredire et un auditoire pour s'y intéresser. Voici le problème qui se présentait à César : étant donné un littoral rocheux formant un angle obtus orienté nord-ouest, bordé en arrière par des marécages et des forêts dont il avait fait connaissance à son désavantage l'année précédente, sur quel point allait-il concentrer sa flotte et son armée pour tenter la traversée? Il nous l'apprend lui-même, il choisit le trajet le plus court, par conséquent la partie du littoral de la Morinie d'où brevissimus [est] in Britanniam trajec.tus. Dans ce cas c'est le cap Gris-Nez qui remplit le mieux la condition, mais on ne mouille pas, sans nécessité, une flotte en flèche sur un cap, ni on ne fait camper une armée sur un promontoire où l'attente d'un vent favorable peut se prolonger. Dès lors, César a le choix sur le littoral à droite ou à gauche du cap Gris-Nez. Pour apprécier ses exigences il faut savoir qu'il lui faut un port servant de rendez-vous à un grand nombre de vaisseaux dont le plus grand nombre venait de l'Ouest. En cette année 55, il rassemble seulement 80 navires marchands avec un nombre qui n'est pas donné de vaisseaux longs; en l'année 54, il aura 600 vaisseaux disposés pour le débarquement, construits en vue de l'expédition, 28 vaisseaux longs et beaucoup de bâtiments marchands, de telle sorte qu'il se présente devant les côtes de Bretagne avec 800 vaisseaux. Comme il est généralement admis qu'en 55 et en 54 le port d'embarquement a été le même, il faudra que celui-ci lui ait permis d'abriter une flotte de près de 1 000 vaisseaux, portant un effectif de 5 légions, soit 21 000 fantassins et 2 000 cavaliers, outre les chevaux, les valets d'armée, les marins, ce qui ne peut s'élever à moins de 4 000 âmes. Ajoutons que dans le voisinage du port étaient cantonnés pour un temps prolongé environ 30 000 fantassins, 4 000 cavaliers romains et 4 000 cavaliers gaulois.

Cela demande de la place. Il n'est pas concevable que César ait fait choix, pour un pareil rassemblement, d'une plage éventée de toutes parts et sans défenses naturelles. Aucune position n'eût été moins appropriée que Wissant, le point choisi cependant par Du Cange et par d'Anville. La baie de Wissant est une plaine purement sablonneuse, de 4 milles de longueur à peine et fort étroite, le rayon de la courbe ayant environ 5 milles et demi. Wissant est encadré par deux promontoires, les caps Gris-Nez et Blanc-Nez qui s'avancent assez peu en avant de la ligne du rivage. A moins de changements inconcevables dans les âges historiques, Wissant n'a jamais pu olïrir les conditions nécessaires à une concentration de flottille. Préférer à des havres tels que l'estuaire de la Somme, celui de l'Authie, celui de la Candie et celui de la Liane l'établissement de Wissant eût été. de la part de César, pis qu'une gageure ou une bravade, mais un coup de folie ».

Tel n'était pas le cas pour Boulogne si on veut bien se souvenir que le port ancien s'étendait avant l'ensablement, depuis le pied de la colline de Chàtillon jusqu'au pied de la colline du Calvaire; que toute la

1. IV, c. xxi, n. 9.- " Ibid.,\. IV, c. xxvn, n. 3. — " Ambleteuse, d'après C. Jullian. "De bello gallico, I. IV, c. \\n. n. 1 ; c. xxm, n. 1. — " Ibid., I. IV, c. xxn. n. .">; probable seulement. — " Ihiil., 1. IV, c. xxn, n. ."> : sans doute cinq légions, avec les légats Q.TituriusSablnusel I.. Auninoulcus Cotta. — M Ibid„\. IV. c. xxn, n. I ; c. xxm, n. 1. '■ Ibid., I. IV, c. xxn. n. 3; I. IV, c. xxv, n. 3; I. IV, c. xxxn, n. 1. -— >• Ibid., I. IV, c. xxm, n. 1. 2. Cf. •'. Jullian, op. cit., t. n, p. 339-340. — " Sur cette question, voir Km. Hesjardins. Géographie de la Gaule romaine, in°-s, l'a is, i. i, 1876, p. 351-357.

PORT us mus

partie basse de Capécure était ouverte aux flots de la mer; que le bassin de la Liane dans toute sa largeur depuis l'ancien rivage et depuis Bréquerecque jusqu'à Trie et jusqu'à la fontaine Hul in, depuis la Madeleine et depuis le Pont Pitendal jusqu'à Montataire ne formait qu'une vaste nappe d'eau; qu'on peut remonter ainsi jusqu'au Pont-de-Briques, sans compter les deux bras qui se dirigeaient l'un dans les Tintelleries jusqu'à la porte de Calai;, et l'autre dans le val de Saint-Martin, en passant sous le grand pont de Bréquerecque, dont parlent les anciens cueilloirs; et on se demande ce que ce havre pouvait laisser à désirer pour recevoir les mille vaisseaux de César.

Mais la partie n'est pas gagnée pour si peu et les titres de Boulogne à s'appeler Portus Itius soulèvent d'autres contradictions. Il n'est plus question depuis longtemps de Fort-César, ni du camp d'Averlot ', ni de la Motte-du-Bourg, ni de la Motte-du-Vent, ni de la Motte-du-Chàtelet, ni de beaucoup d'autres conjectures et, par surcroît, d'étymologies. Il fut une époque (de 1859 à 1863) où l'ardeur qu'apportaient certains antiquaires à f.'ire prévaloir leur opinion pour s'imposer à l'attention de l'historien de Jules César avait rendu impossible de se faire entendre. « Depuis qu'une commission a été formée pour préparer la carte des Gaules, écrivait Jules Quicherat, il n'y a plus d'accès nulle part, à moins qu'on ne se présente avec un bon billet signé de ladite commission. Ces messieurs, s'abritant sous le nom de l'empereur, ont occupé toutes les avenues de la publicité et sont bien décidés à ne bisser passer que ce qui favorisera leurs doctrines. C'est aux récalcitrants de chercher les moyens de se f.'ire entendre, et estimons-nous heureux si un jour l'on ne nous force pas à nous taire2. » La Revue archéologique, trop accueillante à des polémiques, s'étaitfait une loi inflexible de refuser tout article qui pouvait déplaire.

La mesure était prudente et cependant le générrl Casimir Creuly réussit à y glisser quelques articles intitulés : La carte de la Gaule. Examen des observations auxquelles elle a donné lieu (1863), articles dans lesquels il évitait de nommer ou de désigner personne de ceux qu'il s'avisait de contredire et d'ébranler la thèse après avoir affirmé qu'il la croyait très solide. Néanmoins, son siège était fait, mais il le cachait le mieux possible. L. Cousin a plaisammc nt raconté une visite à Boulogne de Creuly et d'Alex. Bertrand, à qui Aug. Mariette fit valoir « si bien la cause de Boulogne paur l'emplacement de Portus Itius » qu'il n'y av; it guère à ajouter; mais « tout ce qu" lui ou moi avons pu dire, ne m'a pas p iru frire beaucoup d'impression sur le général qui était favorable à Ambleteuse, et dont toutes les pensées étaient concentrées sur ce port a ». Ainsi donc c'était avant d'être venu sur les lieux que le parti était pris.

D'après lui c'est vers VEastnear Bay, près de Folkestone que cingla la flotte de César et ce n'est ni à Deal, ni à Walmer Castle, mais à Hythe qu'eut lieu le débarquement, mais ce point est indifférent. Ce qu'il soutient c'est l'embarquement à Ambleteuse qui « a été indubitablement un port, même avec bassin, dans l'antiquité 4 et jusqu'au milieu du xvie siècle, où il fut pris par les Anglais. Entièrement négligé ju qu'à 1680, il fut depui ; l'objet de travaux et surtout de nombreux projets qui témoignent de l'importance que les divers gouvernements attachaient à cette position essenti 1lement militaire. J'ai lu tout ce que contiennent les

1 D. Haigneré, Lettre à M. F. de Saulcy, 20 janvier 1862, dans Recueil historique du Boulonnais, t. i, p. 96-98. — * J. Quicherat à D. Haigneré, 18 mars 1862, dans ihid., t. il, p. 413. — a L. Cousin à D. Haigneré, 29 juillet 1869, dans ibi<L, t. il, p. 374-375. — ' On ne lit aucune mention du port d'Ambleteuse avant le xvie siècle; le seul fait qu'on puisse

archives du génie et l'impression principale qui m'en est restée est que la rade d'Ambleteuse devait être la vraie rade de Boulogne, pour une descente à faire ;ur la côte anglaise. Une bonne partie de la flotte de César a pu être construite dans la rivière de Boulogne, et y rester jusqu'à l'achèvement des préparatifs. Le vent Corus (Nord-Ouest) qui souffla pendant 25 jours, n'est pas un vent mauvais dans la Manche, à l'époque de l'année dont il est question, et la flotte une fois rendue dins la rade d'Ambleteuse, dont le fond est exe lient, a dû facilement y résister. Si le vent venait à fraîchir d'une manière inquiétante, rien n'empêchait de rentr r en rivière 5 ». D'après ce qu'on vient de lire, la rade d'Ambleteuse est la « vraie rade de Boulogne » et la flottille a « pu être construite dans la rivière de Boulogne », « y rester ju:qu'à l'achèvement des préparatifs » et, en cas de mauvais temps « rentrer en rivière ».

Ce sont là d'importants aveux mais qui laisseraient la question entière si on négligeait le point de vue nautique. On a pu, à l'aide des certes mod mes établies au moyen de la triangulation, calculer la dKtance la plus courte entre les deux rivages et les différents poits de la Manche; c'étr it là un procédé ignoré des anciens pour l'appréciation des distances, aussi ne peut-on accorder à leurs évaluations en stades ou en milles de la largeur du détroit qu'une exactitude approximative. Qu'il s'agisse de César, de Pline, de Strabon et des autres ou même des Itinéraires, leur dessein est de calculer le trajet et non la distance à vol d'oiseau. Les Romains habitués de longue date à la Méditerranée avaient eu à faire connaissance avec l'Océan et s'étaient aperçus que le détroit qui sépare la Bretagne de la Gaule ne ressemble en rien à une rivière qu'on traverse à la rame, en ligne droite ou oblique au choix; il fallait se résoudre à y naviguer à la voile, en tenant compte du vent et d<>s courants. D'f illeurs la langue grecque pas plus que la langue latine ne possèdent le terme louvoyer, et cette manœuvre ne leur était connue que comme un moyen de salut pir gros temp ; : Hinc atque hinc ad ventos obliqua transjerre vêla, m is ie n'était pas là pour eux un procédé de marche. Au" i pour la flottille de César, le port d- Boulogne était 'e mieux situé, au point de vue du passage en Bretagne parce qu'il permettait d'aborder l'île p ir voie oblique, à la f .veur des courants de marée, avec la chance d'avoir le plus souvent possible une f ire de vent favorable à la traversée 6.

On a vu que Creuly revendique le Portus Itius pour Ambleteuse qu'il comprend dans la rade de Boulogne. Dans ces conditions il devient superflu de se livrer à une étude du développement qu'ont pu exiger le nombre et le tonnrge des bàliments à abriter, m; is n'est-ce pas abuser un peu des mots et de leur sens naturel que de parler d'une rade de 8 à 9 kilomètres de longueur? Quoi qu'il en soit, la flottille composée de navires dont les dimensions restreintes excèdent p.u, pour les plus longs nos chalands de rivières et de canaux pouvait trouver tout l'espace nécessaire dns le port de Boulogne, peut-être dans celui d'Ambleteuse 7. Même en leur donnant toute facilité de manière à être à l'aise, les bâtiments ne réclamaient pas un front de bandière dépassant 1 kilomètre 1/2 et une superficie dépassant de peu 3 hectares 1/2. Il n'y a guère de part qui, à la rigueur, n'y suffise, reste à le déterminer.

VII. Le nom du port. — César ne l'a pas nommé autrement que par ces mots : inde... hue... eumdtm

alléguer, au vie siècle, est un naufrage. — 5 C. Creuly, dans Revue archéologique, 1863, t. il, p. 310. — 'John Hougall, Observations on the port of Gaul froni a>hich Csesar's armu sailed on his expédition against Rritain, in-12, London, 1824. — ' César, De bello gallieo, 1. IV, c. xxn, 2; xxm, 4; 1. III, c. ix, 1; 1. V, c. Il, 2.

PORT US ITIUS

portum et il est généralement admis que c'est le même, p.irt qui servit à l'embarquement du corps expéditionnaire de Bretagne en 55 ' et en 54; cette fois nous savons que c'est Porius Itius 2. Or, ce nom s'e; t conservé sans que les textes ni les monuments figurés aient gardé le souvenir de l'emplacement auquel il s'applique. Voici, après tant et tant de controverses, que O. Hirschfeld et G. Zangemeister résument la question : Portas Morinorum Britannitus cerle liaud diversus est a Gesoriaco, Morinorum genlis litore quem jam prima aetate imperatoria celebrem fuisse notât Pomponius Mêla 3 verbis his : frons litorum perlinet ad uttimos gallicarum gentium Morinos nec portu, quem Gesoriacum vocant, quidquam notius habet, allusion non seulement à l'expédition de Caligula m"is à celle de Claude, en l'an 43 ; a Massilia Gesoriacum usque pedestri itinere confecto inde transmisit l... Ibidem vel potius paullo magis meridiem versus fuisse portum Itium, quo ex portu (Caesar) commodissimum in Britanniam trajectum esse cognoverat, circiter milium passuum XXX a continenti 6 recte fortasse post multos alios quos Em. Desjardins recenset* statuerunt Aug. Mariette Dissertation historique et archéologique sur les différents noms de Boulogne dans l'antiquité romaine ; portus Icius, Gesoriacum, Bononia'1, Napoléon III, Histoire de César, t. n, p. 166 sq., Desjardins, op. cit., p. 348- 390 cum tab. xv-xvn, cum eum alii ad Wissant, alii aliis locis (cf. Dictionn. arch. de la Gaule, X. n, p. 45 sq.) ubi Creului opinio, Itium portum loco hodie Ambleteuse dicto respondere probatur quœsiverint 8.

VIII. Les calculs des anciens. — Les Morini disposaient d'un contingent de 25 000 hommes dans un pays dont la défense naturelle consistait en silvas ac paludes 9. Ce fut dans ce pays que César se rendit avec toute son armée pour, de là, passer en Bretagne; il ne s'agit pis du port, mris de la contrée; cum omnibus copiis in morinos proficiscitur, quod inde erat brepis- SIMVS in Britanniam trajectus naves undique... jubet convenire10. Avec 80 navires de charge, César comptait transporter deux légions dans l'île, le reste de la flottille restait à la girde du questeur, des légats et des préfets; en outre, 18 navires de charge, contrariés par le vent se trouvaient retenus à 8 milles (11 kilomètres 848 mètres) et devaient embarquer la cavalerie. Le port resta confié à la garde d'un légit11. Quant au point où la cavalerie eut l'ordre de se rendre, on le désignait sous le nom de portas ultcrior, ce qui le situe au nord du port de concentration assigné, à la flotte car ultcrior n'a qu'un sens chez tous les écrivains latins, c'est-à-dire au delà du lieu où l'on se trouve, Home étant toujours pris pour point de dépirt. Plus loin le portus ulterior devient un portus superior, c'est la même chose, car dans le ling'ge géographique des Romains ces deux termes indiquent le Nord par rapport au quartier général d" la flotte.

On sait que les 18 navires du port ultéri ur ne partirent que quatre jours après le corps expéditionnaire, ne purent atteindre leur objectif et regagnèrent le continent. Au retour de l'expédition, il y eut encore deux navires qui ne purent regagner les mêmes ports et furent poussés un peu plus loin : ex iis onerariac duae EOSDEM, QUOS reliquae, PORTUS capere non potcrunl, et paulo infra delatac sunt". 11 y avait doncplus d'un port au quartier général et le mot infra ne saurait désigner qu'un point situé au sud du quartier

1 De bello gallico, 1. IV, c. xxi, n. 3; e. XXII, n. fi; c. XXIII, n. 1. — * //>!</., I. V, c. il, n. 3; c. v, n. 1. — ' L. III, c. u, n. 2. — 'Suétone, Claudius, c. xvn. — s De bello gallico, 1. V, c. n, in, v, n. 1 ; Strabon, 1. IV, c. v, a. 2:Moptvûv7cap'

orç sTTt xai to "Pc, , <.i i/f^i.'i va-jTTaBjiiû KatTap u 8tôç. SiaCpiov iiz -t;i 'tf^m Itiov »xp'<v; IMolémée, II, ix, 1 . — * Géographie de la Gaule romaine, in-8°, Paris, t. i, p. 388. — ' Revue archéologique, 1817, p. 777, qui renvoie à

général. L'ensemble des installations propres à l'embarquement se compose donc : 1° du quartier général qui comprend plusieurs ports : eosdem portus, deux au moins; 2° d'un port ulterior ou superior situé à 11 kilomètres 800 mètres au Nord, et 3° d'un point (pas un port) situé au sud, paulo infra, du quartier général, assez près pour qu'on entende le bruit d'une escarmouche 13. César, après la campagne de 55, se rend en Italie et donne l'ordre de construire des navires nouveaux et de réparer les autres. A son retour, il trouve 600 navires nouveaux et 28 bateaux longs prêts à prendre la mer et il concentre le tout à Portus Itius, car, dit-il, il avait reconnu que c'était un excellent point d'embarquement pour passer en Bretagne, distante environ de 30 milles du continent ....alque omnes ad portum Itium convenire jubet, quo ex portu COMMO- DISSIMUM in Britanniam trajectum esse cognoverat... ".

Que dit exactement le texte : ...esse cognoverat, circiter millium passuum triginta transmissum a continenti. Il n'est pas question de compter 30 milles (44 km. 443 m.) de Portus Itius à la côte bretonne, mais plus simplement que : 1. César avait expérimenté que Portus Itius était un lieu très commode pour se rendre en Bretagne et 2. que celle-ci se trouve à 30 milles du continent. Il est difficile de ne pas reconnaître dans l'imparfait cognoverat le fruit de l'expérience acquise l'année précédente. Et c'est sur ce point que se trouvent concentrés les sept légions, la cavalerie romaine, la cavalerie gauloise et dans « les ports » 828 navires construits et radoubés 16. Le départ de la seconde expédition fut retardé par le vent de nord-ouest (corus ) pendant vingt-cinq jours et, lorsqu'il tourna, César embarqua cinq légions et un corps de cavalerie u, laissant trois légions à Labiénus qui fit encore construire 60 navires, ce qui représente de vastes chantiers et des berges considérables pour près de 900 navires, puisque César fit mettre toute sa flotte à sec (subductis navibus) ".

Dion Cassius racontant ces deux campagnes estime que la Bretagne est éloignée « de 450 stades de la région de la Belgique habitée par les Morini18 », soit 56 milles ou 83 kilomètres, nous voilà loin des circiter millium passuum triginta et ces mêmes 450 stades dont le chiffre exact donné par Yltinéraire maritime pour marquer les points extrêmes du trajet pour passer du continent dans l'île. Sera-ce Strabon, seul avec César, à mentionner le portus Itius, qui nous donnera la distance de ce port, ayant, dit-il, « servi de lieu d'embarquement au divin César pour passer dans l'île. César mit à la voile pendant la nuit, et il arriva le lendemain à dix heures du matin ayant effectué ainsi un trajet 320 stades », soit 40 milles romains ou 59 km. 200 m.** Tpiaxootouç xai eïxoai araSîouç. Et voici maintenant Pline le Naturaliste qui vient nous apprendre que la Bretagne est éloignée de 50 milles de Gesoriacum sur le rivage de la nation des Morini, et c'est le plus court trajet : Usée abesl a Gesoriaco Morinorum gentis litore, proximo trajectu, quinquaginta millia 20. Or, 50 milles romains valent 75 kilomètres et l'on n'en compte que 50 pour aller de Boulogne à la côte anglaise. Ainsi les auteurs anciens évaluent la distance entre le continent et l'île de Bretagne tous de façon différente : César, 30 milles, Dion Cassius, 56; Pline. 50: Strabon, 40; ce qui nous donne le choix entre 44 km. 443 m., 59 km. 200 m., 75 et 83 kilomètres.

la Lettre à M. Bouillet sur l'article Boulogne de son Dictionnaire d'histoire et de géographie, in-8°, Paris, 1817. — * Corp. iuscr. lat., t. xm, 1" part., p. 561. — 'De bello gallico, I. III, c. xvin. — " Ibid., 1. IV, c. xxi. — " Ibid.,l. IV, c. xxn. — '• lbtd.,l. IV. e. XXXVI.- " Ibid.,\. r\\ c. xxxvn. — ■« Ibid., 1. V, c. il. — 1S Ibid., 1. V, c. vm. — ■ Ibid., 1. V, c. vu, vm. — " Ibid.,\. V, c. xxiv. — "Dion, I. XXXIX, c. L. — '" Strabon, 1. IV, c. vi, 2. — !0 llist. nal., 1. IV, c. xxx, 1.

PORTUS mus

IX. Les titres d'Ambleteuse. — La rade d'Ambleteuse, aujourd'hui partiellement ensablée, pouvait suffire, à la rigueur, au mouillage de la flottille de la première et même de la seconde expédition, mais dans les deux cas elle suppléait peut-être le portas ///us, elle ne le remplaçait pas et ne le valait pas, eu égard à l'éloignement des chantiers. Ambleteuse compensait en partie ce désavantage par son fond de sable que les Romains savaient apprécier et que, d'ailleurs, leur offrait également la rade de Boulogne. Cette estime pour le sable et l'aversion pour les fonds rocheux est une des raisons qu'a données César pour avoir reporté son point de débarquement de Douvres à Deal; la raison véritable est l'accueil menaçant qui l'attendait du haut des falaises de Douvres. Il fait donc remonter plus haut vers l'embouchure de la Tamise, vers un point où sa flotte sera balayée par deux tempêtes de marée, mais d'où, nous dit-il, la sortie est moins difficile qu'à l'abri d'un goulet. S'il avait été nécessaire de recevoir des vents une si dure leçon, elle eût suffi à lui apprendre les inconvénients d'un mouillage sans abri et à le détourner de reconduire après l'échec final ce qui restait de sa flottille dans cette rade d'Ambleteuse, dont la plage ouverte ne lui offrait pas pour tout l'hiver, le printemps et les pre miers mois d'été qui allaient s'écouler entre la première et la seconde expédilion, les garanties de sécurité que lui offrait à Boulogne le portus Itius. Son expérience personnelle et celle de ses marins ne pouvaient que le mettre en garde contre un mouillage de fortune où il n'avait rien de bon à attendre des vents et où ses bateaux mal en point ne pouvaient être réparés sans de longs retards imposés par l'éloignement des chant i ers et des arsenaux.

Ces mois d'hiver et de printemps furent signalés par une activité fébrile dans les ateliers de la marine; on construisit 600 et même 800 embarcations. Évidemment tout cela était disséminé, mais la concentration se faisait sur un seul point : Omne ad portum Itium convenire jubet parce que la pratique lui avait appris que quo ex portu commodissimum in Britanniam trajectum esse cognoverat l. C'est à cette occasion qu'il parle de la longueur du trajet, circiter millia passuum XXX a continenti. Mais depuis où et jusqu'où? Depuis portus Itius, c'est bien entendu; mais assurément le point d'arrivée ne doit pas et ne peut pas être cette plage où débarqua l'expédition de 55 et où on ne débarquait qu'à grand peine et à grand péril. Le point d'arrivée est-il Douvres où la flottille se dirigea et se présenta, mais sans insister? En définitive, nous savons bien d'où partent les xxx mille pas, mais nous ne savons pas où ils conduisent; et puis il y a le circiter d'une élasticité qui ruine tous les calculs.

X. Les titres de Boulogne. ■ — D'après César, Itius est un port, c'est-à-dire une retraite située au fond d'un rivage, avec une issue sur la mer et où les navires mouillent à l'abri de la tempête. Voici pour le port: quint à Itius que Strabon appelle to 'Itiov, et Ptolémée "Itiov axpov, c'est un vaùaTa0[jt.o<;, ce qui se traduit une station navale, ce n'est ni une anse, ni une crique, ni une rade foraine, mais un lieu formé par la nature et devenu un établissement fermé, tellement qu'une ville et un port de Sicile étaient nommés Portus Naustathmus. Mais, d'après Ptolémée, c'est en même temps un axpov, un promontoire, ce qui n'est pas exclusif d'un port puisque Malée servait de mouillage aux Athéniens quoique ce fût un promontoire de Lesbos. Si le vaûnTaO^oç de Strabon est le port de Boulogne, l'axpov de Ptolémée est la pointe d'Alpreck ou la montagne d'Outreau dont la saillie en mer paraît si considérable vue de l'intérieur du pays.

1 De bello gallico, 1. V, c. n, n. 3. — 2 De bello gallico, 1. V, c. vin, n. 6. — 3 Pomponius Mêla, 1. III, c. n, n. 23. — 4 L. II,

DICT. d'arçh. chrét.

On vient de dire les garanties de sécurité qu'offrait l'estuaire de la Liane jusqu'à Isques et ce port était le seul du pays des Morins, capable de recevoir des centaines de bateaux dans une complète sécurité 2. Dès le règne d'Auguste, c'est-à-dire à une date très rapprochée de l'an 55, on le voit comme le principal lieu d'embarquement du littoral 3. Ce port des Morins, nous le retrouvons chez Mêla et chez Ptolémée sous le nom de Gesoriacum 4 : r^cropiaxâv Mopivwv èmveiov ; et Florus 6 donne ce nom au port où César s'embarqua, aussi plusieurs manuscrits l'appellent-ils Caesoriacum. Or, un ÈTciveiov c'est Le Pirée à Athènes, ou Nisée à Mégare, c'est-à-dire un port pourvu de chantiers et d'arsenaux, un emporium servant à la navigation ou même, d'après Suidas, une station maritime TOxpocOoc- Xâoaiov )(ct>p[ov. Voilà bien ce que Pline nomme Gesoriaco Morinorum genti litore ". Enfin à 8 milles du portus Itius, nous savons qu'il existe un portus ulterior ou superior, par conséquent plus haut sur la côte 7. Voilà les positions respectives de Boulogne et d'Ambleteuse. A ces raisons favorables à Boulogne viennent s'en ajouter d'autres.

XI. Portus Itius a Boulogne. — ■ La côte et l'estuaire de la Liane, est-il besoin de le dire, ne sont pas demeurés immuables depuis le commencement de notre ère. Sur cette partie du littoral les embouchures de la Bresle. de la Somme, de l'Authie et de la Canche ont gagné sur la mer et la côte s'élevant a empêché les falaises d'être rongées par les flots. Il en a été ainsi aux abords de Boulogne. Au nord et au sud du port, les parties saillantes et élevées du rivage s'avançaient en mer, au xvme siècle, de 700 à 800 mètres plus loin que de nos jours. Depuis lors la pointe de la Crèche s'est effondrée sur place, le cap Alpreck et les rocs de l'Heurt et de l' Inheurt faisaient une saillie plus accusée, enfin le fort de Chàtillon s'est écroulé depuis longtemps. Il n'en est pas autrement pour l'estuaire de la Liane dont l'aspect est très différent de ce qu'il était. » On comprend sans peine, lorsque les embouchures des grands fleuves océaniens sont spacieuses et communiquent largement avec la mer, que le flux et le reflux entretiennent une agitation permanente, qui disperse incessamment les apports fluviaux. » Il n'en est plus ainsi pour les cours d'eau d'allure plus timide dont l'estuaire se trouve resserré et presque étranglé entre des falaises. C'est le cas de la Liane dont les rives ne laissent, par leur rapprochement, qu'une échappée de 850 mètres d'ouverture sur l'Océan, entre les falaises de la tour d'Ordre, au Nord, et celle de Chàtillon, au Sud. Faute d'une force de propulsion suffisante, la rivière ne peut s'affranchir de ce qu'elle charrie et faute d'espace le flot marin ne peut aspirer et entraîner les alluvions de la rivière accumulées pendant près de vingt siècles, ce qui a relevé le niveau de façon très sensible. La Liane avait au début de notre ère une largeur et une profondeur triples de celles qu'elle offre de nos jours, et les navires pouvaient remonter sans difficulté jusqu'à Isques, c'est-à-dire jusqu'à 7 kilomètres de son embouchure actuelle.

Il est impossible d'entrer ici dans le détail des transformations amenées en vue d'approprier le port aux nécessités du commerce moderne et aux exigences scientifiques, mais il en est résulté des levées, des digues, des jetées, des rectifications, des arasements, des constructions sans nombre. Une partie de la basse ville actuelle est bâtie sur l'emplacement de l'île Saint- Laurent qu'on voit encore sur un plan de 1724. Par suite d'opérations analogues, le quartier desTintelleries s'est trouvé comblé, le petit port qui était un bras de mer s'avançant jusqu'à l'ancien rempart existait

c. ix, n. 3. — 5 L. I, c. v, n. 8. — • L. IV, c. xxx, al. xvi. — ' Debel.gall.,\. IV, c. xxin.n. 1; c. xxn, n. 4; c. xxvin.n. 1.

PORTUS ITIUS

encore au xvie siècle et son golfe se remplissait à la marée montante, il n'en reste plus de traces que sous forme d'un mince ruisseau sur le plan de 1724.

D'après ces indications, on peut essayer de localiser les événements rapportés par les textes anciens.

Le Portus Itius proprement dit ne se trouvait pas à Gesoriacum mais plus avant dans le cours de la Liane qui offrait toutes garanties de sécurité et de commodité désirables pour ui établissement maritime, à l'abri des vents et des coups de mer, à portée des forêts et des chantiers. Ce sont les conditions adoptées à Bordeaux, où le port est très avant dans la Gironde; à Brouage où le port des Santons est protégé par l'île d'Oléron, à Nantes et ailleurs. Pour le Portus Itius, nous avons le nom d'Isques qui rappelle ce point

10475. — Topographie comparée de Gesoriacum

et de Bononia.

D'après E. Desjardins, op cit., t. i, pi. xvn.

extrême de la Liane et cette distance de 7 kilomètres bordée de chantiers encadrant les bassins à flot où remisaient 800 navires et même plus. En raison de ce chiffre énorme il avait fallu allong-r le port jusqu'à Gesoriacum dont remplacement précis est déterminé, ainsi que nous le verrons, par le quartier de Bréquerecque et l'ancienne île Saint-Laurent, et qui servait à Portus Itius d'avant-port. C'est donc avec raison que César a parlé des ports pour désigner cette grande installation maritime. L'identité du promontnrium Itium de Ptolémée avec la pointe d'Alpreck, identité qui résulte de la conformité de latitude entre ce cap et Gesoriacum, empêche de chercher portus Itius ailleurs que dans la Liane, dont l'embouchure est «listante de 2 km. 500 de ce cap.

Le portus ultcrior où relâchaient 18 transports de charge, devait être Ambleteuse, qui est distante en effet — ■ non du port actuel, mais de l'ancien port de la Liane, Gesoriacum — de 11 km. 800, représentant les 8 milles de César.

Le portus injcrior pouvait être Le Portel ou ses environs qui auront reçu les deux bâtiments n'ayant pu rentrer au quartier général de la flotte, et chassés un peu plus bas, paulo injra 1 (fig. 10475).

XII. Le retour de l'expédition. — Nous avons résolu la question de savoir le point d'embarquement, il n'existe pas moins de contestations touchant les circonstances et le point du débarquement en Bretagne, mais ceci n'est plus de notre sujet qui se limite à Portus Itius qui réunit un faisceau de vraisemblances confinant à la certitude. Si Wissant conserve quelques partisans, ils somnolent dans la paisible moiteur des

1 E. Desjardins, Géographie de ta Gaule romaine, in-8», Paris, t. i (1876), p. 383-384. — '■ De bello gallico, I. IV, c. xxviii, n. 1. — 3 C. Jullian, op. cit., t. in, p. 3 in, note 5.

sociétés académiques de province; quant à Ambleteuse, ses prétentions paraissent satisfaites par l'obtention du titre de portus ulterior — l'injustice est réparée — et le souvenir des 18 transports de charge qui tardèrent quatre jours à prendre le large et n'arrivèrent pas à temps pour prendre leur part du danger mais seulement pour être dispersés, posl diem quartum est in Britanniam ventum 2. Quoi qu'il en soit, les 80 embarcations étaient sorties de Portus Itius le 26 août 3 et cinglaient vers Douvres, principal port de débarquement sur cette côte. En approchant, on vit les rochers, les falaises couvertes d'hommes en armes aux dispositions hostiles et nulle trace de Comm avec ses trente cavaliers. Après une délibération entre Castle Hill et South Foreland (?) on repartit à sept milles au nord de Douvres, porté par un bon vent, et on arriva devant la grande plage de Deal, à Walmer (?) *. Mais les guetteurs avaient signalé la marche des navires et, peut-être par la route de Bingwould, la cavalerie bretonne attendait sur le rivage les envahisseurs, s'avançant dans l'eau jusqu'au pied des plus gros vaisseaux et rendant le débarquement périlleux sinon impossible. Les légionnaires durent sauter du haut des navires avec toutes leurs armes et parer les coups ou les rendre s'ils le pouvaient jusqu'à ce que l'arrivée des vaisseaux longs sur la plfge créât une diversion et permît le débarquement de la Xe légion. Alors la situation changea, les indigènes reculèrent, mais le retard de la cavalerie empêcha de s'établir plus loin que le rivage. Le lendemain on vit Comm et son escorte, porteurs de propositions pacifiques que César accepta pour g gner du temps dans l'attente de ses 18 bâtiments porteurs de la cavalerie, partis le 29 au soir (?) d'Ambletcuse (?) et poussés lent vento. Ils arrivèrent le matin du quatrième jour. Au moment où on les découvrait, un ouragan s'éleva et dispersa la flottille rejetant lis unités vers Dungeness et vers Ambleteuse. Ce qui suivit fut pitoyable. A la nuit, la tempête redoubla de violence, la mer déchaînée détruisit la flotte. César ne s'abandonna point, envoyant ses soldats à la maraude pour vivre et au rivage transformé en chantier pour radouber les vaisseaux, devant le menace des indigènes. A la mi-septembre, on décampa vivement et on rentra à Portus Itius. Telle fut l'expédition de César. XIII. Bibliographie de Portus Itius. — Il est impossible, et il serait peu utile, d'épuiser la bibliographie d'une discussion qui semble apaisée et qui, pas plus que celle relative au Mont Auxois (voir Dictionn., t. xi, col. 2412-2451) n'a la prétention de rassembler les titTJS de travaux éphémères autant que superficiels; nous nous bornons à des ouvrages qui témoignent de recherches loyales et encore utilisables.

1. En faveur de Boulogne. — Le premier en date de ceux qui ont nommé cette ville est l'auteur du Roman du Brut (édit. Le Roux de Lincy, t. i, p. 203) qui dit, en parlant de César :

Mult esploita bien sa besogne,

En Flandre oint et en Bologne,

Par desor mer esyuarda;

l ne ille oit, si demanda

Quels ille estoit que il veoit...

G. Somner, Julii Caesaris Portus Iccius illustratus (écrit avant 1600), in-4°, Oxonii, 1604 ; contre Chifflet.

— Paul Merulafse prononce pour Le Portel). Cosmogr. génér., in-fol.. Amsterdam. 1621, p. 362. — Marc Welser, d'Augsbourg (neveu de Peutinger), Opéra omnia, in-fol., Norimbergi, 1682. p. 741-711. a groupé les textes fondamentaux et discuté leur valeur. — Aubert Le Myre, Notitia Ecclesiarum liclgii, in-1". Antver-

— * Id., ibid., t. m, p. 341; C de Sauhv, Les campat/nes de César dans les Gaules, 1862, p. 216; Nice Holmes, Ane. Dritain, p. 313, G.">2-653.

piae, 1630. — Ph. Cluvier, Germania antiqua, in-8°, Lugduni Batavorum, t. n, p. 123-131, bonne discussion. — Meyer (de Bailleul), Annales Flandriae, t. i (1561), p. 7. — *** De statu Germaniae ante Carolum Magnum, 1579. — Nie. Bergier, Les grands chemins de l'empire romain, in-4°, Paris, 1728, 1. 1, p. 528, 547-548.

— Nie. Sanson (d'Abbeville), Remarques sur la carte de l'ancienne Gaule tirée des Commentaires de César, 1649, p. 46-47 et la carte; Le Port Itius démontré à Boulogne, 1630, ms. de la Bibl. nat., fonds franc. ,569/, il place le portas ulterior à Anibleteuse, et le paulo infra qu'il appelle port us citerior à Hardelot; travail approfondi et qui mériterait l'impression. — Fleming et Lagerlocf, De trajectu Julii Caesaris in Britanniam, in-4°, Upsalae, 1697, p. 44 sq. — M. Le Quien, O. S. D. (1661-1733), Dissertation sur le port Icius, dans Continuation des mémoires de littérature et d'histoire, du P. Desmolets, t. vin, 1" part. (1749), p. 325 sq. Il fait valoir les textes de Strabon, Pomponius Mêla, Ptolémée et autres écrivains anciens qui ne connaissaient pas de port plus important que Itius ou Gesoriacum, soutient que le promontorium Itium est le cap d'Alpreck qui, autrefois, s'avançait beaucoup plus en mer, enfin l'aboutissement de la principale voie romaine à Boulogne; d'après lui le portus superior est à Wissant.

— L. Moréri (1643-1680), Dictionnaire, au mot Gesoriac. — B. de Roquetaillade de Montfaucon, dans Mém. de l'Acad. des inscr. et belles-lettres, t. vi, p. 585 sq.; Antiquité expliquée. Supplém.,t. iv, p. 132 sq. où il cite le bronze de Constant : BONONIA OCEANEM.

— Dom Thomas Du Crocq (cf. Revue Mabillon, t. x, p. 49) a laissé un manuscrit écrit en 1700 où on lit que ■< le port Itius n'est autre que celui de Boulogne; il était autrefois si considérab lequ'il s'étendait fort loin au delà de la ville, et même je doute que la mer n'ait point été anciennement jusqu'à un village qui se nomme encore Isques, et qui aurait fort bien conservé le nom de l'ancien port Iccius ». — Mann, Dissertation où l'on tâche de déterminer le port où César s'est embarqué..., dans les Mém. de l'acad. imp. et roy. de Bruxelles, séance du 17 mai 1788, t. m, p. 231; de même que G. Somner, l'auteur s'appuie sur le fait que Ptolémée assigne au promontorium Itium la même latitude qu'à Boulogne, il place le portus superior à Ambleteuse, le portus inferior à Étaples et cite le texte d'Olympiodore disant que Bononia est le premier port du littoral des Gaules. — Auguste Mariette (Boulonnais, plus connu sous le nom de Mariette-Pacha), Lettre à M. Bouillet sur l'article Boulogne de son Dictionn. univ. d'hist. et de géogr.; Dissertation hist. et archéol. sur les différents noms de Boulogne dans l'antiquité romaine : Portus Icius, Gesoriacum, Bononia, in-8°, Paris, 1847, travail qui n'a pas été surpassé. — Daniel Haigneré, Études sur le portus Itius. Réfutation d'un mémoire de M. F. de Saulcy, in-8°, Paris, 1862 ; cf. Congrès scientif. de France, Dunkerque, t. xxvn, 1861, p. 57 sq.; Le portus Itius à Boulogne-sur- Mer : I. Observations sur le procèsverbal de la Soc. des antiq. de la Morinie et sur l'opinion de M. Fallue; II. Observations sur l'opinion de M. le général Creuhj, in-8°, Boulogne, 1864; Le portus Itius à Boulogne-sur-Mer, mémoire lu à la Sorbonne, dans Bull, de la Soc. acad. de Boulogne, 1864, t. i, p. 263- 298 ; Dictionn. hist. et archéol. du départ, du Pas-de- Calais : Arr. de Boulogne, t. i, Arras, 1880, c. i et n; dans l'utile recueil intitulé Recueil historique du Boulonnais, 3 vol. in-8°, Boulogne, 1897, on trouvera plusieurs travaux relatifs à la question de Portus Itius, par exemple, t. i, p. 96-98 : Camp d'Averlot, p. 127-129; Observations sur le projet d'une carte itinéraire; p. 375- 382 : Observations sur l'opinion de M. le général Creuhj; t. n, p. 412-462: Le Portus Itius, t. m, p. 142-146. Le P. I. et les antiq. de la Morinie; beaucoup de recherches, auxquelles rendait hommage Napoléon III,

beaucoup de verbiage et pas mal d'intolérance. — J. Lion, Sur le Portus Itius. Recher chessur la configuration des côtes de la Morinie, in-4°, Saint-Omer, 1859.

— Napoléon III, Histoire de Jules César, in-8°, 1865, t. ii, p. 129-176, exposé d'une limpidité remarquable.

— Schneider, Portus Itius, in-8°, Berlin, 1888. — Ern. Desjardins, Géographie hist. et administrative de la Gaule romaine, in-8°, Paris, t. i, 1876, p. 349-389, classique. — Th. Rice-Edw. Holmes, Ancient Britain and the invasion of Julius César, in-8°, Oxford, 1907; 2e édit., 1936, p. 585. — C. Jullian, Histoire de la Gaule, in-8°, Paris, t. n (1900), p. 337, note 8.

En faveur de Wissant. — Le premier qui ait mis en avant cette solution est Guillaume Camden (1550- 1623), par opposition à Calais, mais on y avait pensé avant lui, dès le Moyen Age, cf. Guillaume de Poitiers, dans P. L., t. cxlix, col. 1212, comparé à Guillaume de Jumièges, ibid., col. 852. — Du Cange (f 1688), Du port Itius. Dissertation XXVIIIe dans son Histoire de saint Louis, 1668, p. 321 sq., et l'exposé des réfutations de son opinion dans Ern. Desjardins, op. cit., t. i, p. 351-352. — Fontenu, Sur quelques camps connus en France sous le nom de camps de César, dans Mém. de l'Acad. des inscr., t. xm, 1734, insoutenable, propose le Fort César, près Wissant. — - Celtarius, Notifia orbis anliqui, in-4°, Lipsiae, 1731, t. i, p. 300-305, indécis mais favorable. — D'Anville, Notice de la Gaule, p. 389-392 et plus développé dans Mémoire sur le Portus Icius et sur le lieu de débarquement de César dans la Grande-Bretagne, dans Mém. de l'Acad. des inscr., t. xxvm, lu le 13 décembre 1757 et dans Mém. de littérature, t. xlviii, p. 358-378, carte; s'attache surtout aux distances. Voir une bonne discussion dans Ern. Desjardins, op. cit., t. i, p. 352-354. — Leveux, La position du Portus Itius et des autres lieux dont César a fait usage dans ses deux expéditions contre l'Angleterre, ms. 17 91. — J.-F. Henry, Essai histor. et topogr. de l'arr. Comm. de Boulogne-sur-Mer, in-4°, Boulogne, 1810, comprend, p. 14-41, une utile bibliographie (cf. Daunou, dans Journal des savants, 1823, p. 51). — On peut négliger sans scrupule : Voildeul, dans Mercure de France, septembre 1739, p. 1902 sq.; Schœpflin, Comment, hist., in-4°, Basileae, 1741, p. 385 sq. ; Lefebvre, Histoire de Calais, t. i, 1760, p. 105 sq.; on dira la même chose de Walckenaer, Géogr. anc. hist. et comp. des Gaules, t. i, p. 448-449; t. il, p. 452, qui place le portus Itius à Wissant, le portus ulterior à Sandgate et le paulo infra à Ambleteuse. — De Poucques d'Herbinghem, dans Bull, de la Soc. des antiq. de Picardie, 1862-1864, t. vin. — F. de Saulcy, Campagnes de César, in-8°, Paris, 1862, p. 123-224, avait préludé dans Les expéditions de César dans la Grande- Bretagne, dans Revue archéol., 1860, nouv. série, t. i, p. 1-25, 101-110, 133-140; il place le Portus Itius à Wissant, le portus ulterior à Calais et le portus inferior à Ambleteuse. M. Fr. Caignard de Saulcy, président de la Commission « instituée pour étudier tout ce qui intéresse la topographie antique de la France » sous le nom de «commission de la carte des Gaules», réussit à imposer à Wissant le Portus Itius et à persuader quelques étrangers : von Goeler, T. Lewin, Haller, Edw. Guest, A memoir read at the annual meeting of the archeological Institute held at Rochester dans Archaeol. Journal, t. xxi, 1863, p. 220, et dans Athenaeum, août 1863, p. 210, 241, 400, 433, etc., mieux encore la Société des antiquaires de la Morinie par l'intermédiaire de ses membres Courtois, Tailliar et d'autres se rangea à cette opinion ainsi que Allent, Essai sur les connaissances militaires des anciens. Disc, prélim., p. 10, Appendice, p. 326, 334 sq.; mais il ne réussit pas à entraîner Napoléon III; de nos jours Th. Rice-Edw. Holmes, dans The classical review, mai 1909, t. xxm, p. 77-81, accepterait Wissant, mais seulement pour

l'ORTUS 1TIUS

l'expédition de 54. Ern. Desjardins, op. cit., t. I, a résumé toute la controverse, p. 354-357.

En faveur d Ambleteuse. — Le général Casimir Creuly, membre de la commission, vieil Africain peu soucieux de plaire à ses confrères de la « commission », des « civils » ainsi qu'il disait, se passa la fantaisie de leur jouer une « niche» de sa façon. Dans une série d'articles intitulés Carte de la Gaule sous le proconsulat de César, Examen des observations critiques auxquelles cette carte a donné lieu, dans Revue archéol., 1863 et tirage à part, 1864, p. 102, il asséna à Fr. de Saulcy, qui lui avait ravi la présidence escomptée, une fantaisie topographique inattendue, il plaça Portus Ilius à Ambleteuse et portus superior à Wissant. Alexandre Bertrand, qui l'accompagnait dans son excursion à Ambleteuse et à Wissant, en était un peu embarrassé et protestait" qu'il trouvait plus de raisons en faveur de Boulogne que de tout autre port ».

En faveur de Calais. — Marlianus, Ortelius, Synonymia, 1578, au mot Iccius. — Morel-Disque, dans Mém. de la Soc. d'agric. de Calais, 1841-1843, paru en 1844, p. 51 sq. (écrit en 1810). — A. von Goeler, Caesar's gallischer Krieg, 2e édit., 1859, p. 143 sq. Voir Ern. Desjardins, op. cit., t. i, p. 349, note 3.

En faveur de L'Écluse. — Alb. Krantz, de Hambourg, et Hector Boethius, cité par N. Bergier, Hisl. des grands chemins de l'empire romain, 1728, t. i, p. 528, et par G. Chifflet, Portus Iccius, p. 57.

En faveur de Qand. — M. Becan, Anliq. flam., in-4°, Antverpiae, 1583, 1. III, c. n.

En faveur de Bruges. — Ermolao Barbaro (Vénitien), Mario Negro (autre Vénitien), Robert Gaguin (général des mathurins), notes sur les Commentaires de César. — Ph. Labbe, Pharus, p. 137.

En faveur de Nieuport. — Ms. cité par J.-F. Henry, Essai hist. et topogr. sur Boulogne, p. 15.

En faveur de Mardick. — J.-J. Chifflet, Portus Iccius Julii Caesaris demonstratus, in-4°, Antverpiae, 1627.

En faveur de Saint-Omer. — Christophe d'Assonville, Turnèbe, Adversar., 1. VIII, c. xxxi. — Josse Hondius, Malbrancq, De Morinis, in-4°, Tornaco, t. i, 1639, p. 26 sq. — Maillait, dans Mercure de Erance, fév. 1736, p. 209 sq. — J. Lion, Le Sinus Itius, in-8", Saint-Omer, 1859. — De Larsière, dans Annuaire du Comité pamand, t. x, 1868-1869, p. 249.

En faveur de G rave li nés. -D'après Robert Cenal, évêque d'Avranches (f 1550), le Mont-Cassel devient le promontorium ltium.

En faveur de Sang at te. — Le P. Malbrancq, De Morinis. — l'kert, Geogr. der Griechen und Rômer, t. n, 2e part., p. 554; il place, en conséquence, le portus superior à Gravelines.

En faveur (/'Étaples. - H. de Valois, Notitia Galliarum, p. 249 — J.-G. Eckard, De Porta Icio, dans les Miscellanea Lipsiensia, t. vm, 1718.

En faveur de Berck-sur-Mer. Marcel de Campennelle, dans Mém. de la Soc. d'émul. d'Abbeville, 1834-1835, p. 23.

En faveur de Dieppe. — Pont-Heuter, chanoine d'Orcun.

En faveur du Crotoy. — Dévérité, Dissertation... que César s'embarqua dans les ports placés à l'embouchurede la Somme, présentée au général 1" consul Bonaparte à son passage à Abbcville le 10 messidor an XI.

XIV. Le phare de Caligula. — Le dénouement des campagnes de César en Bretagne en 55 et en 54 avait été assez piteux pour l'orgueil des Romains. Sous les apparences d'une opération militaire de grande envergure on avait procédé à une expédition commerciale. Dans la pensée de César et des Italiens, il s'agissait d'une curée lucrative en vue de laquelle officiers et marchands avaient équipé des bâtiments qu'ils se flattaient de ramener bourrésde marchandises

et de bétail humain. Après un débarquement difficile la première fois, plein de promesses la seconde fois, il avait fallu regagner le continent, quitter la Bretagne sans les gros profits escomptés et revenir hiverner dans la Morinie. Au printemps de l'an 53, il ne fut plus question d'aller en Bretagne; les années passèrent et les Bretons, bien vus d'Auguste, furent exonérés des droits de douane trop lourds, leurs exportations

loi /Ci. Phare de Caligula (tour d'Ordre i à Boulogne. D'après H. Thiersch, Pharos, Leipzig, 191»'.), p. 21, fig. 23.

reprirent activement dans la Gaule celtique et le trafic retrouva toute son activité de Douvres vers le continent par llion et par Gesoriacum.

On sait que Caligula. à son retour des bords du Rhin d'où il ramenait des légions fourbues sans aucun résultat utile, songea à renouveler l'exploit de César et à envahir la Bretagne, il s'embarqua même dans ce dessein, mais la soumission spontanée d'un jeune prince breton exilé lui fournit le prétexte cherché à un retour et à une entrée triomphale sans s'exposer aux risques d'une expédition. 11 voulut plus et décida de planter sur les falaises de Gesoriacum un phare aux dimensions gigantesques (fig. 10476) destiné à éclairer la navigation du détroit : In littore Oceani... et inindicium victoriae altissimam tarrem excitavit, ex qua, ut pharo. noctibus ad regendos navium cursus ignés emicarent '. 11 est vrai que Suétone est seul à parler de ce phare, mais il n'en détermine pas le site, tellement que

1 Suétone, Caligula, n. xliv, xlvi.

PORTUS IT1US

certains sont allés le chercher jusqu'aux lagunes de l'embouchure du Rhin. Un phare était, à cette époque, encore une nouveauté, car les très anciennes tours de guet ou de signaux des ports ne sont pas des phares proprement dits; le phare d'Alexandrie avait inauguré une construction d'un type nouveau l et qui se répandit petit à petit (voir Dictionn., t. xiv, au mot Phare). Ce phare d'Alexandrie avait été pris pour modèle, mais en dimensions moins majestueuses et on a même retrouvé près de Douvres les ruines d'une et même de deux tours romaines qui semblaient correspondre à celle de Caligula.

A ce sujet on remarquera que c'est de Boulogne que partit l'expédition de Claude contre les Bretons : A Massilia Gesoriacum usque pedestri itinere confecto, inde transmisit2, et que, sur un bronze de l'an 191, où Commode porte le titre de Britannicus, on voit le départ de la flotte romaine en vue d'un phare à deux étages encore reconnaissable 3. On peut donc croire que Caligula ou, après sa mort qui tarda peu, un de ses successeurs, ait eu la pensée d'utiliser pour le service de la navigation le monument commémoratif d'une prétendue victoire remportée sur les Bretons. Jean d'Aucy 4 et les Chroniques de Saint-Denis en font honneur à Jules César, ce qui est insoutenable vu le silence absolu que les Commentaires gardent sur ce point.

On est assez fondé à croire que le phare, placé au point où s'effectuait le plus souvent le passage de la Gaule en Bretagne, fut entretenu avec soin pendant l'époque de la domination romaine. Au ixe siècle, en 811, Charlemagne, qui préparait une expédition contre les pirates normands, ordonna des réparations, ce que nous apprennent les chroniqueurs contemporains : Pharum ibi ad navigantium cursus dirigendos antiquitus constitution restaurauit 6 . Plus tard et jusqu'au xvne siècle le phare continue ses bons services; il n'échappe pas à la légende et, chose plus grave, on le transforme en fort, aussi est-ce à ce titre qu'on le trouve mentionné dans le roman de Garin le Loherain6. Au xvie siècle, de 1544 à 1559, l'occupation de Boulogne par les Anglais lui est fatal; on l'entoure de deux remparts, l'un en briques (le plus rapproché de la base), l'autre en terre et muni de pièces d'artillerie. Du phare, le souvenir s'était perdu, car la lanterne du sommet, plusieurs fois détruite puis réparée, semble avoir découragé les réparations et cependant on imaginait une étymologie qui expliquait le nom sous lequel désormais le monument romain était connu : la tour d'Ordre ce qui, assurait-on, rappelait la destination primitive : turris ardens. Le P. Malbrancq en était là ', et le P. Le Quien a recueilli un autre sobriquet : la tour du bonhomme, ou l'homme vieil, ou encore l'homme noir.

Quelques cartes, entre autres une carte côtière du « Boulenois » publiée en 1709, à Bruxelles, indiquent, à côté de la tour, un lieu nommé Ordre. Serait-ce ce lieu qui a donné son nom à la tour? ou est-ce la tour qui a imposé le sien au territoire voisin? Du Cange, sans donner ses raisons, paraît admettre la seconde hypothèse; Scatté de Velinghen atteste comme un fait connu que le nom d'Hosdre était celui d'une ferme voisine de la tour 8.

Il est difficile de prendre parti entre Ordre et Odre; ce qu'on peut dire c'est que dans un manuscrit du

1 Ardaillon, Quomodo Greeci collocaverint portus alqae œdifieaverint, p. 47 : De pharis. — 2 Suétone, Claudius, c. xvn. — 3 An. de Barthélémy, Manuel de numismatique ancienne, atlas, n. 214; H. Cohen, Description historique des médailles impériales, t. m, p. 123-124, pi. ni. — • 4 Bibl. nat., ras. fr. 4654, fol. 7 : Epilome de l'origine et succession du comté de Boulogne. — s Aimoin, 1. IV, c. xcix et Bouquet, Recueil des liist. de France, t. v, p. 61 (Annal. Francoi . Petaoiani); t. v, p. 357 (Annal. Francor. Metteuses); t. v, col. 323 (Chron. Adonis). — • Édit. Paulin Paris, t. i,

Xe siècle, le phare de Caligula est désigné sous le nom d'Odrans Farus, et que- la famille d'Odre (Odrenses) est des premières de la légende féodale qui montre un de ses membres, Hemfroi,en révolte contre la tyrannie du comte Régnier. La Chronique d'Andres, aux années 1084 et 1116, mentionne Gotcelin de Odre ou de Odera, le même qui est appelé Gozelin de Odra dans une bulle du pape Innocent III de l'an 1208 où il est fait mémoire de ses donations à Notre-Dame de Boulogne. On connaît encore Robert de Odera, qui vivait en 1184 et Guillaume de Odere ou de Odra, mentionné dans un acte de 1221.

Cette famille tirait son nom du domaine d'Odre, l'une des douze baronnies du Boulonnais. C'était un lieu-dit, dont la dénomination subsiste encore et qui était parfaitement distinct de la tour. En 1208, Notre- Dame de Boulogne y possédait des terres et des tenanciers : in Odra terram et hospites.

On ne sait quelles raisons ont pu induire Du Cange à croire que le domaine d'Odre aurait tiré son nom de la tour, le contraire nous paraît plus probable, surtout quand nous retrouvons ce radical Odre employé dans la formation d'un autre nom de lieu sur nos côtes, Audreselles qui s'écrivait Oderselle ou Odreselle.

Au commencement du xive siècle, on disait encore Odre et non Ordre. Une charte de l'an 1314 parlant du chemin vert qui conduit de la tour d'Ordre à la route de Calais, l'appelle « la verde voie qui moet de la tour d'Odre à la Crois-Galopin ». Le terrier de l'abbaye de Saint-Wulmer de Boulogne, dressé en 1506, écrit aussi constamment Odre. Mais, d'un autre côté, un compte des aides de la cour de Bourgogne, de 1392, et un aveu de 1395, conservés aux Archives nationales, inaugurent la forme Ordre qui est restée le nom de la seigneurie, surtout quand le titre en fut passé aux mains des Saint-Blimont et des du Wicquet. De toute manière, les historiens et les notaires ont continué d'écrire indifféremment Ordre et Odre 9.

Quoi qu'il en soit de ce vocable qui a prévalu, la tour d'Ordre devait périr par suite de la malveillance des magistrats boulonnais à l'égard de ce monument dont ils ne surent prévenir la ruine et dont ils s'employèrent à tirer profit pour les finances de la ville qu'ils administraient. Ébranlés par le flot qui, dans les hautes marées, bat avec violence cette falaise, puis par le travail souterrain des sources nombreuses qui la traversent, enfin par l'imprudente exploitation des carrières qu'elle renferme, le fort et la tour s'écroulèrent en deux fois selon les uns, en trois fois selon les autres, de 1640 à 1644, avec le massif même de la falaise sur lequel ils reposaient. Ce qui paraît certain, c'est que la chute finale date du 30 juillet 1644 I0. OiVlit dans les éphémérides de Jacques Prévost, vicaire chapelain de la cathédrale, mort en 1688 : « Ce jour sainct Sébastien, 19 janvier, tomba en partie la tour d'Ode (sic). Peu de jours suivant du mesme mois, une seconde partie, et la troisiesme partie le 30 juillet de l'an 1644 ». Ch. Regnard11 place la chute de la première moitié au 29 juillet; « quant à l'autre moitié, elle est, dit-il, demeurée encore debout quelques années, le terrein lui manquant, elle est trébuchée en 1645, le jour de...12». Le P. Le Quien13 place le premier accident en 1640, le second et dernier le 29 juillet 1644.

p. 164. — ' De Morinis, in-4», Tornaco, 1639, t. i, p. 101; t. n, p. 147-148. — 8 Histoire manuscrite de Boulogne, t. i, p. 172; cf. F. Morand, L'année historique de Boulogne-sur- Mer, in-12, Boulogne-sur-Mer, 1859, p. 168-171. — 9 D. Haigneré, Lettre sur la tour d'Ordre, dans Recueil historique du Boulonnais, Boulogne-sur-Mer, 1897, t. i, p. 113. — l0 Bibl. nat., ms. lat. 11066. — " Mémoires historiques du paijs et arrondissement du Boullenois, datés de 1658, à la Bibl. nat. — 12 La date manque. — 13 Histoire de Boulogne, ms. de la bibl. de Boulogne, p. 17.

PORTUS ITIUS

Après le désastre, les mayeurs et échevins de la ville n'eurent d'autre préoccupation que de dégager la ville des redevances payées, en vertu d'un droit ancien, au seigneur de Paincthun. Le sol manquant, le tenancier se jugeait libre de toute obligation envers le proprié-

10477. — Médaillon de bronze de Commode.

D'après Boulogne-sur-Mer et la région boulonnaise,

Boulogne, 1899, t. i, p. 709.

taire. On plaida, et le Parlement condamna, en date du 1er juillet 1656, Messieurs de Boulogne, vu qu'ils avaient causé la perte de la tour, à payer comme devant 2 000 harengs sorets et blancs, ou à remettre les lieux en état ou à abandonner le droit de demande qui se prend pour tous les pêcheurs entrant au havre1.

tour de Bologna in Francia y est figurée avec neuf étages et un rempart circulaire et ces mots : Torre antiquissima nella quale vi hanno jatto una fortezza d'intorno l'Anglesi per guardare la marina; ensuite d'après un tableau peint sur toile à Boulogne, lorsque la tour subsistait encore. Ces deux dessins ont pour auteur Phil. Luto. Montfaucon a consacré un mémoire au phare de Caligula, il est inséré dans son Antiquité expliquée, Supplément, t. iv, pi. l, et le texte ne fait que reproduire le commentaire publié dans le Recueil de l'Académie des inscriptions, t. vi, p. 585 sq., mais le dessin lui avait été procuré par le P. Michel Le Quien, alors ami de Luto, ce qui met sur la voie des origines. On retrouve ce dessin, mais avec des enjolivements suspects, dans un Mémoire de J.-F. Henry, Essai historique, topographique et statistique sur l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, in-4°, Boulogne, 1810, d'où il passa dans le Magasin pittoresque en 1847. La tour figure encore debout dans Les plans et profils de toutes les villes et lieux considérables de France, publiés par Tassin en 1631.

Un dessin qui semble d'abord mériter beaucoup plus de confiance est celui qu'exécutait quelques années auparavant Claude Chatillon, ingénieur du roi Henri IV, et que Du Cange signale avec estime dans une note manuscrite sur la tour d'Ordre. Em. Egger l'a retrouvé au Cabinet des estampes « et c'est assuré-

10478. — La tour d'Ordre. Dessin de Pli. Luto. D'après op. cil., ibid.

Nous avons donné (fig. 10476) la reconstruction proposée par H. 'I hiersch, mais nous croyons qu'on pourrait reprendre l'étude du phare sur des indices plus complets. Du monument, il ne subsistait rien et les derniers vestiges disparurent, aplanis, nivelés, en 1804, Cependant il y a lieu de consulter quelques dessins. Écartons tout d'abord l'ouvrage de Casper Merians, Topographiae Galliae oder Heschreibung und Contrasei/tung des maechtigen Konigreichs Frankreich, l-'rankfurt-am-Mein, 1656, qui ne doit compter pour rien. Mais le musée de Boulogne possède une petite gravure qui représente la tour d'après un document de l'an 1549 qui paraît être la gravure italienne du siège; la

ment, dit-il, le plus instructif de tous ceux que voudront consulter les amateurs. La partie restauréec'est-à-dire le fanal proprement dit, s'y distingue net, tement de la construction romaine. D'un autre coté, le rempart en briques s'y montre éventré entre les deux tourelles dont les ruines subsistaient encore \ors la tin du xix1' siècle. Mais ce qui prouve combien, en général, sont peu dignes de foi les images de monuments dessinées et gravées au xvne siècle, la tour ellemême a ici quinze étapes au lieu de douze, contrairement à l'assertion formelle de témoins oculaires, et

1 Voir la note 3, p. 51.

PORTUS mus

l'on n'y distingue pas la galerie extérieure qui entourait chaque étage ».

En ce qui concerne le plan de l'édifice, on se reportera au Plan de la haute et basse ville de Boulogne, à Paris, chez de Beaurain, s. d., où l'on voit la moitié du rempart en brique avec ses fossés, le tout entouré d'une seconde ligne de fortification. Il existe un autre Plan du port de Boulogne et de la ville haute et basse, par Desorgeries, pièce manuscrite sur laquelle la base de la tour est figurée par un demi-cercle ouvert du côté de la plage. Mais comme sur le plan publié en cette même année 1725, par de Beaurain, d'après un dessin de Phil. Luto, on ne remarque plus ces ruines, il est

10479. — La ville de Boulogne sur la mer par Joachim

du Viert, 1611 (détail).

D'après D. Haigneré, Recueil historique du Boulonnais,

1845-1893, Boulogne, 1899, t. III, p. 461, pi.

probable qu'il avait copié cette partie de son ouvrage sur une pièce plus ancienne.

Tous ces éléments sont, comme on le voit, loin d'être négligeables; nous reproduisons ici le bronze de Commode représentant le phare de Boulogne (fig. 14077) et la flotte de Bretagne, ensuite le dessin de Luto employé par Beaurain (fig. 10478). D'après C. Enlart, la vue, par Joachim de Viert, datée de 1611, est « de beaucoup la plus exacte » (fig. 10479). Nous donnerons ici la description que Em. Egger a faite du monument : « Située à la longueur d'un jet d'arbalète du bord de la falaise, la tour d'Ordre était une sorte de pyramide octogone à douze étages, dont chacun était en retrait d'un pied et demi sur l'étage inférieur. Chaque pan du premier étage avait 24 pieds, ce qui donne 192 pieds de circuit et environ 64 pieds de diamètre (20 m. 48). On assure que la hauteur égalait à peu près la circonférence, soit en nombre rond (200 pieds) l, ce qui semble, à vrai dire, une bien grande hauteur pour un phare déjà situé sur une falaise haute d'environ 100 pieds au-dessus de la mer. Chaque étage avait sur le midi une ouverture en façon de grande porte. A l'intérieur on voyait, au temps du P. Gilles Boucher, c'est-à-dire au commencement du xvne siècle, trois chambres voûtées l'une sur l'autre 2, avec un escalier intérieur pour relier ces trois étages destinés sans doute à l'habitation des gardiens. Le P. Le Quien signale cet escalier; mais je ne sais ce qu'il entend par « une espèce de chambre » située, selon lui, à mi-hauteur de

1 Le P. Le Quien, p. 17, relève sur ce point une erreur du jésuite Viguier qui, dans son Hydrographie, 1. II, c. ix, publiée en 1643, évaluait à 80 pieds seulement la hauteur de la tour. — * Belgium romanum, in-fol., Leodii, 1655, p. 145 sq. — 3 Em. Egger, Notice sur la tour d'Ordre à

la tour et percée de quatre jours, tandis qu'aux autres étages les jours n'étaient, selon lui, que pour l'ornement.

« Quelle place était, dans cette ordonnance, réservée au feu même du phare? On ne peut là-dessus exprimer que des conjectures. Comme les chroniqueurs du IXe siècle disent que le sommet fut réparé en vue d'y allumer des feux, il y a lieu de croire qu'avant cette réparation, ou bien la tour ne servait point de phare, ou les feux y étaient allumés dans une chambre du dernier des étages subsistant, c'est-à-dire du onzième. En tout cas, il est peu probable que ces feux fussent un simple fanal à ciel ouvert : les vents et la pluie auraient trop facilement pu l'éteindre. Sur les anciens dessins de la tour d'Ordre, le dernier étage paraît ou hexagone ou carré, ce qui s'explique assez naturellement : en reconstruisant cette dernière assise on en aura de plus en plus simpliiié l'architecture, sans tenir grand compte de la symétrie observée dans les douze étages par les constructeurs romains.

« C'est sans doute à ces derniers architectes aussi qu'est dû un puits, dont Luto parle seul, puits d'où sortaient deux canaux de plomb par lesquels les eaux s'écoulaient dans la mer au bas de la falaise. On comprend l'importance de cet écoulement des eaux pour assurer la base d'un édifice qui n'avait, assure-t-on, pas de fondation proprement dite. Quant à la construction même de l'édifice, Luto, qui en avait observé les débris encore épars, de son temps, sur la côte, atteste que pour chaque étage les rangs ou assises se composaient de pierres grises, de pierres jaunes (ce sont, en effet, deux sortes de pierres dont abonde encore la falaise sur le territoire boulonnais) et de briques rouges « diversifiées en cet ordre, avec un cer- « tain mélange de ces couleurs, ménagées à dessein pour « en rendre l'aspect plus agréable. » 1° Trois assises de pierre grise de la côte; 2° deux lits de pierre jaune; 3° deux rangs de briques rouges; 4° trois lits de pierre grise; 5° deux ou trois rangs de briques rouges; 6° trois rangs de pierre jaune; 7° deux rangs de pierre grise; 8° deux rangs de briques rouges; 9° deux rangs de pierre jaune; 10° trois rangs de pierre grise. En somme, quatre lits de pierre grise, alternant avec trois de pierre jaune et trois de briques, le tout uni par un ciment des plus durs où Luto reconnaissait de la chaux du pays, du sable de mer, du petit gravier, des coquilles et carreaux rouges broyés 3 ».

XV. Itius, Gesoriacum, Bononia. — Sur le segment LA. 1. de la Table de Peutinger (voir Dictionn., t. vu, col. 1865), nous lisons ces mots: Gesogiaco quod nune (= nunc) Bononia. Le nom Gesogiacum est gaulois et antérieur à César, mais il est probable que l'usage existait d'appeler le lieu Portus britannicus des Morini, c'est mieux qu'une conjecture puisque c'est Pline, citant Polybe, qui s'exprime ainsi4. Le nom de Gesoriacum prévalut sur celui de portus Itius, mais ce ne fut pas sans peine, car la classis britannica lui faisait concurrence. Sur la route de Montreuil et sur les rives de la Liane on a trouvé un grand nombre de briques romaines portant l'estampille CL-BR-; Ces matériaux avaient été cuits pour les constructions élevées pour le service de la flotte et on sait que ce nom de classis s'appliquait à la flotte même, à son port et à la ville ou au quartier d'une ville; nous en avons un exemple à Ravenne où une mosaïque de Saint-Apollinaire offre une représentation de la ville et du port avec ces mots : CIVITAS CLASSIS. Le lieu d'où pro-

Boulogne-sur-Mer, dans Revue archéologique, 1863, p. 410- 421; cf. D. Haigneré, Lettre sur la tour d'Ordre, dans son Recueil d'histoire du Boulonnais, t. i, 1897, p. 112-119. — 4 Polybe, cité par Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 1. IV, e. xxxvn, 2.

PORTUS ITIUS

viennent ces briques porte de nos jours le nom de Bréquereeque. Il existe une inscription d'une fausseté insigne portant ces mots: Lucina\\ex natione\\gessoriaci\\ morinorum ' ; on ne la mentionne ici que pour mémoire. Gesoriacum désignait l'un des ports des bouches de la Liane et donnait son nom au canton appelé pagus Gesoriacus 2. C'était, avant même que César n'y vînt, le port le plus connu de toute la côte océanienne : ...nec portu quem Gesoriacum vocant [apud Morinos] quidquam notius habet3. Au nombre des objets trouvés à Bréquerecque, il s'en trouve un certain nombre qui attestent une industrie indigène, c'est-à-dire gauloise, et semblent rappeler par conséquent la haute antiquité et le caractère national de cet établissement. On a trouvé dans les fondations de la cathédrale de Boulogne une inscription provenant de Bréquerecque et

^ JcôftïaTH

IAV/I-F

10480. — Inscription de Brécquerecque.

D'après E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine,

qui porte ces mots4 (flg. 10480) : Corio, Iiavii f(ilius) fec(it) p(edes) cm « Corio, fils d'Iiavius a fait cm pieds d'ouvrage », probablement de maçonnerie.

Le géographe Ptolémée6 place Y Itium promontorium sur la longitude 22° 15' et la latitude 53° 30', puis immédiatement à la suite Gesoriacum, port des Morini, longitude 22° 30', latitude 53° 30, c'est donc que le port de Gesoriacum que nous savons être à Boulogne se serait trouvé à 15' à l'est du méridien passant par le cap Itium et exactement sur le même parallèle.

L' Itium promontorium ne serait donc pas le cap Cris-Nez et le texte de Ptolémée s'y oppose formellement, c'est le cap d'Alpreck situé à 2 kilomètres 500 du port de Boulogne à 59 mètres d'altitude, tandis que le cap Gris-Nez n'en a que 50. La saillie de ce dernier est plus remarquable sans aucun doute, mais il n'en était pas ainsi pour les anciens qui — comme le prouvent leurs cartes géographiques — n'avaient pas idée de la forme des côtes; ils en jugeaient par le relief beaucoup plus que par la découpure.

L' Itinéraire d'Antonin ne connaît encore que Gessoriacum ou le portus Gessoriacensis et le texte de la Table de Peutinger que nous avons cité témoigne d'une addition à une date postérieure : quod nunc Bononia. C'est à partir du règne de Dioctétien que Gesoriacum paraît faire place à Bononia. Quand Carausius s'établit dans ce port, le rhéteur Eutrope nous le montre apud Bononiam pertractum Belgicse et Armoricœ. Mais ce n'est que du temps de Constance Chlore qu'il est question, en 292, des Gesoriacensibus mûris. C'est peut-être à cette époque que l'ancien port fut abandonné pour le port neuf situé à l'Ouest (aux Tintelleries), circonstance qui expliquerait le nom de Bononia donné à la ville et au port neuf et qui prévalut parce

1 Corp. iriser, lut., t. xm, n. 385*. — ' Hist. nal., 1. IV, c.xxxi, 2. — 3P. Mêla, III, il, 7. — *E. Le Ulant, dans Bull. de la Soc. nal. des antiq. de France, 1863, p. 174. Cf. D. llai- Knero, dans Bull, de la Soc. aca<l. de l'arr. de Boulogne, t. I, 1864, p. 17-20. — s Geogr., II, ix, 2-3. — • Orii/o Constantini, n. iv.édit. Mommsen,p.7. — ' Cohen, Médaill. impér,, t. vin,

qu'il désignait une localité distincte de Gesoriacum. Dans ce même Panégyrique de Constantin on lit le mot Gesoriagense désignant le rivage de la mer et dans les fragments d'un historien anonyme, il est question, en 306, de Bononia, que les Gaulois appelaient d'abord Gesoriacum*. Désormais ce dernier nom cesse d'être employé sauf dans les Itinéraires.

Un médaillon contorniate de l'empereur Constant ' porte, au droit le profil avec ces mots CONSTANS- P-F-AVG- (Constans Pius Félix Augustus), au revers : BONONIA OCEANEM, avec l'empereur debout, à droite sur un navire, une "Victoire, deux enseignes et le phare (flg. 10481). Le mot Oceanem(sis) est employé ici pour distinguer la Bononia de l'Océan de la Bononia italienne. Une loi de Constant, en 343, est datée de Bononiœ. Sozomène montre, en 408, l'usurpateur Constantin partant de Bretagne et arrivant à Bononia :

10481. — Médaillon de l'empereur Constant. D'après E. Desjardins, op. cit., p. 374, fig.

àno BpeTTocviaç êrcl Bou6covîav tt6Xiv tÎ)ç TaXa-ctaç 8. Olympiodore ajoute que c'est la première ville du littoral gaulois *. Dans la Notifia provinciarum, vi, 12, on lit : Civitas Bononiensium quam nunc Boloniam vocant ultima Belgicae //« post civitalem M or in (or )um 10.

Voici enfin la conclusion à laquelle on s'arrêtait récemment : en somme Portus Ilius, Gesoriacum, Bononia c'est la même chose comme nom historique, mais c'est choses différentes comme points topiques : Portus Itius c'est le port, Gesoriacum c'est le bas quartier, Bononia c'est la ville forte u.

XVI. L'occupation romaine. — Après le passage de Caligula, Boulogne vit, trois ans plus tard, l'empereur Claude s'embarquer dans son port pour la Bretagne qu'il réduisit en province romaine. Désormais, et pour une période plusieurs fois séculaire, la ville reçut une forte garnison et le port abrita la classis brilannica. Divers monuments en ont conservé le souvenir. Le transit maritime se développa sur d'importantes proportions. Le tombeau de Titus Claudius Seleucus, affranchi de Claude, construit au Val Saint- Martin témoigne, par le séjour de ce triérarque, de la présence de galères romaines dans l'estuaire de la Liane dès la première moitié du Ier siècle. Des inscriptions moins anciennes font connaître d'autres triérarques : Q. Arrenius Verecundus et divers TR-CBR ; l'un d'eux porte le titre de TRATRIERARCHVS AVGce qui nous apprend que ce Didius avait à ses ordres une galère impériale 12.

Un certain nombre de ces navires avaient leur place assignée dans le port, reconnaissable à l'abondance des détritus que les fouilles de 18G3-1864 firent découvrir lors des travaux de creusement du bassin à flot. Là se trouvèrent accumulés sur 9 et 10 mètres de pro-

p. 313. — " Ilist. eccl., 1. IX, c. xi. — • Ilht., édit. Rouen, 1653, p. 180. — 10 On trouvera d'autres textes encore dans Corp. inscr. lai., t. xm, p. 561. ■ — " M. Ilcrubel, Le port de Boulogne, in-8", Paris, 1925. — " V.-.l. Vaillant, Classia britcmnica, Classis samarica, Cohors I' Morinorum. Rechercha d'épigraphie et de numismatique, in-8°, Arras, 1888.

PORTUS ITIUS

fondeur, sur l'ancien lit de sable, une telle quantité de tessons romains de toutes formes qu'il fallut les évacuer par tombereaux. Bouchard en évalue le cube à 7 ou 8 mètres sur un carré de 500 mètres de côté. C'étaient des récipients jetés au rebut au bord des galères par suite d'une fêlure ou d'une brisure; on retrouvait au voisinage les uns des autres les fragments d'un même vase ayant encore leurs arêtes vives, et même leur vernis (fig. 10482). Ajoutez à cela des objets de métal, un bras de bronze armé d'un trident *, de grosses aiguilles de voilier en bronze, un morceau de cuir percé de clous. Et surtout des os d'animaux marins ou terrestres et une invraisemblable quantité d'écaillés de mollusques : huîtres, moules, bricardes, patelles, littorines, etc.

A 10 mètres de profondeur on rencontre une couche de gros galets calcaires arrondis, de 0 m. 20 à

10482. — Mention de la classis britaimica sur un fragment

de vase.

D'après Bouloyne-sur-Mer et la région boulonnaise, 1899,

0 m. 50 cent, de diamètre. Cette couche avait été exploitée par les ingénieurs romains pour les travaux publics.

Les classiarii, comme les légionnaires, étaient à la fois marins, charpentiers, maçons et il leur était imposé de bâtir les édifices et hangars à leur usage. A Boulogne on a pu reconnaître quelques bâtiments, deux groupes au moins, qu'ils ont élevés et qui comprenaient sans doute les bureaux de la flotte; l'un occupait les deux côtés de la voie romaine, qui descend de la Porte Gayole, l'autre se voyait le long du chemin antique qui conduit par le Four-à-Chaux dans la direction d'Échinghen. Sur ces deux points on a relevé des tuiles, des briques, des faîtières, etc., avec l'estampille d'origine Cl-BF-, celle-ci varie beaucoup de mesure et de style et les dates s'échelonnent entre le ne et le Ve siècle de notre ère. Sur un seul point de ces ruines, les fouilles furent conduites de façon régulière et on constata que les murailles écroulées à l'intérieur recouvraient une éparsse couche de charbon, de cendres, de terre brûlée parmi lesquels on distinguait des cubes de mosaïques. La toiture en s'écroulant avait dû étouffer le brasier sous ses tuiles formant une dernière couche, ou plutôt une sorte de couvercle que le temps recouvrit d'une épaisseur de terre et de remblais de 0 m. 40 à 0 m. 50 d'épaisseur2.

Un autre vestige du séjour de la classis britannica à Boulogne est un ex-voto païen offert à une divinité par la trirème Radians; on y voit trois personnages dont, au centre, Apollon nu et radié, et de chaque côté du dieu un pilote ou un patron d'une barque ou de deux barques, représentées au-dessous. Ce monument fut trouvé dans l'église de Frencq, canton d'Étaples, où il était devenu l'objet d'un culte superstitieux 3.

Depuis le passage de Claude à Boulogne, les historiens sont extrêmement discrets sur cette ville. Tacite ne prononce pas son nom, bien que son oncle Agricola ait dû s'y embarquer pour se rendre en Bretagne dont il fut gouverneur. L'expédition faite sous Commode

1 Probablement un fragment d'une figure de poupe représentant un Neptune. — * Bulletin de la Soc. acad. de Boulogne-sur-Mer, t. iv, 1888, p. 371. — ■ E. Desjardins, Géoyr. de la Gaule romaine,t. i, p. 367; D. Haigneré,

n'est connue que par un bronze de l'an 191 où l'on voit représenté le départ d'une flotte à la vue d'un phare. Philippe Luto, auteur de Mémoires (manuscrits) sur l'histoire de la ville de Boulogne sur la mer et de son comté *, raconte avoir vu au temps de sa jeunesse (t 1746), chez les Pères de l'Oratoire, une pierre de 2 pieds 1/2 de longueur sur 2 pieds de largeur et 18 poulces d'épaisseur, où se lisait une inscription relative au passage de Septime Sévère à Boulogne, en l'an 211. Cette pierre provenait de la démolition de l'église de Saint-Wulmer (en 1710) et fut plus tard noyée dans la maçonnerie d'un bâtiment que ces Pères faisaient construire dans leur jardin; au dire de Luto « plusieurs de ceux qui ont vu ce précieux monument l'ont assuré que l'année de l'empire, de la puissance tribunitienne et du consulat de Septime Sévère y étaient marqués, avec le nom de l'impératrice, son épouse, Julia Domna ».

Ce fut surtout sous les empereurs gaulois que la ville gagna en importance. A la faveur du désordre qui régnait dans l'empire, les barbares ne se contentaient plus de menacer les frontières, ils débarquaient sur le littoral. L'empereur Posthume (258-268) assuma la lourde tâche de rejeter les pirates dans les flots qui les avaient apportés. Le musée de Boulogne possède plus d'une centaine de médailles à l'effigie de cet empereur et de ce nombre 7 grands bronzes, 3 moyens bronzes et 3 petits. Après lui, Maximien écrase les Bagaudes, soumet la Belgique et charge le Ménapien Carausius de venir à bout de la piraterie (286).

Celui-ci établit sa résidence à Boulogne et employa une tactique nouvelle; laissant les pirates débarquer et s'encombrer de butin, il se jetait alors sur eux et les jetait à la mer, s'emparait de leurs prises qu'il gardait pour lui : ut transeuntes cum praeda exciperet alquc hac se occasione ditaret. Maximien n'y trouvait pas son compte et le condamna à mort; là-dessus Carausius emmena sa flotte à la conquête de la Bretagne et conserva Gesoriacum sous son pouvoir. Ce fut, pour la ville, des années de tranquillité (287-293). Sur les revers des médailles de cet empereur on ne lit que des légendes prometteuses : Pax Augusli, Temporum félicitas, Saeculi félicitas, Securilas orbis, Fortuna redux, Uberilas Augusli; malheureusement cette idylle prit fin par un assassinat et une usurpation. Allectus n'en jouit pas longtemps.

Constance Chlore devenu césar se transporta de Trêves, sa résidence, devant Boulogne 6 (294 ou 295). Il trouva la ville entourée de fortifications, Gesoriacensibus mûris, élevées jadis à la hâte, mais néanmoins d'une solidité à l'épreuve des coups et des siècles. Ces fortifications, qui ne sont pas plus anciennes que les empereurs gaulois, apparurent lors des travaux de percement de la passerelle de la Porte-Neuve. LIne première assise atteignait 1 m. 70 d'épaisseur et se composait de gros galets ronds 6 et de pierres de mer, noyés dans un massif d'argile bleue '. Sur cette base, on avait entassé, en grande hâte, de grosses pierres arrachées à d'anciens monuments. Posés au hasard sur deux rangs, se rencontraient d'énormes cubes, creusés de leurs mortaises, les unes en queue d'aronde, les autres à bords parallèles qui avaient reçu jadis des coulées de plomb.

Toutes ces pierres étaient juxtaposées, sans aucun mortier, un peu d'argile bouchait les intervalles. Ce travail mesurait 6 mètres d'épaisseur et 1 m. 50 de hauteur maxima vers l'extérieur, la face interne était un peu moins élevée. Au-dessus de cette barricade,

Dictionn. hist. et areh. du Pas-de-Calais, t. i, p. 14, note 1. — 4 Bibl. municipale, n. 169 A. — ' Bouquet, Recueil, t. i, p. 743. — • Dont nous avons parlé plus haut. — ' A, sur la coupe ci-contre.

PORTUS mus

maçonné avec un ciment extrêmement dur, contenant de menus fragments de briques écrasés, s'élevait le mur dont il ne reste plus que 5 mètres de hauteur, formé de galets et de pierres de mer mêlés de quelques fragments de la roche du fond de la tranchée.

Constance Chlore rendit le port inaccessible aux navires invium navibus, le bassin intérieur formant le port : omnem sinum illum portus. Nonobstant la marée, on ficha des pieux dans la passe et l'on y entassa des rochers, deflxis in aditu trabibus et ingestis saxis. La garnison d'Allectus fut contrainte à capituler et presque aussitôt une tempête furieuse vint tout détruire, enfoncer le barrage et rouvrir le port. Oestus

XVII. La ville-haute ou castrum. — Un résumé, fait de main de maître 2, suffira à reconstituer une petite partie de la cité antique.

On a rencontré les vestiges des remparts romains non seulement dans la passerelle de la Porte-Neuve ou Porte Flamengue, mais aussi dans les guichets ouverts à travers les deux tours de la Porte des Dunes, et on peut en apercevoir la couche supérieure dans l'angle de la muraille au-dessus de la rue des Pipots. D'après cela on a la certitude que, si les fronts nordouest et nord-est de la haute-ville correspondent aux faces du vieux castrum, le reste de l'enceinte antique a disparu lors des remaniements exécutés par Philippe

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10 183. — Plan de la ville et du fort de Boulogne en 1676. D'après Boulogne-sur-Mer et la région beulonnaise, 1899, t. i, p. 722, lin. lo.

irruperil, lotaque illa, quoud mus fuit, invicta /luclibus actes arborum, veluti siyno dalo et perarla statione, pilapsa s/7...

Les empereurs font à Boulogne de fréquents séjours, dont il nous reste un témoin, le médaillon frappé à l'honneur d'une expédition de Constant en Bretagne en 343. Julien, à peine proclamé auguste par ses légions (3K0), envoie un agent à Boulogne pour surveiller les communications par mer, Constantin III s'établit quelque temps à Boulogne (408). Une ville qui jouit de cette importance ne peut être négligée par les barbares contre lesquels elle réussit à se défendre et, même, tient en respect Attila qui ne peut rien faire de plus que de saccager la banlieue.

L'archéologie de Boulogne romain réclamerait tout un volume, il faut se borner ici à un bref résumé; ce qui a été épargné est peu apparent et il est impossible de s'engager ici dans le récit des fouilles1.

■Ce récit existe et il est exact et minutieux ainsi qu'il convient; on le trouvera dans I>. Hatgaeré, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-CMais.

Hurepel, au xmc siècle. Le front sud-est se trouvait à quelques mètres en dehors de la muraille du Moyen Age, et le front sud-ouest fort près du ravin qui se précipite vers la Liane (fig. 10483).

La Porte-Neuve ou Flamengue. que nous venons de nommer, correspond à l'axe principal de la ville antique. La rue de Lille est l'ancienne via decumana. A droite, dans le premier quartier, un vaste édifice religieux, 20 m. x 10 m., parallèle au rempart, est enfoui sous la crypte basse de la cathédrale. Les murs reposaient, dit l'abbé Haigncré, sur une fondation en pierres brutes, maçonnée de terre et ils avaient encore à 1 m. 40 sur 2 mètres de base et 1 m. 20 d'épaisseur au sommet. Ils étaient construits en pierres communes recueillies sur le rivage et reliées entre elles par d'épaisses couches de ciment rougeàtre et n'offraient aucun indice d'appareil régulier. Aux quatre encoignures on avait fait usage de grosses pierres de

Arrondissement de nouloune, 1. 1, p. 22-38. — ■ E.-T. Hamj . dans Boulofne-sur-Mer et ta région boulonnaise, 1899, t. i,

p. 41 sq.

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Marquise, taillées avec soin, atteignant parfois plus d'un mètre de côté et reliées à l'aide de mortaises à queue d'aronde l. De très larges pierres taillées gisaient au centre de la construction et un trottoir de 2 mètres de large régnait sur le pourtour, bordé de dalles en calcaire de Marquise, creusées en caniveaux pour l'écoulement des eaux du toit. L'entrée se trouvait sur la face nord-est, qui n'offrait aucune trace de muraille.

Parmi les ruines, encombrées de tuiles, de plaques de ciment, etc., gisaient un beau chapiteau d'ordre dorique dont le coussinet a été taillé en couronne de feuilles d'acanthe, et le tailloir enjolivé de postes et d'oves. Il fait corps avec un tronçon de fût couvert de feuilles de chêne imbriquées, sur chacune desquelles repose un gland. (Voir Dictionn., t. m, col. 465, fig. 2520.) Ce chapiteau conservé dans la crypte a ses analogues dans un certain nombre de musées lapidaires, à Rouen, à Néris, à Sens. Il se pourrait que la décoration ait été limitée à la partie supérieure du fût, car on a trouvé, avec ce chapiteau, un autre fragment de fût lisse, du même diamètre, adhérant à une base attique. Un fragment de frise du même style a été trouvé avec ce chapiteau.

C'est à la construction des remparts du castrum qu'appartient l'inscription de Corio, fils de Javus, entrepreneur (voir ci-dessus, col. 1603) 2. Les terrains situés sous la porte des Degrés ont rendu un fragment de fût de grosse colonne couvert de pampres sculptés qui a disparu. C'est là une ornementation de basse époque qu'on rencontre à Constantinople et dans l'Afrique du Nord, du ive au vie siècle. De basse époque également sont les deux tronçons d'entablement à modillons trouvés dans la porte des Dunes et conservés au musée de Boulogne, c'est un travail de décadence, on y voit du travail en méplat, signe de décadence. Tout ceci offre un certain intérêt parce qu'on a tout lieu de croire que ces débris ont servi comme matériaux de remploi dans la première cathédrale.

Dans le second quartier, à droite, au delà de l'ancienne via quintana on a signalé un grand balneum qui longeait la voie au delà du parvis Notre-Dame. Plus loin, mais à gauche, à 1 mètre en avant de la façade du n. 2 de la rue de Lille, deux gros piliers carrés en pierre de Marquise, découverts en 1882, marquaient l'entrée d'un établissement important, très probablement religieux, qui devint plus tard Saint-Wulmer.

Dans les caves du n. 26 de la rue Saint-Martin on a trouvé de fortes murailles, là où, en juillet 1724, Scatté de Velinghen signalait quelques peintures. D'autres vestiges de constructions romaines, beaucoup moins importants ont été rencontrés dans la haute-ville.

Au castrum se rattachait directement une seconde enceinte qui couvrait une partie de la ville basse et du port. E.-T. Hamy en a reconnu, rue du Collège, le mur occidental qui court presque parallèlement à la Grande- Rue, à 4 ou 5 mètres en arrière des façades des maisons qui portent les numéros pairs.

Le mur oriental, appelé jadis mur sarrasinnis, s'amorçait au caslrum un peu au delà de la porte des Degrés et descendait tout droit sur l'ancienne chapelle protestante St John's Church. Ces deux murailles interceptaient un vaste espace de forme trapézoïdale où se trouvaient, notamment, les arènes dont d'énormes

1 Une partie des grosses pierres de la passerelle de la Porte-Neuve pourraient venir de là. — 2 Ern. Desjardins, L'inscription romaine de la cathédrale, dans Mém. de la Soc. acad., t. v, p. 481 ; Bulletin, 1. 1, p. 226. — 3 E.-T. Hamy, Statuettes anciennes provenant d'un sanctuaire de Mithra (Musée de Boulogne), dans Bull, de la Soc. acad., t. HT, p. 390, 451. — ■ 4 Dans la rue des Vieillards. — ° Dans le Bulletin monumental. — ' Alex. Marmin, Procès-verbaux de

maçonneries et plusieurs pierres sculptées semblent représenter les restes dans les terrains au-dessous de la porte des Degrés, désignés au Moyen Age sous le nom de Sablon Notre-Dame.

Entre ces deux enceintes et la mer, du côté de l'Ouest, on ne voyait que des tombeaux adossés au coteau des Tintelleries, la tour ou phare de Caligula, un temple de Mithra, profondément enfoui sous l'ancien passage d'Herlen 8. Les classiarii d'origine orientale ou illyrienne avaient importé le culte mithriaque en ces lieux qui s'y prêtaient par la présence d'un petit ruisseau qui descend de la cour Duval vers la rue Thiers. A plus de 8 mètres de profondeur on découvrit deux statues de pierre de Marquise de 0 m. 57 de hauteur, génies lampadophores d'un autel mithriaque4. Des maçonneries romaines et des tuiles à rebords, trouvées au même niveau, représentaient ce qui restait de cette installation.

Dès 1837, Arcisse de Caumont 6 reconnaissait l'existence du tracé gallo-romain et les découvertes d'inscriptions et de sculptures sont venues confirmer son observation à chaque fouille, notamment entre la Porte des Dunes et la Porte-Neuve. Les remparts de la haute-ville forment un rectangle de 100 mètres sur 325; les tours cylindriques flanquaient et commandaient les courtines, d'autres plus importantes protégeaient trois angles du rectangle, le château occupant le quatrième. Au centre de chaque côté s'ouvrait une porte flanquée de tours donnant accès aux quatre grandes rues qui aboutissent au marché.

XVIII. La via solemnis vers Lyon. — En remontant la rivière, le faubourg de Bréquerecque apparaît couvert de débris romains. Ce sont des constructions d'une certaine importance 6, où on a cru reconnaître les restes d'un temple d'Esculape et un réservoir avec plateforme ayant servi à une usine, ruinée peut-être lors du siège de 293. C'est un petit portique d'ordre dorique rencontré dans la cour du n. 17 de la rue Bréquerecque, vers la fin de 1861. C'est la route d'Agrippa venant d'Amiens, via Solemnis, qui entre sur le territoire de Boulogne par la Madeleine et l'Abattoir et traverse le Franc-Marché en se rapprochant tout doucement de la rue de Bréquerecque qu'elle rejoint au carrefour de la Porte Gayole, pour gravir, en suivant cette dernière voie, le coteau du castrum. Cette route est bordée sur tout son parcours par des centaines de tombes du ine au ve siècle, depuis le luxueux tombeau du triérarque Arénius Verecundus ' jusqu'aux modestes cercueils en grosses planches reliées par de longs clous en fer. On a, en effet, recueilli tout le long de la voie des centaines d'objets entrés depuis au musée de la ville : vases de verre, de terre, fibules, bracelets, anneaux, colliers 8, etc.

D'autres tombes encore sont proches de la route romaine, vers le sentier de la Porte Gayole et le long du chemin Huguet. Mais le voisinage immédiat de la voie est occupé à ce niveau par des constructions variées 9 : maisons avec hypocauste, réservoirs en ciment, cuisine, etc., où sont accumulées, des deux côtés, les terres cuites à l'estampille CL-BR- dont la présence semble indiquer que là se trouvaient les bâtiments de la flotte.

Tout près de la Porte Gayole, la via Solemnis vient se souder avec l'autre grande voie partie de Thérouanne et descend en droite ligne par Dringhen vers

la séance publique de la Soc. d'agriculture, 1828, p. 40-44. — ' J.-F. Henry, Essai hisl., topoyr. et stat. sur l'arrond. comm. de Boulogne-sur-Mer, in-4°, Boulogne, 1810, pi. m; V.-J. Vaillant, Êpigraphie de la Morinie, 1890, p. 34-36, n. 1. — 8 D. Haigneré, dans Dictionn. hisl. et archéol. du Pas-de-Calais, t. i, p. 35-37. — • Id., ibid., t. i, p. 29; E. Sauvage, dans Bulletin de la Société académique, t. v, p. 236-243.

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le castrum. C'est entre ces deux voies que les sépultures antiques sont les plus nombreuses et les plus serrées. Le coteau tout entier a servi de cimetière pendant des siècles et son nom de Vieil- Atre a gardé le souvenir de cette ancienne destination.

Le quartier de Bréquerecque était habité par une nombreuse population commerçante, à proximité du port de commerce distinct et du port militaire dont l'emplacement a été suffisamment déterminé par la trouvaille, à quelques mètres au nord de la rue Nationale, de grosses pierres usées par le frottement des cordages virés par les treuils et les cabestans. Ce port pouvait mesurer environ 400 mètres de long sur 225 de large, soit 9 hectares de superficie environ. L'accès n'en devait pas être des plus faciles car les ornières creusées par les roues des chariots présentent un écartement de 1 m. 20, ce qui restreignait fort la circulation. La via Solemnis ne s'arrêtait pas là, elle traversait la rue des Pipots, s'approchait de la Grande- Rue, derrière la chapelle du musée et aboutissait au port militaire.

XIX. Le cimetière de Vieil- Atre. — Dès le xvie siècle, on a constaté l'existence de sépultures antiques sur le plateau qui s'étend à l'est de Gesoriacum, le contourne en quart de cercle, en s'abaissant graduellement après avoir suivi la croupe du val de Saint-Martin pour aboutir aux bords de la Liane dans le faubourg de Bréquerecque. Cette nécropole mesure 2 kilomètres de développement et a attiré l'attention de Le Quien, Luto, Malbrancq, dom Grenier, etc., qui ont raconté dans quelles circonstances les sépultures furent mises au jour sur divers points depuis le voisinage de la Fontaine de Fer et les abords de la Porte- Neuve jusqu'aux environs de l'ancienne maladrerie. C'est à la date de 1083 qu'on trouve consignées les premières découvertes archéologiques ', elles furent fortuites et le récit n'en peut trouver place ici, mais il suffit de rappeler la disparition de la paroisse Saint- Martin extra muros vers le milieu du xvie siècle. L'emplacement de son cimetière est clairement indiqué par Luto; il s'étendait sur une partie des terrains situés entre l'actuel boulevard des Marronniers et la route de Saint-Omer; même après qu'il eût été désaffecté il continua à porter le nom de Le Vieil Cimetière. C'est de l'autre côté du château, vers le Sud-Est, que se trouvent les terrains désignés sous le nom de Le Vieil- Aire, par allusion aux sépultures antiques. Cette dernière nécropole a été explorée deux fois avec esprit de suite, de 1869 à 1872 par l'abbé D. Haigneré; en 1888 par le fouilleur professionnel Lelaurain qui a vendu au plus offrant la plupart de ses trouvailles dont V.-J. Vaillant eut le temps de surveiller l'exhumation et de consigner les résultats dans son Épigraphie de la Morinie* qui est la meilleure monographie du cimetière. Enfin en 1893-1895, E.-T. Hamy a fait de fructueuses et méthodiques recherches dont voici une description sommaire.

« J'ai, disait-il, retrouvé le Vieil-Aire lui-même, large bûcher où des générations de morts ont été incinérés et il m'a été d inné de pouvoir isoler jusqu'à trois enceintes de forme quadrilatère, des ne et ine siècles, ayant probablement appartenu à des collèges funéraires particuliers. L'ancien sol commence à 1 m. tin ou 1 m. 80 de profondeur, mais les débris romains se montrent dès 1 m. 50, sous la terre noire, puis jaunâtre accumulée depuis seize siècles. Des restes de petits chemins empierrés, dont les matériaux sont mêlés de fragments caractéristiques, tuiles à rebords, vases cassés rouges, gris ou noirs, témoignent à ce niveau d'une fréquentation prolongée. Le dépôt funéraire descend parfois jusqu'à 3 m. 50 où l'on atteint le sol primitif, formé de roches inégales et de sables ferrugineux.

« Quelques vestiges de la période néolithique gisant

sous la couche romaine et Voila gauloise, usitée comme urne cinéraire et qu'accompagne souvent la lampe des funérailles romaines, vient donner une idée de la bourgade primitive où les premiers soldats de Claude coudoyaient les Morins de Gesoriac.

« Les incinérations romaines du fond de nos tranchées, parfois intactes, et parfois bousculées par des remaniements postérieurs, vont de Claude à Antonin le Pieux. » Tout cet ensemble est païen, et malgré l'intérêt qui s'y attache, ne doit pas nous retenir, car il ne faut s'attendre à rencontrer rien de chrétien dans les tombes à incinération. A la période suivante et qui déjà se rapproche de celle qui fait l'objet de nos études, ce sont des inhumations populaires : squelettes fort mal conservés dans des bières diversement orientées et rarement accompagnés de mauvaises poteries. Au cours des fouilles vénales de 1888-1889, V.-J. Vaillant qui surveilla les opérations avec une scrupuleuse et infatigable attention, a signalé la présence de caveaux en maçonnerie, de cercueils de plomb et de bois, etc., et d'une quantité d'objets plus ou moins précieux en or, argent, bronze, étain,fer, verre, ardoise, ivoire, ambre, jayet, coquille, etc.

On a trouvé jadis des inhumations jusqu'aux portes de la ville, Luto y rencontra dans une tombe un verre, un poignard, un anneau et une soixantaine de monnaies à l'effigie des deux Tétricus 3. Une partie seulement des innombrables antiquités recueillies dans ces nécropoles a pu échapper à la dispersion. Au début du xxe siècle, le musée municipal comptait 5 200 objets gallo-romains, formant une des collections les plus riches de la France septentrionale.

XX. Introduction du christianisme. — On n'en sait absolument rien avant la fin du me siècle, mais on a la ressource d'insinuer que les légionnaires romains et les marins de la flotte initiés au christianisme avaient fait connaître et même implanté le christianisme dans cette Morinie qu'ils traversaient et dans laquelle ils séjournaient; cela n'est pas impossible mais demeure conjectural. Cet apostolat par les militaires, dont on abuse un peu trop de nos jours pour suppléer à l'absence de missionnaires connus, ne peut se réclamer d'un seul texte et il n'est pas superflu de faire observer que s'il s'est réellement produit, il n'a pas laissé de souvenirs. En effet, si on parcourt l'abondante littérature légendaire à partir du vne jusqu'au xne siècle, on y cherchera à peu près en vain, croyons-nous, une allusion à cet apostolat anonyme qui aurait précédé celui des prédicateurs qui n'ont qu'à se montrer pour convertir des foules compactes et des pays entiers. Autre constatation non moins remarquable, les hagiographes mérovingiens et leurs successeurs ne paraissent pas s'être avisés d'aller chercher ces convertisseurs irrésistibles dans les rangs de l'armée ou parmi les équipages de la flotte. La raison en pourrait être que la part prise par celles-ci à l'évangélisation avait été tellement silencieuse qu'on en avait perdu jusqu'au souvenir. Il parait donc aventureux de dire que les missionnaires qui ont évangélisé la Bretagne au n* siècle se sont certainement embarqués à Boulogne, où a dû se trouver le premier établissement chrétien de ces régions. Le prétendu message d'un roi breton nommé I.ucius adressé au pape Éleuthère pour lui demander le baptême nous reporterait, il est vrai, à un pontificat qui dura de 171 à 189. niais cette lettre porte fausse signature et fausse adresse. Le roi Lucius ici nommé n'est ni anglais ni breton, il n'est autre que Lucius Aelius Septimius Megas Abgarus, en deux mots Abgar IX. roi

"Cf. I). Haigneré, dans Dictionn., t. i. i>. 21; Dessille, L'année boulonnatse, p. 546. ' ln-S", Boulogne-sur-lfer,

1890, p. 1-33. — 3 Haigneré, Dictionn., t. i. p. M s(|.

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d'Édesse, et la forme Brittanio désigne la forteresse de Birtha, qui n'est autre que la ville d'Édesse * (voir Dictionn., t. iv, à ce nom). Voici donc le premier établissement de missions établi à Boulogne au 11e siècle un peu compromis. Il est vrai que vers l'an 196, saint Irénée parle d'Églises fondées en Occident jusque chez les Celtes 2 et Tertullien, vers 200-206, a entendu parler d'une évangélisation lointaine qui dépasse la ligne d'avant-garde de l'armée d'occupation de la Bretagne 3. Même en prenant ces affirmations comme historiquement fondées, on a quelque peine à en conclure que les fondateurs de ces postes avancés du christianisme aient eu quelque rapport avec Boulogne.

Le premier indice d'une évangélisation se rencontre dans la passion des saints Fuscien, Victoric et Gentien, dont on peut retenir les noms à défaut de tout le reste où, d'ailleurs, il n'est pas fait mention de Boulogne. Ce qu'on est en droit de supposer — et à défaut de l'hagiographie, la topographie aurait suffi à nous l'apprendre — c'est que ï'évangélisation de la Morinie s'est faite suivant la route d'Amiens à Boulogne. Pendant tout le ive siècle tout ce que nous savons du christianisme à Boulogne, réserve faite des récits légendaires, se réduit à très peu de chose et on ne peut retenir que le nom de saint Victrice, évêque de Rouen.

Celui-ci, en elïet, ne borna pas son zèle aux limites de sa ville épiscopale et des campagnes environnantes. La région qu'il évangélisa comprenait le Boulonnais, la Morinie, l'Artois pour sa partie flamande, la Flandre occidentale formant le pays des Morini; le Brabant, le Hainaut, Bavai formant le pays des Nervii. On sait que dans ces pays existaient alors Thérouanne, Boulogne, Cassel, Werwicq, Escaupont, Bavai, Tournai, Cambrai, Wandrez, Étrœung. Les prédications de Victrice y obtinrent un certain succès puisqu'au dire de saint Paulin de Noie on y vit non seulement dans les villes, mais encore dans les îles et dans les forêts, de véritables monastères : Ubi quondam déserta silvarum ac littorum pariler intuta advenae barbari aut latrones incolae frequenlabant, nunc venerabiles et angelici sanctorum chori urbes, oppida, silvas, ecclesiis et monasteriis plèbe numerosis, pace consonis, célébrant. Ainsi donc, en 398, « les villes, les bourgades, les îles, les forêts sont peuplées par des chœurs vénérables et angéliques et saintes gens qui, dans les églises et les monastères remplis de fidèles, chantent de concert l'hymne de paix. » Ramené aux proportions de l'histoire, ce récit d'un pieux gascon (voir Dictionn., t. xn, col. 1443-1454) laisse entrevoir quelques établissements disséminés où des continents chantent la liturgie avec les clercs chargés du service divin.

Peut-on induire de là l'existence d'un évêché à Boulogne au ive siècle? Tout ce qu'on est en mesure da dire c'est que l'existence d'un évêché, au ive ou au ve siècle, est établie par des textes certains pour toutes les cités romaines de la Gaule, à la seule exception de la civitas Bononiensium pour laquelle les textes manquent. Que cette exception, qui n'est pas absolument unique, soit bien peu probable, il n'importe, car il n'est pas question de probabilités mais de réalités. Il a pu exister des groupements de cités romaines deux par deux pour former des diocèses épiscopaux, ce fut le cas plus tard pour Arras et Cambrai ainsi que pour Boulogne et Thérouanne; on n'est pas en mesure de dire qu'il n'en fut pas ainsi dès le ive siècle.

Ceci ne veut rien dire de plus sinon qu'il a pu exister un titre épiscopal à Boulogne à la fin du ive siècle avec résidence à Thérouanne, centre administratif des deux

1 A. Harnack, Der Brief des britischen Kïmigs Lucius an den Papst Eleutherius, dans Sitzungsberichte der kônigl.preuss. Akad. der Wiss., 1904, p. 909-916. — * S. Irénée, Adu. hœres., 1. I, c. m, P. G., t. vi, col. 465 sq. — 3 Tertul-

évêchés conjoints et cette explication respecte la vraisemblance que tous les chefs-lieux des cités cataloguées dans la « Notice des Gaules » étaient devenues sièges épiscopaux au début du ve siècle. Quant à l'omission du nom d'un évêque de Boulogne au concile d'Orléans tenu en 511, nous avons déjà fait observer qu'elle s'accorde avec l'omission du nom d'un évêque de Thérouanne à ce même concile (voir Dictionn., t. vi, col. 420), ce qui tendrait à confirmer la conjecture de l'union de ces deux sièges sous un seul titulaire. L'argument qu'on a fait valoir au point de vue archéologique est contestable. Que l'église chrétienne, qui fut élevée au ive siècle, l'ait été sur l'emplacement et avec les matériaux d'un temple païen cela s'est vu dans un très grand nombre de villes de l'empire et il ne s'ensuit pas que cette église ait été un titre épiscopal dès sa fondation; les débris qu'on peut conserver dans la crypte actuelle de l'église Notre-Dame peuvent provenir d'un édifice sacré ou profane sans qu'il soit possible d'en décider. Il se peut que l'église en question ait « tous les caractères d'une vieille cathédrale et que son abside soit adossée aux remparts comme celle des plus anciennes églises ». Une fois encore il ne s'ensuit pas que cette église ait été dès le moment de sa construction un titre épiscopal. Quant au baptistère isolé de l'église, on ne peut en conclure à la présence d'un évêque sur place; il fallait nécessairement un baptistère lorsqu'on procédait au baptême des catéchumènes, même si le titulaire venait de Thérouanne. Sur la date de cet édifice, démoli au xvne siècle, on ne peut risquer que des conjectures 4.

Quoi qu'il en soit de cette question d'un titre épiscopal à Boulogne au ive siècle, il est permis de croire que. à la suite de l'invasion de 406, son existence dut être gravement compromise sinon menacée. C'est pendant le cours du ive siècle qu'on a réussi à glaner de rares événements. La naissance de saint Patrice, apôtre de l'Irlande, doit croyons-nous être maintenue dans l'île de Bretagne, quoi qu'on en ait pu dire en faveur de Boulogne. Le voyage de saint Germain d'Auxerre et saint Loup en Bretagne a pu les conduire à Boulogne pour s'y embarquer. Ensuite le silence enveloppe la ville et l'Église pendant un siècle et demi, jusqu'au premier quart du vne siècle.

Nous hésitons à accorder même une mention à un apostolat de Maxime de Riez traversant au galop toute la France pour s'arrêter et mourir à Vismes, en Boulonnais, en 480.

XXI. La communauté au Vieil- Atre. — La découverte, en 1888, d'une coupe de verre portant la devise vivas in (a)eterno et certainement chrétienne, coupe qui aurait pu servir de patène eucharistique, a fait admettre l'existence du christianisme à Gesoriacum à une date déjà ancienne et a attiré l'attention sur le cimetière chrétien de la communauté dès la seconde moitié du ive siècle. Ce cimetière aura pu se trouver dans la circonscription de Vieil-Atre où les inhumations se sont succédé par milliers pendant des siècles, et où l'encombrement entraîna la nécessité de superposer les tombes sur plusieurs étages. Ce n'est qu'au Vieil- Atre qu'on a recueilli des indices de croyance chrétienne et on peut induire que là se trouvait l'area des fidèles. Or, le souvenir paraît s'en être maintenu, d'après deux documents conservés aux archives de la ville. Ce sont Le registre et terrier de l'église et abbaye de saincl Wilmer en Boallongne... fait et renouvelé par nous, Frère Jehan Leest, en 1505, et une copie prise en 1524 (bibl. municip., H. 111, H. 112). On y lit la mention

lien, Adu. Jud., c. vin, P. L., t. n, col. 651 sq. — ' Il n'y a rien à dire de la naissance de saint Patrice à Boulogne; il naquit vers 389 dans le sud-ouest de l'Angleterre; cf. L>ictionn. de théol. cathol., t. xi, col. 2297-2301.

POKTUS ITIUS

d'un rieu de la fontaine du lacq jçien avec leurs tenants et aboutissants et il paraît incontestable qu'il s'agit du plateau situé aux environs du cimetière actuel de l'Ouest, au sud-ouest du sentier de Dringhen ; la mention faite du presbytère de Saint-Martin et de son Crocq servirait de preuve, au besoin. Ce presbytère attenait à la vieille église paroissiale de Saint-Martinlès-Boulogne qui fut complètement détruite pendant le siège par les Anglais et transférée depuis in pago Dainguehen là même où s'élève l'église qui l'a remplacée.

Les bouleversements subis par les terrains du Vieil- Aire pendant ce siège et sous Louis XIV, depuis lors par la culture maraîchère, ont tout aplani, effacé les reliefs trop marquants et interdit l'identification assurée des reliefs désignés par les terriers de Saint- Wulmer; cependant les fouilles de 1888 permirent à V.-J. Vaillant quelques observations.

Tout le plateau est plein de sources : à Maquétra, à Saint-Martin, sur la grande route, dans les maisons, l'eau abonde, partout de petites nappes souterraines emprisonnées par des puits, par des rigoles qui les dirigent sur des points déterminés ainsi qu'en témoignent les tuyaux de drainage et de canalisation. Près de là et toujours dans la même abondance d'eau qui filtre, suinte, sourd et ruisselle, une sorte de fondrière de forme allongée mesurant environ 30 et 50 mètres dans ses deux axes et aboutit à un petit talus raviné ou couloir boueux, où fut trouvé le cippe des petits enfants de Domitianus.

Non loin de l'extrémité opposée de cette dépression qui offrait les caractères d'un fond de mare dans laquelle les eaux auraient été assez tranquilles pour y déposer une couche épaisse de limon vaseux et tourbeux se trouvait la tombe contenant la coupe ou patène eucharistique et une autre qui donna la bouteille portant la devise : Utere felix Z. Là abondaient les sépultures de pierre, sarcophages monolithes, cuves maçonnées, caveaux en pierre brute, c'est-à-dire tous les modes d'inhumation préférés et pratiqués par les chrétiens. Toutes ces tombes ayant été violées à une époque ancienne on n'en peut rien dire que de conjectural.

Mais où se trouvaient le Lacq chrestien dont parle Jehan Leest, la source et le lit du ruisseau alimentant le réservoir dont le nom survécut à son utilisation'? On n'a pu le retrouver, mais il reste certain que dans l'enceinte du Yieil-Atre, désigné clairement par les terriers, sur un point facile à désigner, des tombes chrétiennes, des emblèmes, des monnaies ont attesté le voisinage immédiat d'une dépression de terrain à laquelle convient l'indication inscrite dans les registres de Saint-Wulmer. Quand l'abbé Jehan Leest nous dit avoir « fait et renouvelé » le terrier, il se conformait donc à des textes antérieurs qui enregistraient une tradition orale, celle de ce Lacq chrestien, bassin ou réservoir et sans doute baptistère de Gesoriacum situé à proximité de l'église et du cimetière. On croit pouvoir reconnaître dans ce Lacq le lacus synonyme de baptisterium, qui évoque ici la cuve par immersion dans laquelle les premiers chrétiens boulonnais furent immergés vers la fin du ive siècle.

« Qu'il s'agît d'une simple fosse séparant le cimetière du bassin affecté au baptême, ou de l'un et de l'autre, ou de quelques groupes isolés de tombes chrétiennes auxquels on aurait appliqué et conservé le nom de basse latinité lacus, l'emplacement de ce Lacq chrestien paraît dillicile à préciser. Prenez le sentier de Dringhen; allez jusqu'à la grille qui s'ouvre à votre droite dans le nouveau cimetière des concessions temporaires, là, faites face au Sud. Devant vous, par delà le cimetière et les jardins potagers, s'élèvent les hauteurs qui portent Saint-Êtienne et Outreau; vous dis-

tinguez l'église de Saint-Étienne dans le Sud-Sud-Ouest et presque dans l'alignement de l'église, à une centaine de mètres de la grille, se trouve un puits à toit conique, en motte de beurre. Plus à droite dans les mêmes terrains, à une centaine de mètres, en tirant vers le Sud- Ouest, autre puits; au loin, à sa gauche, l'église Saint- Étienne, à droite la tour du Renard. La position du Lacq chrestien est délimitée par un triangle circonscrit par trois lignes, dont la lre, partant de la grille d'entrée du cimetière, traverse le puits en motte de beurre et se prolonge vers l'église de Saint-Étienne; la 2e relie ce puits à l'autre puits désigné par ses deux montants maçonnés, et la 3e partant de l'angle de la pâture des Ursulines, traversant le cimetière, vient passer à une vingtaine de mètres en aval du deuxième puits.

« Les renseignements manuscrits ou imprimés sont rares, V.-J. Vaillant n'en a trouvé de décisifs que dans deux plans conservés à la bibliothèque de la ville et dans l'Essai de J.-F. Henry.

« Le grand plan, dit le plan rouge de 1760 (carton 1, n. 4) indique notre ruisselet exactement au point qui vient d'être décrit. Il a sa source dans une pièce de terre alors en culture, et son lit trace une sorte de bissectrice à l'angle des deux haies qui lui servent de clôture à sa pointe sud-ouest; sa direction semble être du Nord-Est au Sud-Ouest, autant qu'on en peut juger sur les quelques mètres de son parcours qui sont marqués entre la source et l'encadrement.

« Le plan minute de la ville et du port de Boulogne (au xvme siècle) (carton 1, n. 4) le figure également à la place désignée ci-dessus.

« L'historien J.-F. Henry a dressé trois plans de Boulogne sous la domination des Romains, en 1550 et au commencement du xvine siècle; tous les trois montrent le ruisselet naissant dans le Vieil-Aire, coulant du Nord-Est au Sud-Ouest et tombant dans le ruisseau du val Saint-Martin; ils ont, vraisemblablement été dressés d'après d'autres plans anciens et non pas d'après ses relevés personnels. Bien que ses renseignements ne possèdent pas l'autorité de ses observations directes, ils trouvent une puissante confirmation dans leur concordance avec les deux pians de la bibliothèque de la ville et V.-J. Vaillant leur reconnaît une grande vraisemblance, parce qu'ils s'accordent avec les conclusions auxquelles, avant de les consulter, luimême était arrivé à la suite de l'étude des terrains du Vieil- Atre et de la rive droite du val Saint-Martin.

« Un dernier élément de contrôle fait presque entièrement défaut par suite du nivellement de la seconde enceinte en 1690; les ruelles mentionnées dans le terrier de Jehan Leest ont disparu ne laissant de tronçons reconnaissables que dans les alentours du sentier de la Porte Gayole. A son extrémité la plus rapprochée de la ville actuelle se trouvait la ruelle quy maisne de la porte de la Gaiolle au bourg et sur laquelle venait se souder la rue de larcq ypien quy maisne à le gresve; elle contournait ou traversait quelques-uns des ouvrages extérieurs de la place, vers le Fonds-Notre-Dame, laissant à droite le tour du Cuinq qui est la tour Françoise, et descendait jusqu'aux bords de la Liane qu'elle atteignait vers la Porte-Royale, non loin du Sablon Notre- Dame, de la communette de Lisbourne et de sa fontaine ' ».

XXII. Du ive au vie siècle. — La nouvelle division administrative de l'empire détacha la civitas Bononiensium de la civitas Morinorum et l'importance de Bononia ne fit désormais que grandir. Un passage d'Eutrope (IX, xxi) nous apprend que cum apud Bononiam per tract um Belgicae et Armoricae pacandum

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