XXXI. VOLIGES, BARDEAUX, A-\IOVLI ET SC1K
tiri.E. — La scindula est un bardeau, c'est-à-dire une planchette, ordinairement de chêne, mesurant entre 0 m. 30 à 0 m. 40 de long sur 0 m. 01 à 0 m. 02 de large et 0 m. 005 à 0 m. 008 d'épaisseur; on s'en servait pour couvrir les toits et revêtir les murs. La traverse sur laquelle on clouait le bardeau s'appelait asciculus ou axiculus, c'était une espèce de latte ou de lame de bois, moins large mais beaucoup plus longue que le bardeau et qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de volige, pris dans un sens spécial. Quelle que soit la condition des manses, la taxe ordinaire est de 100 assiculi pour chacun de ceux qui doivent acquitter cette redevance. La même règle s'applique aux scindulœ.
XXXII. Les torches, facvlm. — Ce sont des torches de bois qu'on façonnait pendant les veillées d'hiver principalement avec le pin appelé lœda. On taillait la branche en épi, et on la fendait en brins; ensuite l'épine blanche, le charme, le coudrier, le genêt. Ces flambeaux étaient employés aux noces, aux funérailles et dans beaucoup d'autres circonstances. Ce mode d'éclairage existe encore de nos jours en France, en particulier dans le Bordelais, où on fend en baguettes très minces des échalas faits avec du pin dont la résine n'a pas été extraite de l'année et on forme avec ces baguettes des faisceaux de 5 à S centimètres de diamètre qu'on lie avec de l'osier. Ces torches brûlent bien, donnent une grande lumière peu sujette à s'éteindre; il suffit de les secouer pour les ranimer. L'abbaye de Saint-Germain lirait ses faculté de trois fiscs serviles; la redevance est fixée à 7 faculœ par manse, ailleurs à 12 faculœ. Charlemagne voulait qu'il fût tenu par ses officiers un état des faculœ conservées dans ses domaines.
XXXIII. Redevances diverses. — Le forestier de Boissy doit donner tous les ans à l'abbaye de Saint- Germain 1 autour et 3 éperviers, ou bien, à leur défaut, 3 sous d'argent. Un autour non dressé vaut 3 sous et, après la mue, 12 sous. D'après les lois barbares, l'autour, accipiter, est évalué plus cher que l'épervier, speruarius. Quelque prix qu'on attachât aux autours, la capture de ces oiseaux dans les bois n'était pas interdite. Charlemagne recommandait à ses officiers d'entretenir dans ses domaines, pour son service, des autours et des éperviers; mais il était défendu aux évoques, aux abbés, aux abbesses et à tous ecclésiastiques d'entretenir des chiens de chasse, des autours, des faucons, des éperviers et des jongleurs.
Les anguilles étaient l'objet de redevances imposées par l'abbaye de Saint-Germain. Les neuf moulins de Yillemeux rendaient chacun 100 anguilles, si les meuniers parvenaient à les prendre, sinon ils ne donnaient que celles qu'ils avaient pu capturer. De même les deux moulins de Saint-Père de Chartres, chacun 100 anguilles, un autre moulin 30 seulement. A l'abbaye de l'riim dix manses devaient fournir chacun 30 sangsues.
H. Leclercq.
' An. de Barthélémy, Cartulaire de l'abbaye de Redon en Bretagne, dans Revue archéologique, 1863, t. i, p. 397-405. — * Aur. de Courson, Lettre, dans ibid., 1863, t. Il, p. 181- 188. — ■ 3 Arth. de La Borderie, Examen chronologique des chartes du Cartulaire de Redon antérieures au .M' siècle, dans
REDON.— I. Cartulaire.— En 1863, Aurélien de Courson publia le cartulaire de l'abbaye de Saint- Sauveur de Redon. Attendu depuis vingt ans environ, l'ouvrage donna généralement satisfaction. Si Anatole de Barthélémy lui adressa quelques critiques ', l'auteur se hâta d'en montrer « le peu de fondement 2 » et put penser avoir partie gagnée, mais l'année suivante Arthur de La Borderie entreprit « de produire en public les observations nécessaires pour la saine intelligence et le bon usage d'un document fondamental de l'histoire de Bretagne 3 ». Il y revint un quart de siècle plus tard 4 avec de nouveaux développements.
Le cartulaire contient 327 chartes du ixe siècle et 1 1 du xe, antérieures à l'an 925, pour ne rien dire de pièces de date plus récente. L'authenticité de toutes ces chartes (sauf une ou deux au plus) est incontestée, incontestable. A peine est-il possible de relever quelques fautes commises, imputables à des copistes. En somme, ce recueil est, ainsi qu'on l'a dit, « l'un des documents les plus intéressants de l'histoire de France et, pour l'histoire de Bretagne, un monument d'une importance souveraine et unique. • » Nonobstant leur importance ces actes furent un peu négligés, sinon au point de vue philologique où ils furent abondamment exploités par les celtisants, du moins au point de vue historique avant que A. de La Borderie ne s'y fût appliqué par le côté chronologique. Le premier éditeur avait donné une chronologie sommaire et souvent défectueuse, et là où manquaient les dates précises, c'est-à-dire presque partout, jamais, même dans les cas les plus difficiles, il n'indiquait les motifs des solutions qu'il adoptait. D'où l'inutilité et, parfois, l'impossibilité d'utiliser le cartulaire. L'étude critique à laquelle se livra A. de La Borderie porta sur la chronologie des princes francs du ixe siècle qui s'y trouvent nommés, sur celle des princes bretons, celle des évêques de Vannes et des abbés de Redon.
Si nous n'avions pas donné ces explications nécessaires certains se fussent étonné peut-être d'un silence et d'une omission en apparence inexplicables; il faut donc leur dire ici que ce précieux document appartient à peine à nos études. En effet, le cartulaire de Redon ne contient que cinq chartes du temps de Charlemagne; ce sont les plus anciennes de tout le recueil et toutes les cinq ont été mal datées par l'éditeur. On les trouve dans son édition sous les numéros 33, 135, 166, 168 et 191. Elles n'ont que peu d'importance, il est vrai, au point de vue de nos études et se rapportent à un procès, à une vente, à une vente à réméré, à une vente et à une donation, respectivement pour les années 801, 808, 813, 813 et 800 à 814. On sait qu'en matière d'histoire le Dictionnaire ne dépasse pas cette date, or c'est en 814 que nous rencontrons un premier gouverneur de Bretagne pour les Francs, Gui ou Wido.
Les chartes numérotées ci-dessus 191, 135 et 166 mentionnent un évèque Isaac qui occupait le siège île Vannes entre 801 et 814 au moins; ainsi, une fois encore, le cartulaire ne nous apporte rien d'appréciable, et on va voir qu'il en est de même pour la liste abbatiale.
II. Monastère. — Il existe deux opinions principales touchant la date de fondation de l'abbaye : en 823 ou en 832. On lit ce qui suit dans la première charte du cartulaire :
« Sachent tous ceux qui entendront cette charte que Convoion, étant allé trouver le liern Ratuili, le rencontra à Lesfau assis au bord d'une fontaine, et le pria
Bibliothèque de l'École des Chartes, 1. XXV, 1861, p. 259- 282, 393-434. — ■ Études critiques d'hist de Bretagne. La chronologie du cartulaire de Redon, dans Ann. de Bretagne, t. v, 1889-1890, p. 535-630; t. xn, 1896-1897, i>. 478-522; I. xin, 1897-1898, p. 12-12, 263-279, 430-4;>S, 590-611.