REDON
REFADI
de lui octroyer un lieu convenable pour y travailler au service de Dieu; ce que Ratuili en effet lui accorda, et sur sa demande lui donna le lieu de Redon en pure aumône, pour le salut de son âme et pour avoir part en l'héritage du royaume de Dieu. Ce fut fait un jeudi, présent et consentant Catworet, fils de Ratuili. Ensuite Convoion et les frères religieux qui l'accompagnaient quittèrent le monde au nombre de six, et entrèrent dans ce lieu de Redon. Après quoi Ratuili y vint lui-même visiter ces pieux frères et, tant en son nom qu'au nom de l'empereur, il leur confirma la pleine et perpétuelle possession de ce lieu. [Suivent les noms et les signes des témoins.] Ce fut fait un mercredi du mois de juin, en la dix-neuvième année du règne de l'empereur Louis. »
Ce sont là deux notices fondues en une seule, l'une ne marque que la férié, l'autre donne la férié, le mois et l'année. Le fait rapporté dans la première notice estil de la même année que ceux mentionnés dans la seconde ou bien en est-il séparé par un intervalle d'une dizaine d'années?
Ici, entre le premier fait rapporté et le suivant : la donation et la visite du donateur, il a dû se passer du temps; à tout le moins le temps nécessaire à l'établissement matériel d'un oratoire et de cabanes, ce qui peut être vite fait. Néanmoins on a voulu soutenir l'année 823 en s'appuyant sur une Chronique du Mont- Saint-Michel, dont il existe plusieurs copies très anciennes qui portent les unes 823, les autres 833; il faut donc renoncer à l'utiliser et s'en tenir à 832.
La notice qu'on vient de traduire montre qu'en juin 832, au moment de la visite de Ratuili, la communauté monastique de Redon ne comptait encore que six religieux; or une autre notice (n° 2 en appendice en cartulaire) les montre au nombre de douze frères réunis le jour de la Saint-Martin, avant la messe, et s'engageant tous ensemble à n'avoir plus désormais rien en propre, à mettre en commun tous les fruits de leur travail et tous leurs biens et à ne plus s'occuper des choses du siècle que par l'ordre de leur abbé. Voici donc, à proprement parler, le début de la communauté monastique à Redon, qui ne comptait que 6 moines en juin 832 et qui en comptait 12 au 11 novembre d'une année qui ne peut être antérieure à 832.
III. Le premier abbé. — C'est en juin 832 que commence l'abbatiat de l'abbé Convoion et le cartulaire nous apprend (n. 68) qu'il vivait encore le 30 juillet 867, tandis que (n. 240) montre que le 28 août 868 il était mort. Reste à déterminer le jour. Ni les actes des saints de Redon, écrits au ixe siècle, dont la fin manque; ni la Vie de saint Convoion composée au xie siècle ne précisent ce jour, mais à l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon, depuis un temps immémorial jusqu'en 1790, on fêtait le fondateur le 5 janvier. Pareille tradition en pareil lieu prend la valeur d'un fait presque certain, saint Convoion était donc mort le 5 janvier 868.
IV. Les gesta sanctorum rotonensium. — Un des six moines de 832 paraît à Mabillon être l'auteur de ce recueil hagiographique : Porro auclor iste sancli Conwoionis, ut jam dixi, discipulus fuit, id est unus e primis monachis cœnobii Rolonensis l. Le point est douteux, car au temps de saint Convoion et de ses six compagnons, cet auteur n'était qu'un enfant : cum prœsertim illos viras sanctos noverim qui me a pueritia nutrierunl alque in scientia Dei educaverunt 2 ; il fut
1 Acta sanct. ord. S. Bened., sœc. iv, part. 2", p. 184. — 2 Ibid., p. 205. — ' Ibid., p. 208. — • Acta sanct. ord. S. Bened., p. 214; la mort de Convoion manque dans le ms. Bibl. nat., nouv. acq. lat. 662. — ■ 5 Acta sanclorum orditds S.Benedicli, p. 208. — • Cartulaire, p. 113, n. 148. — ' Ibid., p. 44, 115; n. 54, 55, 149. — ' Ibid., p. 134, n. 173.—" Les
guéri d'une rage de dents par le moine Fitweten, alors qu'il était juvenculus z , il survit à Convoion, à Fitweten, à Tetwio, à Doethen, etc., donne la date de la mort de chacun d'eux, mais non l'année. Toutefois il est possible d'y suppléer à l'aide du cartulaire. « On n'a pas remarqué, en effet, que presque tous les « saints » y figurent comme témoins ou donateurs, ce qui nous permet d'établir le terminus a quo, la date à partir de laquelle notre auteur a commencé à rédiger, et aussi, le terminus ad quem au-delà duquel il est invraisemblable qu'il ait écrit.
« Tout d'abord il a survécu à Convoion; dans la préface du livre III, il annonce le dessein de raconter la fin du saint abbé4. Or, celui-ci est mort le 5 janvier 868. Son œuvre est donc postérieure à cette date. Et celle-ci trouve sa confirmation dans le récit de la mort de Fitweten, « moine et prêtre » décédé le 11 décembre 5. Ce personnage est, en effet, le Fitweten, moine de Redon, qui souscrit un grand nombre de chartes de cette abbaye, en faisant suivre son nom du mot presbuter. On le voit pour la première fois le 19 janvier 839 6. Il figure encore comme témoin le 18 mai 864 ', enfin le 23 janvier 867 8. Passé cette époque il disparaît. Sa mort étant du 11 décembre, est au plus tôt du 1 1 décembre 867. Les Gesta sanclorum Redonensium ne sauraient donc être antérieures à 868 9. Leur composition ne saurait être non plus très postérieure à cette date et de l'extrême fin du ixe siècle l0. »
IL Leclercq.
REFADI. — Localité du Haûran (voir ce nom) où M. de Vogué eut encore la satisfaction de rencontrer et la prévoyance de faire dessiner des « maisons presque intactes, dont l'une, disait-il, est datée, et qui donnent le type le plus complet des habitations de la région (voir Dictionn., t. vi, col. 1937-1916; t. x, col. 1222-1251). On ne saurait imaginer une construction plus rationnelle; chaque pierre a sa fonction apparente; l'entablement, formé des architraves monolithes qui relient les colonnes, et de l'extrémité des dalles qui composent le toit a un caractère très vigoureux. Les dalles ont une surface légèrement inclinée pour favoriser l'écoulement des eaux pluviales : cellesci venant se rassembler dans un chéneau pratiqué dans l'épaisseur des dalles se déversent au dehors par de petites gargouilles. Les chapiteaux et les bases sont d'un style qui se rapproche du byzantin. Des volutes terminent le bandeau supérieur; elles apparaissent pour la première fois dans l'architecture antique, c'est le prototype évident d'un élément d'ornementation très employé dans l'architecture arabe. Ces maisons appartiennent d'ailleurs par leur âge à la période byzantine; l'une d'elles, par exemple, porte la date du 13 août 510, indiquée par une inscription gravée sur la dernière balustrade à gauche du premier étage et qui est ainsi conçue :
SufxecovYjç -f Kô(pie) eùXôyTjaov tï;v eïcroSov xai . T7)v e^oSov Tjtxcôv à[XY)(v). 'E7tAY]pa>0Y) ri axoà èv (J.Y)(vt)
Ao)OU l-f' ÔvS ((.XTUOVOÇ) TpLTY]Ç TOÙ 7)V<|l ' STOUÇ. 'ATJpafAlÇ.
« Siméon. Seigneur bénis notre entrée et notre sortie. Amen. Ce portique fut achevé le 13 loûs, la troisième indiction de l'année 558. Airamis. »
Siméon est le nom du propriétaire de la maison; Airamis celui de l'architecte u.
Nous avons donné une colonne de Refadi (voir Dictionn., t. ni, col. 2311, fig. 3168).
H. Leclercq.
renseignements sur Tetvio, Condeloc, Gonhoiarn, Iarnhitin, etc., sont peu explicites. — ■ 10 F. Lot, Mélanges d'histoire bretonne, dans Annales de Bretagne, t. xxn, 1906-1907, p. 3. — - " M. De Vogué, Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du I" au VIIe siècle, in-4°, Paris, 1865, p. 126, pi. cx-cxn.
REFRIGERIUM
REFRIGERIUM. — I. Refrigerare. IL Refrigeratio. III. Refrigerium. IV. Le bonheur céleste. V. Le repas cultuel. VI. Bibliographie.
I. refrigerare. — « Boire une eau fraîche, quand on est altéré; se reposer à l'ombre, quand on vient d'être brûlé des rayons du soleil; est-il une sensation plus exquise et où l'organisme humain rencontre une plus apaisante délectation? Impuissante à se représenter les récompenses d'outre-tombe autrement que sur le modèle des félicités goûtées ici-bas, la piété humaine a souvent imaginé le bonheur du ciel comme un « rafraîchissement » où s'épanouirait éternellement l'âme des élus. Refrigerare, refrigerium sont des mots de la langue chrétienne. Ils ont même passé dans le vocabulaire de la liturgie. Nous essaierons de retracer ici l'histoire de ce concept qui, né d'une impression toute physiologique, s'est élargi jusqu'à signifier le plus complet bonheur dont l'homme puisse rêver l. »
Le mot que nous allons étudier se rencontre dans les inscriptions païennes et dans les chrétiennes, il a le sens de « rafraîchir », c'est-à-dire de procurer une sensation de fraîcheur, ce qui peut s'entendre de tout ce qui affecte l'organisme avec l'impression d'un soulagement physique. En voici quelques exemples tirés de textes païens : Me vero... délectant... pocula, sicut in Symposio Xenophontis, minuta atque rorantia, et refrigeralio sestate, et vicissim aut sol aut ignis hibernus '. Pline l'Ancien parle du besoin de fraîcheur que ressentent les imprudents qui ont absorbé la plante nuisible appelée aegolcthron * : Venenati signa sunl, quod omnino non densalur, quod color magis rulilus est, odor alienus, slernumenta protinus movens, quod ponderosius innoxio. Qui edere, abiciunt se humi rejrigerationem quœrentes, nam et sudore diffluunt. Dans le sens de « rafraîchir » nous pouvons encore citer ces passages de Cicéron : Nonne, ut ignis in aquam conjectus conlinuo reslinguitur et refrige.ralur, sic referuens falsum crimen in purissimam et castissimam vilam collatum, statim eoncidit et exstinguilur 4. — Quorum stellarum... tantus est concentus... ut cum summa (Stella) Saturni refrigeret, média Martis incendal^. — Ubi enim potest illa œtas aulcalcscerc vel apricatione melius vel igni aut vicissim umbris aquisve rejriycrari salubrius 6. Au sens moral le terme est employé avec la signification « jeter un froid », « déconcerter », « faire tomber l'ardeur » : ...ita defessa ac rejrigerata accusatione rem integram ad M. Melellum pnvtorem esse venturam '. — Prudens (teslis)... brevi inleiiocutione putroni rejutandus est aut aliquu si conlinget urbane dicto rejrigerandus ».
Nous trouvons le mot refrigerare avec un sens assez particulier dans une inscription de Fcltre * :
SEVERO-ET-RVFINO COSS V-K-SEPT ACCEPERVNT • COLL • FAB • ET • CC 7/7,7/ ■X- • Q VI N G E N T A M I L I A • COMPVTATA VSVRA • ANNI • VNI • CENTENSIMA • V////A -><■• LX • DE • QVA • VSVRA • PER SINGVLOS AN DIE-V-IDV- IAN- NATALE • IPSIVS • EX-VSVPA-S-S AT MEMORIAM • HOS • FLAMININI • REFRIGER SE/////DERVNT • ET • IIIIVIR • ET • SEX ■ FRINC ET-OFF PVB-SPOR- NO-AVREOS-DEN-ET-SIL SING-NEICNON ET PER ROS- AT • MEMOR • EIVS REFRIGERAR • DEVEB • NCCCLXII •
1 P. de Labriolle, Refrigerium, dans Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie cliréliennes, t. Il, 1912, p. 214. — * Cicéron, De senectute, c. xiv, 46. — 3 Pline, llistoria naturalis, 1. XXI, c. xliv. — ■ 4 Cicéron, Pro Roscio Cous., vi. — s De natura deorum, il, 46. — ' De senectute, xvi, 57. — ' In Verrem, i, 10, 31. — ' Inslil. oral., v, 7, 26. — • G. Ghiiaidini, dans Kotizie degli scavi, 1907, p. 432; Aug. Audollent, Refrigerare, dans Mélanges offerts à Louis liavet.
Voici d'abord la transcription de ce texte obscur :
Severo et Rufino co(n)s(ulibu)s, v k(alendas) sept- (embres), acceperunt coll(egium) fab(rum) et cfollegium) c(entonariorum) denariorum quingenta milia computata usura anni uni (us) centensima u[n]a denariorum LX; de qua usura per singulos an(nos) die v idu(s) jan(uarias) natale ipsius ex usura s(upra) s(cripta) at memoriam Hos(tilii) Flaminini refriger(are) se [..}derunt et quatluorvirfis?) et sexfviris? ) prinefipalibus?) et off(icio?) pub(lico?) spor(tulam) nofmmos?) aureos den(arios) et sil(iques) singfulis?), neienon et per rosfalia?) et memor(iam) eius refrigerar(e) deveb(unt) n(ummos) CCCLXII.
Il est question d'un nommé Flaminius qui, le 28 août 323, lègue une somme importante à deux collegia à charge pour eux de « rafraîchir » sa mémoire, ce qui revient à dire de raviver son souvenir par une distribution annuelle à date fixe des intérêts de ce capital. Le texte offre un grand intérêt par toute une série d'indications étrangères à notre sujet, nous ne devons nous arrêter qu'à l'usage fait ici du verbe refrigerare dans un sens différent du sens propre signalé plus haut et qui n'est pas cependant celui dont les chrétiens ont fait usage lorsqu'ils se sont servis de refrigerare comme verbe transitif ou intransitif, en le transposant. Pour eux, ainsi que nous le verrons dans un moment, l'idée à rendre est celle de « rafraîchir » l'âme soit dans cette vie, soit après la mort. Il ne s'agit pas non plus d'un repas et du soulagement ou du rafraîchissement du corps par la nourriture, ce que Flaminius désire, c'est que les deux collegia « ravivent sa mémoire, la conservent toujours fraîche ». Ce n'est plus le sens propre et direct du mot, mais un sens figuré avec une allusion favorable, peut-être une locution courante de la langue populaire qui ne s'était pas encore rencontrée ailleurs ,0.
On doit observer que refrigerare paraît à deux reprises dans l'inscription avec une construction identique dans les deux passages, et ce détail a son importance ainsi qu'on le verra.
Il existe une inscription du me siècle environ avant Jésus-Christ, gravée sur une lamelle d'or, trouvée à Pétélie, dans l'Italie méridionale sur laquelle il est question de l'eau de la source de Mnémosyne qui doit rafraîchir le défunt u : ~Eùprtasiç, S'è-rspav (xprjvrjv), rr.ç Mvr(u.Gauv/;<; Sltzo Xîlivtjç ^o/pôv ûScop 7rpopéov... Les mots qu'on vient de lire ont suggéré des rapprochements avec certains passages épigraphiques de Rome, et même avec des textes littéraires grecs qui présentent une idée très analogue. La langue latine a été de même explorée et on a pu y relever refrigerare et refrigerium, traduction directe d'àva^ù/siv et allusion à l'état de félicité de l'âme après la mort.
Certaines épitaphes plus païennes présentent! aussi refrigerare, d'ordinaire avec la même valeur. Cependant il a parfois la signification très particulière de « banqueter » comme dans l'inscription du collège funéraire des Syncralii à Préneste 12 :