Folcuinus, vers
XXV. Notre-Dame de Boulogne. — ■ Ce qu'on a écrit de plus raisonnable sur la cathédrale de Boulogne et ses plus lointaines origines se réduit à quelques lignes : « La cathédrale est située presque parallèlement à l'une des grandes rues qui divisent en quatre quartiers le castrum de la haute-ville, son chœur touche à la courtine des remparts. C'est la disposition de la plupart des cathédrales anciennes : Chartres, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, etc. C'est, en effet, vers l'extérieur de la ville que les premiers chrétiens purent trouver plus facilement un terrain, et il est probable qu'ils ne furent d'abord autorisés à élever des églises que dans les faubourgs. Au nord de cette cathédrale était située une petite et très vieille église dédiée à saint Jean-Baptiste et qui a dû être le baptistère; on voit encore sa tour surmontée d'une petite flèche carrée dans la vue de Joachin du Viertz en 1611; elle a disparu au xvnr8 siècle, sauf peut-être quelques vieux murs, malheureusement recimentés, situés à l'emplacement qu'on lui assigne ■ — à l'extrémité orientale de la rue Saint-Jean, maison n. 31. L'ancien propriétaire de cet emplacement a dit y avoir jadis détruit une aire en béton. Luto, diacre de Boulogne, dit dans son Mémoire pour l'histoire de la ville de Boulogne que Saint-Jean était voûté et avait des fonts baptismaux et qu'on voyait près de l'autel la figure en pierre d'un abbé à genoux. Cette église appartenait à Notre-Dame, ce qui est une raison de plus de croire qu'elle en était l'ancien baptistère. L'église Notre- D une fut rebâtie en 1104 *. » Celle-ci seulement peut offrir quelques indices à l'archéologie et déjà elle dépasse notre limite chronologique. Il en est malheureusement de même pour la primitive église de Saint-Wulmer située dans la ville-haute, rebâtie par sainte Ide en 1090'.
Une lég'iide du xme siècle fait arriver à Boulogne, en 636, une vierge miraculeuse portée sur un bateau. On retrouve une pensée analogue dans le crucifix miraculeux de Rue arrivé en bateau, puis encore saint Josse tourmenté par la faim voit arriver sur la Canche à Dommartin trois bateaux chargés de vivres. Cette légende de Notre-Dame a fait l'objet d'un récit intitulé : La manière de la fondation et augmentation de
1 V.ita Columbani, 1. II, c. vm. — J ,1. Havet, Œuvres, t. i, p. 239. — 3 Pardessus, Diplomata, charta', n. 344. — ' Pardessus, Diplomata, charlœ, n. 345. — ' Id., ibid., n. 355. — ' C. Enlart, Les monuments anciens de Boulogne, dans lioulogne-sur-Mer et la région boulonnaise, 1899, t.'i, p. 104-165. — ' Id., ibid., p. 208. — 'D. Haigneré,
l'église de Notre-Dame de Boullongne, consigné dans le ms. 5725 de la bibliothèque de l'Arsenal 8. Il n'est pas convenable de plaisanter à propos de cette légende, elle mérite mieux.
Ce récit d'une image qu'on confie à la mer et qui aborde un rivage lointain est calqué sur une légende byzantine fort répandue et dont le premier exemple remonte à l'image du Christ de la Chalcé que Léon l'Isaurien fait briser par un spathaire. Celui-ci tombe de l'échelle, se tue, et le patriarche Germain recueille l'icône, la confie à la mer; elle arrive miraculeusement à Rome, intacte. Ce récit est déjà répandu au ««siècle, il est en grande faveur. En 1200, Antoine de Novgorod l'adopte; le patriarche Germain devient saint Hermon et la chronologie est de plus en plus bousculée '. Depuis lors elle fait son chemin, nous en avons à Boulogne un nouvel exemple.
XXVI. Le pagvs bononiensis. — Voir Dictionn., t. xin, col. 421-423.
XXVII. Le musée de Boulogne. — Il possède quelques séries importantes ; la plus riche de toutes est celle des vases en verre dont le nombre dépasse 300 et qui, malheureusement, ne possède pas la coupe précieuse du sacrifice d'Isaac que nous décrirons dans un instant. On doit mentionner les vases en terre avec ornements en barbotine. En 1863, l'abbé Haigneré publia une Notice sur la collection d'antiquités mérovingiennes exposées au musée, composée tout entière d'objets trouvés dans la ville et ses environs. Une grande partie de ces objets provient du cimetière d'Hardenthun (comm.de Marquise) ; ils vinrent s'ajouter à ceux recueillis dans le cimetière de Paincthun (territoire d'Échinghen), ensuite ce furent ceux du Pont -Feuillet (hameau de Saint -Léonard), de Bazinghen, d'Uzelot, de Baincthun. Ce sont des garnitures de baudriers, des pendants d'oreilles, broches, styles, en argent doré et en or, ornés de filigranes ou de pierres fausses imitant le grenat. L'objet le plus précieux est un anneau d'or dont le chaton est formé par le revers d'un triens ou tiers de sou d'or, de la seconde moitié du vne siècle. On y voit la croix ancrée, posée sur un globe et accostée de deux étoiles à huit pointes, elle porte le nom d'un monétaire : CHARIMVNDVS. Cet anneau a été trouvé à Hardenthun dans une sépulture d'où proviennent aussi un pendant d'oreille, une broche, une tête d'épingle, une tête de stylet, le tout en or, et une plaque de ceinturon en bronze. Les plus intéressants de ces objets sont figurés à la suite d'une notice sur Quatre cimetières mérovingiens du Boulonnais, dans les Mémoires de la Société académique de Boulogne-sur- Mer, 1864-1865, t. i, p. 16-44, pi. xi, xiv, xv, xvi ; et Le cimetière mérovingien d' Éehinghen, dans Recueil historique du Boulonnais 1. 1, 1897, p. 431- 435; Fouilles de Pont-Feuillet, dans ibid., t. n, p. 13- 14; Fouilles à Olincthun, dans ibid., t. n, p. 325; Rapport de deux explorations d'antiquités romaines à Boulogne et à Olincthun, dans ibid., t. n, p. 515-517; Trouvailles à Hardelot, dans ibid., p. 229; L'aenochoé du musée de Boulogne-sur-Mer, dans ibid., t. n, p. 126- 129. Nous n'avons pu nous procurer H.-E. Sauvage, Sépultures franco-mérovingiennes trouvées à Boulognesur-Mer, in-8°, Boulogne-sur-Mer, 1899, 9 pages.
Il ne sera pas inutile d'entrer à ce sujet dans quelques précisions.
XXV III. Nécropoles barbares du Boulonnais. — Ce ne sont là que de fugitives indications, car, en
Élude sur S'olre-Dame de lioulogne, in-S°, Boulogne-sur- Mer, 1854. — • • Cf . Georges Mamartolos, Chronicon, 1. IV, 248, P. G., t. ex, col. 921 ; Dobschutz, Christusbilder, in-8°, Leipzig, 1899, t. m, p. 213; F. de Mély. dans Mémoires de la Société nationale des antiquaires de Fnuice., t. i.xm, 1904, p. 24 sq.
PORTUS ITIUS
réalité, depuis Constantin III jusqu'à Charlemagne, Boulogne n'a plus d'histoire; à peine peut-on relever quelques rares objets de l'époque mérovingienne trouvés dans les terres sorties de la crypte ou au bas du Vieil-Aire. Dans l'état actuel de nos connaissances on ne peut mentionner dans tout le Boulonnais que seize à dix-sept nécropoles franco-saxonnes; une seule est d'apparence relativement ancienne, celle de Nesleslès-Verlincthun qui a donné une belle série de fibules digitées, caractérisant les premiers temps mérovingiens. Toutes les autres sont de basse époque (vne et vme siècles).
La première qui fut découverte, à Paincthun, commune d'Échingen à 2 kilomètres au sud de Boulogne, contenait une cinquantaine de tombes (novembre 1857). La deuxième le fut à Pont-Feuillet, saccagée par les ouvriers carriers (hiver 1859-1860). Ensuite les Yeulles à Hardenthun.près Marquise (mai 1863), environ 250 tombes, quelques-unes fort riches; en 1864, à Uzelot, commune de Leulinghen, 45 tombes. En 1865, à Boursin, 38 sépultures et, la même année, Le Blanc- Biez et Bourbourg, commune de Béty, où il ne restait presque rien. En 1868, à Argencourt, commune de Ferques, 42 tombes déjà violées au Moyen Age; Alincthun, la même année, quelques tombes en mauvais état; en 1871, à Saint-Martin-Choquel, une vingtaine de fosses ouvertes sans méthode; Condette, sous les fondements de l'église Saint-Martin; Gazemets, à Wimereux,2 ou 3 tombes ;Bazinghen et Wierre-Effroy, connus par des objets isolés; Longfossé, exploité et ravagé en 1889 par le fouilleur Lelaurain qui a infligé le même traitement à la nécropole du Haut-Pichot, à Halinghen.
Tous ces cimetières sont à peu de distance de Marquise dont les carrières étaient exploitées dès le i" siècle et dont les prairies herbagères nourrissaient, au commencement du ve siècle, la cavalerie dalmate : Marcis in littore saxonico équités dalmalae. Marquise est entourée d'un cercle complet de sept cimetières correspondant à autant de villages barbares exploitant la garnison et surveillant la circulation sur la route qui conduit vers elle. Boulogne a trois cimetières dans son voisinage immédiat et il est probable que d'autres ont disparu au cours des travaux de construction d'une large banlieue.
XXVIII. Épigraphie. — 1. Nous avons donné au mot lydùç un cippe du musée de Boulogne dont l'origine païenne est certaine (voir Dictionn., t. vu, col. 1992-1994, fig. 6048). Il faut y revenir puisqu'il menace encore d'encombrer l'archéologie chrétienne. Trouvé le 27 octobre 1888, au cimetière de Vieil- Atre, pierre provenant des carrières oolithiques de Marquise. Une dalle de soubassement épaisse de 0 m. 21 avec trois agrafes de scellement. Hauteur du cippe : 1 m. 10, depuis le socle jusqu'au chapiteau à double volute, et 1 m. 42 jusqu'au sommet de la pomme de pin; les faces du dé ont 0 m. 39 de large, les côtés 0 m. 33, le cippe proprement dit 0 m. 59. Dans la face horizontale est creusé un trou destiné à recevoir la base de la pomme de pin qui fut retrouvée la première.
Le cippe gisait sur sa face épigraphique, les caractères sont de bonne époque, mais la décadence se fait sentir dans les lignes courbes, hauteur des lettres : 0 m. 65, interlignes : 0 m. 015. Il n'y a pas précisément ligature de A et R (ligne 2), les deux lettres ne se touchent sur aucun point, mais la haste de R a été supprimée.
Entre D et M (ligne 1) et après BVLIS (ligne 3) deux poissons; l'abréviation TR (ligne 6) doit se développer trierarchus, ou commandant d'une trière, le signe abréviatif distingue ce titre de celui de tribunus. Celui qui portait ce titre et en remplissait les
dict. d'arch. chrét.
fonctions s'appelait Domilianus ; il devait être officier de l'escadre de Bretagne et il éleva ce monument funéraire à ses petits-enfants.
Le texte est clair : Diis munibus. Fili(i)s parbulis Domitianus tr(ierarclius); seulement il y a les deux poissons, et cela suffisait à l'abbé D. Haigneré pour déguiser Diis munibus en Deo magno et mieux encore Deo Jesu Xristo maximo : Domitianus a érigé ce monument à ses enfants régénérés dans le Christ, c'est-à-dire baptisés! Et il poursuivait triomphalement : « Que ce soit là le sens de l'épitaphe gravée sur le cippe funéraire, cela ne fait pas de doute, si l'on considère l'inscription elle-même. » Et cela se passait entre 180 et 200 au moment où le pape Éleuthère envoyait, à la demande du roi Lucius, des missionnaires dans l'île de Bretagne (sur ce conte, voir ci-dessus, col. 1612). La bonne foi l'obligeait à convenir qu'on avait trouvé, mêlés aux ossements d'enfants « un certain nombre d'objets portant le plus irrécusable témoignage de mœurs et de croyances absolument païennes » et cela le gênait assez pour lui faire suspecter « la précision et la publicité » de la fouille. En réalité, les poissons ne font pas ici fonction du symbole chrétien bien connu, fallût-il y voir non un dauphin mais un type plus connu dans les eaux de la Manche : moruette, hareng ou merlan. Après l'enlèvement du cippe et de son piédestal, les fouilles continuèrent et on trouva dans la tombe d'une fillette avec laquelle on avait enterré un vase de terre, un bracelet de bronze de 0 m. 055 de diamètre, un peigne en os, une épingle en os et une poupée assise, enfin un collier, une monnaie, moyen bronze de Néron, percée et enfilée, une clochette de bronze haute de 0 m. 015, un vase haut de 0 m. 16 et une rondelle en os, de forme presque circulaire, d'un diamètre de 0 m. 046 environ, percée de quatre trous qui laissaient passer le fil de suspension; sur sa face supérieure se profile, en relief et dressé verticalement un énorme phallus. Soumise à J.-B. De Bossi la question relative à la présence de cette amulette reçut cette solution : « La découverte de l'amulette phallique sous le cippe en question fait tomber la balance d'une manière définitive du côté du p.iganisme du monument. Jamais pareille amulette n'a été trouvée dans les tombes chrétiennes, au moins pour ce qui est à ma connaissance. Dans un monument funéraire de la voie Appienne contigu au cimetière de Calliste, j'ai trouvé à l'intérieur d'une tombe d'enfant un phallus en corail ; or, le monument est païen. Les mille et mille loculi du cimetière chrétien n'ont rien offert de semblable ». Et O. Hirschfeld a écrit pour tout commentaire à ce monument : Prius cave pro symbolo christiano accipias.
Bibl. — ■ V.-J. Vaillant, Notes boulonnaises. Épigraphie de la Morinie ou inscriptions gallo-romaines sur pierre, métal, verre et terre cuite, in-8°, Boulogne-sur - Mer, 1890, p. 99-112; O. Hirschfeld, dans Corp. inscr. lat., t. xiii, n. 3545; D. Haigneré, Recueil historique du Boulonnais, t. i, 1897, p. 139-141. Cf. F.-X. Dôlger, 1X0 YC. Der heilige Fisch in den antiken Religionen und in Christentum, t. m, 1922, pi. xxxvn, n. 7.
2. Dans un cercueil de plomb trouvé au Vieil-Atre le 19 septembre 1888, long de 0 m. 90, cercueil d'enfant reposant à la droite de sa mère, également déposée dans un cercueil de plomb auprès duquel on trouva 14 vases en terre de formes et dimensions variées, un coffret en bois de sycomore (?) recouvert de feuilles de bronze ajouré et repoussé, avec serrure en fer et clefanneau en bronze, 14 épingles à cheveux en os et en jayet, les perles bleues et vertes d'un collier et divers objets de toilette. Enfin 4 monnaies de bronze dont une de l'empereur Tacite, mort en 274.
Une grande et belle bouteille en verre blanc fin à panse globuleuse dont le goulot, haut de 0 m. 09 se renfle vers le bas, puis s'étrangle avant de se relier au
PORTUS ITIUS
ballon. L'inscription fait le tour du vase encadrée dans un bandeau fileté. Filets et caractères ont été gravés au diamant, hauteur des lettres : 0 m. 012 à 0 m. 013 ; le texte est suivi d'une palme (flg. 10484).
Le texte ne soulève aucune difficulté : SENNIVS ANIMVLA DVLCES, palme.
Bibl. — V.-J. Vaillant, op. cit., p. 201-205, n. 71; Corp. inscr. lat., t. xm, n. 3558 ; le christianisme n'est pas suffisamment attesté par la palme toute seule, mais la forme de L dans dulces est déjà du iv« siècle.
3. Verre à boire de forme conique, hauteur : 0 m. 11, décoré de cinq palmes verticales qui séparent, à mihauteur, autant de petites croisettes. Près de la lèvre, gravés au diamant les mots :