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III. A PROPOS DE QUELQUES LÉGENDES. Ce |R'U

que nous savons ne nous permet pas de négliger un témoin d'une date postérieure, Adalbert de Sarrebrùck, étudiant aux écoles de Reims vers 1130, qui devint dans la suite archevêque de Mayence, donl il existe une Vie écrite en vers léonins par son contemporain Anselme, évêque de I lavelberg et plus tard, archevêque de Bavenne 3. La Vie fut écrite entre 1141 et 1112, elle nous apporte des indications qui sont pour nous d'un très grand prix.

Reims, nous dit l'auteur, avait dès l'origine une enceinte immense et tirait son nom de Rémus, frère de Romulus 4 :

Ut memor aiinorum canil nias preteritorum, Finibus immensls urbis qui primo Itemensis M<rnia vallabant et fundamenta locabant, Remis ei nomen triburrunt cedis ob omen, Dictum <le Remo pro mortis honore supremo.

' C. Jullian, Hist.de la Gaule, t. rv, p. 208 sq. — "G.Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims, t '.)33, t. i, p. 76-77.

— 3 Bruxelles, Bibl. royale, ms. fiS'J2, du xn» siècle, édit, l'ii. Jaflé, Bibliotheca rerum germanicarum, t. m, p. 565- 603; le passage sut Reims a été utilise par Em. Huebner, Zu den Altcrtkiimern von Reims, dans Jahrbiicher des Yereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande, t. xlii, 1867, p. 203-205; A. Héron de Villefosse, dans Bulletin épigrapliique de la Gaule, l. m, 1883, p. 116-118; L. Demaison, Une description de lieims au XII' siècle, dans Bull, arcliéol. du Comité des trav. hist., 1892, p. 378-395. — * Vers 212-2 16.

— 6 Dès le ixe siècle, il avait attiré l'at lent ion de Flodoard : Fornicem prodeuniibus dexterum, dit-il, lupw, Remo Romuloque p<u-vis ubera prœbcntis, fabula cernimus innotatum, dans

La légende qui associe Rémus aux origines onomastiques de Reims remonte à une époque ancienne. Il n'est pas bien sûr qu'elle, tînt le moindre compte de l'accord existant entre les Rêmes et les Romains au temps de César et d'Auspex, mais le nom de Rémi paraissait répondre de tout. Est-ce une trouvaille de rhéteur rémois, c'est assez possible, et il se pourrait qu'elle eût inspiré le bas-relief décorant la porte de Mars et représentant Romulus et Rémus allaités par la louve. Ce bas-relief, sculpté sur la voûte de l'arcade située à droite en sortant de la ville, existe encore5. Au vie siècle, la légende trouvait sa place dans la Vie de saint Sixte où on lit : Hœc civitas a Romanis constructa, ex nomine Rémi, fratris scilicet Romuli, Remis fertur nuncupata 6.

Hincmar, dans son livre contre Godescalc, place Rome et Reims presque sur le même rang : Roma, caput mundi, et Remis, civitas campestris, et temporis antiquitate, et conditoris dignitate, anle alias civitates habentur illustres '. Au xne siècle, Jean de Salisbury partage ces opinions : Hanc enim sibi germanitaiem, ut aiunt, hse due exhibent civitates, ut eisdem subjaceant fatis 8. Flodoard n'en croyait rien, il se refusait à laisser la fondation de Reims à Rémus, mort trop jeune et citait à ce propos Tite-Live; mais il ne pouvait ou n'osait pas se libérer entièrement de l'opinion commune : Non omnimodis a nobis approbanda vulgata censetur opinio, quœ Remum, Romuli fratrem, civitatis hujus instilutorem,ac noministradit auctorem... Hn conséquence, il proposait d'attribuer la fondation de Reims aux soldats fugitifs de Rémus *. Et ces textes ne sont pas les seuls. Dans une note inscrite au xne siècle sur un feuillet d'un psautier du xe ou xie siècle, donné au chapitre de Reims par le prévôt Odalric (1051-1075) et conservé de nos jours à la bibliothèque municipale, l'auteur anonyme, après avoir rappelé le passage d'Hincmar qu'on vient de lire, ajoute ces mots : Durocortorum civitas appellata est Remis ante Remum et Romulum; poslea, subjecta Romulo, vocala est Remis, ob honorem Rémi, interjeeti ipsius fratris 10. La légende se retrouve dans le roman d'Athis et Prophylias " et dans une poésie de Drogon d'Hautvilliers, écolâtre et jurisconsulte rémois du xme siècle 12 : Romulus et Remus, in scriptis sicut habemus, Edi ficaverunt Romain, Remis, atque fuerunt Fratres, Trojani, gentiles, atque prophani. Ex ipsis nomen urbs utraque sumpsit et omen. Communis patria Remis est, et Roma secunda.

Au xive siècle, en 1380, Eustache Deschamps accepte encore la légende " :

O lu, cité très noble et ancienne.

Qui jadis fus fondée de Remus, Reins t'appela, de son nom Rancienne.

Et Nicolas Bergier la repousse pour lui substituer un certain Rémus, roi des Gaulois, dont il a réussi à reconstituer la généalogie à partir du déluge u. Dom Marlot rejette toutes ces fables u.

IV. Principaux monuments. — L'enceinte la plus ancienne, de forme elliptique, était percée de quatre

Ilistoria Remensis Ecclesiœ, 1. I, c. I. Ce bas-relief est aujourd'hui presque intact, tandis que les autres sculptures de la porte sont fort mutilées. — ' Vita S. Sixti, dans Acta sanct., septembr. t. î, p. 126. — ! Marlot, Metropolis Remensis Ilistoria, 1. 1, p. 4. — 8 Epistola ad Petrum scriptorem (septembre 1167), cf. Denifle et Châtelain, Cluvtularium universitatis Parisiensis, t. i, p. 21 ; Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, t. xvi, p. 570" — * Ilistoria Remensis Ecclesite, 1. I, c. I. — 10 Bibl. municip., ms. 30, anc. A 20 là, fol. 23 v».

— " Controverse, t. v, 1885, p. 319. ■ — l* Vurin, Archives législatives de Reims. Coutumes, p. 432. — u Œuvres, t. I, p. 305.

— " N. Bergier, Le dessein de l'histoire de Reims, Reims, 1635, 1. II, c. iv-vi. — ls Metropolis Remensis h istoria, t.i.p. 1-8; Histoire de la ville, cité et université de Reims, 1. 1, p. 88-93.

REIMS

portes, quatre arcs rie triomphe, dont un seul subsiste presque intégralement : la porte rie Mars, qui demeura comme enfouie pendant tout le Moyen Age dans le blocage du rempart. En 1677, on déblaya une partie des arcades pour découvrir les sculptures des voûtes, mais la base des piles ne fut dégagée qu'en 1816 et ce n'est qu'en 1854 que la construction fut mise en l'état où on la voit de nos jours1. La porte de Mars appartient au ne ou au début du me siècle, c'est un monument important par ses dimensions. La façade a 32 mètres de développement, c'est-à-dire qu'il est deux fois plus long que l'arc de triomphe d'Orange et a sept mètres de plus que l'arc de Constantin à Rome; mais sa hauteur est réduite par la disparition de la corniche, de l'at tique, de l'entablement.

Au sud de la ville se trouvait un autre arc de triomphe probablement semblable au précédent, on l'appelait la porte Bazée, il fut démoli en 1753 (voir Dictionn., t. m, col. 2061, fig. 3085) dont le nom latin était Basilicaris 2. La porte Cérès se trouvait proche l'Esplanade, et la porte aux Ferrons sur l'emplacement en face du théâtre actuel.

Reims avait un amphithéâtre dont le souvenir s'est conservé dans la rue du Mont-d'Arène au faubourg de Laon, et dont les ruines imposantes existaient encore au xiie siècle comme on le voit dans la description de Reims par Anselme, évêque de Havelberg 3; le terrain qui le portait n'a été absolument aplani qu'un peu avant la construction de l'église Saint-Thomas (1848- 1853), au xixe siècle. On a calculé qu'il pouvait recevoir entre 10 et 12 000 spectateurs l.

Le forum n'a pas changé de destination, il se trouve donc identifié avec la place des Marchés actuelle. Grégoire de Tours le désigne sous le nom de Platea (in platea fori nostri); le Vita Albertis le désigne sous le nom de forum Civitatis et d'autres documents anciens parlent du forum Remense 5.

C'est sur ce point de la ville que se trouvaient les constructions romaines les plus importantes (exception faite pour la porte de Mars), nous voulons parler des caves qui bordent la place des Marchés à l'Est entre les rues Courmeaux et Pluche; en retour d'équerre les caves depuis l'entrée de la rue Pluche vers l'entrée de la rue du Tambour.

V. Le forum. — « Les substructions de la place des Marchés consistent en une série de caveaux dont l'origine romaine ne saurait être contestée et qui sont, sans contredit, l'une des curiosités archéologiques les plus intéressantes de la ville. On les mit à découvert dans toute leur étendue, lorsqu'on creusa les fondations de la halle, en mars 1838; suivant M. Rrunette, on se trouva alors en présence d'une grande salle de 50 m. de longueur sur 9 m. 50 de largeur, divisée en deux parties par une rangée de treize piliers en pierre et recouverte par une suite de voûtes d'arêtes. Les travaux exécutés en cette occasion ont laissé subsister presque entièrement ces constructions souterraines; les fondations du marché ont seulement empiété un peu sur elles et les ont diminué d'environ un mètre dans le sens de la largeur. Elles servent de caves aux habitations voisines et ont été partagées en plusieurs tronçons par des séparations modernes suivant les besoins auxquelles elles ont été appropriées. La portion dépendante de la maison n. 28 est bien conservée et peut donner une idée fort juste de l'ensemble

1 Congrès archéologique de France, 1911, p. 8-11 ; G. Boussinesq et G. Laurent, op. cit., 1. 1, p. 79-83. — *Ch. Loriquet, Reims pendant la domination romaine, p. 256-264. — 3 L. Demaison, Une description de Reims au XII' siècle, dans Bull. arch. du Comité, 1892, p. 388-390. — « N. Biunette, Notice sur les antiquités de Reims, les découvertes nouvellement faites et les mesures adoptées pour la conservation des

(fig. 10597). Les piliers qui supportent les voûtes sont carrés, construits en pierre de moyen appareil et ornés d'une moulure fort simple à la hauteur des impostes, leurs bases sont maintenant invisibles et semblent être assez profondément enfouies sous des remblais successifs qui ont fortement exhaussé le sol de la cave; quant aux voûtes elles sont faites en moellons irréguliers et de faible dimension, noyés dans un ciment très solide; d'après M. Brunette, elles n'ont que 0 m. 15 d'épaisseur. On constate, en certains endroits, dans les parois des murs, l'emploi de ces longues briques plates si caractéristiques des monuments romains. Le sol de

10597. — Les substructions du Forum.

D'après G. Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims,

Reims, 1933, t. i, p. 87.

la place des Marchés- et des quartiers voisins est rempli de débris antiques et l'on ne peut y pratiquer de fouilles sans faire apparaître quelque fondation d'ancienne muraille 6. »

« Depuis la guerre et surtout depuis la démolition des Halles qui avaient été édifiées, en 1840, sur ce terrain, tout l'emplacement occupé par l'ancien forum a été entièrement dégagé de toutes habitations. Sur cette vaste place des travaux ont été entrepris pour mettre à jour et rendre accessibles au public, par un escalier et un jardin approprié, les ruines de ce monument romain enfouies jusqu'à une profondeur de sept mètres sous le sol 7. » Les fouilles entreprises pour les nouvelles constructions ont permis de corriger notablement les dimensions des fouilles de 1838. « La découverte la plus importante fut celle du forum. On a trouvé là une première salle romaine de 62 m. 40 de longueur sur 8 m. 70 de largeur, formée de la succession de 15 travées doubles, voûtées d'arête en plein cintre, portant sur une ligne médiane de piliers carrés. La hauteur est de 5 m. 35 sous clef de voûtes. Le sol intérieur correspond au niveau des rues antiques. C'est un des plus grands vestiges que l'on connaisse d'une salle antique dans l'ancienne Gaule. Le vaisseau énorme constitue le plus ample vestige d'une salle antique d'un seul tenant, dont les piliers et les voûtes sont d'une solidité capable de résister aux siècles.

anciens monuments de la ville, 1861, p. 20-41. — 6 L. Demaison, Reims à la fin du XII' siècle, d'après la Vie de saint Albert, évèque de Liège. — " L. Demaison, Les thermes de Reims, dans Travaux de l'Académie de Reims, t. lxxv, 1885, p. 321-333. — ' G. Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims depuis les origines jusqu'à nos jours, t. i, Reims, 1933, p. 89, note 1.

Rien, même à Nîmes, à Arles, à Vienne, à Lyon ou à Trêves n'est comparable comme rez-de-chaussée '. » L Demaison 2 avait pensé qu'il s'agissait de thermes; les caveaux dont il parle n'existent pas. L. Lacroix propose avec plus de vraisemblance de voir ici un cryptoportique, comme ceux qui ont été trouvés à Arles : une crypte à galerie longue et étroite ayant pu servir d'édifice public, de lieu de réunion, voire de magasin ou d'entrepôt 3.

VI. L'amphithéâtre. — Nous lisons dans Anselme de Havelberg une quinzaine de vers 4 qui apportent un renseignement complètement inédit et d'une véritable importance pour l'archéologie de Reims galloromaine. Il nous fait connaître l'existence d'un monument considérable qu'aucun autre texte ne mentionne et il aide à comprendre les causes de la disparition des ruines de la ville. On savait que Reims, comme un très grand nombre d'autres villes de la Gaule, avait à l'époque de l'invasion des barbares, élevé une enceinte de pierre au moyen des matériaux d'anciens édifices, laissés en dehors du tracé de la ville. En 1848, lors de la destruction des vieux remparts près de la porte de Mars, on mit à jour des fragments de cippes avec inscriptions, des chapiteaux, des morceaux de frises et autres débris antiques qui avaient servi de fondation à une tour 5. Flodoard nous apprend que les murs de la ville étaient Romanis auspiciis insignila et que les constructeurs des murailles de Reims mœnium nostrorum locatores avaient laissé erroris sui vesligia lapidibus insculpta 6. A ces témoignages vient s'associer celui d'Anselme de Havelberg qui aide à comprendre pourquoi une ville tellement riche en monuments n'en a conservé qu'un si petit nombre de vestiges :

liane prope metropolim fuit execrabilis olim Ardua templorum moles, conclave deorum.

Paret (ulliuc liorum faciès antiqua locorum, Templaque semiruta, lapidum compage soluta, Advenu mirulur, oculosque ruina moraiur Set prope cum fine carrai mensura ruinât, Signaque cum velerum sinl tecta jucentia rcrum, Integra cum s tarent, qinv sic moilo diruta parent. Mole sui referunt, quee, qualia, quanta fuerunt. Causaque defectus fuit liis : lonyeva senectus; Venlus et impingens, quo machina corruit ingens; Vel lubor humanus, cito casurus quia vanus, Delubra frangendo fragmentaque diripicnilo. Ut nova funduret vel tecta vetustu novaret, Traxit vicinus ud opus murale ruinas.

« Non loin de la ville, s'élevait jadis un vaste temple, sanctuaire exécrable des faux dieux. On voit encore en ces lieux une ruine d'aspect antique dont les murs à demi écroulés et les pierres disjointes attirent les yeux et excitent l'admiration des voyageurs. On peut juger, en voyant la masse et l'immensité de ces débris, quelle grandeur et quel caractère imposant devait avoir le monument, lorsqu'il était encore debout. Sa destruction a été causée par l'action du temps, par le souille du vent qui a fait effondrer l'édifice, et par le travail des hommes qui en ont dispersé les matériaux, et les ont employés à bâtir de nouveaux monuments et à construire les murailles voisines. »

Les ruines, encore si imposantes au XIIe siècle, se trouvaient hors de la cite et à peu de distance des murailles, probablement à proximité d'une route puis-

1 N. Forestier, La reconstruction de Reims, in-fol., Paris, 1928, p. -17. — '' C'est le titre qu'il donne au travail cité cidessus. — 3 L. Lacroix, Les vestiges du Forum de Reims, dans Reims-Magazine, janvier 1931, p. 1086-1088. — ' Vers 270-284. — s N. Brunette, Notice sur les antiquités de Reims, Reims, 1801, p. 7. Les plus Importants de ces débris sont conservés dans la crypte de la chapelle de l'archevêché. — ' Historia Remensis Ecclesiœ, 1. I, c. i. — • ' Varin, Archives administratives de Reims, t. i, p. 624. — ' Édit. Guessard et

qu'elles retenaient l'attention du voyageur qui se rendait à Reims, advena miralur. Tout cela a si complètement disparu qu'on en est réduit à conjecturer l'emplacement de cette ardua templorum moles. Les documents du Moyen Age ne signalent qu'une seule ruine antique en dehors et à proximité de l'enceinte : les arènes, à peu de distance de la porte de Mars, à gauche de la route de Laon. Nous avons dit déjà que son identification est attestée par la rue du Mont- Arène, vocable qui remonte au moins au xme siècle. La mention la plus ancienne se lit dans une charte du 4 janvier 1237 par laquelle Henri de Rraine, archevêque de Reims, oblige les bourgeois de la ville à venir faire amende honorable au chapitre ut... capitulo revertenti occurrant ad harenas juxla portam Marlis 7. En ce même siècle, la chanson d'Huon de Bordeaux place au mont d'araine le théâtre de la vengeance d'Ogier le Danois contre Chariot, fils de Charlemagne *. Cette dénomination se retrouve souvent et indique que les arènes n'étaient plus qu'un monceau de ruines; au xviie siècle, dom Marlot les décrivait en peu de mots : Prwter relictum aygerem, nunc peculiare nihil continet 9.

VII. Reims, ville ouverte. — Jusque vers le milieu du me siècle, la ville fut prospère et, comme tant d'autres cités gallo-romaines, s'étendit en rase campagne, semant les édifices, les insulœ, que nous appellerions aujourd'hui des « pâtés de maisons » et les villas des riches propriétaires le long des routes dont nous décrirons plus loin le tracé. L'archéologie locale, qui inspire dans cette ville une louable ardeur, n'a peut-être eu que le tort de s'emparer des moindres indices pour leur donner une interprétation historique parfois un peu hasardeuse et d'utiliser des textes dénués de toute valeur topographique. C'est ainsi qu'au gré des uns et des autres les monuments antiques se livraient à une sorte de vagabondage. Ce fut le cas du capitole que le chanoine Cerf localisait dans le \oisinage de la cathédrale, tandis que Ch. Loriquet le transportait au Grand Credo et N. Brunette sur les hauteurs de Saint-Remi. Conjectures 1 En 1868, la découverte de murs mesurant 1 m. 25 sur 1 m. 50 de largeur dans la cour de l'Archevêché et la rue de l'Université mirent les imaginations en campagne. Il en fut de même sur d'autres points de la ville.

On releva aussi des traces nombreuses de (•haussée pavées, les indices d'un système d'égouts et d'un service d'alimentation de la ville en eau potable amenée de la Suippe. Ce dernier offrait un certain intérêt. Il avait sa prise d'eau à Jonchery-sur-Suippc, passait près de Saint-Hilaire-le-Grand, côtoyait la chaussée de Verdun à Reims, passait vers les Commelles, le lieudit Alger, la Pompellc, pour remonter vers Nogentl'Abbesse et Cernay. Il entrait à Reims au-dessus des buttes Saint-Nicaise, du côté droit de la .rue Saint- Jean-Césarée. C'est l'aqueduc qui alimenta la ville pendant tout le haut Moyen Age.

La population de Reims qui possédait la richesse, ou du moins l'aisance, avait des demeures cossues à en juger par une belle collection de pavements en mosaïques dont nous n'avons rien à dire ici car elles sont toutes païennes l0.

fout cela, en y ajoutant des bas-reliefs, peut aider à se représenter une cité opulente et étendue: il ne s'en-

de Giandniaison, vs. 136. — • Metropolis Remensis historia, t. i, p. 18; cf. L. Demaison, dans Bull, archéol. du Comité, 1S'.)2, p. 393-395; C. Schwjngrouber, Les arènes de Reims, dans Revue de Champagne, t. i. 1908, p. 12. — 10 G. Boussinesq et G. Laurent, op. cit., I. î, p. 91-96. Cf. Ch. Loriquet, /.« mosaïque îles Promenades el autres trouvées à Reims, étude sur les mosaïques et les jeux de l'amphithéâtre, dans travaux de l'Académie de Reims, t. xxxn, 18Ô9-1860.

suit pas qu'on puisse lui appliquer le titre d' « Athènes des Gaules » que le rhéteur Fronton n'a d'ailleurs jamais songé à lui décerner. Voici l'affaire en deux mots : dans un passage de sa grammaire latine, à propos du cas nominatif, le grammairien Consentius, duve siècle, cite par hasard cet exemple tiré de Fronton : et illœ veslrœ Athense Durocorloro, « et votre Athènes, à savoir Reims »; on voit, ajoute-t-il, que Durocorloro ne peut être ici qu'un nominatif et que les cas obliques doivent se décliner de la même façon et c'est tout '.

VIII. Une villa rémoise. — En novembre 1929, un propriétaire fit creuser de nouvelles caves dans le fond de la cour de son immeuble, situé 13, boulevard Foch, et découvrit, parmi des débris de poterie romaine, un vase de couleur noire, presque intact. Ce fut ensuite un moellon de marbre blanc qui n'était autre qu'un buste en plusieurs fragments. Une fois reconstitué on se trouva en possession d'un beau buste en marbre de Carrare, dont la base devait reposer sur un pied carré. Le personnage est un jeune homme, dont le nez et le menton, heurtés par les outils ont été endommagés, les parties manquantes n'ont pu être retrouvées. Les fouilles furent reprises le 25 janvier 1930, et le 27, on atteignit le sol primitif. On trouva un candélabre de bronze ciselé, entier, mesurant 1 m. 39 de hauteur et reposant sur trois pieds griffus finement travaillés. Le corps du candélabre, creusé de cannelures légères sur lesquelles on distingue des traces de peinture bleue, est surmonté de la petite lampe à huile à laquelle il ne manque que la mèche. On trouva ensuite deux cupules en bronze, puis une console en poterie rouge, représentant une tête de femme absolument intacte, aux longs cheveux bouclés. Près de là plusieurs fragments de consoles semblables furent mis au jour, parmi lesquelles on put reconstituer le pendant de la première. Les deux pièces, exactement identiques, forment un ensemble d'un intérêt remarquable. Le 2 février, on découvrit un petit buste en bronze, représentant un guerrier casqué. Ce furent aussi des poteries de terre cuite, des fibules en os, deux cornes d'élan, des dents de sanglier, des aiguilles et des fragments d'une grande jarre qui a pu être reconstituée depuis la base presque jusqu'à moitié de la hauteur. Une découverte très importante est celle de plusieurs pièces de mortier ayant recouvert les murs de l'habitation. On y distingue un premier placage en chaux garni d'une couche de peinture sur lequel a été déposé un second enduit décoré plus richement et représentant des paysages et des personnages sans qu'on puisse préciser.

M. H. Deneux, architecte en chef des monuments historiques, estime qu' « il est certain que M. Ville a découvert les vestiges du mobilier d'une villa romaine existant au ne ou me siècle. C'est d'ailleurs dans les Hautes-Promenades, presque en face, qu'on trouva la mosaïque qui demeura jusqu'en 1917 dans la salle des mariages de l'Hôtel de ville. C'est dans ce quartier avoisinant la porte Romaine que les riches citoyens venus à Reims avaient construit leurs habitations somptueuses. Le « sol romain » est à environ 1 m. 50 en profondeur dans les Promenades et les objets trouvés ici à 4 m. 50 environ. Il semble que la villa se sera effondrée dans la cave, ce qui a amené le mobilier à cette profondeur ».

Bibl. — Nouvelliste de Reims, 29 mars 1930; Revue archéologique, 1930, p. 304-3(30; Bull. arch. du Comité,

1930, mai-juin; G. Roussinesq et G. Laurent. Histoire de Reims, t. i, 1934, p. 107.

IX. Reims, ville fortifiée. — Le nic siècle devait voir la fin de cette félicité 2. Ce fut d'abord, entre 233 et 235, une simple alerte, causée par une course des Francs dans la Gaule. A partir de 249 jusqu'à 208. ce fut bien autre chose; vingt années de misère, de ruines et de terreur, surtout à partir de 257. Soixante cités furent ravagées. Les trouvailles de monnaies et de trésors s'échelonnent, dans le sol rémois, jusqu'aux règnes de Gallien (253-268) et de Tetricus (270) : à cette date tout s'arrête, ce qui montre que la ville était alors complètement saccagée et ruinée '. En 1923, on trouva dans le sous-sol de la cathédrale un sac rempli de petits bronzes de Tetricus4; eu 1900, on avait découvert sur un autre point de la ville une cachette de vaisselle précieuse 5.

En 270, l'empereur Aurélien parvint à refouler les envahisseurs, mais sa mort compromit la sécurité un moment retrouvée (275). Francs et Alamans renouvelèrent leurs assauts et il est probable que ce fut alors que Reims subit sa part du désastre. Ses quartiers riches, qui s'étendaient en arc de cercle depuis Clairmarais jusqu'au terrain des Coutures, furent anéantis et s'écroulèrent sur place. La mosaïque dite des Promenades a été retrouvée sous un lit de cendres, de décombres et de poutres calcinées. Ce fut Probus qui sauva la Gaule (270-282) et donna le branle à un mouvement défensif qui décida presque toutes les villes à s'enfermer dans une enceinte s. Reims imita ce qui se faisait partout autour d'elle et s'entoura d'une muraille faite de matériaux de remploi, et parfois encastrant dans ce rempart un bâtiment entier, ce fut le cas pour la porte de Mars '.

Et voici encore une fois le témoignage d'Anselme de Havelberg 8 qui nous décrit la cité telle qu'il l'a vue de son temps, peu différente de l'enceinte du me siècle :

Turribus et portis, vali munimine forlis, Urbs sedel in piano, quœ pascitur acre sano. Longis et l<dis et maris firma quadndis. Prominet alla satis non parvic fertilitatis, Nec tani fecanda quam felix fluminis unda.

« Elle est située dans une plaine, et jouit d'un air très sain. Elle est protégée par une enceinte flanquée de tours et percée de portes; ses murs larges et d'une large étendue, sont en pierre de taille. La campagne voisine qu'elle domine un peu est très fertile, une petite rivière l'arrose et si elle ne suffit pas à la rendre féconde, elle contribue du moins à son agrément. »

L'enceinte renonça à encercler toute la superficie occupée; elle protégea le centre de la ville et adopta la forme d'une ellipse de 2 200 mètres environ de pourtour enfermant une superficie de 30 à 40 hectares '■'. La muraille flanquée de tours dépeinte par Anselme était encore celle du m0 siècle, hâtivement mais solidement construite en pierres (le taille :

Longis et latis et maris /irma qaadratis.

Le tracé était resté le même, mais il semble impossible qu'il n'eût pas subi des transformations. La configuration actuelle de Reims en a conservé l'empreinte; les anciens murs suivaient à l'Est et au Nord les boulevards d'aujourd'hui; à l'Ouest et au Sud, leurs contours sont indiqués par les rues Talleyrand, du Bourg-Saint-Denis, de Contrai et des Murs.

Anselme ne se piquait pas de la science dos ingé-

1 Id., ibid., t. i, p. 97. — * C. Jullian, Histoire de la Gaale, in-8°, Paiis, t. vi, 1920, p. 451. — 3 A. Blanchet, Les trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaale, in-8°, Paiis, 1900,p. 135-136. — * A. Vincent, Les premières invasions franques en Belgique d'après les trouvailles de monnaies, dans Mélanges tl. Pirenne, t. Il, 1926, p. 671. —

5 L. Demaison, dans Bail, de la Soc. des antiq. de France, 1903, p. 232. — « C. Jullian, op. cit., t. vi, p. 610. — 7 A. Blanchet, Les enceintes romaines de la Gaale, p. 102; A. Grenier, Manuel d'archéologie gallo-romaine, hi-8°, Paris, 1931, t. î, p. 564. — 8 Vers 247-251. — * C. Jullian, op. cit., t. vin, 1926, p. 216. n. 8.

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tueurs et lorsqu'il écrit (en vers) que Reims était bien fortifié : nalli munimine fortis, il est permis de gauler quelques doutes. Nous savons que, déjà, Louis le Débonnaire avait autorisé l'archevêque Ebbon à prendre dans les murs et les portes de la cité les matériaux nécessaires pour la reconstruction de la cathédrale l. Dans quelle mesure Ebbon exploita-t-il cette carrière? D'après ce que nous en dit Flodoard, la destruction paraît avoir été assez complète : en effet, il nous répète à deux reprises que la ville n'avait plus d'enceinte au temps d'Hincmar : Civilas Remorum tune temporis non habebal in ambitu sui murum 2. Plus tard, l'archevêque Foulques (883-900) fit relever les murs : Urbem quoque cujus murum, ob «difteationem basiliese Dei Genitricis, Ebo dcslruxerat, iste novo circumdedit muro 3. On démolit même alors l'église de Saint-Denis : necessitale mûri eivitatis ob injestationem paganorum construendi 4. Parmi tant de remaniements il est difficile de dire ce qui subsista et ce qui disparut. Il est probable que la partie de l'enceinte la plus rapprochée de la cathédrale fut particulièrement éprouvée, c'està-dire celle qui s'étendait le long du Bourg-Saint- Denis. Bien certainement, ce côté des murs était livré à l'abandon au xne siècle, car on voit, dans un privilège donné par Louis VII en 1138 à l'abbaye de Saint- Denis, que les fossés étaient, en cet endroit, envahis par des maisons et des jardins : Quicquid in fossatis et mûris a porta Vidule usque ad porlam Basiiicam... porro quœcumque edificia, quecumque viridaria, in predictis [ossatis facta sunt vel de cetero fient, juri et dominio ipsius ecclesie perpetuo tenenda subicimus s.

X. Les voies romaines et celle de Paris a Reims. — Au mois d'avril 1877 on découvrit à Paris, dans l'ancien cimetière de Saint-Marcel (voir Diclionn., t. xin, col. 1790) une borne milliaire romaine, convertie en sarcophage à l'époque mérovingienne et conservée aujourd'hui au musée Carnavalet. L'inscription n'est plus que fragmentaire, néanmoins elle permet d'y reconnaître le premier milliaire de la route conduisant de Paris à Reims, à l'époque où Maximin Daïa faisait partie de la tétrarchie impériale, entre le mois de mai 305 et la (in de l'année 307, lorsqu'il portait le titre de Nobilissimus Ctesar. D'un examen attentif de l'original par Em. Desjardins, il est résulté que le texte devait être complété et restitué ainsi :

[DD-NN-M-AVR MAXIMIANO ET-FL-VAL CONSTANTINO] AVGG ET D-N-GAL-VAL MAXIMINO NOBIL-CAES A-CIV-PAR .R-CV Après les mots de la 9e ligne : a civitale Parisiorum, dont la lecture est indubitable, figurait évidemment le nom de la localité située à 105 milles de Paris, commençant par un R. Ce ne pouvait être qu'une grande ville, car à une si lointaine distance, il n'y avait qu'une grande ville qui pût être désignée, de façon suffisamment claire, par l'initiale de son nom. Il n'est pas possible de résumer ici la longue démonstration qui aboutit à la conclusion certaine que la ville désignée sur la

1 Flodoard, llistoria Remensis Ecclesiœ, 1. Il, c. xix. — ■ Id., ibid., 1. I, c. xxi ; cf., 1. III, c. xxx. — • Id., ibid., 1. IV, c. vm. — ' Id., ibid., 1. II, c. xv. — ' Charte originale aux archives de Reims, fonds de Saint-Denis, liasse I; cf. Marlot, Metropol. Remensis historia, t. Il, p. 143. — * Em. Desjardins, La borne milliaire de Paris, dans liulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-Prance, t. vu, 1880, p. 36-52. — ' Mommsen, dans Revue arcliéolo-

borne en question par sa seule initiale est Rémi 6. L'ancien nom gaulois Durocorter ou Durocortorum était, on l'a dit, devenu Rémi ou civitas Remorum, de même que Lucolotia ou Lutetia s'était transformé en civilas Parisiorum.

Reims était la capitale de la Belgica IP mentionnée sur la liste de Vérone de l'année 297 '. C'était un centre d'où rayonnaient les voies de la Gaule septentrionale, et d'où l'on comptait les distances 9.

On connaît sept routes au départ '. Dans V Itinéraire d'Antonin, nous en avons quatre partant de Reims :

1° Sur Tarvenna (Thérouanne), par Aug. Suessionum (Soissons), et, de Soissons, sur Samarabriva (Amiens), par Augustomagus (Senlis) 10.

2° Sur Ragacum Nerviorum (Ravay)11.

3° Sur Lugdunum (Lyon) ia.

4° Sur Divodurum (Metz) ".

La Table de Peulinger nous montre six routes rayonnant de Reims :

1. Sur Andomatunum (Langres) et Vesuntio (Besançon). — 2. Sur Tullum (Toul), Metz et le Rhin. — 3. Sur Colonia (Cologne). — 4. Sur Bononia (Boulogne) par Bavay. — 5. Sur Samarabriva (Amiens, par Augusta Suessionum, Soissons). — 6. Sur Genabum (Orléans), par Augustobona (Troyes).

Ainsi la route de Reims à Soissons figure dans les deux itinéraires et celle de Soissons à Senlis dans le seul Itinéraire d'Antonin, mais aucune de ces routes ne met en communication directe Reims et Paris; il en existait assurément une indirecte, paitant de Paris et gagnant la voie de Soissons à Reims. La distance exprimée sur la borne ne nous révélerait-elle pas l'existence d'une autre route allant de Paris à Soissons, sans passer par Senlis, et de Soissons à Reims? Les cv milles indiqués sur la borne valent 155 kilomètres. Le point de départ précis, le parcours et les vestiges de cette voie étaient donc à étudier et Aug. Longnon l'a déterminé ".

Cette route ne saurait être reconnue dans la voie qui, de Reims, va à Soissons et à Senlis, bien qu'il soit possible de reconnaître dans la route actuelle de Senlis à Paris le tracé d'une voie antique complétant les deux tronçons précédents. En effet, la voie de Paris à Reims par Senlis et Soissons aurait mesuré, dans cette hypothèse, au moins cvin milles : 3 de plus que la somme indiquée.

Elle ne peut non plus être assimilée à une ancienne route de Paris à Reims, par Claye, Lizy-sur-Ourcq, Gandelu, etc.; cette seconde voie est en effet plus courte que la distance marquée sur le milliaire, puisqu'elle ne mesure que xcv milles.

Il y a donc lieu de chercher, entre les deux voies précitées, la route mesurant cv milles romains; or, après un mûr examen, on est naturellement amené à constater qu'elle devait passer par Nanteuil-le-Haudouin, Villers-Cotterets et Soissons. Le dernier tiers de cette voie, de Soissons à Reims, décrit par V Itinéraire d'Aidonin, est parfaitement reconnu sur le terrain; un n'a donc à examiner que sa partie antérieure entre Paris et Soissons.

La route de Flandre (aujourd'hui de Lille par Senlis) emprunte jusqu'à Roissy, sur une longueur de 15 kilomètres, le tracé de l'ancienne voie romaine de Paris à Soissons, qui passait ensuite à Chenevières, Moussy-le-Neuf. Ver et Montagny-Sainte-Félieité, pour

gique, nouv. sér., t. xiv, 1866, p. 371-389. — ' N. Bergier, Histoire des grands chemins de l'Empire romain, 1. IV, c. xxxix. — * Ch. Loriquet, Reims pendant la domination romaine, 1860, p. 200. — " Op. cit., p. 379-380. — " Op. cit., p. 380-381. — " Op. cit., p. 35S-362. — '• Op. cit., p. 364- 365. — "A. Longnon, \ote sur les voies romaines de Puris « Reims dans Bull, de la Soc. d'hist. de Paris, t. vu, 1880, p. 52-55.

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arriver à Nantcuil-le-Haudouin. De Nanteuil, la voie gagnait Soissons par Peroy-lès-Gombries, Levignen, Gondreville, Vaumoise, Pisseleux, Villers-Cotterets et la forêt de Retz, suivant ainsi presque constamment le tracé de la route moderne de Paris à Reims.

Il y a donc tout lieu de croire que la route romaine mentionnée par le milliaire passait par Nanteuil, Villers-Cotterets et Soissons; ajoutons que ce tracé est aussi direct que possible et que l'ensemble de la route, de Paris à Reims, mesure effectivement les cv milles romains indiqués sur l'inscription.

L'antiquité du premier tronçon de la voie compris entre Paris et Louvres est prouvée par deux textes. L'un est une Vie de saint Rieul, citée par l'abbé Lebeuf, et selon laquelle ce bienheureux évêque du me siècle, allant de Paris à Senlis, s'arrêta à Louvres 1. L'autre est le prétendu diplôme par lequel Dagobert Ier aurait accordé le droit d'asile à l'abbaye de Saint- Denis et qui, ayant été rédigé certainement, tout faux qu'il est, au vme siècle 2, parle également d'une « voie publique » conduisant du palais royal [de Paris] à ce même lieu de Louvres : siDe de palacio noslro egrediens publicam viam quœ pergil ad Luveram.

[Tout ceci repose sur une fausse lecture de Desjardins; cf. contra : Corp. inscr. lat., t. xm, II, 2, n. 8974.]

XI. La population au ive siècle. — Reims se trouvait à l'abri des envahisseurs germains grâce à sa muraille, mais celle-ci était d'un aspect lourd et disgracieux; il est vrai qu'elle était à l'épreuve des siècles et, de nos jours, certaines portions subsistaient encore avant les désastres de 1914-1918. Cette robuste enceinte contribua à faire de Reims un des principaux centres militaires de la IIe Belgique3. On pouvait appuyer sur elle une solide organisation défensive; dès la fin du me siècle la province est organisée de façon stratégique et c'est au cours de la première moitié du me siècle l que Châlons est détaché du territoire de la civilas Remorum. Reims renfermait, outre sa garnison, des fabriques d'armes de guerre 6, l'état-major d'un corps de troupes sarmates 6 et la résidence d'un prœfectus Lœtorum genlitium '. Constantin 8 y fit bâtir des thermes9; plusieurs empereurs y firent des séjours assez prolongés, tel Valentinien Ier qui y promulgua des lois datées des 29 janvier, 14 février et 28 avril 367 10, ce qui suppose une résidence impériale.

On peut se faire une idée de la ville, vers l'an 410, au moyen de la Notilia dignitatum u. Outre une garnison nombreuse on y voyait les bureaux de fonctionnaires 12 : preposilus thesaurum, prsepositus branbaricariorum sive argenlariorum, agents du cornes sacrarum largitionum, enfin le procurateur des gynécées13. Il se pourrait même que Reims eût compté un atelier monétaire, de même que Trêves, Arles et Lyon11; en tout cas le fisc y avait des bureaux ce dont témoigne la présence de vétérans 16. « Ces nombreux fonctionnaires et em-

1 J. Lebeuf , Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. v, p. 468-469. — ' Doublet, Histoire de l'abbaye de Saint- Denis, p. 657. — * Ammien Marcellin, 1. XVI, n, 8; 1. XVII, il, 1, édit Clark, t. i, p. 73, 107. — • ' A. Longnon, Les pouillés de la province de Reims, in-4°, Paris, 1908, t. i, p. 1 ; L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. m, p. 7, 8. — s Notitia dignitatum, Occid., ix, 36, édit. O. Seeck, 1876, p. 145. — s Id., ibid., xlii, 67, p. 219. — ' Id., ibid., xlii, 42, p. 217. Cf. Aug. Longnon, Dictionn. topogr. de la Marne, 1891, p. ix. — ■ 8 Ch. Loriquet, op. cit., p. 252, a cru que c'était Constantin II, mais c'est bien Constantin I", cf. Mommsen, dans Hermès, t. xxxvi, p. 536, note 2. — ■ • On ignore leur emplacement, L. Demaison, dans Travaux, t. lxxv, 1883, p. 322, a fait erreur. — 10 Code Théodosien, 1. VII, tit. i, 1. 9; VII, i, 10; XIII, vi, 4 — 11 Rédigée vers cette date. — ia .Yod'/, dignit., Occid., xi, 76, p. 150-152. — » Id., ibid., xi, 56, p. 151. — "Cf. J.Maurice, Le fonctionnement des ateliers monétaires romains

ployés formaient à eux seuls tout un petit monde qui représentait sans doute une notable partie de la population civile rémoise. Le chef de bureau Eusebius, qualifié de vir spectabilis par un document qui rappelle qu'il fonda une église à Reims à la fin du ive siècle ou au début du ve, est un des rares représentants de ce milieu de fonctionnaires dont le nom n'ait pas échappé à l'oubli. Que la société comptât une élite polie, instruite, amie des plaisirs et préoccupée de se distraire des fonctions administratives qui lui incombaient, on n'en veut pour preuve que l'existence à Reims même d'une fabrique de jouets ou de pions qui servaient à divers jeux et dont un grand nombre d'exemplaires, à tous états de fabrication, ont été retrouvés dans le sol de la cité16. Beaucoup de ces petits objets datent du ive siècle.

« A côté de cette « bourgeoisie », la ville comptait également des artisans, notamment des orfèvres ", des sculpteurs 18 et des maçons qui construisirent les thermes et les premières églises de la cité. On y rencontrait également un assez grand nombre de verriers, car la verrerie prit, à partir du me siècle, un développement considérable dans le nord de la Gaule et particulièrement dans la vallée de l'Oise. Les fouilles ont livré un bon nombre de verres fabriqués à Reims du me au ve siècle ls. Leurs formes sont presque toutes empruntées aux répertoires des céramistes et des orfèvres 20. Très nombreux sont les flacons qui servaient dans la toilette des femmes 21 ainsi que les verres gravés. Citons hors pair le magnifique bol gravé qui représente le combat d'Atalante et d'Hippomène et qui s'orne par ailleurs d'une brève inscription grecque 22. Il importe de remarquer en effet que beaucoup d'ouvriers verriers étaient originaires de l'Orient23; c'est pourquoi nous n'hésitons pas à reconnaître des verriers dans le grec et le syrien qui, ainsi que nous l'apprennent deux inscriptions, vivaient à Reims, sans doute durant le Bas-Empire **.

« Les documents ne nous permettent malheureusement pas de compléter cette vue sur l'état de la cité aux ive et Ve siècles. Ajoutons toutefois que Reims fut également un des grands carrefours de la Gaule; nous venons de voir que d'importantes chaussées la mettaient directement en relation avec l'Italie, Boulogne, Verdun, Toul, Metz, Trêves, Soissons, Cologne, Châlons, Bavay et Troyes. Le tracé des deux voies principales qui se coupaient à angle droit au forum se retrouve actuellement dans les rues Carnot, Cérès, de l'Université, Henri IV et de Mars. Le long des rues principales se dressait une colonnade qui supportait un passage voûté. Hors les murs se trouvaient, le long des routes, les cimetières de la cité. Le cimetière du Nord longeait la route vers Laon. Le cimetière du Sud se trouvait à près d'un kilomètre de l'enceinte, non loin du futur emplacement de Saint-Remi. Cela permet de supposer l'existence d'un faubourg autour de

en Gaule, dans Bu/1, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1902, p. 267. — 15 Corp. inscr. lat., t. xm, n. 3257, 3258.

— 18 Boulanger, Le mobilier funéraire gallo-romain et franc en Picardie et en Artois, in-4°, Paris, 1902-1905, p. 17. — 17 Des aryballes en bronze, sorte de bouteilles de bain qui se suspendaient à la ceinture avec des brosses et divers instruments lorsqu'on allait au bain ont été retrouvées dans le sol rémois. Cf. Catalogue du musée archéologique de Reims, n. 5136. — ls Corp. inscr. lat., t. xm, n. 3263, et p. 523. — " C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. v, p. 295; t. vm,p. 196; Morin-Jean, La verrerie en Gaule, in-8°, Paiis, 1913, p. 14; Fr. Cumont, Comment la Belgique fut romanisée, Bruxelles. 1919, p. 51,71. — *• Id., ibid., p. 281. — " Id., ibid., p. 55-58.

— '* Id., ibid., p. 240. A côté des personnages l'artiste a inscrit les noms Arv/avra et 'Iir7rou.ÉB(j>v. Le style trahit le iv» siècle. Cf. Corp. inscr. lat., t. xm, p. 680, n. 243. — " Id., ibid., p. 276. — " Corp. inscr. lat., t. xm, n. 3330, 3334; voir Dictionn., t. m, au mot Colonies d'orientaux.

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ce cimetière l. Des aqueducs apportaient l'eau de la Vesle '.

« Nous ne savons pas de quelle manière était administrée cette importante agglomération urbaine 3. On peut se demander si, vers le milieu du V Siècle, le gouvernement n'était pas exercé par un chef militaire, romain ou franc. On sait qu'Egidius et, après lui. son fils Syagrius 4 eurent un pouvoir de fait sur cette partie de la Gaule où ne s'était pas encore fixé de peuple barbare; peut-être leur autorité s'étendait-elle sur la cité de Reims 6.

« D'autre part, si l'on se réfère à une lettre adressée par saint Rémi à Clovis peu après l'avènement de celui-ci, mais certainement avant la défaite de Syagrius, donc entre 481 et 486 6, il semble que la majeure partie de la Belgica Secunda obéissait déjà à Childéric, père de Clovis. Il n'est donc pas impossible non plus qu'il y ait eu dans la cité un chef barbare, représentant du roi de Tournai '. »

XII. Introduction et établissement du christianisme. — Les origines religieuses de l'Église de Reims ne nous reportent pas avant le me siècle de l'ère chrétienne. Grégoire de Tours 8 et Flodoard 9 nous ont conservé les noms et la passion de deux martyrs : Timothée et Apollinaire, au sujet desquels on doit faire observer qu'on ne songea pas à attribuer à l'un ni à l'autre la fondation du siège épiscopal. Cet honneur fut réservé à saint Sixte qui paraît prendre place dans la seconde moitié du me siècle et que deux successeurs séparent du premier titulaire historique, Imbetausius, qu'on voit siéger, en 314, au concile d'Arles avec son diacre Primoqenilus ln. A Reims, comme partout où le christianisme prit pied, les fidèles eurent un lieu de réunion, et ce fut d'abord un oratoire depuis longtemps disparu sans laisser aucune trace archéologique. Il faut donc, pour cette première période recourir aux textes historiques, à ceux du moins qui ont une valeur incontestable. L'étude des substructions ne va pas sans leur contrôle, sans prétendre toutefois suppléer aux lacunes qu'elles présentent ; en elïet, surtout à une époque reculée, des reconstructions ont pu être faites dont aucun éciit n'a gardé le souvenir ".

On a longtemps admis que la fondation de l'Église de Reims devait être reportée aux environs de l'année 290, et cela d'après une Vie de saint Sixte et saint Sinice qu'on faisait remonter au vr siècle et d'après laquelle ces saints auraient été envoyés de Rome après la persécution de Dioclétien 12; mais « cette chronologie est inacceptable. Elle abaisse jusqu'au voisinage du iv° siècle la fondation d'une Église que le catalogue épiscopal nous oblige à croire plus ancienne de quarante à cinquante ans 13 ». A partir du ix« siècle on se montra ami de précision. Hincmar, qui ne s'embarrassait pas de grand chose, soutint que l'évêque Sixte avait été envoyé de Rome par son homonyme le pape Sixte " sans désigner lequel des deux papes qui ont porté ce nom à des dates peu éloignées l'une de l'autre. .Mais Sixte 1er était à peu près inconnu tandis que Sixte II

1 A. Grenier, Manuel d'archéologie gallo-romaine, t. î, p. 120; C. Julllan, Histoire de la Gante, t. VIII, p. 1236. — * Cf. A. Blanchet, Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gdule romaine, in-8°, Paris, 1908, p. 113. — ' Corp. inscr. lot., t. xiii, p. 523. — ' Syagrius que Grégoire de Tours appelle rex Romanorum dans Hist, Franc, 1. II, c. xxvu, semble avoir résidé surtout à Soissons. — s Declareuil, Les comtes de cités à la fin du V* siècle, dans Nouv. rei>. hist. de droit français et étranger, 1910, p. 18-24. — " Itumor ad nos magnum pervertit, administrationem vos Secundum Belgice suscepisse, dans Epist. merov. et karol. œvi, t. i, 1892, p. 113. Celte lettre de saint Rémi n'est pas datée. G. Kurth, Clouis,

3e édit., t. i, p. 239, note 3 el M. Blocli, La conquête de la Gaule romaine par les rois Francs, dans lievue historique.

jouissait d'une grande célébrité à raison de son martyre et Grégoire de Tours avait contribué à répandre en Gaule la croyance qu'il y avait envoyé beaucoup de fondateurs d'Églises. C'est donc probablement à lui que pensait Hincmar, d'accord en cela avec le catalogue. Flodoard place les saints Sixte et Sinice au temps de saint Pierre; cela ne compte pas.

XIII. Hypogée chrétien. — On ne s'aviserait guère d'aller chercher la description d'une tombe chrétienne dans un petit livre intitulé : Théorie des sentimens agréables, où après avoir indiqué les règles que la nature suit dans la distribution du plaisir, on établit les principes de la théologie naturelle el ceux de la philosophie morale, in-12, Genève. 1747, réédité à Paris en 1748 et 1749, enfin en 1774, avec un faux-titre : 5e édition, augmentée de l'Eloge historique de l'auteur |par l'abbé de S aulx], de deux discours qu'il a prononcés à Reims et de l'explication qu'il a donnée d'un monument antique, découvert dans la même ville; ceci est la réimpression d'une Description d'un monument découvert dans la ville de Reims en 173S, publiée sans nom d'auteur, à Reims en 1749, in-l(i, 15 pages et planche.

Est-il nécessaire d'ajouter que ce monument a disparu et nous sommes redevables à Levesque de Pouilly de ce qu'il nous en a appris; nous transcrirons une partie de sa description en omettant toutefois les interprétations qu'il en donne à une époque où l'archéologie chrétienne était à peu près inexistante.

« Sous la tour du clocher de la paroisse de Saint- Martin, est à vingt pieds du rez-de-chaussée un mausolée, qui a quinze pieds et demi de longueur, huit de largeur, et dix et demi de hauteur sous clef. On y descend par un escalier de pierre de vingt degrés et l'on y trouve une fosse, construite en maçonnerie, de huit pieds en quarré sur huit de profondeur, où sont encore plusieurs ossemens.

i Fout l'intérieur du mausolée est orné de peintures à fresque sur un enduit de tuile battue : elles composent deux tableaux de six pieds trois pouces de hauteur, renfermés dans des cadres qui sont formés par des bandes d'une même couleur. »

Le dessinateur et graveur .1. Robert ne s'est pas fait faute de draper les personnages d'amples vêtements ainsi qu'on peut le voir sur les ligures destinées à illustrer le texte. Nonobstant cette mascarade on reconnaît que les peintures sont chrétiennes. Ce sont d'abord trois personnages, vraisemblablement un père entre son lils et sa fille (celle-ci portait, nous dit-on. des boucles d'oreilles de forme circulaire) entre des oiseaux poses sur des vases, un paon et une colombe (ou un perroquet).

La paroi d'en face nous fait voir Abraham se préparant à sacrifier Isaac et le Paralytique (voir Dictionn., t. xiii, à ce mot) emportant son grabat, ensuite une niche tapissée de fleurettes. Au-dessus de ces personnages sont suspendues des guirlandes de fleurs. Le plafond offrait ■ des roses peintes a fresque et comparties en façon de mosaïque ».

Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup fréquenté le

1927. p. 155, sonl d'accord pour la placer entre l'avènement de Clovis et la défaite de Syagrius. — ; F. Vercauteren, Étude sur les civitates de la Belgique Seconde, in-8°, Bruxelles, 1934, p. 42-45. — ' Liber in gloria marlgrum, c. LTV. g Historia Remensis EcclesUe, I. I, c. iv. - " lbid., 1. 1, c. v;

cf. L. Duchesne, Fastes ipiscopaux de l'ancienne Haute,

t. m, 1915, p. 81. — " Tourneur, Les premières cathédrales de Reims, dans travaux de l'Acad. de Reims, U \\i\. 1858-1859, p. ">3-78, renouvelé par L. Demaison, Les cathédrales de Reims antérieures au XIII' siècle, dans Bull. montim.,t. lxxxv, 1926, p. tiS-HG. — " Gallia christiana, l. i\. col. .'>. " L. Duchesne, op. cit., t. m, p. 80. — " llpusc. L V capitnloriim. adv. Ilincm. Lauduncnsan. e. w I, P. /.., t. CXXVI, COl. 33t.

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xviiie siècle pour se représenter la quantité d'imagination dépensée par le dessinateur et par le commentateur. Après Levesque de Pouilly sont venus Geruzez, Liénard, Jacob qui ont tous expliqué que c'était là une sépulture païenne. Dès lors leur embarras fut grand lorsqu'il s'agit d'expliquer comment les niches de ce prétendu columbarium n'avaient pas conservé les urnes cinéraires et comment on avait retrouvé sur le sol de la chambre des ossements non calcinés, de même que dans la fosse ouverte au fond de l'hypogée.

Cet hypogée se trouvait hors de la ville, sur le bord d'une route appelée Via Cœsarea, dans le testament interpolé de saint Hemi. Levesque de Pouilly croyait cet hypogée construit « dans l'espace des trois premiers siècles de l'ère chrétienne », on pourrait, avec vraisemblance, le retarder jusqu'au ive. Lorsqu'on construisit l'église Saint-Martin, on ne put ignorer la proximité de cet hypogée, mais on eut soin de l'épargner. Ce fut le hasard qui le fit découvrir en 1738 et « ses peintures que le temps avait respectées pendant plus de quinze siècles, furent alors entièrement endommagées par la foule de ceux qui entrèrent dans ce monument avant que le magistrat put prendre des mesures pour leur conservation.

« Quelque défigurées néanmoins qu'elles aient été, elles offrent encore aux curieux des objets dignes de leur attention. »

Bibl. — J.-L. Levesque de Pouilly, Description, 1738; Théorie, 5e édit., 1774, p. 337-348; Geruzez, Description historique et statistique de Reims, p. 271; Liénard, dans même ouvrage, p. 705; Jacob, Description historique de lu ville de Reims, p. 92, 102; E. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, t. i, p. 448-450; G. Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims, 1933, t. i, p. 125-127.

XIV. Liste épiscopale. — L'Église de Reims était en possession de son catalogue épiscopal dès le ixe siècle. Hincmar le connaissait ', de son temps on le récitait à la messe. Flodoard en a fait usage pour la trame de son Historia Remensis Ecclesise, mais on n'en possède pas d'exemplaire plus ancien que le xie siècle avancé. Voilà les manuscrits qui contiennent ce catalogue :

1° Boulogne, n. 02, ancien n. 84 (olim Arras), s'arrête à Gervais (1055-1067).

2° Boulogne, n. 42, ancien 37 (olim Arras), s'arrête à Raoul le Vert (1106-1124).

3° Paris, Bibl. nat., lat. 4280, s'arrête à Raoul le Vert.

4° Troyes, n. 620 et Montpellier H. 186 (olim Troyes), s'arrête à Henri de France (1162-1175).

5° Recueil de Robert de Torigni, s'arrête à Guillaume aux Blanches-mains (1176-1202).

6° Paris, lai. 8861, fol. 124, s'arrête à Henri de Dreux 2.

Voilà la liste du manuscrit n. 1 3 :

Nomina archiepiscoporum Remensis Ecclesiœ

S. Sixtus S. Sinicius Amausius 15.

Betausius 5. Aper

Maternianus S. Donaiianus S. Viventius 20.

Severus 10. S. Nichasius Baruc Barutius

Barnabas

Bennadius

S. Remigius

Romanus

Flavius

Maphinius

Egidius

Romuljus

Sonnalius

Leudegislus

Engilberlus

Lando

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