XXVII. Le portail de la basilique du ve siècle
XXVIII. Son autel et sa crypte. XXIX. La cathédrale carolingienne. XXX. Encore la crypte. XXXI. La destruction de 922. XXXII. Les remaniements d'Adalbéron. XXXIII. L'archevêque Sculfe ou Adalbéron. XXXIV. Aspect au xnc siècle. XXXV. Une reconstruction partielle. XXXVI. Martyre et résurrection de la cathédrale. XXXVII. Basilique Jovienne. XXXVIII. Crypte de Saint-Nicaise. XXXIX. Sarcophage. XL. Trois basiliques rémoises des vevie siècles : 1° Saint-Remi. 2° Saint- Timothée-et- Saint-Apollinaire. 3° Saint-Julien. 4° Autres églises 5° Autres édifices. 6° Cimetières. XLI. Le polyptyque de Saint-Remi. XLII. Saint-Remi. XLIII. Chapiteaux. XLIV. Mosaïques. XLV. Scriptorium. XLVI. Manuscrits liturgiques. XLVII. Épigraphie. XLVIII. Calice de saint Rémi. XLIX. Le diptyque d'Amiens. L. Le « talisman ». LI. Le vase de Soissons. LU. Sarcophage. LUI. L'administration monétaire. LIV. Bibliographie.
I. Emplacement de Durocorter. — Vers l'an 300 avant l'ère chrétienne, le pays au nord de la Seine et de la Marne fut occupé par une migration de peuplades gauloises parmi lesquelles celles des Rèmes s'établit autour du Mont-de-Berru et rayonna sur les vallées de la Suippe, de la Retourne, de l'Aisne et de la Vesle. Cette population a laissé dans le sol qu'elle occupait des témoins nombreux et intéressants de ses aptitudes industrieuses. Le mobilier funéraire fait connaître la variété de son outillage, la richesse de ses parures, la solidité de ses armes offensives; néanmoins nous savons que, dès le Ier siècle avant Jésus-Christ, les Rémi durent subir la suprématie de leurs voisins les Suessiones, et ils n'eurent peut-être pas d'autre raison pour se déclarer en faveur de César, faire alliance avec lui, favoriser la conquête de la Belgique par les légions romaines depuis la Marne, jusqu'au Rhin. Les Rêmes furent libéralement récompensés et purent étendre leurs frontièies de la Marne aux Ardennes et des environs de Fismes à l'Argonne.
Cependant tout restait à faire et, d'abord, le choix
1 Demitra, Autour de Reims antique, dans Bulletin de la Société archéologique champenoise, 1910, p. 37. — ' Ad. Blanchet, Les enceintes romaines de la Gaule, in-8°, Paris, 1907, p. 102. — 3 Demitra, op. cit., 1910, p. 40; L. Demaison ne s'explique pas la raison d'ètie d'un fossé, Les enceintes antiques de Reims, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1931, p. 119-120. — * A Reims, comme à Rouen, à
et la création d'une ville pouvant servir de rendezvous politique. Le point adopté fut un emplacement situé là où s'élève Reims aujourd'hui, dont le premier vocable fut Durocorter, borné à l'Ouest par les marais de la Vesle et ne dépassant pas vers l'Est les abords actuels de l'église Saint-André. Ce ne fut d'abord qu'une croisée de chemins bordés de quelques cabanes, non loin de la cathédrale actuelle et pouvant rassembler une population sédentaire d'un millier de personnes environ.
Dès que les légions romaines s'implantèrent en ce lieu, on commença à bâtir sur la partie du terrain correspondant au quartier de Bétheny. On peut croire que Durocorter commença vers le début de notre ère à prendre une désinence latine : Durocorlorum qui fait supposer que Voppidum gaulois se développa assez rapidement en ville. Dès l'automne de l'année 53 elle présentait les ressources indispensables à une installation qui n'allait pas sans d'assez vastes établissements puisque César y tint une assemblée qui ressemble assez à des États généraux de la Gaule. Non loin de la place Bétheny et dans la direction de la Fosse-Jean Fat, on a signalé la présence de sépultures dont le mobilier appartient à la période pré-gallo-romaine l; il faudrait, d'après cela, admettre l'existence d'une ville embryonnaire sur le territoire Champ-de-Mars-Petit-Bétheny, à proximité de l'oppidum gaulois dont on avait peutêtre comblé les fossés.
Vers le début de l'ère chrétienne, la bourgade gauloise et la ville romaine se rapprochèrent et fusionnèrent pour s'enfermer dans une enceinte commune, précaution indispensable parmi des populations qui ne pouvaient inspirer toute confiance. Fossé et enceinte ' semblent vérifiés par les fouilles récentes. Le fossé profond suit une ligne brisée partant de Clairmarais pour aboutir à Dieu-Lumière, la Vesle formant avec ses marécages une fortification suffisante du côté de l'Ouest. Les dimensions paraissent être de 40 mètres au niveau du sol avec une profondeur de 8 à 10 mètres'1. Son tracé est significatif : il part de l'angle de la rue du Mont-d'Arène avec la rue de Courcelles, traverse les rues des Romains, Gilbert et de Merfy pour aboutir à l'avenue de Laon par la rue Géruzez; d'où il gagne l'angle de la rue de Neufchàtel 4 avec la rue Danton 5, suit le côté gauche de celte rue, passe à travers le Port-Sec et aboutit à l'angle de la rue de Sébastopol avec la rue de Bétheny. De là il se dirige vers l'église Saint-Jean-Baptiste, traverse les rues des Gobelins, de Cernay, la rue de Beine, parvient à la rue de Bétheniville, ensuite, parallèlement au boulevard Pommery jusqu'au Chemin- Vert. Là, le fossé se dirige à angle droit vers l'église Saint-Remi et traverse la rue Simon pour aboutir à la Vesle 6.
IL Le développement de la ville. — Une phrase de Strabon nous apprend que, vers l'époque d'Auguste, le peuple des Rêmes était un des plus considérables de la Seconde Belgique et sa capitale Duricortora était fort peuplée puisque les gouverneurs romains y avaient leur résidence \ Les fonctionnaires y devaient être nombreux et, probablement, suivant une méthode généralement adoptée, évinçaient avec bienveillance ce qui subsistait de l'administration gauloise représentée par une assemblée des notables citoyens. Après la révolte de Civilis, cette ombre de l'ancien sénat rême se sentit naître un subit dévouement à l'empire
Dijon et ailleurs, c'est la même calamité des changements de noms de rue; celle-ci est actuellement sous le patronage d'Emile Zola. — s Actuellement (et provisoirement) boulevard Robespierre. — 6 G. Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims depuis les origines jusqu'à nos jours, in-8°, Reims, 1933, t. 1, Reims ancien, p. 69. — ' Strabon, Géogr., 1. IV, c. m, n. 5.
REIMS
et invita les cités gauloises à se faire représenter dans une réunion tenue à Durocortorum où le rémois Auspex plaida contre la révolte ' et fut écouté. Pendant la période qui suivit, Reims se développa, vit des faubourgs border les voies romaines et prit une extension qui ne paraît pas trop inférieure à celle de la ville actuelle. Cependant, du côté de l'Ouest on ne vit alors rien qui fasse penser au quartier de Courlancy, de Sainte-Clotilde à Sainte-Geneviève : les marécages de la Vesle s'y opposaient car la rivière n'a pas toujours coulé dans le lit actuel. « La ville, en se développant, l'a constamment déplacée à l'Ouest. A l'époque galloromaine, elle multipliait ses dérivations sur tout l'espace occupé par les rues de Venise, du Jard, de "Vesle; le bras principal se trouvait approximativement dans l'axe des rues Clovis et Jeanne-d'Arc, pour tourner par la rue Châtivesle vers la chaussée Bocquaine. Il va sans dire qu'on ne trouve pas d'antiquités gallo-romaines dans ces quartiers. Mais, par contre, dès le milieu du 11e siècle, les quartiers extrêmes du faubourg de Laon étaient habités. On a retrouvé des traces d'habitations romaines sur l'emplacement de l'orphelinat de Bethléem de la place Ruinart de Brimont, de la rue Perseval, de la rue des Moissons. Il est probable que tout le quartier de l'Est, du boulevard Saint-Mai ceaux vers les casernes de dragons, qui n'a pas encore été exploré, fournira sa part de découvertes. Enfin, au Sud, il ne semble pas que les maisons aient escaladé les hauteurs crayeuses du plan de Saint-Nicaise ; la ville devait se limiter à une ligne partant du square Drouet-d'Erlon pour gagner l'église Saint-Maurice et la rue du Ruisselet 2. » Le développement et l'importance de cette ville antique ressort jusqu'à l'évidence. Dans les parages de la place Royale, de la cathédrale, le sol actuel pose sur un entassement de décombres tellement considérable que, pour atteindre le sol géologique, la craie, il faut creuser six à sept mètres en contre-bas. Tandis qu'au-delà des boulevards de la République, Lundy, de la Paix, on ne rencontre aucun débris du Moyen Age, le sol est abandonné depuis l'époque romaine et les trouvailles abondent.