‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 224 sur 477 · XVI. I.A CONTROVERSE SUR LE BAPTEME DE CLOVIS · texte numérisé non relu

XVI. I.A CONTROVERSE SUR LE BAPTEME DE CLOVIS

— Nous avons exposé cette question dans le Dictionn., t. m, col. 2042-2052; et, depuis cette époque, elle n'a pas cessé d'être discutée comme on le verra par cette bibliographie qui ne saurait avoir la prétention d'être autre chose qu'un aide-mémoire.

J.-J. Chifflet, De ampulla Remensi nova et accurata disquisitio, Antwerpia?, 1651 ; L. von Renke, Weltgeschichle, t. iv, 2e Abt., Leipzig, 1883, p. 328-368;

A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, in-8°, Leipzig, 1887, t. i, p. 108-110, note; G. Kurth, Les sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, dans Congrès scientifique international des catholiques tenu du s au 13 avril 1888, in-8°, Paris, 1889, t. n, p. 339- 386, dans Revue des questions historiques, t. xliv, 1888, p. 385-447, dans Éludes franques, t. n, 1919, p. 207- 271 ; W. Gundlach, Die Sammlung der epistolœ Austrasicœ, dans Neues Archiv, t. xm, 1888, p. 380-382; G. Kurth, Les sources de l'histoire de Clovis dans Frédégaire, dans Revue des questions historiques, t. xlvii, 1890, p. 60-100; B. Krusch, Zwei Heiligenleben des Jonas von Susa, IL Die altère Vila Vedastis und Taufe Chlodoverhs, dans Mitlheilungen des Instituts fur ôsterreichische Geschichtsforchung, t. xiv, 1893, p. 427- 448; W. Schultze, Das Merovingische Frankenreich, dans Bibliothek deutsches Geschichle, in-8°, Stuttgart, 1896; W. Levison, Zur Geschichle des Frankenkônigs Chlodovechs, dans Bonner Jahrbùcher, t. cm, 1895; F.-X. Funk, dans Theologische Quartalschrifl, t. lxxvii. 1895, p. 351; G. Kurth, Clovis, Tours, 1896; 2e édit., 1901 ; L. Demaison, Le lieu du baptême de Clovis, dans Travaux de l'Académie nationale de Reims, t. xcvn, 1894-1895, 1™ part., p. 269-291, dans G. Kurth, Clovis, 2e édit., t. il, p. 287-314 (et p. 616-628 de la lre édition); FI. Jubaru, Clovis a-t-il été baptisé à Reims? dans Études religieuses, 15 février 1896; A. Hauck. Kirchengeschichte Deutschlands, 2e édit., t. i, 1904, p. 595-599 : Ort und Zeit der Taufe Chlodovechs

B. Krusch, Jonœ Vitœ sanctorum Columbani, Vedastis. Johannis, Hannoverœ et Lipsiae, 1905, p. 302-308; H. d'Arbois de Jubainville, dans Bulletin de la Soc. nal. des antiq. de France, 1906, p. 171: L. Levillain, dans Biblioth. de l'École des Chartes, t. lxvii, 1906, p. 100- 101; L. Levillain, Le baptême de Clovis, dans ibid., t. lxvii, 1906. p. 472-488; Ch. Bayet, dans Histoire de France («le Lavisse) (1911). t. n, p. 99, note; L. de Grandmaison et Vaucelle, dans Bulletin de la Société archéol. de Touraine. 1907. p. xxxyt-xl; Vaucelle, La collégiale de Saint-Martin de Tours, in-8°, Tours, 1908, p. 111-433; L. Levillain. dans Le Moyen Age, IIe série, t. xi, 19D9, p. 203; J. Guiraud, Histoire partiale. Histoire vraie, t. i (1911), p. 172-174; G. Reverdy, Note sur l'interprétation d'un passage d'Avilus, dans Le Moyen Age. t. xxvi, 1913. p. 274-277; <;. Kurth. Le baptême de Clovis, dans Études franques, t. n. 1919.

bach, Deutschlands Geschichtsquellen, Berlin, 1894, I. Il, p. 401. — ■ Anal. froH., t. xv, 1896, p. 348-349. — • Ibid., t. xvi, 1807, ]>. 339-341. — : Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, t. rv, p. 51, et dans Monum. Germ. Hist., Bpist.

meroe. &i>i, t. Il, p. 112-113. — ' L. Saltet, l.a conversion de Clovis, dans Bull, de litt. eccl., 1032, p. 07-113.

p. 273-296; I.. Levillain, dans Biblioth. de l'École des Chartes, t. lxxx, 1919, p. 261-264; H. von Schubert, Geschichte der rhristlichen Kirche im Frùhmittelaller, in-8°. Tubingen, 1921, p. 90-92; A. Stracke, Over bekeering en doopsel von Chlodovech, in-8°, Anvers, 1931 ; L. Saltet, La conversion de Clovis, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, Toulouse, 1932, p. 97-113; J. Laenen, dans Revue d'hist. ecclés., Louvain, 1932, p. 854-857; Br. Krusch, Chlodovechs Taufe in Tours ■J07 und die Légende Gregors von Tours (Reims, 496), dans Neues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtsforschung, t. xlix, 1932, p. 457-469; W. von den Stein, Chlodwigs Vebergang zum Christentum. Eine quellenkritische Studie, dans Mitlheilungen des ôslerreiehischen Instituts fur Geschichtslorschung, t. xn, 1932, p. 417-501: W. von den Stein, Chlodwigs Taule : Tours 507? dans Historischen Jahrbuch des Gôrresgesellschajt, t. lui, lre part., 1933, p. 51-66; F. Vercauteren, Étude sur les civitales de la Belgique seconde, dans Acad. roy. de Belgique, Classe des lettres, 1934, p. 52, note 2; L. Levillain, dans Le Moyen Age, t. xliv, 1934, p. 265 279: L. Levillain, La conversion et le baptême de Clovis, dans Revue d'histoire de l'Église de France, t. xxi, 1935, p. 161-192; L. Saltet, Deux poids et deux mesures en critique, dans Bulletin de littérature religieuse, 1936, p. 171-190; L. Levillain, Lettre à mon cher Directeur et ami. A propos de la conversion et du baptême de Clovis, dans Revue d'histoire de l'Église de France, 1936, p. 148-156; A., van de Vyvere, La victoire.contre les Alamans et la conversion de Clovis, dans Revue belge de philologie et d'histoire, t. xv, 1 93(5, p. 858-914; t. xvi, 1937, p. 35-95; L. Saltet, « Beau joueur » et « prudent Normand » devant un simple critique, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, 1937, p. 49-66.

XVII. Le testament de saint Rémi. — Outre la lettre adressée à Clovis, en 481, Rémi lui écrivit une lettre de condoléances au sujet de la mort d'Alboflède, sœur du roi; elle a été connue de Grégoire de Tours qui en a cité un fragment '. Puis encore quelques autres à des évèques Héraclius de Paris, Léon de Sens, Théodose d'Auxerre, et à l'évêque Fulcon de Tongres2. Cette correspondance ne justifie pas l'enthousiasme de Sidoine Apollinaire pour le style de saint Rémi 3.

Son épiscopat fut des plus longs, car Grégoire de Tours dit qu'il siégea soixante-dix ans ou plus 4. A l'approche de la mort il rédigea ou dicta son testament. Cette pièce nous est parvenue en deux recensions qu'on distingue sous les noms de « petit » et de « grand » testament de saint Rémi. La recension longue est certainement interpolée, sans qu'on puisse y voir la main de l'archevêque Hincmar; la recension brève paraît authentique dans l'ensemble, mais celui-ci ne semble pas avoir été à l'abri d'Hincmar 5; il est à noter en faveur de cette pièce l'emploi minutieux de la prose métrique, argument favorable à l'authenticité 6. En voici la traduction :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Gloire à Dieu, ainsi soit-il.

« Moi, Rémi, évêque de la cité de Reims, revêtu du sacerdoce, j'ai fait mon testament, en conformité avec le droit prétorien, j'ai voulu qu'il ait la force d'un codicille, s'il y manquait quelque point de droit. Pour moi, Rémi, évêque, lorsque j'aurai quitté cette vie, tu seras mon héritière, sainte et vénérable Église catholique de la ville de Reims, «t toi, Loup, évêque, fils de mon frère, que j'ai toujours particulièrement chéri, et toi, mon neveu Agricole, prêtre, qui dès ton enfance m'as toujours charmé par ta déférence envers

1 Hisloria Francorum, 1. II, c. xxxi. — 2 Monumenta Germaniae liistorica, Epistulae, t. m, p. 113-116. ■ — ' L. Duchesne, Fastes épiscopaux, t. m, p. 82, note 1.

moi; je vous laisse tous mes biens qui seront ma propriété au moment de ma mort, exception faite des dons, legs et présents que j'aurai faits et de ce que je voudrai donner spécialement à chacun de vous.

« Toi, sainte Église de Reims, mon héritière, tu posséderas les colons qui m'appartiennent sur le Porcien, ceux qui me viennent en héritage de mon père et de ma mère, ou que j'ai échangés avec mon frère de sainte mémoire, Principius, évêque ou que j'ai reçus en présent : c'est Dagaredus, Profuturus, Prudentius, Tenuaïcus, Maurilio, Baudoleisus, Projunciolus, et les colones Niviatena, Lauta, Suffronia, ainsi que l'esclave Amorinus t'appartiendront. Et aussi les terres que je possède dans le pagus du Porcien, avec les prés, pâturages et bois.

« Je laisse au futur évêque, mon successeur, une chasuble blanche pour l'ofTice de Pâques, deux tentures bleues, et trois portières de celles qu'on suspend, les jours de fête, aux portes de la salle à manger, du cellier et de la cuisine. D'après la volonté de Dieu, j'ai partagé entre toi, mon héritière et l'Église de Laon qui fait partie de la province un vase d'argent de dix-huit livres dont on a fait, sur mon ordre, des patènes et des calices pour le saint ministère. Un autre vase en or pesant dix livres que le roi Clovis, d'illustre mémoire, que j'ai tenu sur les fonts du baptême, a daigné me donner pour en user à mon gré, j'ordonne qu'on en fasse pour toi, mon héritière, un ciboire en forme de tour et un calice orné de figures. Je le ferai moi-même si je vis assez longtemps. Au cas où je viendrais à mourir, c'est toi, ô Loup, évêque, fils de mon frère, qui, à raison de ta dignité, te chargeras de ce soin.

« Je laisse aux prêtres, mes confrères, et aux diacres de Reims vingt-cinq sous d'or à se partager entre eux à parts égales. Ils posséderont en commun un vignoble situé au-dessus de ma vigne près de la Suippe. Je leur donne le vigneron Melenius à la place d'Albovichus, qui appartient à l'Église, afin que ce dernier jouisse d'une pleine liberté. Je donne aux sous-diacres douze sous d'or, et aux lecteurs, aux portiers et aux petits clercs huit sous. Aux pauvres inscrits sur la matricule, qui attendent l'aumône devant les portes de l'église. on donnera deux sous pour leur nourriture.

« A Vacculiacus, je prescris qu'on donne la liberté à Fruminus, Dagaleifus, Dagaredus, Ductio, Baudovic, Uddulfe et Vinofeifa. Tennarède, né d'une mère libre, recevra sa liberté.

« Quant à toi, Loup, évêque, fils de mon frère, tu réclameras la propriété de Nifaste et de sa mère, Muta, tu posséderas la vigne cultivée par Enée, le vigneron. Je veux qu'on donne la liberté à Énée et à Monulfe, son jeune fils. Le porcher Melloficus et Paschariola sa femme, et Vernivianus avec ses fils, à l'exception de Widragasius que j'ai affranchi, passeront à ton service. L'esclave que je possède à Cerny-en-Laonnois t'appartiendra. Le lopin de terre qu'a possédé mon frère, l'évêque Principius, avec les bois, les prés et les pâturages deviendra ta propriété. Je te laisse mon esclave Viterède, qui a appartenu à Mellonicus et encore Teneursolus, Capalinus et sa femme Teudorosena.

« Je veux que Teudonivia soit libre. Tu retiendras Edoveifa qui fut mariée à l'un de tes hommes. La femme d'Arégildus et sa famille seront mis en liberté. Les prés qui m'appartiennent près des vôtres, au pied de la montagne de Laon et ceux que j'ai possédés à Jovia (=Jouy, canton de Vailly) te reviendront.

« Et toi, Agricole, mon neveu, prêtre, dont l'enfance s'écoula dans ma maison, je te lègue et transmets

— ' In gloria conjessorum, c. LXXVIII. — ■ 5 Vita sancti Remigii, c. xxxn. — ' Julien Havet, Œuvres, t. i, p. 314, note 1.

REIMS

l'esclave Merovaste, sa femme Menatena et leur fils Marcovicus. Je donne la liberté à son fils Medovic. Je te laisse Amantius et sa femme Daëro, leur fille Dasovinda recevra sa liberté. Je mets dans ton lot Alaric; quant à sa femme, que j'ai rachetée et affranchie, je recommande qu'elle reçoive sa liberté. Tu réclameras comme t'appartenant Bebrimode et sa femme Mora. Monacharius sera gratifié du bienfait de la liberté, Mellauricus et Placidia, sa femme, appartiendront à ton domaine et leur fils Medaridus sera affranchi. Je te donne la vigne que Mellaricus cultive à Laon avec Brittobaude, mon esclave, ainsi que Gibericus. Je te laisse la vigne que Bebrimodus cultive, à condition qu'on en tirera le vin qui sera offert en mon nom sur les saints autels les dimanches et jouis de fête, et celui qui sera versé dans les repas annuels servis aux prêtres et aux diacres de Beims.

« A mon neveu, Practextatus, je lègue Moderatus, Totticio, Marcovicus, l'esclave Innocent que j'ai reçu de Profuturus, mon compatriote, quatre cuillers venant de mes ancêtres, un vinaigrier, un manteau que me donna le tribun Friaredus, et une crosse d'argent rehaussée de figures. A Parovius, son jeune fils, une burette à vinaigre, trois cuillers et une chasuble dont j'ai renouvelé les franges. A Bemigia, trois cuillers marquées à mon nom, la nappe dont je fais usage les jours de fête et qu'elle me donna. Je lui donne le vase dont j'ai parlé à Gondebaud. Je laisse à ma chère fille Hilaire la servante Nora, et une pièce de vigne attenant à la sienne que cultive Cattusio, et je lui donne ma part de Talpusciacus en reconnaissance des services qu'elle m'a rendus sans cesse. Je donne à mon neveu Aetius la part qui est mienne du domaine de Cerny-en-I.aonnois, avec les droits y attachés; je lui donne le jeune Ambroise en toute propriété. Je veux que le colon Vital soit libre et que sa famille appartienne à mon neveu Agathimerus à qui je donne la vigne que j'ai fait planter à Yenderesse, et qui est prospère, à condition que tous les dimanches et jours de fête, il sera fait une offrande en mon nom sur les saints autels et que chaque année que Dieu donnera, un repas sera servi aux prêtres et aux diacres de l'Église de Laon.

« Je donne à l'Église de Laon dix-huit sous d'or que se partageront entre eux à parts égales les prêtres et les diacres. Elle possédera entièrement la part qui me revient dans le domaine de Séry.

« Je recommande à ta sainteté, <> Loup, évêque, fils de mon frère, les serfs que je veux affranchir : Cattusio et Auliateva sa femme, Nonnio qui cultive mes vignes, Sunnoveifa, née de bonne souche, que j'ai rachetée de captivité et son fils Leuberède, Mellaridus et Mellateva, Vasanta le cuisinier, Cesaria, Dagareseva et Baudoroseva, nièce de Léon, et Mareoleifus, fils de Tottion. O Loup, évêque, fils de mon frère, tu emploieras l'autorité sacerdotale pour leur conserver à tous la liberté.

« A toi, mon héritière, l'Église [de Beims] je donne Flavianus et sa femme Sparagilde; j'ai donné la liberté à leur fillette Flavaraseva. Fedomia, épouse de Melanius et leur petite fille appartiendront aux prêtres et diacres de Beims. Je veux que Cispiciol, le colon, soit libre et que sa famille appartienne à mon neveu Aétius. A lui et à Agathimerus appartiendra en commun le village de Paissy [canton de Craonne],

« A ma petite-nièce Pra?texta, je donne Mouzon, à Profuturus le jeune Leudocharius. Je veux qu'on donne Leudovère à Profutura. Je laisse quatre sous d'or aux sous-diacres, aux lecteurs, aux portiers et aux jeunes clercs de l'Église de Laon. On donnera aux pauvres inscrits sur la matricule un sou d'or pour leur nourriture. Je lègue à l'Église de Soissons huit sous d'or pour qu'elle fasse commémoraison de mon nom.

A l'Église de Châlons six sous, à l'Église de Mouzon cinq sous, à l'Église de Voncq le champ près du moulin bâti en ce lieu, à l'Église de Chéry ' quatre sous, et autant à celle de Port pour qu'elles fassent mémoire de mon nom.

« En reconnaissance des soins particuliers que j'ai reçus de l'archidiacre Ursus, je lui laisse un manteau de fin tissu, un autre plus fort, deux habits d'étoffe fine, la couverture de mon lit et la meilleure tunique que je posséderai au moment de ma mort.

« Loup, évêque, et Agricole, prêtre, mes héritiers, vous partagerez mes porcs également entre vous. Friaredus, que j'ai acheté quatorze sous d'or pour le sauver de la mort, en retiendra deux que je lui cède, et en donnera douze pour faire une voûte à l'église des saints martyrs Timothée-et-Apollinaire.

« Tels sont mes dons, mes legs et mon testament : que tous ceux qui n'y sont pas compris soient exclus de mon héritage.

« J'ai fait ce testament sans mauvaise intention pour le présent et pour l'avenir. Si l'on y trouve quelque rature, quelque surcharge, cela a été fait en ma présence, lorsque je l'ai relu et corrigé.

« Fait à Beims, même jour que dessus et sous le consul sus-nommé, en présence et avec la participation des soussignés :

+ Bemi, évêque, j'ai relu, signé, scellé et fermé ce testament, avec la grâce de Dieu, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

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