RELIQUAIRES
10608. — Coffret-reliquaire de Henchir Sidi-Khalifa.
D'après Arch. des missions scient, et littéraires, 38 série,
t. xi, 1885, p. 17, n. 20.
Tunisie, sur l'emplacement d'une église où on rencontra un chrisme sculpté sur une clef de voûte. Voici les dimensions de Pautel-reliquaire (fig. 10608) : largeur de la pierre : 0 m. 80; longueur :1m.; épaisseur : 0 m. 40. Cavité A, longueur : 0 m. 30; largeur : 0 m. 32; profondeur :0 m. 18; cavités B, longueur : 0 m. 25; largeur : 0 m. 34; trous m, profondeur :0 m. 10; les cavités des quatre angles devaient recevoir la base des colonnettes du ciborium.
Bibl. — ■ R. Cagnat, Rapport sur une mission en Tunisie, 1881-1882, dans Archives des missions scientifiques, IIP série, t. xi, 1885, p. 17, n. 20.
XVI. Les cassettes a reliques. — Les premières générations de fidèles apportaient, nous l'avons dit, une vive sollicitude dans l'ensevelissement des corps des martyrs; ceux-ci, condamnés aux bêtes ou au bûcher désiraient que leurs restes fussent réunis et renfermés dans une tombe. Toutefois leur souhait, depuis le ive siècle et, même, dès l'époque de la dernière persécution, fut parfois méconnu par les fidèles, surtout en Orient. Une partie des cendres des quarante martyrs de Sébaste fut accaparée par ceux qui les avaient retirées du bûcher et dès la première moitié du ive siècle, fut divisée et répartie entre différentes localités de l'Asie, du Pont, de la Thrace et plus tard aussi de l'Italie *. On citera à ce sujet ces mots de Grégoire de Nysse (331-394) : « Les cendres de ces martyrs et les résidus de leur crémation ont été si bien distribués
1 Tillemont, Hist. ecclés., t. v, p. 524 sq. ■ — ! Homil., m, in XL mort., P. G., t. xlvi, col. 783. — s Id., ibid., col. 784-785. — 4 Hist. eccles., 1. IX, c. Il, ■ — 5 Procope, De œdifwiis, 1. I, c. vu. A propos de cette église, désignée sous le nom de maritima pour la distinguer d'une autre de même
dict. d'arch, chrét.
dans l'univers, que, pour ainsi dire, chaque province a joui de leur bénédiction 2. >■ Lui-même, nous dit-il, possède une parcelle de ces reliques et il a placé les corps de ses parents auprès de ces gages sacrés de foi et d'espérance en la bienheureuse résurrection. » Dans ses années de jeunesse il avait assisté à la déposition solennelle du coffret contenant ces reliques qui fut faite dans un oratoire, bâti par les soins de sa mère, dans leur propriété du Pont. Il désigne ce coffret sous les noms de Xâpvaxoc et de 6y;x7] (capsa et theca) sans en définir la matière, il pleura sur lui pendant la veillée qui précéda sa déposition sous l'autel 3. Nous savons encore que deux àXaêacrTpo67)xoa àpyupat (boîtes à parfum en argent) se trouvaient, vers la deuxième moitié du ive siècle, être la propriété d'une diaconesse de la secte des macédoniens, à Constantinople, et furent déposées près de son tombeau, sous la table sacrée d'un oratoire souterrain, qui disparut et tomba dans l'oubli jusqu'à l'année 438, par suite de la réédification d'un temple en l'honneur du martyr Tirse, élevé par Césaire, consul en 397, préfet du prétoire en 401. Sozomène rapporte la découverte de ces deux reliquaires, faite en sa présence, en 438 '. Une autre boîte antique contenant des cendres de ces mêmes martyrs fut trouvée à Constantinople lorsque Justinien restaura l'église de Sainte- Irène-de-la- Mer 6, mentionnée dans les actes du concile d'Éphèse. Cette boîte était de forme circulaire, ce qui explique pourquoi Procope lui donne les noms de Sîaxov et d'àêwTiov
La découverte du tombeau de saint Etienne survenue à Jérusalem, en 415, souleva un immense intérêt et ce fut à qui s'efforça d'obtenir quelque parcelle de ces précieuses reliques, principalement en Occident et en Afrique. Ici, ce fut la ville d'Uzala qui en obtint la première. Son évêque, Évodius, ami de saint Augustin, voulut en accorder une parcelle à une autre localité et on mentionne à cette occasion la capsella argentea in qua erat reliquiarum portio 6. Nous lisons une autre mention de capsellœ argenteœ destinées, cellesci, à la dédicace des autels, dans des lettres écrites par le futur empereur Justinien et les légats du Siège apostolique, au pape Hormisdas, en 519, à l'effet d'obtenir des reliques destinées à être déposées dans la basilique construite par Justinien in domo sua, en l'honneur des apôtres Pierre et Paul 7. Il suit de là que, sur ce point, l'usage (mos Grœcorum) différait en Orient de celui du Siège apostolique 8. Celui-ci s'interdisait de donner les ossements ou les cendres, il s'en tenait aux brandea ou sanctuaria ou palliola et n'accordait comme une grâce exceptionnelle que la permission d'atteindre la deuxième grille : ad secundam cataractam ipsa sanctuaria deponere ". Justinien et les légats poussaient jusque-là leurs prétentions et, de plus, demandaient reliquias de catenis sanctorum apostolorum et de cralicula beati Laurentii martyris.
Les capsellœ argenteœ avaient coutume d'être préparées par les soins et dans le pays de ceux qui recherchaient les reliques (hinc, c'est-à-dire de Constantinople, voluerunt capsellas argenteas facere et dirigere); mais on considérait comme une faveur spéciale le fait de recevoir les capsellœ elles-mêmes du Siège apostolique. C'est pourquoi les légats insistèrent auprès du pape ut hoc quoque (les capsellœ) a vestra sede pro benedictione (Justinien) suscipiat, et singulas capsellas per singulorum apostolorum (Pierre et Paul) reliquias fieri debere. Et les choses ne durent pas se passer autrement lorsqu'en 394, Rufin, préfet du prétoire, de-
vocable, cf. Morcelli, Kalendarium Ecclesiœ Constantinopol., t. il, p. 106 sq. — 'De miraculis S. Steptiani, 1. I, c. vin, P. L., t. xli, col. 839. — ' Thiel, Epist. romanor. pontif., il, p. 874-875. — 8 S. Grégoire, Itegistrum, Epist., 1. IV, ep. xxx. — ' Voir Dictionn., t. n, au mot Cataracta.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
manda et obtint de Rome des reliques pour la dédicace de l'àTroCTToXetov qu'il érigea près de Chalcédoine (voir Dictionn., t. m, à ce nom) en l'honneur des apôtres Pierre et Paul *. Mais, dans la relation de cette solennité, la mention de la capsella n'est pas explicite, comme on la lit dans maints récits et témoignages concernant des dépositions de reliques dans ou sous des autels, du IVe au vie siècle. A partir de cette dernière date on pourrait citer nombre de passages tirés de Grégoire de Tours, et plus particulièrement un texte tiré du manuscrit lat. 8071 de la Bibliothèque nationale. C'est une épigraphe, commémorant la découverte de deux antiques capsellœ latentes, remplies de reliques, découverte survenue au temps d'un évêque Agilrannus (Angelram) qui occupa le siège de Metz et fut ami de Charlemagne. Ces deux capsellœ étaient d'ivoire (eboreo corpore), avec des incrustations de lames d'argent : ambarum faciès exterius flagrabal argento. L'une d'elles demeura en place et déposée sous l'autel; l'autre fut transportée à Metz. On ignore le lieu précis et la date exacte de la découverte et celle de la déposition 2 :
Nunc novitas (fulget nunc) pace (?) del(e)ta oetustas
Ritu priscorum crucis hic malfe) nota manebat.
At urbis huius clarus calhegita plebis 5 liane Agilrannus tum formant frangere jussit
Sub qua capsellas placid(e) geminasque lateln)tes
In latebris saxorum hominumque molimine m(o)en(i)is
Invenit septas (et) sacro munere plenas
Mox gremium pandens priesul patrocinia sumsit 10 Capsellam gaudens unam deduxit ad urbem
Altéra nunc lempli in kujus (s)ancta ara re(ulg(e)t.
Ambarum faciès licet exleriusque flagrabat
Argento, ebore(um) constat corpusque biforme.
Plus tamen interius ditantur uiscera vasis 15 Candida qua(m) specie gazarum glorfiia fulget.
Pignora sanctorum (cunctis) felicia s(a)eclis
Tempore jam nullo fraudenl(u)r luce serena.
O (cl)emens custos conserva liane peroigil sedem
Flelibus enixis plebem faveto gementem 20 Ut scelerum dominus (dignelur) solvere fact(a).
Les témoignages les plus anciens, relatifs à une autre catégorie de cassettes à reliques, les capsellœ pendulœ, destinées à être portées sur la poitrine ont déjà été mentionnés. L'usage de porter ostensiblement ces capsellœ suspendues au cou fut spécialement propre aux clercs, aux personnes consacrées à Dieu et appelé honor capsellaris '. Les capsellœ destinées aux autels étaient de dimensions plus grandes que ces encolpia et n'étaient pas, comme ceux-ci, munies de crochets et d'anneaux. Toutefois, il est assez difficile de distinguer avec certitude les capsellœ ou cassettes à reliques destinées aux autels de toutes les autres pyxides, boites, etc., d'usage domestique, ornées de symboles, à moins qu'on ne les trouve précisément renfermées dans les loculi ou pourvues d'une inscription, d'une figure qui en indique clairement la destination, ce qui est exceptionnel, lin voici cependant quelques exemples :
1. A Rimini, en 1863, sous les ruines d'une ancienne église, on trouva une capsella d'argent rectangulaire, longue de 0 m. C5, large de 0 m. 32. ornée du chrismon avec A et CO ; elle se trouvait encore in silu dans le petit tombeau d'un support d'autel du ve siècle 3. Elle avait été renfermée dans une boîte de bois (voir Dictionn., t. m, col. 1105, tig. 2691).
2. Plus remarquable fut la découverte, faite en 1872, de deux capsellœ d'argent, l'une elliptique, l'au-
tre circulaire, la première attribuée au ve siècle, la seconde postérieure au vie, toutes les deux placées sous l'autel et sous le sol du presbyterium de la cathédrale de Grado4. (Voir Dictionn., t. vi, col. 1449, fig. 5341- 5342.) Elles portent l'une et l'autre les inscriptions des noms des saints dont elles contenaient encore les reliques; la plus ancienne est aussi ornée de leurs bustes. Sur le couvercle de cette dernière, on voit la croix gemmée posée sur la montagne d'où coulent les quatre fleuves. Un agneau de chaque côté de la croix. Sur la cassette la moins ancienne, on a représenté la Vierge assise sur un trône à large dossier (voir fig. 10612). L'intérieur de cette cassette ronde est subdivisé en plusieurs compartiments dans lesquels étaient placés un petit vase d'or cylindrique, une petite boîte d'or ornée d'une croix, une petite fiole de verre et onze étiquettes sur petites lames d'or, portant les noms des saints dont les reliques étaient déposées dans la cassette.
3. En 1876, on trouva à Saint-Zénon, dans le Trentin, une cassette de forme ovale en argent contenant un résidu qu'on supposa être du sang. Sur le couvercle, une croix est figurée au pointillé. La cassette était enfermée dans un coffret de pierre long de 0 m. 50, ayant l'apparence d'un petit sarcophage avec couvercle à deux pans. Le tout était enfermé dans une cella construite et voûtée sur laquelle s'étendait une dalle oblongue, munie de quatre cavités aux angles, ornée de deux canelures parallèles le long des grands côtés, ancienne base d'une table d'autel qui était soutenue par quatre piliers. Ce monument appartient à la période du vie au ixe siècle.
-î. lin 1879, une cassette d'argent, de forme ovale, mais sans aucun signe ou symbole chrétien, contenant des morceaux de tissus de pourpre, fut trouvée en présence de J.-B. De Rossi, avec un petit vase à parfums en argent et de nombreuses reliques, sous la base de l'autel primitif de la basilique des Saints-Apôtres, élevé sous le pontificat de Jean III, de 560 à 572.
5. En 1884, à 8 kilomètres d'Aïn-Beida, à gauche de la route nationale de Constantine à Tébessa, au lieu dit Henchir-Zirara, sur un point tout couvert de ruines romaines, une basilique chrétienne occupait, vers le Nord, un des points culminants de la colline. On retrouva le baptistère et l'abside de la basilique et, sur ce point, une cassette renfermée dans le petit tombeau qui devait être placé sous l'autel. A 1 m. 50 de profondeur, on rencontra une pierre rectangulaire mesurant 0 m. 38 x 0 m. 33. Au centre rie cette pierre, sur la face supérieure, existait une cavité de forme ovale et profonde de 0 m. 30 de long sur 0 m. 15 de large où était déposée la capsella argentea que nous avons décrite et figurée (voir Dictionn., t. î, col. 710- 713, fig. 148). Celle-ci n'avait pas les mêmes dimensions que la cavité, le vide existant entre la cassette et elle avait été remplie par une boîte, en bois sans doute, car on retrouva un amas rie poussière, deux charnières en argent et un crochet de même métal qui avait dû servir de fermeture. L'orifice de la cavité et presque toute la surface de la pierre, était recouvert par une dalle en pierre de peu d'épaisseur. Au-dessus de cette dalle était construit, selon les dimensions de la pierre rectangulaire, une sorte rie tombeau dont les quatre faces étaient fermées par quatre autres dalles jointes et placées riebout (voir Dictionn., t. î. col. 713. fig. 140; t. m, col. 1107-1108, fig. 2692).
Les cinq cassettes, que nous venons ri'cnunurer et
1 L. Duchesne, dans Bull, de corresp. hell., 1878, p. 292, 293. — * De Rossi, Inscript, christ, urb. Romœ, t. II, 1" part. (1888), p. 245. — 3 Tonini, dans Atti dclla députazione di storia patria per la Romagna, t. il, ]>. 82; De Kossi, Bull, di arch. crist., 1864, p. 15; 1878, p. 38-39; Garrucci,
Storia, t. vi, p. 27; Roliault de I'ieury, La messe, t. i, p. 143, pi. LUI. — ' De Kossi, Bull, di arch. crist., 1S72, p. 156 sq., pi. X-XIl; 1S7S, p. 19, .">2; GaiTUCCi, Slorin .(<//' arte cristiana, t. vi, pi. ccccxxxvi; Hohuult de FTaury, La messe, t. î, p. 144.
de décrire sommairement, ont été, comme nous l'avons dit. trouvées sous des autels; il en existe d'autres dont le lieu de déposition n'est pas démontré mais qui n'en méritent pas moins une mention, à titre de reliquaires.
(>. Rappelons la pyxide d'ivoire illustrée de scènes du martyr saint Menas (voir Dictionn., t. r, col. 426, flg. 71, 72).
7. Ensuite une espèce de plaque en terre cuite, d'une extrême finesse trouvée à Mouzaïaville (.Maure tanie). « Les morceaux s'ajustent parfaitement, en sorte que l'on a pu reconstituer le tout. La plaque a 0 m. 45 de long, sur 0 m. 37 de large, y compris les rebords qui ont une largeur de 0 m. 05 à 0 m. 06 et sont élevés de 0 m. 02 au-dessus de la partie principale du tableau. Sur chacun des quatre rebords se trouvent
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j créature Deo el Chrislo memoria (m) sanctorum Pétri et Pauli desiderante ( H jonesta matre cum Gralia [sorore?] Pelronianus, Cassius et Patricius in hoc labernacuto pro sua prece posuerunt. Cette table n'a pas de creux pour recevoir la capsella qui, probablement, se trouvait dans le support de l'autel. L'inscription nomme tabernaculum l'ensemble du monument entouré de colonnettes avec des transennes (voir Dictionn., t. i, col. 1825, fig. 491, 492) qui contenait la memoria des apôtres conformément au vœu de Petronianus, Cassius et Patricius.
Sur le sens et l'emploi du mot memoria, voir Dictionn., t. xi, col. 296-324.
Bibl. — Corp. inscr. tat., t. vin, n. 21496.
!>. Une lettre adressée à Peiresc (voir ce nom) et conservée à la Bibliothèque nationale, ms. lai. 8957, fol. 169-170, contient quelques transcriptions épigraphiques intéressantes; nous ne relevons que celle-ci :
Loi. 171 v° et sq. : La dernière partie, de la relation se rapporte à un « tombeau de marbre » contenant une cassette d'argent. Cette caisse de marbre aurait été trouvée « en ung endroit habité par des Mores dict et nommé Billedgirit », près de Tunis. Billedgerid ou Bebelgidid, sans doute Bab-el-Djedid (la Porte Neuve). On lisait sur cette cassette une inscription dont la copie fournie par Peiresc :
10609. — Ms. lat. 8957 de la Bibl. Nationale, fol. 172 r".
D'après Mém. de In Soc. des antiquaires de France,
1903, pi. ni.
trois figures en relief parfaitement conservées. D'abord on serait tenté de croire que ce sont les douze apôtres; j mais comme les quatre rebords reproduisent également les trois mêmes figures, cette circonstance fait rejeter la première supposition. Un enfant placé au I milieu du rebord supérieur tient à la main un emblème en forme d'Y . Au milieu du tableau se tiennent debout, prêts à monter à cheval, deux guerriers, la lance dans une main et les rênes dans l'autre. Entre les deux se trouve une urne, au-dessus de laquelle on lit l'inscription :
ORATIONIBVS SANCTORVM PE RDVCET DOMINVS
Orationibus sanctorum perducet dominus (nos ad régna cœlorum).
Bibl. — Revue africaine, t. vi, p. 463; Corp. inscr. lat., t. vin, n. 9285.
8. Nous ajouterons un texte trouvé entre Oppidum novum et Ti garas (Maurétanie Césarienne) et gravé sur une table d'autel en pierre calcaire de 1 m. 25 x i 1 m. 12 et 0 m. 15 d'épaisseur (voir Dictionn., t. i, col. 712) avec ces mots : Postulantibus (bénéficia) a \