R E L I 0 U ES ET R ELI 0 U A I R E S
actuelle. C'était là qu'on vénérait la sainte lance où on l'apportait du palais impérial pour cette cérémonie. Cette église portait un vocable symbolique, il n'y était pas question d'une sainte nommée Irène, mais de la Paix divine; toutefois il existait à Constantinople deux autres églises portant le vocable de Sainte- Irène et se rapportant à une martyre. Procope rapporte que lors des travaux de reconstruction de la vieille église on trouva un coffre portant une inscription indiquant qu'il contenait les restes de quarante soldats martyrs de la légion de Mélitène dont les reliques appliquées sur le genou de l'empereur le guérirent1. Il assista donc à la dédicace de l'église en 552. Peut-être avonsnous conservé un précieux témoin de cette cérémonie dans la plaque d'ivoire du trésor de Trêves (voir Dictionn., t. n, col. 1413, flg. 1762; t. xm, col. 939, flg. 9531). Nous y voyons une translation de reliques apportées solennellement de Sainte-Sophie. Les deux patriarches, Menas de Constantinople et Apollinaire d'Alexandrie ont pris place sur le chariot impérial et portent les reliques sur leurs genoux. Ces reliques sont enfermées dans une petite châsse ayant l'aspect d'une maison.
Dans notre description du palais sacré (voir Dictionn., t. xm, col. 527-544), nous avons mentionné plusieurs oratoires et églises où s'entassaieHt les richesses et les reliques et dont la réputation s'étendait au loin. Vers 1090, un moine de Cantorbéry, nommé Joseph, pèlerin en Terre Sainte, apprend à Jérusalem l'existence à Constantinople d'un « trésor de reliques incomparable », il s'y rend et parvient à pénétrer dans la capella imperatoris, pleine de sacro-saintes reliques 2, où pénétra aussi Odon de Deuil, au milieu du xne siècle 3. Quelques années plus tard, en 1171, l'empereur Manuel Comnène se fait un honneur de montrer au roi Amaury de Jérusalem les oratoires, Jes châsses rutilantes de pierres précieuses et les reliques et corps saints qu'elles contiennent *.
Dans la partie la plus ancienne du palais impérial, appelée le « palais de Daphné », se trouvait l'église Saint-Etienne, construite en 428 par l'impératrice Pulchérie pour recevoir la main droite du protomartyr 5. Un demi-siècle plus tard, sous l'empereur Zenon (474-491), on découvrit à Chypre le corps de saint Barnabe, sur la poitrine duquel fut trouvé un exemplaire de l'évangile selon saint Matthieu, copié de la main même de Barnabe qui vint rejoindre la main de saint Etienne à Daphné 6. On doit remarquer que dès le ve siècle, en Orient, on partageait les ossements des corps saints. L'incendie de 532 fut, pour Justinien, l'occasion de faire rebâtir avec une splendeur nouvelle tout ce qui avait souffert de la sédition de Nica (voir Diciionn., t. vi, au mot Hippodrome). La nouvelle Chalcé fut relevée avec une magnificence inconnue. Au-dessus de la porte de bronze se voyait une icône fameuse représentant le Christ. Lorsque l'empereur Léon l'Isaurien donna l'ordre de la détruire, un spathaire monta sur une échelle, hache à la main, au moment où Théodorie, aidée de pieuses compagnes,
1 Procope, De œdificiis, 1. I, c. vn, édlt. Bonn, p. 195-196. — " Cf. Ch.-H. Haskins, A Canterbury monk at Constantinople, dans Tlie English historical review, t. xxiv, 1910, p. 295; J. Ebersolt, Constantinople byzantine et les voyageurs du Levant, in-8°, Paris, 1919, p. 32. — 3 P. Fr. Chifllet, S. Bernardi Clarevallensis abbatis genus illustre assertum, in-4°, Divione, 1660, p. 36. — ■ ' Guillaume de Tyr, Historiœ, 1. XX, c. x.xni, dans Recueil des historiens des croisades, t. I, 2e part., p. 985. — s Théophanes, Clironicon, édit. de Boor, t. i, p. 86-87; cf. J. Ebersolt, Le grand palais de Constantinople et le Livre des cérémonies, in-8°, Paris, 1910, p. 56. — ' Georges le Moine, Chronicon, édit. de Boor, t. u, p.619;Cédrénus,édit.Bonn, t. i, p. 618-619. Cf. R.-A. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostelle-
renverse l'échelle et le spathaire tombe et se tue. Théodorie et ses compagnes furent mises à mort ', leurs reliques étaient en grande vénération.
Le palais de Daphné et le vestibule de la Chalcé n'étaient pas les seuls lieux où on conservait des reliques. Au vie siècle, Justin II construisit le Chrysotriclinos et bientôt s'éleva l'oratoire de Saint-Théodore où on conservait la verge de Moïse (r, toû Mioaécoç pdc6- Soç) qui s'en servit pour frapper le rocher qu'on disait avoir été apportée à Constantinople par Constantin. Cette verge était ornée de pierres précieuses et fut conservée tour à tour dans l'oratoire de Saint-Émilien, dans une église qui prit le nom de Rhabdos, puis au palais sacré dans l'oratoire de Saint-Théodore et, de là, dans la grande église de Saint-Michel.
Au milieu du vme siècle, Constantin V Copronyme (741-775) construisit à proximité du Chrysotriclinos l'église de la Vierge-du-Phare 8 qui devint le sanctuaire le plus riche et le plus vénéré du grand palais, mais dont ne nous suivons pas les destinées au delà du ixe siècle.
L'église dite des Saints-Apôtres avait peu de chose à envier à Sainte-Sophie. Fondée par Constantin vers la fin de son règne, c'était une basilique précédée d'un atrium et recouverte d'une toiture en charpente. A côté de l'église s'élevait un mausolée destiné à servir de sépulture à la famille impériale (voir Dictionn., t. il, col. 1445). Cette basilique était pourvue peutêtre d'un transept, dessinant avec la nef la forme d'une croix 9. L'église fondée par Constantin fut terminée et dédiée sous le règne de Constance (337-361) qui fit transporter de Nicomédie à Constantinople la dépouille de son père qui reposa d'abord dans l'église Saint-Acace et ensuite aux Saints-Apôtres ln. La basilique constantinienne menaçant ruine, Justinien Ier la fit démolir et remplacer, en 536, par un nouvel édifice qui fut dédié en 546. Le plan différait, c'était une croix constituée par le croisement de deux nefs. Cinq coupoles surmontaient l'édifice, l'une à l'intersection des deux nefs, les quatre autres à l'extrémité des bras de la croix. L'église n'avait pas d'abside; le sanctuaire occupait le centre du m uniment.
Justinien laissa subsister l'ancien mausolée de Constantin, il en éleva un autre pour lui et sa famille. Cette église subsista jusqu'à la conquête turque avec ses annexes que nous fait connaître le Livre des cérémonies. Celui-ci nous apprend que la cour impériale se rendait aux Saints-Apôtres plusieurs fois l'an : le lundi de Pâques u, le dimanche après Pâques 12, à l'anniversaire de Constantin le 21 mai la, à la fête de Tous-Saints, qui tombait le premier dimanche après la Pentecôte u, et à différentes époques de l'année pour y célébrer la mémoire des empereurs défunts ,5.
Après avoir traversé Vatrium on pénétrait dans le narthex qui entourait tout le bras occidental de la croix lb. Pour approcher de l'autel placé au centre de l'église, on franchissait les « portes saintes » et on parvenait à la « table sacrée ». Ici, près de l'autel, se trouvaient les tombeaux de saint Jean Chrvsostome et de
genden, t. H, 2- part., p. 292-294, 301; H. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, 1912, p. 103, 260. — ' Théophanes, Chronicon, édit. de Boor; Etienne le diacre, \'ila de Stepliani junioris, P. G., t. c, col. 1085; Acta sancl., maii t. vu, p. 67, 74 sq. — * Cf. ,1. Ebersolt, op. cit., p. 101 sq. — * Les vers de Grégoire de Nazianze sont tiè^ explicites, P. G., t. xxxvn, col. 1258; cf. Th. Beinach, dans Revue des études grecques, t. ix, 1896, p. 93, note 3. — 10 A. Heisenberg, Grabeskirche und Apostelkirche, in-8°, Leipzig, 1908, t. n, p. 10, 111. — " Liber ceremoniarum, I, x, p. 76 sq., p. 85; 1, xxxvn, p. 188, 1. II, ni, p. 768-769. — " Liber ceremoniarum, 1. II, lu, p. 773. — u Ibid.yl. II, vi, p. 532 sq. — 14 /6i(i.,l.II,vn,p. 535 sq. — » Ibid., 1. II, i.n, p. 780. — 16 Ibid.,\. I, x, p. 76.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
saint Grégoire de Nazianze et on pouvait, de ce point, se rendre aux tombeaux impériaux qui se dressaient dans le mausolée de Constantin. Ce mausolée, qui se trouvait à l'est de l'église, derrière l'autel, était, d'après le témoignage de Nicolas Mesaritis, un édifice circulaire surmonté d'une coupole. Justinien conserva ce monument véritable d'où on pouvait se rendre à son propre mausolée formant un édifice distinct, attenant au bras septentrional de la croix. Pour se rendre d'un mausolée à l'autre, on rencontrait les tombeaux des patriarches Nicéphore et Méthode.
L'église des Saints-Apôtres était pourvue de tribunes auxquelles on avait accès par un escalier en colimaçon situé à l'extrémité septentrionale du narthex. Ces tribunes entouraient toute l'église, elles étaient soutenues par les séries de colonnes qui, au rez-dechaussée bordaient les quatre nefs dessinant la croix. Comme à Sainte-Sophie, on rencontrait autour des Saints-Apôtres plusieurs monuments parasitaires, qui s'élevèrent, après le vie siècle, à l'ombre des cinq coupoles dressées par Anthémius de Tralles et Isidore de Milet.
L'église des Saints-Apôtres avec ses annexes abritait d'inestimables trésors. Dans les deux mausolées de Constantin et de Justinien se dressaient les nombreux sarcophages impériaux '. Dans l'église elle-même on vénérait plusieurs tombeaux de saints 2 et parmi eux les patriarches Nicéphore (800-815) et Méthode (843- 847), qui avaient confessé l'orthodoxie et souffert pour elle dans la querelle iconoclaste. L'église était une vaste nécropole. A l'intérieur du sanctuaire se voyaient les tombeaux de saint Jean Chrysostome, au nord de l'autel et surmonté d'une statue d'argent; au sud, celui de saint Grégoire de Nazianze lui faisant face. Au vme siècle, saint Willibald les y vit encore'; à une époque postérieure, ils furent transportés à Sainte- Sophie. Les reliques des deux grands docteurs n'étaient pas les seules.
Au début du vme siècle, saint Willibald appelle Constantinople « la ville où reposent les trois saints André, Timothée et Luc, dans un seul autel 4 ». Les restes de Timothée, le disciple de l'apôtre Paul, arrivèrent à Constantinople sous le règne de Constance, en 356, et furent déposés sous la sainte table 6. En 357, les reliques de L'évangéHste Luc et de l'apôtre André furent solennellement transférées à Constantinople \ Procope raconte que, lors de la construction de l'église par Justinien, les ouvriers trouvèrent dans le sol trois cercueils de bois portant les noms d'André, de Luc et de Timothée: on pria et on les rendit à la terre.
XXIV. Les reliques du Précurseur. — Il n'est pas possible de poursuivre cette énumération qui entraînerait trop loin7; mais nous devons dire quelque chose des reliques doubles, triples, etc. Ce sujet n'a pas toujours été exposé avec toute la gravité désirable, on sait que des églises ont revendiqué la possession intégrale de la même relique ce qui n'a pas manque de
1 Cf. .1. Ebersolt, Mission archèol. de Constantinople, Paris, 1921, c. i. — 2 l.iber ceremoniaruni, I, x, p. 77. — * Itinera Hierosolymitana, édit. ïobler ot Molinier, in-8°, Genève, 1879, t. i, p. 41. — * Id., ibid., t. i, p. 271-272. — * Citron, pasch., édit. Bonn, p. 512; S. Jérôme, Contra Vigilantium, c. v, P. L., t. xxiii, col. 343. — * Chron. pasclt., loc. cit.; Théodore le Lecteur, Hist. eccles., 1. II, c. lxi, P. G., t. lxxxvi, col. 212-213. — ' Cf. J. Ebersolt, Sanctuaires de Byzance. Recherches sur les tvtciens trésors des églises de Constantinople, m-8°, Paris, 1921, p. 44-78, 93-104. — «jSo/.omène, llist. eccles., 1. VII, c. xxi. P. G., t. lxvii, col. 1 184; Cédrénus, édit. de Bonn, t. I, p. 562-563; Du Cange, Traité historique du chef de saiitt Jean-B.iptistc, in-4°, Paris, 1665, p. 11 sq.; Lucius, Les origines du culte des saints, in-8°, Paris, 1908, p. 22(1 sq.; H. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, in-8°, Bruxelles, 1912, p. 100. — » Preger, Scriplores originutn Conslantinopolilaitarum, in-8°, Leipzig,
suggérer certaines explications facétieuses et déplacées. Il en fut ainsi pour le chef de saint Jean-Baptiste dont le culte prit, dès le ive siècle, un immense développement.
La tète du saint Précurseur, qui avait été découverte à Jérusalem et qui était demeurée un certain temps en Cilicie, fut transportée dans un village près de Chalcédoine sous le règne de Valens (364-378). Elle y demeura jusqu'en 391. A cette date. Théodose le Grand la fit transporter à Constantinople. Il se rendit en personne au devant de la châsse qu'il porta de ses mains couvertes de pourpre et déposa à l'Hebdomon où il fit ériger une église en l'honneur du Baptiste 8. Cette église était de forme circulaire (aTpoyyxjXôcTsyoc,) et pourvue de conques 9, s'élevait à l'Hebdomon, au bord de la mer de Marmara10. Ce vieux sanctuaire fut restauré au vie siècle par Justinien n et au ixe par Basile Ier qui le releva de ses ruines u.
La tête de Jean-Baptiste ne paraît pas avoir attiré l'attention ni la dévotion des habitants de la ville, et il arriva que des moines trouvèrent à Jérusalem un autre crâne du Précurseur, lequel resta longtemps caché à Émèse en Phénicie. Ce deuxième crâne fut découvert sous le règne de l'empereur Marcien (450- 457) 13. On a avancé que Justinien prit la précaution de faire venir d'Émèse le chef, le déposa un temps dans le sanctuaire et le renvoya à Émèse.
Était-ce de sa part l'expression d'un doute, d'un soupçon à l'égard du chef apporté sous Théodose le Grand? Celui-ci se trouvait-il encore à l'Hebdomon, sinon qu'était-il devenu? On ne sait.
Et voici un troisième récit, suivant lequel le chef qui était à Émèse fut porté à Comane où il demeura caché pendant la persécution des iconoclastes jusqu'à ce qu'il y fût retrouvé sous l'empereur Michel III (842-867). Enfin, il fut apporté à Constantinople sous le patriarcat d'Ignace (847-858) et déposé dans la chapelle du palais u, mais on ne l'y laissa pas toujours car on voit la cour impériale se rendre, le 29 août, au monastère de Saint-Jean-Baptiste de Stoudios, célébrer la fête de la décollation du Baptiste. Le chef était conservé dans un oratoire situé à droite de l'autel, les souverains baisaient la relique 16. C'est dans ce même monastère qu'elle était conservée en 1025 16.
La tête de Jean-Baptiste devint une des reliques les plus célèbres de Constantinople. Elle est mentionnée immédiatement après les reliques du Christ dans la lettre d'Alexis Comnène à Robert de Flandre ". L'occiput de la tête est signalé vers 1150 à l'église Saint-Jean 18. En 1157, la tête est mentionnée une fois dans la ville, une autre fois au palais1*. Vers 1190, le menton, les joues et l'occiput sont signalés dans la chapelle impériale 20; c'est là que Robert de Clari localise la tête 21, cependant, en 1200, Antoine de Novgorod dit avoir vu dans l'église de Saint-Jean-Baptiste de Stoudios, le crâne du Précurseur ".
De ce qui précède on pourrait tirer cette conclusion l. il, p. 260. — 10 A. Van Millingen, Byzantine Constantinople, p. 316 sq. — " Procope, De a-di/iciis, 1. I, c. vm, édit. Bonn, p. 198, attribue l'édifice à Justinien qui dut seulement le réparer. — " Théophane, Continuatio, v, 94, édit. Bonn, p. 340. — " Comte Marcellin, Clironicon, édit. Mommsen, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xi,2e part., 1>. .St-85; Citron. Pasch., édit. Bonn, p. 591. Voir la relation de cette découverte dans Du Cange, op. cit., p. 215 sq.
— "Cf. Du Cange, op. rit., p. 229 sq., 254 sq. — " Liber ceremoniaruni, I. II,' XIII, p. 502, 563; .J. Kbersolt et A. Thiers, Les églises de Constantinople, Paris, 1913, p. 16. — "Cédrénus, édit. de Bonn, t. Il, p. 479-480. — u Riant, Exiwiœ sacrx Constantinapolitana; in-8°, Genève, 1877- 1878, t. u, p. 208. — " Id., ibid.,t . u, p. 212. — " Id., ibid. t. il, p. 213, 214. — " Id., ifcid.,t. u, p. 217. — " ld.,ibid., t. u, p. 231. — " B. de Khitrovo, Itinéraires russes en Orient, Genève, 1889, p. 100.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
que le chef avait été sectionné par les pèlerins. Le monastère de Dionysion au Mont-Athos (voir ce nom) avait reçu en don un reliquaire d'or orné de pierres précieuses, contenant d'après une inscription slavonne la tête du Précurseur 1. En 1206, arriva à Amiens la face antérieure de la tète apportée par Walon de Sarton qui l'avait trouvée dans l'église de Saint-Georges des Manganes 2. Du Gange a écrit son Traité historique du chef de saint Jean-Baptiste pour démontrer l'authenticité de la relique d'Amiens, dont il a donné un dessin. Le haut de la tête est recouvert d'une calotte d'argent doré et émaillé. Sur le front un cercle d'or est orné de pierreries et de perles. Au-dessus de ce diadème apparaît « saint Jean-Baptiste en émail » représenté en buste, tenant dans la main gauche une croix et levant la main droite vers une petite figure du Christ. Les noms des personnages sont indiqués en grec, suivant les sigles byzantins accoutumés 3.
Justinien avait fait venir d'Antioche la main droite du Précurseur; il la renvoya; Constantin VII Porphyrogénète la fit rapporter par le diacre Job en 956 4. Antoine de Novgorod signale, en effet, la main droite de Jean-Baptiste avec laquelle on sacre les empereurs dans l'église de la Yierge-du-Phare ". Elle est aussi mentionnée, vers 1150 et en 1157 dans la chapelle de l'empereur ". La main droite est signalée plus tard dans le monastère de la Vierge Péribleptos par les pèlerins russes du XIVe siècle et au début du xve '. Le pèlerin anonyme (1424-1453) ne le mentionne plus à la Péribleptos, mais dans l'église du Sauveur; la relique n'était plus intacte; les doigts manquaient; le reste de la main était monté en or 8. Au début du xve siècle, Clavijo a vu dans l'église de Péribleptos le bras droit du Précurseur « du coude en bas avec la main; il était tout à fait bien conservé et intact; il était enchâssé dans de minces baguettes en or, mais il lui manquait le pouce 9 ». D'après Ph. Bruun ce bras droit passa de Constantinople à Rhodes, puis à Malte, puis en Russie...
Et il y aurait encore à suivre la main gauche, le bras gauche ln, une molaire u et enfin la chevelure '*, etc.
XXV. L'attrait des reliques. — Il est sans exemple que l'Occident ait refusé des reliques venues d'Orient, et cette pieuse avidité d'en obtenir et d'en rapporter fut un des principaux attraits des pèlerinages (voir ce mot). Les saints étaient à la fois protecteurs et guérisseurs et chaque fidèle souhaitait posséder, ne fut-ce qu'une parcelle, de trésors cachés dans les sanctuaires orientaux. Saint Avit, évêque de Vienne, envoya à Jérusalem une mission chargée de se procurer un fragment de la vraie croix n. Saint Grégoire de Tours connut une dame qui rapporta de Jérusalem une ampoule contenant du sang de saint Jean-Baptiste, et fit bâtir à Bazas (Gironde) une église pour l'abriter14; une autre s'était approprié un ossement du pouce du Précurseur 15. Ces pieuses femmes, simples particulières, s'inspiraient du même sentiment qui provoquait chez la reine Radegonde l'envoi d'une mission en Orient, conduite parle prêtre Béoval,
1 G. Millet, J. Pargoire et L. Petit, Recueil des inscriptions chrétiennes du Mont-Athos, Paris, 1904, p. 162, n. 466. — a Riant, op. cit., t. i, p. lxiii-i.xvii, 30, 40. — 3 Du Cange, op. cit., p. 116, 132 sq.; le même, Constantinopolis christiana, Parisiis, 1680, 1. IV, p. 101 ; G. Schlumberger, L'épopée byzantine, Paris, 1900, t. n, p. 613; J. Ebersolt, Sanctuaires de Ryzance, in-8°, Paris, 1921, p. 135. — ' Cedrenus, édit. Bonn, t. Il, p. 335; Acta sanct., junii t. iv, p. 742; Rambaud, L'empire grec au Xe siècle, Paris, 1870, p. 112; Anal, boll., t. xxxi, 1912, p. 324. — « Itinéraires russes, p. 98. — * Riant, Exuviee, t. tt', p. 212-214. — ' Ilinér. russes, p. 122, 124, 13S, 139, 204. — » Ibid., p. 231. — » Ph. Bruun, Constantinople, ses sanctuaires et ses reliques au commencement du XVe siècle. Fragment de l'Itinerario de Clavijo, in-8", Odessa, 1883, p. 7. — ,0 Du Cange, op. cit., p. 186. — " Id., ibid., p. 151. — " Corp. inscr. grœc, t., iv,
DICT. D'ARCH. CHRÉT
pour en rapporter des parcelles du bois de la croix, des reliques des apôtres et des martyrs, qui furent conservées à Poitiers (voir Dietionn., t. xiv, au mot Poitiers; t. xiv, au mot Radegonde). Parmi ces reliques se trouvait un doigt d'une main du martyr Marnas de Césarée en Cappadoce dont le culte s'implanta en Gaule ".
Grégoire de Tours contribua pour une très large part à répandre le goût des reliques; il se mettait volontiers en relations avec les marchands orientaux qui parcouraient la Gaule et les pèlerins n'avaient peut-être pas d'auditeur plus assidu et plus crédule. Un jour, un voyageur déplie devant ses yeux une étoffe de soie, ayant servi, affirmait-il, à envelopper la croix du Sauveur17. Il admet sans contestation le récit qu'un syrien nommé Jean lui traduit du syriaque de la légende des Sept dormants d'Éphèse18; il ne se montre pas plus sévère à l'égard de l'apôtre Thomas et il adresse ses lecteurs au cercueil de plomb venu des Indes aux îles Lipari ". On pourrait s'étonner et regretter qu'un homme si bien informé ait accepté beaucoup de récits d'après des informations insuffisantes, mais il s'agit moins pour nous de vérifier le bien fondé de ce qu'il avance que de constater le courant de crédulité qui fait accepter par lui-même et par ses lecteurs les assertions qui répondent à la dévotion de ses contemporains.
La fringale d'hellénisme qui marque l'époque de la renaissance carolingienne se manifeste par un goût très vif pour toute la civilisation byzantine. Les objets d'art ne sont pas moins appréciés en Occident que la langue et la littérature grecques. Dans les trésors des églises, les objets d'art importés d'Orient ne sont pas rares : tissus, reliquaires, etc. La querelle des images eut pour résultat de faire refluer vers l'Occident des grecs fuyant les iconoclastes et apportant avec eux
Le catalogue de l'abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu nous montre la ferveur avec laquelle on se procurait des reliques exotiques 20. Charlemagne était le grand pourvoyeur. En 799, le patriarche de Jérusalem lui envoie des reliques du Saint-Sépulcre; l'année suivante, un moine du Mont des Oliviers et un moine de Saint-Sabas lui remettent à Rome une relique de la vraie croix 21 : vexillum crucis. L'empereur distribuait libéralement ces trésors. Dans la seconde moitié du ixe siècle, le moine et trésorier de Saint-Riquier, Jérémie, apporta à Sens des reliques de son monastère pour les soustraire au pillage des Normands22; c'est ainsi que l'Église de Sens fit remonter à Charlemagne l'origine d'un grand nombre de ses reliques parmi lesquelles on relève les noms de saints orientaux 23. D'autres Églises l'imitèrent, ainsi Charlemagne devint le grand pourvoyeur de reliques. Ce n'est pas seulement Saint-Riquier, mais Toulouse, Chartres et Paris qui se réclament de sa générosité. On ne se contentait pas de dire que l'empereur avait fait venir des reliques d'Orient pour les donner aux églises 24, on affirmait
n. 8695. — " S. Avit, Epist., xvm, xxm, P. L., t. lix, col. 236, 239; Acta sanct., febr. t. i, p. 667. — 14 Grégoire de Tours, De gloria martyrum, c. xi. — l5 Id., ibid., c. xm; Monum. Germ. hist., Script, rer. merou., t. m, p. 533-534; Vita Tigris virginis Mauriennensis. — " Acta sanct., aug. t. m, p. 432-433. — u De gloria martyrum, c. v. — "De gloria martyrum, c. xc.iv. — " De gloria martyrum, c. xxxiv. — ao S. Berger, Les reliques de l'abbaye de Saint-Riquier au IX* siècle, dans Revue de l'Orient latin, t. i, 1893, p. 469. — 21 Chronicon Moissiacense, dans Monumenta Germaniae hislorica, Scriptores, t. i, p. 305. — • " Hariulf, Chronicon Centulense, 1. III, c. xx, édit. F. Lot, p. 141-142. — aa M. Prou et E. Chartiaire, Authentiques de reliques, dans Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. lix, 1900, p.131, 135. — " Acta sanctorum, febr. t. m, p. 55; octobr. t. iv, p. 18.
RELIQUES ET RELIQUAIRES
RELIURE
qu'il s'était rendu en Terre sainte (voir Diclionn., t. m, col. 764-769). Ainsi se répandra le conte d'un pèlerinage qui, de voyage pacifique, se transformera en expédition armée au cours de laquelle il reçoit une abondante provision de reliques à Jérusalem et à Constantinople. Il devient le pèlerin providentiel et magnifique qui a répandu partout en France les reliques les plus insignes. Ces légendes surgirent dans le but d'accréditer telle relique de telle église et nous confirment dans l'idée du prix que les Occidentaux attachaient à la possession des reliques d'Orient.
XXVI. La vogue et l'oubli des reliques. — Le culte des reliques était si ardent qu'il fallait donner continuellement des éléments nouveaux à la piété. Il semble même qu'il y eut des saints à la mode, d'autres qui, on ne sait pourquoi, tombaient dans l'oubli. Basile Ier affectionnait tout particulièrement le prophète Élie qui, disait-il, était apparu en songe à la mère du futur fondateur de la dynastie macédonienne et lui avait prédit l'élévation future de son fils *. Une fois monté sur le trône, Basile dédia au prophète la Nouvelle-Église dont il partageait le vocable avec le Christ, la Vierge, saint Nicolas et saint Michel archange 2. On y montrait, au xme siècle, une partie du manteau et de la ceinture d'Élie 3 (jrrçXcoTY)). Constantin VII tournait son admiration et sa dévotion vers saint Jean Chrysostome. Certaines reliques étaient recherchées avec avidité, puis, après de grandes manifestations de ferveur, elles tombaient dans une négligence voisine de l'oubli. Après avoir été porté processionnellement par l'empereur Théodose le Grand vêtu de son manteau de pourpre, le chef du Précurseur fut si bien oublié qu'un siècle plus tard on en découvrit un deuxième. La fameuse image achéropoiète du Christ connut les mêmes vicissitudes. Dans la seconde moitié du vie siècle, on l'apporte en grande pompe de Camouliana, en Cappadoce, à Constantinople, elle y fait des miracles et, un siècle plus tard, elle disparaît *.
Bien qu'on ne doive pas conclure du silence des auteurs à la disparition d'une image ou d'une relique, on peut constater que les Byzantins, toujours avides de nouveautés, furent parfois inconstants dans leurs faveurs.
H. Leclercq.
RELIURE. — I. La technique. II. Textes et monuments.
I. La technique. — La reliure est l'art d'unir et de lier les feuilles d'un livre à un dos maintenu entre deux ais. Anciennement les livres étaient écrits sur de longues bandes de parchemin ou de vélin cousues les unes à la suite des autres et roulées sur un ou deux cylindres de bois, de roseau, de métal ou d'ivoire et l'usage de ces volumina ne fut entièrement délaissé en Europe qu'au xvi1' siècle. Le musée archiépiscopal d'Utrecht possède un de ces rouleaux de prières qu'on peut assigner à la fin du xve siècle.
A gauche, au bas de chaque peau, le scribe écrivait une des lettres de l'alphabet, destinée à servir de guide à l'ouvrier chargé de coller ou de coudre entre eux les feuillets du manuscrit. Cet usage se retrouve de nos jours sur les cahiers dont se compose un livre imprimé; on écrivit cette signature sur le recto de chaque cahier ce qui guidait le relieur chargé d'assembler et de collationner ceux qui composaient le livre. Ensuite on battait ces cahiers avec un marteau sur un bloc, pour
1 Théophane, Continualio, V, vm, édit. Bonn, p. 222; Alb. Vogt, Basile 1", in-8°, Paris, 1908, p. 26. — ' Théophane, Conlinuatio, 1. V, c. lxxxiii, édit. Bonn, p. 325; Cédrénus, édit. Bonn, t. II, p. 240. — * De Khitiovo, Itinéraires russes, p. 99. — ■ ' H. von Dobschutz, Ckristusbilder, in-8°, Leipzig, 1899, t. i, p. 40, 47, 59 sq.; t. m,
leur donner de la cohésion et on les cousait sur des nerfs formés de lanières de cuir, de cordes de chanvre, ou de parchemin roulé entouré de fil, après quoi, on collait des parchemins sur les dos rendus solides et résistants tout en gardant la souplesse indispensable. Enfin, on ouvrait les bandes pour les fixer aux ais de bois formant les plats du livre. Ceux-ci étaient généralement plus ou moins biseautés du côté du dos; on faisait passer les extrémités des nerfs de l'extérieur par des trous et on les logeait dans des entailles pratiquées dans la surface intérieure; ensuite on les attachait fortement au bout le plus éloigné au moyen de coins de la largeur des creux. Quand le bord des planches n'était pas aminci, on faisait passer chaque nerf sous un petit pont dans une entaille pratiquée sur la surface extérieure de la planchette, et on le fixait avec un coin ou bien avec une cheville. Les nerfs, au haut et au bas, beaucoup moins forts que ceux du milieu, étaient logés dans des entailles diagonales dirigées vers le centre de l'ais. Le dos du livre était tout à fait plat, les volumes ainsi reliés s'ouvraient parfaitement et horizontalement. Lorsqu'on commença à délaisser l'usage des ais de bois, on introduisit le système moderne d'arrondir les dos au moyen d'un marteau, pendant que le livre était fixé dans une presse entre deux planches afin de faire un creux pour les couvertures.
Le premier but de la reliure était la conservation du livre; de bonne heure, elle devint ornementale.
IL Textes et monuments. — La langue latine n'avait pas d'expression pour rendre le mot reliure; elle ne connaissait que les librarioli, les bibliopegi ou librorum compactores, les glulinatores que nous appellerions couseurs et colleurs, dont les opérations mécaniques aboutissaient à un résultat analogue à la reliure. Les compactores dirigeaient les glulinatores qui collaient proprement les feuilles. On lit dans une épigramme de Catulle adressée à Varus quelques vers relatifs à Suffenus, poète détestable, qui faisait relier luxueusement ses productions :
Puto esse ego illi millia aut decem aul plura Perscripta, nec sic, ut fit, in palimpsesto Relata; charlœ regim, novi libri, Novi umbilici, lora rubra, membrana Direcla plumbo, et pumice omnia œquata.
Il faudrait plus que de la bonne volonté pour découvrir dans ces vers une allusion à la reliure; on en pourrait dire autant des passages d'Ovide et d'Horace invoqués de même. A défaut d'une description, il faut s'en tenir à une constatation. Au ive siècle de notre ère, les livres étaient certainement reliés en volumes oblongs ou carrés, insérés dans une reliure parfois somptueuse. L'empereur Constantin fit écrire des volumes contenant les Évangiles dont il fit présent à différentes églises ' et qui n'ont pas différé beaucoup de certains livres qui sont parvenus jusqu'à nous et demeurés célèbres sous les noms de Codex Vaticanus, Alexandrinus, Sinaiticus '. Dans une lettre écrite en 384, saint Jérôme blâme les riches qui se procurent des livres dont les feuillets sont teints de couleur pourpre, dont les lettres sont en or et les couvertures plaquées de bijoux '. On lit dans les Annales de Zonaras que Bélisaire trouva, en 534, dans le trésor de Gélimer, roi des Vandales, des manuscrits des Évangiles resplendissants d'or et de pierres précieuses 8 et le Liber ponli/icalis mentionne bon nombre de reliures précieuses dans les notices des papes Hormisdas (514-
p. 12 sq. — • Cédrénus rapporte ces dons à l'an 21 du règne, soit 326; cf. Ciampini, Vetera monimenta, 1. 1, p. 131, col. 2. — • Voir aussi la S'otitia dignitatum, vers 450. — ' S. Jérôme, Epiât., xxn; le même, C.onunentariiis in /.achariam.l. II, e. Vm, v. 6. — * Zonanis, Annales, édit. Bonn, l. XIV, c.
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523), Vitalien (655-669), Grégoire III (731-742), Léon III (795-816), Paschal (817-824), etc.
Offrir un livre était un présent de choix, car le texte était presque toujours scripturaire ou liturgique, mais la reliure y ajoutait une valeur artistique et marchande considérable. Aimoin nous apprend que Childebert rapporta de son expédition au-delà des Pyrénées une cinquantaine de livres enfermés dans des cassettes et on est fondé à croire que ces écrins précieux ne contenaient pas des feuillets décousus et non reliés l.
Dans certaines cérémonies publiques, on voyait des officiers de la cour impériale de Byzance porter de grands livres contenant les instructions promulguées pour l'administration des provinces par Justinien (527-563). Le plat supérieur de la couverture présentait le portrait de l'empereur, mais aucun texte ne nous fait connaître la matière employée. Cassiodore, dans son monastère de Vivarium, avait formé un certain nombre de moines-relieurs, afin de sauvegarder les manuscrits de la bibliothèque. Lui-même prit soin de fabriquer et de réunir dans un volume une variété de dessins destinés à servir de modèles à ceux qui exerceraient cette profession 2.
La plus ancienne reliure conservée jusqu'à ce jour est probablement celle d'un évangéliaire grec, donne à la basilique de Saint-Jean à Monza, par T héodelinde, reine des Lombards, contemporaine de saint Grégoire le Grand. Les plats de ce volume sont recouverts de deux plaques d'or garnies de pierres précieuses et de camées antiques (voir Dictionn., t. v, col. 836, pi. en coul. 4220). Nous rappelons seulement ici d'autres couvertures (voir ibid., t. v, col. 837-845, flg. 4219- 4222, et celle de l'évangéliaire de saint Gauzelin à Nancy, Dictionn., t. xn, col. 620, pi. en coul. 8641)
Le célèbre manuscrit des Pandectes, conservé à la bibliothèque Laurentienne à Florence conserve ses deux volumes reliés au vne siècle avec des plats couverts de velours rouge garni d'argent.
On peut affirmer qu'à partir de cette époque, tous les livres furent reliés aussitôt que le scribe, le rubricateur, l'enlumineur et le miniaturiste avaient terminé leur travail. Les abbés ou les évêques savaient prévoir les nécessités et se fournissaient du nécessaire. C'est ainsi qu'en 828, Halitgar, évêque de Cambrai, rapporte de Constantinople une provision de plaques d'ivoire sculpté qu'il destinait à la reliure des livres de sa cathédrale 3. Des documents variés nous font voir les moines se pourvoyant de peaux de presque toute espèce d'animaux sauvages et domestiques en vue des reliures, jusqu'à des peaux de phoques et de requins apportées des mers septentrionales.
Le spécimen le plus ancien de reliure en cuir est, croyons-nous, unique en son genre (flg. 10618). Le volume qu'elle recouvre est un manuscrit de l'évangile de saint Jean en écriture onciale sans autre ornement. Une inscription tracée sur le feuillet 1er apprend que le manuscrit fut trouvé à la tête du corps de saint Cuthbert (t 687) lors de l'ouverture de sa châsse en 1 105. Lors de la confiscation du trésor de la cathédrale de Durham par Henri VIII (voir Dictionn., t. iv, col. 1670-1674), ce volume fut soustrait par le Dr Lee, commissaire royal; il fut acquis depuis par les jésuites et se trouve dans leur collège de Stonyhurst. Exposé en 1862, la reliure fut reconnue comme pouvant être du vne siècle. Le volume mesure 0 m. 137 surO m. 092, et la reliure se compose de deux minces ais de bois de tilleul, couverts de cuir (de chèvre'?), couleur cra-
1 Grégoire de Tours, De glor. mort., c. lxiii; Hist. Franc, 1. III, c. x. — % De institutione divinarum litterarum, c. xxx. — 3 Gesta episcoporum Caineracensium, dans Pertz, Monum. Germ. historien, t. vu, Scriptores, p. 417. — * W.-H. James
moisi foncé en parfait état de conservation. Le plat supérieur est orné d'un panneau divisé en trois compartiments, et entouré d'une bordure formée de deux tiges entrelacées. Les compartiments supérieur et inférieur sont décorés d'entrelacs; les lignes incisées formant le dessin sont remplies de couleur bleue et jaune. Le compartiment central est occupé par un ornement en relief fort beau de dessin, portant des traces de couleur. Le plat inférieur est très simple ayant pour seul décor des filets 4.
Quelques autres témoignages méritent d'être notés : dans un diplôme royal de Gharlemagne, daté du 26 mars 788, l'abbé et les moines de Saint-Bertin à
10618. — Évangile de saint Cuthbert.
D'après Revue de l'art chrétien, 1890, p. 293.
Saint-Omer sont autorisés à se procurer pour leur monastère, au moyen de la chasse, toutes les peaux nécessaires pour l'atelier de reliure du monastère : Concessimas Outlando abbali et monachis ex monasterio Silhiu... ut, ex nostra indulgentia, in eorum propriis silvis licentiam haberent eorum homines venationem exercere, unde jratres consolationem habere possint, tam ad volumina librorum tegenda, quamque et maniaias et ad zonas faciendas 5.
Le comte Evrard, gendre de Louis le Débonnaire, laissa à l'abbaye de Cysoing, au diocèse de Tournai, par son testament daté de 837 6, ses livres couverts d'or et d'argent, qui malheureusement ont disparu ou perdu leur reliure.
Dans les dernières années du xip siècle, Hariulf inventoria le trésor de Saint-Riquier (voir ce nom) et nota l'évangéliaire donné en 793 par Charlemagne à l'abbé Angilbert : auro scriplum cum labulis argenteis auvo et lapidibus pretiosis mirifice paratum (voir Dictionn., t. v, col. 781-782, n. 1), aujourd'hui à Abbeville.
Lors de leur Voyage littéraire, les deux bénédictins Martène (voir ce nom) et Durand virent à Saint-
Waale, La reliure au Moyen Age, dans Rev.de l'art chrét., 1890, p. 293. — s Cartulaire de Saint-Bertin, édit . B. Guérard, 1841 , p. 63. — s Marchai, Notice sur le testament du comte Evrard, dans Bull, de l'Acad. de Bruxelles, t. vu, 2e part., p. 111-117.
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