HIC EST LIBER SANCTI CIPRIANI MARTHIRIS
Cette légende donne évidemment le nom du monastère qui possédait le manuscrit. C'était une précaution prise contre les voleurs, car cet ex libris ne pouvait être aperçu d'eux; mais les propriétaires s'ils se trounaient dans la nécessité de revendiquer le volume pouvaient, en défaisant la reliure, faire constater leur droit de propriété. Un autre détail curieux mérite d'être noté. Cette inscription a été imprimée en creux, et dans le creux des lettres on a appliqué un cuir de couleur, comme on le fait dans les reliures modernes en mosaïque. C'est la première fois qu'on signale un exemple aussi ancien de ce procédé de décoration appliqué à la reliure c.
H. Leclercq.
REMIREMONT. — I. Saint Romary. II. Les sources. III. La « lettre » sur Remiremont. IV. Le monastère avant la règle bénédictine. V. L'adoption de la règle bénédictine. VI, Bibliographie.
I. Saint Romary. — Le souvenir de ce saint moine est inséparable de celui de saint Amé son co-fondateur et premier abbé de Remiremont (Habendense monasterium), celui-ci mort le 13 septembre 027, auquel succéda dans sa charge Romaricus, mort lui-même vers 653, et qui eut le même biographe, croit-on, que les saints Arnoul, Amé et Adelphe4. Cette Vie fut écrite à Bemiremont et dédiée à Pabbesse Cecilla 6, entre 653 et 670; mentionnée par le P. Labbe ', éditée par Mabillon 7, et avec des coupures par A. Duchesne 8, et par dom Bouquet3, enfin par Br. Krusch 10 et étudiée par A. Didier-Laurent11 elle permet d'établir que saint Boniary ne fut jamais marié, et ne doit être considéré ni comme le père de sainte Claire ni comme l'aïeul de saint Adelphe et de sainte Gébétrude. La donation, consentie par le souverain et sur laquelle fut bâti le monastère, ne comporta que l'unique villa d'Habend, non affranchie totalement du fisc, du domaine et des prérogatives du prince. Le temporel ne se développa , que sous les Carolingiens auxquels il faut faire remonter les immunités et les privilèges dont le monastère se montra si fier au xie siècle et qu'on essaya de rattacher à ses origines légendaires.
Il existe une deuxième Vie, celle-ci fabuleuse, à laquelle Mabillon et Br. Krusch ont pensé faire assez d'honneur — et trop peut-être — en la citant parmi les notes de la première Vie; c'est cependant celle que A. Guinot a donnée dans son Elude historique sur l'abbaye de Remiremont, in-8°, Paris, 1859, p. 377-388.
1 Martène et Durand, Voyage littéraire de deux bénédictins, 1723, t. il, p. 290. — * Dom Martin Gerbert, Velus liturgia Alemanica, t. i, p. 105. — 3 Bull, archéol. du Comité, 1883, p. 16-17. — ' Dony, L'auteur unique des vies des saints Amat..., in-8°, Liège, 1888. — * Acta sanct. ord. S. Bencdicti, t. il, p. 415-420; Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, t. m, p. 600-610. — 6 Biblioih. manuscr., t. i, p. 781-784. — ' Acta, I. il, p. 416-420; 2« édit., p. 399-403. — 8 llist.
IL Les sources. — On ne peut contester la valeur des diverses Vitse de Romary, Amé, Arnoul et Adelphe dans leur première rédaction, mais il n'en va pas de même pour d'autres pièces, notamment la Relatio primée, secundœ, lertiœ, quarlœ translationis et les travaux de Valdenaire, P. -F. Chifllet et Nicolas Serrier. Le premier des trois, Valdenaire, prieur d'Hérival, a eu en cette qualité accès aux archives du chapitre de Remiremont où il a fait un choix arbitraire auquel il n'est pas possible, vu la perte des originaux, d'ajouter foi. Le Père Chifllet n'a pas eu ce scrupule et a retraduit en latin ce que Valdenaire avait traduit du latin en français. Enfin Nicolas Serrier, auteur, en 1605, d'un Comitum par : B. Godejridus Westphalus et sanctus Romarins Austrasius, a manuscriptis edili ne se présente pas en meilleure posture car il paraît avoir tiré le peu qu'il sait des notes du prieur Valdenaire.
Avec Adalbert Ebner le point de vue change lorsqu'il publie en partie et analyse le contenu d'un manuscrit de Remiremont échoué à l' Angelica de Rome, sous la cote A. 2. 10 du catalogue, et intitulé : Der « Liber vitse » und die Nekrologien von Remiremont in der Bibl. Angelica zu Rom, dans Neues Archiv jùr deulsche Geschichtskunde, t. xix, 1896. Ce manuscrit était connu depuis près d'un siècle et demi; en 1749, Garampi y avait eu recours dans sa De nummo argenteo Benedicli III P. M. dissertât io, p. 38, pour éclaircir un point de chronologie d'après les nécrologes de Remiremont dont il donnait quelques extraits, se proposant même d'éditer le manuscrit tout entier annuentibus clarissimis hujus monaslerii sanclimonialibus. C'était peut-être compter sur trop de largeur d'esprit de la part des chanoinesses de Remiremont, qui n'avaient pas encore oublié les essais de retour à la profession bénédictine tentés par les abbesses Catherine de Lorraine et Dorothée de Salin. Ce qui est certain c'est qu'en 1727, lors de leur Voyage littéraire, les bénédictins dom Martène et dom Durand n'en avaient pas obtenu communication et on ignore par quel intermédiaire Garampi en avait eu connaissance avant 1749; peut-être à cette date le Liber vitse avait-il déjà passé en d'autres mains. Lesquelles?
On a proposé, avec vraisemblance, celles de l'as sionei, nonce pontifical en Suisse, de 1721 à 1730, fervent ami des bénédictins (voir Dictionn., ♦. xm. au mot Passionei), en relations avec les chanoinesses de Remiremont qui auront pu lui confier en dépôt ce manuscrit, réputé comme une pièce à conviction importante pour les partisans de l'observance bénédictine, partisans de plus en plus clairsemés du reste et qui pouvaient songer à mettre en lieu sûr un témoin indéchiffrable mais qu'on savait précieux. Passionei, grand bibliophile, n'était pas homme à négliger une pareille aubaine et s'il emporta le manuscrit à Vienne et de là à Home, où il vécut de 1738 à 1761, il est permis de penser que ce fut, à Home, dans la bibliothèque du cardinal Passionei cpie Garampi prit connaissance du Liber vitse. A sa mort, Passionei légua sa bibliothèque aux ermites de Saint-Augustin qui l'abritèrent dans leur couvent d'Aquila, dans les Abruzzes, où Jean- Chr. Amaduzzi le trouva en 1767 12, C'est de là qu'il reprit le chemin de Rome à une date inconnue.
La codex A. 2. m comprend 71 feuillets paginés en 11 quaternions. Les neuf premiers de 0 m. 36 de hauteur x 0 m. 24 de largeur; les deux derniers de 0 m. 295
Franc., Script., t. l, p, 557-558. — 'Recueil des historiens des Gaules, t. m, p. 495-496. — l0 Scriptores rerum iiutovingicaruzn, t. iv, p. 221-225. — " Le mariage et la donation de saint Romary, dans Bulletin de la Société pliilomatique des Vosges, t. xxvii, 1901-1902, p. 159-166, 359-361. — " J.-C. Am.idiitius, Leges nouella: quinque anecdotes iir.peratorum l'heodosii junioris et Valentiniant Ut. Rome, 1767, prsef. p. i.v.